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La Rwandaise Scholastique Mukasonga reçoit le prix Renaudot pour « Notre-Dame du Nil »

novembre 7, 2012
Scholastique Mukasonga interroge les origines de la haine qui a conduit au génocide rwandais. Scholastique Mukasonga interroge les origines de la haine qui a conduit au génocide rwandais. © DR

L’écrivaine rwandaise Scholastique Mukasonga a obtenu, mercredi 7 novembre, le prix Renaudot pour son dernier roman, « Notre-Dame du Nil ». Le prix Goncourt, annoncé en même temps, va quant à lui à Jérôme Ferrari pour « Le Sermon sur la chute de Rome ».

Après le prix Ahmadou-Kourouma, en avril dernier au Salon international du livre et de la presse de Genève (Suisse), l’écrivaine rwandaise Scholastique Mukasonga a reçu le prix Renaudot, mercredi 7 novembre, pour son dernier roman, Notre-Dame du Nil, dans lequel elle décrit la montée de la haine anti Tutsis qui aboutit au génocide de 1994 au Rwanda et qui décima sa famille.

À travers son œuvre, que ce soit dans Inyenzi ou dans les Cafards en 2006, La Femme aux pieds nus, en 2008 ou L’Iguifou, nouvelles rwandaises, en 2010, Scholastique Mukasonga ne cesse d’interroger les raisons des divisions ethniques qui minent le Rwanda depuis des décennies. Âgée de 56 ans, l’auteure est elle-même exilée depuis 1973 et vit aujourd’hui en Normandie.

Notre-Dame du Nil, c’est d’abord une vierge noire dont la statue a été érigée par le colon belge, aux abords d’un filet d’eau identifié comme étant la source du Nil blanc, au fin fond des montagnes rwandaises. Mais c’est aussi le lycée de jeunes filles tout proche qui sert de décor à une intrigue dont nous ne dévoilerons que l’allégorie : la mise au ban de la minorité tutsie par le « peuple majoritaire ».

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Notre-Dame du Nil, de Scholastique Mukasonga, Gallimard, 240 p., 17,90 euros

Jeuneafrique.com

Jérôme Ferrari reçoit le prix Goncourt 2012

novembre 7, 2012

Jérôme Ferrari recoit le prix Goncourt 2012 pour Le Sermon sur la chute de Rome(Actes sud). 

Jérôme Ferrari reçoit le prix Goncourt 2012
Jérôme Ferrari, professeur de philosophie, a enseigné en Corse, où il situe son roman.

Jérôme Ferrari recoit le prix Goncourt 2012 pour Le Sermon sur la chute de Rome (Actes sud). Cet auteur de 44 ans, dont c’est le 6e roman, a été préféré aux trois autres finalistes, Patrick Deville, Joël Dicker et Linda Lê

L’ambitieux roman de Jérôme Ferrari, dont le titre s’inspire d’un sermon prononcé par Saint Augustin en l’an 410, prend place en Corse, dans un petit bar repris par deux étudiants en philosophie idéalistes confrontés à une réalité sordide. Jérôme Ferrari, qui a vécu en Corse et qui a traduit des textes littéraires corses, est lui-même professeur de philosophie au lycée français d’Abou Dhabi. Philippe Delaroche, pour Lire, évoquait un roman exigeant « une vive attention », mais dont les lecteurs patients seraient « payés de retour« . Baptiste Liger, pour L’Express, décrit « une langue virtuose et lyrique » qui fait dépasser à ce roman sa « trame régionaliste pour atteindre des accents mythologiques » (Lire un extrait du roman). 

Pour notre match des critiques Delphine Peras, face à Christine Ferniot et Alexandre Fillon, s’était pourtant élevée contre un roman « extrêmement prétentieux », malgré des premières pages virtuoses. Les critiques de Lire et de L’Express s’accordant toutefois pour reconnaître qu’il ne s’agissait peut-être pas du meilleur livre de Jérôme Ferrari. 

Il était cependant le favori de leurs pronostics. Votre avis, si vous l’avez lu? 

Le prix Renaudot 2012 revient quant à lui à la Rwandaise Scholastique Mukasonga pour Notre Dame du Nil (Gallimard). 

Lexpress.fr

Gallimard : nouveau géant de l’édition en France

juin 27, 2012

  • Flammarion affiche un chiffre d'affaires de 220 millions en 2011 (hors distribution) contre 253 millions pour Gallimard.
    Flammarion affiche un chiffre d’affaires de 220 millions en 2011 (hors distribution) contre 253 millions pour Gallimard. Crédits photo : SALVATORE DI NOLFI/ASSOCIATED PRESS
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  • En rachetant Flammarion, Gallimard va former un groupe de près de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires présent sur tous les segments du marché.
    Avant, il y a avait Hachette Livre (plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires dans le monde) et Editis (environ 700 millions d’euros), puis tous les autres, souvent loin de la barre des 500 millions de chiffre d’affaires: Média-Participations, Gallimard, Albin Michel, La Martinière-Le Seuil… Le nouvel ensemble constitué par Gallimard (253 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2011) et Flammarion (220 millions hors distribution) se détachera du lot, avec un chiffre d’affaires de près de 500 millions d’euros et une belle complémentarité des portefeuilles.

    Éditeur plus que centenaire, Gallimard est devenu au fil du temps un groupe très diversifié, présent dans la littérature, les sciences humaines, la jeunesse, les livres pratiques et d’art. Connue pour sa «collection blanche» (De Marcel Proust à Jonathan Littell en passant par Albert Camus, au total 37 prix Goncourt), la maison Gallimard coexiste au sein du groupe présidé par Antoine Gallimard avec les maisons Denoël, Mercure de France ou P.O.L.

    Une vraie logique

    Avec Flammarion, Gallimard va constituer l’un des plus beaux catalogues mondiaux de littérature en langue française. La maison fondée par Ernest Flammarion en 1875 est aussi une institution, et aujourd’hui un groupe dirigé par Teresa Crimisi, qui fut la plus proche conseillère d’Antoine Gallimard de la fin des années 1980 à 2005. Flammarion est l’éditeur du romancier mondialement connu Michel Houellebecq ou du nutritionniste à succès Pierre Dukan.

    En termes d’offres, il y a une vraie logique dans ce rapprochement. Dans le livre de poche, les deux groupes disposent de positions fortes: Gallimard avec Folio dans le poche haut de gamme et Flammarion avec J’ai Lu dans le poche populaire. Gallimard est quasiment absent de la bande dessinée, tandis que Flammarion possède Casterman, l’éditeur de Tintin. Au niveau de la distribution en revanche, les deux groupes disposent chacun de leur propre réseau, ce qui pourrait faire doublon.

    À l’heure du livre numérique, l’union des deux groupes devrait enfin être un atout. L’intérêt manifesté par le Fonds stratégique d’investissement (FSI) dès le lancement du processus de vente de Flammarion par l’italien RCS Mediagroup en début d’année se justifiait par cet enjeu: constituer, à côté de Hachette et Editis, un troisième champion français de l’édition en mesure de faire les investissements en hommes et en matériels nécessaires pour passer à l’ère numérique.

  • Lefigaro.fr par Alexandre Debouté

Editeurs cherchent chefs-d’oeuvre désespérément

février 9, 2012
Editeurs cherchent chefs-d'oeuvre désespérément
Avant de devenir une des romancières les plus vendues en France, Anna Galavada connut les échecs et les refus de manuscrits.

T. Dudoit pour L’Express

Que deviennent les milliers de manuscrits envoyés aux maisons d’édition chaque année? Enquête au coeur du système éditorial.

C’est bien connu, tous les Français ou presque sont des écrivains en puissance ! Mais il ne suffit pas de taquiner la muse pour être publié, loin de là : en moyenne, 1 seul manuscrit l’est, sur 6 000 envoyés par la poste aux éditeurs. « Le système de l’édition française fonctionne suffisamment bien », constate Philippe Demanet, secrétaire littéraire du service des manuscrits de Gallimard. « Grâce à un effet de nasse entre éditeurs, il n’y a pas de chef-d’oeuvre oublié dans un placard… » La preuve par le prix Goncourt 2011, L’Art de la guerre, d’Alexis Jenni, un premier roman aussitôt « flairé » par Philippe Demanet : « Pour moi, c’était évident. »

Tous les manuscrits sont-ils lus ?

« Oui, assure Louis Gardel, président du comité de lecture du Seuil depuis dix ans. Au bout de trois pages, on a une première idée de la qualité. Et on décèle aussitôt un ton nouveau. » Justine Lévy, lectrice à mi-temps chez Stock, cherche, elle aussi, la perle rare. Cela n’a pas toujours été le cas. Elle a raconté dans Rien de grave (Le Livre de poche), paru en 2004, ses premiers pas dans le métier et son coup de folie en apprenant que son jeune mari, Raphaël Enthoven, alias Adrien, la quittait pour Carla Bruni, alias Paula la tueuse. Bilan : des dizaines de manuscrits intacts directement jetés à la poubelle ! Cette confession a quelque peu fait grincer des dents à Saint-Germain-des-Prés. Le manuscrit, c’est sacré.

Des chiffres et des lettres

Gallimard reçoit, tous auteurs confondus, près de 6 000 manuscrits par an, le Seuil avoisine les 5 000, chez Robert Laffont et Fayard, c’est plutôt 4 000, tandis que Grasset en annonce « un peu plus de 3 000 minimum », à l’instar de POL. Par ailleurs, certains éditeurs ont un système de notes réservées aux manuscrits. Chez Gallimard, elles sont réparties entre 1 et 2. Le 1, c’est la publication. Le 1,25 signifie une petite réserve, et 1,5 témoigne d’une certaine perplexité. Mais 1,75 et 2, c’est le refus. Chez Grasset, on passe de 1, le manuscrit parfait, à 3 pour un refus. Le 0 est réservé au manuscrit idéal. Il n’a jamais été décerné…

« Chez Grasset, ils sont tous lus », témoigne Bruno Migdal, 53 ans, un scientifique de formation qui a repris des études de lettres sur le tard et qui vient de publier Petits Bonheurs de l’édition (la Différence), récit bref et vif de ses trois mois de stage au service des manuscrits de la Rue des Saint-Pères, en 2004. De Gallimard à Albin Michel, en passant par JC Lattès, les grandes maisons disposent toutes d’un tel service, qui réceptionne les textes non adressés personnellement à un éditeur. « J’ouvre chaque paquet, assure Denis Gombert, de Robert Laffont. Je les fais ensuite indexer – titre, nom, prénom, adresse, date de réception, etc. Mon travail consiste à évaluer rapidement chaque manuscrit : sa valeur et son adéquation à la maison. Dans l’affirmative, je le confie à l’un de nos sept lecteurs. Soit, en fin de compte, 15 à 20 % des manuscrits reçus. Car trop de gens confondent l’expression et l’écriture. »

Qui sont les lecteurs ?

« L’unique lecteur des éditions POL s’appelle… Paul Otchakovsky-Laurens ! » indique Jean-Paul Hirsch, bras droit du patron. Non content d’ouvrir lui-même les paquets chaque matin, l’éditeur d’Emmanuel Carrère lit tous les manuscrits. Cette assiduité lui a permis de repérer illico Truismes, premier roman (1998) et best-seller de Marie Darrieussecq. « Paul décide seul de la publication, même s’il lui arrive de me demander mon sentiment. Ses choix sont délibérés et il assume parfaitement le refus d’un texte qui connaîtra le succès ailleurs », précise Jean-Paul Hirsch. Les autres éditeurs sollicitent l’avis de toutes sortes de lecteurs, pour certains rétribués assez chichement – à partir de 30 euros chaque fiche de lecture chez Fayard, entre 50 et 90 euros chez Grasset ou Robert Laffont. « Nos lecteurs ont des profils très variés, souligne Denis Gombert : une mère de famille de trois enfants, un écrivain, une prof de khâgne… » Elisabeth Samama, responsable de la fiction française chez Fayard, attend d’abord un point de vue. Si son lecteur déteste radicalement un manuscrit, cela peut même lui donner envie de le lire. Bruno Migdal, l’ex-stagiaire de Grasset, déplore pour sa part qu’aucun des deux seuls manuscrits qui lui avaient paru intéressants en trois mois n’ait été publié : « Lorsque la lecture n’est pas suivie d’effet, la motivation s’effrite vite », regrette-t-il.

Les comités de lecture

Boutade de Gilles Cohen-Solal, cofondateur des éditions EHO avec sa femme, Héloïse d’Ormesson : « Notre comité de lecture se passe souvent au lit ! » Reste que cette instance rythme la vie de nombreuses maisons, à commencer par le comité de Gallimard, dont le fonctionnement, réglé comme du papier à musique, remonte aux années 1920. Composé de 17 membres, des Richard Millet à Pierre Nora, de Chantal Thomas à Jean-Bertrand Pontalis, il se réunit sous la présidence d’Antoine Gallimard une fois par mois. Comme chez Robert Laffont. Grasset et Le Seuil ont opté pour le rythme hebdomadaire. Mais, partout, la partition se joue selon un scénario identique : les éditeurs arrivent au comité avec leurs fiches de lecture, chacun défend ses manuscrits et les fait éventuellement passer. « La décision finale est assez collective, on peut faire des erreurs à plusieurs, estime Louis Gardel. Lorsque la maison résiste, on envoie le manuscrit à un confrère. Jadis, Roger Grenier me signalait les ouvrages refusés par Gallimard. L’édition n’est pas un milieu si méchant… » Voire. Dans le tome IV de son Journal, feu l’écrivain Jacques Brenner rappelle que, vers les années 1970, Grasset avait créé un faux comité de lecture mensuel à l’intention de l’écrivain Pierre-Jean Launay, membre du jury Interallié et donc « utile », mais dont on ne souhaitait pas la présence dans le vrai comité… Les huiles de la Rue des Saint-Pères – de Claude Durand à Yves Berger – jouaient la comédie de bon coeur. Au comité du Seuil et à celui de Grasset, les discussions sont très animées et le ton monte facilement. Question de tempérament. Ainsi, avec ce grand timide de Patrick Modiano, membre éphémère du comité Gallimard, ce fut « un désastre, parce qu’il ne voulait jamais se prononcer ! » révèle un texte de Robert Gallimard dans le récent Cahier Modiano (l’Herne).

Les « ratages »

Bon livre et succès de librairie : tous les éditeurs en rêvent. D’où le dépit d’Elisabeth Samama en apprenant que sa maison, Fayard, avait raté HHhH, de Laurent Binet, récupéré par Grasset avant d’obtenir le prix Goncourt du premier roman 2010 et de s’écouler à quelque 200 000 exemplaires, selon Edistat. « Nous étions débordés, c’est une stagiaire qui a eu le manuscrit entre les mains et l’a laissé filer », regrette l’éditrice. Depuis ce raté, Fayard a mis au point un système de filtre plus précis, plus rigoureux, où chaque éditeur regarde systématiquement tous les manuscrits de son département. La même mésaventure était arrivée à Olivier Cohen, directeur des éditions de L’Olivier, à qui Anna Gavalda avait envoyé le manuscrit de son premier livre, un recueil de nouvelles qui a fini par être publié au Dilettante en 1999. Lauréat du grand prix RTL-Lire l’année suivante, Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part est devenu un immense best-seller, vendu à des millions d’exemplaires… Louis Gardel admet pour sa part qu’il a refusé Ce qu’il advint du sauvage blanc, premier – et formidable – roman de François Garde, récemment paru chez Gallimard. Anne Carrière, elle, se rend un jour dans un Salon où le jeune Joël Egloff dédicace son premier roman drolatique, Edmond Ganglion & fils, paru en 1999 et applaudi par beaucoup. Elle achète un exemplaire. En guise de signature, le jeune homme écrit : « Pour l’éditrice chez qui j’aurais aimé être publié… » Etonnement de l’intéressée, ignorant que Joël Egloff lui avait adressé son manuscrit. Elle a retrouvé le compte rendu de lecture indiquant un « roman mortifère », au prétexte qu’il y est question d’une entreprise de pompes funèbres…

Par Delphine Peras (L’Express)