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Nigeria : l’arrestation du leader pro-Biafra Nnamdi Kanu peut-elle ramener la paix dans le Sud-Est ?

juillet 6, 2021
Nnamdi Kanu dans le jardin de sa maison d’Umuahia, dans le Sud-Est du Nigeria, en 2017

Accusé de terrorisme, le dirigeant séparatiste Nnamdi Kanu a été appréhendé et extradé vers Abuja, où il sera jugé à partir du 26 juillet. Si certains dénoncent une injustice, d’autres espèrent la fin des violences.

C’est arrivé de manière aussi soudaine qu’inattendue. Arrêté à l’étranger et ramené au Nigeria, le 29 juin, le dirigeant séparatiste pro-Briafra a aussitôt été présenté devant un juge fédéral et incarcéré à Abuja. La justice nigériane a autorisé son placement en détention jusqu’à l’ouverture de son procès pour « terrorisme », le 26 juillet.

Il y a près de quatre ans, Nnamdi Kanu avait été libéré sous caution et c’est à la faveur de cette remise en liberté qu’il avait choisi de disparaître, disant craindre pour sa vie. Détenteur de la citoyenneté britannique, il tenait depuis en échec les services de sécurité nigérians.Read this article in english on 

« Cette arrestation, c’est un coup dur pour l’Ipob [le mouvement indépendantiste Indigenous People of Biafra], décrypte Ephraim Onoja, un expert en sécurité basé dans l’État d’Imo, où se se concentre la majorité des partisans de Kanu. Le président Muhammadu Buhari envoie un message très fort. L’idée c’est que peu importe où vous êtes et peu importe le temps que cela prendra, vous finirez par être rattrapé. »

« J’aurais pu être tué »

Même si plusieurs sources pointent vers le Kenya, les autorités nigérianes n’ont pour l’instant pas dit où Kanu avait été arrêté. Le ministre de la Justice, Abubakar Malami, s’est contenté de déclarer qu’il avait été « intercepté grâce aux efforts conjoints des services de renseignement et des services de sécurité nigérians », et que son procès, qui s’était initialement ouvert en 2015, allait pouvoir reprendre.

Le leader de l’Ipob a été arrêté pour la première fois cette année-là, après des années de lutte pour le Biafra. Inculpé pour terrorisme, trahison et possession illégale d’armes à feu, il a passé six mois en détention avant d’être libéré sous caution pour raisons de santé. Il était soumis à un contrôle judiciaire strict et avait notamment interdiction d’accorder des interviews ou de prendre part à des rassemblements de plus de 10 personnes.

LE PROCÈS POURRA CONTRIBUER À LE DÉMYSTIFIER OU, AU CONTRAIRE, EN FAIRE UN HÉROS

Ces conditions, Kanu ne les a pas respectées. Il a choisi de fuir après que l’armée a tenté de l’arrêter chez lui, dans l’État d’Abia, dans le sud-est du Nigeria, en novembre 2017. De retour devant la justice, vêtu d’un survêtement Fendi et sans l’assistance d’aucun de ses avocats, il a affirmé qu’à l’époque, il « aurait pu être tué » s’il était resté dans le pays.

Selon Amnesty International, 12 de ses partisans ont péri le 14 septembre 2017 lorsque les services de sécurité ont tenté de l’arrêter. Les autorités rétorquent que les personnes qui ont été tuées ce jour-là avaient résisté à leur arrestation. Quoi qu’il en soit, une répression sévère s’est abattue sur les partisans de Kanu depuis l’arrivée de Buhari au pouvoir ; plus d’une centaine d’entre eux y ont perdu la vie.

Un homme qui divise

Fin juin, après la comparution de leur client devant un juge, les avocats du leaders sécessionnistes ont publié une déclaration insistant sur le fait que « quelle que soit la gravité des infractions ou des charges retenues contre lui, l’article 36 (5) de la Constitution le présume toujours innocent ». Contacté, l’un de ses défenseurs, Maxwell Okpara, précise que lui et ses confrères n’ont pas été informés de son arrestation, encore moins de sa mise en accusation, faisant écho aux inquiétudes quant à la manière dont les autorités nigérianes ont jusqu’à présent traité le cas de Kanu.

Cet épisode « confirme que le fait que l’administration Buhari peut être rapide et méthodique lorsqu’elle est motivée – et poussée par des considérations ethniques ou religieuses », résume l’analyste Demola Olarewaju. Selon lui, le procès à venir pourra contribuer « à démystifier pour de bon le personnage ou, au contraire, contribuer à en faire un héros ».

Jusqu’à présent, les réactions à l’annonce de l’arrestation de Kanu ont surtout reflété les profondes divisions du Nigeria. Des groupes et associations du Nord, tels que le Forum consultatif d’Arewa, ont tenu à féliciter les autorités pour avoir mis la main sur un homme « qui a juré de détruire le pays », tandis que leurs homologues du Sud, tels que la Fondation pour le développement d’Alaigbo, y voient « une grave injustice de la part d’un gouvernement fédéral [qui cherche à] écraser Nnamdi Kanu et, avec lui, les partisans de l’Ipob ».

Symbole de ces divisions, Ohanaeze Ndigbo, un autre groupe qui dit défendre les intérêts des Igbo, a déclaré dans un communiqué l’arrestation de Kanu marquait « le début de la fin des violences dans le sud-est du Nigeria », ajoutant que « l’autodétermination ne [devait] pas être utilisée à des fins de fortune et de gloire » et que « le refus de Nnamdi Kanu d’adhérer aux conseils des dirigeants Igbo est à l’origine de ce qui lui est arrivé ».

Depuis sa base au Royaume-Uni et sur les ondes de Radio Biafra, porte-voix depuis Londres de la lutte sécessionniste, Kanu a contribué à l’endoctrinement de nombreux jeunes, auxquels il a répété qu’ils n’avaient pas leur place au sein de l’État fédéral et qu’ils devaient lutter pour faire du Biafra une nation. Il a lancé une branche armée de l’Ipob, officiellement pour « mettre fin à toute activité criminelle et à toute attaque terroriste contre le Biafra », et les meurtres ont triplé dans la région, selon le média local TheCable, qui souligne que ce sont des agents de sécurité qui sont le plus souvent visés.

L’IPOB NE RENONCERA PAS À SON COMBAT POUR LA LIBERTÉ DU BIAFRA

« Kanu est le cauchemar des gouverneurs et des dirigeants du Sud-Est parce qu’il pense que tout le monde est instrumentalisé », poursuit un conseiller du gouverneur d’Abia, l’État dont le leader pro-Biafra est originaire. Quand les gouverneurs ont tenté de le rencontrer après sa libération en 2017, il s’est esquivé à la dernière minute, affirmant qu’il ne voulait pas prendre le risque d’être tué. Depuis, ceux-ci ont fait interdire l’Ipob. « Les gouverneurs vont enfin pouvoir se concentrer sur le rétablissement d’une paix durable dans la région », estime la même source.

« Cela pourrait apaiser les tensions à court terme, admet Ephraim Onoja. Mais à long terme, certains des partisans de Kanu pourraient modifier leur stratégie et choisir d’intensifier la lutte pour faire pression sur le gouvernement afin qu’il le libère ou pour obtenir l’ouverture de négociations. »

Un appât pour Buhari ?

À l’approche des prochaines élections générales, l’arrestation de Kanu pourrait également devenir un instrument politique. Les analystes estiment en effet que le président Buhari et son parti, le All Progressives Congress (APC), pourraient utiliser Kanu comme appât pour conquérir le Sud-Est du pays en 2023, une région qui se sent traditionnellement marginalisée et où plusieurs voix se sont élevées pour réclamer un président igbo.

« Le gouvernement pourrait avoir intérêt à calmer le jeu et à trouver un accord politique pour sa libération », résume Ephraim Onoja. La tension n’est pour l’instant pas retombée. « L’Ipob ne renoncera pas [à son combat pour] la liberté du Biafra, a affirmé le mouvement dans un communiqué après l’annonce de l’arrestation de Kanu. Nous avons franchi le Rubicon dans notre lutte pour la restauration de la souveraineté du Biafra. Il n’y a pas de retour en arrière possible, quel que soit le niveau d’intimidation exercé par nos oppresseurs. »

Par Jeune Afrique – Jude Michael

Nigeria : au moins dix morts lors de manifestations indépendantistes pro-Biafra

mai 31, 2016

Lagos – Au moins dix personnes ont été tuées dimanche et lundi lors de manifestations de militants indépendantistes pro-Biafra qui marquaient l’anniversaire du début de la guerre civile en 1967 et contre lesquelles la police a ouvert le feu, a annoncé mardi la police nigériane.

Un porte-parole de la police de l’Etat d’Anambra (sud-est du Nigeria) a indiqué à l’AFP que cinq corps avaient été retrouvés dans la capitale Onitsha. Dans l’Etat voisin du Delta, cinq personnes ont été tuées selon la police.

Dans cet État du Delta, la police dit avoir ouvert le feu parce que des membres du mouvement Peuple indigène du Biafra (IPOB) avaient tiré sur les forces de sécurité déployées à l’occasion des manifestations.

Nous avons déployé nos agents pour nous assurer que la manifestation se passe dans le calme mais nous avons été surpris par la violence des manifestants, a affirmé Charles Muka, porte-parole de la police de l’Etat du Delta.

Mais le porte-parole de l’IPOB, Anayo Chukwu-Okpara, a nié ces accusations, et affirmé qu’au moins 35 membres de l’IPOB avaient été tués à Onitsha.

Des violences ont également émaillé les manifestations dans les capitales des États de Imo, Ebonyi, Abia et River, tous situés dans le sud-est du pays.

Les membres du mouvement séparatiste pour le peuple Igbo commémoraient le 49e anniversaire de la déclaration d’indépendance du Biafra du 30 mai 1967, qui conduisait un an plus tard à une guerre civile sanglante qui a fait plus d’un million de morts.

– unité à tout prix –

Le chef de l’IPOB, l’indépendantiste Nnamdi Kanu, est toujours en détention dans l’attente de son procès pour trahison depuis son arrestation en octobre 2015.

Son arrestation et le refus du gouvernement de le libérer sous caution malgré plusieurs décisions de justice ont provoqué une vague de protestations à travers tout le sud-est du Nigeria et relancé les appels à l’indépendance du Biafra.

Prince Emmanuel Kanu, le frère de Nnamdi Kanu, a en outre accusé la police d’avoir tué 20 personnes dimanche soir lors d’un premier rassemblement à Onitsha, et d’avoir ensuite tué 16 personnes et blessé une cinquantaine d’autres lundi lors de la manifestation toujours à Onitsha.

Ils (la police, NDLR) ont bloqué les manifestants, puis ils ont commencé à nous tirer dessus, ils ont tiré sur 56 personnes, qui sont blessées, a-t-il affirmé.

Mardi, le chef de la police fédérale nigériane, Solomon Arase, a prévenu que tout membre de l’IPOB découvert en possession d’une arme serait arrêté et jugé.

La police continuera à travailler d’arrache-pied pour éliminer toute menace sur la sécurité intérieure du pays, a-t-il déclaré, faisant écho aux déclarations du président Buhari qui a déclaré publiquement qu’il ne tolèrerait aucune menace contre l’unité du Nigeria.

Des membres de l’IPOB ont récemment affirmé à l’AFP que des forces de sécurité militaires et policières avaient usé de gaz lacrymogènes et tiré à balles réelles sans distinction sur la foule, lors de précédentes manifestations.

-excès de violence-

L’organisation de défense des droits de l’Homme Human Right Watch a appelé à une enquête judiciaire crédible sur cette affaire.

Dans un contexte de violences croissantes dans le sud-est du Nigeria, les forces gouvernementales devraient prendre des mesures raisonnables pour assurer la sécurité du pays et éviter un usage démesuré de la force lorsqu’elles encadrent des manifestations publiques, a déclaré Mausi Segun, représentante d’HRW.

Découverte de charniers et personnes portées disparues sont régulièrement mentionnées au Nigeria, où l’armée a été montré du doigt à plusieurs reprises pour ses excès de violence, notamment dans le conflit contre les jihadistes de Boko Haram. Des accusations similaires ont été portées dans la ville de Zaria, dans le nord du pays, où les forces de sécurité auraient fait plus de 300 morts parmi des membres d’une communauté chiite.

Romandie.com avec(©AFP / 31 mai 2016 18h50)