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RDC : Paul Mwilambwe, « témoin » crucial du procès Chebeya

décembre 8, 2021
Paul Mwilambwe au mois de juin 2019 à Dakar, au Sénégal. © Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

Condamné par contumace en première instance, le major est revenu à Kinshasa après dix ans d’exil pour donner sa version lors du procès en appel des assassins présumés de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana. Un moment très attendu par les parties civiles.

Voilà dix ans qu’il n’avait pas enfilé son uniforme bleu marine de major de la police congolaise. Rentré à Kinshasa le 2 décembre par un vol commercial de la compagnie Brussel Airlines, une décennie après avoir fui la RDC, Paul Mwilambwe est appelé à comparaître ce 8 décembre devant le tribunal militaire siégeant à la prison de Ndolo. Il doit y livrer sa version des faits lors du procès en appel des assassins présumés de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana.

Depuis le 22 septembre, le major Christian Ngoy Kenga Kenga et le sous-commissaire adjoint Jacques Mugabo comparaissent devant la Haute cour militaire. Le premier refuse de se présenter devant les juges, mais le second a déjà livré certains détails sur son rôle, sur celui de son co-accusé et sur celui de l’ancien tout-puissant général John Numbi. Lors du procès en première instance, en juin 2011, Kenga Kenga et Mugabo avaient été condamnés à mort par contumace, tout comme le major Paul Mwilambwe et le colonel Daniel Mukalay, qui était alors le seul haut gradé présent sur le banc des accusés. La sentence de ce dernier a été commuée en une peine de quinze ans de prison en appel en 2015.

Depuis dix ans, Paul Mwilambwe assure qu’il est innocent. Ses confessions, recueillies et diffusées le 10 juillet 2012 par le réalisateur belge Thierry Michel, avaient été parmi les premières à mettre directement en cause le général John Numbi, identifié par les parties civiles comme le commanditaire du double assassinat, et à livrer les noms des membres du commando ayant participé au meurtre.

Tout suivi, tout entendu

Pour les parties civiles, Mwilambwe est un témoin crucial. Il est celui qui a tout suivi, tout entendu le soir du 1er juin 2010. « C’est le témoin clé, le témoin oculaire, se réjouit Me Richard Bondo, l’un des avocats des familles des victimes, qui avait réclamé sa comparution au début de la procédure. Nous espérons que cela va relancer le procès et surtout que cela aura un impact sur le dossier en cours d’instruction dans lequel John Numbi est poursuivi. »

IL ASSISTE À LA SCÈNE DE L’ASSASSINAT DE CHEBEYA PAR LE BIAIS DES CAMÉRAS DE SURVEILLANCE

Le puzzle de cette macabre soirée, progressivement reconstitué à la faveur des récents témoignages des membres du commando, récupère, avec le retour de Mwilambwe, une nouvelle pièce. En cette fin d’après-midi du 1er juin 2010, le major Mwilambwe se trouve, selon son propre récit, à son bureau, à l’étage de l’Inspection générale de la police (IGP), où il s’occupe de la sécurité. Il est le premier à accueillir Floribert Chebeya lorsque celui-ci s’extrait de la Mazda grise conduite par son chauffeur du jour, Fidèle Bazana. Mwilambwe sait tout de suite à qui il a affaire. Le major Christian Ngoy Kenga Kenga l’a informé qu’un invité de marque est venu rencontrer le patron des forces de l’ordre congolaises : le général John Numbi.

Les proches de Chebeya assurent que, ce jour-là, l’emblématique président de l’ONG la Voix des sans voix (VSV) était venu confronter Numbi aux éléments dont il dispose sur la répression du mouvement Bundu Dia Kongo en 2008, dans la province du Bas-Congo. Le bataillon Simba, police dans la police aux ordres de Numbi et dirigée par Kenga Kenga, est accusé d’avoir été le moteur de ces opérations.

Mais Mwilambwe, qui suit quotidiennement l’agenda de Numbi, sait qu’il n’est pas présent sur les lieux ce 1er juin : le patron de la police s’est absenté il y a quelques heures et n’est toujours pas revenu. Il reste donc avec Chebeya dans son bureau pendant plus d’une heure. Numbi ne remettra jamais les pieds à l’IGP ce soir-là. Chebeya et Mwilambwe sont rejoints par le major Kenga Kenga, qui s’excuse de l’absence de son chef et propose au patron de la VSV de se rendre à la résidence de Numbi. Les deux hommes sortent. La suite, Paul Mwilambwe y assiste par le biais des caméras de surveillance.

Toujours selon son récit, Chebeya est étouffé à l’aide d’un sac en plastique. La scène de son assassinat est ensuite maquillée puisqu’il sera retrouvé à l’intérieur de la Mazda avec laquelle il est arrivé, des préservatifs à son côté et de faux SMS envoyés depuis son téléphone. Resté au parking, Fidèle Bazana a déjà été attaqué par une partie du commando. Son corps n’a toujours pas été retrouvé malgré une descente des juges à Mitendi – selon les témoignages, il s’y trouverait, sur la parcelle du général Zelwa Katanga, dit « Djadjidja ».

Fuite par les toilettes

Lorsque la presse révèle la mort des deux hommes le lendemain, la nouvelle provoque un choc et la chasse aux coupables commence. Au moment du procès en première instance, Paul Mwilambwe est considéré comme en fuite par la justice congolaise. Selon le récit qu’il tient depuis neuf ans, il aurait pourtant consenti à témoigner et se serait même livré à l’auditorat militaire en avril 2011. Il y aurait été auditionné pendant plusieurs heures par le procureur militaire, le général Ponde. Le major dit avoir ensuite été remis à des agents de l’Agence nationale de renseignement (ANR), puis transféré en juillet via un vol cargo vers Lubumbashi, où il sera détenu dans différentes résidences. Convaincu que sa vie est en danger, Mwilambwe parviendra à s’échapper par la fenêtre des toilettes de la maison où il se trouve.

IL A TOUJOURS DIT QU’IL DISPOSAIT D’ÉLÉMENTS CONTRE CES GENS ET QUE SON INTENTION N’ÉTAIT PAS DE FUIR LA JUSTICE

Passant par la Tanzanie puis le Kenya, il trouve refuge au Sénégal, où sa famille finit par le rejoindre. Une procédure y est ouverte en 2014 à la suite d’une plainte des deux familles des victimes. Elle ne connaîtra jamais de suite concrète, mais son instruction empêchera Mwilambwe d’obtenir l’asile sur place. Récemment, il avait fini par rejoindre la Belgique.

Pendant toutes ses années d’exil aux quatre coins du continent et jusqu’en Europe, l’ancien major n’a cessé de marteler qu’il dispose d’éléments solides pour prouver le rôle de Joseph Kabila et de John Numbi dans l’assassinat de Chebeya et de son chauffeur. Mais il s’est toujours refusé à en dire plus, assurant qu’il réservait sa parole pour la justice. Ce sont les arrestations de nombreux membres du commando depuis septembre 2020 et les témoignages de trois policiers en exil qui ont ouvert la porte à une relance du procès.

« Rétablir la vérité »

.es avocats de la défense lors du procès en premier instance, en 2012, à Kinshasa
.es avocats de la défense lors du procès en premier instance, en 2012, à Kinshasa © JUNIOR D. KANNAH/AFP

Joint à plusieurs reprises ces derniers mois, Paul Mwilambwe nous avait affirmé se montrer prudent concernant un éventuel retour en RDC pour témoigner. Malgré le départ de Joseph Kabila du pouvoir, malgré aussi le limogeage et la fuite de John Numbi, les conditions de sécurité et d’équité devant le tribunal militaire n’étaient, selon lui, pas réunies. Déterminé à obtenir son acquittement, il a fini par rentrer pour « rétablir la vérité ».

Cette fois dans le costume du prévenu, il se fait discret depuis son arrivée à Kinshasa, et vit en résidence surveillée, gardé par des militaires congolais. Fini les interviews, il espère désormais se défendre devant la justice. « Il a toujours dit qu’il disposait d’éléments contre ces gens, que son intention n’était pas de fuir la justice et que la hiérarchie militaire avait fait de lui le fugitif qu’il n’est pas. Donc nous attendons son témoignage avec impatience », conclut Me Bondo, qui espère voir relancée la procédure contre John Numbi. Cet espoir se heurte néanmoins à un obstacle : huit mois après sa fuite, le général reste introuvable.

Avec Jeune Afrique par Romain Gras

Génocide des Tutsi: ouverture à Paris du procès d’un ex-chauffeur franco-rwandais jugé pour « complicité »

novembre 22, 2021
Genocide des Tutsi: ouverture a Paris du proces d'un ex-chauffeur franco-rwandais juge pour "complicite"
Génocide des Tutsi: ouverture à Paris du procès d’un ex-chauffeur franco-rwandais jugé pour « complicité »© AFP/Archives/Marion Ruszniewski

Le procès pour « complicité » d’un ex-chauffeur franco-rwandais, citoyen « ordinaire » accusé d’avoir sciemment aidé des tueurs lors du génocide des Tutsi en 1994 au Rwanda, s’est ouvert lundi à Paris, troisième procès en France pour des crimes liés à l’une des pires tragédies du XXe siècle.

Claude Muhayimana, 60 ans, vêtu d’un jean et d’une veste de cuir, un sac à dos sur l’épaule, est resté bras croisés sur une chaise durant la majorité de l’audience. Il a répondu avec une voix assurée aux questions du président lui demandant de décliner son identité.

M. Muhayimana était en 1994 employé d’un établissement de tourisme public rwandais gérant l’hôtel Guest House à Kibuye, sur les rives de l’immense lac Kivu.

Il est accusé de « complicité » de génocide et de crimes contre l’humanité pour avoir « aidé et assisté sciemment » des militaires et des miliciens en assurant à plusieurs reprises leur transport sur les lieux de massacres dans la préfecture de Kibuye, les collines de Karongi, Gitwa et Bisesero (ouest), où des dizaines de milliers de personnes ont été exterminées dans des conditions effroyables.

Les miliciens, armés de machettes, gourdins, houes et appelés « Interahamwe » (« ceux qui travaillent ensemble » en kinyarwanda) ont été les principaux bras armés du génocide contre la minorité tutsie, orchestré par le régime extrémiste hutu et qui a fait plus de 800.000 morts d’avril à juillet 1994.

M. Muhayimana, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, est réfugié en France, dont il a obtenu la nationalité en 2010. Cantonnier à la mairie, il vit à Rouen (nord-ouest). Il y avait été arrêté en 2014, un an après l’ouverture d’une enquête initiée par une plainte du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), qui lutte contre l’impunité et la présence en France de présumés génocidaires rwandais.

Le procès qui s’est ouvert devant la cour d’assises de Paris, après dix ans de procédure et deux reports à cause de la crise sanitaire, est prévu pour durer jusqu’au 17 décembre, avec l’audition d’une cinquantaine de témoins, dont une quinzaine viendront du Rwanda.

L’audience de lundi a notamment été consacrée à plusieurs heures de débat sur la recevabilité de nouvelles parties civiles et de nouveaux témoins, auxquels s’oppose la défense.

Le président de la cour a ensuite débuté la lecture de son rapport sur les faits reprochés à l’accusé et le contexte historique du génocide des Tutsi.

La singularité de ce procès est qu’il juge un citoyen ordinaire. Les deux précédents procès ont, eux, vu la condamnation à perpétuité de deux anciens bourgmestres et à 25 ans de prison d’un ex-capitaine de l’armée.

« On a affaire à un homme ordinaire, un Monsieur tout le monde, qui n’avait aucune autorité civile, militaire ou religieuse et qui a été placé dans le chaos que l’on connaît », a déclaré à la presse l’un des avocats de l’accusé, Philippe Meilhac, avant l’ouverture du procès.

« Nous comptons bien le faire acquitter complètement, il est innocent de ce qu’on lui reproche », a martelé Me Meilhac.

« Maillons du mécanisme »

Pour sa part, Alain Gauthier, cofondateur du CPCR, se « refuse » à « parler de gros ou de petit poisson ». « On est dans le cas d’un génocide, on ne parle pas de petit poisson ».

« Tous les maillons du mécanisme de la chaîne qui ont conduit au génocide sont importants; il n’y avait plus d’échelons » dans ce contexte, a lancé de son côté avant l’audience Richard Gisagara, avocat de l’une des parties civiles aux côtés du CPCR.

Les prises de parole de l’accusé, resté très discret, sont très attendues. L’enquête a évoqué une personnalité ambigüe, des témoins attestant qu’il a sauvé des Tutsi en les cachant chez lui ou en les aidant à fuir.

Les débats se concentreront sur le fait que l’accusé nie avoir été présent sur les lieux de massacres et sur les contradictions entre ses déclarations et celles de témoins, notamment son ex-épouse. Il a aussi menti et tenté de faire pression sur des témoins, selon l’accusation.

« Il y a des dizaines de témoignages concordants sur son transport sur les lieux de massacres », note Alexandre Kiabski, avocat du CPCR.

La défense, elle, pointe les contradictions et les lacunes des témoignages, et soulèvera également l’argument de la contrainte.

« Ce n’est pas impossible qu’il ait été forcé (à transporter les miliciens, NDLR); mais même si c’est vrai, il avait le choix de prendre la fuite », estime M. Gauthier. « On ne va pas sur les lieux d’un crime gratuitement ».

Mardi, l’audience doit être consacrée à l’interrogatoire de personnalité de l’accusé.

Par Le Point avec AFP

France/Soupçons d’emplois fictifs : le procès en appel de François Fillon et sa femme s’est ouvert à Paris

novembre 15, 2021

L’ancien premier ministre a été condamné en juin 2020 à cinq ans de prison, dont deux ferme, 375 000 euros d’amende et dix ans d’inéligibilité.

L’ancien premier ministre François Fillon et son épouse, Penelope, au palais de justice de Paris, le 27 février 2020.
L’ancien premier ministre François Fillon et son épouse, Penelope, au palais de justice de Paris, le 27 février 2020. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

François Fillon de retour à la barre : le procès en appel de l’ancien premier ministre, de sa femme et de son ex-suppléant s’est ouvert lundi 15 novembre en début d’après-midi à Paris dans l’affaire des soupçons d’emplois fictifs de Penelope Fillon qui a plombé la course à l’Elysée de son époux en 2017.

Costume bleu nuit, cheveux poivre et sel, celui qui fut le chef du gouvernement entre 2007 et 2012, aujourd’hui âgé de 67 ans, est entré dans la salle d’audience sans s’exprimer face à la presse avec sa femme, 66 ans, courts cheveux argentés et masque bleu.about:blankhttps://acdn.adnxs.com/dmp/async_usersync.html

Ce second procès se tient près d’un an et demi après la condamnation de l’ancien locataire de Matignon, notamment pour détournement de fonds publics, à cinq ans d’emprisonnement dont deux ferme, 375 000 euros d’amende et dix ans d’inéligibilité. Il avait aussitôt fait appel.

La première journée d’audience doit être consacrée à des questions de procédure. La cour d’appel examine le dossier jusqu’au 30 novembre.

Une succession de révélations

Le Canard enchaîné avait dévoilé le « Penelopegate » le 24 janvier 2017, entraînant l’ouverture d’une enquête. Les révélations s’étaient succédé et le candidat de la droite, chantre de l’intégrité et favori des sondages, avait été mis examen à six semaines du premier tour.

Aujourd’hui âgé de 67 ans et retraité, François Fillon devra s’expliquer sur l’emploi de son épouse comme assistante parlementaire entre 1998 et 2013, dans le cadre de trois contrats signés par lui et par celui qui était alors son suppléant dans la Sarthe, Marc Joulaud.

Des prestations rémunérées 613 000 euros net (plus d’un million d’euros brut) « fictives ou surévaluées » selon l’accusation, qui considère que les activités de Penelope Fillon relevaient du « rôle social » d’une « conjointe d’homme politique », mais pas d’une collaboratrice. Le travail de Penelope Fillon était certes « discret », majoritairement oral, mais « essentiel », a toujours clamé son mari.

Le couple est aussi jugé pour l’emploi de leurs deux enfants en tant qu’assistants parlementaires de leur père sénateur entre 2005 et 2007 (100 000 euros brut) ainsi que pour le lucratif contrat de Penelope Fillon comme « conseillère littéraire » en 2012 et 2013 à la Revue des deux mondes, propriété de Marc Ladreit de Lacharrière – 135 000 euros brut.

Ami de François Fillon, cet homme d’affaires a reconnu, dans une procédure distincte, un emploi en partie fictif et il a été condamné en 2018 pour abus de biens sociaux.

François Fillon est enfin poursuivi pour avoir omis de déclarer un prêt de M. Ladreit de Lacharrière à hauteur de 50 000 euros à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique – il a été relaxé en première instance.

La défense critique une « enquête folle »

L’enjeu de ce procès en appel est que « l’innocence » de François Fillon « et celle de son épouse soient enfin reconnues », a résumé auprès de l’Agence France-Presse (AFP) l’avocat de François Fillon, MAntonin Lévy.

En première instance, Penelope Fillon a été condamnée à trois ans de prison avec sursis, 375 000 euros d’amende et deux ans d’inéligibilité. Marc Joulaud s’est vu infliger trois ans d’emprisonnement avec sursis, 20 000 euros d’amende avec sursis et cinq ans d’inéligibilité. Tous deux ont aussi fait appel.

« L’assistance » de la Franco-Galloise de 66 ans « correspondait exactement à ce dont Marc Joulaud avait besoin pour exercer au mieux le mandat de suppléant de François Fillon, pendant que celui-ci exerçait à Paris les responsabilités de ministre », a assuré à l’AFP l’avocat de M. Joulaud, MJean Veil. L’Assemblée nationale, partie civile, avait obtenu plus d’un million d’euros en dommages-intérêts.

La défense, qui critique depuis l’origine une « enquête folle » et « à charge », compte aussi lors de ce second procès « débattre » des déclarations de l’ancienne chef du Parquet national financier Eliane Houlette en juin 2020, quelques jours avant le prononcé du jugement – les avocats avaient demandé, en vain, un report de la décision.

La magistrate avait alors évoqué en commission parlementaire des « pressions » hiérarchiques dans ce dossier, ce qui avait relancé dans le camp Fillon les accusations d’instrumentalisation de la justice.

Le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, avait à l’époque saisi le conseil supérieur de la magistrature qui a depuis conclu, en septembre 2020, que la justice a fonctionné « de façon indépendante » dans cette affaire hors norme.

En septembre 2021, la presse a révélé qu’une seconde enquête visant François Fillon avait été ouverte en 2017, concernant les conditions d’emploi d’un autre assistant parlementaire, l’écrivain Maël Renouard, entre 2013 et 2015. Cette enquête est toujours en cours.

Avec Le Monde avec AFP

Procès Sankara : Diendéré, victime autoproclamée

novembre 12, 2021

Damien Glez © Damien Glez

Droit dans ses rangers, Gilbert Diendéré a nié toute implication dans l’assassinat de Thomas Sankara. À l’audience, il s’est déclaré « non coupable », et même victime…

Sur les événements du 15 octobre 1987 qui coûtèrent la vie au président burkinabè Thomas Sankara et douze de ses compagnons, tout semblait avoir été su et rien n’avait été formellement dit. Dans l’esprit du Burkinabè lambda –volontiers autoproclamé sankariste –, les responsabilités semblaient établies.

« Faire dire » est sans conteste l’enjeu principal du procès actuel qu’on n’espérait plus, tant il semblait ancré dans une historicité moins contemporaine que l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, en 1998. De témoignages en reconstitutions journalistiques, parfois sur le simplissime mode du « à qui profite le crime », tout semblait transparent sur le rôle présumé et la présence supposée, le jour J, de Blaise Compaoré, Hyacinthe Kafando, Arzouma « Otis » Ouédraogo ou Gilbert Diendéré. Tout ?

Aplomb spectaculaire

Ces derniers jours d’audience ont permis d’assister aux auditions contradictoires du colonel-major à la retraite Jean-Pierre Palm et approximative de l’ex-chauffeur militaire Yamba Élysée Ilboudo. Du fretin si menu, dans le casting du procès, que personne ne s’émeut outre mesure de quelque arrangement avec la vérité. Mais quand apparut la star du feuilleton judiciaire, le 9 novembre, les auditions prirent des allures de climax.

En l’absence du bénéficiaire du putsch – Compaoré exilé – et de ceux qui firent vraisemblablement feu – Kafando en fuite et « Otis » neutralisé –, la vedette du prétoire reste Gilbert Diendéré. Au moment des faits, ce dernier était chef de corps adjoint du Centre de formation commando (CNEC, dont étaient issus les assaillants) membre de la division information du Haut Commandement des forces armées populaires et responsable de la sécurité du « Conseil de l’entente », lieu des assassinats du 15 octobre 1987.

Il vaut mieux entendre certaines choses que d’être sourd : « la quatorzième victime », c’est ce que le général aurait failli être, si l’on en croit sa déclaration sous serment. « Boîte noire » des turpitudes du régime qui suivit le coup d’État, Diendéré affiche un aplomb spectaculaire en se proclamant victime potentielle devant les familles de victimes effectives.

Désarmé et inconscient ?

Non coupable des chefs d’attentat à la sûreté de l’État, complicité d’assassinat, recel de cadavre et subornation de témoins ? Le scénario de l’accusé vedette est simplissime : s’il s’est effectivement retrouvé sur les lieux du drame – intrigué par les déflagrations –, ce serait juste après la mort de Sankara, en tenue de sport et avec un niveau d’information nul sur le complot.

DIENDÉRÉ EXPLIQUE QU’ILS N’ÉTAIENT QUE DES HUMAINS BIEN NATURELLEMENT TÉTANISÉS PAR CETTE VIOLENCE

Désarmé, inconscient de « qui était avec qui », il aurait donc subi l’événement. Dédouanant au passage Blaise Compaoré, il explique qu’un membre du commando lui aurait indiqué avoir pris l’initiative d’une arrestation de Sankara malencontreusement achoppée. Quid de ceux qui étaient censés intercepter les assassins ? Diendéré explique qu’ils n’étaient que des humains bien naturellement tétanisés par cette violence…

Le calme légendaire du général, grand échalas socialement affable, frise l’énigme. Comment pouvait-il être à ce point droit dans ses bottes qu’il ne chercha pas à fuir avec les autres compaoristes, à l’insurrection populaire de 2014 ? Comment pouvait-il être à ce point stoïque qu’il incarna – il nie en être à l’origine – le putsch absurde et avorté de 2015, qui le conduira en prison pour une vingtaine d’années ?

Si on lui posait la question, « Golf » (surnom du général) répondrait sans doute que ne fuient, ne complotent et ne troquent leur jogging que ceux qui ont des choses à se reprocher. Tout est simple au pays de Diendéré…

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Procès Sankara : la ligne de défense de Blaise Compaoré mise à mal par un témoin-clé

octobre 29, 2021
Thomas Sankara, à Paris en février 1986. © PASCAL GEORGE/AFP

Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando, absents aux audiences, sont au centre du procès historique des assassins présumés de Thomas Sankara. En une semaine, témoins et accusés se sont succédé à la barre, et l’un d’eux a particulièrement fragilisé la défense de l’ancien président burkinabè en exil à Abidjan.

Cette fois, les choses sérieuses ont commencé. Après une première audience rapidement reportée, lundi 11 octobre, le procès historique qui doit lever le voile sur les circonstances de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons d’infortune, le 15 octobre 1987, est entré depuis une semaine dans le fond du dossier. Et au fil des premières auditions des 12 accusés présents au tribunal militaire, principalement d’anciens soldats du Centre national d’entraînement commando de Pô, la parole se libère et la lumière commence peu à peu à émerger.

Appelé à la barre lundi, Yamba Élysée Ilboudo, 62 ans, premier accusé à comparaître devant le tribunal militaire présidé par le juge Urbain Méda, a expliqué avoir exécuté un ordre de son supérieur hiérarchique. En l’occurrence, l’adjudant-chef Hyacinthe Kafando, l’un des deux grands absents de ce procès, avec l’ancien président Blaise Compaoré, en fuite en Côte d’Ivoire depuis sa chute en 2014. À la barre, le soldat de 1ère classe, se montre beaucoup moins prolixe que lors de l’instruction.

« J’ai oublié, cela fait longtemps »

Celui qui était à l’époque le chauffeur de la sécurité rapprochée de Compoaré avait affirmé, lors de ses auditions devant le juge d’instruction, avoir été présent au Conseil de l’entente, ce jour funeste d’octobre 1987. Il a aussi assuré y avoir aperçu Gilbert Diendéré. Devant le tribunal, cependant, il botte souvent en touche face à la vague de questions à laquelle le soumettent le juge, le procureur et les avocats des parties civiles. « Je ne me souviens pas » ; « J’ai oublié, cela fait longtemps »… Au fil de l’audition, l’ancien soldat, qui plaide non coupable, a pourtant fini par livrer quelques détails sur la manière dont le commando a exécuté le père de la révolution burkinabè.

« Je suis militaire, si le chef dit de faire quelque chose, je le fais », a-t-il notamment déclaré, pointant – sans le nommer – Hyacinthe Kafando. Il confirme que le commando est bien parti du domicile de Blaise Compaoré, situé alors dans le quartier de Koulouba, dans le centre-ville de Ouagadougou. Un témoignage qui vient mettre à mal la ligne de défense de Blaise Compaoré, qui a refusé de comparaître à ce procès dont il est le principal accusé et que ses avocats qualifient de « politique ».

THOMAS SANKARA SORT DE LA SALLE, LES MAINS EN L’AIR… HYACINTHE KAFANDO ET MAÏGA TIRENT SUR LUI.

Arrivé au Conseil de l’entente, celui qui conduisait l’un des deux véhicules transportant les hommes du commando raconte que l’assaut lancé contre Thomas Sankara et ses compagnons a duré « 4 à 5 minutes ». Lui n’y a pas participé, promet-il. À peine les portes franchies, Hyacinthe Kafando descend précipitamment et scinde le commando pour encercler la salle où se tenait la réunion présidée par le « camarade capitaine ».

De gauche à droite : les capitaines Blaise Compaoré et Thomas Sankara, avec le commandant Lingani, au lendemain du coup d’État du 4 août 1983.
De gauche à droite : les capitaines Blaise Compaoré et Thomas Sankara, avec le commandant Lingani, au lendemain du coup d’État du 4 août 1983. © Archives Jeune Afrique

Hyacinthe Kafando et l’adjudant Maïga se dirigent vers l’entrée de la salle où sont réunis Thomas Sankara et ses compagnons. « J’ai assisté aux coups de feu depuis le véhicule, qui avait été endommagé après avoir percuté violemment le portail. Je me souviens avoir vu Oualilahi Ouédraogo, un garde de la sécurité de Thomas Sankara, touché par les balles. C’est la première victime », a raconté Yamba Élysée Ilboudo. « Puis, Thomas Sankara sort de la salle, les mains en l’air, en demandant ce qui se passe… Là, Hyacinthe Kafando et Maïga, qui avançaient, tirent sur lui. Il s’effondre, d’abord sur les genoux, avant de tomber sur un côté », poursuit-il, avant d’affirmer : « Je ne sais pas lequel des deux à tirer le coup fatal. »

Quant à la présence de Gilbert Diendéré sur place au moment du massacre, Yamba Élysée Ilboudo change d’abord de version, affirmant ne pas l’y avoir vu. Puis pressé de questions par le président du tribunal, il finit par faire à nouveau volte-face et confirme sa présence sur les lieux, en réunion avec ses soldats. « Pourquoi, quand il s’agit du général Diendéré, vous ne vous souvenez de rien ? Avez-vous peur ? », l’interroge le juge Méda. « Cette question est compliquée », concède le soldat. « Mais oui, j’ai peur ». Après l’assaut, le commando a regagné, à pied, le domicile de Blaise Compaoré.

Dénégations et versions contradictoires

Jeudi, ce fut au tour d’Idrissa Sawadogo de se présenter devant les juges. Aujourd’hui âgé de 59 ans, l’ancien soldat a tenu sa ligne de défense : il affirme ne pas avoir été présent au moment de la tuerie, puisqu’il était resté au domicile de Blaise Compaoré. « C’est de là-bas que j’ai entendu les tirs », a-t-il assuré, affirmant même que Yamba Élysée Ilboudo, dont le témoignage est si accablant pour Blaise Compaoré, n’était pas présent lors de l’attaque, car « malade » le jour des faits. Un témoignage balayé d’un revers de manche par l’accusation. « Nous n’attendons pas grand-chose de l’interrogatoire d’Idrissa Sawadogo, car sa ligne de défense est de tout rejeter », a lâché le substitut du procureur militaire Sidi Becaye Sawadogo.

La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021.
La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

Troisième accusé à comparaître au cours de cette première semaine d’audiences, Nabonswendé Ouédroago qui était, comme Sawadogo, membre de la sécurité rapprochée de Blaise Compaoré. Et comme lui, également, il s’inscrit en faux vis-à-vis du témoignage de Yamba Élysée Ilboudo. Non, il ne faisait pas parti du commando qui a donné l’assaut, puisque, affirme-t-il, il était en poste à la surveillance de l’entrée du Conseil de l’entente. « Le 15 octobre, entre 15 h 30 et 16 heures, Hyacinthe Kafando – dont le pied à terre est mitoyen de celui de Blaise Compaoré – est passé dans les locaux [du Conseil de l’entente] où j’étais de garde. Il y a embarqué avec lui des éléments qui l’attendaient à la porte. Peu après leur départ, les coups de feu ont retenti », a-t-il raconté au tribunal. Sans vraiment convaincre. Son audition doit reprendre à la réouverture des audiences, prévue ce mardi 2 novembre.

Ce sera ensuite au tour du général Gilbert Diendéré d’être appelé à la barre. La version de ce militaire, qui purge actuellement  une peine de vingt ans pour son implication dans le putsch manqué de septembre 2015, est particulièrement attendu. Il viendra clore la série d’auditions des accusés présents lors de ce procès, ouvrant la voie aux réquisitions et plaidoiries des parties civiles et de la défense.

Avec Jeune Afrique par Nadoun Coulibaly – à Ouagadougou

Birmanie : la junte boycotte un sommet international, Aung San Suu Kyi témoigne à son procès

octobre 26, 2021
Birmanie : la junte boycotte un sommet international, Aung San Suu Kyi temoigne a son proces
Birmanie : la junte boycotte un sommet international, Aung San Suu Kyi témoigne à son procès© AFP/Hakim S. Hayat

La junte birmane a boycotté mardi le sommet des pays de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean) auquel son chef n’a pas été convié, renforçant son isolement neuf mois après le coup d’Etat militaire.

La réunion virtuelle, en raison des difficultés de déplacement liées au Covid-19, a constitué le coup d’envoi de trois jours de rencontres organisées sous l’égide du Brunei.

Le président américain Joe Biden a à cette occasion exprimé sa « profonde préoccupation » face aux « atroces » violences en Birmanie, demandant la libération de « ceux injustement détenus » et de remettre ce pays sur « la voie de la démocratie ».

La situation en Birmanie, toujours en plein chaos depuis le putsch du 1er février et la sanglante répression de la dissidence, a figuré mardi en tête de l’ordre du jour des discussions de l’Asean.

Face aux appels à désamorcer la crise, cette organisation, dont la Birmanie est membre, a préparé une feuille de route visant à rétablir la paix, mais des doutes ont été émis quant à l’engagement des généraux birmans à suivre ce plan.

Leur refus de laisser un envoyé spécial rencontrer la dirigeante destituée Aung San Suu Kyi a incité la semaine passée l’Asean à exclure des pourparlers le chef de la junte, Min Aung Hlaing, qui a pris le pouvoir à l’issue du coup d’Etat.

Ce putsch a mis fin à la brève expérience démocratique en Birmanie et Aung San Suu Kyi fait à présent face à une série d’accusations dont celle d’incitation à des troubles publics -pour lesquelles elle avait plaidé non coupable en septembre-, devant un tribunal qui pourrait la conduire en prison pour de longues années.

Jugée depuis juin après avoir été renversée par les militaires, la lauréate du prix Nobel 1991, âgée de 76 ans, a témoigné mardi pour la première fois devant cette instance.

La mise à l’écart de Min Aung Hlaing du sommet de l’Asean a été qualifiée par le régime birman de violation de la politique de non-ingérence dans les affaires de ses Etats membres.

Ce groupe de dix pays de l’Asie du Sud-Est a invité à sa place Chan Aye, le directeur général du ministère des Affaires étrangères.

Une offre que le régime birman a déclinée, affirmant que dépêcher un responsable d’un rang inférieur aurait « affecté la souveraineté et l’image de notre pays ».

La junte critiquée

Pour Aaron Connelly, un spécialiste de l’Asie du Sud-Est à l’Institut international d’études stratégiques, l’exclusion du chef de la junte est « extrêmement significative ».

« C’est la sanction la plus importante que l’Asean ait jamais infligée à un Etat membre », a-t-il relevé.

Mais les observateurs pensent qu’il est peu probable que cette organisation aille plus loin, par exemple en suspendant la Birmanie, et ils considèrent comme peu probable que les rencontres de cette semaine débouchent sur des décisions qui pourraient inciter les généraux birmans à changer de cap.

Alors que des pays membres tels que la Malaisie, Singapour et l’Indonésie ont fait pression pour que l’Asean prenne des mesures en réponse au putsch, d’autres se sont montrés plus discrets.

Le Premier ministre singapourien Lee Hsien Loong a ainsi regretté mardi à l’ouverture du sommet en ligne de cette organisation « la lenteur des progrès » en Birmanie.

Et même son homologue cambodgien Hun Sen, dont le gouvernement est souvent accusé d’autoritarisme, a également déploré « le manque de coopération » de la part de la junte birmane.

Dans un communiqué, la présidence du sommet de l’Asean a appelé à l' »arrêt immédiat des violences », sans toutefois évoquer la décision de la Birmanie de boycotter cette réunion.

Elle a aussi mentionné les inquiétudes suscitées par de « graves incidents » dans la mer de Chine méridionale, où Pékin et plusieurs pays d’Asie du Sud-Est ont des revendications territoriales qui se chevauchent.

La pandémie figure parmi les autres thèmes devant être abordés par le sommet auquel, outre les Etats-Unis, la Chine et la Russie doivent participer.

Par Le Point avec AFP

RDC : Augustin Matata Ponyo face à la Cour constitutionnelle

octobre 24, 2021

Augustin Matata Ponyo, en avril 2015 à Kinshasa. © FEDERICO SCOPPA/AFP

Le procès de l’ancien Premier ministre congolais Augustin Matata Ponyo, soupçonné de détournement de fonds publics d’un projet agro-alimentaire, doit s’ouvrir lundi 25 octobre à Kinshasa devant la Cour constitutionnelle.

Aujourd’hui sénateur, Augustin Matata Ponyo Mapon fut ministre des Finances de 2010 à 2012 et Premier ministre de 2012 à 2016, sous le pouvoir de l’ex-président Joseph Kabila.

En novembre 2020, l’Inspection générale des Finances (IGF) avait conclu dans un rapport que 205 millions de dollars sur 285 millions, décaissés par le Trésor public pour le parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo, un projet pilote à 250 kilomètres au sud-est de la capitale, avaient été détournés. L’ancien Premier ministre Matata était nommément mis en cause, comme « l’auteur intellectuel » du détournement.

« Il y a un problème de compétence »

Sollicités par la justice, les sénateurs congolais s’étaient alors prononcés contre des poursuites visant Augustin Matata Ponyo dans cette affaire, évoquant l’immunité parlementaire de l’ancien Premier ministre. La défense a promis de contester la compétence de la Cour constitutionnelle. « Il y a un problème de compétence », a indiqué à l’AFP Me Antoine Vey, avocat français de l’ex-Premier ministre. « Notre client ne comprend pas l’articulation factuelle » qui l’amène devant cette cour, a ajouté par téléphone depuis Paris Me Vey qui, samedi, n’avait pas encore eu de réponse officielle à sa demande de visa pour entrer en RDC.

En RDC, la Cour constitutionnelle est le juge pénal du président et du Premier ministre pour les faits commis lorsqu’ils étaient en fonction. « La question de la compétence de la cour n’est pas un point derrière lequel se réfugie M. Matata. Sur le fond, il est très confiant, il n’a jamais bénéficié des faits pour lesquels il est poursuivi », a encore noté Me Vey.

Autre affaire judiciaire

Le 5 juillet, six membres du bureau du Sénat ont consenti à une demande du procureur près la Cour constitutionnelle de lever l’immunité parlementaire du sénateur Matata Ponyo pour une autre affaire judiciaire. L’ancien Premier ministre avait alors comparu devant la Cour constitutionnelle pour des soupçons de détournement de fonds destinés à payer les créanciers de la « Zaïrianisation », une mesure d’expropriation sans indemnisation d’entrepreneurs étrangers décidée en 1973 par Mobutu Sese Seko.

À l’issue d’une audience, le parquet près la Cour constitutionnelle avait décidé le 13 juillet de placer Matata Ponyo en résidence surveillée, avant de revenir sur cette décision le lendemain.

Par Jeune Afrique avec AFP

RDC : macabres confessions au procès Chebeya

octobre 14, 2021
Floribert Chebeya et Fidèle Bazane ont été assassinés dans la soirée du 1er juin 2010 © JUNIOR D. KANNAH/AFP

Pour la première fois depuis la reprise du procès des assassins présumés de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, Jacques Mugabo, l’un des membres du commando, a avoué avoir joué un rôle dans leur meurtre. Il a livré le détail de cette sinistre soirée du 1er juin 2010.

Le troisième jour d’audience aura été celui des aveux pour Jacques Mugabo. L’ancien policier, membre du redouté bataillon Simba, comparaît depuis le 22 septembre devant la haute cour militaire siégeant à la prison de Ndolo. Il est jugé aux côtés du major Christian Ngoy Kenga Kenga pour son rôle dans l’assassinat de Floribert Chebeya et de Fidèle Bazana.

Ces derniers mois, de nombreux éléments ont permis de reconstituer le fil de la soirée du 1er juin 2010, au cours de laquelle un commando de sept personnes a tué les deux défenseurs des droits humains dans les locaux de la police congolaise. Mais c’était la première fois, ce mercredi 13 octobre, que l’un d’entre eux livrait un récit aussi détaillé devant une cour de justice et reconnaissait sa participation directe au crime.

« Il ne pouvait pas se défendre »

Venu à la barre dans l’uniforme bleu marine des officiers de la police congolaise, Mugabo raconte que lorsque que Floribert Chebeya s’est présenté au siège de l’Inspection générale de la police (IGP), il a d’abord été reçu au bureau du protocole par le major Paul Mwilambwe. « La personne qui avait appelé Chebeya, c’est le colonel Daniel Mukalayi [principal condamné du procès en première instance]. Ils se connaissaient, poursuit-il. Lorsque nous sommes arrivés à l’IGP un peu plus tard, nous avons trouvé dans le bureau à l’étage Daniel Mukalayi, Paul Mwilambwe et Christian Ngoy Kenga Kenga. Ils nous ont remis Chebeya. »

« Nous, on ne connaissait pas Chebeya, on nous a demandé de l’arrêter, reprend l’ancien policier. Lui s’interrogeait, mais personne n’arrivait à lui dire le moindre mot. » L’emblématique président de l’ONG La Voix des sans voix et son chauffeur, qui attendait dans le véhicule, sont alors sauvagement assassinés. « Il nous a été d’abord demandé de tuer Bazana, précise à la barre Mugabo. Il a été étouffé dans un sachet en plastique. On l’a cagoulé avec et on l’a scotché. Nous étions nombreux et Bazana était seul, il ne pouvait pas se défendre. » Pour Floribert Chebeya, « on a fait le même exercice, vers 23 heures ».

PRÉSERVATIFS, MÈCHES DE CHEVEUX, FAUX ONGLES… LA SCÈNE DE CRIME EST GROSSIÈREMENT MAQUILLÉE

Un meurtre à 50 dollars

À partir de là, les membres du commando se séparent. « Daniel Mukalay est rentré chez lui, affirme l’ancien policier. Mwilambwe, lui, résidait avec Christian Ngoy Kenga Kenga. » Les six hommes et leur chef quittent les locaux de l’IGP à bord de trois véhicules, deux Defenders et un Land Cruiser. « Les corps étaient chacun dans un Defender, précise-t-il. On a emprunté la route de Bandal, puis celle de Ma Campagne pour atteindre Mitendi. »

Le corps de Chebeya est abandonné dans le véhicule avec lequel il était arrivé à l’IGP, une Mazda grise. Les premiers policiers chargés de l’affaire y découvriront une scène de crime grossièrement maquillée. Des préservatifs, des mèches de cheveux et des faux ongles sont retrouvés à côté du corps de Chebeya, dont le pantalon est descendu au niveau des genoux. « Tous les objets que nous avons utilisés pour les tuer avaient été achetés par Daniel Mukalay », assure Jacques Mugabo.

Le corps de Bazana, qui n’a jamais été retrouvé, est déplacé un peu plus loin. « Nous l’avons enterré dans la ferme privée du général Djadjidja”, explique le prévenu, confirmant les propos tenus ces derniers mois par d’autres membres du commando aujourd’hui en exil. La soirée meurtrière s’achève à la résidence du colonel Mukalay, où les complices se retrouvent après leur passage à Mitendi. « Nous sommes allés chez lui pour fêter cela et chacun a été récompensé de 50 dollars américains », conclut le policier.

LES AVEUX DE JACQUES MUGABO POUSSERONT-ILS LE MAJOR KENGA KENGA À LIVRER SA VERSION DU MEURTRE ?

Djadjidja appelé à comparaître

Le détail de ce récit a surpris les parties civiles. Il tranche avec le silence du major Kenga Kenga, l’autre accusé de ce procès en appel, qui n’est même pas sorti de sa cellule pour cette troisième audience. Depuis le premier jour, ce très proche collaborateur de John Numbi, commandant du bataillon Simba, qui faisait office de police privée de ce dernier, refuse de s’exprimer. Les aveux de Jacques Mugabo le pousseront-ils à livrer sa version du meurtre de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana? « Tout se faisait sur ordre de Christian Ngoy Kenga Kenga, de qui je répondais au sein du bataillon Simba, sous l’autorité de John Numbi et Daniel Mukalay », a martelé celui-ci lors de l’audience.

Et qu’adviendra-t-il des deux autres protagonistes cités dans la longue confession de Mugabo, le général Zelwa Katanga, dit Djadjidja, et John Numbi ? Le premier, dont la parcelle de Mitendi abriterait le corps de Fidèle Bazana, a été placé en résidence surveillée au mois de février. Il est cité à comparaître lors de la prochaine audience, prévue le 20 octobre.

Le second, dont l’ombre plane sur l’affaire depuis le premier jour, est toujours en cavale. Recherché depuis le 14 avril par la justice militaire congolaise, John Numbi reste pour le moment introuvable. Plusieurs sources sécuritaires l’ont un temps situé au Zimbabwe, mais sa localisation exacte demeure incertaine. Lors du premier procès, en 2011, ce puissant général, très proche des Kabila, était intervenu comme simple témoin.

Avec Jeune Afrique par Romain Gras

Espagne: un ex-commissaire sulfureux dit être l' »ennemi à abattre » au début de son procès

octobre 13, 2021
Espagne: un ex-commissaire sulfureux dit etre l'"ennemi a abattre" au debut de son proces
Espagne: un ex-commissaire sulfureux dit être l' »ennemi à abattre » au début de son procès© POOL/AFP/FERNANDO VILLAR

L’ex-commissaire espagnol José Manuel Villarejo, mis en cause dans de multiples scandales impliquant des hommes d’affaires et des politiciens, s’est posé en victime mercredi au premier jour de son procès pour « corruption », assurant avoir été « traité comme un ennemi à abattre ».

« Je n’ai pas été traité comme un délinquant présumé, j’ai été traité comme un ennemi à abattre », a dénoncé l’ancien agent sulfureux à son arrivée devant l’Audience nationale, principale instance pénale espagnole, qui le juge aux côtés de 26 autres personnes dans une vaste affaire d’espionnage.

« Dans ce pays, quand quelqu’un dérange, on l’anéantit, on le détruit, et malheureusement on utilise pour cela des institutions aussi sérieuses que la justice », a poursuivi l’ex-policier, béret sombre, lunettes de soleil et silhouette massive.

José Manuel Villarejo, âgé de 70 ans, est accusé d’avoir profité de ses fonctions pour enregistrer des personnalités à leur insu et monter des campagnes de discrédit pour le compte de prestigieux clients, en échange d’importantes sommes d’argent. Il a passé trois ans en détention provisoire.

Des dizaines d’enquêtes ont été ouvertes sur ces agissements qui ont éclaboussé plusieurs grands patrons mais aussi des magistrats, des hauts fonctionnaires et des élus – à l’image de l’ancien ministre de l’Intérieur de Mariano Rajoy, Jorge Fernandez Diaz.

Sur ces multiples affaires, trois doivent être examinées par l’Audience nationale.

Baptisées « Iron », « Land » et « Pintor », elles mettent en cause des chefs d’entreprise et des avocats soupçonnés d’avoir fait espionner des concurrents, via Villarejo, afin de leur nuire.

109 années de prison ont été requis contre Villarejo pour ce premier procès, prévu jusqu’à fin janvier à San Fernando de Henares, dans la banlieue de Madrid. Plusieurs autres devraient suivre, sur des volets plus médiatiques de l’affaire faisant encore l’objet d’investigations.

Interrogé sur l’issue de ce premier procès, l’ex-policier a assuré mercredi avoir « absolument confiance dans l’indépendance de la justice ». « J’ai confiance dans le fait que nous sommes dans un état de droit et j’espère donc qu’il n’y aura pas de justice folklorique », a-t-il insisté.

Ces dernières années, l’ancien commissaire a distillé dans les médias de nombreux extraits de conversations compromettantes pour le pouvoir – et notamment pour l’ancien roi Juan Carlos, soupçonné de malversations financières et en exil depuis plus d’un an à Abu Dhabi.

Une stratégie assumée par Villarejo, qui a dit mercredi avoir pensé qu’il était de « son devoir » de dénoncer « les choses illégales » auxquelles il a pu assister. « Moi je n’ai jamais eu peur d’aucun individu », même des plus « importants », a-t-il assuré en marge de l’audience.

Par Le Point avec AFP

Burkin-Faso/Assassinat de Thomas Sankara : ce qu’il faut retenir du premier jour du procès historique

octobre 11, 2021
Thomas Sankara, en 1986. © Pascal Maitre/JA

L’heure du procès a enfin sonné. Plus de trois décennies après l’assassinat du président burkinabè, le 15 octobre 1987, les audiences ont démarré devant le tribunal militaire de Ouagadougou. Revivez cette première journée grâce aux envoyés spéciaux de « Jeune Afrique ».

15h33 – Les audiences suspendues jusqu’au 25 octobre 

Le président du tribunal, le juge Urbain Méda, a annoncé que les audiences reprendront le 25 octobre à 9h.

Les défenseurs des accusés réclamaient un délai plus long, d’un mois, afin que les avocats commis d’office puissent prendre connaissance du dossier. Le magistrat a estimé que quinze jours étaient suffisants, comme l’avait plaidé le procureur.

Par ailleurs, le tribunal a décidé de rejeter les demandes formulées par les avocats des parties civiles, qui souhaitaient que le procès soit filmé.

13h45 – Plusieurs semaines de procès

Alors que l’audience est suspendue depuis près de deux heures, nous allons clôturer ce live.

À retenir :

· Le procès s’est ouvert peu après 9 h dans la salle des Banquets de Ouaga 2000. Un dispositif exceptionnel a été mis en place. Environ 150 personnes assistaient à cette première audience, en grande majorité des journalistes, mais aussi des membres des familles de Thomas Sankara et des douze autres victimes de la tuerie du 15 octobre 1987 au Conseil de l’Entente.

· Douze hommes étaient dans le box des accusés, mais deux manquaient à l’appel : Blaise Compaoré, accusé d’être le commanditaire du crime, qui est en exil à Abidjan depuis 2014, et Hyacinthe Kafando, soupçonné d’avoir été à la tête du commando. Gilbert Diendéré, ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, sera donc particulièrement scruté.

· Mariam Sankara, la veuve de l’ancien président, a fait le déplacement depuis Montpellier, où elle réside. Elle a regretté l’absence du principal accusé, Blaise Compaoré.

· Attendue depuis 34 ans par les familles des victimes, cette première journée d’audience était essentiellement consacrée au règlement de questions formelles. Les audiences doivent durer plusieurs semaines.

12h45 – Absence de Compaoré : « Un vrai homme viendrait s’expliquer »

Mariam Sankara a fait quelques déclarations sur l’absence du principal accusé, l’ancien président burkinabè, Blaise Compaoré, à ce procès : « Blaise Compaoré a fui et ne veut pas rentrer [au Burkina Faso] pour répondre des faits qui lui sont reprochés. Un vrai homme viendrait s’expliquer », a dénoncé la veuve de Thomas Sankara.

Blaise Compaoré, 70 ans, est en exil en Côte d’Ivoire depuis qu’il a été renversé par un soulèvement populaire en 2014. Selon son avocat, Pierre-Olivier Sur, il refuse de répondre à cette cour car il s’agit d’un « procès politique ».

12h00 – Alouna Traoré : « Nos rêves de révolution »

Alouna Traoré, ancien collaborateur de Thomas Sankara et seul survivant de la tuerie du 15 octobre 1987, est présent au procès. « J’éprouve un sentiment de soulagement. On n’y croyait plus mais finalement ce procès se tient enfin. C’est une opportunité unique de rétablir la vérité, a-t-il déclaré à Jeune Afrique. Maintenant, nous voulons que justice soit faite. La justice ne pourra pas nous restituer les rêves de changement de la société que nous avions sous la révolution, mais elle pourra au moins restituer la vérité. Elle finira par être connue. Quant à nos rêves de révolution, c’est aux nouvelles générations de les porter désormais.

11h55 – Suspension d’audience

L’audience a de nouveau été suspendue par le président Urbain Méda. Le juge veut consulter les parties sur le chronogramme de l’audience.

11h15 – Les « autres » accusés

Quatorze hommes sont inculpés et trois d’entre eux sont bien connus : Blaise Compaoré, l’ancien président burkinabè, qui est accusé d’avoir commandité le crime, Gilbert Diendéré, l’ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, qui est accusé de l’avoir organisé, et Hyacinthe Kafando, qui est soupçonné d’être le chef du commando.

Mais qui sont les onze autres ?

Trois hommes étaient gardes du corps de Blaise Compaoré au moment des faits et sont poursuivis pour « assassinat » : le caporal Idrissa Sawadogo, les soldats de première classe Nabonswendé Ouédraogo et Yamba Elysée Ilboudo.

Tout comme le sergent Bossobè Traoré, poursuivi pour « complicité d’attentat à la sûreté de l’État », ils officiaient au Centre national d’entraînement commando (CNEC) de Pô au moment des faits, en 1987. Créé par Thomas Sankara en 1976, ce centre situé dans le sud du Burkina, à la frontière avec le Ghana, avait dès le début la vocation de former et d’héberger les meilleurs militaires du pays. En 1987, il était dirigé par Blaise Compaoré, qui était secondé par Gilbert Diendéré.

Trois autres accusés servaient à Pô, cette fois-ci au sein de l’escadron motocycliste : le colonel Tibo Ouédraogo, l’adjudant-chef Albert Pascal Sibidi Belemlilga et Diakalia Démé.

Parmi les inculpés, il y a également Mori Aldjouma Jean-Pierre Palm, qui officiait au camp militaire de Bobo-Dioulasso, et le soldat Nina Tondé.

Enfin, il y a deux anciens médecins militaires : Alidou Jean Christophe Diébré et Hamado Kafando. Ce sont eux qui ont inscrit sur le certificat de décès de Thomas Sankara que le président du Faso était décédé de « mort naturelle ».

11h10 – Les assesseurs choisis

Après un nouveau débat sur les liens qui ont pu exister entre les assesseurs tirés au sort et les accusés, trois officiers supérieurs ont finalement été retenus comme assesseurs militaires titulaires pour composer la chambre. Il s’agit du colonel-major Boureima Ouédraogo, du colonel-major Alfred Somda, et du colonel Saturnin Poda.

10h45 – Thomas Sankara : derniers instants, derniers témoins, derniers secrets…

Le capitaine Thomas Sankara et le journaliste Sennen Andriamirado, à Paris, en 1986.
Le capitaine Thomas Sankara et le journaliste Sennen Andriamirado, à Paris, en 1986. © Pascal Maitre/Archives JA

« Il a à peine franchi la porte de la villa qu’il est littéralement canardé. Les assaillants étaient venus pour tuer ! » Dans Il s’appelait Sankara, paru deux ans après la mort de l’ancien président, Sennen Andriamirado, rédacteur en chef de Jeune Afrique et intime de l’ex-chef de l’État, faisait le récit des dernières heures de Thomas Sankara.

10h30 – Urbain Méda, le juge

La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021.
La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

L’homme qui a la lourde charge de présider les audiences de ce procès historique est Urbain Méda. S’il sera assisté de militaires, lui est un civil.

Il a été président du tribunal de grande instance de Ouagadougou, puis de ceux de Dori (dans le nord du pays) et Koudougou (à l’ouest de la capitale). C’est aujourd’hui en qualité de président de la chambre de première instance du tribunal militaire qu’il officie.

10h25 – Les révélations de Moussa Diallo, l’ex-aide de camp du « camarade capitaine » 

Moussa Diallo, officier à la retraite, ancien aide de camp de Thomas Sankara, ancien commandant adjoint de la gendarmerie nationale, en banlieue parisienne, le 8 septembre 2021.
Moussa Diallo, officier à la retraite, ancien aide de camp de Thomas Sankara, ancien commandant adjoint de la gendarmerie nationale, en banlieue parisienne, le 8 septembre 2021. © Vincent Fournier pour JA.

« En idéaliste qu’il était, il se pensait sûrement plus utile pour la cause mort que vivant ». Moussa Diallo, l’ancien aide de camp de Thomas Sankara était l’un des maillons essentiels du dispositif de l’ancien président burkinabè. Il a accepté de livrer son témoignage en exclusivité à Jeune Afrique.  

Au-delà des anecdotes sur le « camarade capitaine » dont il fut l’un des plus proches collaborateurs, Moussa Diallo revient sur les semaines qui ont précédé l’assassinat du président burkinabè. La montée des tensions avec Blaise Compaoré, la manière dont Thomas Sankara faisait face, jusqu’à ce jour fatidique du 15 octobre 1987. L’intégralité de ce témoignage est à retrouver dans notre article ci-dessous.  

10h15 – Dispositif sécuritaire renforcé

Des policiers burkinabè devant la salle d’audience où s’est ouvert le procès des assassins présumés de Thomas Sankara, le 11 octobre 2021 à Ouagadougou.
Des policiers burkinabè devant la salle d’audience où s’est ouvert le procès des assassins présumés de Thomas Sankara, le 11 octobre 2021 à Ouagadougou. © Sam Mednick/AP/SIPA

Un dispositif sécuritaire renforcé a été mis en place autour de la salle des Banquets de Ouaga 2000 durant toute la durée du procès. Trois entrées sont prévues pour accéder à l’intérieur de la salle : une pour les magistrats et les officiels, une pour les accusés, et une pour le public.

Le port de tout vêtement, accessoire ou pancarte à l’effigie d’un des accusés ou d’une victime est interdit dans la salle d’audience, tout comme à ses abords.

10h00 – Problème d’assesseurs

L’audience a été suspendue à 9h40 car les deux généraux de brigade qui ont été appelés pour être assesseurs se sont récusés. Brice Bayala a mis en avant des raisons de santé et Ouedraogo Nazingouba sa proximité avec certains accusés, dont Gilbert Diendéré et Blaise Compaoré, dont il fut le médecin personnel.

Alors que les assesseurs doivent théoriquement être de grade égal ou supérieur à celui de l’accusé le plus haut gradé (en l’occurrence Gilbert Diendéré, qui est général), le juge a dû suspendre l’audience afin qu’une dérogation lui permettant de choisir des assesseurs de grade inférieur soit acceptée.

9h40 – Audience suspendue

L’audience s’est ouverte à 9h10 exactement, selon nos correspondants sur place. Le juge Urbain Méda, qui présidera les débats lors de ce procès, a fait son entrée dans la salle d’audience.

Il a d’abord lu l’ordonnance n°004 sur la  délocalisation du tribunal dans la salle des Banquets de Ouaga 2000 – une mesure exceptionnelle à la mesure de ce procès. Il a ensuite procédé à l’appel des accusés et constaté l’absence de deux d’entre eux – Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando.

Enfin, ce juge, qui est le président du tribunal de première instance, a demandé au greffier en chef de procéder au tirage au sort de trois juges militaires qui officieront en tant qu’assesseur et suppléants. Mais une difficulté est apparue qui a contraint à suspendre temporairement l’audience.

9h35 – [Vidéo] Trois minutes pour comprendre les enjeux d’un procès historique

Pourquoi a-t-il fallu attendre plus de trente ans pour que le procès s’ouvre enfin ? Quelles seront les conséquences de l’absence de Blaise Compaoré ? Pourquoi les thèses de la « main de l’étranger » dans l’assassinat de l’ancien président burkinabè ne sera pas abordée lors des audiences ?

Décryptage des enjeux du procès en vidéo :
https://www.youtube.com/embed/TCrqPrMzWa4

9h25 – Mariam Sankara, vêtue de bleu, à l’ouverture du procès

Benjamin Roger / JA

9h15 – Un procès enterré… puis ressuscité

Thomas Sankara et ses douze compagnons tués le 15 octobre 1987 ont été immédiatement enterrés à la sauvette. Leur mort devient tabou et quasiment impossible à évoquer pendant des années. Alors que Blaise Compaoré, suspecté d’être le commanditaire de cet assassinat, a pris le pouvoir, le régime refuse de lancer une quelconque enquête.

Le dossier est enterré, mais Mariam Sankara, la veuve de Thomas Sankara, porte plainte contre X en 1997 pour éviter que l’affaire soit prescrite. Il lui faudra encore attendre des années avant qu’un juge ne s’en empare.

C’est en 2014, alors que Blaise Compaoré est renversé après 27 années de pouvoir, que l’espoir renaît pour la famille Sankara. En mars 2015, un juge ouvre une enquête, puis auditionne Mariam Sankara deux mois plus tard. « J’ai été entendue. J’ai eu l’impression que le juge voulait vraiment aller au bout de cette enquête, je ne peux qu’espérer que cela se passe bien », déclare-t-elle à l’époque.

Six ans d’instruction plus tard, la voilà ce matin, dans la salle d’audience, pour assister au procès.

9h00 – Ouverture du procès imminente

Il est 9h00 à Ouagadougou, le procès historique des assassins présumés de Thomas Sankara doit désormais s’ouvrir d’un instant à l’autre.

8h55 – Gilbert Diendéré, bras-droit de Blaise Compaoré

Gilbert Diendéré fait figure de principal accusé. Ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, il est poursuivi pour atteinte à la sûreté de l’État, complicité d’assassinat, recel de cadavres et subornation de témoins dans le dossier Sankara.

Lors de l’assassinat de Thomas Sankara, il était le commandant adjoint des para-commandos de Pô et faisait déjà office de bras droit de Compaoré. Ce sont ses hommes qui ont tiré sur Sankara et ses douze camarades. Véritable boite noire du régime Compaoré pendant vingt-sept ans, il a été arrêté à la suite d’une tentative de putsch raté en 2015, pour laquelle il a été condamné à vingt ans de prison.

8h50 – Les accusés sont dans la salle d’audience

Les accusés dans le procès de l’assassinat de Thomas Sankara, lors de l’ouverture du procès, le 11 octobre 2021.
Les accusés dans le procès de l’assassinat de Thomas Sankara, lors de l’ouverture du procès, le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

Nos journalistes, Benjamin Roger et Nadoun Coulibaly, sont dans la salle d’audience du tribunal militaire.

Neuf accusés sont déjà présents. Douze doivent venir – les deux autres, l’ancien président Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando, soupçonné d’avoir dirigé le commando qui a tué Thomas Sankara, seront jugés par contumace.

Dans le box, Gilbert Diendéré sera le plus scruté. C’est le seul à comparaître ce matin en treillis militaire. Benjamin Roger a pu échanger quelques mots avec lui. Détendu et souriant, il lui a déclaré : « Je ne peux rien vous dire pour l’instant, mais je vous invite à venir quand je témoignerai. »

8h45 – Des journalistes mais peu de curieux

Quelques instants avant l’ouverture du procès des assassins présumés de Sankara, à Ouagadougou le 11 octobre 2021.
Quelques instants avant l’ouverture du procès des assassins présumés de Sankara, à Ouagadougou le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

À une demi-heure de l’ouverture du procès, seules quelques dizaines de personnes attendaient de pénétrer dans la salle d’audience. Des journalistes pour la plupart. Tous sont méticuleusement fouillés, dans le calme.

Quelques personnalités sont également présentes, comme Cheriff Sy, l’ancien ministre de la Défense, ou Domba Jean-Marc Palm, ancien ministre et spécialiste de l’histoire politique du Burkina Faso.

8h35 – Mariam Sankara attendue au procès

Mariam Sankara, la veuve de l’ancien président burkinabè, est aussi attendue à l’ouverture de ce procès pour lequel elle se bat depuis trois décennies. Elle est arrivée dimanche 10 octobre de Montpellier, dans le sud de la France, où elle réside depuis plusieurs années. Philippe et Auguste, les deux fils du couple Sankara, qui vivent aux États-Unis, ne seront, eux, pas présents. Plusieurs frères et sœurs de l’ancien président, comme Valentin ou Odile, devraient également assister à l’ouverture de l’audience.

8h20 – Les accusés arrivent au tribunal

Benjamin Roger pour JA

Les douze accusés viennent d’arriver à la salle des Banquets de Ouaga 2000, nous informe notre envoyé spécial, Benjamin Roger. Derrière les vitres des bus qui les amènent à la salle d’audience, on les distingue, habillés en treillis militaire.

Quatorze personnes sont inculpées dans ce dossier, mais seuls douze vont comparaître. Les deux principaux accusés, l’ancien président Blaise Compaoré, et Hyacinthe Kafando, ne sont pas présents. Le premier est en exil à Abidjan depuis sa chute en 2014 et le second a fui le Burkina Faso, il est toujours recherché.

8h05 – Un procès historique

Le procès de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses douze compagnons doit s’ouvrir ce lundi 11 octobre à 9h GMT devant la chambre de première instance du tribunal militaire de Ouagadougou. Pour des questions logistiques, il se tiendra dans la salle des Banquets de Ouaga 2000, comme cela avait été le cas pour le procès du putsch manqué de 2015, qui s’y était tenu entre février 2018 et septembre 2019.

Ce procès historique, attendu par de nombreux Burkinabè depuis plus de trente ans, est ouvert au public dans la limite des quelques centaines de places de cette salle des Banquets.

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger et Nadoun Coulibaly – à Ouagadougou