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Ali Benmakhlouf : « À sa mort, le Prophète n’a laissé aucune directive »

mai 27, 2015

Dans son appartement parisien, en 2014.
Dans son appartement parisien, en 2014. © Christophe Lebedinsky pour J.A.

Le penseur marocain en est persuadé : sans l’apport de la pensée arabe médiévale, le paysage intellectuel européen actuel ne serait pas ce qu’il est. Et pourtant qui le sait ? Dans un essai à la fois savant et accessible, il revient sur l’histoire d’une marginalisation, celle de l’héritage arabe de l’humanité.

Dans son appartement du 11e arrondissement de Paris, les livres sont les maîtres des lieux ; des centaines, posés dans son salon, son entrée et même dans sa chambre à coucher… « Je finirai par dormir par terre », sourit Ali Benmakhlouf. À 56 ans, le plus important des philosophes francophones marocains, avec une trentaine d’ouvrages à son actif, publie un livre sur ces penseurs arabes oubliés qui ont influencé la pensée occidentale.

L’actuel directeur du Forum du Festival de Fès, qui se tient jusqu’au 30 mai, et enseignant à l’université Paris-Est Créteil abat ainsi plusieurs préjugés sur l’exercice de la philosophie en terre d’islam en mettant en exergue la figure de l’intellectuel arabe qui a osé interroger la religion et a jeté les bases des sciences modernes.

JEUNE AFRIQUE : Pourquoi lire les philosophes arabes ?

ALI BENMAKHLOUF : Depuis que j’ai commencé à enseigner en France, il y a trente et un ans maintenant, je me suis rendu compte que les références philosophiques mobilisables sont les sources européennes. On parle facilement de Rousseau, de Hegel, de Descartes… mais difficilement ou pas du tout d’Al-Fârâbî, d’Al-Kindi, d’Averroès ou d’Avicenne.

À travers un regard contemporain, j’ai voulu réhabiliter ces libres penseurs, ces six ou sept siècles de philosophie arabe qui a transmis à l’humanité le legs grec mais qui a effacé les traces de sa transmission, à tel point qu’elle s’est anonymisée. Or, la philosophie européenne utilise les arguments de ces penseurs arabes sans s’en rendre compte. Mon objectif, à travers ce livre, est de révéler cet héritage pour lui donner une place dans le patrimoine intellectuel de l’humanité.

Pourquoi cette tradition philosophique arabe a-t-elle été occultée ?

Le philosophe et historien Ernest Renan (1823-1892) est en grande partie responsable de cette marginalisation. Il n’aimait pas le Moyen Âge – qu’il soit arabe ou latin – et il le considérait comme trop obscur et trop religieux. Dans Averroès et l’averroïsme, il a porté un coup dur à la philosophie arabe en laissant croire qu’elle n’était qu’une pâle copie de la philosophie grecque.

Son jugement, malheureusement repris par les philosophes contemporains, laissait entendre que le réveil de la pensée arabe s’est effectué avec la colonisation et l’arrivée de Napoléon Bonaparte en Égypte en 1798. À ce dénigrement se sont rajoutées la négligence des pays arabes envers leur histoire et celle de la philosophie envers la religion.

Pourtant, le rapport philosophie-religion a été merveilleusement analysé par des penseurs qui ont pris à bras-le-corps « la parole inspirée » de Dieu et « la parole argumentée » de la philosophie.

Cette suspicion qui veut que la philosophie soit l’ennemie de la religion, l’ennemie même de la politique, régnait déjà à l’époque médiévale…

Vous avez raison. À cette époque, certaines lectures du texte religieux excluaient la pensée philosophique. Pour légitimer leur travail, les penseurs arabes disaient que la charia, loi divine, inscrit un programme de connaissance pour l’homme.

En arabe, le mot « charia », vient de charii, qui est la voie, le chemin de la parole divine, la voie vers la connaissance.Al-Kindi, Al-Fârâbî ou encore Averroès ont combattu l’idée de la contradiction entre religion et philosophie, démontrant leur complémentarité.

Pourquoi lire les philosophes arabes, éd. Albin Michel, 208 pages, 16 euros © DR

Voulez-vous dire que, à l’origine, le mot « charia » ne référait pas à une lecture radicale de l’islam comme on l’entend aujourd’hui ?

La charia n’est pas réduite à un code pénal. Couper la main droite ou trancher la jambe gauche sont des châtiments présentés sous forme de surenchères rhétoriques. En réalité, les jurisconsultes comme Averroès n’ont jamais considéré les textes sacrés, c’est-à-dire les hadiths et le Coran, comme un contenu mais comme une source du droit.

Ce sont les hommes qui établissent le contenu. Dans son livre Kitab al-Milla [Le Livre de la religion], Al-Fârâbî a précisé que la législation est établie par rapport à un contexte donné.

Peut-on dire que la figure de l’intellectuel européen doit beaucoup à celle de l’intellectuel arabe médiéval ?

Je dirais même qu’elle lui doit tout. Dans les premiers textes de la Renaissance, ceux de Montaigne, de Jean Pic de la Mirandole ou de Dante, la référence à la philosophe arabe était présente. Plus tard, la philosophie classique des XVIIe et XVIIIe siècles a repris des concepts précédemment établis par les Arabes, mais en cachant leurs traces. Comme la distinction entre « l’essence » et « l’existence » qui court dans les textes de Spinoza, de Leibniz ou de Descartes.

Or, nous savons que c’est Avicenne qui, en lisant quarante fois la Métaphysique d’Aristote, est arrivé à distinguer l’ordre du concept (l’essence) de ce à quoi il s’applique (l’existence). Cachée, ignorée ou reformulée, la philosophie arabe est une référence historique pour les Européens.

Vous imaginez le mal que vous faites à Alain Finkielkraut et à Éric Zemmour en tenant ces propos…

Je ne suis pas de cette école-là. Au début de son Discours sur les sciences et les arts, Jean-Jacques Rousseau dit qu’on a oublié la vertu ancienne et que ce sont finalement les musulmans qui nous ont transmis tant de bibliothèques. Il n’y a pas meilleur hommage à l’héritage de ces érudits arabes, pour qui la connaissance devait se mettre sous l’égide de la démonstration.

Juristes, philosophes, mathématiciens, Avicenne et Averroès étaient aussi médecins et ils étaient les premiers à prôner la collecte d’un maximum d’observations avant d’établir un diagnostic médical. La médecine moderne leur doit une fière chandelle.

Quel est le rôle du philosophe face à la dérive jihadiste ?

Le philosophe doit protéger les questions et rappeler à tous ces extrémistes que le Prophète, à sa mort, n’a laissé aucune directive : que faire de la cité ? Que faire de la politique ? Qui va être le chef de la cité ? Ces questions sont restées ouvertes. Or, quand on les camoufle, on les remplace par des impostures. Plutôt que de s’ériger en tant que faiseur d’opinion, le philosophe doit exposer les tenants et les aboutissants d’une action, les choix à prendre et ceux à éviter.

Biliographie sélective. © DR

Quel regard portez-vous sur la jeunesse arabe qui s’est révoltée ?

Les Printemps arabes, les marches des jeunes qui ont lieu montrent qu’il y a, partout, la même exigence d’émancipation et de justice. J’ai toujours été choqué en entendant des Européens dire qu’ils protègent leurs valeurs, comme s’il existait un humanisme européen différent des autres. Les valeurs de liberté et d’émancipation sont universelles. Plutôt que de continuer à stigmatiser la jeunesse immigrée en Europe, il faut aller vers une politique inclusive.

La bonne foi appelle la bonne foi. Dans les pays arabes, il n’est pas normal que la jeunesse soit toujours exclue par quelques oligarques qui s’accaparent les richesses. Le niveau de radicalisation des sociétés se mesure par le niveau de leur corruption. Réduire la corruption amènerait à une réduction de la radicalisation et de la violence.

En France, suite au massacre de Charlie Hebdo en janvier dernier, on a souvent dit que la liberté d’expression est une valeur sacrée. En face, les communautés musulmanes considèrent que les symboles de leur religion sont tout aussi sacrés. Peut-on avoir une société où toutes les idées et les confessions peuvent paisiblement coexister ?

La France est une très belle République, respectueuse de tout un chacun, mais, depuis quinze ans, elle navigue dans une atmosphère délétère en raison de la politisation de questions religieuses qui étaient protégées par le droit français. Pendant plusieurs décennies, la France a très bien fonctionné dans cette coexistence religieuse.

Pourquoi maintenant, au nom d’un contexte mondial radicalisé, veut-elle faire payer à certains citoyens des comportements de foi et de piété ? Pourquoi les exclure au nom de la laïcité ? La laïcité est, à l’origine, le respect institutionnel des religions et non la stigmatisation des comportements individuels.

Vit-on une nouvelle guerre de religions ?

Indéniablement non. Vous allez dire que je suis très optimiste, mais il me semble que Daesh ne peut pas survivre dans une région où le droit règne. Je regrette que beaucoup de médias le qualifient d’État islamique. Il n’y a d’État que reconnu par les autres États aux Nations unies. Les médias ont repris sa proclamation comme une vérité, l’ancrant dans l’imaginaire des gens.

Daesh est une secte qui s’est construite dans une zone de non-droit à la suite de la décomposition de l’Irak et de la Syrie. Plus de 100 000 civils irakiens sont morts dans cette guerre enclenchée par George W. Bush. Au Nigeria, Boko Haram a progressé parce que les dirigeants politiques ne faisaient rien pour rétablir le droit. Il a suffi que le président nigérian intervienne pour que 700 femmes prisonnières de cette secte soient libérées. Le problème de l’extrémisme religieux est le recul du droit.

Jeuneafrique.com par Nadia Lamlili

Hollande défend la liberté d’expression après les manifestations contre les caricatures de Mahomet

janvier 17, 2015

Paris – François Hollande a défendu samedi la liberté d’expression, une des valeurs de la France, au lendemain des violentes manifestations dans de nombreux pays dénonçant les caricatures du prophète Mahomet publiées par le dernier numéro du magazine satirique Charlie Hebdo.

La France a des principes et des valeurs et ces valeurs c’est notamment la liberté d’expression, a insisté le président français en rappelant que ces pays, on les a soutenus dans la lutte contre le terrorisme.

Interrogé par des journalistes sur les drapeaux français brûlés lors de manifestations dans plusieurs pays, en particulier en Afrique, François Hollande a répondu: on n’en a pas terminé avec ces comportements là, et il faudra les punir, parce que quand ils se passent en France c’est intolérable, mais même aussi à l’étranger.

Le président de la République était en visite dans la ville de Tulle (centre) dont il a été l’élu, pour présenter ses vœux aux habitants de la région, une semaine après les attentats jihadistes qui ont fait 17 morts à Paris et ont notamment décimé la rédaction de Charlie Hebdo.

Je pense notamment à ces pays qui parfois ne peuvent pas comprendre ce qu’est la liberté d’expression car ils en ont été privés. Mais aussi, ces pays, on les a soutenus dans la lutte contre le terrorisme, et donc je veux leur exprimer toujours ma solidarité, mais en même temps, la France a des principes et des valeurs et c’est notamment la liberté d’expression, a-t-il ajouté.

De violentes manifestations ont rassemblé des foules nombreuses dans plusieurs pays tels le Pakistan, le Mali, le Niger (où 4 morts et 45 blessés ont été dénombrés à Zinder, la deuxième ville du pays), l’Algérie où le Sénégal pour dénoncer la publication par Charlie Hebdo, à la Une de son premier numéro après les attentats, d’une caricature du prophète Mahomet.

Romandie.com avec(©AFP / 17 janvier 2015 11h00)

Mauritanie: des milliers de manifestants contre la caricature du prophète

janvier 16, 2015

Nouakchott – Plusieurs milliers de personnes ont marché vendredi après-midi à Nouakchott, en Mauritanie, pour protester contre la caricature du prophète de l’islam dans Charlie Hebdo, brûlant un drapeau français, ont affirmé des témoins à l’AFP.

Les manifestants ont tenté de se rendre à l’ambassade de France, dans le centre-ville, mais en ont été empêchés par les forces de l’ordre. Ils ont dressé des tribunes de fortune à proximité et brûlé un drapeau français, selon les mêmes sources.

Je suis musulman, Nous sommes là pour la défense du prophète, Nous n’acceptons pas l’insulte du prophète, ont scandé des manifestants. Ils répondaient à l’appel du Forum des oulémas et imams pour le soutien du prophète créé l’année dernière en Mauritanie.

Les organisateurs, qui avaient déjà appelé à manifester mercredi, fustigent la Une du dernier Charlie Hebdo, avec un personnage barbu en turban censé représenter Mahomet tenant une pancarte Je suis Charlie.

Ce slogan a été repris par les millions des manifestants qui ont défilé en France et à l’étranger pour condamner les attentats jihadistes qui ont visé le journal satirique, une policière et un supermarché casher, faisant 17 morts au total à Paris.

Les organisateurs ont évalué à 30.000 le nombre de participants, mais la presse et des témoins ont fait état de plusieurs milliers de personnes.

Les protestataires sont partis de la grande mosquée centrale de Nouakchott après la grande prière du vendredi et ont convergé vers le palais présidentiel tout proche, où le chef de l’Etat Mohamed Ould Abdel Aziz s’est brièvement adressé à eux, selon des témoins et des médias locaux.

Je ne suis ni Charlie Hebdo ni Coulibaly, leur a lancé le président Ould Abdel Aziz Aziz, selon ses propos rapportés à l’AFP par un des témoins, en référence au slogan en faveur de Charlie Hebdo, et à Amedy Coulibaly, auteur de la prise d’otages au supermarché casher, qui a tué quatre personnes avant d’être abattu.

Je suis plutôt musulman, nous sommes tous musulmans. Nous avons combattu le terrorisme chez nous, nous avons payé un lourd prix et des sacrifices énormes, a déclaré le président mauritanien.

Pour cela, nous condamnons tout ce qui se passe aujourd’hui et qui est de nature à créer le terrorisme, à l’image de ces viles caricatures qui portent atteinte à notre religion et à toutes les religions monothéistes, a-t-il dit.

Pour le chef des organisateurs de la marche, Nah Ould Elhadj, la France doit s’excuser face au blasphème commis à l’encontre des musulmans dans Charlie Hebdo.

La France doit respecter les sentiments d’un milliard et demi de musulmans qui n’accepteront jamais que leur prophète soit maltraité. Nous continuerons à manifester, nous continuerons à protéger notre prophète et notre foi, a déclaré à l’AFP M. Ould Elhadj, joint au téléphone.

Jusqu’en fin d’après-midi, des groupes de jeunes ont essayé de se faufiler par des ruelles jusqu’à l’ambassade de France, provoquant des courses-poursuites avec les forces de l’ordre, qui ont ensuite fait usage de gaz lacrymogène et de matraques pour les disperser, d’après les mêmes sources.

Aucun blessé et aucune interpellation n’ont été signalés.

La Mauritanie est une République islamique où la charia (loi islamique) est en vigueur.

Un blogueur de 29 ans a été condamné à mort le 24 décembre par un tribunal de Nouadhibou (nord-ouest) pour apostasie pour avoir parlé avec légèreté du prophète Mahomet dans un article publié brièvement sur des sites internet mauritaniens. Sa défense a fait appel.

Romandie.com avec(©AFP / 16 janvier 2015 19h42)

Condamnations dans le monde musulman du nouveau « Charlie Hebdo »

janvier 14, 2015

Les responsables religieux musulmans au Proche-Orient ont critiqué la décision de l’hebdomadaire satirique français « Charlie Hebdo » de publier de nouveaux dessins du prophète Mahomet. En France, les cinq millions d’exemplaires de ce numéro historique ont très rapidement été écoulés.

Quelques heures après la sortie dans les kiosques du journal décimé le 7 janvier par un attentat djihadiste, un tribunal de Diyarbakir (sud-est) a ordonné le blocage en Turquie de toutes les pages web qui reproduisent sa Une. Cette dernière est largement jugée outrageante dans le monde islamique.

Sur ce dessin de Luz, un Mahomet la larme à l’oeil tient une pancarte « Je suis Charlie », le slogan des millions des manifestants qui ont défilé en France et à l’étranger pour condamner les attaques djihadistes qui ont fait 17 morts en trois jours à Paris.

« La liberté d’expression n’autorise personne à dire tout ce qu’il veut », a argumenté le tribunal turc, « les mots, écrits, dessins et publications qui dénigrent les valeurs religieuses et le prophète constituent une insulte pour les croyants ».

Le mufti de Jérusalem parle d’insulte
Comme lors des précédentes publications de caricatures du prophète, autorités politiques et religieuses ont sévèrement dénoncé la nouvelle « provocation » de « Charlie Hebdo ».

L’Union mondiale des oulémas musulmans a estimé qu’il n’était « ni raisonnable, ni logique, ni sage » de publier de nouveaux dessins « offensant le prophète ou attaquant l’islam ». « C’est un acte extrêmement stupide », a renchéri la radio du groupe Etat islamique (EI), qui contrôle de larges pans de territoire en Irak et en Syrie.

Le mufti de Jérusalem, plus haute autorité religieuse dans les Territoires palestiniens, a dénoncé une « insulte ». Et le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif appelé au « respect » mutuel des convictions religieuses.

Aux Philippines, environ 1500 personnes ont manifesté contre le journal satirique à Marawi, une des villes à majorité musulmane de l’archipel.

Le principal parti de l’opposition islamiste en Jordanie a appelé « Charlie Hebdo » à présenter des « excuses aux musulmans » pour avoir publié de nouvelles caricatures du prophète Mahomet.

Publication turque sous surveillance
Adversaire déterminé du régime islamo conservateur du président turc Recep Tayyip Erdogan, « Cumhuriyet » a été le seul quotidien d’un pays musulman à oser publier dans son édition papier de mercredi la caricature polémique de « Charlie Hebdo ».

Sa direction a longtemps hésité avant de défier l’interdit. Le journal devait initialement publier l’intégralité du nouveau numéro. Elle s’est finalement contentée, après un vif débat interne, d’un encart de quatre pages.

La police turque a fait une descente dans la nuit à l’imprimerie du journal à Istanbul pour examiner son contenu avant de donner son feu vert à sa distribution. Des forces de l’ordre ont également été déployées autour du siège de « Cumhuriyet » à Istanbul et de sa rédaction à Ankara pour parer à tout incident.

Kiosques pris d’assaut
En France, à 10h00, on ne trouvait plus aucun exemplaire de ce numéro historique, qui a bénéficié d’un tirage record de cinq millions d’exemplaires cette semaine. Ce journal ne tire habituellement qu’à 60’000, pour une vente de 30’000 à 35’000 exemplaires par semaine.

Vendu trois euros, ce numéro 1178 était proposé sur internet à des prix s’envolant jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Romandie.com

Peine de mort pour apostasie en Mauritanie: verdict sous pression de l’opinion

décembre 26, 2014

Nouakchott – Une organisation anti-esclavagiste de Mauritanie a appelé vendredi à gracier un jeune condamné à mort pour apostasie dans ce pays, regrettant un procès expéditif mené sous la pression d’une opinion publique encouragée par des groupuscules d’obscurantistes.

Dans un communiqué transmis à l’AFP à Nouakchott, l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) condamne avec vigueur, et ce quels qu’en soient les motifs, le recours à la peine de mort et exhorte ceux qui pourraient avoir de l’influence sur le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz à lui demander d’user de son pouvoir pour gracier le condamné à mort.

Mercredi soir, un tribunal de Nouadhibou (nord-ouest) a condamné à mort Mohamed Cheikh Ould Mohamed, 29 ans, musulman, inculpé d’apostasie après un écrit considéré comme blasphématoire et comme portant atteinte au prophète Mahomet.

Pendant son procès, qui s’était ouvert la veille, l’accusé a plaidé non coupable et expliqué qu’il n’avait pas l’intention de critiquer le prophète, mais de défendre une composante sociale mal considérée et maltraitée, la caste des forgerons dont il est lui-même issu.

La cour a rappelé qu’il a été inculpé d’apostasie pour avoir parlé avec légèreté du prophète Mahomet et enfreint aux ordres divins dans un article publié brièvement sur des sites Internet mauritaniens, texte dénoncé par des organisations islamiques comme contestant des décisions prises par le prophète et ses compagnons durant les guerres saintes.

Le verdict a été rendu au bout d’un procès expéditif mené sous la pression d’une opinion publique chauffée à blanc par des groupuscules d’obscurantistes (…) alliés à des réseaux de féodalités religieuses, estime l’IRA.

Cette condamnation à la peine capitale intervient après plus d’un an de détention provisoire de l’accusé, qui a été arrêté le 2 janvier, souligne-t-elle, exprimant sa stupeur et sa grande tristesse face au jugement.

L’ONG rappelle que Mohamed Cheikh Ould Mohamed – également identifié comme Cheikh Ould Mohamed Ould Mkheitir – s’était repenti de toute offense au prophète.

Ce repentir aurait dû faire tomber toute condamnation pour apostasie ou blasphème selon la loi mauritanienne. Mais le tribunal de Nouadhibou ne semble pas avoir tenu compte de cette disposition, pas plus que des regrets exprimés en pleine séance par le condamné, préférant suivre les pulsions d’une foule d’illuminés qui accueillit avec des youyous et des explosions de joie sa condamnation, ajoute-t-elle.

Mercredi soir, des manifestations de rues saluant le verdict ont été enregistrées à Nouadhibou et à Nouakchott, selon plusieurs sources.

Et vendredi dans la capitale, après la grande prière, des centaines de personnes parties de différentes mosquées ont participé à des marches non annoncées, en se félicitant du jugement, d’après des témoins.

Dans son communiqué, l’IRA met par ailleurs en garde contre toutes tentatives de s’appuyer sur l’hystérie collective attisée par la sentence du tribunal de Nouadhibou pour orienter ou influencer les débats lors du procès de ses dirigeants en cours à Rosso, dans le sud du pays.

Dix militants de l’IRA, dont son président Biram Ould Dah Ould Abeid, y sont jugés depuis mercredi notamment pour appartenance à une organisation non reconnue. Les audiences ont été suspendues jeudi et doivent reprendre le 29 décembre.

Deux des prévenus comparaissent en liberté sous contrôle judiciaire, les huit autres sont détenus depuis mi-novembre à Rosso, où ils ont été arrêtés alors qu’ils menaient une campagne pour dénoncer l’esclavage en Mauritanie.

Pour les autorités, leur campagne a servi de tribune pour une propagande raciste.

Officiellement, l’esclavage est aboli depuis 1981 en Mauritanie et passible de prison depuis 2007. Cependant, la pratique perdure selon des ONG.

Romandie.com avec(©AFP / 26 décembre 2014 22h51)