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Brésil: le prisonnier Lula candidat à la présidentielle

août 15, 2018

Les soutiens de l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva sont rassemblés devant la Cour électorale suprême à Brasilia le 15 août 2018 / © AFP / EVARISTO SA

Le Parti des Travailleurs (PT) du Brésil a déposé mercredi la candidature de son chef historique emprisonné Lula à la course à la présidentielle d’octobre, prenant un pari politique très risqué et mettant au défi le pouvoir.

« C’est officiel! Lula est le candidat du Parti des Travailleurs à la présidence de la République », s’est réjoui le PT sur son site, bien que la candidature de l’icône de la gauche brésilienne ne pourrait être que toute symbolique.

Il est très probable en effet que le TSE rejette la candidature de Lula, qui reste l’immense favori des sondages tout en ayant commencé à purger en avril une peine de plus de 12 ans de prison pour corruption et blanchiment d’argent.

Une loi stipule en effet l’inéligibilité de toute personne ayant été condamnée en appel, ce qui est le cas de celui qui fut deux fois chef de l’Etat (2003-2010) et est emprisonné à Curitiba (sud).

La présidente du PT Gleisi Hoffmann a exhibé le document attestant du dépôt de la candidature, quelques heures avant l’expiration du délai légal.

« Aujourd’hui est un jour très important. Nous sommes venus enregistrer la candidature du camarade Lula malgré tout ceux qui ne voulaient pas que cela arrive », a-t-elle lancé devant quelque 10.000 militants de gauche ayant convergé devant le TSE, dans le coeur de Brasilia.

Lula, qui avait quitté le pouvoir avec un taux record de popularité, clame son innocence et se dit victime d’une persécution politique destinée à l’empêcher de se présenter à un troisième mandat.

La présidente du Parti des travailleurs brésilien montre le document d’inscrpiton de l’ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva à l’élection présidentielle du 7 octobre prochain à Brasilia, le 15 août 2018 / © AFP / EVARISTO SA

Douze autres candidats devaient avoir fait enregistrer leur candidature avant minuit pour le scrutin le plus incertain des dernières décennies au Brésil, où la population est globalement désabusée, voire écoeurée, par la politique.

Parmi eux figure le député d’extrême droite Jair Bolsonaro (PSL), deuxième dans les enquêtes d’opinion mais loin derrière Lula, l’ex-gouverneur de Sao Paulo Geraldo Alckmin (PSDB, centre droit) et l’écologiste Marina Silva.

– Course contre la montre –

Des colonnes de plusieurs milliers de militants de gauche ayant marché sur Brasilia depuis samedi dernier se sont retrouvées devant le TSE, scandant « Urgent! Brésil, Lula président! », portant des tee-shirts arborant le portrait de Lula, ou se couvrant le visage d’un masque de leur leader.

Si le TSE rejette la candidature de Lula, le PT devra mener une course contre la montre pour faire campagne pour son probable joker, l’ex-maire de Sao Paulo Fernando Haddad, au scrutin présidentiel des 7 et 28 octobre.

Un pari très risqué, estiment de nombreux analystes.

Brésil: le prisonnier Lula candidat à la présidentielle / © AFP / Eugenia Logiuratto

Ce n’est rien de moins que « l’avenir du PT comme principale force de centre gauche qui se joue avec une telle stratégie », a déclaré à l’AFP le politologue Thiago Vidal, des consultants Prospectiva.

« Ce serait difficile pour Haddad de remporter cette élection » alors que Lula reste le seul grand leader de la gauche brésilienne, sans successeur désigné et que le report des voix sera loin d’être automatique.

Le PT a déjà été laminé par la destitution en 2016 de Dilma Rousseff qui avait succédé à Lula à la présidence, et par des municipales catastrophiques dans la foulée.

Lula a été condamné pour avoir reçu un triplex d’un groupe de BTP en échange de sa médiation dans des contrats avec le groupe public Petrobras. Il fait face par ailleurs à cinq autres procédures légales, essentiellement pour corruption, pour lesquelles il clame également son innocence.

Comme tous les partisans de Lula, Adrovando Brandao, un petit entrepreneur qui a fait plus de 2.000 km en autocar pour arriver depuis son nord-est jusqu’à Brasila, estime que l’icône de la gauche est victime d’une machination politique.

« Aujourd’hui notre pouvoir judiciaire est sujet à divers intérêts » externes à la justice, assure-t-il.

Romandie.com avec(©AFP / (16 août 2018 01h21)

Brésil: les pro-Lula se mobilisent à la veille d’une date-clé pour la présidentielle

août 14, 2018

Des partisans de l’ex-président Lula défilent près de Brasilia, le 14 août 2018 / © AFP / EVARISTO SA

Le parti de l’ex-président Lula, le Parti des Travailleurs (PT), et des mouvements sociaux, se mobilisaient mardi, avec notamment une marche sur Brasilia, pour défendre le droit de la figure de proue de la gauche brésilienne de se présenter à la présidentielle d’octobre.

De son côté, depuis sa prison de Curitiba (sud) où il a commencé en avril à purger une peine de plus de 12 ans pour corruption et blanchiment d’argent, Luiz Inacio Lula da Silva a signé une tribune dans le New York Times, dénonçant « un coup d’Etat de la droite » pour l’empêcher de se présenter à un 3e mandat à la tête du plus grand pays d’Amérique latine.

« Mon emprisonnement a été la dernière phase d’un coup d’Etat au ralenti destiné à marginaliser pour toujours les forces progressistes au Brésil », a estimé M. Lula dans le quotidien américain.

Des membres de mouvements sociaux et du PT, qui a officialisé la semaine dernière le choix de M. Lula pour le représenter à la présidentielle la plus incertaine du Brésil moderne, marchaient en mi-journée sur la capitale Brasilia.

Mais le mouvement, constitué de trois groupes différents devant converger dans la journée dans le centre de la capitale, ne comptait qu’un millier de marcheurs à la mi-journée, ont constaté des journalistes de l’AFP.

La caravane nationale, organisée par le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST), devait terminer sa marche mercredi devant le Tribunal Supérieur électoral (TSE) pour demander que la candidature de M. Lula à la présidentielle soit validée.

Participant à cette offensive du PT à la veille de la date-limite pour l’enregistrement des candidatures à la présidentielle des 7 et 28 octobre auprès du Tribunal Supérieur électoral, la présidente du PT, Gleisi Hoffmann a publié une tribune dans la Folha.

Des partisans de l’ex-président Lula, mardi 14 août 2018, près de Brasilia / © AFP / EVARISTO SA

Elle estime, dans le grand quotidien de Sao Paulo (sud), que « seule une violence juridique » pourrait empêcher M. Lula de se présenter.

Pourtant, il est très probable que la candidature de l’ancien président brésilien (2003-2010) sera invalidée, une loi stipulant l’inéligibilité de toute personne ayant été condamnée en appel, ce qui est le cas de M. Lula.

Paradoxalement, l’ex-chef de l’Etat de 72 ans est donné favori pour ce scrutin par toutes les enquêtes d’opinion, avec environ un tiers des intentions de vote, soit le double de n’importe quel autre candidat.

Enfin, sept militants de gauche poursuivaient toujours mardi à Brasilia une grève de la faim entamée il y a deux semaines, en soutien à M. Lula. Ils se sont dits prêts à aller jusqu’au bout.

Ils ont reçu lundi la visite du prix Nobel de la Paix Adolfo Perez Esquivel, qui devrait aller à Curitiba voir M. Lula « afin qu’il sache qu’il n’est pas seul », comme l’a expliqué le militant argentin des droits de l’Homme à l’AFP.

Romandie.com avec(©AFP / (14 août 2018 17h07)

Brésil: Lula dit à son parti qu’il est libre de trouver un autre candidat

avril 24, 2018

L’ex-président brésilien (2003-2011) Luiz Inacio Lula da Silva à Sao Bernardo do Campo le 7 avril 2018. / © AFP / Miguel SCHINCARIOL

L’ex-président Lula, incarcéré pour corruption, a donné le feu vert à son Parti des Travailleurs (PT, gauche) pour qu’il trouve, s’il le souhaite, un autre candidat à la présidentielle au Brésil, dont il est donné favori tout en encourant une inéligibilité.

Le PT a toutefois rapidement confirmé le maintien de la candidature de Luiz Inacio Lula da Silva, sa seule chance de revenir au pouvoir.

« Je voudrais que vous vous sentiez totalement libres de prendre quelque décision que ce soit parce que 2018 est une année très importante pour le PT, pour la gauche, pour la démocratie », a écrit la figure emblématique de la gauche dans une lettre lue par la présidente du parti, Gleisi Hoffmann, tard lundi lors d’une réunion de la direction du parti.

L’un des cadres du PT, Alexandre Padilha, a publié sur Facebook une vidéo où l’on voit Mme Hoffmann lire une partie de la lettre de Lula.

Peu après la publication de cette vidéo, Gleisi Hoffmann a indiqué sur son compte Facebook que le PT s’en tenait à la candidature de Lula.

« Le peuple veut que Lula soit libre, que Lula soit président! Il n’y a pas de plan B, parce que Lula est innocent », a-t-elle dit, assurant que la candidature de celui qui a déjà été deux fois président (2003-2010) serait approuvée lors d’une convention nationale et enregistrée auprès du tribunal électoral le 15 août.

Le PT n’a pas non plus de plan B dans la mesure où aucun autre de ses dirigeants n’a le charisme ni l’expérience de Lula, figure historique de la gauche brésilienne, et n’est susceptible de dépasser les 2% dans les sondages.

C’est le cas des deux personnalités dont le nom a pu être cité: l’ex-maire de Sao Paulo Fernando Haddad ou l’ancien gouverneur de Bahia Jaques Wagner, dont la candidature serait de surcroit plombée par des soupçons de corruption.

– Possible transfèrement –

Dans sa lettre, Lula a ajouté être « heureux » des résultat du dernier sondage Datafolha, qui, malgré son incarcération, le place toujours très largement en tête des intentions de vote à la présidentielle d’octobre, à 31 % — quoique en recul de six points.

Condamné en deuxième instance à 12 ans et un mois de prison pour corruption et blanchiment d’argent, Lula a commencé à purger sa peine le 7 avril au siège de la police fédérale de Curitiba (sud).

Lundi soir, ses avocats ont déposé de nouveaux recours devant les tribunaux supérieurs, contre la condamnation à une peine de prison de Lula et pour qu’il lui soit possible, s’il le souhaite, de se présenter à un troisième mandat présidentiel.

Alors qu’en tant qu’ancien président Lula bénéficie de conditions privilégiées d’incarcération, dans une cellule de 15 M2 sans barreaux, avec douche et toilettes privées, plusieurs journaux évoquaient son prochain transfèrement.

La Police fédérale aurait, selon eux, demandé qu’il soit amené « dans un établissement pénitentiaire adéquat ».

Interrogée par l’AFP, un avocat de Lula a indiqué que la défense de l’ex-président « ne ferait pas de commentaire sur la demande de la police fédérale, d’abord parce que cette question est confidentielle et ensuite parce qu’elle n’en a pas été saisie ».

Lula n’a pu à ce jour que recevoir la visite de ses avocats à Curitiba. Celle de ses amis politiques comme l’ancienne présidente Dilma Rousseff, qui lui avait succédé, ou les responsables du PT, et même du prix Nobel de la paix Adolfo Pérez Esquivel ont été refusées.

Romandie.com avec(©AFP / 24 avril 2018 23h35)                

Le parti de Lula l’adoube pour la présidentielle au Brésil

janvier 25, 2018

Les ex-présidents brésiliens Luis Inacio Lula da Silva (à droite) et Dilma Rousseff (à gauche) et la senatrice Gleisi Hoffman (au centre) pendant un meeting du Parti des travailleurs pour lancer la candidature de Lula, le 25 janvier 2018 à Sao Paulo / © AFP / Nelson Almeida

Le Parti des travailleurs, loin de désarmer après le grave revers subi par son leader Lula en justice, a confirmé jeudi son intention d’en faire son candidat à la présidentielle d’octobre au Brésil tout en tentant de remobiliser ses troupes.

La direction nationale du parti de gauche (PT) a commencé à se réunir à Sao Paulo en fin de matinée pour adouber Luiz Inacio Lula da Silva comme son candidat à un scrutin dont il est le grand favori, alors même que l’ex-président a perdu son appel mercredi.

« Nous sommes ici pour réaffirmer la candidature de Lula. Il sera notre candidat », a annoncé la présidente du PT Gleisi Hoffmann.

Cette réunion se déroule au siège de la CUT, le plus grand syndicat du Brésil, en présence de Lula et de l’ex-présidente Dilma Rousseff.

« Lula guerrier du peuple brésilien! » scandaient des militants au début de la réunion de l’exécutif du PT.

Trois magistrats de Porto Alegre ont rendu mercredi un jugement aussi unanime qu’implacable en confirmant que Lula était coupable de corruption passive et de blanchiment d’argent pour avoir accepté un triplex d’une entreprise de construction. Ils ont également aggravé sa peine de prison, à 12 ans et un mois.

Mais Lula est resté libre, et libre de faire campagne. Le couperet de la justice n’a pas réduit à zéro ses chances de se présenter pour un troisième mandat à la présidence: ses avocats ont diverses possibilité de recours. Ce n’est qu’après épuisement de tous ces recours qu’il pourrait être déclaré inéligible et éventuellement emprisonné.

« Les deux semaines à venir seront cruciales », a estimé jeudi l’avocat Eugenio Aragao, alors qu’il expliquait la stratégie de la défense de Lula au début de la réunion du PT.

– Troupes démoralisées –

« Maintenant je veux être président de la république », avait lancé Lula après le jugement décrit comme une « mascarade judiciaire » par le PT et qui faisait l’objet de nombreux commentaires dans la presse brésilienne jeudi.

O Globo estimait que « Lula a subi la pire défaite de son parcours politique » et « est plus proche de la prison que du Palais du Planalto », siège de la présidence à Brasilia. Sa « candidature est presque un mirage », ajoutait une éditorialiste.

Pour le quotidien Estado de S. Paulo « le résultat de 3-0 (des juges de Porto Alegre) devrait être suffisant pour convaincre les sympathisants du PT d’arrêter enfin de voir Lula-le-corrompu comme un martyr de la démocratie brésilienne ».

Le PT a seulement annoncé sa décision d’adouber Lula, sans le faire officiellement, la loi électorale ne l’y autorisant pas avant le 20 juillet.

Cette réunion doit aussi permettre au parti de gauche qui était à son apogée lors des années de présidence Lula (2003-2010) de tenter de remobiliser des troupes démoralisées.

La destitution brutale en 2016 –« un coup d’Etat » pour le PT– de Dilma Rousseff, qui avait succédé à son mentor Lula, la claque subie aux municipales la même année, les affaires de corruption autour de Lula (neuf procédures au total) ont ébranlé la foi des militants.

Le PT dispose de 57 députés sur les 513 de la chambre basse et est le deuxième parti dans un hémicycle très atomisé avec des dizaines de formations, après le PMDB de Michel Temer au pouvoir (61). Au Sénat, il n’est que le troisième parti avec neuf sièges sur 81.

Tous les espoirs du PT reposent sur les épaules de Lula, seule figure émergente à gauche, et seul candidat pour lequel, selon les sondages, un tiers des Brésiliens seraient prêts à voter.

Mais Lula est aussi un homme de 72 ans condamné et menacé de prison.

Le PT serait en coulisses en train de réfléchir à un plan B, selon certains analystes. Et peut-être à une candidature de l’ancien ministre Jacques Wagner ou de Fernando Haddad, ex-maire de Sao Paulo.

Romandie.com avec(©AFP / 25 janvier 2018 14h56)