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Sommet Chine-Iran-Russie: XI prône « l’unité » face aux tensions avec les États-Unis

juin 9, 2018

Qingdao (Chine) – Le président chinois Xi Jinping a inauguré samedi sous le signe de « l’unité » un sommet réunissant en Chine les chefs d’État russe et iranien, sur fond de tensions commerciales et diplomatiques avec les États-Unis et au moment où le G7 affiche les profondes divisions entre Washington et ses alliés.

L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui outre la Chine et la Russie réunit l’Inde, le Pakistan et plusieurs pays d’Asie centrale, a entamé samedi soir son sommet annuel dans la ville côtière de Qingdao (est de la Chine).

D’importantes forces de sécurité quadrillaient cette cité portuaire connue pour ses collines de pins et villas de style allemand, dont commerçants et touristes avaient été évacués pour l’occasion de quartiers entiers.

M. Xi a vanté lors d’un banquet inaugural « l’unité et l’harmonie » confucéennes et « l’esprit de Shanghai », qui « se concentre sur la recherche d’un terrain d’entente commun » entre les membres de l’OCS, un bloc sécuritaire régional lancé en 2001.

Le président russe Vladimir Poutine, son homologue pakistanais Mamnoon Hussain ou encore le Premier ministre indien Narendra Modi -en dépit de la rivalité entre New Delhi et Islamabad- participaient à cette démonstration d' »unité ».

Par un saisissant contraste, elle démarrait alors que, de l’autre côté du Pacifique, les dirigeants des pays du G7 -qui n’est plus le G8 depuis que la Russie a été exclue du club en 2014- affichent leurs profondes divisions.

Réunis en sommet au Canada, ils tentaient samedi d’ultimes tractations pour réduire les fractures ouvertes par le président américain Donald Trump, notamment sur les taxes douanières américaines sur l’acier et l’aluminium, ainsi que sur le nucléaire iranien.

– L’Iran, membre de l’OCS? –

Si Téhéran n’a qu’un statut d’observateur au sein de l’OCS, le président iranien Hassan Rohani est présent au sommet de Qingdao: une façon de jauger l’appui russe et chinois à l’accord de 2015. Ce texte, par lequel Téhéran acceptait de limiter ses activités nucléaires en échange d’un allègement des sanctions internationales, est sur la sellette après la décision de Donald Trump d’en retirer les Etats-Unis.

Sous la menace de nouvelles sanctions américaines contre les entreprises étrangères actives dans le pays, l’Iran cherche à s’assurer le soutien des autres signataires -Européens, Russie mais surtout la Chine, grande consommatrice de pétrole iranien- pour maintenir à flot son économie.

M. Rohani s’est entretenu samedi avec Vladimir Poutine: il a appelé à un « dialogue plus important et sérieux » entre Moscou et Téhéran après le « retrait illégal » de Washington, selon une retranscription diffusée par le Kremlin.

En retour, le président russe a exprimé son soutien pour que l’Iran devienne membre à part entière de l’Organisation de Shanghai.

« Les dirigeants (réunis à Qingdao) pourraient accorder un statut de membre à l’Iran pour témoigner leur attachement à l’accord nucléaire », observe Dawn Murphy, professeur de relations internationales à l’US Air War College.

« L’Iran ne peut pas attendre indéfiniment. Nous avons été un acteur fidèle à nos engagements et nous faisons face à une région extrêmement instable », a pour sa part affirmé à l’AFP la vice-présidente iranienne Masoumeh Ebtekar, vendredi en Lituanie.

– « Routes de la Soie » –

L’OCS compte actuellement quatre ex-républiques soviétiques d’Asie centrale (Ouzbékistan, Kazakhstan, Tadjikistan, Kirghizstan) et deux nouveaux-venus: l’Inde et le Pakistan.

Leur sommet annuel intervient par ailleurs juste avant la rencontre historique, mardi à Singapour, entre Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un. Xi Jinping a rencontré M. Kim à deux reprises ces dernières semaines en Chine, alors que Pékin entend ne pas se laisser marginaliser par les pourparlers entre Washington et Pyongyang.

Officiellement cependant, la Chine devrait surtout pousser à Qingdao ses « Nouvelles routes de la soie », colossal projet d’infrastructures à travers l’Asie, l’Europe et l’Afrique.

Le géant asiatique reste sous la menace de tarifs douaniers américains punitifs, et Washington vient d’imposer à ses propres alliés des taxes sur l’aluminium et l’acier: autant de préludes d’une possible guerre commerciale planétaire, sur fond de pressions protectionnistes endémiques.

Dans ce contexte, les pays de l’OSC discuteront en priorité de coopérations commerciales et même d’une éventuelle zone de libre-échange, estime Mme Murphy.

Enfin, pour Moscou comme pour Pékin, l’Organisation de Shanghai -qui abordera également à Qingdao la lutte contre le terrorisme et le piratage informatique- peut être un outil pour contrecarrer l’influence des Etats-Unis et de l’Otan.

L’OCS ne fait plus profil bas, a déclaré Vladimir Poutine à la télévision chinoise CGTN: « Nous avons pris conscience que nous pouvions faire de grandes choses ».

Romandie.com avec(©AFP / 09 juin 2018 15h25)                                                        

La Chine a désormais son Hollywood

avril 28, 2018

La « cité du cinéma » construite par le conglomérat chinois Wanda à Qingdao dans l’est de la Chine, le 28 avril 2018 / © AFP / WANG ZHAO

La Chine a son Hollywood: une « Cité du cinéma » grande comme 500 terrains de football a été inaugurée samedi, avec l’ambition d’attirer les tournages sur ce site présenté comme « le plus grand investissement de l’histoire mondiale » du secteur.

Cinquante milliards de yuans (6,5 milliards d’euros) ont été dépensés pour construire ce complexe de 376 hectares situé dans la ville balnéaire de Qingdao (est), selon le conglomérat privé chinois Wanda, initiateur du projet.

Trente studios –dont « le plus grand du monde », mesurant 10.000 mètres carrés– ont déjà été construits. Dix autres suivront dans les prochaines années, promet le groupe spécialisé dans l’immobilier, le cinéma et le sport.

Outre des lieux de tournage et de post-production, cette pharaonique « Cité orientale du cinéma » comprend aussi une salle de spectacle, une école, un hôpital, des hôtels de luxe ou encore un yacht club — inspiré par celui de Monaco.

Le grand public est également visé, avec un centre commercial géant de 360.000 mètres carrés. Il comprend des boutiques, des cafés, des restaurants, une patinoire, un parc d’attraction, un parc aquatique et « le plus grand cinéma d’Asie ».

« C’est le plus grand investissement de l’histoire mondiale dans le secteur du cinéma et de la télévision », assure Wanda.

Le groupe, dirigé par l’homme d’affaires Wang Jianlin (4e fortune de Chine selon Bloomberg) n’est pas un novice en cinéma. Il produit des films, a acquis la chaîne américaine de salles obscures AMC en 2012 et a racheté le studio hollywoodien Legendary (Jurassic World, Interstellar, Godzilla) en 2016.

– Sans DiCaprio –

« Ce site va aider le cinéma chinois dans son développement, et promouvoir sa marche vers l’international », s’est enthousiasmé samedi M. Wang. Seul un petit nombre d’oeuvres chinoises parviennent pour l’instant à séduire un public étranger.

Outre quelques films chinois, deux blockbusters sino-américains ont déjà été tournés dans cette Cité du cinéma de Qingdao: « La Grande Muraille » (2016, avec Matt Damon) et « Pacific Rim Uprising » (2018).

Le chantier avait débuté en grande pompe en 2013 lors d’une cérémonie fastueuse en présence de Nicole Kidman, Leonardo DiCaprio et John Travolta.

Mais aucune star étrangère n’était présente samedi lors de la cérémonie d’ouverture, volontairement minimaliste. Un signe que Wanda affiche désormais une certaine prudence.

« A l’origine, ces studios voulaient attirer les grosses productions hollywoodiennes. Mais les Américains ont depuis compris qu’il est compliqué de tourner en Chine: difficultés de communication, méthodes de travail différentes et longueur du processus pour obtenir les autorisations de filmer », note Natacha Devillers, productrice française basée en Chine depuis une dizaine d’années.

« Depuis l’échec relatif de +La Grande Muraille+, le nombre de coproductions prévues ici a considérablement diminué », déclare-t-elle. Ce blockbuster du réalisateur chinois Zhang Yimou s’était avéré rentable, mais avait subi un sévère accueil critique de la part des spectateurs.

– ‘Quelques déboires’ –

Le groupe Wanda entend malgré tout faire de cette Cité du cinéma « la base de production la plus attractive du monde », devant Hollywood.

« L’ouverture de ce site est incontestablement positive pour le secteur. C’est une option supplémentaire pour les tournages », souligne Wang Luna, PDG de la société de production chinoise Juben Pictures. Elle fera tourner ici en 2019 « Le Dernier Loup 2 », la suite d’un film d’aventure franco-chinois réalisé par Jean-Jacques Annaud.

« Après, l’industrie chinoise du cinéma est si énorme que (ces nouvelles infrastructures) n’auront pas un impact énorme. Sans compter que Wanda connaît actuellement quelques déboires », note Mme Wang.

Le groupe est très endetté après une frénésie d’achats à l’étranger. Depuis 2017, il a été contraint par les autorités de céder de nombreux hôtels ou encore la part de 20% qu’il détenait dans le club de football espagnol Atletico Madrid.

Quant aux studios inaugurés samedi, il les a vendus… à un rival du secteur immobilier, se contentant désormais d’en assurer la gestion.

« La Chine voit toujours plus gros, plus grand que tout le monde », souligne la productrice Natacha Devillers. « Le défi sera maintenant d’attirer suffisamment de films par an pour pouvoir faire tourner l’opération ».

Romandie.com avec (©AFP / 28 avril 2018 11h09)