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Canada: Mamadi Camara poursuit la Ville de Montréal et le procureur général du Québec

juillet 14, 2021

Mamadi III Fara Camara, arrêté à tort en janvier dernier pour une tentative de meurtre sur un policier montréalais, et ses proches réclament des dommages totalisant 1,2 million de dollars pour les agissements du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) dans ce dossier. L’homme d’origine guinéenne affirme avoir été victime de profilage racial.

Mamadi Fara Camara s’est récemment confié à Radio-Canada sur son processus de guérison afin de reprendre une vie normale après avoir été arrêté et accusé faussement d’une tentative de meurtre.

© Charles Dumouchel, caméraman/Radio-Canada Mamadi Fara Camara s’est récemment confié à Radio-Canada sur son processus de guérison afin de reprendre une vie normale après avoir été arrêté et accusé faussement d’une tentative de meurtre.

Au printemps, l’arrestation injustifiée de M. Camara avait soulevé l’indignation générale lorsque l’erreur du SPVM avait été révélée au grand jour, et les poursuites abandonnées.

Les avocats de M. Camara sollicitent pour leur client, auprès des deux défendeurs, une indemnisation totalisant 790 000 $ pour les conséquences pécuniaires qu’il a subies, pour atteinte à sa réputation, pour détention illégale de six jours et pour dommages moraux, une somme à laquelle vient se greffer une réclamation de 150 000 $ en dommages punitifs adressée à la Ville de Montréal.

Interception illégale», profilage racial», arrestation illégale», force abusive de la part des policiers», enquête bâclée basée sur de la discrimination raciale», propos insultants de la part de policiers», interrogatoire musclé», deux fouilles à nu», fouille abusive de son appartement», détention illégale du 28 janvier au 3 février» et grave atteinte à sa réputation» : les allégations dans la poursuite intentée contre la Ville de Montréal et le procureur général du Québec sont nombreuses.

M. Camara avait été arrêté le 28 janvier et placé en détention pendant six jours, à la suite de l’agression d’un policier, Sanjay Vig, qui l’avait interpellé dans Parc-Extension parce qu’il aurait utilisé son cellulaire au volant. Une infraction que M. Camara a toujours niée.

Le policier avait été frappé à l’arrière de la tête, puis désarmé alors qu’il regagnait son véhicule, ce qui avait déclenché une importante opération policière. M. Camara, qui avait d’emblée composé le 911, avait indiqué aux policiers avoir vu un homme noir avec des dreads» agresser l’agent, puis prendre la fuite.

Il avait pu quitter les lieux, mais avait ensuite été arrêté près de son domicile.

L’agent Vig l’avait erronément identifié comme étant l’auteur de l’agression.

M. Camara, qui a toujours clamé son innocence, avait été libéré le 3 février après un arrêt des procédures annoncé par le DPCP.

Deux jours plus tard, le directeur du SPVM, Sylvain Caron, avait annoncé que de nouvelles preuves permettaient d’exclure hors de tout doute sa culpabilité. La Couronne avait ensuite retiré les accusations. Geste exceptionnel, le directeur du SPVM avait formellement présenté des excuses à M. Camara.

Les avocats de ce dernier, Me Virginie Dufresne-Lemire, Me Alain Arsenault et Me Justin Wee, reprochent au SPVM de s’être plongé dans une vision tunnel, laissant de côté des éléments de preuve cruciaux», dont le fait que leur client ne portait sur lui aucune trace de bagarre» et le fait qu’aucun élément de preuve [n’ait été] trouvé ni sur M. Camara ni dans son véhicule».

Ils déplorent également que le service de police ait délibérément mis de côté des éléments de preuve corroborant la version de M. Camara».

La partie demanderesse reproche par ailleurs à la procureure du DPCP d’avoir « choisi de déposer des accusations, parmi les plus graves du Code criminel, sans analyser le dossier complet ».

Les avocats mentionnent une vidéo, disponible depuis le 28 janvier», dans laquelle il était clair qu’un troisième individu [était] présent» et qui corroborait la déclaration d’un témoin.

Un autre homme a d’ailleurs depuis été accusé pour l’agression du policier Vig.

Le manque d’objectivité dans son analyse du présent dossier constitue un cas manifeste d’abus intentionnel qui choque la collectivité et mine la confiance du public envers le système de justice», affirme la poursuite.

Les documents présentés en cour mettent de l’avant une perte de revenu importante», insistant sur le fait que M. Camara, chargé de cours et technicien de laboratoire en communication sans fil à l’École polytechnique, n’a pas été en mesure de reprendre le cours normal de ses activités. Ils affirment aussi qu’il ne pourra pas terminer ses études à temps, ce qui crée un stress supplémentaire et met en péril son statut».

Il y a deux mois, M. Camara avait raconté en entrevue à Radio-Canada que les gestes posés par les policiers lors de son arrestation le hantaient encore.

Précisant que ses avocats étaient en pourparlers avec la Ville de Montréal, le jeune trentenaire, devenu père de famille depuis l’erreur judiciaire dont il a été victime, avait dit espérer que les choses se règlent à l’amiable».

Quelques jours après sa libération, il avait relaté à Tout le monde en parle que cette incarcération avait bouleversé le cours de sa vie.

Six autres demandeurs réclament des dommages

La poursuite inclut aussi comme demandeurs la femme de M. Camara, Saran Diawara, qui était enceinte lors de l’arrestation de son mari, de même que le frère, la sœur, qui à l’époque était elle aussi enceinte, et le beau-frère de Mme Diawara ainsi que deux voisins.

Les avocats réclament des deux défendeurs une indemnisation de 75 000 $ en dommages moraux pour Mme Diawara, qui a dû être hospitalisée et qui a craint de faire une fausse couche, et 25 000 $ chacun pour les trois membres de sa famille, qui disent avoir subi d’importants préjudices».

Ils demandent en outre à la Ville de Montréal une indemnisation de 20 000 $ pour le couple de voisins, Mody Sory Barry et Mariame Diallo, qui a entre autres, avec d’autres résidents du bloc où habitait le couple Diawara incluant des enfants», été placé pendant 4 heures dans un autobus, la porte ouverte en plein mois de janvier», pendant la soirée.

Il n’y avait que des immigrants dans l’autobus», souligne la poursuite : une pensée persiste dans leur esprit; les policiers auraient-ils agi de la même manière de l’autre côté [du boulevard] de l’Acadie, dans un quartier plus riche et blanc?»

Les six demandeurs réclament en outre à la Ville de Montréal 15 000 $ chacun en dommages punitifs.

En février, Québec a annoncé une enquête indépendante, confiant au juge Louis Dionne le mandat de se pencher sur le travail du SPVM et du DPCP.

La Ligue des Noirs du Québec avait pour sa part critiqué l’attitude du SPVM, qui s’était défendu d’avoir fait du profilage racial.

En juin 2020, le corps de police montréalais avait reconnu le caractère systémique du racisme et de la discrimination et s’était engagé à agir pour les combattre, sans cependant aller jusqu’à dire qu’il y en avait dans ses rangs.

À la fin du mois de mars, un homme de 21 ans, Ali Ngarukiye, a été arrêté à Toronto pour l’agression du policier Vig. Il a formellement été accusé de tentative de meurtre, de voies de fait graves contre un policier, de tentative de désarmer un agent de la paix et d’utilisation d’une arme à feu prohibée. Il a également été accusé du vol de deux véhicules.

Avec Sophie-Hélène Lebeuf 

France/Danièle Obono dépeinte en esclave : « Valeurs actuelles » et le racisme en procès

juin 24, 2021
La France insoumise réunie en comité de soutien à Danièle Obono, devant le tribunal de Paris, le 23 juin.

En août 2020, l’hebdomadaire français proche de l’extrême droite représentait la députée France insoumise Danièle Obono en esclave dans une « fiction historique » polémique. L’affaire est passée en justice mercredi 23 juin, à Paris.

Coutumier des provocations et des coups d’éclat, l’hebdomadaire français Valeurs actuelles avait une fois de plus choqué en publiant, le 27 août dernier, une « fiction historique » intitulée « Obono l’Africaine ». On y voyait la députée de la France insoumise ramenée au XVIIIe siècle et capturée puis réduite en esclavage par un groupe d’assaillants eux aussi africains. Maltraitée, humiliée, la députée ne trouvait finalement le réconfort qu’auprès d’un missionnaire blanc, premier personnage du récit à lui témoigner un minimum de compassion.

En plein mouvement de protestation Black Lives Matter et dans la foulée des manifestations organisées en France autour des violences policières, et notamment concernant l’affaire AdamaTraoré, la publication avait provoqué beaucoup d’émoi.

Après avoir hésité, Danièle Obono a finalement attaqué le journal en justice avec plusieurs associations, parmi lesquelles la Ligue des droits de l’homme, SOS Racisme ou la Ligue de défense noire africaine, bientôt rejointes par le ministère public et par le parti de la députée, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

L’affaire a été jugée mercredi 23 juin 2021, devant la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris, spécialisée dans les contentieux concernant la presse. Bien décidée à mettre en évidence le caractère politique de l’affaire, la France insoumise s’était déplacée en force : devant le tribunal et sur les réseaux sociaux, les élus Adrien Quatennens, Éric Coquerel, Alexis Corbière et Manon Aubry affirmant bruyamment leur soutien à leur consœur face au « torchon » Valeur Actuelles, rappelant s’il en était besoin que « le racisme n’est pas une opinion mais un délit ».

Dérive extrémiste

Dans la salle d’audience, l’ambiance est logiquement plus feutrée. C’estt d’abord à la défense du magazine de prendre la parole. Le directeur de la publication, Erik Monjalous, l’avait déjà déclaré après la parution de l’article incriminé : sa publication a été « une grave erreur » et a suscité beaucoup d’ « incompréhension ». Il rappelle aussi que le texte était le dernier d’une série d’été plongeant des personnages contemporains dans un événement historique : le Pr Didier Raoult dans les tranchées de la Première Guerre mondiale ou Éric Zemmour à Waterloo…

L’auteur du texte, Laurent Julien, lui succède à la barre et tente à son tour d’atténuer le caractère polémique de son travail. Humiliant ? Lui estime que l’histoire visait à susciter la « compassion » à l’égard de la députée et assure avoir été « très attentif à ce que Mme Obono garde sa dignité dans ce récit ».

Raciste ? Il précise qu’au moment de l’élaboration du sujet il avait aussi été envisagé de placer dans la même situation Omar Sy ou Lilian Thuram. Mais, assure Laurent Julien contre toute logique, « Madame Obono n’a pas été choisie pour sa couleur de peau mais pour ses convictions ».

C’est la principale ligne de défense de Valeurs actuelles : face à un contexte de « racialisme » et de « révisionnisme » historique « tendant à instrumentaliser l’esclavage dans un objectif de culpabilisation à sens unique de l’homme occidental », l’idée était de rappeler que l’esclavage a aussi été le fait de certains Africains eux-mêmes. L’auteur admet tout de même : « Le fait de choisir une personnalité d’origine africaine rendait cette histoire plus… romanesquement possible. »

L’ANCIEN PATRON DE CHARLIE ET DE FRANCE INTER BOUCLE SA DÉRIVE VERS L’EXTRÊME DROITE

Le malaise suscité par ces déclarations maladroites augmente encore lorsque le journal appelle à la barre l’ancien patron de Charlie Hebdo, Philippe Val. Lequel, se plaçant sur le terrain de la stricte liberté d’expression et soulignant qu’il ne se sent « nullement proche des opinions » de l’hebdomadaire, estime qu’une affaire comme celle-là est politique et ne devrait pas se régler devant les juges.

« Aujourd’hui c’est l’opinion qui censure », conclut-il alarmiste, alors que sur les réseaux, ses adversaires se déchaînent. « Pitoyable naufrage », estime Agnès Tricoire, l’avocate de la Ligue des droits de l’homme, tandis que Jean-Luc Mélenchon tranche sur Twitter : « Philippe Val en soutien à Valeurs actuelles contre Danièle Obono présentée en esclave ! L’ancien patron de Charlie et de France Inter boucle sa dérive vers l’extrême droite. »

Présentation dégradante

La députée elle-même prend ensuite la parole pour évoquer son «­ humiliation » à la lecture de l’article, la violence du propos qui la réduit « à quelque chose qu’elle n’est pas : une étrangère ». Et puisque le magazine affirme l’avoir prise pour cible en raison de ses idées, elle développe : « Ils auraient pu s’attaquer à moi sur mes idées, plein de sujets possibles ! Mais ce n’est pas là-dessus qu’ils m’attaquent. C’est sur le lieu où je suis née, ma couleur de peau. Ils ont annihilé mon identité politique pour me ramener à plus bas qu’humain. »

« Je parle beaucoup, poursuit-elle, mais pour le coup, je ne m’exprime pas beaucoup sur le sujet de l’esclavage. Me faire prendre des positions qui nieraient l’existence de l’esclavage en Afrique c’est une insulte à mon intelligence. »

ILS ONT ANNIHILÉ MON IDENTITÉ POLITIQUE POUR ME RAMENER À PLUS BAS QU’HUMAIN

L’ancien footballeur Lilian Thuram, très impliqué dans la lutte contre le racisme, prend à son tour la parole pour dénoncer un article établi sur des « préjugés » et la présentation volontairement dégradante de Danièle Obono. La contenu du texte, estime-t-il, véhicule un argument « extrêmement courant dans le discours raciste : si tu n’es pas content, retourne chez toi. »

Au terme d’une très longue audience achevée à une heure du matin, le procureur a requis contre le magazine une peine essentiellement symbolique de 1 500 euros d’amende. Le jugement sera rendu le 29 septembre prochain.

Avec Jeune Afrique par Olivier Marbot

«Petit traité sur le racisme»: le racisme dans l’œil de Dany Laferrière

juin 15, 2021

Un an après le meurtre de George Floyd et la recrudescence du mouvement Black Lives Matter, Dany Laferrière publie Petit traité sur le racisme, un essai littéraire – ou «triste bouquin», comme il le qualifie lui-même – qui explore cet enjeu complexe.

Dany Laferrière

© Fournis par Journal Métro Dany Laferrière

En plusieurs courtes vignettes, il pose son regard d’écrivain sur le racisme. Son ouvrage a une grande portée pédagogique, faisant (re)découvrir aux lecteurs plusieurs personnalités culturelles et historiques incontournables allant de Harriet Tubman à Tupac Shakur.

L’auteur de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer et de L’énigme du retour revisite l’histoire raciale des États-Unis, rappelant les injustices d’hier d’aujourd’hui, dont les trop nombreuses bavures policières.

Dans Petit traité sur le racisme, il est question des «douleurs fantômes» de l’esclavage, de dynamiques de pouvoir, de la «culpabilité judéo-chrétienne d’une minorité de Blancs», de l’importance de la représentation, du souffle de Miles Davis et des chansons «gorgées de larmes» de Bessie Smith.

Entrevue à partir d’extraits de son ouvrage.

«Je suis conscient de marcher sur une étroite bande au-dessus du vide.» Pourquoi avez-vous pris le pari risqué d’écrire sur un sujet aussi sensible que le racisme?

Oh, c’est un peu une ruse de narration qui sait que le lecteur aime bien assister à la corrida. Mais je sais aussi combien c’est un sujet sensible. On évite ces jours-ci de le prendre à main nue pour ne pas recevoir une trop forte charge électrique. Durant toute ma vie d’écrivain, j’ai toujours affiché un goût pour le risque. J’ai été le premier au Québec, à l’aborder frontalement avec mon premier roman, et cela il y a 35 ans. 

«On doit encore comprendre que le mot Noir ne renferme pas tous les Noirs, de même que le mot Blanc ne contient pas tous les Blancs. Ce n’est qu’avec les nuances qu’on peut avancer sur un terrain si miné.» Trouvez-vous que la plupart des discours sur le racisme manquent de nuance?

On peut comprendre aussi que le discours militant manque de nuances, car le militant estime que s’il entre dans l’arène c’est parce que toutes les règles ont été foulées au pied depuis longtemps. De l’autre côté, on croit que les Noirs ont franchi depuis longtemps aussi les limites tracées. Les Noirs répliquent, avec raison, qu’ils ont les mêmes droits que n’importe qui d’autre, et qu’en ce sens que l’État devrait lui accorder «une égale protection», comme c’est écrit dans la Constitution. En tant qu’écrivain je peux prendre une distance pour rappeler l’Histoire, et aussi élargir le discours vers une direction plus philosophique. Je rappelle que si on lit le livre on verra que ce ton plus nuancé ne m’empêche pas d’avoir une position claire.

«Je tricote ce triste bouquin pour dire deux ou trois choses de cette histoire du racisme.» Vous êtes régulièrement invité à commenter ce sujet dans les médias, où on offre rarement de la perspective. Comment l’écriture de ce livre a-t-elle fait évoluer votre réflexion sur la question?

Je ne commente pas régulièrement ce sujet, je peux dire que j’interviens dans ce genre de débat une fois sur 50. Pourtant on me sollicite sans cesse, et je refuse presque toujours. On me le reproche d’ailleurs. Ces derniers mois, j’étais plus présent, mais quand j’ai vu que je n’arrivais pas à glisser les nuances nécessaires dans une chronique, j’ai pris le parti d’écrire un livre où j’ai de l’espace et une plus grande marge de réflexion. Je suis plus à l’aise à écrire des livres où il faut à la fois avoir une certaine vision du sujet, un sens du rythme, de la musique, il faut pouvoir aussi mesurer l’émotion pour ne pas trop envahir le lecteur. Sur un parcours plus bref, comme le commentaire, on est attiré plus souvent par le cri du cœur, qui entraîne avec lui des bruits divers.

«Quand une femme dit NON / vous devez arrêter / quand un NOIR dit / «J’étouffe» / vous devez arrêter aussi.» Selon vous, y aura-t-il un avant et un après George Floyd, comme il y a eu un avant et un après Harvey Weinstein?

J’ai vu trop d’événements dans ma vie pour émettre de tels jugements. Ce genre de formule ne veut rien dire. C’est peut-être la raison profonde qui m’a poussé à écrire ce livre. La vie collective ne sera jamais à la merci d’un seul événement. J’ai l’habitude de dire qu’il y a eu tant d’événements tragiques durant ces siècles d’esclavages et de racisme, il a fallu qu’une femme fatiguée refuse de céder sa place dans un autobus pour déclencher le plus grand mouvement de protestations du XXe siècle, après le mouvement de Gandhi en Inde. Cela débouchera sur la lutte menée par Martin Luther King pour la pleine jouissance des droits civiques des Noirs aux États-Unis.

À propos du premier film de Spike Lee, She’s Gotta Have It, vous écrivez : «On est passé si près de tordre le cou à cette bêtise qui impose à l’artiste noir de ne parler que de sa condition raciale.» En tant qu’artiste noir, sentez-vous une pression de devoir intervenir sur cet enjeu?

Justement, je n’ai jamais été un artiste noir. Je n’ai jamais entendu un Haïtien dire à Port-au-Prince qu’il est un peintre ou un poète noir, cette question n’arrive que quand on est en présence d’un Blanc. Si on ne veut pas être un Blanc il faut effacer la condition noire, et cela, seule la majorité peut le faire en imposant la notion de citoyenneté dans sa pleine fonction. C’est l’ultime point de cette lutte.

«Je voudrais remettre de la chair et de la douleur dans cette tragédie qu’est le racisme.» N’est-ce pas le rôle de l’écrivain?

Je le crois. Je n’ai pas esquivé non plus les difficultés d’un tel problème. Ce n’est pas un vague appel consensuel, mais je n’ai pas cherché non plus à éteindre le feu avec de la gazoline. Il nous faut être de tous les côtés responsables, tout en sachant que le KKK n’est pas une organisation d’enfants de chœur, et qu’il y a toujours derrière eux, dans les cérémonies nocturnes, une croix en flammes. Le feu est leur allié, mais l’eau (l’esprit) peut l’éteindre.

Petit traité sur le racisme

Aux éditions du Boréal

En librairie le 15 juin

Par Metro avec Marie-Lise Rousseau

France: Victime d’injures racistes, un candidat aux départementales suspend sa campagne

juin 13, 2021

Sur un marché de Limoges, un individu aurait dit à Omar Diawara que sa couleur de peau l’empêchait d’être candidat aux élections départementales.

Le candidat a ete pris a partie en pleine rue, a Limoges.
Le candidat a été pris à partie en pleine rue, à Limoges. © Thomas JOUHANNAUD / MAXPPP / PHOTOPQR/POPULAIRE DU CENTRE/MAX

L’incident semble avoir profondément choqué Omar Diawara, candidat sur la liste de la droite et du centre pour les élections départementales en Haute-Vienne. Il a annoncé son retrait provisoire après avoir été la cible de propos racistes. Une liste concurrente a annoncé également mettre sa campagne entre parenthèses en signe de soutien. Selon France info, ce directeur d’Ehpad a été visé par des insultes et des menaces.

Les faits se sont produits sur le marché de Limoges, samedi 12 juin. « Un individu s’est avancé » et « a tenu des propos racistes jusqu’à des menaces de mort contre Omar », témoigne Muriel Jasniak-Laskar, colistière d’Omar Diawara. L’homme en question aurait demandé ses papiers au candidat, affirmant qu’un homme de couleur ne devrait pas avoir le droit de se présenter. La scène aurait duré de longues minutes au milieu du marché. « Je n’avais jamais assisté à un tel déferlement de haine à l’état le plus brutal, ni à des menaces physiques répétées aussi sordides, violentes », a déclaré Muriel Jasniak-Laskar.

Adversaires solidaires

Au lendemain de l’altercation, Omar Diawara a annoncé se retirer temporairement pour « se ressourcer en famille et pour faire le point sur sa campagne ». La liste rassemblant les écologistes et La France insoumise a annoncé en faire de même. « Nous sommes certes opposés dans ces élections, nous ne partageons pas les mêmes idées et nous pouvons nous affronter dans un débat : c’est la démocratie. Or, ce que vient de subir Omar Diawara est une atteinte grave à la démocratie », a-t-elle fait savoir dans un communiqué.

Les échanges houleux et les agressions ont particulièrement touché le monde politique ces derniers jours, de la baffe reçue par Emmanuel Macron à l’enfarinage de Jean-Luc Mélenchon. Les dénonciations de ces violences à l’égard des individus se sont succédé de la part des responsables politiques des différents partis.

Avec Le Point

Racisme : Thierry Henry quitte les réseaux sociaux pour dénoncer leur laxisme

mars 26, 2021

Le champion du monde 1998 souhaite voir les plateformes « rendre des comptes » pour leur passivité vis-à-vis de la haine en ligne, relate « Le Figaro ».

L'ancienne gloire tricolore Thierry Henry.
L’ancienne gloire tricolore Thierry Henry.© EZEQUIEL BECERRA / AFP

Thierry Henry tacle encore, mais en dehors des stades. Dans un tweet fracassant publié vendredi 26 mars 2021, le champion du monde 1998 a annoncé qu’il se retirerait des réseaux sociaux dès ce week-end, comme le relatent nos confrères du Figaro. La raison du courroux de l’ancien international tricolore ? Le laxisme supposé des Twitter, Instagram et autres Facebook vis-à-vis de la haine en ligne, et plus particulièrement du racisme. 

« À partir de demain [samedi, NDLR], je me mettrai en retrait des réseaux sociaux jusqu’à ce que leurs décideurs soient en mesure de réglementer leurs plateformes avec la même énergie et férocité qu’ils le font dès que l’on touche aux droits d’auteurs. L’importance considérable du racisme, du harcèlement et de la torture mentale qui en découlent est trop toxique pour être ignorée  », a lancé l’ex-attaquant d’Arsenal.

Thierry Henry, qui dit abhorrer les foules d’anonymes qui déversent leur haine sur les réseaux sociaux, dénonce le silence coupable des plateformes. « Il FAUT rendre des comptes. Il est trop simple de créer un compte et de s’en servir pour aller harceler sans aucune conséquence, tout en restant anonyme », persifle-t-il dans un tweet déjà « aimé » par 82 000 internautes vendredi en début de soirée. Sa vie numérique ne reprendra que lorsque les mentalités 2.0 changeront. « En espérant que cela arrive rapidement. »

Avec Le Point

Canada: Au moins une personne racialisée sur deux a subi du racisme sur internet

mars 21, 2021

VANCOUVER — Sept Canadiens sur dix s’inquiètent du degré de racisme au pays, selon un sondage réalisé par la firme Léger pour l’Association d’études canadiennes. Cette préoccupation est partagée par les trois quarts des répondants âgés de 18 à 34 ans.

Plus inquiétant: un membre des minorités visibles sur deux dit s’être senti attaqué par des commentaires haineux sur les médias sociaux. Près de 60 % disent avoir été lu des propos haineux en ligne.

La publication de ce sondage coïncide avec la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale.

Selon le président de l’Association d’études canadiennes, Jack Jedwab, les gens exposés à des commentaires haineux sur internet sont plus susceptibles de s’inquiéter du racisme. 

«Ce ne sont pas tant les incidents violents observés au cours de la dernière année ayant attiré une attention médiatique considérable qui alimentent les inquiétudes des gens face au racisme, dit-il. C’est aussi le fait que les gens sont témoins de l’ampleur croissante de ce phénomène sur les médiaux sociaux.»

Le sondage indique qu’un répondant sur trois reconnaît avoir une opinion négative des musulmans, un sur cinq n’estime pas les Autochtones et un sur sept pense du mal des Chinois, des Juifs ou des immigrants.

Les personnes qui n’ont jamais rencontré de membres de ces groupes sont plus susceptibles d’avoir une mauvaise opinion d’eux, ce qui laisse sous-entendre que les médias sociaux jouent un rôle dans ce racisme, croit M. Jedwab.

«Elles obtiennent des informations sur les médias sociaux concernant ces groupes. Le résultat, malheureusement, est qu’ils ont des opinions négatives ou préjudiciables.»

Le sondage auprès de 1514 Canadiens a été mené en ligne du 12 au 14 mars. On ne peut pas lui attribuer de marge d’erreur, car les sondages sur l’internet ne sont pas considérés comme des échantillons aléatoires.

Avec Laura Dhillon Kane, La Presse Canadienne

Canada-Québec/Atikamekw maltraitée : « Zéro tolérance pour ce genre de comportement »

mars 16, 2021

Les réactions fusent au lendemain de la révélation d’une nouvelle affaire de racisme qui secoue cette fois le CLSC de Joliette. Jocelyne Ottawa, une résidente de la communauté atikamekw de Manawan aurait fait face à des commentaires choquants et répréhensibles qui ont mené à la suspension des infirmières impliquées.

Jocelyne Ottawa, une Atikamekw de Manawan, affirme avoir été victime de racisme dans un CLSC de Joliette.

© /Radio-Canada Jocelyne Ottawa, une Atikamekw de Manawan, affirme avoir été victime de racisme dans un CLSC de Joliette.

Il faut «zéro tolérance pour ce genre de comportement », clame Jennifer Brazeau, la directrice générale du Centre d’amitié autochtone de Lanaudière.

«Il faut s’assurer qu’on ait le pouvoir de sortir ce monde-là de ce système parce que c’est très dommageable.»

L’événement aurait eu lieu le vendredi 12 mars au CLSC de Joliette. Jocelyne Ottawa une Attikamek de 62 ans s’y serait rendue pour soigner une blessure au pied.

Sur le ton de la plaisanterie, les deux infirmières qui la prenaient en charge l’auraient appelée Joyce, en référence à Joyce Echaquan, à cause d’une soi-disant proximité de leurs deux prénoms et lui auraient demandé de chanter une chanson en attikamek. «Je me suis sentie humiliée», a confié Jocelyne Ottawa

En entrevue à RDI, elle indique n’avoir pas voulu porter plainte afin de ne pas nuire aux soins qu’elle pourrait recevoir au CLSC par la suite.

Mme Ottawa est la soeur de Paul-Émile Ottawa, chef du Conseil des Atikamekw de Manawan. En entrevue à l’émission Puisqu’il faut se lever, ce dernier s’est dit «pas du tout surpris» d’apprendre cette information-là.

«Depuis le 28 septembre (date de la mort de Joyce Echaquan), J’en ai entendu des mûres et des pas vertes au sujet de l’attitude de certaines personnes qui travaillent dans le système de la santé, principalement dans le centre hospitalier de Joliette et au CLSC de Joliette», a déclaré le chef Ottawa

Il a souligné que même son agent de sécurisation culturelle a dû abandonner son poste au mois de janvier, car «elle n’était plus capable de supporter la pression et l’intimidation qu’elle disait vivre jour après jour à l’hôpital».

Des questions sur la formation

Les deux infirmières mises en cause avaient pourtant suivi récemment, comme 4200 de leurs collègues, une conférence en sensibilisation sur la sécurisation culturelle. Elles ont été suspendues sans solde le temps de l’enquête du CISSS de Lanaudière.

«Je suis profondément choquée depuis que j’ai appris la nouvelle» a mentionné Caroline Barbir, présidente-directrice générale par intérim du CISSS de Lanaudière dans un communiqué de presse.

Le CISSS indique travailler activement avec le Conseil des Atikamekw de Manawan à «la mise en place de mesures nécessaires à la sécurisation culturelle de la communauté autochtone de la région».

Le ministre réagit

Pour Ian Lafrenière, ministre québécois responsable des Affaires autochtones, de tels propos sont à la fois «choquants», «bouleversants», mais aussi «décevants». Depuis le mois en novembre dernier, on a fait beaucoup d’actions a souligné M. Lafrenière en évoquant les annonces en matière de formation de sécurisation culturelle pour l’ensemble du personnel, l’ajout d’agents de liaison, la création de nouveaux postes afin d’offrir plus de transparence aux populations autochtones.

En entrevue à RDI, M. Lafrenière a ajouté qu’il était «fort heureux» de voir comment Mme Barbir hier a pris une décision rapide de suspendre les infirmières le temps de l’enquête. Il a néanmoins convenu «avoir du travail à faire pour trouver un mécanisme qui réponde aux besoins des Premières Nations».

M. Lafrenière a indiqué que même si son gouvernement ne s’entend pas sur la reconnaissance du racisme systémique, ça ne l’empêchait pas de mettre en pratique les grands éléments du principe de Joyce.

Du côté de l’opposition, le porte-parole libéral en matière autochtone Gregory Kelley se demande «comment ça peut arriver encore à Joliette?» , en ajoutant se questionner sur comment les gens sur le terrain n’ont pas compris le message à la suite de l’affaire Echaquan.

Avec Radio-Canada par Anne-Marie Yvon, Mathias Marchal 

Football – Pierre Achille Webo : « J’ai déjà été la cible de racisme, mais pas venant d’un arbitre »

décembre 20, 2020
Pierre Achille Webo, le 9 décembre 2020.

Le 8 décembre, l’entraîneur-adjoint d’Istanbul Basaksehir, le Camerounais Pierre Achille Webo, a été la cible de paroles racistes de la part du quatrième arbitre roumain, Sebastian Coltescu, lors d’un match contre le PSG. Il a accepté de se confier à JA.

L’enchaînement des matches du championnat de Turquie ne lui a pas permis de beaucoup souffler depuis cette longue soirée parisienne. Entre deux matches et un entraînement, le Camerounais Pierre Achille Webo, entraîneur-adjoint du club turc Istanbul Basaksehir, a tout de même trouvé le temps de revenir pour Jeune Afrique sur l’incident qui a entraîné l’arrêt du match de Ligue des champions PSG-Istanbul Basaksehir, le 8 décembre dernier. Sur ce jour pas comme les autres, où un arbitre roumain, Sebastian Coltescu, l’a désigné en des termes (« le noir ») que Pierre Webo n’a pas acceptés.

Jeune Afrique : Comment allez-vous, plus d’une semaine après les faits ?

Pierre Achille Webo : Je me sens bien. J’ai le soutien de ma famille, de mes proches, de mon club, de beaucoup d’autres personnes. Bien sûr, je reçois encore beaucoup de demandes d’interview d’un peu partout, mais je ne peux pas répondre à tout le monde. Et puis, comme on joue tous les trois jours, avec les matches à préparer, les entraînements, les déplacements, je ne pense pas qu’à cette affaire. D’ailleurs, j’espère que cela s’arrêtera bientôt, et qu’on reparlera de football.

Il y a eu les paroles de cet arbitre roumain, le match qui n’a pas repris le soir même, et qui s’est joué le lendemain, beaucoup de réactions…

En fait, il y a eu deux phases. D’abord, quand j’entends l’arbitre me désigner comme le mec noir… Je suis choqué, tellement surpris, que cela vienne d’un arbitre ! J’avais déjà eu droit à des paroles racistes, en Espagne, mais ça venait des tribunes.

SEBASTIAN COLTESCU N’A PAS DIT UN MOT. JE VOULAIS JUSTE QU’IL M’EXPLIQUE »

Je suis descendu sur le terrain, avec une seule question : « Pourquoi il a dit « noir » ? Il aurait pu me désigner autrement, par exemple comme le gars assis au troisième rang, je ne sais pas… Oui, j’étais en colère.

En vous voyant, certains ont craint une confrontation physique avec Sebastian Coltescu…

Jamais je ne me serais permis d’être violent. J’étais énervé, j’avais la rage, mais j’étais en self-control. Je suis quelqu’un de calme, mais c’est peut-être mon expression corporelle qui a pu faire croire à certains que j’étais prêt à le frapper. J’ai été joueur, je suis aujourd’hui éducateur, et je sais que je dois donner le bon exemple. Je ne suis pas quelqu’un de violent, il n’y avait aucun risque de confrontation physique.

Sebastian Coltescu vous a-t-il parlé ?

Non, il n’a pas dit un mot. Pas un seul. Je voulais juste qu’il m’explique. D’ailleurs, aucun autre arbitre ne m’a parlé.

JE CROIS QUE CELA N’ÉTAIT JAMAIS ARRIVÉ. CE GESTE DE SOUTIEN EST TRÈS FORT SYMBOLIQUEMENT

Très rapidement, les joueurs des deux équipes ont fait savoir qu’ils ne voulaient pas reprendre le match…

Oui, et je tiens encore à remercier les joueurs, les staffs techniques et les dirigeants des deux clubs pour ce geste de soutien, de solidarité, d’union. Je crois que cela n’était jamais arrivé. D’habitude, quand un match est arrêté, c’est parce que l’arbitre le décide. C’est très fort symboliquement, cela prouve que les joueurs, dans ce genre de situation, ont aussi leur mot à dire.

J’ai été offensé par les paroles de l’arbitre, et je crois que tous ceux qui étaient sur ou en dehors de la pelouse ont estimé que c’était inacceptable. C’est pour cela que le match n’a pas repris mardi soir.

L’intervention de Demba Ba a-t-elle été décisive quant à l’arrêt du match ?

C’est un tout. Les deux équipes ne voulaient pas reprendre. Demba est allé parler à l’arbitre (Ovidiu Hategan) et au quatrième arbitre de façon calme et posée. Il n’a jamais été dans l’agressivité. Moi-même, quand je suis descendu sur la pelouse, je ne me suis pas montré impoli. Avec Demba, on a beaucoup parlé, je sais que c’est quelqu’un qui n’hésite pas à prendre position, et il a eu une réaction intelligente. Son soutien est important.

Il a, depuis, échangé avec Sebastian Coltescu, qui se serait excusé. Aimeriez-vous parler avec ce dernier ?

Je lui ai posé une question plusieurs fois, il ne m’a pas répondu, ni sur le terrain, ni dans les couloirs. Ni depuis. Je ne demande pas des excuses, seulement des explications. Peut-être qu’un jour, il demandera à me parler. On verra. En tout cas, pour moi, ce n’est pas vraiment le moment.

SEULES DES SANCTIONS PLUS DISSUASIVES, PLUS FORTES, PEUVENT AVOIR DE L’IMPACT

Certaines personnes ont estimé que ce qu’avait dit Coltescu n’était pas raciste, mais qu’il s’agissait plutôt de paroles malheureuses et maladroites…

Oui, j’ai entendu cela. Chacun a le droit d’avoir son opinion. Moi, je ne suis pas dans la tête de cet arbitre, je ne sais pas ce qu’il pense au fond. Ce que je sais, c’est que je me suis senti offensé, que ce qu’il a dit n’est pas acceptable, et qu’il y a d’autres façons de désigner quelqu’un.

Quelles mesures faudrait-il prendre pour lutter plus efficacement contre le racisme dans le football ?

Il y a des campagnes de sensibilisation de la part de la FIFA, de l’UEFA, de la CAF… C’est bien, mais il faut aller plus loin, pour mieux lutter contre ce fléau. Je pense que les fédérations des pays où sont commis des actes de racisme doivent également aller plus loin. Seules des sanctions vraiment plus dissuasives, plus fortes, que ce soit sportivement ou financièrement, peuvent avoir de l’impact. La réaction des deux équipes à Paris en a eu. Car quand les équipes quittent le terrain, il n’a plus de spectacle. Et symboliquement, c’est très marquant…

Avec Jeune Afrique par Alexis Billebault

Canada-Québec: «Tolérance zéro» pour le racisme, dit le Groupe d’action gouvernemental

décembre 14, 2020

Six mois après sa création, le Groupe d’action contre le racisme (GACR) du gouvernement du Québec dévoile une panoplie de recommandations touchant à l’emploi, à la sécurité publique, au logement et à l’éducation.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant

© Fournis par Journal Métro Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant

Le premier ministre François Legault avait mandaté le GACR pour qu’il identifie des actions efficaces et concrètes pour lutter contre le racisme, ciblant la sécurité publique, la justice, le milieu scolaire, le logement et l’emploi comme des secteurs prioritaires.

Le GACR est co-présidé par le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, et la ministre aux Relations internationales, Nadine Girault. Le ministre aux Affaires autochtones, Ian Lafrenière y est aussi, tout comme les députés Sylvie D’Amours, Denis Lamothe, Christopher Skeete et Isabelle Lecours.

Le «Groupe des sept» a consulté plus de 50 groupes et experts pour formuler ses recommandations.

L’une d’elles est de nommer un ministre responsable de la lutte contre le racisme. Cela assurerait la mise en place des actions et un suivi auprès des ministères et des organismes, a précisé Mme Girault.

Selon le directeur du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), Fo Niemi, cette action est la plus prometteuse.

«C’est quelque chose de très concret et porteur de résultats, a-t-il dit. Mais là encore, il faut voir quel pouvoir, quelles ressources et quels moyens ce ministre-là va avoir.»

Fin des interpellations aléatoires

Tout d’abord, l’action prioritaire proposée par le groupe d’action est de mettre fin aux interpellations policières aléatoires sans fondement.

«Afin d’améliorer les relations entre les policiers et les citoyens, le groupe souhaite interdire toute interpellation fondée sur la race, la couleur, l’origine ethnique ou nationale, la religion et la condition sociale», a déclaré Lionel Carmant.

Les forces de l’ordre devront informer le citoyen du motif au moment de l’interpellation. «Cette mesure permettra de réduire considérablement, voire éliminer, le profilage racial», a ajouté M. Carmant.

De plus, le groupe souhaite ajouter des intervenants des services sociaux aux corps policiers.

Reconnaissance des qualifications

Afin de réduire le taux de chômage au sein de certaines minorités, le GACR recommande de négocier et de conclure d’ici cinq ans des ententes internationales en matière de reconnaissance des qualifications professionnelles.

«L’intégration dans la société passe par un emploi correspondant à sa compétence et à ses capacités», a souligné Nadine Girault.

Le GACR veut rendre l’évaluation des compétences par les ordres professionnels plus rapides et plus flexibles pour les immigrants concernés par ces arrangements.

En outre, le groupe d’action souhaite augmenter, d’ici cinq ans, le taux de présence des membres de minorités visibles au sein de la fonction publique. L’objectif est qu’il soit représentatif de celui observé au sein de la société québécoise.

Toujours d’ici cinq ans, le GACR veut garantir la présence d’au moins un membre d’une minorité visible au sein de la majorité des conseils d’administration des sociétés d’État.

Éducation, logement et Autochtones

Par ailleurs, Québec compte profiter de la réforme du cours d’Éthique et culture religieuse (ECR), à compter de 2022, pour aborder l’enjeu du racisme.

En matière de logement, le GACR veut mettre fin à la discrimination basée sur la race. Pour ce faire, il recommande de renforcer les guichets de gestion de plaintes, en informant mieux le public au sujet des systèmes de plaintes et en renseignant les locateurs sur les enjeux relatifs à la discrimination.

Certaines recommandations du GACR sont adaptées aux réalités autochtones, a indiqué Ian Lafreniere.

En effet, le personnel de la fonction publique recevra une formation obligatoire spécifique aux enjeux autochtones, a-t-il expliqué.

Un autre exemple du traitement particulier réservé aux Premières Nations et aux Inuits est la mise à jour des notions concernant l’histoire autochtone et son héritage dans le cursus scolaire.

Pas de racisme systémique

Avant même le dépôt du rapport, François Legault avait exclu la possibilité d’y reconnaître une forme de racisme systémique au Québec.

Questionnés à ce sujet, les co-présidents ont dit présenter des «actions concrètes» plutôt que de faire un «débat sémantique».

«Quelle que soit la façon dont on qualifie le racisme, en bout de piste, quand on parle du concret, ça retombe toujours sur les mêmes actions et sur les mêmes secteurs. C’est ça qu’on veut faire. On veut mettre ces actions en place pour vraiment faire bouger les choses», a déclaré Nadine Girault.

Selon Fo Niemi, cela remet en question la crédibilité du rapport. «On dit qu’il n’y a pas de consensus ou de définitions claires du concept de racisme systémique, ce qui est carrément faux», fait-il valoir.

«Nous avons déjà toutes les lois, toutes les mesures et les politiques possibles pour contrer la discrimination. Le problème, c’est qu’elles ne sont pas appliquées et personne n’est tenu responsable», déclare M. Niemi.

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Avec Le Journal Métro par  Naomie Gelper

Les pays africains demandent un débat sur le racisme à l’ONU

juin 14, 2020

Des manifestants demandSuite à la mort de George Floyd aux mains de la police, des manifestants réclament justice dans le Kansas, aux États-Unis, le 13 juin 2020.

Suite à la mort de George Floyd aux mains de la police, des manifestants réclament justice dans le Kansas, aux États-Unis, le 13 juin 2020. © Charlie Riedel/AP/Sipa 

Les pays africains ont appelé vendredi le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à organiser un débat urgent sur le racisme et les violences policières, dans le contexte de la mobilisation mondiale après la mort de George Floyd.

Dans une lettre écrite au nom des 54 pays du Groupe africain dont il est coordonnateur pour les questions des droits humains, l’ambassadeur du Burkina Faso auprès des Nations Unies à Genève (Suisse), Dieudonné Désiré Sougouri, a demandé à l’organe de l’ONU d’organiser un « débat urgent sur les violations actuelles des droits de l’homme d’inspiration raciale, le racisme systémique, la brutalité policière contre les personnes d’ascendance africaine et la violence contre les manifestations pacifiques. »

« Les événements tragiques du 25 mai 2020 à Minneapolis aux États-Unis, qui ont entraîné la mort de George Floyd, ont déclenché des protestations dans le monde entier contre l’injustice et la brutalité auxquelles les personnes d’ascendance africaine sont confrontées quotidiennement dans de nombreuses régions du monde », écrit l’ambassadeur.

Racisme et impunité

« La mort de George Floyd n’est malheureusement pas un incident isolé », ajoute-t-il, précisant s’exprimer au nom des représentants et ambassadeurs du Groupe africain.

La lettre, adressée à la présidente du Conseil des droits de l’homme, l’Autrichienne Elisabeth Tichy-Fisslberger, demande que ce débat ait lieu la semaine prochaine, à la reprise de la 43e session du Conseil, interrompue en mars en raison de l’épidémie de Covid-19.

Cet appel intervient après que la famille de George Floyd, les familles d’autres victimes de violences policières et plus de 600 ONG eurent appelé le Conseil des droits de l’homme à se saisir d’urgence du problème du racisme et de l’impunité dont bénéficie la police aux États-Unis

Par Jeune Afrique avec AFP