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Kenya: l’opposant Raila Odinga investi « président du peuple » malgré sa défaite

janvier 30, 2018

L’opposant kenyan Raila Odinga brandit une bible lors d’un rassemblement public le 27 janvier 2018 à Homa Bay, sur les bords du lac Victoria / © AFP / BRIAN ONGORO

L’opposant kényan Raila Odinga a prêté serment mardi comme « président du peuple » malgré sa défaite électorale en 2017, un geste aux conséquences incertaines alors que les autorités avaient averti qu’une telle investiture pourrait constituer à un acte de « trahison ».

Devant des milliers de partisans en délire rassemblés dans le centre de Nairobi, M. Odinga a prêté serment bible en main lors d’une cérémonie aussi courte que chaotique, dont la diffusion par les médias avait été interdite par le gouvernement.

« Moi, Raila Amolo Odinga (…), je prends la fonction de président du peuple de la République du Kenya », a déclaré l’opposant. « Nous avons tenu notre promesse ».

M. Odinga, 72 ans, refuse de reconnaître la réélection du président sortant Uhuru Kenyatta en 2017, couplée à des mois de troubles qui ont fait 92 morts, selon des défenseurs des droits de l’Homme, principalement dans la répression de manifestations de l’opposition. M. Odinga estime que la victoire à la présidentielle lui a une nouvelle fois été volée.

L’annonce d’une prestation de serment alternative avait fait craindre des violences, mais les forces de l’ordre ont toutefois gardé leurs distances avec la foule, qui s’est rapidement dispersée une fois la cérémonie achevée.

Le procureur général Githu Muigai avait averti le mois dernier que toute « investiture » équivaudrait à un acte de « trahison », soulevant la possibilité d’une arrestation, à haut risque, de M. Odinga.

Les conséquences de l’investiture de Raila Odinga sont toutefois peu claires, relèvent les observateurs, notamment car l’opposant n’a pas prononcé le même serment que celui prévu par la Constitution pour l’investiture du chef d’Etat. Raila Odinga s’est par exemple proclamé « président du peuple » et non « président ».

Signe d’un possible désaccord au sein de la coalition d’opposition Nasa, plusieurs de ses responsables étaient absents mardi, le plus notable d’entre eux étant le colistier de M. Odinga à l’élection de 2017, Kalonzo Musyoka.

– Saga électorale –

Les Kényans étaient appelés en 2017 à choisir leur président, mais cet exercice démocratique s’est assimilé à une véritable saga: un premier vote avait eu lieu le 8 août, remporté par M. Kenyatta, mais le résultat avait été annulé par une décision historique de la Cour suprême et un nouveau scrutin organisé le 26 octobre.

Affirmant que l’élection ne pouvait être crédible, M. Odinga avait boycotté le vote d’octobre. M. Kenyatta l’avait dès lors emporté avec 98% des voix, avant d’être officiellement investi fin novembre.

A la veille de l’investiture de M. Odinga, les patrons de presse ont publié un communiqué assurant que le président Kenyatta les avait convoqués pour menacer de « fermer et retirer les licences de tout média qui retransmettrait en direct » la cérémonie.

Certaines chaînes de télévision ont toutefois défié l’interdiction et une des principales, Citizen TV, a rapporté en ligne mardi matin que ses transmissions avaient été coupées par l’autorité des communications. La retransmission s’est malgré tout poursuivie sur son site web.

« Ils ont peur, ils ne veulent pas que le monde voie ce qu’il se passe, ce que veut le peuple », a déclaré un homme une pierre à la main, attendant la venue de M. Odinga, qui avait déjà reporté une cérémonie d’investiture alternative en décembre.

– ‘Jeu dangereux’ –

Dans le parc Uhuru de Nairobi, des gens ont défilé des sifflets à la bouche et des branchages à la main, tandis que des banderoles clamaient « Raila Odinga président du peuple ».

Un homme d’affaires en costume qui a demandé l’anonymat a expliqué à l’AFP que la cérémonie d’investiture avait une valeur symbolique. « Cela fait du bien au moral des gens de sentir qu’on entend leurs voix », a-t-il expliqué.

Depuis son boycottage de l’élection d’octobre, la coalition Nasa a eu pour stratégie de contester la légitimité du président Kenyatta en cherchant à créer des structures de gouvernement parallèles. Des « assemblées du peuple » se sont réunies dans certains comtés et l’investiture de M. Odinga comme « président du peuple » doit marquer l’apogée du processus.

Le centre d’analyse International Crisis Group s’est inquiété dans un communiqué que MM. Odinga et Kenyatta « jouaient un jeu dangereux » dans un pays divisé et où des violences politico-ethniques avaient fait un millier de morts après l’élection de 2007.

« Etant donné la profonde polarisation sociale et des antécédents d’affrontements violents entre la police et les manifestants, les actions des deux dirigeants risquent de se traduire par un bain de sang significatif », écrit l’ICG.

Romandie.com avec(©AFP / 30 janvier 2018 14h11)                

Validation de la réélection d’Uhuru Kenyatta: violences dans les bastions de l’opposition

novembre 20, 2017

Des partisans de Raila Odinga, lors d’une manifestation à Nairobi ce lundi 20 novembre 2017, après la validation de la victoire de Uhuru Kenyatta. © Brian Inganga/AP/SIPA

Le Cour suprême du Kenya a rejeté les deux recours demandant l’invalidation de l’élection présidentielle du 26 octobre, validant de fait la réélection du président sortant Uhuru Kenyatta. Cette annonce a été suivie de manifestations violentes dans les bastions de l’opposition. Deux personnes ont été tuées à Kibera, bidonville de Nairobi.

« La Cour a décidé à l’unanimité que les recours ne sont pas fondés, a déclaré son président, David Maraga, en rendant la décision ce 20 novembre. En conséquence, l’élection présidentielle du 26 octobre est validée et la réélection d’Uhuru Kenyatta est confirmée ». Cette décision signifie que le président sortant, âgé de 56 ans et au pouvoir depuis 2013, sera investi le 28 novembre pour un nouveau mandat de cinq ans.

Cette annonce a aussitôt été suivie de violences dans les bastions de l’opposition. Un jeune homme a été tué par balles dans le bidonville de Kibera à Nairobi, où la police est intervenue pour disperser des manifestants.

Un autre homme a été tué dans à Migori, dans le sud-ouest du pays, d’après le chef de la police locale. Selon une autre source policière, il s’agit d’un ambulancier qui était intervenu pour prêter assistance à des personnes blessées.

Après l’incident, de nombreux habitants ont commencé à se diriger vers le poste de police local, pour demander des comptes aux policiers. Sitôt l’annonce de la Cour suprême confirmée, des manifestations de faible ampleur ont eu lieu dans ces bastions de l’opposition que sont les bidonvilles de Nairobi et l’ouest du Kenya.

Bataille juridique

Les membres de la Cour suprême du Kenya, le 1er septembre 2017. © Ben Curtis/AP/SIPA

Le 1er septembre, la même Cour suprême, plus haute juridiction kényane, avait pris la décision historique sur le continent d’invalider l’élection du 8 août. Uhuru Kenyatta a remporté l’élection d’octobre avec 98% des voix. Mais sa victoire a été ternie par une faible participation (39%), le scrutin ayant été boycotté par l’opposition.

Pendant deux jours, la Cour a examiné en les fusionnant deux recours, déposés par un homme d’affaires et ancien député proche de l’opposition, John Harun Mwau, et par deux responsables d’ONG, Njonjo Mue et Khelef Khalifa.

Elle a écouté leurs avocats arguer que la Commission électorale (IEBC) aurait dû procéder à une nouvelle sélection de candidats après l’annulation de la première élection, et mettre en cause le manque d’indépendance de cet organe, incapable à leurs yeux de garantir un scrutin libre et équitable.

Ils ont en outre rappelé les propos du président de l’IEBC en personne, Wafula Chebukati, qui avait avoué, une semaine avant le scrutin, s’estimer incapable de garantir l’équité de l’élection et avait dénoncé des interférences politiques. Il avait ensuite affirmé que les conditions étaient réunies pour l’organiser.

Regain de tension

La crise politique a été marquée par des violences qui ont fait au moins 52 morts depuis le 8 août, pour la plupart dans la répression brutale des manifestations de l’opposition par la police.

Dans l’attente du jugement de la Cour suprême, la tension est encore montée d’un cran dans le pays. Trois personnes ont été tuées par balle le 17 novembre dans les manifestations de partisans de l’opposition venus accueillir Raila Odinga. Ce dernier était de retour d’une visite de 10 jours aux Etats-Unis.

Par ailleurs, ce 19 novembre, des échauffourées ont éclaté entre police et habitants d’un bidonville de Nairobi, Mathare, après la découverte de quatre cadavres gisant sur la chaussée dans leur sang.

Raila Odinga avait refusé de participer à l’élection d’octobre au motif que les conditions d’un scrutin équitable n’étaient pas réunies selon lui, et ses partisans avaient empêché la tenue du scrutin dans quatre comtés de l’ouest sur les 47 que compte le pays.

Devant la Cour suprême, les avocats d’Uhuru Kenyatta ont dénoncé ces violences orchestrées selon eux par l’opposition pour délégitimer le scrutin.

Jeuneafrique.com avec AFP

Kenya: la Commission électorale annonce la victoire d’Uhuru Kenyatta avec 98,2% des voix

octobre 30, 2017

Le président kényan Uhuru Kenyatta lors du vote pour la présidentielle, le 26 octobre à Gatundu. © Ben Curtis/AP/SIPA

 

La Commission électorale kényane a annoncé ce lundi 30 octobre la victoire d’Uhuru Kenyatta à l’élection présidentielle du 26 octobre, en dépit du fait que le scrutin n’a pas pu se tenir dans quatre comtés de l’ouest du pays, acquis à l’opposition, qui l’a boycotté.

La très contestée Commission électorale kényane (IEBC) a annoncé ce lundi le résultat de l’élection présidentielle du 26 octobre, bien que le scrutin n’ait pas pu se tenir dans quatre comtés de l’ouest du pays acquis à l’opposition, qui l’a boycotté. Uhuru Kenyatta, le président sortant, a remporté 98,26% des suffrages, soit 7,483 millions de voix. L’opposant Raila Odinga, lui, a réuni sur son nom 73 228 voix.

Avant d’annoncer les résultats définitifs, le président de la commission électorale, Wafula Chebukati a commencé son discours en demandant un moment de silence en hommage aux victimes des violences post-électorales.

Le scrutin du 26 octobre avait été organisé après un coup de théâtre, inédit en Afrique : l’annulation, le 1er septembre, par la justice de l’élection du 8 août, à l’issue de laquelle Uhuru Kenyatta avait été proclamé vainqueur face à Raila Odinga.

La Cour suprême avait justifié cette décision par des irrégularités dans la transmission des résultats, faisant peser la responsabilité de ce scrutin « ni transparent, ni vérifiable » sur la Commission électorale.

Faible participation

Raila Odinga, 72 ans et trois fois candidat malheureux à la présidence (1997, 2007, 2013), avait fait pression pour obtenir une réforme de cette Commission, mais il a jugé insuffisants les changements récemment mis en œuvre.

Raila Odinga avait appelé ses partisans à boycotter ce qu’il qualifie de « mascarade » électorale, estimant que les conditions n’étaient absolument pas réunies pour la tenue d’un scrutin transparent. Mais des bulletins à son nom étaient disponibles dans les bureaux de vote.

Le très faible taux de participation, à 38,8%, pose d’ores et déjà la question de la légitimité d’Uhuru Kenyatta. Ce taux est, de loin, le plus bas depuis les premières élections multipartites dans le pays en 1992.

Jeuneafrique.com

Les Kenyans « ne se laisseront pas gouverner par les armes », prévient Odinga

octobre 29, 2017

 

Des supporters de l’opposant Raila Odinga lors d’un meeting près de Nairobi, le 18 octobre 2017. © Ben Curtis/AP/SIPA

L’opposant kényan Raila Odinga, qui a boycotté la présidentielle de jeudi, a prévenu que les Kényans « ne se laisseraient pas gouverner par les armes », lors d’un discours dans un bidonville de Nairobi, théâtre de heurts violents entre ses partisans et la police.

Le chef de la coalition d’opposition Nasa s’est adressé à la mi-journée à plusieurs centaines de ses partisans – certains ayant grimpé sur les toits d’immeubles environnants – depuis le toit de sa voiture, après avoir assisté à une messe.

Des affrontements entre membres de différentes communautés ont eu lieu ces derniers jours dans ce quartier, où au moins une personne a été tuée par balles par la police et de nombreuses autres blessées.

« Nous disons à Uhuru (Kenyatta, le président sortant, NDLR) qu’il ne peut pas gouverner par les armes. Les Kényans ne se laisseront pas gouverner par les armes », a-t-il martelé, acclamé à plusieurs reprises par la foule.

« Vous avez vu ce qu’il s’est passé à Kisumu, Siaya et d’autres endroits (…) Vous ne pouvez pas tuer des gens parce qu’ils ne sont pas allés voter », a lancé l’opposant historique, 72 ans.

Il faisait référence aux affrontements violents cette semaine entre partisans de l’opposition et la police dans ces villes de l’ouest du pays, fief de l’opposition. Le vote pour la présidentielle n’a toujours pas pu se tenir dans ces endroits à cause de troubles sécuritaires.

Au moins neuf personnes ont été tuées par balle depuis jeudi dans ces bastions de l’opposition (bidonvilles de Nairobi et ouest du pays), selon un dernier bilan.

Au moins 49 personnes sont mortes depuis l’annulation de la présidentielle du 8 août, tuées pour la plupart dans la répression des manifestations par la police (recours aux tirs à balles réelles, gaz lacrymogènes, canons à eau).

« Je dis à Uhuru et (William) Ruto (vice-président, NDLR) d’aller devant un miroir et de se regarder dans les yeux », a poursuivi l’opposant, accusant ses rivaux de vouloir « gouverner par la force » et d’être derrière l’attaque contre le garde du corps et chauffeur de la numéro 2 de la Cour suprême, Philomena Mwilu, grièvement blessé par balles mardi dans la capitale.

Le Kenya est plongé dans sa pire crise électorale depuis dix ans. Le scrutin de jeudi a été organisé après un coup de théâtre, inédit en Afrique: l’annulation le 1er septembre par la justice de l’élection du 8 août, à l’issue de laquelle M. Kenyatta avait été proclamé vainqueur face à M. Odinga.

La Cour suprême avait justifié cette décision par des irrégularités dans la transmission des résultats, faisant peser la responsabilité de ce scrutin « ni transparent, ni vérifiable » sur la Commission électorale.

Jeuneafrique.com avec AFP

Kenya: violences, faible participation…la présidentielle accumule les ratés

octobre 26, 2017

Des Kényans attendent pour voter lors de la présidentielle, le 26 octobre 2017 à Kiambu / © AFP / SIMON MAINA

Boycott de l’opposition, participation en berne, au moins quatre morts dans des heurts avec la police, report du scrutin à samedi dans l’ouest: l’élection présidentielle jeudi au Kenya a connu une accumulation de ratés qui laisse augurer des lendemains difficiles.

Convoquée après une première présidentielle annulée et au terme d’une crise de deux mois qui a divisé la Nation, cette élection devrait voir le président sortant Uhuru Kenyatta, 56 ans, être largement réélu, en raison du boycott de son principal opposant, Raila Odinga, 72 ans.

Mais pour le fils de Jomo Kenyatta, le père de l’indépendance, cette réélection promise apparaît comme une victoire à la Pyrrhus. Le leader de l’ethnie kikuyu, la plus nombreuse et influente du pays, a d’ores-et-déjà perdu son pari.

Après avoir tout fait pour éviter le report de l’élection souhaité par l’opposition, il comptait sur une large mobilisation des électeurs pour se redonner un peu de légitimité démocratique. Mais lassés de l’inconséquence de leurs dirigeants, ceux-ci ont massivement boudé les urnes.

La participation était estimée à 17h00 (14H00 GMT) à 48%, en forte baisse par rapport aux 79% du scrutin présidentiel du 8 août, invalidé par la justice pour « irrégularités », a annoncé en soirée le président de la Commission électorale (IEBC), Wafula Chebukati.

M. Kenyatta, dont la réélection attendue promet d’être soumise à une multitude de recours en justice, ne semble pas avoir été capable de convaincre au-delà de ses électeurs du premier scrutin.

Quelque 19,6 millions d’inscrits étaient en théorie attendus dans les bureaux de vote. Mais les files d’attente sont restées bien maigres, dans un contraste saisissant avec l’effervescence qui avait marqué les élections générales du 8 août.

Surtout, ce nouveau scrutin, marqué par des violences dans les bastions de l’opposition entre certains de ses partisans, qui ont tenté de bloquer l’accès aux bureaux de vote, et la police, a laissé apparaître un pays profondément fracturé.

– ‘Ils nous tirent dessus’ –

Au moins quatre personnes ont été tuées par balle et des dizaines d’autres blessées, selon des sources policière et hospitalière. Trois hommes sont morts dans le bidonville de Mathare à Nairobi, et les villes de Kisumu et Homa Bay, dans l’ouest. La police a précisé en soirée qu’une autre personne avait succombé à une blessure à une jambe à Kisumu.

Au moins 87% des 40.883 bureaux de vote ont ouvert, selon le chef de l’IEBC. Mais dans l’ouest, la plupart sont restés fermés, le matériel électoral n’ayant pu être acheminé et les agents électoraux craignant pour leur sécurité.

Cette situation a incité la Commission électorale à reporter le scrutin à samedi dans quatre des 47 comtés du pays (Homa Bay, Kisumu, Migori et Siaya), tous situés dans l’ouest et majoritairement peuplés par l’ethnie luo de M.Odinga.

Les mêmes difficultés risquent toutefois de se répéter samedi. « Je déclare une semaine de deuil et nous ne participerons pas à une élection si nous sommes en deuil », a ainsi lancé le gouverneur du comté de Kisumu, Anyang’ Nyong’o.

M. Odinga avait appelé ses partisans à rester « chez eux ». Mais tous n’ont pas respecté cette consigne. A Kisumu, les manifestants ont érigé très tôt des barricades, où ils faisaient brûler des pneus. En fin d’après-midi, la ville et ses alentours étaient quadrillés de dizaines de barrages.

La police a fait un usage régulier de gaz lacrymogène et parfois tiré en l’air pour disperser ces groupes. Les mêmes scènes se sont répétées à Siaya et Homa Bay, et dans des bidonvilles de Nairobi, Kibera et Mathare.

« C’est fou, ils nous tirent dessus. Nous manifestons et ils nous tirent dessus. De quel genre de pays s’agit-il? », a déclaré à l’AFP Samuel Okot, 20 ans, venu dans un hôpital de Kisumu avec son ami Joseph Ouma, blessé par balle à un genou.

– ‘Mouvement de résistance’ –

Le calme a régné dans le reste du pays, placé sous très haute sécurité après des semaines de climat politique délétère. Au moins 44 personnes ont été tuées depuis le 8 août, la plupart dans la répression des manifestations par la police.

Ce nouveau scrutin était organisé après l’annulation le 1er septembre par la Cour suprême de l’élection du 8 août, à l’issue de laquelle M. Kenyatta avait été proclamé vainqueur avec 54,27% des voix, contre 44,74% à M. Odinga.

La Cour avait justifié cette décision – une première en Afrique – par des irrégularités dans la transmission des résultats, faisant peser la responsabilité de ce scrutin « ni transparent, ni vérifiable » sur l’IEBC.

Galvanisé par ce jugement, M. Odinga, déjà trois fois candidat malheureux à la présidence (1997, 2007, 2013), a fait pression pour obtenir une réforme de cette Commission. Mais si l’IEBC a entrepris quelques timides changements, l’opposition estime qu’elle reste acquise au pouvoir.

M. Chebukati avait lui-même accrédité cette idée la semaine passée en admettant qu’il ne pensait pas l’IEBC en mesure de garantir un scrutin crédible.

Dénonçant la « dictature » qui s’est abattue sur le Kenya, Raila Odinga avait appelé de ses voeux mercredi la création d’un « Mouvement national de résistance » contre « l’autorité illégitime du gouvernement ». Ce jour d’élection pourrait avoir marqué le lancement de ce mouvement.

Cette crise, la pire depuis les violences politico-ethniques de 2007-2008 (au moins 1.100 morts), a remis en lumière les profondes divisions sociales, géographiques et ethniques qui traversent le Kenya et ses 48 millions d’habitants.

Romandie.com avec(©AFP / 26 octobre 2017 22h19)

Kenya: incertitude à deux jours d’une élection boycottée par l’opposition

octobre 24, 2017

Le président kenyan Uhuru Kenyatta et son vice-président William Ruto arrivent à un meeting électoral le 23 octobre 017 à Nairobi / © AFP / SIMON MAINA

Les Kényans sont à nouveau appelés aux urnes jeudi pour une présidentielle à hauts risques, en raison du boycott annoncé par l’opposition et de l’organisation dans la hâte du scrutin après l’invalidation en justice de la réélection du chef de l’Etat Uhuru Kenyatta.

Dans un climat politique délétère, marqué par de nombreuses manifestations de l’opposition implacablement réprimées par la police, la Commission électorale (IEBC) assure être prête d’un point de vue technique et logistique, après avoir été accablée par la Cour suprême pour sa gestion du scrutin invalidé.

Mais son président Wafula Chebukati, de plus en plus isolé au sein de la commission, a publiquement émis des doutes sur sa capacité à garantir la crédibilité du scrutin.

Parallèlement, les appels se multiplient en faveur d’un report de l’élection au-delà de la date limite du 31 octobre, prévue par la Constitution. Mardi, la Cour suprême a convoqué en urgence une audience mercredi matin, après avoir été saisie par trois militants des droits de l’homme qui souhaitent un report pouvant aller jusqu’à 90 jours.

Cette période d’incertitude et de tension, qui affecte durement l’économie la plus dynamique d’Afrique de l’Est, avait paradoxalement débuté par une décision historique de cette même Cour suprême, le 1er septembre. Saisie par l’opposition, elle évoque alors des irrégularités dans la transmission des résultats et invalide contre toute attente la présidentielle du 8 août, une première en Afrique.

Le jugement est salué comme une opportunité pour les politiciens kényans de renforcer la démocratie, mais ces derniers n’auront finalement redoublé d’efforts que dans leurs invectives, faisant sonner bien creux leurs appels à la paix.

– Au moins 40 morts –

L’IEBC a depuis entrepris certaines réformes, mais l’opposition estime que l’institution est toujours partiale et majoritairement acquise au parti au pouvoir. Dans ces conditions, l’opposant Raila Odinga, 72 ans, a annoncé le 10 octobre son retrait de l’élection, sans pour autant le formaliser.

L’opposition a depuis envoyé des messages contradictoires sur la marche à suivre le jour du scrutin, qu’elle a promis de communiquer en temps utile à ses partisans.

En attendant, elle a organisé de nouvelles manifestations mardi, malgré une interdiction du ministre de l’Intérieur.

A Kisumu, un des bastions de M. Odinga, quelque 2.000 manifestants ont défilé dans le centre-ville avant que n’éclatent des échauffourées avec la police dans le principal bidonville de la cité. A Nairobi, quelques centaines de personnes ont été dispersées au gaz lacrymogène.

Au moins 40 personnes ont été tuées depuis le 8 août, la plupart dans la répression brutale des manifestations par la police dans des bastions de l’opposition, selon les organisations de défense des droits de l’homme.

Après s’en être pris verbalement aux juges de la Cour suprême, qualifiés d' »escrocs », Uhuru Kenyatta, 55 ans, n’a lui cessé de répéter que le scrutin devait avoir lieu le 26.

Son gouvernement a également entrepris d’amender la loi électorale dans l’urgence, officiellement pour corriger les erreurs évoquées par la Cour suprême. Mais l’opposition estime que les amendements offrent de nombreuses possibilités pour truquer l’élection.

Le texte, adopté par le parlement, n’a pas encore été signé par le président Kenyatta, enjoint par la communauté internationale de s’en abstenir.

– ‘Avide de pouvoir’ –

Mardi, le quotidien Daily Nation a une nouvelle fois appelé les responsables politiques « à la raison ». « Le Kenya est un acteur crucial du commerce régional et un membre respecté de la communauté des nations, et cela ne doit pas être souillé par des politiciens avides de pouvoir », a prié le journal dans son éditorial.

Lundi, vingt ambassadeurs occidentaux avaient eux parlé d’une voix pour dénoncer la « détérioration de l’environnement politique » kényan.

Car dans un pays où le vote se joue plus sur des sentiments d’appartenance ethnique et géographique que sur des programmes, cette crise politique a une nouvelle fois mis en lumière les profondes divisions sociales, géographiques et ethniques qui traversent le Kenya et ses quelque 48 millions d’habitants.

M. Odinga, déjà trois fois candidat malheureux à la présidence (1997, 2007, 2013), plaide pour l’organisation d’un tout nouveau processus électoral. Selon lui, l’élection de jeudi se résumera à un « sondage d’opinion » au sein du parti au pouvoir.

Le centre d’analyse International Crisis Group (ICG) estime lui qu’un report « aiderait à éviter une crise au Kenya », dix ans après les pires violences post-électorales de l’histoire du pays (1.100 morts). « Les institutions et les dirigeants politiques devraient envisager un court report, et de son côté, Odinga devrait s’engager à participer », dit-il.

Romandie.com avec(©AFP / 24 octobre 2017 19h34)                

Kenya: un manifestant tué par balle dans un fief de l’opposition

octobre 16, 2017

Manifestation le 16 octobre 2017 à Kisumu, à l’ouest du Kenya / © AFP / YASUYOSHI CHIBA

Un jeune manifestant a été tué par balle lundi dans l’ouest du Kenya, a-t-on appris auprès de témoins, alors que des centaines de partisans de l’opposition sont à nouveau descendus dans les rues pour demander des réformes en vue de la présidentielle du 26 octobre.

La police a encore utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser la foule à Kisumu, sur les rives du lac Victoria (ouest), un fief du principal opposant, Raila Odinga.

Les manifestants avaient auparavant bloqué des routes, mis le feu à des pneus et lancé des pierres vers les policiers, pour marquer le passage à des manifestations désormais quotidiennes.

L’un des manifestants, Michael Odiambo, 21 ans, a raconté avoir vu la police tuer par balle un jeune homme dont un photographe de l’AFP a pu voir le corps.

« Il courait pour se cacher de la police. Un policier a juste pointé son pistolet vers lui et a tiré sur lui à distance. Il a été touché au cou », a-t-il déclaré.

Le jeune homme tué était un étudiant de 18 ans, Michael Okoth, a indiqué sa mère, Caroline Okello. « Il ne manifestait pas. Il était parti acheter une glace quand il a reçu une balle. Ils ont tué mon enfant. Un garçon innocent qui n’était pas dans la manifestation ».

Le président Uhuru Kenyatta a observé que la police avait décidé à Kisumu de laisser les manifestants avancer jusqu’au centre-ville, ce que le gouvernement a normalement interdit depuis la semaine passée.

« Ils ont été autorisés à manifester dans toute la ville. Et quand ils se sont rendu compte que les policiers n’intervenaient pas, ils ont commencé à leur lancer des pierres. Qu’attendre de tout ça? Les policiers ne sont-ils pas autorisés à se protéger », a-t-il argué.

Vendredi, deux manifestants avaient été tués par la police à Bondo, la ville d’origine de Raila Odinga, à environ 50 km à l’ouest de Kisumu.

« Pendant combien de temps ces meurtres insensés de la police (vont-ils continuer)? La police ne peut pas à chaque fois tirer sur des manifestants. Manifester est-il un crime? », a demandé Margaret Akinyi, une vendeuse de légumes à Kisumu. Le jeune manifestant tué lundi « a été abattu par une balle juste à côté de moi et nous nous sommes tous mis à courir. Il est mort », a-t-elle ajouté.

A Nairobi, un petit groupe de manifestants a été rapidement dispersé par la police.

Au moins 37 personnes avaient été tuées, dont 35 par la police, dans les jours qui ont suivi les élections générales du 8 août, selon la Commission nationale kényane des droits de l’Homme (KNCHR).

Dans un rapport conjoint publié lundi, Human Rights Watch et Amnesty International ont indiqué avoir confirmé la mort de 33 personnes des mains de la police.

Le chef de la police kényane, Joseph Boinnet, a qualifié ce rapport de « complètement trompeur et basé sur des mensonges », affirmant que la police n’était informée que de 12 morts sur lesquels elle dit enquêter.

Le climat politique est particulièrement tendu au Kenya depuis la décision le 1er septembre de la Cour suprême d’invalider la réélection du sortant Uhuru Kenyatta à la présidentielle du 8 août, face à M. Odinga, pour des irrégularités dans la transmission des résultats.

M. Odinga a annoncé la semaine passée son retrait de la présidentielle du 26 octobre, arguant que la Commission électorale, qui est très critiquée, n’était pas en mesure d’organiser une élection crédible.

L’opposant estime que son retrait entraîne l’annulation du scrutin et l’organisation d’un tout nouveau processus électoral, solution rejetée par M. Kenyatta.

Romandie.com avec(©AFP / 16 octobre 2017 17h31)                

Kenya: deux manifestants de l’opposition tués par balle

octobre 13, 2017

Des policiers dispersent une manifestation de l’opposition à Nairobi au Kenya le 13 octobre 2017 / © AFP / TONY KARUMBA

Deux opposants, qui participaient vendredi à une manifestation dans la ville de Bondo, dans l’ouest du Kenya, ont été tués par balle au cours d’affrontements avec la police, selon plusieurs témoins.

« L’un d’entre eux a une large blessure à la tête et l’autre à la poitrine. Ils reposent dans une mare de sang », a déclaré l’un des témoins, Charleston Okelo.

Quelque 500 personnes ont manifesté à Bondo, la ville d’où est originaire le leader de l’opposition, Raila Odinga. Les manifestants s’opposaient à la police, juste devant le poste de police local, quand des coups de feu ont été tirés, selon les témoins.

Les gens ont commencé à courir dans plusieurs directions, y compris à l’intérieur du poste, et c’est alors que les deux manifestants ont été tués.

La situation restait chaotique en milieu d’après-midi, alors que la police tentait de disperser la foule en colère.

« Pourquoi tirent-ils sur des gens qui manifestent pacifiquement? Pourquoi ont-ils provoqué les gens en tirant? Maintenant ils ont tué deux personnes », a déclaré un autre témoin, Wilfred Ojwang.

Le chef de la police locale, John Kiarie, a refusé de commenter l’incident « jusqu’à ce (qu’il ait) reçu un rapport circonstancié sur ce qui s’est réellement passé ».

Ces décès sont les premiers depuis les violences qui avaient marqué les jours suivant les élections générales du 8 août, lesquelles avaient fait au moins 37 morts, dont 35 tués par la police, selon la Commission nationale kényane des droits de l’Homme (KNCHR).

Des centaines de personnes ont manifesté vendredi dans les principales villes du Kenya, malgré l’interdiction du gouvernement, pour faire entendre les revendications de l’opposition en vue de la présidentielle du 26 octobre.

Le climat politique est particulièrement tendu au Kenya depuis la décision, le 1er septembre, de la Cour suprême d’invalider la réélection du sortant Uhuru Kenyatta à la présidentielle du 8 août, face à M. Odinga.

Saisie par l’opposition, la Cour avait mis en avant des irrégularités dans la transmission des résultats pour justifier cette décision, une première en Afrique, qui avait été saluée pour son courage à travers le monde.

M. Odinga a annoncé mardi son retrait de la présidentielle du 26 octobre, arguant que l’IEBC n’avait pas entrepris sa refonte nécessaire pour organiser une élection crédible, dont l’éviction de certains de ses responsables.

Romandie.com avec(©AFP / 13 octobre 2017 15h41)                

Kenya: l’opposition manifeste au lendemain du retrait de Raila Odinga de la présidentielle

octobre 11, 2017

 

Des partisans de l’opposition kényane manifestent le 11 octobre 2017 à Nairobi, au Kenya. © Khalil Senosi/AP/SIPA

Des milliers de partisans de l’opposition manifestaient ce mercredi 11 octobre à Nairobi et dans l’ouest du Kenya. Le pays semble s’enfoncer dans l’instabilité politique au lendemain du retrait du leader politique Raila Odinga de l’élection présidentielle du 26 octobre.

Ce mercredi 11 octobre, dans le centre de la capitale Nairobi, des manifestants de l’opposition kényane commençaient à se rassembler sous le regard de nombreux policiers anti-émeute. À Kisumu et Homa Bay, bastions de l’opposition dans l’ouest du pays, quelques milliers de partisans du leader politique Raila Odinga chantaient « Pas de réformes, pas d’élection », au lendemain de l’annonce surprise de leur champion de se retirer de la course à la présidentielle.

Raila Odinga estime que son retrait implique l’annulation du scrutin du 26 octobre, prévu après l’invalidation en justice de la réélection du président sortant Uhuru Kenyatta le 8 août. Le chef de l’État soutient lui que l’élection doit avoir lieu, avec ou sans son principal rival.

Saisie par l’opposition, la Cour suprême du Kenya a invalidé le 1er septembre la réélection d’Uhuru Kenyatta. Pour justifier sa décision, la plus haute juridiction du pays a évoqué des irrégularités dans la transmission des résultats et accablé la Commission électorale (IEBC) pour sa gestion du scrutin.

Plus d’un mois plus tard, l’opposition a multiplié les ultimatums et le parti au pouvoir a engagé une procédure accélérée pour modifier la loi électorale. Les députés de la majorité présidentielle ont approuvé aujourd’hui ce texte transmis depuis au Sénat, également dominé par le parti Jubilee du président Kenyatta.

Rebondissements électoraux

Raila Odinga avait conditionné sa participation au nouveau scrutin à une réforme en profondeur de l’IEBC, dont l’éviction de plusieurs de ses responsables. Face au refus de l’IEBC, Raila Odinga a préféré jeter l’éponge. Selon lui, « tout indique que l’élection prévue le 26 octobre sera pire que la précédente ».

Son retrait risque surtout d’aggraver la crise politique au Kenya. Au moins 37 personnes ont été tuées dans les violences qui ont suivi les élections générales du 8 août, dont une écrasante majorité dans la répression de manifestations de l’opposition par la police.

« La grande question est de savoir ce qui va se passer ensuite pour le Kenya, estime le quotidien Daily Nation dans un éditorial. Uhuru Kenyatta va-t-il être déclaré président et prêter serment ? Et que cela va-t-il signifier pour sa légitimité étant donné que la Cour suprême a invalidé son élection ? »

Preuve que le Kenya n’en a pas fini avec les rebondissements électoraux, la Haute Cour de Nairobi a jugé ce mercredi que les huit candidats à la présidentielle du mois d’août devaient pouvoir se représenter le 26 octobre.

L’IEBC, qui se basait sur un jugement de la Cour suprême de 2013, avait limité l’élection du 26 octobre à un duel Kenyatta-Odinga. À deux semaines du scrutin, cet affrontement semble cependant de moins en moins probable.

Jeuneafrique.com avec AFP

Kenya: Raila Odinga se retire de la présidentielle

octobre 10, 2017
Raila Odinga, leader de l’opposition kényane. © Sven Torfinn/PANOS-REA

Raila Odinga a annoncé le retrait de sa candidature à l’élection présidentielle prévue le 26 octobre prochain au Kenya. L’opposant a expliqué avoir pris cette décision « dans l’intérêt des Kényans ».

Raila Odinga a annoncé ce retrait surprise lors d’une conférence de presse ce mardi 10 octobre. « Dans l’intérêt des Kényans, de la région et plus largement du monde, nous estimons que le mieux sera que la National Super Alliance (la Nasa, coalition de l’opposition, ndlr) soit absente de l’élection présidentielle prévue pour le 26 octobre 2017 », a-t-il déclaré.

Le 1er septembre dernier, la Cour suprême kényane avait invalidé les résultats de l’élection présidentielle du 8 août ayant donné Uhuru Kenyatta vainqueur et exigé l’organisation d’un nouveau scrutin. Ces résultats, délivrés par la Commission électorale indépendante (IEBC), donnaient gagnant Uhuru Kenyatta dès le premier tour avec 54,27% des suffrages, contre 44,74% pour Odinga.

Raila Odinga et ses partisans avaient remis en cause ces résultats dès leur proclamation. « Nous sommes arrivés à la conclusion que l’IEBC n’a pas l’intention d’entreprendre les changements au niveau de ses opérations et de son personnel pour garantir que les illégalités et irrégularités qui ont conduit à l’invalidation du scrutin du 8 août ne se reproduisent pas », a-t-il martelé ce mardi en annonçant son retrait.

Jeuneafrique.com avec AFP