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Québec-Femmes et toponymie: Trois-Rivières en mode rattrapage

octobre 9, 2021

Bien qu’elles aient contribué autant que les hommes à la construction du Québec moderne, les femmes sont pratiquement inexistantes de la toponymie trifluvienne. À peine 8 % des rues, des parcs ou bien bâtiments publics portent des noms de femmes. Pour corriger la situation, la Ville nommera trois fois plus de lieux en l’honneur de femmes que d’hommes.

La Ville de Trois-Rivières vise la parité toponymique entre les hommes et les femmes.

© ARCHIVES LE NOUVELLISTE, STÉPHANE LESSARD La Ville de Trois-Rivières vise la parité toponymique entre les hommes et les femmes.

«On va continuer de progresser. On va dorénavant choisir pour chaque toponyme référant à un homme ou son oeuvre trois toponymes référant à des femmes et à leurs oeuvres. Et ce, tant que la parité toponymique entre les hommes et les femmes n’aura pas été atteinte», a déclaré Pierre-Luc Fortin, conseiller du district des Estacades et président du Comité de toponymie de la Ville de Trois-Rivières.

Le président du Comité de toponymie et conseiller du district des Estacades, Pierre-Luc Fortin.

© STÉPHANE LESSARD Le président du Comité de toponymie et conseiller du district des Estacades, Pierre-Luc Fortin.

Cette mesure de rattrapage est incluse dans la nouvelle politique régissant la toponymie trifluvienne. Elle a été déposée mardi soir à l’occasion de la dernière assemblée publique du conseil municipal avant les élections du 7 novembre prochain. Depuis le début de son mandat en 2017, la conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure, a fait de la place des femmes dans la toponymie trifluvienne son cheval de bataille.

La conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure.

© STÉPHANE LESSARD La conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure.

«Je suis vraiment fière qu’on tourne le dos à d’anciennes façons de faire qui laissaient croire que les femmes étaient moins honorables que les hommes», a-t-elle déclaré en assemblée publique.

Ces «anciennes façons de faire» auxquelles la conseillère municipale a fait référence consistaient à honorer dans la toponymie principalement des hommes politiques et d’affaires qui ont marqué leur communauté. «On doit davantage s’ouvrir aux milieux culturels, de la santé ou de l’enseignement où les femmes étaient davantage investies», estime Mariannick Mercure.

À l’époque de la fusion municipale au début des années 2000, seulement 4 % des toponymes honoraient des femmes, rappelle Sylvie Tardif, ancienne conseillère municipale et directrice générale de l’organisme COMSEP. Lors de ses mandats à l’hôtel de ville, elle avait régulièrement prôné une plus grande considération pour la féminisation de la toponymie. Son organisme est aussi grandement responsable de la création de l’Espace Rita-Lafontaine et du Centre Pauline-Julien.

L’ancienne conseillère municipale et directrice générale de COMSEP, Sylvie Tardif.

© FRANÇOIS GERVAIS L’ancienne conseillère municipale et directrice générale de COMSEP, Sylvie Tardif.

«Ce que le conseil municipal a adopté, c’est au-delà de mes espérances. La Ville se donne les moyens pour obtenir la parité un jour», mentionne-t-elle.

«Que cette mesure ait été adoptée de façon unanime juste avant les élections, c’est très apprécié. On ne sait jamais quelle direction peut prendre le prochain conseil.»

Sous la moyenne québécoise

Avec à peine 8 % des lieux nommés en l’honneur de personnes qui sont des toponymes féminins, Trois-Rivières n’est pas si loin de la moyenne québécoise. Sur les quelque 245 000 noms de lieux au Québec, on en retrouve près de 44 000 nommés en l’honneur d’individus, précise la Commission de la toponymie du Québec. Et seulement 4400 le sont en l’honneur de femmes, ce qui représente près de 10 %.

Afin d’aider les municipalités du Québec à choisir des toponymes féminins ou encore originaux (pour éviter les rues Principale ou de l’Église), la Commission de toponymie du Québec met à leur disposition une banque de noms potentiels. On y retrouve des personnes de plusieurs horizons comme les secteurs scientifiques, littéraires, culturels ou sportifs.

«Si on nomme tout le temps des personnalités politiques, c’est sûr qu’on se retrouve avec plus d’hommes», soutient Chantal Bouchard, responsable des relations avec les médias à la Commission de la toponymie du Québec.

Le pouvoir aux élus municipaux

Au Québec, la toponymie est une compétence partagée. Le provincial nomme des lacs, des rivières, des ponts ou des autoroutes, alors que le municipal s’occupe des rues, des parcs et nombreux lieux publics.

Si la quasi-totalité des cours d’eau est déjà nommée, rares sont les inaugurations de ponts ou d’autoroutes au Québec. Ce sont donc les municipalités qui ont la plus grande influence sur la toponymie du Québec, indique Chantal Bouchard.

Si le Québec souhaite une plus grande représentation féminine dans la toponymie, c’est aux élus municipaux qu’incombe la tâche de changer les règles de sélection.

Avec Le Nouvelliste par Gabriel Delisle – Le Nouvelliste