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RDC-Allemagne: Portrait : Dr Irène Kalubi, la dynamique entrepreneure

octobre 18, 2021

De nationalité allemande et originaire de la République démocratique du Congo, Dr Irène Kalubi est nominée aux German Diversity Awards dans la catégorie « Prix du public ». La remise des prix se déroulera le 25 novembre prochain. Depuis septembre, Irène Kalubi est également « Expert Advisor » pour la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit GmbH, l’agence de coopération internationale allemande pour le développement.

Arrivée en Allemagne avec ses parents en 1989, à l’âge de 4 ans, Dr Irène Y. Kilubi a dû surmonter de nombreux obstacles au cours de sa carrière, mais ne s’est jamais laissé intimider. Après avoir travaillé pour de grandes entreprises en Allemagne, où elle a occupé de hautes fonctions, l’entrepreneure de 36 ans conseille aujourd’hui des entreprises et des marques sur leur développement. En effet, Dr Irène Kilubi est fondatrice et directrice générale de brandPreneurs & brandFluencers. Elle soutient les pionniers, les visionnaires et les faiseurs de changement dans les trois domaines de la création de communautés, de l’influence des entreprises et de la connexion de la génération XYZ. Elle est également l’initiatrice et la responsable de l’innovation de « Joint générations », dont l’objectif est de réunir des personnes d’âges différents pour façonner l’avenir avec elle de manière intergénérationnelle et durable. Pour l’entrepreneure, « ceux qui partagent le savoir ne peuvent que gagner ». C’est pourquoi, elle encourage le dialogue ainsi que l’engagement communautaire et voit une valeur particulière dans la mise en réseau des différentes générations.

Dr Irène Kalubi est l’une des finalistes du Digital Female Leader Award 2021 de GDW Global Digital Women GmbH dans le domaine du « New Work ». Elle s’intéresse à l’avenir du travail et à la mise en relation des jeunes et des moins jeunes dans les professions libérales. Pour elle, la compétence est indépendante de l’âge et le contexte dans lequel nous sommes socialisés rend le traitement d’un sujet plus facile ou plus difficile.

Start-up et scène en ligne

Depuis quatre ans, le Dr Irène Kilubi est ancrée dans le milieu des start-up et de la scène en ligne, où elle met en œuvre des activités de vente sociale et des stratégies de mise sur le marché et d’image de marque axées sur les groupes cibles. Elle est également conseillère experte auprès de l’accélérateur du Conseil européen de l’innovation de la Commission européenne. Elle soutient la scène mondiale des start-up dans ses activités de mentor et de coach auprès de Techstars, de l’Institut européen d’innovation et de technologie (IET) Santé, de l’Insurtech Hub, et en tant que juré à BayStartup, à l’African Leadership Award et à la bataille des licornes.

Dans son vidéocast <How to Community?>, le Dr Irène Kilubi offre à son public un aperçu compact de la création de communautés. Il y reçoit des conseils utiles et peut ensuite commencer immédiatement à construire sa communauté. Dans son vidéocast <GenZ meets GenY>, elle s’entretient avec des personnalités inspirantes de la génération Z et traite de leurs valeurs personnelles.

De grandes responsabilités au sein de grandes entreprises

Irène Kilubi est titulaire d’un doctorat en sciences économiques et sociales (Ph. D.), ingénierie commerciale, économie de la production et gestion industrielle, Summa cum laude (Remarquable) de l’université de Brême (2016). Elle est également docteur en philosophie (Ph.D.), gestion de la chaîne d’approvisionnement, achats et logistique (2014), de l’université d’Erlangen-Nuremberg, la deuxième plus grande université de Bavière, en Allemagne.

Elle est aussi titulaire d’un master en gestion de la chaîne d’approvisionnement et logistique (Distinction), de l’université de Warwick et d’un master of business administration (MBA), spécialisation en entrepreneuriat et innovation (extra-professionnel), de l’université de Londres (2019 – 2021). Elle est également titulaire d’un diplôme en gestion stratégique et leadership de l’université de Londres – Global MBA, entrepreneuriat et innovation. Dr Irène Kalubi a passé plusieurs années dans des entreprises telles que BMW, en tant que responsable des achats internationaux ; Siemens, en tant que consultante senior, développement de l’entreprise, technologie de l’entreprise (transformation numérique) et Deloitte, en tant que responsable des opérations stratégiques. Alors qu’elle travaillait pour Siemens, elle a développé avec succès une stratégie pour les achats de l’entreprise, y compris une feuille de route pour la transformation et l’exécution, en rédigeant des politiques et des directives connexes pour les activités d’approvisionnement. Pour BMW, elle s’est occupée de l’approvisionnement en roues dynamiques (stratégique et opérationnel) avec un volume d’approvisionnement de 300 millions d’euros par an. Elle a également collaboré avec succès avec toutes les parties transversales concernées pour proposer des solutions à des problèmes d’approvisionnement complexes tout en servant d' »Acheteur principal » de la grande ligne de produits en Europe, aux États-Unis et en Chine.

Communauté locale LinkedIn à Munich

Irène Kilubi est responsable de la communauté locale LinkedIn de Munich et a créé le format de débat en ligne OnPoint sur LinkedIn, qui connaît un grand succès, afin de faciliter un dialogue orienté vers les solutions sur des sujets économiques, mais aussi sociopolitiques. Elle fait partie des Xing Top Minds 2020 et est co-auteur du best-seller du Spiegel « Zukunftsrepublik » publié en 2021.

Maîtresse de conférences

Depuis 2017, le Dr Irène Kilubi est maîtresse de conférences dans diverses universités en Allemagne, au Royaume-Uni et en Autriche. Les conférences portent notamment sur l’entrepreneuriat et le marketing numérique dans des universités telles que l’université de Salzbourg, la Hochschule München, l’université de Warwick, l’université de Fribourg, l’université de Stuttgart, la professional school of business & technology Kempten. Irène Kalubi est également une oratrice très demandée lors de conférences et d’événements où elle partage avec enthousiasme ses connaissances sur l’entrepreneuriat et les médias sociaux. Elle croit en la diversité unique et incomparable qui réside en chacun de nous. Irène Kalubi est également co-pilote de la transformation numérique (gestion des générations, intrapreneuriat, community building) de New Mittelstand, qui combine le meilleur des deux mondes, les startups et les petites et moyennes entreprises, pour défendre en collaboration le bon futur.

Avec Adiac-Congo par Patrick Ndungidi

Violences en RDC : la justice transitionnelle doit être décolonisée

octobre 16, 2021
Un soldat de l’armée congolaise dans le camp de déplacés de Bijombo, dans l’est de la RDC. © ALEXIS HUGUET / AFP

Comment répondre aux violations massives des droits humains dans l’est de la RDC ? La justice transitionnelle peut être une solution, si elle est mise en œuvre par les Congolais eux-mêmes.

Depuis plus de trois décennies, la RDC vit au rythme des conflits et violences incessantes qui emportent des milliers de vies et causent de multiples blessures physiques et traumatismes mentaux dans toutes les communautés du pays, particulièrement dans les provinces orientales du Nord et du Sud Kivu, de l’Ituri et du Tanganyika. Répondre à ces violations massives des droits humains requiert une prise en compte globale des facteurs historiques, politiques, sécuritaires, économiques et sociaux qui peuvent nous éclairer sur les mécanismes ayant conduit au chaos et à la dévalorisation de la vie humaine dans ce pays. Mais les débats restent dominés par l’activisme en faveur de la création de mécanismes de justice transitionnelle.

Milices ethniques

Par justice transitionnelle, les Nations unies entendent « l’éventail complet des divers processus et mécanismes mis en œuvre par une société pour tenter de faire face à des exactions massives commises dans le passé en vue d’établir les responsabilités, de rendre la justice et de permettre la réconciliation ».  Dans le contexte congolais, les débats sont étroitement centrés sur le Mapping Report. Publié en août 2010, ce rapport du Haut-commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme inventoriait les « 617 incidents les plus graves » survenus entre mars 1993 et juin 2003, pouvant, « s’ils sont dument enquêtés et prouvés […], suggérer la commission de multiples violations des droits de l’homme». Les dits incidents couvraient notamment les violences au Shaba/Katanga et au Nord Kivu à partir du début 1993, celles précédant et accompagnant les deux guerres du Congo (1996-1998/1998-2001) ainsi que la difficile transition vers un gouvernement post-rebellions (2001-2003).

Parmi leurs auteurs présumés se trouvent diverses milices congolaises souvent organisées sur des bases ethniques, les forces armées régulières congolaises, les mouvements armés, notamment l’AFDL, le MLC, et les forces en provenance des pays voisins de la RDC, dont les armées rwandaise (APR/RDF), ougandaise (UPDF), burundaise (FAB), zimbabwéenne (ZDF) et angolaise (FAA).

Dans ses conclusions, le rapport recommandait « une politique holistique de justice transitionnelle qui s’appuierait sur la création de mécanismes divers et complémentaires », notamment un tribunal mixte pour la RDC ; une Commission vérité et réconciliation ; des programmes de réparation et de réformes institutionnelles. La juridiction mixte devrait mener des enquêtes approfondies devant éventuellement conduire à des poursuites judiciaires contre les auteurs des crimes commis dans le pays.

Au terme d’une campagne médiatique plutôt réductrice autour du Rapport Mapping et face aux protestations ou aux objections des pays voisins de la RDC, ce travail est quasiment tombé dans l’oubli. Il a resurgi ces dernières années grâce à l’activisme de personnalités telles que le Dr. Denis Mukwege, Prix Nobel 2018, d’acteurs politiques comme Martin Fayulu (coalition Lamuka) ainsi que de membres de la société civile portés par leurs soutiens internationaux, surtout européens.

Théories complotistes, rapport politique

Mais cet activisme soulève bien des interrogations tant il procède d’une lecture plutôt sélective du rapport. Ainsi, lors de sa publication, la tempête médiatique soulevée par l’évocation des «  attaques contre les réfugiés hutu », qualifiées de génocidaire, était en totale contradiction avec le silence quasi absolu sur les violences dirigées contre les Banyamulenge et les Tutsi congolais. De même, la qualité de victime ou de bourreau est attribuée aux uns et aux autres de manière fantaisiste, suivant le principe de l’objectivité sélective.

L’exemple le plus frappant est l’attitude paradoxale des personnalités comme Martin Fayulu qui promeuvent le Rapport Mapping ainsi qu’un vague concept de « génocide congolais » en souscrivant aux théories complotistes sur la balkanisation et l’occupation tutsi-rwandaise de la RDC tout en niant toute présence de Banyamulenge dans le pays.

IL NE FAUT PAS FÉTICHISER LE RAPPORT MAPPING ET IGNORER LES RÉALITÉS CONTEMPORAINES, Y COMPRIS LES ATROCITÉS EN COURS

Deuxièmement, l’usage sélectif du Rapport Mapping comme fondement d’une future justice transitionnelle en RDC rétrécit, de manière artificielle, les limites matérielles et temporelles des débats sur la responsabilisation pénale pour les violations des droits humains en RDC. En effet, celles-ci ont perduré au-delà de la décennie 1993-2003 couverte dans le document, jusqu’à aujourd’hui. Diverses sources, notamment l’ONU et le Baromètre sécuritaire du Kivu, ont récemment recensé dans les provinces orientales plus d’une centaine de groupes armés, essentiellement locaux, régulièrement accusés de multiples exactions. Les forces régulières (FARDC) et des groupes armés étrangers s’illustrent également par leurs abus envers des populations civiles.

De ce fait, une poursuite de justice transitionnelle qui fétichise le Rapport Mapping tout en ignorant les réalités contemporaines, y compris des atrocités en cours, revêt un caractère plus politique qu’une sincère défense des droits des victimes.

Décolonisation de la justice

En effet, l’activisme déployé pour la création d’un Tribunal pour la RDC trahit une certaine volonté d’externalisation des responsabilités pour tous les crimes commis dans le pays. Comme le déclarait récemment un député provincial sud-kivutien favorable à une justice international(isée) – et par ailleurs chantre du discours anti-banyamulenge-tutsi –, la justice pour laquelle il milite viserait à la condamnation des acteurs étrangers (rwandais, ougandais, burundais…) qu’il considère comme seuls responsables des violations commises en RDC. Cet argument trahit une lecture erronée du Rapport Mapping et surtout l’absence de regard introspectif sur les responsabilités congolaises dans les conflits, violences et autres maux qui gangrènent le pays.

INVESTIR DANS LA CAPACITÉ DES JURIDICTIONS CONGOLAISES AUSSI BIEN POUR LES VIOLATIONS PASSÉES QUE PRÉSENTES, SERAIT SALUTAIRE AU MOMENT OÙ L’AFRIQUE

Finalement – et c’est ici que se situe l’argument décolonial – le militantisme actuel, qui réduit la justice transitionnelle en RDC à une cour internationale ou mixte, est un aveu d’incapacité ou d’absence de volonté des acteurs congolais. La justice devant les tribunaux internationaux ou mixtes est essentiellement symbolique en ce sens qu’elle ne peut instruire qu’un nombre limité de dossiers. Après tout, la Cour pénale internationale a déjà mené des poursuites et reste saisie du dossier depuis 2004. Étant donné les coûts exorbitants que nécessite une telle démarche, investir dans la capacité des juridictions congolaises à délivrer la justice pour tous, aussi bien pour les violations passées que présentes, serait salutaire au moment où l’Afrique est appelée définir son avenir.

Avec le soutien d’institutions telles qu’Avocats sans frontières et l’International Centre for Transitional Justice, les juridictions congolaises ont démontré leur potentiel à surmonter les défis structurels – tels que la corruption institutionnalisée – pour instruire des dossiers, souvent très sensibles et médiatisés, sur certains crimes. La plainte récemment déposée devant les juridictions congolaises sur les crimes commis dans la région de Minembwe et les discours de haine s’inscrit dans ce cadre. Plutôt que de dépenser des ressources sur des juges, procureurs et experts de justice étrangers providentiels, un renforcement institutionnel de la capacité des praticiens congolais du droit à délivrer une justice véritablement indépendante, impartiale et inclusive contribuerait à une réelle décolonisation des interventions visant la justice, la paix et la sécurité en RDC et dans sa région est.

Félix Mukwiza Ndahinda

Avec Jeune Afrique par Félix Mukwiza Ndahinda

Chercheur congolais installé aux Pays-Bas.

RDC : Augustin Kibassa rame pour se maintenir à flot

octobre 15, 2021
Kash © Kash

Fragilisé par la polémique qui fait rage autour de la taxe sur le Registre des appareils mobiles (RAM), le ministre des Télécommunications a gagné un sursis. Mais pour combien de temps ?

La barque commence à être bien chargée… Mais Augustin Kibassa Maliba a réussi pour le moment à conserver son poste. Mercredi 13 octobre, les députés ont rejeté une motion de défiance à son égard, initiée par le Front commun pour le Congo (FCC, de Joseph Kabila) qui reproche au ministre des Postes, des Télécommunications et des Nouvelles technologies de l’information et de la communication sa volonté de maintenir la taxe sur le Registre des appareils mobiles (RAM), vouée aux gémonies par de nombreux élus et représentants de la société civile.

Les députés de la majorité présidentielle ont volé au secours du ministre, faisant valoir qu’il fallait, avant de procéder à un vote d’une telle importance, lui laisser le temps de venir s’expliquer de vive-voix devant les élus.

« Sauver le soldat Kibassa »

Augustin Kibassa a pour sa part assuré avoir entendu les critiques. Et s’être même « senti personnellement interpellé par la pertinence des interventions des députés ». Il leur a promis de saisir le gouvernement à ce sujet lors d’un prochain conseil des ministres. Une manière pour lui de partager une part des attaques dont il fait l’objet depuis plusieurs semaines avec l’ensemble du gouvernement…

Au sein de l’Union sacrée, le mot d’ordre est encore de « sauver le soldat Kibassa ». Mais pour combien de temps ? Lors de la réunion qui s’est tenue, lundi 11 octobre, pour mobiliser les députés de la majorité sur ce dossier, certains d’entre eux ont rué dans les brancards lorsque Jean-Marc Kabund-a-Kabund, premier vice-président de l’Assemblée nationale et patron de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, de Félix Tshisekedi), a pris la défense du ministre.

Kash

Avec Jeune Afrique par Kash

Caricaturiste, bédéiste et peintre congolais installé à Kinshasa.

RDC : macabres confessions au procès Chebeya

octobre 14, 2021
Floribert Chebeya et Fidèle Bazane ont été assassinés dans la soirée du 1er juin 2010 © JUNIOR D. KANNAH/AFP

Pour la première fois depuis la reprise du procès des assassins présumés de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, Jacques Mugabo, l’un des membres du commando, a avoué avoir joué un rôle dans leur meurtre. Il a livré le détail de cette sinistre soirée du 1er juin 2010.

Le troisième jour d’audience aura été celui des aveux pour Jacques Mugabo. L’ancien policier, membre du redouté bataillon Simba, comparaît depuis le 22 septembre devant la haute cour militaire siégeant à la prison de Ndolo. Il est jugé aux côtés du major Christian Ngoy Kenga Kenga pour son rôle dans l’assassinat de Floribert Chebeya et de Fidèle Bazana.

Ces derniers mois, de nombreux éléments ont permis de reconstituer le fil de la soirée du 1er juin 2010, au cours de laquelle un commando de sept personnes a tué les deux défenseurs des droits humains dans les locaux de la police congolaise. Mais c’était la première fois, ce mercredi 13 octobre, que l’un d’entre eux livrait un récit aussi détaillé devant une cour de justice et reconnaissait sa participation directe au crime.

« Il ne pouvait pas se défendre »

Venu à la barre dans l’uniforme bleu marine des officiers de la police congolaise, Mugabo raconte que lorsque que Floribert Chebeya s’est présenté au siège de l’Inspection générale de la police (IGP), il a d’abord été reçu au bureau du protocole par le major Paul Mwilambwe. « La personne qui avait appelé Chebeya, c’est le colonel Daniel Mukalayi [principal condamné du procès en première instance]. Ils se connaissaient, poursuit-il. Lorsque nous sommes arrivés à l’IGP un peu plus tard, nous avons trouvé dans le bureau à l’étage Daniel Mukalayi, Paul Mwilambwe et Christian Ngoy Kenga Kenga. Ils nous ont remis Chebeya. »

« Nous, on ne connaissait pas Chebeya, on nous a demandé de l’arrêter, reprend l’ancien policier. Lui s’interrogeait, mais personne n’arrivait à lui dire le moindre mot. » L’emblématique président de l’ONG La Voix des sans voix et son chauffeur, qui attendait dans le véhicule, sont alors sauvagement assassinés. « Il nous a été d’abord demandé de tuer Bazana, précise à la barre Mugabo. Il a été étouffé dans un sachet en plastique. On l’a cagoulé avec et on l’a scotché. Nous étions nombreux et Bazana était seul, il ne pouvait pas se défendre. » Pour Floribert Chebeya, « on a fait le même exercice, vers 23 heures ».

PRÉSERVATIFS, MÈCHES DE CHEVEUX, FAUX ONGLES… LA SCÈNE DE CRIME EST GROSSIÈREMENT MAQUILLÉE

Un meurtre à 50 dollars

À partir de là, les membres du commando se séparent. « Daniel Mukalay est rentré chez lui, affirme l’ancien policier. Mwilambwe, lui, résidait avec Christian Ngoy Kenga Kenga. » Les six hommes et leur chef quittent les locaux de l’IGP à bord de trois véhicules, deux Defenders et un Land Cruiser. « Les corps étaient chacun dans un Defender, précise-t-il. On a emprunté la route de Bandal, puis celle de Ma Campagne pour atteindre Mitendi. »

Le corps de Chebeya est abandonné dans le véhicule avec lequel il était arrivé à l’IGP, une Mazda grise. Les premiers policiers chargés de l’affaire y découvriront une scène de crime grossièrement maquillée. Des préservatifs, des mèches de cheveux et des faux ongles sont retrouvés à côté du corps de Chebeya, dont le pantalon est descendu au niveau des genoux. « Tous les objets que nous avons utilisés pour les tuer avaient été achetés par Daniel Mukalay », assure Jacques Mugabo.

Le corps de Bazana, qui n’a jamais été retrouvé, est déplacé un peu plus loin. « Nous l’avons enterré dans la ferme privée du général Djadjidja”, explique le prévenu, confirmant les propos tenus ces derniers mois par d’autres membres du commando aujourd’hui en exil. La soirée meurtrière s’achève à la résidence du colonel Mukalay, où les complices se retrouvent après leur passage à Mitendi. « Nous sommes allés chez lui pour fêter cela et chacun a été récompensé de 50 dollars américains », conclut le policier.

LES AVEUX DE JACQUES MUGABO POUSSERONT-ILS LE MAJOR KENGA KENGA À LIVRER SA VERSION DU MEURTRE ?

Djadjidja appelé à comparaître

Le détail de ce récit a surpris les parties civiles. Il tranche avec le silence du major Kenga Kenga, l’autre accusé de ce procès en appel, qui n’est même pas sorti de sa cellule pour cette troisième audience. Depuis le premier jour, ce très proche collaborateur de John Numbi, commandant du bataillon Simba, qui faisait office de police privée de ce dernier, refuse de s’exprimer. Les aveux de Jacques Mugabo le pousseront-ils à livrer sa version du meurtre de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana? « Tout se faisait sur ordre de Christian Ngoy Kenga Kenga, de qui je répondais au sein du bataillon Simba, sous l’autorité de John Numbi et Daniel Mukalay », a martelé celui-ci lors de l’audience.

Et qu’adviendra-t-il des deux autres protagonistes cités dans la longue confession de Mugabo, le général Zelwa Katanga, dit Djadjidja, et John Numbi ? Le premier, dont la parcelle de Mitendi abriterait le corps de Fidèle Bazana, a été placé en résidence surveillée au mois de février. Il est cité à comparaître lors de la prochaine audience, prévue le 20 octobre.

Le second, dont l’ombre plane sur l’affaire depuis le premier jour, est toujours en cavale. Recherché depuis le 14 avril par la justice militaire congolaise, John Numbi reste pour le moment introuvable. Plusieurs sources sécuritaires l’ont un temps situé au Zimbabwe, mais sa localisation exacte demeure incertaine. Lors du premier procès, en 2011, ce puissant général, très proche des Kabila, était intervenu comme simple témoin.

Avec Jeune Afrique par Romain Gras

RDC-CHESD : Félix Tshisekedi et Denis Sassou N’Guesso à la clôture de l’année académique 2020-2021

octobre 6, 2021

Le Collège des hautes études de stratégie et de défense (CHESD), situé sur l’avenue des Forces armées à Kinshasa, a connu une effervescence particulière, le 5 octobre, à la faveur de la clôture de l’année académique 2020-2021.

Félix Tshisekedi et Denis Sassou N’Guesso posant avec les heureux lauréats du Chesd

Un trait singulier à la manifestation qui marquait l’ouverture de la nouvelle année académique ; la présence remarquée du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi-Tshilombo, et de son homologue Denis Sassou N’Guesso de la République sœur du Congo Brazzaville et président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Les deux chefs d’État se sont fait le plaisir de remettre aux heureux lauréats (Généraux, colonels, administrateurs militaires, officiers militaires et hauts fonctionnaires civils) les diplômes qui  consacrent la fin de leurs études supérieures au CHESD.

Ils étaient près de deux cents auditeurs et stagiaires de la sixième session ordinaire de la session spéciale du CHESD et de la quatrième promotion de l’Ecole supérieure d’administration militaire (ESAM) à avoir suivi le cursus de formation jusqu’à son terme. Parrain de la sixième session ordinaire du CHESD, le président Denis Sassou N’Guesso s’est réjoui de l’envergure prise par cette institution de formation en Afrique centrale. Le CHESD, a-t-il indiqué, « est le cadre par excellence au sein de la CEEAC où sont formés les cadres qui doivent mettre en œuvre la politique de l’Union aricaine« .

Et d’ajouter :  » L’architecture de paix, de sécurité et de défense de l’Union africaine prévoit que les communautés économiques régionales sont les lieux de base où s’élaborent toutes les stratégies de paix et de sécurité et de défense du continent « . 

Il est à noter que cette sixième session ordinaire du CHESD comprend des lauréats venus du Congo Brazzaville, du Cameroun, de la République centrafricaine et du Burundi. Les modules de formation dispensés ont porté notamment sur la conduite de la guerre, sur les opérations militaires, ainsi que sur les schémas de préparation de la paix.

Quant aux auditeurs de la session spéciale, leur formation a consisté à développer des aptitudes nécessaires pour comprendre les enjeux et les défis auxquels sont confrontés la sous-région d’Afrique centrale, l’Afrique et le monde. Pour leur part, les seize administrateurs militaires de la quatrième promotion de l’ESAM ont été préparés à assumer des fonctions d’État-major au sein de l’armée et de la police. Satisfait de ce dénouement heureux, le chef d’état-major général des Forces armées de la République démocratique du Congo (Fardc), le général Célestin Mbala, a eu des mots justes pour aiguiller la conscience des lauréats appelés à «  être des véritables moteurs de recherche des solutions dans le domaine sécuritaire. »

Créé en janvier 2016 dans le contexte de la réforme des Fardc, le CHESD a une vocation sous-régionale. Il est aujourd’hui le plus haut établissement de formation des officiers de l’armée en République démocratique du Congo.

Avec Adiac-Congo par Alain Diasso

RDC-Evaluation de la gratuité de l’enseignement : Félix Tshisekedi pour la création d’une task force interministérielle

octobre 5, 2021

Près de deux millions d’élèves nouvellement inscrits vont intégrer, cette année scolaire, à la faveur du Programme de la gratuité de l’enseignement de base, le système éducatif national afin de bénéficier de ses avantages.

Des élèves à l’entrée des salles de classe

Le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi-Tshilombo, a fait de l’éducation l’une des priorités de sa mandature à la tête du pays. Il a réitéré cet engagement, lors de la vingt-deuxième réunion du Conseil des ministres qu’il a présidée le 1er octobre, par visioconférence, à partir de la Cité de l’Union africaine. Dans sa communication au Conseil, le chef de l’État s’est réjoui de l’effectivité de la gratuité de l’école et de la valorisation de la formation professionnelle telle que reflétée par l’augmentation des effectifs des nouveaux inscrits attendus dans les établissements scolaires cette année. « Ce constat positif met en exergue les efforts réalisés par le gouvernement, d’une part, et la maturation de l’appropriation du programme de la gratuité par la population, particulièrement les parents, d’autre part », peut-on lire dans le compte-rendu du Conseil lu à la télévision nationale et relayant les propos du président de la République à ce sujet. 

Cette rentrée scolaire intervient, une fois de plus, sous la menace de la pandémie à covid-19, a fait observer Félix Tshisekedi qui a, par ailleurs, insisté sur l’impératif d’instruire les chefs d’Établissement à mettre en place des dispositifs pratiques pour le respect des gestes-barrières.

Dans sa quête pour relever le défi de l’éducation en République démocratique du Congo, le chef de l’État a rappelé, à l’intention des membres du gouvernement, les objectifs majeurs qu’il poursuit dans ce secteur. Il s’agit, précisément, de zéro paiement par enfant congolais, d’amélioration des infrastructures adéquates ainsi que des conditions de travail et de traitement des enseignants pour un rendement scolaire optimal et qualitatif.

Plusieurs recommandations et suggestions ont été faites au ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et technique (EPST) afin d’optimiser le programme de gratuité de l‘enseignement de base. Séance tenante, le président de la République l’a instruit de renforcer la collaboration avec son administration pour améliorer le partage d’information et la gestion des bases des données. Concernant les fictifs (enseignants, écoles, etc.), des orientations claires ont été données au ministre de l’EPST pour leur extirpation, laquelle passe notamment par l’introduction des concepts de mesure des résultats, mais aussi par le développement d’une culture de pilotage, de transparence et de redevabilité.

Au Premier ministre, Sama Lukonde, par contre, il lui a été recommandé une série d’actes à poser pour le bien de l’éducation, apprend-on du compte-rendu. Il lui a été demandé, entre autres, de prendre des dispositions nécessaires pour la rentrée scolaire sur toute l’étendue de la République, avec les mesures exceptionnelles pour les provinces sous état de siège, et spécialement, sur la scolarité des enfants hébergés dans les orphelinats en âge de scolarité pour qu’ils bénéficient de l’égalité des chances en matière d’éducation.

En plus de cela, il a été recommandé au Premier ministre de créer une taskforce interministérielle, notamment entre les ministères du Budget, des Finances et de l’Enseignement primaire, secondaire et technique, en collaboration avec son cabinet, en vue d’effectuer un suivi et une évaluation efficace du programme de la gratuité.

Avec Adiac-Congo par Alain Diasso

Violences sexuelles en RDC : Tedros Ghebreyesus, patron de l’OMS, s’excuse

septembre 29, 2021
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à Genève, le 10 février 2020. © Salvatore Di Nolfi/AP/SIPA

Une commission indépendante chargée d’enquêter sur les violences sexuelles auxquelles se sont livrés des employés de l’OMS en RDC a conclu le 28 septembre à des « défaillances structurelles » et des « négligences individuelles » de l’organisation.

L’affaire avait fait scandale. En septembre 2020, une enquête réalisée par The New Humanitarian et la Fondation Thomson Reuters avait dévoilé les témoignages de dizaines de femmes racontant comment elles avaient été victimes de viols commis par des travailleurs humanitaires, alors engagés dans l’est du Congo dans le cadre de la riposte à l’épidémie d’Ebola entre 2018 et 2020.

Dans ses propos liminaires, la commission d’enquête lancée en octobre 2020 par le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, dresse un tableau très sombre de la situation sur place. La commission a identifié 83 auteurs présumés, dont 21 étaient des employés de l’OMS. L’organisation a mis fin, dès la publication du rapport, au contrat de quatre d’entre eux qu’elle employait encore. Les autres avaient des contrats de courte durée. Ils seront bannis de tout emploi futur.

« Je suis désolé »

La commission constate « l’ampleur des incidents d’exploitation et d’abus sexuels lors de la riposte à la 10ème flambée d’Ebola, toute chose ayant contribué à accroître la vulnérabilité des victimes présumées, lesquelles n’ont pas bénéficié de l’aide et de l’assistance nécessaires qu’exigeaient de telles expériences dégradantes ».

« C’est un jour sombre pour l’OMS, a reconnu lors d’une conférence de presse Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui brigue un second mandat à la tête de l’organisation, une candidature pour laquelle il a reçu la semaine dernière le soutien de la majorité des pays de l’Union européenne, mais aussi du Kenya. « La première chose que je tiens à dire aux victimes et aux survivants, c’est que je suis désolé. Je suis désolé, désolé de ce qui vous a été imposé par des personnes qui étaient employées par l’OMS pour vous servir et vous protéger », a déclaré Tedros Ghebreyesus, promettant des conséquences sévères aux responsables.

Quand une journaliste lui a demandé s’il avait l’intention de démissionner, il a esquivé. « Je suis allé sur place 14 fois et ce problème n’a pas été soulevé. Peut-être que j’aurais dû poser des questions », a-t-il toutefois reconnu.

Perception d’impunité

La commission a révélé « la perception d’impunité du personnel de l’institution de la part des victimes présumées », tout comme le fait que face à des dizaines de victimes qui se sont présentées, il y a « une absence totale de signalement de cas » au niveau institutionnel.

Tedros Ghebreyesus a assuré que l’OMS transmettrait les allégations de viol aux autorités nationales en RDC pour qu’elles enquêtent, ainsi que dans les pays d’origine des auteurs présumés. « Deux hauts responsables ont été placés en congés administratifs et nous prenons des mesures pour nous assurer que d’autres personnes susceptibles d’être impliquées soient temporairement déchargées de tout rôle décisionnel dans cette affaire », a-t-il détaillé. Le patron de l’OMS a aussi indiqué qu’un organisme externe serait chargé d’identifier les manquements individuels au sein de son organisation.

Par Jeune Afrique avec AFP

Louis Armstrong, le Congo et le complot de la CIA

septembre 25, 2021
« armstrong »© Glez

Lors de sa grande tournée africaine au début des années 1960, le trompettiste de jazz aurait été utilisé comme cheval de Troie par les services de renseignements américains.

Assassinats ciblés, déstabilisation télécommandée, coups tordus ou mosaïque incongrue de mercenaires et de pouvoirs publics… À défaut d’être sur le coup éventés, les complots secrets de l’interventionnisme occidental finissent par être avoués. À condition d’être patient…

Prenons l’exemple de Louis Armstrong : ce n’est qu’en septembre dernier que le journal britannique The Guardian a dévoilé le rôle bien involontaire joué par le chanteur et trompettiste américain dans le Congo des années 1960. Aurait-il chanté What a wonderful world, en 1967, s’il avait compris ce qui s’était joué dans son dos quelques années plus tôt, à Léopoldville ?

Le 17 janvier 1961, le Premier ministre déchu Patrice Lumumba est assassiné après avoir été livré au gouvernement katangais de Moïse Tshombe. Au fil des ans, l’Histoire dévoilera qu’il a été tué par des responsables de la province congolaise séparatiste et des policiers belges. Larry Devlin, l’un des chefs de la CIA chargés de l’Afrique centrale, finira par reconnaître, lors d’une enquête du Congrès américain, que l’Agence était responsable du coup d’État d’un Mobutu peu suspect de sympathie pour le bloc soviétique.

Armstrong « horrifié »

Ce que révèle aujourd’hui le quotidien britannique, c’est que Washington aurait fortement incité Louis Armstrong à faire une grande tournée en Afrique, la CIA espérant en profiter pour infiltrer les instances politiques de pays nouvellement indépendants et, dans le cas du Congo, collecter des informations stratégiques sur la riche province du Katanga.

Deux mois avant le meurtre de Patrice Lumumba, Devlin dînait même avec le couple Armstrong dans un restaurant de Léopoldville, à un kilomètre et demi de l’endroit où Lumumba était retenu prisonnier. Ne pouvant entrer officiellement en contact avec le gouvernement autoproclamé katangais, l’agent de la CIA s’était présenté au trompettiste comme un simple attaché politique de l’ambassade américaine, désireux de faciliter sa tournée musicale. C’est sous le couvert de cet évènement qu’il aurait obtenu des informations stratégiques sur la province séparatiste. Autrement dit, Louis Armstrong a été utilisé comme « un cheval de Troie ».

À l’origine de ces nouvelles révélations, Susan Williams, chercheuse à la London University’s School of Advanced Study, affirme que l’artiste « aurait été horrifié » d’apprendre la manipulation, tant il était de tous les combats contre le racisme et l’impérialisme. Il sera à ce point marqué par son voyage africain que le Congo lui inspirera en partie la comédie musicale The Real Ambassadors.

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Mama Koité Doumbia : « Les accusés de la CPI intéressent malheureusement plus que les victimes »

septembre 24, 2021
Mama Koite Doumbia

Présidente du Fonds au profit des victimes de la Cour pénale internationale (CPI), un organe peu connu de l’institution, la Malienne Mama Koité Doumbia et son équipe se battent pour venir en aide aux victimes.

C’est l’une des figures de la défense des droits humains en Afrique de l’Ouest. Depuis 2016, Mama Koité Doumbia tente de venir en aide aux victimes des crimes les plus graves grâce à un organe peu connu de la Cour pénale internationale : le fonds pour l’indemnisation des victimes. Ouganda, Côte d’Ivoire, Mali, Centrafrique, RDC… Après les procès de Laurent Gbagbo, de Jean-Pierre Bemba ou encore de Bosco Ntaganda, c’est elle et son équipe qui ont pris le relais. Entretien. 

Jeune Afrique : Qu’est-ce que le Fonds au profit des victimes et à quoi sert-il ?

Mama Koité Doumbia : Le Fonds répond aux préjudices liés aux crimes relevant de la compétence de la CPI en apportant des réparations [financières] et en proposant des programmes d’assistance aux victimes et à leurs familles. Le conseil du fonds d’indemnisation que je préside a été mis en place pour aller chercher des financements. C’est spécifique à la Cour pénale internationale car les tribunaux ad hoc, comme le TPIY (tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie) ou le TPIR (tribunal pénal international pour le Rwanda) ne s’en occupaient pas.

LES ÉTATS POURRAIENT DAVANTAGE PRENDRE LEURS RESPONSABILITÉS DE DÉDOMMAGEMENT DES VICTIMES

Comment ce fonds est-il financé ?

Les textes disposent qu’il doit être approvisionné par la contribution volontaire des États. Cependant, ils ne sont pas tenus de verser un montant minimal. Des fondations, et parfois même des individus, contribuent. Les États pourraient davantage prendre leurs responsabilités de dédommagement des victimes. Nous tentons de sensibiliser les gouvernants. Mais malheureusement, les procès et les accusés attirent davantage l’attention que les victimes.

Les pays africains contribuent-ils ?

Nous n’avons pas les financements à la hauteur de nos ambitions. La majorité des victimes des affaires que nous traitons se trouvent en Afrique, mais les pays africains ne contribuent malheureusement pas assez. Sur le continent, seulement six États l’ont alimenté : la RDC, l’Afrique du Sud, le Sénégal, le Mali, la Sierra Leone, et le Nigeria. L’Afrique représente seulement 16% des contributions volontaires quand l’Europe occidentale émarge à 42%. J’ai tiré la sonnette d’alarme, sans effet pour le moment. Il faut dire que la pandémie de Covid-19 a été un coup dur pour les économies de tous les pays. Ça ne nous a pas aidé.

Y-a-t-il une procédure de saisine des biens des personnes condamnées ?

Oui, mais dans la plupart des cas, l’auteur est indigent [par rapport aux indemnisations demandées, NDLR]. Le juge nous donne alors un mandat d’ordonnance pour trouver les financements ailleurs. C’est le cas dans l’affaire du Malien Ahmad Al Mahdi [condamné par la CPI à 9 ans de prison en 2016 pour la destruction des mausolées de Tombouctou, NDLR] : on nous a donné pour mission de trouver 2,7 millions d’euros afin d’aider à la reconstruction de Tombouctou. De telles procédures ont également été engagées pour les affaires Thomas Lubanga, Germain Katanga et Bosco Ntaganda.

Dans le dossier Ahmad Al Mahdi, nous avons davantage entendu parler du versement d’un euro symbolique…

Cet euro symbolique était à destination de l’Unesco et de l’État malien, afin de leur reconnaître le statut de victime. L’organisation onusienne avait participé à l’entretien des mausolées de Tombouctou, inscrits sur la liste du patrimoine mondial. L’Unesco avait donc subi un préjudice. Pour le Mali, il y a eu un préjudice moral.

En plus de cette réparation symbolique, 2,7 millions d’euros seront versés aux familles traditionnelles au titre de réparations individuelles, car les monuments leur appartiennent. À ce jour, nous n’avons réuni que la moitié de cette somme, qui a déjà été versée à 500 familles. Le Canada s’est engagé à alimenter la seconde moitié. Avec cet argent, nous mettrons en place des activités génératrices de revenus, ainsi que la sécurisation du site afin d’éviter de futurs dommages. Nous comptons aussi relier ces zones au réseau électrique, les rendant ainsi fonctionnelles pour les populations qui tirent leurs ressources du tourisme.

Le versement des réparations aux victimes prend souvent des années. Que répondez-vous à ces critiques sur la lenteur des procédures ? 

Elles sont fondées ! Prenons l’exemple du cas Ntaganda en RDC. Parmi les victimes, il y a des enfants-soldats et des enfants nés de l’esclavage sexuel, pour des faits survenus en 2002 et en 2003. Aujourd’hui encore, nous travaillons sur l’identification des victimes. Cela signifie qu’elles seront dédommagées, au mieux, en 2022… Mais nous y travaillons. Un rapport est en cours pour réduire la lourdeur administrative et le temps d’attente des victimes. De nombreuses recommandations sont attendues.

NOUS INDEMNISONS LES VICTIMES MÊME SI JEAN-PIERRE BEMBA ET LAURENT GBAGBO SONT ACQUITTÉS

Jean-Pierre Bemba et Laurent Gbagbo ont finalement été acquittés. Pourtant, dans ces deux affaires, des crimes ont bien été commis en Centrafrique et en Côte d’Ivoire. Le fonds viendra-t-il tout de même en aide aux victimes?

Oui, nous indemnisons les victimes même si les accusés sont acquittés. Nous avons déjà commencé pour le cas de Jean-Pierre Bemba : six programmes ont été mis en place en Centrafrique. Nous allons bientôt initier le processus en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, sur tout le continent, nous en sommes à 28 programmes d’indemnisation.

Dans quelques semaines vous quitterez la présidence du conseil du fonds d’indemnisation. À 72 ans, allez-vous prendre votre retraite?

Je souhaiterais être, de façon bénévole, ambassadrice du fonds au Mali. Je connais cette institution, je la porte en moi, et je compatis aux souffrances des victimes.

Je suis présidente de la Plateforme des femmes leaders du Mali et membre du Réseau francophone égalité femmes-hommes de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). La question des violences faites aux femmes dans les conflits ainsi que celle de leur présence dans les processus de décision sont des questions qui me tiennent à cœur.

Avec Jeune Afrique par Achraf Tijani

IXe Jeux de la francophonie : participation incertaine de la RDC

septembre 22, 2021

La liste des présélectionnés au volet culturel de l’événement tarde à être transmise au comité international faute de paiement des membres du jury

Le dossier de la participation culturelle de la République démocratique du Congo (RDC) aux IXes Jeux de la francophonie s’enlise, au point de susciter des inquiétudes dans le chef des opérateurs culturels. Les récents changements opérés à la tête du ministère de la Culture semblent avoir définitivement annihilé les chances du pays hôte à présenter un dossier conforme dans le délai. Les minutes s’égrainent et le dossier transmis au ministère de tutelle par le comité chargé de la préparation culturelle de la RDC à ces jeux ne connaît aucune avancée significative.

A quelques jours de la fin du délai imparti pour le dépôt des dossiers des présélectionnés, les jurys des différentes épreuves culturelles peinent à siéger faute de moyens. Le budget prévu pour la participation culturelle de la RDC, notamment la présélection des artistes devant représenter le pays n’a jamais été débloqué. Pire encore, aucune rencontre officielle n’a jamais été organisée entre la ministre et le comité chargé de ladite préparation dans un contexte où l’ancien secrétaire général de la Culture, Zapé Kayembe, a été démis de ses fonctions. Il avait en charge la gestion quotidienne du dossier au moment où le gouvernement Ilunkamba était réputé démissionnaire.

Le double changement opéré au ministère de la Culture, c’est-à-dire au cabinet ministériel et au secrétariat général, peut justifier la léthargie qui caractérise le dossier francophonie dans son volet culturel. D’où le cri d’alarme de l’association à but non lucratif Artiste en danger, lancé à la ministre de la Culture, Arts et Patrimoines dans une lettre lui adressée récemment. « Malheureusement, d’après les informations à notre possession, la RDC n’a pas encore envoyé la liste des présélectionnés du côté culturel, alors qu’il reste moins de deux semaines pour que le Comité international clôture cette partie », a relevé Langu Masima Tsaka Kongo, coordonnateur principal de l’association.

Le silence observé dans le chef de la ministre de la Culture et du comité en charge de la participation culturelle de la RDC aux prochains jeux de la francophonie renforce l’inquiétude dans les milieux culturels, surtout parmi les artistes ayant pris part aux épreuves qualificatives. Cela risque de compromettre la participation du pays hôte aux concours culturels. De plus en plus, les espoirs suscités par le lancement des présélections culturelles, en mars dernier, s’estompent et le désarroi gagne les esprits. « …nous sollicitons votre implication afin que notre pays ne donne une piètre image… », a écrit Tsaka Kongo.                          

Le Comité international des Jeux de la francophonie fixe plusieurs étapes avant d’avoir les Léopards pour les jeux, dans la partie culturelle dont principalement les présélections (étape en cours) et la préparation des sélectionnés. Cette deuxième phase nécessitera également un accompagnement efficace afin d’atteindre l’un des objectifs majeurs du ministère de la Culture qui consiste à obtenir un minimum de six médailles d’or sur les onze épreuves culturelles enregistrées.

En sa qualité de pays organisateur, la RDC s’est inscrite dans l’ensemble des épreuves culturelles (onze) prévues aux IXes Jeux de la francophonie. Il s’agit du hip hop, marionnette géante, jonglerie avec ballon, peinture, sculpture-installation, photographie, chanson, contes et conteurs, danse de création, littérature nouvelle et création numérique.

Avec Adiac-Congo par Jeannot Kayuba