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RDC-UDPS : Jean-Marc Kabund de plus en plus isolé !

janvier 22, 2022

Le président par intérim du parti présidentiel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), et vice-président de l’Assemblée nationale, qui voit le cercle autour de lui se rétrécir chaque jour, reste comme un homme seul, déplumé et perdant une grande partie de son soutien.

Jean-Marc Kabund/DR

Après avoir été lâché par certains députés de l’Union sacrée qui disent attendre la session prochaine pour lui régler les comptes, en cas de non-concrétisation de ses menaces de démissionner de son poste à l’Assemblée nationale, Jean-Marc Kabund voit de plus en plus son cercle se rétrécir.

Cette fois-ci, ce sont les secrétaires nationaux de l’UDPS et leurs adjoints qui le désavouent et lui retirent leur confiance.

Dans une communication faite le 21 janvier, trente-sept secrétaires nationaux du parti présidentiel et leurs adjoints réitèrent leur soutien au chef de l’Etat, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, et désavouent par la même occasion le président par intérim de leur formation politique et vice-président de la chambre basse du Parlement, Jean-Marc Kabund. Les signataires lui reprochent la « répétition d’un comportement inacceptable envers le chef de l’Etat », « les actes ignobles et de barbarie causés en s’attaquant à la Garde présidentielle », « la mise en circulation des vidéos avec intention de ternir l’image de marque de l’autorité suprême de la nation », ainsi que son « adresse subversive dans laquelle il appelle les combattants à lui faire allégeance pour le suivre dans sa nouvelle vision politique en opposition au pouvoir en place et aux statuts du parti ».

La messe est déjà dite !

L’opinion se rappellera les paroles de l’ancien directeur de cabinet du président Félix-Antoine Tshisekedi, Vital Kamerhe, à sa famille, avant la dernière audience de sa condamnation dans le cadre du procès du programme des Cent jours du chef de l’Etat. Cette dernière soirée avant le prononcé du verdict, Kamerhe aurait averti son épouse et ses enfants de l’issue fatale de ce procès. « La messe est déjà dite », leur aurait-il dit, selon lui-même.

Pour Jean-Marc Kabund également, les choses sont en train de se préciser, malgré que lui-même ait fait le rétropédalage, par rapport à sa démission dont il avait annoncé avec pompe le dépôt de la lettre au bureau de l’Assemblée nationale.

Les secrétaires nationaux de l’UDPS et leurs adjoints disent ne pas pouvoir restés indifférents face à ce « comportement peu modeste de M. Jean-Marc Kabund ». Renouvelant leur attachement à Félix Tshisekedi et leur accompagnement dans son mandat, ils ont également affirmé avoir pris acte de la démission unilatérale de Jean-Marc Kabund. Ils ont rappelé que celui-ci n’a consulté ni le chef de l’Etat moins encore le parti, tombant ainsi sous le coup d’un « manque de respect et/ou de chantage à l’endroit de la haute autorité de référence du parti ». « Pour ce motif, nous condamnons cette attitude et le désavouons. Par conséquent, lui retirons toute confiance », ont déclaré les secrétaires nationaux de l’UDPS et leurs adjoints.

Les signataires de la déclaration demandent, par ailleurs, aux députés nationaux et provinciaux ainsi qu’à toute la base de l’UDPS d’en tirer toutes les conséquences politiques et de droit. Ils en appellent également aux combattants de rester mobilisés et vigilants, dans l’attente de nouvelles orientations. Ces responsables de l’UDPS ont, enfin, renouvelé leur soutien à l’armée, particulièrement à la Garde présidentielle, à la police et aux services de sécurité, avec lesquels ils doivent travailler en harmonie, pour la paix sur l’ensemble du pays.

Las carottes sont-elles cuites pour Kabund ? C’est le cas de le dire, parce que l’homme est de plus en plus isolé et les derniers verrous risquent de sauter d’ici peu, pour lui permettre d’écrire une autre page de son histoire sociale et politique. Sa garde, rappelons-le, a eu une altercation, il y a près de deux semaines, avec un élément de la Garde présidentielle qu’elle a maîtrisé, désarmé et amené devant la justice militaire. En représailles, la Garde présidentielle serait allée vandaliser la résidence du vice-président de l’Assemblée nationale, qu’elle a accusé d’avoir donné l’ordre aux policiers commis à sa garde d’humilier un de ses éléments commis à la garde d’un membre du chef de l’Etat, et, par là, tout le corps. Jean-Marc Kabund, dont cet acte sur la voie publique de Kinshasa n’est pas le premier du genre, avait annoncé qu’il allait introduire, en début de la semaine dernière, sa lettre de démission au bureau de l’Assemblée nationale. L’opinion a été surprise que celui qui avait annoncé avec pompe et fermeté sa décision, rétropédalant, ne l’a jamais concrétisée. Et depuis, des réactions vont dans le sens de pousser Jean-Marc Kabund à agir comme préalablement annoncé.

Avec Addiac-Congo par Lucien Dianzenza

RDC : Jean-Marc Kabund, seul contre tous ?

janvier 20, 2022
– © Kash

Jean-Marc Kabund avait sûrement imaginé un début d’année moins tumultueux. Depuis l’annonce sur les réseaux de sa démission du poste de 1er vice-président de l’Assemblée nationale, le patron de l’UDPS semble lentement mais sûrement s’acheminer vers une mise à l’écart du pouvoir.

Tout a commencé par un accrochage entre les policiers chargés de sa sécurité et un élément de la garde républicaine roulant à contresens dans un véhicule appartenant à un membre de la famille de Félix Tshisekedi, le 11 janvier. En réponse à l’arrestation de ce membre de l’unité chargé d’assurer la protection du chef de l’État, les « bérets rouges » de la garde républicaine ont mené une « expédition punitive » au domicile de Kabund.

Depuis, pas un jour ne passe sans que Jean-Marc Kabund ne soit publiquement désavoué par une frange de la majorité présidentielle. Tour à tour, des porte-paroles des groupes parlementaires de l’Union sacrée, des députés nationaux et provinciaux de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) ont pris acte de sa démission à l’Assemblée, invitant au passage le parti présidentiel à tourner la page Kabund.

Nombreux ennemis

Architecte de l’ombre de l’Union sacrée, particulièrement actif dans le débauchage de députés du Front commun pour le Congo de Joseph Kabila – dont il protégeait les intérêts pendant le partage des postes – Kabund était aussi critiqué en interne.

Au sein du cabinet de Félix Tshisekedi, les plus proches conseillers du chef de l’État lui reprochent notamment de se comporter en « vice-président ». Au sein du parti présidentiel, sa légitimité de président intérimaire est régulièrement remise en cause, tandis que son omnipotence au sein de la majorité parlementaire lui a valu de nombreux ennemis. Désormais poussé vers la sortie par le chef de l’État, Jean-Marc Kabund peine aujourd’hui à trouver le moindre allié…

Kash

Avec Jeune Afrique par Kash

Caricaturiste, bédéiste et peintre congolais installé à Kinshasa.

RDC: Jean-Marc Kabund, après sa démission, distille quelques mots auprès de ses militants de l’UDPS

janvier 15, 2022

Avec Yoka Son TV UDPS

RDC : Tshisekedi réserve-t-il son grand cru pour le prochain mandat ?

janvier 15, 2022
Félix Tshisekedi, chef d’État congolais et président de l’UA en 2021, au Sommet de Paris pour le financement des économies africaines, le 18 mai 2021. © Ludovic Marin/Pool via REUTERS

À moins de deux ans de la présidentielle, le président congolais aura-t-il le temps et les marges de manœuvres suffisantes pour peaufiner son bilan et convaincre ses compatriotes ? Majorité, opposition, société civile, tout le monde pense déjà à 2023.

« Laissez décanter et oxygénez » : ce tutoriel de consommation de vins s’appliquerait-il aux process politiques, singulièrement lorsqu’ils sont congolais ? À ceux qui accusent le régime Tshisekedi d’avoir consumé une bonne moitié de son mandat présidentiel en affinages politiciens, les aficionados de « Fatshi » répondraient qu’une décantation quasi œnologique était indispensable après les périodes fermentées de Mobutu Sese Seko et des Kabila père et fils.

Dans cette sorte de mise en carafe d’un alcool politique congolais plutôt âcre, le fils de feu Étienne devait d’abord séparer le vin de goutte de l’alternance du dépôt de la continuité. Sans le jeu de bonneteau dont Emmanuel Ramazani Shadary fut le leurre, Félix Tshisekedi aurait-il pu constituer finalement son Union sacrée de la nation expurgée des kabilistes ?

Après sédimentation, dans la foulée d’une nouvelle majorité déjà en passe de célébrer son premier anniversaire, vint le temps des limogeages, des poursuites et des audits : à la Gécamines, au gouvernorat du Lualaba, à la Banque centrale du Congo (BCC) ou ceux que l’on décèle dans les interlignes de quelques contrats sino-congolais.

L’ivresse de l’autosatisfaction

Ajoutez à la décantation purgative l’oxygénation par la promotion de nouvelles personnalités politiques et le tour de passe-passe semblait jouer. Trop tard ? Alors que la précampagne de l’élection présidentielle de fin 2023 ne devrait pas manquer de débuter dès 2022, faut-il se résigner à ne voir dans le mandat actuel qu’une transition, un apprentissage, un soubassement, voire un tour de chauffe ?

Pour filer la métaphore vinicole jusqu’à la lie électorale, le régime peut brandir le millésime de la présidence – même mitigée – de l’Union africaine, avec l’affirmation d’un charisme présidentiel à l’international, charisme jusque-là sous-estimé, voire insoupçonné.

L’ENQUÊTE « CONGO HOLD-UP » POURRAIT DEVENIR UNE ALLIÉE OBJECTIVE DU PRÉSIDENT CANDIDAT

Et puisque le vin de la précampagne est presque tiré –  le président est candidat à sa réélection –, autant le boire en acceptant l’ivresse de l’autosatisfaction : la croissance de l’économie pour 2021 a dépassé les prévisions du Fonds monétaire international (FMI) ; des infrastructures se concrétisent, comme la route à péage vers Dar es-Salaam ; les réserves de la BCC augmentent ; les filières cacaoyères et caféicoles se professionnalisent ; la collecte fiscale s’affine ; la Cour des comptes prend ses marques ; le collectif budgétaire est en hausse ; les investissements dans les secteurs de l’électricité ou de la fibre laissent espérer la diversification économique tant invoquée…

Certes, il y a loin de la coupe du grand cru aux lèvres populaires. En ce qui concerne la mise en lumière, par les futurs candidats-adversaires, du verre à moitié vide – l’insuffisant succès économique au regard du potentiel ou l’introuvable sécurité dans l’est du pays –, « Congo Holdup » pourrait devenir un allié objectif du président-candidat. L’enquête collaborative pourrait en effet tout autant anesthésier les envies de revanche rapide du clan de Joseph Kabila que refroidir les ambitions présumées de certains poids lourds comme Moïse Katumbi.

Tshisekedi s’est fait un prénom et le vin est censé se bonifier avec l’âge. Si le beaujolais nouveau sort en novembre, à quand le « Fatshi » nouveau ?

Damien Glez

Avec Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

RDC: Jean Marc Kabund démissionne de ses fonctions du premier vice-président de l’Assemblée nationale

janvier 14, 2022
Jean Marc Kabund/Ph ACTUALITE.CD

Jean Marc Kabund a annoncé ce vendredi 14 janvier sa démission de ses fonctions de premier vice-président de l’Assemblée nationale. C’est une forte décision qui fait suite à une expédition punitive menée en sa résidence par les militaires de la Garde Républicaine (GR) chargée de la sécurité du Président de la République et de sa famille. 

M. Kabund, président a.i de l’UDPS, parti au pouvoir est au cœur d’une altercation entre les policiers commis à sa garde et un militaire de la GR. Ce dernier, assis sur le siège de devant d’une voiture roulant à contresens s’opposait à l’interpellation des occupants dedit engin. Paroles contre paroles, muscles contre muscles, le bras de fer n’a pas été long. Son arme lui a été ravie et il a été extirpé du véhicule par les gardes de Kabund. Le militaire a été embarqué et déporté à l’auditorat. 

Dans la soirée, ses compagnons d’armes sont allés à la résidence de Kabund pour venger le leurs. Ils ont cassé, chamboulé les biens dans la maison du président ad interim du parti présidentiel. Ils ont aussi arrêté tous les policiers commis à la résidence de Kabund. 

Aux dernières nouvelles, et le militaire GR et les policiers arrêtés au domicile de Kabund ont été libérés. Cette situation n’a pas visiblement plu à Jean Marc Kabund, bras droit du Chef de l’Etat. 

Avec RDC Presse

Canada: Pasteur Paul Mukendi toujours libre au Congo : Ottawa qualifié « d’irresponsable »

janvier 14, 2022

Cinq mois après la fuite du pasteur Paul Mukendi, qui devrait être en prison au Canada, le ministre fédéral de la Justice refuse encore de commenter le sujet. Une attitude « inacceptable » selon les partis d’opposition, qui demandent à David Lametti de « prendre ses responsabilités » afin de rapatrier le criminel de 44 ans.

Pourquoi le ministre Lametti refuse-t-il d’accorder une entrevue à Radio-Canada à ce sujet? Sa cédule est complètement pleine», nous répondait son attachée de presse, Chantalle Aubertin, lundi matin, dans un message texte.

Nous avons alors offert de réaliser cette entrevue à n’importe quel moment d’ici la fin du mois de janvier, une proposition qui est demeurée sans réponse.

Pendant ce temps, le pasteur évangélique Paul Mukendi est libre comme l’air en République démocratique du Congo (RDC), son pays d’origine. Pourtant, il a été condamné à 10 ans de prison pour deux agressions sexuelles commises au Canada.

L’homme qui se décrit comme «l’apôtre de Québec» a fui le 18 août dernier, deux jours avant le début de sa peine de prison, à bord d’un avion en partance de Toronto.

«C’est une claque dans la face pour la justice canadienne», commente Pierre Paul-Hus, député conservateur de Charlesbourg-Haute-Saint-Charles, qui juge inacceptable» le silence du ministre Lametti.Pierre Paul-Hus, député de Charlesbourg-Haute-Saint-Charles pour le Parti conservateur du Canada

© /Radio-Canada Pierre Paul-Hus, député de Charlesbourg-Haute-Saint-Charles pour le Parti conservateur du Canada

Le porte-parole du Bloc québécois en matière d’affaires étrangères, Stéphane Bergeron, croit quant à lui que le profil bas du ministre Lametti est révélateur du peu d’importance qu’il a accordé à ce dossier jusqu’ici.

«Le refus du gouvernement fédéral de dire quoi que ce soit dans ce dossier révèle qu’il a fait bien peu pour tenter de rapatrier M. Mukendi», tonne-t-il.

M. Bergeron ne mâche pas ses mots : «la réaction d’Ottawa dans le dossier de Paul Mukendi envoie un bien drôle de message aux criminels canadiens et représente une invitation à prendre le large».Stéphane Bergeron, porte-parole du Bloc québécois en matière d'affaires étrangères

© Sean Kilpatrick/La Presse canadienne Stéphane Bergeron, porte-parole du Bloc québécois en matière d’affaires étrangères

Que fait Ottawa?

Malgré le refus du ministre Lametti d’accorder une entrevue, Radio-Canada a demandé au service des communications du ministère fédéral de la Justice de préciser quels gestes ont été posés par Ottawa pour tenter de ramener Paul Mukendi au pays.

Le porte-parole, Ian McLeod, a simplement rappelé par courriel qu’il n’existait aucun traité d’extradition entre le Canada et la RDC.

Il nous a ensuite référés au Directeur des poursuites criminelles et pénales du Québec (DPCP), indiquant que le ministère de la Justice ne peut commencer une demande d’extradition «sans une demande du service de poursuites criminelles impliqué».

Contacté par Radio-Canada, le DPCP assure qu’il a effectué toutes les démarches possibles auprès des autorités compétentes afin que M. Mukendi soit traduit devant les tribunaux et «purge les peines imposées pour les crimes graves dont il a été déclaré coupable».

La directive du DPCP en matière d’extradition d’un criminel au Canada prévoit qu’il s’adresse au Service d’entraide international du ministère fédéral de la Justice en pareilles circonstances.

Une question politique

Le député conservateur Pierre Paul-Hus affirme qu’en l’absence d’un traité d’extradition, le Canada a la responsabilité d’entamer un dialogue avec la RDC.

Le ministre Lametti devrait discuter avec sa collègue Mélanie Joly, qui est ministre des Affaires étrangères, et voir à avoir des relations diplomatiques avec le Congo afin de les informer de la situation, leur demander de «bien vouloir nous retourner M. Mukendi ici au Canada.»

«On ne peut pas prétendre qu’il n’existe pas de relations entre les deux pays puisque la République démocratique du Congo est le quatrième bénéficiaire de l’aide humanitaire du Canada», ajoute son homologue du Bloc québécois, Stéphane Bergeron.

«On ne peut pas obtenir une entente politique avec un gouvernement si on ne demande rien», ironise M. Bergeron. «Je pense que le gouvernement fédéral doit rendre des comptes quant à ce qu’il a fait ou n’a pas fait dans ce dossier-là.»

Radio-Canada a aussi tenté à plusieurs reprises d’obtenir une entrevue avec le porte-parole du gouvernement de la RDC, le ministre Patrick Muyaya, en vain.

Avec Radio-Canada par Alexandre Duval

RDC : arrestation de l’un des fondateurs du groupe islamiste ADF

janvier 13, 2022

Rebelles des ADF, ici près du village de Mukoko (Nord-Kivu), en décembre 2018. © Reuters/Goran Tomasevic

Alors que la traque des Forces démocratiques alliées (ADF) s’intensifie, Benjamin Kisokeranio a été arrêté dans l’est de la RDC, selon des sources militaires congolaises. Il était chargé du renseignement, des finances et de la logistique de ce groupe rebelle avant d’entrer en dissidence en 2019.

L’un des fondateurs des Forces démocratiques alliées (ADF, un groupe armé islamiste d’origine ougandaise), a été arrêté le 11 janvier dans l’est de la République démocratique du Congo, hors de la zone où les armées des deux pays mènent des opérations, a-t-on appris le lendemain de sources militaires.

Passeport congolais

« Benjamin Kisokeranio, officiellement chef des renseignements des ADF jusqu’en 2019 et proche de l’ancien chef  des ADF Jamil Mukulu, a été arrêté dans la région d’Uvira, dans le Sud-Kivu », a déclaré un haut responsable militaire congolais qui n’a pas souhaité être cité. « Il était connu de nos services, qui suivaient ses incessants mouvements dans la région », a expliqué cette source, ajoutant qu’au moment de son arrestation, « il détenait un passeport congolais ». Il a été capturé « près de la frontière avec le Burundi et est désormais aux mains des forces de la RDC », a déclaré de son côté le colonel Ronald Kakurungu, un porte-parole de l’armée ougandaise. Selon Kampala, Benjamin Kisokeranio était chargé du renseignement, des finances et de la logistique des ADF.

Une vie dans le maquis

Né dans le maquis congolais, il est le fils de Bwambale Kisokeranio, lui-même fondateur d’un groupe rebelle ougandais laïc, l’Armée nationale pour la libération de l’Ouganda (NALU), qui, en 1995, avait fait alliance dans l’est de la RDC avec des milices ougandaises essentiellement composées de musulmans. En 2007, après des négociations avec Kampala, Bwambale Kisokeranio et plusieurs rebelles de la NALU étaient rentrés en Ouganda.

Selon un ancien fonctionnaire des Nations unies chargé des opérations de rapatriement des rebelles de la NALU, Benjamin Kisokeranio était, lui, resté auprès des ADF dans la jungle congolaise en compagnie de Jamil Mukulu (de son vrai nom Alilabaki Kyagulanyi, qui deviendra chef des ADF jusqu’à son arrestation en Tanzanie en 2015), et le député ougandais Yusuf Kabanda, aujourd’hui décédé.

Les ADF, le groupe armé le plus meurtrier de RDC, est présenté par l’organisation État islamique (EI) comme sa branche en Afrique centrale. Son chef actuel, Moussa Baluku, a fait une déclaration d’allégeance à cette mouvance jihadiste internationale en 2019. « Benjamin Kisokeranio s’était opposé à cette décision et a quitté la région de Beni pour la province voisine du Sud-Kivu, d’où il faisait des navettes vers le Burundi, où vit sa famille », explique l’ancien fonctionnaire onusien.

Depuis le 30 novembre 2021, la traque des membres des ADF s’est intensifiée. Après que des attentats attribués au groupe ont touché Kampala, le président Félix Tshisekedi a autorisé son homologue ougandais, Yoweri Museveni, à envoyer des troupes sur le territoire congolais pour combattre les ADF dans l’est du Congo.

Par Jeune Afrique avec AFP

RDC : un ex-conseiller de Tshisekedi au secrétariat exécutif de la Ceni

janvier 10, 2022
Le siège de la Commission électorale nationale indépendante à Kinshasa. © JOHN WESSELS/AFP

La nomination de Mabiku Totokani Thotho, ancien conseiller du chef de l’État au sein du parti présidentiel, est dénoncée par l’opposition.

La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) va-t-elle avoir droit à une nouvelle polémique ? Le 6 janvier, Denis Kadima, dont l’arrivée à la tête de la Ceni s’est faite à l’issue d’une intense controverse, a annoncé la désignation de Mabiku Totokani Thotho comme secrétaire exécutif. Ce poste consiste principalement à veiller à la mise en œuvre des décisions de la commission et à l’exécution des plans, des programmes et des activités électorales. Il s’agit donc d’une fonction technique qui n’en est pas moins stratégique.

Mabiku Totokani Thotho remplace Ronsard Malonda qui aura joué un rôle crucial dans l’organisation du processus électoral contesté de 2018. Ingénieur polytechnicien spécialiste en informatique, en science des données, en statistique et intelligence artificielle, le nouveau secrétaire exécutif a surtout été l’un des conseillers de Félix Tshisekedi à l’époque où ce dernier présidait l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Mabiku Totokani Thotho évoluait alors au sein de la cellule économie, finances et audit du cabinet de Tshisekedi.

Méfiance amplifiée

Voyant dans cette nomination un nouveau coup porté à l’équité du scrutin prévu à la fin de l’année 2023, l’opposition n’a pas tardé à réagir. Le camp de Martin Fayulu a notamment accusé le pouvoir de vouloir « confisquer le processus électoral et saper davantage sa crédibilité déjà entamée ».

Sans surprise, le discours du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila puise dans le même registre. Cette nomination « vient amplifier la méfiance [à l’égard des] prochaines élections », a réagi Patrick Nkanga, membre du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD, de l’ancien président), qui a ajouté : « Doit-on même penser participer aux élections de 2023 dans cette configuration ? Cela ne semble plus nécessaire. »

Déjà opposée à la nomination de Denis Kadima à la présidence de la Ceni, l’Église catholique, qui réclamait ce poste pour qu’un contrôle « neutre » du processus électoral de 2023 soit assuré, ne s’est pas encore exprimée.

« Compétences avérées »

Du côté de la présidence comme au sein de la Ceni, on tient à mettre en avant les compétences techniques du successeur de Ronsard Malonda. « Il possède une grande maîtrise des systèmes informatiques et des bases de données, a expliqué la commission dans un communiqué. Il a travaillé comme cadre et expert-consultant dans plusieurs entreprises multinationales œuvrant dans le secteur des finances, de la recherche et de la préparation électorale. »

COMME TOUJOURS, L’UDPS NOUS A ROULÉS

La Ceni insiste sur le fait que Mabiku Totokani Thotho est « réputé intègre, rigoureux et discipliné dans son travail ». « Sa longue expérience et ses compétences sont des atouts majeurs pour aider la Ceni à garantir et assurer harmonieusement ses missions d’offrir à la RDC des élections véritablement libres, indépendantes et transparentes », ajoute le texte.

S’il suscite la colère de l’opposition, ce choix pourrait également ne pas faire l’unanimité dans les rangs de la coalition présidentielle. Contacté par Jeune Afrique, un haut cadre du Mouvement de libération du Congo (MLC) répond que le poste aurait dû revenir au parti de Jean-Pierre Bemba. « C’est une promesse qui nous avait été faite dans le cadre des négociations [menées] au sein de l’Union sacrée, assure notre interlocuteur sous le couvert de l’anonymat. Mais, comme toujours, l’UDPS nous a roulés. »

Avec Jeune Afrique Stanis Bujakera Tshiamala et Romain Gras

RDC : quitte ou double pour les Jeux de la francophonie

janvier 9, 2022
Kash © Kash

Malgré les polémiques et les soupçons de détournements de fonds, les autorités congolaises l’assurent : les 9e Jeux de la Francophonie se tiendront bel et bien à Kinshasa, du 19 au 28 août 2022. Faut-il y croire ?

Le défi est grand pour la RDC, qui doit organiser du 19 au 28 août 2022 la 9e édition des Jeux de la Francophonie. Le comité international de la compétition exige en effet des infrastructures capables d’accueillir dans de bonnes conditions les 3 500 sportifs et leurs accompagnateurs.

Pour ce faire, douze immeubles devaient être construits aux abords du stade Tata Raphaël, à Kinshasa. Mais en raison de lourds soupçons de détournements ont plané sur le comité national des Jeux dirigé par Didier Tshiyoyo, la totalité des contrats ont été renégociés. La société Janamapa Construct, détenue par un entrepreneur libanais, qui s’était vu confier l’ensemble des travaux, s’en est vu retirer l’essentiel, pour ne conserver que le creusement des fondations. Et à l’heure actuelle, les bases de seulement trois des douze édifices prévus sont effectivement réalisées…

Volonté politique ?

Nommé directeur du comité national en octobre dernier après le limogeage de l’équipe de Didier Tshiyoyo, Isidore Kwandja Ngembo se veut rassurant : « Je peux vous assurer qu’il y a la volonté politique. Le budget des Jeux provient de différents ministères faisant partie du comité de pilotage, qui est comme un conseil d’administration. Il y a des lignes budgétaires dans ces ministères qui génèrent les fonds ».

« Les entreprises disent qu’elles sont prêtes. Il suffit qu’elles soient payées, a-t-il encore ajouté. Nous n’avons aucune raison pour reporter ces jeux ». Parviendra-t-il à relever le défi ? Isidore Kwandja Ngembo assure que oui. Dans le pire des cas, il envisage même d’accueillir les sportifs à l’université de Kinshasa.

Kash

Avec Jeune Afrique par Kash

Caricaturiste, bédéiste et peintre congolais installé à Kinshasa.

RDC : la cérémonie de restitution des restes de Lumumba reportée à juin

janvier 6, 2022
Patrice Lumumba, ramené à Léopoldville, le 2 décembre 1960. © Rue des Archives

Le 17 janvier, la Belgique devait officiellement rendre aux proches de l’ancien Premier ministre l’une de ses dents, prélevée sur son corps après son assassinat, en 1961. Pour expliquer le report de la cérémonie, la présidence congolaise met en avant les mesures de restriction liées à la pandémie de Covid-19.

La cérémonie de restitution, par la Belgique, d’une « relique » de l’ex-Premier ministre congolais, Patrice Émery Lumumba, a été reportée à juin 2022, a annoncé la présidence congolaise le 5 janvier.

Héros de l’indépendance devenu le premier chef de gouvernement du Congo en juin 1960, Patrice Lumumba avait été renversé quelques mois plus tard lors d’un coup d’État. Il avait été exécuté, le 17 janvier 1961, par des séparatistes de la région du Katanga, avec l’appui de mercenaires de l’ancienne puissance coloniale belge.

La Belgique devait remettre au président Félix Tshisekedi une dent qu’un commissaire de police belge affirme avoir prélevée sur le corps de Lumumba lorsqu’il a contribué à le faire disparaître. Cette restitution devait avoir lieu le 21 juin 2021, mais la cérémonie et les hommages qui devaient l’accompagner avaient été une première fois reportés en raison d’une hausse « exponentielle » des cas de Covid-19. Ils avaient ensuite été fixés au 17 janvier 2022, jour du 61e anniversaire de la mort de Lumumba.

Dissous dans l’acide

« La cérémonie de restitution et de rapatriement des restes de l’ancien Premier ministre, Patrice Lumumba, est reportée à juin prochain, à une date proche des festivités de célébration de l’indépendance de la RDC, le 30 juin », a fait savoir un conseiller du président Tshisekedi. « Plusieurs raisons justifient ce report. La principale porte sur les restrictions qui s’appliquent dans le cadre de la lutte contre la propagation du Covid-19 », a-t-il ajouté, promettant « une communication officielle dans les prochaines heures ».

En 2000, le commissaire de police belge Gérard Soete avait raconté avoir découpé et dissous dans de l’acide les corps de Lumumba et de deux de ses proches, Joseph Okito et Maurice Mpolo, assassinés en même temps que lui. Dans un documentaire diffusé sur la chaîne allemande ARD la même année, il avait précisé avoir conservé des dents de Lumumba et les avait montrées.

En septembre 2020, la justice belge avait répondu favorablement à la demande de la famille de Patrice Lumumba de lui restituer une dent attribuée au leader congolais et saisie chez la fille de Gérard Soete. En 2001, au terme d’une commission d’enquête parlementaire, la Belgique avait reconnu sa « responsabilité morale » dans la mort de Lumumba.

Par Jeune Afrique avec AFP