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RDC-Kinshasa : de nouvelles résidences pour officiers supérieurs des Fardc

juillet 4, 2022

Les officiers supérieurs et généraux des Forces armées de la République démocratique du Congo (Fardc) ont désormais leur quartier, ou mieux une nouvelle cité de résidence, situé à une trentaine de kilomètres du centre-ville de Kinshasa, dans sa périphérie est.

Quelques villas pour hauts officiers de l’armée

Le président de la République, Félix-Antoine  Tshisekedi Tshilombo, a remis symboliquement, le 2 juillet, les  trente premières villas sorties de terre  et prêtes à accueillir les premiers occupants.

Il s’agit du « Pool Malebo » qui est un projet du gouvernement initié en 2016 mais dont les travaux s’étaient arrêtés en 2018, faute de financement. En janvier dernier, sur instruction du chef de l’Etat, le gouvernement, à travers le ministère de la Défense nationale, a relancé ce projet avec le même partenaire, à savoir Congo international investment group.

En l’espace de six mois, le partenaire a réussi à rendre viable une trentaine de villas sur les cent quatre-vingt-dix attendues. « Ce résultat ne constitue que les prémices du projet, lequel va s’étendre sur les cinq prochaines années », a précisé le ministre de la Défense nationale, Gilbert Kabanda Kurhenga, qui a ajouté qu’ « au-delà de la sphère des officiers généraux et supérieurs, le projet  couvrira également les besoins en logement de tous les officiers et sous-officiers de carrière ». Chaque occupant devrait consentir à hauteur de 35% du coût de chaque villa.

Avec Adiac-Congo par Alain Diasso

RDC-Belgique : déboulonnage anticolonialiste à Ixelles

juillet 2, 2022

Cohérente avec les « regrets » du roi des Belges réitérés récemment à Kinshasa, la commune d’Ixelles a retiré de l’espace public la statue d’un colon particulièrement brutal…

© Damien Glez

En dépit des tenants d’une histoire affichée mais contextualisée, différentes versions de repentance infusent les démembrements locaux d’anciens colons, tout autant que l’esprit woke se diffuse dans l’opinion publique. Du côté de la Belgique, les autorités d’Ixelles –l’une des 19 communes bilingues de la région de Bruxelles-capitale– ont déboulonné, vendredi 30 juin, le monument commémoratif dédié au général Émile Storms. Située à la frontière du quartier africain de Matongé et du quartier européen, la copie en marbre du buste de bronze initial dérobé indique sur son socle : « Il fonda M’Pala (1883) et étendit la civilisation jusqu’au Tanganyika »…

Décédé en 1918, le sulfureux Émile Pierre Joseph Storms fut l’un des Belges chargés par le roi Léopold II de coloniser le Congo au XIXe siècle. Réputé pour sa brutalité, « Bwana Boma » (« Monsieur Forteresse ») commettra de nombreux pillages et exactions, tranchant notamment la tête d’un chef congolais, Lusinga Iwa Ngombe, dont il enverra le crâne en Belgique. Depuis 2018 et une enquête journalistique sur les restes humains présents dans les collections du musée royal de l’Afrique centrale, dans la ville flamande de Tervuren, des voix de la société civile réclamaient le déboulonnage de la statue d’Ixelles qui fut, le 13 juin 2000, aspergée de peinture rouge.

Personnalité de troisième rang

Le retrait de l’espace public du monument dédié à Émile Storms est un symbole fort, car il avait fait l’objet, en 1972, d’un classement au titre des monuments historiques. Décidée à déboulonner le buste dès 2020, la commune d’Ixelles devra attendre une décision de la Commission royale des monuments et sites et négocier un accueil de la sculpture au musée de Tervuren, afin de calmer les plus nostalgiques de l’ère coloniale qui tolèrent un déplacement de l’œuvre mieux que sa destruction.

Si le démontage du monument a été possible, c’est que, contrairement à d’autres personnages historiques dont certains actes peuvent être valorisés, l’homme lige de Léopold II n’a pas légué de face lumineuse à l’Histoire. Le bourgmestre d’Ixelles, Christos Doulkeridis, insiste : « C’est une personnalité vraiment de deuxième, troisième rang, un lieutenant-général qui n’était connu que pour ses actes barbares ». Il existe toujours, sur le sol belge, des centaines de statues de personnes qui ont joué un rôle dans le passé colonial…

En attendant d’autres batailles dans la guerre mémorielle, la concrétisation du retrait du buste d’Ixelles tombe à point nommé, le roi Philippe de Belgique ayant réitéré, le 8 juin dernier à Kinshasa, ses « plus profonds regrets pour les blessures » infligées à l’ex-Congo belge durant la période coloniale.

Avec Jeune Afrique

Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

RDC-Basketball : Jonathan Kuminga reçu par le chef de l’Etat

juin 30, 2022

Le jeune champion de la NBA, Jonathan Kuminga, a été reçu à Kinshasa par le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, et par le Premier ministre, Jean-Michel Sama Lukonde Kienge, avant de prendre la direction d’Alexandrie pour rejoindre les Léopards basketball qui disputeront la troisième fenêtre des éliminatoires du mondial 2023.

Jonathan Kuminga reçu par le Premier ministre, Jean-Michel Sama Lukonde

Champion de la National basketball association (NBA), le prestigieux championnat nord-américain de basket-ball, avec Golden State Warriors de San Francisco, le tout jeune basketteur Jonathan Kuminga (19 ans) a été autorisé par ce championnat, sur demande de la Fédération de basketball du Congo (Fébaco), de rejoindre la sélection congolaise pour les éliminatoires de la Coupe du monde Indonésie, Philippines et Japon 2023. Aussi séjourne-t-il à Kinshasa, sa ville natale, où il a rencontré la plus haute autorité du pays, le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, et son épouse Denise Nyakeru, ainsi que le Premier ministre, Jean-Michel Sama Lukonde Kienge. Kuminga est parti enfant pour les Etats-Unis, mais n’a pas oublié son pays.

Au sortir de son entretien, le 27 juin chez le chef du gouvernement où il était emmené par le mécène sportif Olivier Endundo, il a déclaré à la presse : « Je suis Jonathan Kuminga. J’évolue à l’étranger. J’étais un rocky cette année. Je suis un enfant d’ici. J’ai grandi ici. Je suis parti pour les États-Unis étant enfant. J’ai commencé à jouer dans la NBA. Dans notre histoire, il n’y a jamais eu un Rocky qui a gagné la finale. Je suis le premier. Je voulais venir ici me présenter au Premier ministre pour qu’il sache qui je suis. Je suis vraiment fier de rentrer dans notre ville ».

Le jeune avait débuté sa formation en basketball à l’Académie PGB de Kinshasa avant de s’envoler pour les Etats-Unis et à cette époque, Jean-Michel Sama Lukonde était ministre des Sports et aussi parrain de l’Académie. « Le Premier ministre, en tant que sportif lui-même et fan des sports, a accueilli le champion avec beaucoup de gentillesse et des mots d’encouragement. C’est une histoire qu’il connaît pour avoir parrainé à l’époque et soutenu PGB, l’académie de basketball qui a formé le champion Jonathan. Nous avons une académie de basketball ici à Kinshasa, appelée Focus, qui réhabilite des terrains insalubres. Le Premier ministre nous a reçus et a écouté nos doléances et nos idées », a confié à la presse le mécène Olivier Endundo qui a accompagné Jonathan Kuminga auprès du chef du gouvernement.

Sur les traces des aînés, comme la légende Dikembe Mutombo et Bismack Biyombo, le jeune Jonathan Kuminga rentre dans l’histoire des sangs congolais à la NBA. Si les deux premiers n’ont pas joué pour les Léopards, il est en route pour Alexandrie où il va rejoindre les Léopards basketball afin de disputer la dernière fenêtre des éliminatoires de la prochaine Coupe du monde de la balle au panier. 

Avec Adiac-Congo par Martin Enyimo

RDC : pour le FMI, des résultats « meilleurs que prévu », mais…

juin 30, 2022

La situation fiscale de Kinshasa est supérieure aux attentes du Fonds monétaire international, qui a décaissé 200 millions de dollars de financement. Mais deux faiblesses majeures demeurent.

La directrice générale Kristalina Georgieva rencontre le président de la RDC Félix Tshisekedi au FMI à Washington, le 2 mars 2020. © Joshua Roberts /IMF-FMI

Le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a jugé « satisfaisants » les progrès réalisés par les équipes de Félix Tshisekedi dans la mise en œuvre des réformes prévues par la facilité de crédit élargie de 1,52 milliard de dollars approuvée en juillet 2021.

Selon ses estimations, « les résultats budgétaires ont été meilleurs que prévu car l’augmentation des recettes budgétaires et du financement extérieur a permis de dégager une marge de manœuvre pour des dépenses supplémentaires, surtout en matière d’investissement, malgré l’accumulation d’arriérés intérieurs ».

Critères quantitatifs presque atteints

Le Fonds va décaisser 203 millions de dollars « pour répondre aux besoins de financement de la balance de paiement », soit 653 millions de dollars transférés à Kinshasa depuis un an.

Portées par la hausse des cours des métaux, les exportations du pays sont attendues à 45 % du PIB cette année, contre 40,8 % en 2021. Et les recettes et les dons sont désormais anticipés à 14 % du PIB cette année, leur niveau de 2020, alors qu’une baisse de deux points était crainte. Le PIB devrait croître de 6,1 % cette année, malgré les répercussions de la crise ukrainienne.

LE FMI MET LA PRESSION SUR KINSHASA POUR RÉDUIRE LA MASSE SALARIALE PUBLIQUE, ALOURDIE DE FONCTIONNAIRES « FANTÔMES »

Les équipes du FMI regrettent toutefois qu’un des cinq « repères structurels » n’ait pas été respecté entièrement : la publication de tous les contrats miniers. L’un d’entre eux n’a pas été rendu public ont-ils indiqué, sans identifier lequel. Il faut noter que Kinshasa a signé à la fin du mois de février un accord avec l’homme d’affaires israélien Dan Gertler pour le transfert à l’État d’actifs miniers au cœur de nombreuses controverses et de sanctions imposées par les États-Unis. La publication du contenu exact de l’accord obtenu avec Gertler est réclamée depuis lors par la société civile congolaise.

Masse salariale et subventions

Le Fonds a également encouragé l’exécutif à poursuivre « la maîtrise des dépenses courantes », notamment en ce qui concerne les subventions aux carburants et les réformes de la fonction publique, afin de « créer un espace pour les investissements prioritaires ».

Entre les lignes, l’institution multilatérale met la pression sur Kinshasa pour réduire la masse salariale publique – alourdie de bon nombre de fonctionnaires « fantômes » – et les subventions. En 2020, les salaires publics ont représenté 4 758 milliards de francs congolais (environ 2 milliards d’euros), soit plus de la moitié des dépenses courantes. Le FMI les anticipe à près de 7 000 milliards de francs congolais dès l’an prochain.

Par comparaison, en 2020, les dépenses d’investissement (Capex) ont atteint seulement 1 906 milliards de francs congolais. Au demeurant, à peine 251 millions de francs congolais de Capex avaient été financées localement… Les dépenses en subventions avaient quant à elles atteint 2 243 milliards de francs congolais en 2020. Elles sont anticipées en hausse de 1 000 milliards de francs supplémentaires cette année.

Avec Jeune Afrique par Joël Té-Léssia Assoko

Crise RDC-Rwanda : quelles conséquences économiques ? L’analyse de Fitch

juin 23, 2022

Alors que la tension diplomatique entre les deux pays ne faiblit pas, l’institut de notation analyse les différentes implications que pourrait avoir le conflit actuel sur leurs économies respectives.

Des manifestants arrêtés par la police alors qu’ils tentent de rejoindre la frontière avec le Rwanda, à Goma, en RDC, mercredi 15 juin 2022. © Moses Sawasawa/AP/SIPA

Dans une note diffusée ce 21 juin, Fitch Solutions tente de mesurer les potentielles conséquences économiques de la crise diplomatique qui oppose la RDC et le Rwanda depuis plusieurs semaines. L’agence a étudié trois scénarios. Le premier, le plus probable (65 %), prévoit que les relations entre les deux pays restent « tendues » au cours des trimestres à venir, sans que cela ne débouche sur un conflit militaire à grande échelle. Notamment grâce à la médiation de la communauté internationale.

Pour rappel, le président congolais Felix Tshisekedi avait accusé, entre fin mai et début juin, Kigali de soutenir activement le groupe rebelle M23 – qui prétend défendre les intérêts des Tutsis contre les groupes armés de l’ethnie hutue. Des allégations que le gouvernement rwandais a fermement démenties.

Dans ce contexte, l’agence de notation revoit à la baisse le score de la RDC dans son indice de risque politique à court terme de 25,8 sur 100 à 24,2 (ce qui signifie que le risque est plus élevé). De même, le score de la composante sécurité/menaces extérieures est ramenée de 25,8 à 24,2. Même constat pour le Rwanda, avec un score qui passe de 69,2 à 68,3 sur le risque politique et de 58,3 à 51,7 pour la composante sécurité/menaces extérieures.

Investissements étrangers en jeu

Avec une économie « robuste » (6,4 % de croissance entre 2012 et 2021) et « largement tributaire d’importants flux d’investissements étrangers et d’aides financières », le Rwanda aurait selon Fitch Solutions tout intérêt à se tenir à l’écart des allégations dont l’accuse la RDC pour maintenir de fortes relations avec la communauté internationale et continuer à bénéficier de ses investissements. Selon le ministère rwandais des Finances et de la Planification économique, ces subventions représentent 16,1 % des recettes publiques dans le budget de l’exercice 2021-2022.

« Dans ce scénario le plus probable, nous nous attendons à ce que – même si les relations entre les deux États restent conflictuelles pendant un certain temps – les conséquences économiques ne soient pas sévères », affirment les analystes. Ils estiment que la médiation des États de la Communauté de l’Afrique de l’Est (ECA) préviendra une escalade du conflit, ce qui évitera de perturber le bon fonctionnement des industries extractives présentes en RDC.

Croissance affectée

Dans un deuxième scénario, moins probable (25 %), dans lequel les forces armées de la RDC et du Rwanda s’affrontent régulièrement, Fitch Solutions prévoit une détérioration de la stabilité de la sous-région à moyen terme. Avec un marché fortement perturbé, les exportations rwandaises vers la RDC représentant 12,4 % du total des exportations du pays en 2021 et la seule raffinerie d’or du Rwanda reposant en majorité sur les minerais congolais, les deux économies risquent de voir leur croissance ralentir. En effet, dans ce scénario d’escalade, l’institut de notation revoit à la baisse ses projections de croissance à 5,5 % en 2022 et 6,3 % en 2023 pour la RDC et à 7,1 % et 7,8 % sur la même période pour le Rwanda.

Troisième et dernier scénario (10 % de probabilité) : le conflit se répand aux pays voisins, avec l’Ouganda et le Kenya qui se mobiliseraient pour protéger leurs frontières. Avec dans ce cas un sérieux coup de frein au développement du secteur minier en RDC, du projet phare du Rwanda (Kigali Innovation City) ainsi que du projet pétrolier du lac Albert en Ouganda. C’est une croissance économique « nettement plus faible » et des risques plus élevés pour la stabilité politique à plus long terme que prévoit Fitch Solutions.

« Dans ce scénario le plus sévère, les liens régionaux s’affaibliront considérablement dans les années à venir – il est même possible que l’EAC éclate. Il y aurait beaucoup moins de coopération sur les menaces sécuritaires, et la réduction des échanges commerciaux ralentirait le développement économique en Afrique de l’Est », prévient l’institut de notation.

Avec Jeune Afrique par Maureen Songne

RDC-Rwanda : et si la réélection de Tshisekedi dépendait du M23 ?

juin 17, 2022

L’avenir politique du président congolais pourrait se jouer sur le front opposant son armée aux rebelles du M23, qu’il estime soutenus par Kigali. Une victoire ferait certainement grimper sa cote de popularité.

Félix Tshisekedi au palais de la Nation, à Kinshasa, en février 2022 © ARSENE MPIANA/AFP

On l’avait un peu trop vite donnée pour détruite, en 2013. La rébellion du M23 a fait sa réapparition et occupe désormais tous les débats en RDC, plus singulièrement encore en cette période pré-électorale, car la question sécuritaire s’imposera encore comme l’un des thèmes majeurs de la campagne. Une situation qui contraint le président Félix Tshisekedi à se poser à la fois en chef des armées prêt à affronter les rebelles que l’on dit soutenus par le Rwanda – ce que Kigali dément – et en président-candidat à un nouveau mandat qui doit défendre son bilan tant socio-économique que politico-sécuritaire.

Si la condamnation du soutien rwandais au M23 est unanime au sein de la classe politique congolaise, les adversaires de Tshisekedi lui reprochent son rapprochement et ses  relations jugées trop amicales avec « l’agresseur » Paul Kagame.

Les limites de la « diplomatie amicale »

Tout semble désormais se jouer à quitte ou double pour le chef de l’État congolais. La résurrection de M23 l’entraîne, lui le commandant suprême des forces armées, sur un nouveau front. Lors de son avènement au pouvoir, en 2019, il avait promis de mettre fin aux exactions des multiples groupes armés qui ravagent l’Est du pays. Et deux ans plus tard, afin d’accroître les capacités de l’armée nationale à les neutraliser, il avait proclamé l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, où persiste l’insécurité.

La recrudescence des activités militaires et des atrocités perpétrées par le M23 complique donc singulièrement l’équation sécuritaire pour lui. À en croire les spécialistes, le M23 serait mieux équipé que la plupart des groupes armés auxquels le Congo livre bataille dans la région. Pour preuve, les rebelles contrôlent actuellement la ville stratégique de Bunagana, dont l’armée nationale s’est retirée.

Par ailleurs, le retour du M23 fragiliserait le président Tshisekedi parce qu’il expose au grand jour les limites de la « diplomatie amicale » qu’il a entrepris de mener auprès du régime rwandais, malgré la méfiance de l’opinion publique et de la classe politique congolaise. Se sentant « trahi » par Kagame, Tshisekedi s’est justifié en déclarant qu’il avait toujours préféré « construire des ponts » avec le Rwanda à la faveur de relations paisibles plutôt que « construire des murs ».

Opportunité politique ?

Malgré tous les désagréments qu’elle cause et que nul ne saurait nier, rien ne dit que la résurgence du M23 ne se traduira pas en opportunité politique pour Tshisekedi. Parce que les Congolais dans leur immense majorité désapprouve l’attitude jugée humiliante et hégémonique de Paul Kagame, une victoire de l’armée congolaise sur le M23 ferait grimper la cote de popularité du président auprès d’une population déterminée à en découdre avec le Rwanda.

Rien de tel qu’une victoire de l’armée pour galvaniser les électeurs et faire oublier les modestes résultats enregistrés au cours du quinquennat. Comme chacun sait, les crises internationales majeures renforcent souvent la cohésion nationale, laquelle peut se traduire, en période électorale,  par un soutien accru au président, au mépris de ses éventuelles défaillances.

Théorie du complot

Une hypothèse qui n’en est pas qu’une aux yeux des adeptes de la théorie du complot, convaincus que la réapparition soudaine du M23 résulte d’un arrangement secret entre Kagame et Tshisekedi visant à permettre à ce dernier de remporter une victoire face au M23 pour regagner la sympathie des électeurs indécis de l’Est du pays.

Leur argumentaire ? Kagame n’aurait aucun intérêt à sacrifier les accords économiques « juteux » signés sous Tshisekedi en aidant le M23. Un peu facile. Car, qu’est-ce qui empêcherait le président rwandais – qui mène une « guerre hybride » en RDC depuis des années – d’ignorer tout simplement les accords miniers conclus avec Kinshasa, sachant qu’il peut obtenir toutes ces matières premières sans contrepartie en s’abritant derrière le M23 ?

Il apparaît de plus en plus évident que Félix Tshisekedi pourrait, grâce à une victoire militaire sur le M23, convertir le fardeau de la persistance de la violence à l’Est du pays en un avantage politique dans la perspective des élections de 2023. Mais, saura-t-il le faire ? Il est encore tôt pour le confirmer.

Avec Jeune Afrique par Roger-Claude Liwanga

Chercheur à l’université Harvard, professeur de droit et de négociations internationales à l’université Emory

RDC-Rwanda : nouvelles attaques dans l’Est et nouvelles accusations

juin 13, 2022

Les rebelles du M23 ont attaqué dimanche la ville de Bunagana, dans le Nord-Kivu. C’est là que se trouvait leur fief jusqu’en 2013. L’armée congolaise a de nouveau accusé Kigali de leur apporter son soutien.

Des demandeurs d’asile congolais au poste-frontière de Bunagana, en Ouganda, le 10 novembre 2021, après un combat meurtrier entre les rebelles du M23 et les troupes de la RDC. © Badru Katumba / AFP

De violents affrontements ont de nouveau éclaté ce dimanche dans la province du Nord-Kivu, non loin de la frontière avec l’Ouganda. Ils opposent cette fois encore l’armée congolaise (FARDC) aux rebelles du M23, actifs dans l’Est depuis novembre 2021.

Les assaillants ont attaqué la ville de Bunagana, qui était leur fief avant qu’ils ne soient défaits militairement et que l’armée n’en reprenne le contrôle, en 2013. Dans un communiqué, l’armée congolaise a accusé « les terroristes du M23 [d’être] soutenus par l’artillerie et les militaires de l’armée rwandaise » – des accusations qui ne sont pas nouvelles et que Kigali a systématiquement rejetées ces dernières semaines.

L’étau se resserre

« L’objectif poursuivi par le Rwanda est d’occuper Bunagana non seulement pour asphyxier la ville de Goma [chef-lieu du Nord-Kivu], mais aussi pour faire pression sur le gouvernement [congolais] », a affirmé le général Sylvain Ekenge, porte-parole du gouverneur militaire de la province, placée depuis plus d’un an sous le régime de l’état de siège par les autorités de Kinshasa. Il a également annoncé que les assaillants avaient été « mis en déroute » après avoir perdu plusieurs des leurs.

Toutefois, d’autres sources ont indiqué que les combats se poursuivaient aux abords de Bunagana dans la soirée. La situation demeure donc peu claire et, ce lundi 13 juin, l’étau semble s’être resserré autour des positions de l’armée congolaise dans la zone.

De son côté, un porte-parole du M23, Willy Ngoma, a confirmé que de « très violents » combats continuaient tout près de la ville et accusé les Casques bleus de la Monusco d’avoir « pilonné » les positions rebelles à trois reprises. Une partie de la population a fui Bunagana, important point de passage de marchandises entre la RDC et l’Ouganda.

Rébellion vaincue en 2013 par Kinshasa, le M23 (« Mouvement du 23-Mars ») a repris les armes il y a quelques mois en reprochant aux autorités congolaises de ne pas avoir respecté les accords de paix signés au Kenya par les deux parties belligérantes. Le gouvernement de Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir le M23, ce que Kigali dément.

Avec Jeune Afrique

RDC-Rwanda : Denis Mukwege demande à la Belgique d’agir

juin 12, 2022

12 juin 2022 à 17:48

« L’agression est claire » : le médecin congolais Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, a appelé dimanche 12 juin la Belgique à intervenir dans la crise entre la RDC et le Rwanda, accusé par Kinshasa de soutenir la rébellion du M23.

Le docteur Denis Mukwege à Paris, en 2016 © Bruno Levy pour JA

« L’agression du Rwanda à travers le M23 ce n’est pas une nouvelle chose », a déclaré le médecin devant la presse à Bukavu (Sud-Kivu, est de la RDC), juste avant la visite dans son hôpital de Panzi, à la périphérie de la ville, du roi des Belges et de son épouse, qui achèvent une visite de six jours en RDC.

« Cette visite royale est un acte de courage exceptionnel (…), nous rendre visite en ce moment, où le Congo est victime d’une énième agression, est un acte humanitaire fort », a-t-il estimé, alors que des combats violents étaient de nouveau signalés dans la province voisine du Nord-Kivu entre les forces gouvernementales et le M23 (« Mouvement du 23 mars »), ancienne rébellion tutsi vaincue en 2013 et réapparue en fin d’année dernière,

« L’agression est claire »

« La Belgique a une expertise sur le Congo (…), ce qui lui donne une certaine responsabilité », a estimé le Dr Mukwege, qui a reçu le prix Nobel de la paix pour son action en faveur des femmes victimes de viols. Contre « la violence qui se passe actuellement au Congo, la Belgique peut jouer un rôle très important », a-t-il dit, en rappelant qu’en 2012, quand le M23 avait « attaqué pour la première fois, le président des États-Unis d’alors, Barack Obama, avait appelé (…) le président rwandais pour lui demander d’arrêter ». « Une semaine après, ce mouvement s’était replié au Rwanda, donc cet appel téléphonique nous a donné la paix pendant dix ans », a-t-il ajouté.

« L’agression est claire, il faut la nommer, et la Belgique peut le faire », a insisté le docteur, selon qui « la Belgique peut porter un plaidoyer très fort auprès de l’Union européenne et au niveau des Nations unies ». Depuis le début de cette nouvelle crise entre les deux voisins, le Rwanda nie tout soutien au M23.

Par Jeune Afrique avec AFP

RDC : le pape François annule sa visite à Kinshasa et Goma

juin 10, 2022

Ce devait être une première après trente-sept ans. Pour des raisons de santé, le souverain pontife vient d’annuler sa venue en RDC, prévue du 2 au 5 juillet. L’hypothèse de sa démission est évoquée avec de plus en plus de sérieux.

La bannière annonçant la venue du pape François, à Goma, est devenue caduque ce vendredi 10 juin. © Moses Sawasawa/AP/SIPA

« Je suis triste », confie Mgr Donatien Nshole, le secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), quelques heures après avoir appris que le pape François annulait sa visite en RDC, qui devait se dérouler du 2 au 5 juillet. Peu avant que la nouvelle soit rendue publique, l’épiscopat congolais avait été averti par le Saint-Siège.

Dans un communiqué, le directeur du service de presse du Vatican annonce qu’à « la demande de ses médecins et afin de ne pas compromettre les résultats des thérapies du genou encore en cours, le Saint-Père, à son grand regret, est contraint de reporter son voyage ». Des termes repris par le gouvernement congolais.

Problèmes de santé

Le pape souffre de douleurs au genou droit et se déplace dans un fauteuil roulant depuis un mois. « Cela fait un moment que je suis dans cet état, je n’arrive plus à marcher », avait-il confié en mai dans une interview au quotidien italien Il Corriere della sera. Il a également des douleurs à la hanche et a dû être opéré du colon en juillet 2021.

En juin, il avait déjà annulé sa visite au Liban, et ne se rendra pas non plus à Juba, au Soudan du Sud, où il devait aller juste après avoir quitté la RDC.

La visite du pape François devait être un évènement. C’était la première fois depuis trente-sept ans et la venue de Jean-Paul II que le patron de l’Église catholique faisait le déplacement dans ce pays. Le souverain pontife devait célébrer des offices à Kinshasa mais aussi à Goma, dans l’est, chef-lieu d’une région meurtrie par la guerre et au cœur d’une récente recrudescence des tensions entre la RDC et son voisin rwandais.

« Nous attendons énormément de cette visite. Nous voulons qu’elle nous permette de nous regarder en face et de nous réconcilier, notamment avec notre voisin, confiait il y a encore quelques jours à Jeune Afrique le cardinal Fridolin Ambongo, chef de l’Église catholique dans le pays. Qui sait si l’Église ne peut pas réussir là où la politique échoue ? »

Malgré la déception, Mgr Nshole reste optimiste. « Ce n’est qu’un report. Si cela permet que le pape vienne dans des conditions meilleures, alors cela nous sera bénéfique », affirme-t-il.

Une démission prochaine ?

François en aura-t-il le temps ? Parmi les spécialistes du Vatican, l’hypothèse d’une démission du pape argentin, âgé de 85 ans, est évoquée avec de plus en plus de vigueur. Certains pronostiquent même un abandon de ses charges dès la fin août. Il suivrait alors l’exemple de son prédécesseur, Benoît XVI, qui avait annoncé sa démission en 2013, alors qu’il avait lui aussi 85 ans. Il était le premier souverain pontife à le faire depuis 600 ans.

Si jamais le pape François démissionne, les 133 cardinaux électeurs participeraient à un conclave pour choisir son successeur. Parmi eux siègerait Fridolin Ambongo, régulièrement cité comme l’un des prétendants sérieux à la tête de l’Église catholique.

Avec Jeune Afrique par Anna Sylvestre-Treiner

En RDC, « profonds regrets » du roi des Belges pour la période coloniale

juin 8, 2022
En RDC, "profonds regrets" du roi des Belges pour la periode coloniale
En RDC, « profonds regrets » du roi des Belges pour la période coloniale© AFP/Arsene Mpiana

Le roi Philippe de Belgique a redit mercredi à Kinshasa ses « plus profonds regrets pour les blessures » infligées à l’ex-Congo belge durant la période coloniale, au 2e jour d’une visite en RDC dense en évocation du passé et du délicat travail de réconciliation entre les deux pays.

Le régime colonial, « basé sur l’exploitation et la domination », était « celui d’une relation inégale, en soi injustifiable, marqué par le paternalisme, les discriminations et le racisme. Il a donné lieu à des exactions et des humiliations », a déclaré solennellement le souverain dans un discours prononcé sur l’esplanade du Parlement.

« A l’occasion de mon premier voyage au Congo (…), je désire réaffirmer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé », a-t-il ajouté.

Des regrets qu’il avait déjà formulés, par écrit, dans une lettre au président Félix Tshisekedi il y a deux ans, à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance. C’était alors une première historique.

Certains Congolais veulent voir dans cet examen du passé colonial le début d’un « nouveau partenariat », quand d’autres réclament encore excuses et réparations pour les souffrances endurées et les « pillages » des richesses de la RDC.

Le roi des Belges et son épouse, la reine Mathilde, effectuent depuis mardi après-midi en République démocratique du Congo, à l’invitation de Félix Tshisekedi, une visite à forte portée symbolique.

La deuxième journée de leur voyage a commencé au Mémorial aux anciens combattants, où le souverain a décerné une décoration au dernier ancien combattant congolais encore en vie de la « Force publique belge » ayant participé à la Seconde Guerre mondiale.

Le caporal Albert Kunyuku, qui vient de fêter ses 100 ans, avait été enrôlé en 1940 et a fait partie du contingent militaire d’appui médical envoyé en Birmanie en 1945. Assis sur une chaise, le vieil homme a longuement serré la main et échangé quelques mots avec le roi.

« Des promesses »

« Le roi vient de me faire des promesses. C’est très bien. Il faut les matérialiser », a ensuite déclaré à la presse le caporal Kunyuku.

« Décorer c’est bien. Mais, il faut aussi indemniser les familles de ces anciens combattants qui ont perdu la vie dans une guerre qui ne les concernait pas », commentait dans la rue Madeleine Yowa, une infirmière de 43 ans.

Le roi s’est ensuite rendu au Musée national de la RDC (MNRDC), où a été abordée la question de la restitution des objets d’art à l’ex-colonie, pour laquelle le gouvernement belge a défini une feuille de route en 2021.

Le souverain a remis au musée un masque géant « kakuungu », qui était utilisé pour des rites d’initiation de l’ethnie Suku. Cet objet, a-t-il précisé, est prêté pour une durée « illimitée » au MNRDC par le Musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren, près de Bruxelles.

« Nos oeuvres ont été emportées par le colonisateur, il est légitime qu’on nous les restitue », a déclaré à l’AFP Louis Karhebwa, un entrepreneur de 63 ans, « content » de la venue du roi en RDC.

L’histoire était aussi au rendez-vous d’une cérémonie au « palais de la nation », où avait été proclamée l’indépendance le 30 juin 1960.

C’est là que Patrice Lumumba, héros de l’indépendance qui allait devenir Premier ministre, avait marqué les esprits par son réquisitoire violent contre la colonisation belge, en présence du roi Baudouin, oncle de l’actuel roi des Belges, qui avait de son côté salué l’oeuvre civilisatrice de son pays.

Le couple royal doit encore passer la journée de jeudi à Kinshasa, avant de se rendre à Lubumbashi (sud-est) puis à Bukavu, dans l’est, où il visitera dimanche la clinique du gynécologue Denis Mukwege, colauréat du prix Nobel de la paix en 2018 pour son action en faveur des femmes victimes de viols.

L’est du pays est en proie aux violences de groupes armés depuis près de 30 ans et cette visite intervient en plein regain de tension entre la RDC et son voisin le Rwanda, accusé par Kinshasa de soutenir des rebelles.

Le roi a évoqué dans son discours « l’intégrité territoriale du Congo » et l’instabilité dans l’est, « où règnent trop souvent une violence inhumaine et l’impunité ». « Cette situation ne peut plus durer », a-t-il dit.

Parmi les domaines de coopération qu’il voudrait voir renforcés, le président congolais a mentionné de son côté devant la presse la « coopération militaire ». Un temps suspendue, celle-ci a repris par de la formation, mais, a-t-il dit, « c’est à la Belgique de voir ce qu’elle peut apporter de plus »

Par Le Point avec AFP