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Or : du Cameroun à la RDC, 4 milliards de dollars d’exportations « à haut risque »

mars 15, 2021
Saisie de lingots d’or à Khartoum, au Soudan, en mai 2019.

Issu de zones de conflits et passé en contrebande, l’or est un métal difficile à tracer. Mais l’harmonisation des taxes entre pays africains pourrait être un premier pas.

Dans un rapport paru en février, l’ONG américaine The Sentry estime à 4 milliards de dollars les transactions annuelles d’or « à haut risque » provenant d’Afrique centrale et d’Afrique orientale sur les marchés internationaux, notamment vers les États-Unis, l’Inde, le Moyen-Orient, l’Europe et la Chine.

L’Ouganda, le Rwanda, la République démocratique du Congo (RDC), la République centrafricaine (RCA) et le Cameroun sont les États qui ont le plus besoin de s’attaquer à ce problème, juge l’ONG, qui préconise une meilleure collaboration entre les États-Unis, l’UE et les gouvernements africains pour harmoniser les taxes sur les exportations d’or afin de réduire la contrebande et de promouvoir l’or sans conflit.

Car si elle estime que « le commerce de l’or de la guerre ne sera jamais éliminé », l’ONG met en avant des fractures qui incitent à la contrebande : ainsi, l’Ouganda et le Cameroun appliquant des taxes sur l’or nettement inférieures à celles de la RDC ou de la Centrafrique, il est beaucoup plus rentable de faire passer la marchandise d’une zone à l’autre.

À Londres, une liste des « bons fournisseurs »

En outre, le rapport de The Sentry met en évidence un grave manque de financement pour l’exploitation minière artisanale sans conflit en Afrique centrale et en Afrique orientale, laissant la porte ouverte aux sources de financement illégitimes, et une « charge bureaucratique » qui pèse sur les exploitants miniers artisanaux. Un phénomène « exacerbé par la corruption gouvernementale », juge l’ONG.

Selon elle, les gouvernements donateurs devraient collaborer avec les ministères africains de l’exploitation minière afin de créer des politiques visant à formaliser l’activité des mineurs artisanaux. Parmi les mesures qu’elle préconise, la diminution des coûts d’enregistrement et le renforcement des droits de propriété.

En novembre 2020, la London Bullion Market Association (LBMA) a publié des recommandations pour les grandes places d’échange de l’or comme Dubaï, avec trois objectifs principaux : augmenter l’approvisionnement responsable en or recyclé, l’éliminer les transactions en espèces et soutenir l’exploitation minière artisanale et à petite échelle.

L’association a notamment dressé des « Good Delivery Lists » (listes des bons fournisseurs) répertoriant les raffineurs qui respectent les normes de l’OCDE.

Absence de conséquences réelles pour les trafiquants

Pour The Sentry, il s’agit là d’un « premier pas » pour inciter les places commerciales à se conformer aux normes. Mais il reste encore beaucoup à faire pour que les entreprises de joaillerie et d’électronique cessent de s’approvisionner auprès de raffineurs qui ne peuvent pas présenter un audit indépendant crédible.

L’ONG déplore une « absence de conséquences réelles » pour les raffineurs et les négociants d’or impliqués dans des affaires de contrebande, à la différence de ce qui a pu se passer pour d’autres minerais de conflit.

L’or fait en effet partie avec l’étain, le tantale et le tungstène, des quatre principaux « minéraux de conflit », dont une équipe de recherche menée par l’économiste du CNRS Nicolas Berman a montré que l’exploitation augmente les risques de déclenchement de la violence, puis propage et perpétue la violence en renforçant les capacités financières de ceux qui se battent.

Entre 1997 et 2010, montre Berman, jusqu’à un quart des niveaux de violence dans les pays africains s’explique par la hausse des prix de l’or. Or, parmi ces minéraux de conflit, l’or est particulièrement difficile à traiter, car il est facile à passer en contrebande et à vendre pratiquement n’importe où. Lorsqu’il est raffiné, il perd toute trace de son origine et est commercialisé comme un produit standard.

Avec jeune Afrique par David Whitehouse

RDC : Ferré Gola, force tranquille de la rumba

mars 6, 2021
Le chanteur congolais Ferré Gola à Paris, pour la promotion de son nouvel album, en février 2021.

Après un single symphonique, le « Padre » prévoit la sortie de deux albums à la fin du mois de mars. Évitant soigneusement les polémiques, il poursuit son ascension, et continue de moderniser la rumba.

On n’y croyait plus. Le premier rendez-vous, en janvier, avait été annulé en raison du tournage inopiné d’un clip en Guadeloupe. Le deuxième avait été maintes fois repoussé. Et lorsqu’on pensait que tout était finalement calé (suite à l’échange d’une trentaine de mails avec son attachée de presse), un coup de fil, une heure avant l’entretien, douchait nos espoirs­ : « Désolé, il doit partir en studio pour un enregistrement… » Quelques pourparlers plus tard, Ferré Gola pointait son nez… surmonté d’une paire de lunettes en édition limitée.

Agenda de ministre, ton mesuré de diplomate et bling-bling d’une éminence de la sape. Le « Prés » (pour « président »), comme son équipe le surnomme, cumule les signes extérieurs de distinction. « L’image est fondamentale aujourd’hui. Si tu veux que les gens téléchargent, il faut avoir une bonne image », lâche-t-il tandis que la maquilleuse, qu’il a dépêchée pour l’occasion, poudre ses pommettes.

CHEZ NOUS, QUAND TU ES NOUVEAU, LES MUSICIENS TE TAPENT, C’EST COMME ÇA. ALORS OUI, ON ME TAPAIT

Dans l’organigramme compliqué des groupes congolais, qui n’a rien à envier à celui des multinationales, il est à présent tout en haut… après avoir été tout en bas, le petit qu’on malmenait à ses début dans le Wege Musica Maison Mère. « Chez nous, quand tu es nouveau, que tu n’es pas à l’aise ou que tu ne suis pas le rythme, les musiciens te tapent, c’est comme ça. Alors oui, on me tapait », reconnaît-il dans un demi-sourire.

Entre Kinshasa, Paris et Bruxelles

Mais ce temps est lointain. Rumba des jeunes (son groupe du quartier Bandal Nord, quand il était adolescent), Wenge Musica, Les Marquis de Maison Mère, Quartier Latin, puis carrière en solo à partir de 2007… Ferré (surnom donné en référence au styliste italien Gianfranco Ferré) a fait bien du chemin depuis ses débuts. À 45 ans, le voilà à la tête d’une organisation internationale pléthorique. « Il y a 56 personnes qui dépendent de moi, reconnaît-il. Des musiciens, des danseurs, mon staff entre Kinshasa, Paris et Bruxelles. »

Chanteur insatiable, auteur, compositeur et producteur, celui qu’on a baptisé « Chair de Poule », cumule les casquettes. « Et j’aimerais bien créer aussi ma marque de vêtements », ajoute-t-il tandis que l’on admire, intrigué, sa bague maousse en forme de crâne incrustée de diamants (« des vrais », précise-t-il). « Créer une marque, comme l’a fait Fally Ipupa ? », demande-t-on. En guise de réponse, l’artiste dégaine un sourire de sphinx.

Jamais il ne prononcera le nom de ses principaux rivaux, Fally et Koffi Olomidé, qui se disputent le titre de roi de la rumba depuis la disparition brutale de Papa Wemba. Quant aux éléments les plus prometteurs de la nouvelle génération, il citera Rebo Tchulo (une artiste de son écurie qui a « une belle voix, un beau physique ») et Innoss’B… Mais il faudra lourdement insister pour qu’il cite nommément des artistes.

AU CONGO, QUAND TU COMMENCES À MONTER, TOUTE LE MONDE A LES YEUX SUR TOI ET VEUT TE COMBATTRE

« Je ne dis plus de noms, assume-t-il. Je reste dans mon coin pour éviter les polémiques. Et je reste indifférent, même si on me provoque tout le temps. Au Congo, quand tu commences à monter, tout le monde a les yeux sur toi et veut te combattre… Et les polémiques sont souvent attisées par les fans. » Des fans, le Padre en a… « Gaulois », « Gladiators », les groupes Facebook mettent souvent de l’huile sur le feu dans les clashs réels ou imaginaires entre artistes de cette gigantesque arène qu’est la scène musicale congolaise.

Au-dessus de la mêlée

Mais l’admirateur de Franco veut voir plus loin, au-dessus de la mêlée, et se focaliser sur son art. Pour son quatrième album, QQJD (Qu’est-ce que j’avais dit), sorti en 2017, il avait visé haut : trois galettes (Blue, Red, Gold) contenant chacune 11 titres et mixant savamment la rumba à diverses influences, du RnB en passant par le ndombolo et le soukous.

Un tour de force… même si les artistes, congolais notamment, ont fini par nous habituer à des productions fleuves. Maître Gim’s, par exemple, avait sorti pas moins d’une soixantaine de titres pour son projet Ceinture noire et ses rééditions, entre 2018 et 2019.

EN SUIVANT L’EXEMPLE DE PAVAROTTI J’AI VOULU DÉVELOPPER UNE AUTRE DIMENSION DE MON ART

Pour ne pas se laisser distancer par ses rivaux, le Padre devait revenir sur un nouvel exploit. Son single  Regarde-moi, dans une formule inédite (piano-voix secondé par un orchestre symphonique), a mis tout le monde d’accord. « Pour moi ce virage lyrique était un nouveau challenge, en suivant l’exemple de Pavarotti j’ai voulu développer une autre dimension de mon art », lâche l’autodidacte que rien, décidément, ne semble effrayer.

Mais les fans attendent surtout la sortie, fin mars, des nouveaux albums studios. Car il y aura cette fois deux disques. Le premier, Dynastie, sera complètement tourné vers la rumba congolaise, avec des invités issus de sa première formation, Wenge Musica. Le second, aux sonorités plus urbaines, baptisé Harmonie, devrait permettre de conquérir de nouveaux fans à l’international.

La formule, adoptée par Fally, avec le carton Tokooos invitait Wizkid, Booba ou encore R. Kelly pour aider sa voix à traverser les frontières. Ferré Gola, lui, reste mystérieux sur ses invités… mais on sait que des pourparlers ont été entamés avec Maître Gim’s, et que le Congolais apprécie la musique de Naza.

Éducateur de masse

En attendant, le Padre va continuer à profiter d’un quotidien qu’il décrit comme très sage : « Je fais ma vie dans le quartier de Bastille, à Paris, quand je ne suis pas à Kin… je mange à la maison… » De l’extérieur, pourtant, on a le sentiment qu’il est sur tous les fronts. Le Padre est un père, d’un nombre d’enfants qu’il ne nous donnera pas, mais qui semble conséquent… attaché à leur éducation à l’école française.

Le chanteur congolais Ferré Gola à Paris en février 2021, pour la promotion de son nouvel album

C’est aussi un « éducateur de masse », comme il aime à se définir, qui fut l’un des premiers à sortir un clip rappelant les bons gestes pour contrer le Covid, l’année dernière. Et un médiateur inter-cultures, qui a tenu à tourner ses deux derniers clips en Guadeloupe, en janvier, pour poursuivre le dialogue entre la musique congolaise et antillaise.

Mais les membres de son staff le décrivent surtout comme un bosseur infatigable, un « talent inné », « extrêmement discipliné », qui ne cesse jamais de créer, comme s’il était en permanence « traversé par la musique. » Une vidéo Youtube assez surprenante le montre d’ailleurs en pleine improvisation vocale, à peine levé et un mug à la main, avant une séance de travail en Guadeloupe.

Malgré la pandémie qui l’a amené à renoncer à de nombreuses dates, il a joué les 12 et 13 février au Palais de la culture et à l’Hôtel Ivoire d’Abidjan. Et surtout, il travaille à la reformation de Wenge Musica Maison Mère. Plusieurs nouveaux titres sont, assure-t-il, d’ailleurs déjà enregistrés. Un événement que les fans attendaient depuis longtemps… Le Prés’ devrait continuer longtemps à rallier les suffrages.

Un gêneur nommé Covid

« Le Covid a tout compliqué… regrette Ferré Gola. Aujourd’hui, je ne joue quasiment plus. Je vis sur mes économies. Bien sûr, j’ai fait quelques dates et des lives à la maison, mais ce n’est plus pareil. » Le virus, le chanteur est bien placé pour en parler. Après avoir été l’un des premiers à mettre en ligne un single pour faire de la pédagogie sur les gestes barrières, il a attrapé la maladie lors d’un concert, fin 2020.

« J’ai pris des médicaments traditionnels de chez nous, du gingembre, du thé Mondongo (NDLR : à partir d’une plante plus connue sous le nom de maniguette)… ça a duré deux semaines. » Il espère qu’une éclaircie permettra de planifier plus de dates pour 2021, avec notamment, et c’est un scoop, un grand concert prévu pour décembre au Casino de Paris.

Avec Jeune Afrique par Léo Pajon

Covid-19 : en RDC, le vaccin arrive enfin

mars 2, 2021
Un infirmier enfile sa combinaison de protection avant d’effectuer un test sur un patient suspecté d’être porteur du Covid-19. RDC, le 30 mars 2020.

Les premières doses du vaccin développé par la firme Astra-Zeneca arrivent à Kinshasa dès ce mardi 2 mars. Ce lot de 1,7 million d’unités sera suivi d’une deuxième livraison, l’ensemble devant couvrir les besoins de 20 % de la population.

Avril 2020 : le patron de la riposte contre le Covid-19 en RDC, le professeur Jean-Jacques Muyembe, avait provoqué un tollé en déclarant qu’il pourrait y avoir dans son pays des essais cliniques d’un vaccin contre le nouveau coronavirus. Mais c’est du passé. Depuis, différents vaccins ont été produits et validés, la RDC en a fait la commande et figure désormais parmi les bénéficiaires.

« Le choix des vaccins a porté sur Astra-Zeneca de l’université d’Oxford [Grande-Bretagne], sur le Spoutnik-V [Russie] ainsi que sur Sinopharm et Sinovac [Chine] », a annoncé à Jeune Afrique le ministre de la Santé, Eteni Longondo. Qui affirme que toutes les mesures ont été prises pour la bonne conservation des doses.

« Nous avions commandé plus ou moins 6 millions de vaccins, et nous sommes en train de chercher des financements pour commander d’autres vaccins à utiliser dans des zones où sévissent les variants sud-africain ou anglais. Un premier lot de 1,7 million de doses arrive à Kinshasa dès ce mardi », poursuit le ministre.

Zones pilotes

Il précise en outre que les quatre provinces les plus touchées – Kinshasa (19 574 cas), Nord-Kivu (1 564 cas), Kongo-Central (1 517 cas) et Haut-Katanga (1 476 cas) – serviront de zones pilotes pour la première phase d’approvisionnement, qui cible 3 497 902 personnes (3 % de la population congolaise).

Depuis le début de l’épidémie, déclarée le 10 mars 2020 en RDC, on a recensé 25 962 malades, 711 décès et 20 466 personnes guéries.

Lorsque l’Alliance mondiale pour les vaccins Gavi a annoncé le 5 février dernier la liste des pays qui allaient recevoir les premières livraisons dans le cadre du dispositif de solidarité Covax, on évoquait 6 948 000 doses du vaccin développé par Astra-Zeneca pour la RDC.

5 MILLIONS DE DOSES D’AZD 12222 (ASTRA-ZENECA) SERONT FOURNIES À LA RDC

Selon la responsable du Programme élargi de vaccination (PEV), Élisabeth Mukamba, ce sont 5 millions de doses d’AZD 12222 (le nom scientifique du produit développé par le laboratoire Astra-Zeneca) qui seront fournies à la RDC dont, d’abord, un premier lot de 1 700 000 unités. L’opération de vaccination elle-même débutera le 1er avril. La seconde phase d’approvisionnement devra couvrir, selon la même source, 19 693 173 personnes dans les 26 provinces, soit 17 % de la population.

Trois groupes prioritaires

Les catégories prioritaires pour la vaccination sont réparties en trois groupes : le premier (Groupe 1, environ 1 % de la population) comprend les professionnels de santé et les travailleurs sociaux, le deuxième (Groupe 2, 13 % de la population) compte les personnes ayant une comorbidité (maladie rénale chronique, hypertension, diabète), le troisième (Groupe 3, 6 % de la population), lui, recense les personnes âgées de plus de 55 ans.

Selon le ministre Eteni Longondo, la vaccination ne concernera que les personnes volontaires et se déroulera dans les installations hospitalières. Les élèves ne sont pas concernés. Une carte de vaccination sera octroyée (gratuitement) après l’acte.

Augmenter l’immunité collective

Pour le ministre de la Santé, la RDC a intégré la vaccination comme un axe de lutte afin d’augmenter l’immunité collective et de lever les différentes restrictions liées à cette pandémie mondiale, notamment le confinement, le couvre-feu ou l’interdiction de se rassembler, en vue de la reprise de la vie quotidienne.

Avec Jeune Afrique par Stanis Bujakera Tshiamala

RDC/Meurtre des experts de l’ONU : la Cour militaire autorise la comparution de Sonia Rolley

mars 2, 2021

Cette Cour dit attendre de la journaliste de la Radio France internationale (RFI), d’«aider l’humanité en mettant à la disposition de la justice congolaise des éléments dont elle aurait des preuves » au sujet de cet assassinat.

Sonia Rolley /RFI

La Cour militaire de l’ex-Kasaï-Occidental vient d’autoriser la comparution de la journaliste du service Afrique de RFI, Sonia Rolley, comme renseignant dans le procès des présumés meurtriers des experts de l’ONU au Kasaï. Cette autorisation, note radiookapi.net, a été demandée par le ministère public, qui pense que la journaliste pourrait « éclairer » la Cour militaire sur ce qu’elle sait de ce meurtre.

Dans sa sollicitation, le ministère public, le général Muwau a, en effet, rappelé que le journaliste de RFI, accréditée à Kinshasa au moment du meurtre des deux experts de l’ONU, de Zaida Catalan et Michael Sharp, tués en mars 2017 au Kasaï, avait réalisé beaucoup de reportages relatifs à ce meurtre.

Et de faire savoir que la journaliste avait également discuté avec l’une des personnes accusées d’avoir participé à ce meurtre, Jean Bosco Mukanda. «Sonia Rolley a fait beaucoup de reportages sur ce meurtre. Elle a parlé avec Jean Bosco Mukanda. Au lieu de dire des choses en dehors du prétoire, qu’elle vienne le dire ici », a-t-il argumenté. Pour lui, « ne pas vérifier ce que Sonia Rolley dit, on dira que la justice militaire a évité d’affronter la vérité ».

Accédant à la demande du ministère public, le président de céans a indiqué que la Cour s’était fait le devoir d’inviter la journaliste « afin qu’elle puisse aider l’humanité en mettant à la disposition de la justice congolaise des éléments dont elle aurait des preuves ». La source indique qu’en plus de Sonia Rolley, la Cour a également autorisé la comparution de Gabriel Ilunga et  pasteur Charles Boniface, responsable d’une radio émettant de Kananga.

Avec Adiac-Congo par Lucien Dianzenza 

RDC-Diplomatie : les dépouilles de Luca Attanasio et de son garde du corps rapatriés en Italie

février 24, 2021

Les corps inertes de l’ambassadeur italien et de son garde du corps, tués le 22 février, lors d’une attaque à Nyrangongo au Nord-Kivu, sont arrivés à Rome en Italie, le  24 février par l’aéroport militaire de Ciampino. Elles ont été réceptionnées par le Premier ministre italien Mario Draghi. 

mediacongo.net - Actualités - Attaque d'un convoi du PAM à Nyiragongo :  l'ambassadeur italien Luca Attanasio est décédé des suites de ses blessures

L’ambassadeur italien Luca Attanasio

Auparavant, une délégation du cabinet du chef de l’État s’était rendue quelques heures plus tôt à Goma pour rendre les derniers hommages à l’ambassadeur Luca Attanasio. Ce dernier et son aide de camp, Vittorio Lacovacci, ont reçu les hommages des autorités congolaises au cours d’une sobre cérémonie non autorisée aux médias.

Le gouverneur du Nord-Kivu, Carly Nzanzu Kasivita, et le conseiller principal du chef de l’Etat au collège diplomatique, M. Boshiri, se sont recueillis devant les  deux cercueils enveloppés de drapeaux italiens exposés sous une tente au cœur du dispositif militaire de la Monusco à leur terminal de l’aéroport international de Goma. Après  avoir déposé deux gerbes de fleurs au nom du chef de l’Etat, Felix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, les deux personnalités ont échangé quelques mots avec les délégués du gouvernement italien venus pour assurer le rapatriement de leurs compatriotes. Le gouverneur de province a remis le message de condoléances de sa province aux officiels italiens.

Un gros porteur de l’armée de l’air italienne a atterri en milieu de la journée à Goma avec, à son  bord, une dizaine d’officiers militaires. Visiblement émus, les  délégués italiens se sont opposés à toute cérémonie d’hommage aux deux illustres disparus. Aucune prise d’images n’a été autorisée et le lieu de l’exposition des dépouilles mortelles n’a pas été accessible aux autres autorités provinciales civiles et militaires. L’avion militaire de l’armée de l’air italienne a décollé le même jour en direction de  Rome.

Avec Adiac-Congo par Alain Diasso

RDC-Retombées du décès de Luca Attanasio : les déplacements des diplomates soumis à une autorisation préalable

février 24, 2021

Désormais, tout déplacement d’un diplomate en poste à Kinshasa dans l’arrière-pays est dorenavant soumis à une autorisation préalable du gouvernement. 

C’est l’une des grandes décisions prises par le Conseil de sécurité présidée, le 23 février, par le chef de l’Etat, Felix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, à la suite du meurtre de l’ambassadeur d’Italie en RDC, Luca Attanasio.  L’autre décision  est le ferme engagement  du gouvernement congolais de renforcer la sécurité dans les zones rouges. Tous les responsables des services de défense et sécurité réunis autour du commandant suprême des forces armées ont également pris l’engagement de tout mettre en œuvre,  afin de rechercher, trouver et traduire devant la justice les coupables  de ce crime.

Ces décisions résultent de plus de deux heures d’analyse de la situation dramatique  survenue à Kibumba, dans le Nord-Kivu. Depuis lundi, le chef de l’Etat a ordonné  des recherches approfondies des responsables du meurtre du diplomate italien. Une délégation est arrivée à Goma, le même mardi, pour suivre de près les instructions du chef de l’Etat.

Un autre émissaire du chef de l’Etat était attendu le  24 février à Goma. Le mardi en matinée, le couple présidentiel est allé exprimer sa compassion et réconforter la famille éplorée de l’ambassadeur  Luca Attanasio.

Enfin, il est à préciser que la délégation du PAM se rendait de Goma, à Nyrangongo (Nord-Kivu) pour visiter un programme d’alimentation scolaire de cet organisme à Rutshuru, une route qui avait auparavant été autorisée à voyager sans escorte de sécurité. Cet axe routier avait, en effet, été déclaré  « ligne verte » par le département des Nations unies chargé de la sécurité et la sûreté pour l’ensemble des organismes des Nations unies.

A en croire maints observateurs, il s’agit-là d’un acte criminel, dont les auteurs sont à rechercher ailleurs, plutôt que dans les seuls rangs des groupes armés, car on n’y trouve presque plus sur cette zone. Toutefois, les enquêtes sont en cours pour déterminer les vrais auteurs de l’assassinat du diplomate italien.

Avec Adiac-Congo par Alain Diasso: 

[Chronique] Joseph Kabila privé de sa Garde républicaine : un ex-roi nu ?

février 24, 2021
Damien Glez

Est-ce l’ultime passe d’armes entre l’ancien président et son successeur ? Alors que la Garde républicaine qui assurait la sécurité de Joseph Kabila est remplacée par des policiers, certains dénoncent une désacralisation de l’ex-chef de l’État.

Machiavel machiavelisé ? Au jeu du « je te tiens, tu me tiens par la barbichette », le clan du président Félix Tshisekedi excelle et assène des coups symboliques à l’ancien régime. Beaucoup d’observateurs riaient pourtant sous cape quand le Medvedev congolais décida de s’émanciper de son Poutine local. À l’issue de la dernière présidentielle, le chef de l’État élu apparaissait comme le bénéficiaire d’une alternance en trompe-l’œil, tout comme le candidat de l’ancien régime, Emmanuel Ramazani Shadary, ressemblait, a posteriori, à un dauphin en carton-pâte.

Dans l’ombre, aux manettes d’une majorité censément solide, confortablement installé dans son fauteuil de sénateur à vie, l’impénétrable Joseph Kabila attendait que le pouvoir lui revienne comme un boomerang.

Cheval de Troie

Mû par un regain d’orgueil, l’élu déploya patiemment sa stratégie : un cheval de Troie dans le cheval de Troie d’une majorité kabiliste qu’on croyait verrouillée. Deux ans après son accession à la magistrature suprême, au tournant de l’année 2020 et au début de 2021, « Fatshi » a fissuré patiemment le clan de son allié de circonstance.

Après avoir obtenu le départ de la présidente de l’Assemblée nationale, une majorité d’« Union sacrée de la nation » de 391 députés et le changement de Premier ministre, il restait à Tshisekedi quelques mesures symboliques à prendre, qui frisent l’humiliation de son prédécesseur…

CELUI QUI RÉGNA SUR LA RDC PENDANT DIX-HUIT ANS SERA DÉSORMAIS GARDÉ PAR 75 « SIMPLES » POLICIERS…

Quelques jours auparavant, plusieurs centaines de Gardes républicains qui protégeaient Joseph Kabila et l’ensemble des lieux où évoluait sa famille proche ont été rapatriés dans leur unité d’origine.

Il y a deux semaines déjà, à Kinshasa, étaient enlevés les barrières, voitures blindées et chars qui empêchaient l’accès au monument érigé en hommage à Laurent-Désiré Kabila et à la rue kinoise où se situe la résidence du « président honoraire » et « sénateur à vie » Joseph Kabila. Celui qui régna sur la RDC pendant dix-huit ans sera désormais gardé par 75 « simples » policiers…

Kabila désacralisé

Bien entendu, les tshisekedistes ont beau jeu de rappeler que la loi affecte la Garde républicaine à la seule protection du chef de l’État en exercice. Il n’empêche. La figure de Kabila est d’autant plus désacralisée que des badauds curieux peuvent désormais faire des selfies à proximité de sa porte d’entrée. Ce week-end, à Lubumbashi, le départ des Gardes républicains affectés aux propriétés de l’ancien président a même suscité des rumeurs…

À MALIN, MALIN ET DEMI ?

Reste à savoir si la guéguerre entre le fils d’Étienne et celui de Laurent-Désiré sera une partie de billard français à trois bandes. À malin, malin et demi ? Toujours jeune pour un dirigeant politique, Joseph Kabila sortira-t-il un ultime tour de sa besace politicienne ? Il aurait quitté sa ferme de Lubumbashi pour chercher l’inspiration en Zambie puis aux Émirats arabes unis. Objectif 2023 ?

Avec Jeune Afrique par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Meurtre de l’ambassadeur de l’Italie en RDC : le Mouvement des Indignés relève l’urgence de la mise en place d’une force neutre

février 22, 2021

Pour ce mouvement citoyen, c’est la présence des armées étrangères et des mouvements rebelles dans cette partie du pays qui y intensifie les tueries, qui vont jusqu’à atteindre les diplomates en visite régulière dans le coin.

Photo: l’ambassadeur Lucca Attanasio/Adiac.

S’appuyant sur le meurtre de l’ambassadeur de l’Italie en République démocratique du Congo (RDC), Luca Attanasio, dans le Nord-Kivu, le Mouvement des indignés de la situation sécuritaire en RDC (Miss-RDC) appelle à la mise en place urgente d’une force neutre dans cette partie du pays.

Ce mouvement dit, par ailleurs, regretter que rien ne soit fait pour mettre fin à l’insécurité dans la région. Le Miss-RDC, qui dénonce l’insécurité et les tueries des populations civiles dans cette partie du pays, rappelle-t-on, mène des plaidoyers qui appellent notamment le chef de l’Etat, Félix-Antoine Tshisekedi, à réaliser ses promesses de campagne dont l’installation de son Etat-major dans l’est du pays, afin de mettre fin à cette situation chaotique qui dure depuis plus de deux décennies. Ce mouvement citoyen et d’autres  organisations demandent le départ de la mission onusienne, la Monusco, qu’ils accusent de complicité ou de passivité dans la situation d’insécurité dans cette partie de la RDC.

Dans ses plaidoyers, le Miss-RDC recommande également la purge au sein de l’armée afin d’y extirper les officiers affairistes et tous ceux qui sont impliqués dans la situation d’insécurité dans l’est du pays.

Le mouvement s’attend donc à ce que le meurtre de l’ambassadeur d’Italie en RDC conduise les autorités congolaises et la communauté internationale à prendre une fois pour toute, une décision en vue d’enrayer l’insécurité dans cette partie du pays. « Cela doit être la goutte d’eau qui déborde le vase », indique un autre activiste de mouvement citoyen.

Dans une courte vidéo, la ministre congolaise en charge des Affaires étrangères, Marie Tumba Nzeza, qui s’est rendue à la résidence de l’ambassadeur Lucca Attanasio pour réconforter sa famille, a fait une promesse ferme du gouvernement congolais de tout mettre en œuvre pour découvrir les auteurs de ce meurtre. « C’est avec peine et beaucoup de tristesse que nous venons d’apprendre le décès du jeune ambassadeur Italien ici chez nous en RDC dans un convoi du PAM. Je promets au gouvernement italien que le gouvernement de mon pays mettra tout en œuvre pour découvrir qui est à la base de cet ignoble meurtre », a-t-elle déclaré.

Avec Adiac-Congo par Lucien Dianzenza

RDC: l’ambassadeur d’Italie tué dans l’Est, théâtre de conflits oubliés

février 22, 2021

L’ambassadeur d’Italie en République démocratique du Congo (RDC) a été tué lundi lors d’une attaque dans la province orientale du Nord-Kivu, rappelant amèrement à la communauté internationale les conflits souvent oubliés qui ravagent depuis 25 ans l’Est du pays.

L’ambassadeur Luca Attanasio, 43 ans, « est décédé des suites de ses blessures » par balles, a déclaré à l’AFP une source diplomatique de haut rang à Kinshasa. 

Le ministère italien des Affaires étrangères a confirmé peu après, en faisant part de sa « profonde tristesse ».

En visite de terrain avec le Programme alimentaire mondial (PAM) au nord de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, l’ambassadeur et son convoi ont été pris pour cible par des hommes armés non-identifiés vers 10H15 (09H15 GMT), selon le diplomate de haut rang.

Gravement « blessé par balles à l’abdomen », l’ambassadeur a été évacué vers un hôpital à Goma « dans un état critique », avant de succomber à ses blessures, a-t-il précisé à l’AFP.

Deux autres personnes ont également été tuées pendant l’attaque du convoi, a indiqué de son côté à l’AFP le major Guillaume Djike, porte-parole de l’armée dans la région du Nord-Kivu. 

Les deux autres victimes seraient le chauffeur congolais et le garde du corps de l’ambassadeur, d’après plusieurs sources.

L’ambassadeur voyageait en voiture « dans un convoi de la Monusco », la mission des Nations unies présente en RDC depuis plus de vingt ans, précise le communiqué du ministère italien.

Les victimes étaient dans un convoi de deux véhicules du PAM, sans présence de la Monusco, a indiqué pour sa part une source de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco).

Le ministre italien des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, qui se trouvait à Bruxelles pour une réunion avec ses homologues européens, a annoncé son retour anticipé à Rome.

Le président du Conseil européen Charles Michel s’est déclaré « choqué par l’attaque d’un convoi » et « les vies perdues »

« L’UE restera aux côtés de la RDC et sa population » pour la « sécurité et la paix », a-t-il ajouté sur Twitter en présentant en italien ses condoléances à la famille. 

– Dizaines de groupes armés –

Luca Attanasio était ambassadeur en RDC depuis octobre 2019, après être arrivé dans le pays deux ans plus tôt en tant que chef de mission, selon sa biographie officielle.

Il était entré dans la carrière diplomatique fin 2003, après des études de commerce à l’Université milanaise Luigi Bocconi. 

Il avait démarré à la direction des Affaires économiques, avant de travailler sur les questions africaines et la coopération internationale. 

A l’étranger, il fut d’abord chef de la section économique et commerciale auprès de l’ambassade de Berne (2006-2010), puis consul général à Casablanca au Maroc (2010-2013). Après un passage à Rome, il était aussi devenu conseiller à l’ambassade d’Italie au Nigeria en 2015.

L’attaque contre ce convoi du PAM a eu lieu dans le territoire de Nyiaragongo, au nord de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu en proie à la violence de dizaines de groupes armés depuis plus de 25 ans.

A proximité des lieux du drame, se trouvent les fiefs de la rébellion hutu rwandaise FDLR et des milices hutu congolaises Nyatura. Des rebelles congolais du M-23 sont également localisés dans la zone d’après un expert du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST).

Cette région abrite le parc national des Virunga, dont au moins 200 rangers ont aussi été victimes ces dernières années d’embuscades des groupes armés dans l’exercice de leurs fonctions.

Le dernier incident en date remonte à début janvier, quand six rangers ont été tués dans le parc des Virunga.

Les groupes armés affirment défendre leur communauté mais se disputent souvent les ressources d’une région riche en minerais et en bois.

Luca Attanasio est le deuxième ambassadeur européen en fonction tué par balles en RDC, après le Francais Philipe Bernard, tué le 28 janvier 1993 lors d’émeutes qui avaient conduit à des pillages à Kinshasa, sous le règne de l’ex-président Mobutu Sese Seko.

Avec AFP

RDC : résurgence de la peste en Ituri

février 19, 2021
Centre de traitement pour les malades d’Ebola à Beni, en RDC. Photo d’illustration.

Plus de 500 cas de peste ont été détectés en Ituri, dans le nord-est de la RDC, faisant une trentaine de morts.

« Plus de 520 cas de peste » dont « plus de 31 décès » ont été dénombrés, a déclaré le Dr Patrick Karamura, ministre provincial de la Santé de l’Ituri, une région où la peste est endémique. Dans cette « résurgence » des cas, « il n’y a pas que des cas de peste bubonique. Nous avons aussi cinq cas de peste pulmonaire, deux autres cas de peste septicémique », a-t-il indiqué.

Des cas sont apparus entre le 15 novembre et le 13 décembre dans la zone de santé de Biringi, située dans le territoire d’Aru en Ituri, a expliqué la Dr Anne Laudisoit, épidémiologiste à Ecohealth Alliance, une ONG basée à New York, qui séjourne dans la zone avec une équipe des chercheurs. L’âge moyen des personnes touchées est de 13 ans, ajoute-t-elle. Cependant, il y a de grandes divergences : « la personne la plus jeune est âgé de 3 mois et la plus âgée, 73 ans », a expliqué la spécialiste.

« Recrudescence »

Selon la Dr Anne Laudisoit, au moment des premiers cas, « il y a eu une mortalité massive des rats, ce qui est vraiment indicateur de la peste ». Les rats meurent, les puces qui sont sur eux cherchent un autre animal sur lequel se nourrir et l’animal le plus proche, c’est l’homme, a-t-elle expliqué.

« Une recrudescence des cas de peste est constatée depuis juin 2020 dans la zone de santé de Rethy, dans la province de l’Ituri », avait alerté dès le 20 juillet l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). L’Ituri est la seule zone en RDC où la peste est endémique.

La maladie y a été confirmée dès 1926. Depuis le lac Albert jusqu’à la région d’Aru frontalière du Soudan du Sud, il s’agit d’« une zone où la peste ressurgit fréquemment et de manière imprévisible », selon Dr Laudisoit. La peste est causée par une bactérie, Yersinia pestis, transmise à l’homme généralement par une piqûre d’une puce infectée. La maladie se manifeste par des frissons, des maux de tête et un gonflement douloureux des ganglions.

Par Jeune Afrique avec AFP