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Canada: De nombreuses personnalités réclament le changement du nom de l’Université de Moncton

mars 6, 2023

Plus de 850 personnes ont signé cette pétition qui demande le changement de nom de l’Université de Moncton, dont Antonine Maillet, Édith Butler et les maires de Caraquet et Tracadie, Bernard Thériault et Denis Losier.

L'entrée du campus de Moncton de l'U de M avec des drapeaux.

Plus de 850 personnalités ont signé une pétition qui demande le changement le nom de l’Université de Moncton. Photo : Radio-Canada/Guy Leblanc

Le recteur de l’Université de Moncton affirmait la semaine dernière qu’il ne constatait pas de « consensus » au sujet d’un éventuel changement au nom du plus important établissement d’enseignement supérieur francophone du Nouveau-Brunswick.

La communauté a répondu à cet appel à la mobilisation en lui faisant parvenir une pétition signée par 860 personnes appuyant le renommage de l’Université de Moncton.

Le débat sur le nom de l’université revient de façon cyclique. Le mois dernier, Jean-Marie Nadeau, militant acadien de longue date, l’a relancé dans un essai publié par Le Moniteur acadien(Nouvelle fenêtre). Il estime qu’il est aberrant que l’une des institutions phares de l’Acadie porte le nom de Robert Monckton.

Copie en noir et blanc d'un portrait peint au 18e siècle d'un administrateur colonial britannique en uniforme, assis et avec la main droite rentrée entre les boutons de sa chemise, sur son ventre.

Un portrait de Robert Monckton (1726-1782) peint par Thomas Hudson. Photo: Bibliothèque et Archives Canada, Droits d’Auteurs Périmés

La ville de Moncton a hérité son nom de Robert Monckton (1726-1782), administrateur colonial et colonel de l’armée britannique qui a joué un rôle actif dans l’emprisonnement et la déportation de milliers d’Acadiens.

J’aime définir l’Acadie de manière positive et quand on traîne le nom de Monckton dans le nom de notre université acadienne au Nouveau-Brunswick, quant à moi c’est perpétuer l’aplaventrisme, l’horreur, l’inacceptable, déclarait Jean-Marie Nadeau lors d’une entrevue avec Radio-Canada Acadie le 9 février.

Longue liste de personnalités

La missive qui vient d’être envoyée aux dirigeants de l’Université de Moncton est accompagnée d’une pétition de quelque 860 noms. Ce sont des personnalités provenant de diverses sphères d’activités, dont le milieu de l’enseignement, de la politique, de la culture et des affaires.

On y lit entre autres les noms de députés actuels du Nouveau-Brunswick, comme Francine Landry, Isabelle Thériault, Kevin Arseneau et Robert Gauvin; des députés fédéraux Serge Cormier et René Arseneault; ceux des anciens ministres Bernard Richard, Bernard Thériault, Jean-Paul Savoie et Wilfred Roussel. Le chef de Pabineau, Terry Richardson, et les maires Jean-Pierre Ouellette, de Haut-Madawaska, et Denis Losier, de Tracadie, l’ont également signée.

Bernard Richard assis pour une discussion.

L’ancien ministre et ombudsman du Nouveau-Brunswick Bernard Richard est un signataire de la pétition. Photo : Radio-Canada

Bernard Richard, qui est aussi ancien ombudsman du Nouveau-Brunswick, estime que le contexte actuel est propice pour changer le nom de l’Université de Moncton.

Pour moi, ce serait un geste d’affirmation de fierté, de libération en quelque sorte aussi, et ça arrive dans un contexte nord-américain de rejet de personnalités qui ont joué des rôles plus ou moins racistes, violents, dans l’histoire de notre région. Puis, pour moi, c’est plutôt l’aspect positif, moins pour rejeter l’histoire, on ne peut pas changer l’histoire, mais on peut s’affirmer et regarder vers l’avenir, explique Bernard Richard au cours d’une entrevue accordée lundi à l’émission La matinale, d’ICI Acadie.

« Je pense que c’est le temps pour nous de se définir autrement, plus positivement. »— Une citation de  Bernard Richard, ancien ministre, ancien ombudsman du Nouveau-Brunswick et signataire de la pétition

Bernard Richard ne propose pas lui-même un nom de rechange. Il dit qu’il faudrait tout d’abord que le conseil de l’Université accepte l’idée de changer le nom et qu’elle lance un processus de consultation publique pour en trouver un autre.

Pour le moment, M. Richard se réjouit de voir que cette pétition est une démarche citoyenne. Ça m’encourage. […] Je pense que ça veut dire que l’idée, justement, a fait son chemin, que le temps est arrivé, que c’est le bon moment, dit-il.

Il faudrait modifier une loi pour changer le nom

En entrevue à Radio-Canada vendredi, le recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton a expliqué qu’un changement de nom, si l’institution voulait aller de l’avant, se déciderait ultimement à Fredericton.

Denis Prud’homme, vêtu d'un complet et debout près d'un bureau de travail, pose pour une photo.

Denis Prud’homme, recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton, dans les studios de Radio-Canada à Moncton, vendredi dernier. Photo : Radio-Canada/Nicolas Steinbach

Il existe une Loi sur l’Université de Moncton(Nouvelle fenêtre), a expliqué Denis Prud’homme. Et la loi de l’Université a prescrit le nom. Si on veut changer le nom de l’Université, on va devoir rouvrir la loi, pour demander une modification et à ce moment-là, ça devra aller à la Chambre pour approbation.

Parmi quelques autres signataires connus de la pétition en faveur du changement de nom, on relève les noms d’Antonine Maillet, d’Édith Butler, de Zachary Richard, d’Armand Caron, qui est l’ancien vice-recteur de l’Université de Moncton, campus de Shippagan, de l’avocat spécialisé en droits linguistiques Michel Doucet, de la militante Huberte Gautreau, de Warren Perrin, avocat et militant acadien de Louisiane, du musicien Calixte Duguay, des cinéastes Renée Blanchar, Phil Comeau et Denise Bouchard, de Jacques Verge, secrétaire d’Égalité santé en français, et de Jean-Claude Basque, cofondateur du Front commun pour la justice sociale du Nouveau-Brunswick.

Enseigne et bâtiments du campus de Shippagan de l'Université de Moncton le 8 juin 2019.

Le campus de l’Université de Moncton à Shippagan, au printemps 2019 Photo : Radio-Canada/Wildinette Paul

Jean-Bernard Robichaud, qui fut recteur de 1990 à 2000, mentionnait lors d’une entrevue à Radio-Canada en février que l’idée d’un possible renommage avait été portée à l’attention du conseil des gouverneurs de l’Université au cours de son premier mandat, mais s’était heurtée à une fin de non-recevoir.

M. Robichaud est, avec M. Nadeau, cosignataire de la lettre envoyée aux dirigeants de l’université.

Le nom de l’oppresseur

Dans leur lettre, MM. Nadeau et Robichaud demandent : Pourquoi les autorités de notre Université refusent-elles à répétition le changement de nom? […] Serait-ce que nous doutons de notre légitimité comme université du peuple acadien? Avons-nous honte d’affirmer à la face du monde qui nous sommes? Agissons-nous comme des colonisés?

Historiquement, nos institutions adoptaient le nom d’un saint patron, pour signifier de qui on revendiquait la protection. Avons-nous troqué le nom d’un saint patron pour celui de notre oppresseur? ajoutent-ils en faisant référence à Robert Monckton.

La lettre est adressée à Denis Prud’homme, le recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton, qui préside aussi le sénat académique; à la chancelière Louise Imbeault; et à Denis Mallet, président du conseil de l’Université. Mme Imbeault a été auparavant présidente de la Société nationale de l’Acadie (SNA), de 2017 à 2021.

Nous, on est là pour écouter

La semaine dernière, devant le comité spécial sur les universités publiques, à Fredericton, Denis Prud’homme se disait prêt à écouter les arguments au sujet d’un renommage si une masse critique se manifestait.

On voit qu’il n’y a pas nécessairement un consensus, a-t-il ajouté vendredi dernier lors d’une entrevue à Radio-Canada, tant au niveau de la communauté universitaire que de la communauté civile.

Il disait néanmoins que la question serait examinée par les hautes instances universitaires si on leur démontrait qu’une telle volonté existait au sein du public. Nous, on est là pour écouter, a dit M. Prud’homme.

Jean-Marie Nadeau ne suggère pas officiellement de nouveau nom pour l’Université de Moncton. Le mois dernier, il disait préférer Université de l’Acadie, plutôt que le nom d’une personnalité.

Radio-Canada avec des renseignements de Nicolas Steinbach, Frédéric Cammarano et Michel Corriveau

Canada-Remboursement de la PCU : des réclamations à l’apparence frauduleuse, pourtant légitimes

juillet 15, 2022

Des courriels envoyés par Service Canada réclamant le remboursement de sommes reliées à la Prestation canadienne d’urgence (PCU) ont été assimilés à des tentatives de fraude par certains destinataires. Mais il n’en est point, répond Service Canada.

Le logo de Service Canada.

Service Canada précise que ces courriels ne sont pas des canulars et que les personnes concernées devront rembourser les sommes exigées. Photo : Radio-Canada/Christian Milette

En ouvrant des courriels de Service Canada leur réclamant le remboursement de prestations versées pendant la pandémie, des destinataires ont cru observer certaines irrégularités.

Un logo étrange, une police grise, au lieu du noir généralement utilisé dans la correspondance officielle du gouvernement. Certains courriels d’abord rédigés en français, puis en anglais.

On vous a versé plus de prestations que le montant auquel vous aviez droit, affirmait l’une des correspondances consultées par CBC.

Il y avait un lien et un numéro 1 800.

Certains ont balayé ces courriels du revers de la main, persuadés qu’ils avaient affaire à une énième tentative d’escroquerie commise par des fraudeurs se faisant passer pour une agence gouvernementale.

D’autres sont allés en ligne pour raconter comment ils ont tenté d’obtenir des réponses de Service Canada. L’un d’eux a affirmé qu’un agent lui avait raccroché au nez lorsqu’il avait appelé pour poser une question.

Sur Twitter et Reddit, certains ont déclaré que le formatage était très différent de la correspondance gouvernementale qu’ils avaient reçue par le passé. Pour l’un d’entre eux, le logo du gouvernement avait l’air horrible, comme s’il avait été réalisé avec une application de base comme Microsoft Paint.

D’autres ont trouvé suspect d’être contactés par courrier électronique, plutôt que par message sécurisé.

Plus de 100 personnes ont signalé ces courriels à l’organisme national de surveillance de la fraude. Mais Service Canada confirme que ces courriels ne sont pas un canular et que les personnes qui les reçoivent doivent vraiment payer.

Un homme devant son ordinateur.

Le site de l’Agence du revenu du Canada et de la Prestation canadienne d’urgence Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

L’agence utilise l’adresse électronique EI-AE.ServiceCanada@canada.gc.ca pour contacter les gens au sujet de l’assurance-emploi et des prestations d’urgence. Elle a envoyé 26,2 millions de courriels à partir de cette adresse depuis mars 2020, y compris des courriels sur la PCU.

Le gouvernement avait lancé ce programme d’aide de 2000 $ par mois pour offrir un soutien aux travailleurs mis à pied ou dont les heures de travail avaient été considérablement réduites en raison des mesures de confinement.

On ne sait pas avec certitude combien de variantes de la lettre de remboursement ont été envoyées.

Certains courriels consultés par CBC réclament le remboursement d’une partie de la prestation, sans préciser le montant.

Les destinataires sont invités à appeler un numéro 1 800 ou à cliquer sur un lien pour communiquer des informations qui pourraient modifier notre décision et avoir un impact sur le montant que vous devez dans les 30 jours. Le courriel indique ensuite qu’ils recevront par la poste une lettre détaillant leur dette et la manière de la rembourser.

D’après Service Canada, 1,7 million de Canadiens ont été ou seront contactés parce qu’ils ont touché le plein montant de la PCU, une somme à laquelle ils se sont finalement avérés inadmissibles.

Trois chèques placés sur une table.

De chèques du gouvernement du Canada reçus dans le cadre de la Prestation canadienne d’urgence. Photo : Radio-Canada

L’agence invite les personnes concernées à composer le 1 800 622-6232 pour valider l’intégrité de ces courriels.

Le Centre antifraude du Canada dit avoir reçu 166 rapports sur ces courriels depuis mars 2020, ce qu’un porte-parole a attribué au grand nombre d’escroqueries en circulation, et [au fait que] dans certains cas, il est difficile de savoir si le courriel est légitime ou non.

Une vigilance de tous les instants

Selon un expert, les Canadiens devraient faire preuve d’une vigilance accrue à l’égard de tout courriel demandant un paiement, étant donné le nombre d’escroqueries sophistiquées qui sévissent au Canada, notamment en lien avec les demandes de remboursements de la PCU et à Service Canada.

Je pense que les individus, compte tenu de la facilité avec laquelle ils peuvent être victimes et de toutes les étapes qu’ils doivent franchir [si leurs comptes sont compromis], sont parfois trop prudents, a déclaré Ritesh Kotak, expert en cybersécurité à Toronto.

N’importe qui peut usurper une [adresse] électronique. Elle semble provenir d’une personne en particulier, mais ce n’est pas le cas. Et c’est relativement simple à faire. Les pirates et les fraudeurs ne le savent que trop bien.

M. Kotak dit que Service Canada devrait reconsidérer son choix et se demander si le courriel est le meilleur moyen de contacter les gens au sujet des remboursements, alors qu’il pourrait plutôt envoyer des messages sécurisés ou des lettres par la poste.

Il est clair qu’il existe des moyens pour le gouvernement de communiquer de manière sécurisée, et il devrait en tirer parti.

Un porte-parole de Service Canada a mentionné que le contenu et la forme de ses courriels s’inspirent de l’avis d’experts en matière de protection de la vie privée, de droit et de communication, et qu’ils sont conformes aux politiques gouvernementales. Les courriels où le français apparaît avant l’anglais proviennent de ses bureaux du Québec, a précisé l’agence.

À la question de savoir si l’agence envisagerait d’apporter des changements pour éviter toute confusion, un porte-parole a émis la déclaration suivante : Nous examinons continuellement les commentaires des clients sur toutes nos communications, et ces commentaires guident la façon dont nous échangeons des informations avec les clients.

Avec Radio-Canada d‘après un texte de Laura McQuillan de CBC.