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Conte : La Tortue, la Poule de Hienghène et le Sphinx

janvier 12, 2013

Une vieille Tortue centenaire, à grosse tête, vivait dans la Grande Terre, en Nouvelle-Calédonie. Sentant le parfum de la mort envahir son corps, elle cherchait le sable abordable et adorable mais aussi accueillant et bienveillant, à la platitude et à la rectitude de son ventre, pour se reproduire. Elle voulait, à tout prix, laisser une bonne progéniture avec des gerçures aux pattes pour témoigner de sa présence bienheureuse sur la terre des Kanaks.

Un jour, pendant, qu’elle fut réveillée par les chants des oiseaux du ciel, qui s’amusaient en planant, à plumes déployées, à la surface plate des lagons; elle partit en mission d’expédition. Avant d’atteindre le rivage à la nage à l’aide de ses nageoires flottantes dans la blancheur et la douceur de la plage, elle fut arrêtée par la Poule de Hienghène. Celle-ci lui interdisait de passer directement sans autorisation sur la terre ferme. Car elle était la gardienne d’accès de la terre ancestrale à ce niveau de la frontière maritime et terrestre auprès de qui il fallait obtenir un visa d’accostage. La Tortue lui répondit qu’elle en avait l’habitude et s’y rendait souvent sans papier. Elle lui dit qu’elle était investie par les anciens du village de surveiller le passage à toute personne étrangère sur le sol de la Nouvelle-Calédonie. Elle voulut forcer le passage et la Poule de Hienghène lui barra le passage en étendant une partie de ses ailes. Elle s’arrêta sans continuer. Elle tourna sa tête et fit semblant de repartir dans sa destination d’origine puis passa silencieusement sous l’eau pour apparaître sur la berge, marchant paisiblement sur la plage.

La Poule de Hienghène s’étant aperçue du subterfuge utilisé par la Tortue, à sa vue, elle lui envoya des rayons puissants du soleil emmagasinés sur son dos dans les fibres de son plumage au rythme de son ramage et lui fit revenir à son niveau de discussion.

–         Et toi vieille Tortue, à grosse tête…lui dit-elle ? Pourquoi ne veux-tu pas m’écouter ? Va pondre tes œufs sur la baie Nêpêcîrî, celle des tortues,  dans la commune de Boulai. Penses-tu que j’éprouve un malin plaisir à distraire les passants à ce niveau d’accès pour gagner la terre ferme ?

–         Chère Poule ! Je ne conteste pas ton autorité. Bien plus, je te respecte dans la sagesse de ma vieillesse sans pourtant troubler la quiétude de la richesse de ta proéminence. Mais cesse de m’insulter de « grosse tête ».

–         Ce n’est pas moi, pauvre Poule de Hienghène qui t’aie donné cette grosse tête. C’est peut-être la nature.

–         Laisse ma tête tranquille, elle ne m’empêche pas de nager et de parcourir de longues distances, en plus, elle me va parfaitement bien car elle a toujours fait partie de ma constitution physique.

Après cette interpellation et discussion, à bâtons rompus, et pourtant pour son intérêt, elle faisait la sourde oreille. Elle ne cherchait pas à comprendre le rôle que jouait la Poule, à cet endroit.   Une entente, à l’amiable, fût finalement trouvée entre les deux, consistant désormais à laisser passer la Tortue pour aller pondre ses œufs, la prochaine fois.

A la saison de la ponte, la Tortue revint sur son itinéraire et la Poule de Hienghène la laissa passer. Au lieu de s’arrêter sur le rivage, elle progressa à l’intérieur des terres. Elle choisit un lieu secret, un peu mou. Elle creusa un bon trou d’abord avec ses pattes arrière car le sol n’était pas le même que celui de la plage ensuite elle utilisa ses nageoires pour poursuivre son travail enfin, elle se plaça au-dessus et pondit ses œufs qu’elle referma aussitôt avec de la terre, soigneusement nivelée. Avant de repartir, elle souffla, à la surface de la terre, regarda à gauche et à droite si un prédateur ne l’épiait pas.

La Grande Terre rentra dans sa saison tropicale. Les alizés aussi étaient à leur moment du rendez-vous avec la nature. Ils soufflaient à grande vitesse, faisant tomber les arbres et arrachant la toiture des maisons. Comble de malheur un feu de forêt naquit à la rencontre d’un mégot de cigarette qu’un pêcheur avait jeté. Celui-ci produisit par l’activation des alizés, un grand incendie. Les œufs de la Tortue qui se trouvaient en ces lieux furent brûlés dans leur cachette car la terre étant chaude, elle communiqua la chaleur jusqu’à la profondeur de la ponte.

Un alligator affamé qui vagabondait dans la nature après l’incendie  sentit une odeur de pourriture. Il éleva ses narines en l’air et s’orienta selon la direction du vent. Il suivait à pas lents la provenance de cette odeur alléchante qui devrait cachée un aliment pouvant assouvir sa faim. Quand, il arriva sur le lieu où se propageait la fameuse odeur, il creusa de ses griffes et découvrit tous les œufs de la Tortue, brûlés sous terre par l’incendie de la forêt. Il les mangea sans reproche, car il voulait rendre un service à la nature pour que l’odeur ne perdure et ne se répande pas pendant de longs jours.

Un dimanche pendant qu’elle se promenait, elle se rendit à son lieu de ponte. Là elle découvrit de nombreuses coquilles parsemées et éparpillées sur une étendue. Elle pleurait, se roulait et se vautrait par terre. Un Rossignol l’approcha et lui demanda: pourquoi pleures-tu ? Elle lui dit qu’elle venait de voir les coquilles de sa ponte, exhumées. Cela voulait dire qu’un prédateur avait découvert sa cachette. Et le Rossignol d’ajouter qu’il pouvait la conduire chez le grand féticheur et voyant du village pour chercher à connaître celui qui avait mangé ses œufs.

Quand ils arrivèrent au village, elle expliqua l’objet de sa visite. Le féticheur prit sa cuvette d’eau et plaça un miroir. Il secoua trois fois le contenu et fit une incantation en paicî, une langue kanak de la Grande Terre. Peu à peu, un visage se dessinait et apparaissait sur le miroir dans l’eau, celui d’un alligator, marchant à quatre pattes comme un soûlard avec un œuf, à la bouche, certainement pour aller donner à manger à ses enfants. Il appela la Tortue et son compagnon le Rossignol de voir le coupable. Mais il leur dit que ce n’était pas de sa faute car il voulait rendre service à la nature puisque les œufs étaient brûlés et sentaient mauvais. En plus il lui dit qu’il pouvait lui faire des fétiches sous forme de scarifications sur la peau pour lui rendre invincible en cas de bataille contre ses adversaires. Il lui demanda de donner sa patte. Il prit une lame Gillette et lui incisa légèrement la peau, à trois endroits. Il prépara un mélange de maniguette avec de la cendre de bois de chauffe et du sel. Il lui frotta aux différents endroits des entailles où sortait un peu de sang. Il la souleva et la laissa tomber trois fois par terre pour vérifier l’efficacité du fétiche, sa consistance et sa résistance. A sa chute, elle rebondit. Il lui donna un bon coup de poing, cela ne lui fit pas mal et l’interdit durant le combat de ne jamais regarder derrière.

La Tortue regagna l’eau. En passant, elle fût interpelée par la Poule de Hienghène que sa durée de séjour sur le rivage avait dépassé le temps accordé. Cela voulait  dire qu’elle avait violé et outrepassé le règlement. Cette infraction lui valait soit une amende, soit une punition. La Poule de Hienghène lui demanda de payer deux cents euros. Elle répondit qu’elle n’avait pas d’argent. Elle ajouta de ramasser toutes les coquilles le long des lagons. Elle refusa et répliqua par une impolitesse caractérisée. Une brève dispute éclata qui se transforma rapidement en bagarre.

Consciente et sûre de son fétiche, la Tortue livra une bagarre, sans arrêt, à la Poule de Hienghène, qui dura trois heures. Chaque coup de poing que lui assénait la Poule rebondissait sur sa carapace.  Elle prenait toujours la précaution de vite rentrer ses pattes après une réplique musclée. Elle réussit après deux heures de combat de casser la patte gauche de la Poule de Hienghène. Celle-ci fut réparée par ses amis dauphins qui assistaient à la bagarre à la surface de l’eau.

A l’approche de la troisième heure, les deux adversaires éprouvant la fatigue, ne pouvaient plus faire arriver un seul coup de poing sur le corps de l’autre. Elles étaient gagnées par la mollesse. A ce moment, la Poule de Hienghène utilisa son pouvoir magique, issu des ancêtres Kanaks. Elle se rechargea en faisant des respirations profondes et lui envoya un dernier coup fulgurant qui la fit tituber. Elle regarda en arrière en reculant alors que cela lui était interdit. Ce coup d’une puissance foudroyante sortit des rayons lumineux qui la touchèrent sur la carapace, produisant peu à peu de la fumée, montant et se transforma en une roche qui prit la forme d’un Sphinx.

C’est ainsi qu’est né le Sphinx de Hienghène. La Poule lui confia le rôle de veiller au passage indésirable, à tous contrevenants, rôle qu’il assume jusqu’à nos jours face à face dans la grandeur et la beauté majestueuse de sa présence dans la Grande Terre des Kanaks en Nouvelle-Calédonie.

© Bernard NKOUNKOU

Nature vitale de l’arbre

août 11, 2012

Arbre voilà des années

que je pleure ma rectitude

au bord de ma servitude

dans cette jungle de la nature

qui refuse de me redresser

dans cette position de torture

 

M’adressant à la reine des eaux

que je nourris de mes feuilles

dans la joie de ses entrailles

elle préfère sa lotion bleu soleil

induite sur l’étendue de sa peau

me jetant comme une vieille coquille

 

Un jour souffrant de mes courbatures

monsieur vent touche mes craquelures

prend le plaisir de caresser mon feuillage

je cède vite à la douceur de son passage

me prenant d’assaut les reins de mon tronc

depuis la racine jusqu’au nez de mon front.

Bernard NKOUNKOU