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Raul Castro exige la fin de l’embargo américain pour normaliser les relations

janvier 28, 2015

BELEN (Costa Rica) – Le président cubain, Raul Castro, a exigé mercredi des Etats-Unis qu’ils mettent fin à l’embargo contre Cuba afin de normaliser leurs relations, reconnaissant que le chemin pour y parvenir sera long et difficile.

L’établissement de relations diplomatiques est le début d’un processus en vue de la normalisation des relations bilatérales, mais cette dernière ne sera pas possible tant qu’existera l’embargo, a-t-il déclaré dans un discours prononcé au sommet de la Communauté des Etats latino-américains et des Caraïbes (Celac), au Costa Rica.

Le problème principal n’a pas été résolu. L’embargo économique, commercial et financier, qui provoque d’énormes dégâts humains et économiques et qui constitue une violation du droit international, doit cesser, a ajouté le dirigeant.

Raul Castro s’exprimait ainsi pour la première fois depuis la tenue de pourparlers historiques entre les deux pays, la semaine dernière à La Havane, autour des questions migratoires et de la réouverture des ambassades.

Le frère de Fidel Castro a pris note de l’appel du président américain Barack Obama au Congrès pour mettre fin à l’embargo en vigueur depuis 1962, mais lui a demandé d’aller plus loin, estimant que les mesures d’assouplissement promises étaient limitées.

Il pourrait mettre à profit avec détermination les prérogatives que lui accorde sont statut de dirigeant pour modifier de façon substantielle l’application de l’embargo, même sans la décision du Congrès, a assuré le président cubain.

Certaines forces aux Etats-Unis tenteront de faire capoter ce processus qui s’amorce, a-t-il mis en garde.

Romandie.com avec(©AFP / 28 janvier 2015 21h00)

Obama aux Cubains : «Somos todos americanos»

décembre 18, 2014
Poignée de main historique entre Barack Obama et Raul Castro à l'occasion des cérémonies organisées pour les funérailles du président sud-africain Nelson Mandela, le 10 décembre 2013 à Soweto. Crédits photo : Uncredited/AP

Poignée de main historique entre Barack Obama et Raul Castro à l’occasion des cérémonies organisées pour les funérailles du président sud-africain Nelson Mandela, le 10 décembre 2013 à Soweto. Crédits photo : Uncredited/AP

Le président américain a ouvert la voie mercredi à une normalisation des relations diplomatiques, rompues depuis 1961, avec l’île castriste.

«Somos todos americanos», dit Barack Obama ce mercredi, savourant ce moment de changement historique dont il avait rêvé. Nous sommes tous américains. Une page d’histoire se tourne et c’est lui qui est à la manœuvre. Mercredi midi, cinquante ans après la mise en place d’un embargo contre Cuba, le chef de l’État américain a annoncé solennellement sa décision de rétablir des relations diplomatiques pleines et entières avec l’île communiste, qui a si longtemps incarné le diable en Amérique. «Un nouveau chapitre», a-t-il déclaré. Ce pas de géant, qui a été finalisé mardi lors d’une conversation de près d’une heure entre Barack Obama et le dirigeant cubain Raul Castro, représente un coup politique et diplomatique spectaculaire, qui révèle un chef d’État américain loin d’être moribond, contrairement à tous les pronostics politiques récents. «L’Amérique a décidé de couper les menottes du passé», a-t-il dit non sans emphase.

Le président a pris cette décision après avoir pu négocier la libération de son ressortissant Alan Gross, un ancien contractuel de l’agence de développement USAID, qui était retenu dans l’île depuis 2009 et avait été condamné à quinze ans de prison en 2011. L’échange d’un officier de renseignement prisonnier depuis vingt ans contre trois agents cubains a également été négocié par les deux parties. Une nouvelle relation va pouvoir émerger entre l’Amérique et la petite île située à 90 milles de ses côtes.

«Nous allons mettre fin à une approche datée qui a échoué à faire avancer nos intérêts», a dit Obama, qui a rappelé qu’il était né un an avant l’opération calamiteuse de la baie des Cochons et que rien n’avait bougé depuis l’embargo. «Cuba est toujours gouverné par les Castro», a-t-il constaté, soulignant que l’Amérique avait rétabli ses relations avec la Chine et le Vietnam, deux autres pays communistes, ce qui ne l’avait pas empêché de continuer de s’y battre pour les droits de l’homme. Obama a expliqué qu’il avait eu depuis longtemps l’intention de changer de politique mais qu’il avait retardé le processus tant qu’Alan Gross ne serait pas libéré. Maintenant nous pouvons «travailler ensemble sur la santé, le terrorisme» et d’autres sujets d’intérêt commun, a dit le président, soulignant le rôle récent de Cuba dans la lutte contre Ebola. «Nous ne nourrissons pas d’illusions sur le régime… Je n’attends pas de changement de la société cubaine en 24 heures», a-t-il ajouté pour prévenir les critiques. Mais, clairement, il espère qu’«avec le temps», l’ouverture portera ses fruits. La Maison-Blanche a toutefois dit souhaiter que l’embargo soit levé avant que le président Obama quitte ses fonctions, en 2017, et n’a pas exclu que le président américain se rende sur l’île une fois restaurées les relations diplomatiques.

Normalisation diplomatique

En échange de la libération de 53 prisonniers politiques par Cuba, la Maison-Blanche a décidé de lever certaines régulations qui pesaient sur les relations commerciales, les investissements et les voyages entre les deux pays. Ces décisions, prises dans le strict cadre des pouvoirs de l’exécutif, resteront évidemment limitées dans leur ampleur et leur application, le Congrès primant en ce domaine. L’embargo ne peut être levé sans un vote au Capitole, qui paraît peu probable, vu le poids de la puissante minorité américano-cubaine, qui bloque toujours le processus au nom des droits de l’homme, qui continuent d’être bafoués par la dictature castriste. Mercredi, le sénateur américano-cubain Marco Rubio a d’ailleurs violemment critiqué la démarche d’Obama, jugeant que ces décisions «n’apporteraient rien à la cause de la démocratie, mais au contraire la feraient reculer».

La présidence espère que la normalisation diplomatique en cours «encouragera le Congrès à avancer», a répliqué mercredi un haut responsable de l’Administration. «Notre position est que le caractère bénéfique de cette politique d’ouverture deviendra évident», a-t-il ajouté, soulignant que la politique d’embargo n’avait jamais eu d’effets en matière de droits de l’homme, et qu’il était donc temps d’essayer autre chose. Un autre responsable a jugé que «l’aide commerciale apportée au secteur privé cubain dans le cadre des mesures présidentielles contribuerait au renforcement de la société civile».

Des négociations secrètes sur la libération de Gross étaient discrètement menées entre Cuba et Washington depuis dix-huit mois. Selon de hauts responsables américains, le processus s’est accéléré, notamment grâce à l’aide du Canada, où des rencontres se sont tenues entre juin 2013 et novembre de cette année. Le pape François a joué un rôle décisif de médiateur et d’impulsion, a affirmé Obama en lui rendant un hommage appuyé.

Dès l’annonce de la nouvelle, le débat s’est emballé à Washington au sujet des effets de la décision américaine sur l’évolution politique de l’île, certains accusant Obama d’avoir mis les droits de l’homme sous la table pour se tailler un succès de politique étrangère. Mais beaucoup d’autres saluaient une décision de bon sens qui aurait dû être prise depuis longtemps. Un responsable de l’Administration notait les conséquences majeures que ce geste aurait pour la cote des États-Unis dans ses relations avec l’Amérique latine. «Nous allons enfin pouvoir défendre nos intérêts et nos valeurs sans que l’on nous demande chaque fois pourquoi nous n’avons toujours pas de relations avec Cuba.»

Lefigaro.fr par Laure Mandeville