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Canada-Québec: Les orphelins de Duplessis se sentent oubliés

décembre 13, 2021

Les orphelins de Duplessis sont-ils les grands oubliés du mouvement de reconnaissance des abus commis au sein de l’Église catholique ? Plusieurs d’entre eux disent avoir vécu des sévices semblables – abus sexuels, physiques et psychologiques – à ceux infligés aux victimes des prêtres pédophiles et aux survivants des pensionnats autochtones. Ils déplorent toutefois avoir été effacés de la mémoire collective et insuffisamment indemnisés par le gouvernement québécois.

Albert Nadeau dit avoir subi de mauvais traitements de la part des Sœurs grises de Montréal.

© Jacques Nadeau Le Devoir Albert Nadeau dit avoir subi de mauvais traitements de la part des Sœurs grises de Montréal.

À noter qu’aucune des allégations formulées dans ce reportage n’a encore été prouvée en cour. Ni les congrégations visées par les allégations rapportées dans cet article ni leurs avocats n’ont voulu répondre aux questions du Devoir en raison des procédures judiciaires en cours.

« On est en train de se faire oublier, souffle Marc Migneault. C’est comme si on n’existait pas [les orphelins de Duplessis]. » L’homme de 66 ans allègue avoir été agressé sexuellement par un prêtre lors de son séjour de 1960 à 1964 à l’Institut Mgr Guay à Lauzon (Lévis) et agressé physiquement par des religieuses qui le battaient à coup de strap et de fouet. « Moi, j’oublie pas. »

Les orphelins de Duplessis sont ces enfants pris en charge de 1935 à 1964 par des congrégations religieuses dans des orphelinats et des hôpitaux psychiatriques de la province. Plusieurs d’entre eux ont été faussement étiquetés comme déficients mentaux, ce qui les rendait inaptes à l’adoption.

Lorsque le gouvernement du Québec a mis en place le Programme national de réconciliation avec les orphelins et orphelines de Duplessis dans les années 2000, Suzanne (prénom fictif) a reçu 15 000 $ en aide financière.

« On a reçu des miettes », s’insurge la dame qui souhaite préserver l’anonymat puisque ses proches ne sont pas tous au courant de son passé. « J’ai dû faire trois thérapies pour m’en sortir, et j’en commence une autre. »

Abandonnée par sa mère, la dame de 69 ans a séjourné de 4 à 10 ans à l’orphelinat de La Tuque, géré par les Sœurs grises de Montréal. « On m’a fait manger mon vomi. On m’enfermait dans un cachot noir en bas, sans fenêtre, et si petit que je devais dormir assise. Je recevais des coups avec des manches à couteaux sur mes jointures, au point que j’ai dû me faire opérer plus tard. On recevait des coups de strap, de règle. On était sous-alimentés, allègue Suzanne. On était maganés, et pas à peu près. »

« Pensez-vous qu’on rit de moi ? » lance à son tour Albert Nadeau, qui a lui aussi reçu 15 000 $ en aide financière. Dans son enfance, l’homme de 67 ans a été placé à la crèche d’Youville, à Montréal, où il dit avoir subi de mauvais traitements de la part des Sœurs grises de Montréal. Comme bien d’autres orphelins de Duplessis, Albert Nadeau est par la suite devenu ce que l’on appelait à l’époque un orphelin agricole. Il dit avoir été envoyé chez un agriculteur à Saint-Alexis de Montcalm qui le traitait en « esclave ». « Mon cœur, c’est un poignard qu’il a dedans. Tu restes marqué à vie. »

Quittance

Afin d’obtenir cette aide financière, les 6467 orphelins de Duplessis dont la demande a été acceptée par le programme de réconciliation ont dû signer une quittance renonçant ainsi à intenter tout recours civil, individuel ou collectif contre le gouvernement du Québec et les congrégations religieuses pour les dommages, sévices et préjudices subis en institution.

Pour Pierre Samson, signer cette déclaration lui a surtout permis d’obtenir un document qui confirmait qu’il avait été interné « illégalement », dit-il, pendant huit ans à l’hôpital psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu dans l’est de Montréal, tenu par les Sœurs de la Providence. L’homme faisait partie de ces centaines d’orphelins faussement déclarés « débiles mentaux », puis internés par le gouvernement de Maurice Duplessis afin d’obtenir des subventions du fédéral.

« Mais, en dessous de ma signature, j’ai écrit “Signed under duress” [signé sous la contrainte] », raconte-t-il en anglais. Du coup, son compte bancaire s’est enflé de 18 500 $. « Mais j’étais tellement insulté [par le montant] que j’ai donné tout l’argent », rage-t-il. « J’ai vécu l’enfer », se souvient l’homme de 74 ans. Un enfer qui aurait pris la forme d’expériences médicales et de chocs électriques pratiqués sur son corps d’enfant, allègue-t-il.

Dédommagements

Selon Rod Vienneau, qui dirige le Comité des enfants de la grande noirceur, le Québec a une dette morale envers les orphelins de Duplessis. « Ils n’ont jamais obtenu justice », clame-t-il. Le gouvernement a d’ailleurs choisi le terme « aide financière » plutôt qu’« indemnisation » dans son programme de réconciliation pour éviter de reconnaître les torts du passé, croit-il.

Ces dernières années, Rod Vienneau a recueilli les noms de 1480 orphelins de Duplessis, dont 29 Autochtones, qui souhaitent participer à une nouvelle action en justice contre le gouvernement du Québec et huit congrégations de religieuses (les Sœurs de la Providence, les Sœurs de la Miséricorde de Montréal, les Sœurs grises de Montréal, les Petites Franciscaines de Marie, les Sœurs du Bon Pasteur de Québec, la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame Auxiliatrice, les Sœurs de la Charité de Québec, les Sœurs dominicaines de la Trinité).

En mai 2020, le juge André Prévost, de la Cour supérieure, a rejeté cette demande d’autorisation d’intenter une action collective présentée par Me Alan Stein au nom des orphelins de Duplessis. Le magistrat arguait qu’il n’y avait pas de question de droit commune à l’ensemble du groupe.

Mais une demande d’appel a été accueillie en février 2021 et sera entendue dans les prochains mois. « Si c’est nécessaire, j’irai jusqu’en Cour suprême », lance en entrevue Me Stein. « C’est ridicule, les montants qu’ils ont reçus. »

L’avocat fait valoir que le droit a évolué. Lorsque les orphelins de Duplessis ont accepté l’aide financière, ils n’avaient aucun recours juridique possible en raison du délai de prescription. Celui-ci a toutefois été aboli en 2020 pour les cas d’agressions sexuelles et de violences subies durant l’enfance.

Me Stein estime également que la quittance n’est valide que pour l’aide financière offerte par le gouvernement du Québec, et non pour les réclamations en dommages punitifs et exemplaires pour les abus sexuels, physiques et psychologiques qu’ils auraient subis. L’avocat réclame au gouvernement et aux communautés religieuses une indemnisation de 875 000 $ pour chaque orphelin.

Parmi les congrégations de religieuses visées par la procédure, seule la congrégation des Sœurs de Notre-Dame Auxiliatrice a accepté de répondre aux questions du Devoir. Sœur Thérèse Charbonneau assure qu’aucun enfant qui a séjourné à l’orphelinat St-Michel de Rouyn n’a reçu un faux diagnostic de « débile mental ». Selon ses dires, une seule victime présumée d’abus affirme avoir fréquenté l’orphelinat St-Michel et « on n’a aucune preuve dans nos dossiers que cette personne a séjourné ici », dit-elle.

Les cabinets d’avocats représentant les congrégations religieuses visées par la demande d’autorisation ont tous refusé de répondre à nos questions, puisque le dossier se trouve présentement devant les tribunaux. Pour l’instant, il n’a pas été établi devant la justice que ces congrégations ont infligé de mauvais traitements aux enfants.

Le procureur général du Québec, également visé par la procédure, n’a pas voulu non plus commenter le processus judiciaire en cours. L’attachée de presse du ministre Simon Jolin-Barrette, Élisabeth Gosselin, a toutefois précisé que le programme national de réconciliation avec les orphelins de Duplessis « a été établi à la suite des recommandations d’un rapport du protecteur du citoyen et d’une entente avec le Comité des orphelins et orphelines institutionnalisés de Duplessis ».

Et les congrégations religieuses ?

Selon des informations obtenues par Le Devoir auprès du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale — qui chapeaute le programme de réconciliation avec les orphelins de Duplessis —, le gouvernement du Québec a déboursé 92 millions de dollars en aide financière. Les congrégations religieuses n’ont pas contribué financièrement à ce programme.

« Et les sœurs ne se sont jamais excusées », rappelle Gábor Boros, qui a été séparé avec son frère du reste de leur famille à leur arrivée au Québec de Hongrie en 1957. Les deux garçons de 6 et 8 ans ont été placés jusqu’en 1959 à l’Institut Saint-Joseph-de-la-Délivrance, à Lévis, géré par les Sœurs de la Charité de Québec — « une forme de kidnapping », aux yeux du septuagénaire.

Dès leur descente du bateau, « la congrégation a persuadé nos parents […] de nous prendre en charge », dit-il. Dans cet environnement « d’hostilité, de xénophobie, de violence verbale et physique » qu’était l’orphelinat, il leur était interdit de parler le hongrois, et les religieuses voulaient à tout prix chasser le communiste en eux, soutient l’homme. Un séjour qui l’a également laissé avec plusieurs doigts atrophiés après que des religieuses eurent mal soigné ses engelures, témoigne-t-il.

Jean-Paul Fortier, qui a lui aussi fréquenté l’Institut Saint-Joseph-de-la-Délivrance, dit avoir encore aujourd’hui des marques dans le dos à la suite de coups de fouet reçus à l’orphelinat et affirme avoir souffert de boulimie et d’anorexie pendant 25 ans après avoir été obligé à manger son vomi. « J’ai dû faire plusieurs thérapies pour surmonter mes traumatismes », dit-il.

L’homme de 69 ans dresse un parallèle avec les abus commis dans les pensionnats autochtones. « C’est pratiquement la même affaire qui nous est arrivée », estime-t-il. Il ne faut toutefois pas oublier que, dans les pensionnats autochtones, les abus ont été perpétrés dans le cadre d’un génocide culturel aujourd’hui reconnu.

Voile d’invisibilité

Selon le professeur de sociologie de l’Université Laval André Turmel, les orphelins de Duplessis souffrent d’un voile d’invisibilité. « Ça nous donne bonne conscience au Québec de savoir que les 215 enfants [dont les dépouilles ont été trouvées] près du pensionnat de Kamloops étaient sous la responsabilité du fédéral. C’est pas les bons Québécois qui ont fait ça », relève l’auteur de l’ouvrage Le Québec par ses enfants — Une sociologie historique (1850-1950).

Mais les Québécois devront un jour se regarder dans le miroir, croit-il. « Le traitement qu’on a réservé aux orphelins de Duplessis est ce qui se rapproche le plus de ce qu’on a fait aux enfants autochtones [des pensionnats]. »

Le Devoir par Magdaline Boutros avec Ulysse Bergeron

Le Vatican demande aux religieuses « discrétion et la sobriété » sur les réseaux sociaux

mai 18, 2018

En avril dernier, le Vatican a diffusé des consignes aux religieux au sujet de leur utilisation des réseaux sociaux.

S’exprimer sur les réseaux sociaux, oui mais… avec modération. Voilà le message qu’a fait passer le Vatican aux religieux adeptes de Twitter et autre Facebook, a rapporté jeudi Mashable.

Quatre consignes. Dans un document publié en avril dernier, le Vatican donne des instructions aux membres de congrégations religieuses féminines. Sur les 289 consignes, quatre concernent l’utilisation des réseaux sociaux. Ils doivent être « utilisés avec sobriété et discrétion, pas seulement au niveau des contenus mais aussi en terme de quantité d’information et de type de communication ».

« Ne pas perdre son temps ». Les réseaux sociaux « doivent être au service de la formation d’une vie contemplative et des communications nécessaires, et ne pas devenir une occasion de perdre du temps, d’échapper aux besoins de la vie en communauté ou représenter un danger pour votre vocation et être un obstacle à votre vie dédiée à la contemplation », développe ensuite le règlement.

Des religieuses à l’esprit critique. Ce document a été édité suite à des protestations survenues récemment dans les rangs des religieuses. Dans le sillon du mouvement #MeToo, certaines d’entre elles ont en effet critiqué les inégalités entre hommes et femmes dans la hiérarchie de l’Eglise, explique Mashable.

Europe.fr

Les évêques de Madagascar condamnent l’attaque d’un couvent

avril 11, 2017

 Jésus-Christ transportant la croix. /  Mbolina. / Fotolia

Jésus-Christ transportant la croix. / Mbolina. / Fotolia

Les condamnations des « actes odieux » perpétrés le 1er avril contre le couvent des sœurs de Notre Dame de la Salette à Antsahatanteraka Antsirabe, à Madagascar, continuent. En début de semaine, la Conférence des évêques de Madagascar (CEM) avait dénoncé « un acte inhumain ».

« Nous condamnons avec vigueur ce qui s’est passé », avaient déclaré les évêques malgaches, demandant aux autorités de « prendre leur responsabilité pour que la lumière soit faite dans cette affaire ». La commission Justice et Paix, de son côté, qualifie l’attaque de « crime contre l’humanité ».

Des ordinateurs et des téléphones portables

Cette nuit-là, le couvent a été attaqué par une dizaine d’hommes armés. Après avoir roué de coups un employé qui avait essayé de les repousser, les assaillants ont violé une religieuse malgache, une jeune bénévole allemande et trois pensionnaires. Avant de prendre la fuite, ils ont dérobé plus de 6 000 €, des ordinateurs et des téléphones portables.

« Aucune revendication n’a été faite ; il s’agit sans doute d’un acte de banditisme », estime Falihéry Razafindrakoto, interrogé par La Croix. Chargé de liaison et d’appui à Madagascar pour le Secours catholique Caritas France, ce dernier rappelle que l’enquête se poursuit et que la police locale annonce avoir arrêté six personnes dans le cadre de cette affaire.

Cette attaque est à mettre en relation avec Cri d’alarme des évêques de Madagascar face à l’augmentation des violences et de la pauvreté dans leur pays.

« La société sombre dans un climat de vols et de violences. La population se trouve livrée à elle-même », déclarait l’an dernier la CEM réunie en Assemblée plénière à Antanimena. Les évêques avaient aussi abordé le problème de la corruption, qui occupe une grande place dans la gestion des affaires nationales. « Les richesses naturelles sont galvaudées, surtout en ce qui concerne l’exploitation illicite de bois de rose, de l’or et des pierres précieuses. Aucune loi précise n’a été mise en place, et la gestion des ressources naturelles reste floue », avaient regretté les évêques.

La CEM poursuivait : « Ce n’est pas seulement les ressources naturelles, mais le droit et les valeurs de la société malgache qui se trouvent aussi bafoués et échangés contre de l’argent. En somme, on nourrit la population par des mensonges. »

Lacroix.com par Claire Lesegretain

Prêtre égorgé: dialogue surréaliste entre religieuses et tueurs

juillet 30, 2016

Un dialogue surréaliste s’est engagé mardi en France dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, après l’assassinat du prêtre, entre les djihadistes et les deux religieuses retenues à l’intérieur de l’édifice. Les tueurs ont brusquement changé de comportement.

Les deux agresseurs ont fait preuve d’agressivité et d’énervement jusqu’à ce que le prêtre de 85 ans, qui vient d’être égorgé, et un fidèle grièvement blessé gisaient à terre. Mais après, « j’ai eu droit à un sourire du second, pas un sourire de triomphe, mais un sourire doux, celui de quelqu’un d’heureux », raconte une des deux soeurs à l’hebdomadaire catholique La Vie.

L’autre nonne, âgée de 83 ans, et l’épouse du fidèle blessé, âgée aussi de plus de 80 ans, demandent à s’asseoir. L’un des deux tueurs accepte. « Je lui ai demandé ma canne, il me l’a donnée », précise la religieuse.

Puis la conversation prend une tournure religieuse. L’un des deux hommes demande à la soeur de 83 ans si elle connaît le Coran. « Oui, je le respecte comme je respecte la Bible. J’ai déjà lu plusieurs sourates et ce qui m’a frappé en particulier, ce sont les sourates sur la paix », répond la religieuse.

La paix
« La paix, c’est cela que l’on veut (…) Tant qu’il y aura des bombes sur la Syrie, nous continuerons les attentats. Et il y en aura tous les jours. Quand vous vous arrêterez, nous arrêterons « , répond son interlocuteur.

« As-tu peur de mourir? », interroge ensuite ce dernier. A la réponse négative de la religieuse, il poursuit: « Pourquoi? ». « Je crois en Dieu et je sais que je serai heureuse », réplique la nonne, qui confie avoir prié intérieurement la vierge Marie et pensé à Christian de Chergé, le prieur du monastère de Tibhirine (Algérie) assassiné avec six autres moines en 1996.

Avec l’autre soeur, la conversation porte sur Jésus. « Jésus ne peut pas être homme et Dieu. C’est vous qui avez tort », assène l’autre assaillant. « Peut-être, mais tant pis », répond la première. « Pensant que j’allais mourir, j’ai offert ma vie à Dieu », ajoute-t-elle.

« Visiblement, ils attendaient la police », considère la soeur. Peu après, les deux hommes tentent une sortie en prenant les trois femmes comme bouclier humain. « Mais ils ne se sont pas mis totalement derrière nous, à croire qu’ils allaient au devant de la mort ».

Présente à la messe lors de l’irruption des terroristes, une troisième religieuse était parvenue à sortir de l’église et à donner l’alerte.

Romandie.com avec(ats / 30.07.2016 03h04)