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Soudan : les putschistes font neuf nouvelles victimes

juillet 1, 2022

REPORTAGE. La répression des cortèges de ce 30 juin, date historique du calendrier révolutionnaire, a été d’une violence quasiment inédite depuis le coup d’État.

Des manifestants anti-coup d'Etat soudanais dans les rues de Khartoum. Le 30 juin 2022.
Des manifestants anti-coup d’État soudanais dans les rues de Khartoum. Le 30 juin 2022.© – / AFP

Son sanglot transperce la foule massée devant l’hôpital Ajwada de Khartoum. Un jeune homme d’une vingtaine d’années s’effondre, la tête entre les genoux, incapable d’accepter le décès de son ami. Il est l’un des neuf « martyrs » abattus par les balles, les bombes lacrymogènes, les coups de couteau et autres actes de torture perpétrés par les forces de l’ordre soudanaises ce 30 juin.

Cette date était déjà historique pour avoir marqué le début de la dictature d’Omar el-Béchir en 1989. Puis, pour avoir accueilli, trente ans plus tard, des manifestations monstres forçant les généraux ayant succédé au dictateur déchu à reprendre le dialogue avec les civils. Ce 30 juin 2022 restera, lui, gravé dans la mémoire des Soudanais comme l’une des journées les plus meurtrières depuis le putsch du 25 octobre. Le bilan tenu depuis par le Comité des médecins soudanais atteint désormais 113 morts.

Des appels à la communauté internationale

Vers 16 heures, ce jeudi, les dizaines de milliers de Soudanais rassemblés en direction du palais présidentiel – l’un des nombreux cortèges organisés à travers le pays – commencent à rebrousser chemin. L’avalanche de gaz lacrymogènes rend l’air irrespirable, brouille la vue et brûle la peau. Beaucoup de manifestants aguerris sont pourtant parés de masques leur couvrant intégralement le visage.

« Je suis déçue. Je m’attendais à un vrai changement aujourd’hui mais c’est toujours la même chose. Quelques-uns vont mourir et on va rentrer chez nous. La communauté internationale doit comprendre que les militaires ne partiront pas d’eux-mêmes », prédit Amna Yasir. Les télécommunications étant coupées depuis le matin, non sans rappeler les 24 jours sans Internet après le coup d’État, cette étudiante en médecine ignore encore que certains révolutionnaires se sont déjà éteints.

Large chapeau de paille et appareil photo réflex à la main, Lamees Hassan incite directement l’ONU et les États-Unis à « forcer les généraux à quitter le pouvoir en imposant des sanctions individuelles au chef de l’armée Abdel Fattah al-Burhane et à Hemeti [surnom du numéro du Conseil de souveraineté, NDLR]. Car ces derniers ont besoin d’agent pour financer tout cela, pour payer les balles des policiers… Il faut geler leurs comptes à l’étranger de toute urgence. »

Un combat pour la génération future

À quelques mètres de là, abritée sous un margousier, une équipe d’infirmières soigne les blessés revenant du front. L’une d’elles bande le thorax ensanglanté d’un manifestant heurté par une cartouche de gaz lacrymogène. Tandis que le flot de motos, transportant les cas les plus sévères à l’hôpital, s’intensifie.

« Le tueur de mon fils ne gouvernera pas mon pays », peut-on lire sur la pancarte de Sakina Mohieldin, venue défiler avec ses deux filles, qui continuent à croire en la portée de la désobéissance civile. « Plus il y aura de monde dans la rue et plus vite les militaires comprendront qu’ils doivent partir », espère l’aînée, Layla Hamza, 21 ans. Les artères des grandes villes du pays ont beau être noires de monde, la jeune femme aux longues tresses, drapée dans un drapeau aux couleurs nationales, reconnaît néanmoins une baisse de la mobilisation, comparée à l’apogée de la révolution de décembre 2018.

« Les Soudanais ont essayé d’obtenir leurs droits mais, à chaque fois, ils se font tuer. Ils sont désespérés. Cependant, certains, comme moi, ne peuvent pas perdre espoir. Le Soudan est en ruines et il faudra beaucoup de temps pour bâtir un pays prospère. Mais nous ne pouvons pas abandonner notre nation. Nous voulons un meilleur avenir pour nous, et surtout pour nos enfants et petits-enfants », détaille Layla Hamza.

Des centaines d’arrestations et un possible cas de viol

Le corps abîmé par huit mois d’affrontements hebdomadaires, une frange de la jeunesse conserve donc une détermination intacte. Et fustige, par conséquent, les revirements des partis politiques de la coalition des Forces pour la liberté et le changement. « Ils soutenaient officiellement les trois “non” : ni négociations, ni partenariat, ni compromis avec l’armée. Mais ils nous ont trahis en allant parler aux militaires », dénonce Reem (1).

Cette membre d’un comité de résistance, antennes pro-démocratie fer de lance du mouvement pro-démocratie, fait référence aux discussions entamées le 11 juin sous l’égide de l’Arabie saoudite et des États-Unis. Une sorte de solution de la dernière chance alors que le dialogue chapeauté par l’ONU, l’Autorité intergouvernementale pour le développement et l’Union africaine demeure gelé, faute de participation de la branche civile.

Ce 30 juin, des témoins évoquent un nouveau cas de viol. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU dénombre déjà treize allégations de viols et de viols collectifs de femmes et de filles intervenues lors de précédentes manifestations. Haitham Abusham, un représentant de l’Association des avocates d’urgence, recense en outre plus de 300 arrestations arbitraires, dont une cinquantaine dans les jours précédant cette « marche du million ». « Une fois interpellées, ces personnes sont soumises à un traitement inhumain, alerte le magistrat, depuis un poste de police du nord de la capitale. Tous ont été torturés, la majorité d’entre eux sont blessés. »

avec Jeune Afrique par notre correspondante à Khartoum, Augustine Passilly

Afghanistan: des militantes féministes dénoncent la répression croissante des talibans

janvier 20, 2022
Afghanistan: des militantes feministes denoncent la repression croissante des talibans
Afghanistan: des militantes féministes dénoncent la répression croissante des talibans© AFP/Wakil KOHSAR

Des militantes féministes afghanes ont expliqué jeudi à l’AFP devoir se cacher pour préserver leur sécurité et ont dénoncé la répression croissante des talibans, quelques jours après la dispersion d’une de leurs manifestations avec des sprays lacrymogènes.

Au moins une participante de la manifestation de dimanche a été arrêtée mercredi soir, selon quatre militantes, qui assurent que leur mouvement est visé par une série de descentes policières et craignent pour leur propre sécurité.

Une autre manifestante a posté sur les réseaux sociaux une vidéo d’elle en panique mercredi soir, en affirmant que des combattants talibans frappaient à sa porte.

Les deux militantes restaient introuvables jeudi. Contacté par l’AFP, un porte-parole du gouvernement taliban n’a fait aucun commentaire.

Si les talibans assurent s’être modernisés depuis leur précédent règne entre 1996 et 2001, ils ont progressivement exclu les femmes de la vie publique depuis leur retour au pouvoir en août, suscitant l’inquiétude de la communauté internationale.

Les femmes restent ainsi largement exclues des emplois publics, ne sont pas autorisées à faire de longs trajets sans être accompagnées par un homme de leur famille, et les écoles secondaires pour filles restent pour la plupart fermées.

La vidéo publiée sur les réseaux sociaux « a provoqué beaucoup d’affolement », a confié une militante, qui souhaite rester anonyme.

Une autre militante a raconté à l’AFP que des talibans se sont rendus à son domicile mercredi, mais n’ont pas pu la trouver car elle était dehors avec un proche.

« Nous ne pouvons pas rester chez nous, même la nuit », a dénoncé une autre manifestante, sous couvert d’anonymat.

Ces militantes, qui manifestent régulièrement dans Kaboul et sont très actives sur les réseaux sociaux, changeaient déjà régulièrement de numéros de téléphone. Depuis la manifestation de dimanche, certaines s’astreignent à changer quotidiennement de domicile.

Ce jour-là, des combattants talibans ont aspergées une vingtaine de manifestantes avec des aérosols lacrymogènes et certaines assurent avoir été suivies.

Après ce rassemblement, Human Rights Watch a dénoncé la « répression violente » de l’opposition. Cela « marque une intensification alarmante et illégale des efforts pour empêcher les manifestations pacifiques et la liberté d’expression en Afghanistan« , a estimé l’ONG américaine mardi.

D’autres signaux suggèrent un durcissement du régime actuel: plusieurs journalistes afghans ont été arrêtés ces derniers mois et un professeur d’université ouvertement critique envers le pouvoir a été emprisonné quatre jours début janvier. Il a été relâché après une campagne sur les réseaux sociaux réclamant sa libération.

Par Le Point avec AFP

Soudan : journée sanglante à Khartoum, le chef de bureau d’Al-Jazeera arrêté

novembre 14, 2021
Des manifestants protestent contre le coup d’Etat militaire au Soudan, à Khartoum, le 13 novembre 2021. © AFP

Les forces de sécurité ont arrêté dimanche le chef de bureau de la chaîne qatarie à Khartoum, renforçant la pression sur les médias au lendemain de l’une des journées les plus sanglantes depuis le putsch.

Après la détention de centaines de militants, opposants et manifestants hostiles au coup d’État mené le 25 octobre par le général Abdel Fattah al-Burhane, les autorités « ont perquisitionné la maison du chef de bureau d’Al-Jazeera, Al-Moussalami al-Kabbachi », un Soudanais, et l’ont arrêté », selon la chaîne satellitaire.

Le Soudan est entré dans une période de turbulence le 25 octobre quand le général Burhane, le chef de l’armée auteur du coup d’État, a fait arrêter la plupart des civils avec lesquels il partageait le pouvoir, dissous les institutions du pays -y compris la plus importante – le Conseil de souveraineté – et décrété l’état d’urgence.

Depuis, Al-Jazeera a couvert les manifestations hostiles au putsch, notamment en les diffusant en direct. La chaîne a également interviewé il y a moins d’une semaine le général Burhane qui n’a accordé que deux entretiens depuis son coup de force.

Déploiement militaire et coupure d’internet

Avant l’arrestation de M. Kabbachi, dont les causes n’ont pas été précisées, de nombreux journalistes des médias d’État ont, dans le sillage du putsch, été remplacés et interdits de revenir à leur poste à l’agence officielle Suna et à la radio-télévision d’État.

DEPUIS LE 25 OCTOBRE, 21 MANIFESTANTS ONT ÉTÉ TUÉS ET DES CENTAINES BLESSÉS DANS LA RÉPRESSION

Samedi, les partisans d’un pouvoir civil sont parvenus à rassembler à travers le pays des dizaines de milliers de personnes contre le putsch, et ce malgré un déploiement militaire impressionnant et la coupure d’internet qui les obligent à s’organiser par SMS ou via des graffitis sur les murs.

Selon un dernier bilan du syndicat de médecins prodémocratie, six manifestants ont été tués lors de ces protestations à Khartoum, dont un adolescent de 15 ans. Depuis le 25 octobre, 21 manifestants ont été tués et des centaines blessés dans la répression, d’après cette source.

Nouvelle manifestation mercredi

La police a nié avoir ouvert le feu sur les manifestants et fait état de « 39 blessés graves » dans ses rangs. L’ambassade des États-Unis a condamné un usage « excessif de la force », après que l’ONU et des ambassadeurs occidentaux ont appelé les forces de sécurité à éviter une effusion de sang dans un pays où plus de 250 manifestants ont été tués lors de la révolte populaire qui poussa l’armée à écarter en avril 2019 le dictateur Omar el-Béchir.

Mais la répression sanglante n’entame pas la détermination du front anti-putsch. Les Forces de la liberté et du changement (FLC), bloc civil né de la révolte anti-Béchir, a appelé à une nouvelle démonstration de force dans la rue mercredi. « Notre route vers un État civil et démocratique ne s’arrête pas là », a affirmé dans un communiqué le bloc, dont plusieurs dirigeants ont été arrêtés depuis le coup d’Etat. L’un des leaders des FLC, Hamza Baloul, ministre de l’Information arrêté le 25 octobre puis relâché, a manifesté samedi. « Pas de négociation avec les putschistes, c’est le peuple qui décide », a-t-il lancé au milieu des manifestants, selon une vidéo mise en ligne par son bureau. À l’étranger, des Soudanais ont également manifesté contre le coup d’État dans des capitales européennes.

Formation « imminente » d’un gouvernement

Faisant fi des condamnations internationales, le général Burhane, qui dirigeait le Conseil de souveraineté, a décidé d’entériner le nouvel état de fait créé par le putsch. Il s’est renommé à la tête du Conseil formé désormais de militaires et de civils apolitiques en remplacement de ceux qu’il avait déposés ou arrêtés.

Le général Burhane et son second, le général Mohammed Hamdane Daglo, chef des RSF accusé d’exactions, ont promis « des élections libres et transparentes » à l’été 2023. « Maintenant que le coup d’État a eu lieu, les militaires veulent consolider leur mainmise sur le pouvoir », décrypte Jonas Horner, chercheur à l’International Crisis Group.

L’armée n’a libéré que quatre ministres arrêtés lors du putsch, et le Premier ministre renversé, Abdallah Hamdok, demeure en résidence surveillée. Et face aux appels à un retour au gouvernement civil, le général Burhane promet depuis plusieurs jours la formation « imminente » d’un gouvernement, qui se fait toujours attendre.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Au Nigeria, fin de la commémoration des victimes de la répression à Lagos et Abuja

octobre 20, 2021
Au Nigeria, fin de la commemoration des victimes de la repression a Lagos et Abuja
Au Nigeria, fin de la commémoration des victimes de la répression à Lagos et Abuja© AFP/PIUS UTOMI EKPEI

La jeunesse nigériane a rendu hommage, un an après, aux victimes de la sanglante répression du mouvement #EndSARS contre les violences policières, à Lagos et Abuja avant d’être dispersée par la police.

A Lagos, la bouillonnante capitale économique, une petite centaine de voitures ont traversé dans la matinée le péage de Lekki, lieu emblématique de la contestation, où l’armée et la police avaient ouvert le feu le 20 octobre 2020, causant la mort d’au moins 10 personnes et mettant ainsi fin au mouvement.

A bord de 4X4 de luxe ou de simples danfo, les taxis collectifs de Lagos, les manifestants scandaient à travers les fenêtres « Qui a ordonné la tuerie ? », « Nous voulons la justice » ou encore « Justice pour un meilleur Nigeria« .

Plusieurs dizaines de manifestants sont ensuite sortis de leur voiture, et ont bloqué une partie du péage en manifestant pacifiquement. Aux alentours de 10H00 GMT, ils ont été dispersés par la police qui a tiré des gaz lacrymogènes.

Les dizaines de policiers déployés très tôt dans la matinée sur le péage ont aussi arrêté au moins six personnes, dont l’un affirme être un journaliste, ont constaté des journalistes de l’AFP.

« Je suis là pour manifester pacifiquement, regardez ce qu’ils nous font », avait lancé l’une d’entre elles derrière les barreaux d’un fourgon de police.

Les grandes figures du mouvement, dont le chanteur nigérian Falz ou l’activiste Rinu Oduala, avaient appelé les Lagossiens à défiler en voiture pour limiter le risque d’arrestation.

Depuis plusieurs semaines, les autorités avaient mis en garde contre de nouvelles manifestations organisées au nom de #EndSARS, affirmant que celles de 2020 avaient dégénéré en émeutes et pillages.

A Abuja, la capitale fédérale, entre 50 et 100 personnes se sont rassemblées dans le parc de la Fontaine de l’Unité, scandant « le peuple uni ne sera jamais vaincu », avant de se diriger vers le ministère de la Justice, où un camion de police leur a barré la route. La manifestation s’est terminée en fin de matinée dans le calme.

« Un de mes voisins est mort durant les manifestations l’année dernière », a expliqué à l’AFP Happiness Essien, une manifestante âgée de 19 ans.

« Massacre fantôme »

Au même moment, le gouvernement a réaffirmé que les militaires n’avaient pas tiré sur les manifestants réunis le 20 octobre 2020 au péage de Lekki, parlant « d’un massacre fantôme ».

« Un an après, et en dépit de multiples opportunités pour les familles des présumées victimes (…) de présenter des preuves, il n’y en a pas eu: pas de corps, pas de famille, aucune preuve tangible, rien », a déclaré le ministre de l’Information Lai Mohammed.

Dans la nuit de mardi à mercredi, l’organisation de défense des droits humains Amnesty International a réaffirmé qu’au moins 12 manifestants pacifiques avaient été tués le 20 octobre au péage de Lekki et à Alaussa, un autre quartier de Lagos

« Il est inacceptable qu’en dépit de preuves accablantes, le gouvernement continue de nier l’utilisation de balles réelles sur les manifestants au péage de Lekki », a estimé Amnesty, faisant état d’un bilan d’au moins 56 morts dans tout le pays durant ces semaines de contestation, dont « des dizaines de jeunes ».

A quelques kilomètres seulement du rassemblement à Abuja, le chef de l’Etat Muhammadu Buhari a reçu au palais présidentiel son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, en visite officielle dans le pays le plus peuplé d’Afrique.

Dans d’autres villes du Sud, comme Port Harcourt ou Nsukka, des marches en hommage aux victimes sont prévues en fin de soirée.

Le mouvement #EndSARS (« en finir avec la SARS ») avait initialement débuté la première semaine d’octobre 2020 pour dénoncer les brutalités de la SARS, une unité spéciale de la police accusée depuis des années de racket, d’arrestations illégales, de torture et même de meurtre.

Face à la pression populaire, les autorités avaient démantelé l’unité, et promis de réformer la police, mais la jeunesse, peu convaincue par les promesses du gouvernement, avait continué sa contestation.

La répression des manifestations avait ensuite été suivie par une semaine de pillages et de violences.

Une commission de justice spéciale avait ensuite été mise en place par l’Etat de Lagos pour enquêter sur les accusations de brutalités policières et sur la répression des manifestations.

Devant cette commission, l’armée avait affirmé n’avoir eu recours qu’à des balles à blanc, puis avait admis que ses soldats disposaient également de balles réelles.

La commission, qui a achevé ses consultations publiques lundi, doit prochainement communiquer au gouvernement les résultats de son enquête et des recommandations.

Par Le Point avec AFP