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Canada: Une épidémie dévastatrice à la Résidence Prescott et Russell, selon le directeur

décembre 7, 2020

Alors que la Résidence Prescott et Russell à Hawkesbury entre dans la dixième semaine de son épidémie de COVID-19, un administrateur témoigne de la situation « écrasante » à l’intérieur; le stress incessant, la pression exercée sur le personnel et la nécessité de rétablir la confiance dans la maison de soins de longue durée de cette petite communauté.

À ce jour, 109 des quelque 130 résidents de l'établissement ont contracté la COVID-19.

© Frédéric Pepin/Radio-Canada À ce jour, 109 des quelque 130 résidents de l’établissement ont contracté la COVID-19.

Stéphane Parisien, directeur général des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR), indique qu’il reste éveillé la nuit en pensant aux familles des résidents de l’établissement géré par la municipalité, et à ce qu’ils ont vécu.

«C’est comme une toile d’araignée, ça ne s’arrête pas. C’est dévastateur», a déclaré M. Parisien.

«Des retards chroniques dans l’obtention des résultats des tests ont entraîné la propagation rapide du virus dans tout l’établissement », a-t-il déclaré.

À ce jour, 109 des quelque 130 résidents encore dans l’établissement ont contracté le virus. Soixante-huit membres du personnel ont également été testés positifs.

Quatorze résidents sont décédés. «C’est trop », a déclaré M. Parisien.

«Maman était à l’agonie»

Le matin du 2 novembre, Alain Ménard a reçu un appel de la Résidence Prescott et Russell lui annonçant que sa mère, Annette Cliff, était décédée.

Elle n’y avait vécu que pendant environ un mois, après avoir été transférée de l’Hôpital général de Hawkesbury à la fin du mois de septembre. Placée en quarantaine, elle se remettait d’une inflammation pulmonaire.

C’est en isolement qu’elle a contracté la COVID-19.

Annette Cliff, au centre, avec ses enfants, Lucie Ménard, à gauche, et Alain Ménard, à droite. Mme Cliff a emménagé dans la Résidence Prescott et Russell peu de temps avant le début de l'épidémie en octobre.

© Gracieuseté : Alain Ménard Annette Cliff, au centre, avec ses enfants, Lucie Ménard, à gauche, et Alain Ménard, à droite. Mme Cliff a emménagé dans la Résidence Prescott et Russell peu de temps avant le début de l’épidémie en octobre.

Quelques jours après l’arrivée de Mme Cliff à la résidence, le foyer a été placé en quarantaine. Incapable de rendre visite à sa mère, M. Ménard a déclaré qu’elle l’avait appelé et lui avait rapporté ce qui se passait.

«Elle s’est sentie abandonnée par l’équipe, et elle avait de graves problèmes intestinaux et il a fallu quelques heures, par exemple, pour la nettoyer, et il y en avait sur le sol. [Il] a fallu une journée pour qu’ils nettoient le sol», soutient-il.

Le foyer a été critiqué pour avoir laissé les résidents au lit sans physiothérapie, bains ou vêtements propres.

Avec autant de membres du personnel atteint de la COVID-19 et d’autres trop effrayés pour venir travailler, ces conditions étaient inévitables, soutient M. Parisien.

Le directeur général des Comtés unis de Prescott et Russell, Stéphane Parisien.

© Denis Babin/Radio-Canada Le directeur général des Comtés unis de Prescott et Russell, Stéphane Parisien.

La direction a demandé de l’aide, mais l’Hôpital de Hawkesbury était aussi aux prises avec un manque de personnel. La Croix-Rouge canadienne a finalement comblé un vide, mais ce n’était pas suffisant, a déclaré M. Parisien.

«Il y a des limites à ce que la Croix-Rouge peut faire», a-t-il déclaré. «Ils peuvent nous aider avec les protocoles infectieux, mais ils ne fournissent pas les ressources humaines pour nous aider à nourrir ou changer les résidents.»

En fin de compte, ce sont les ambulanciers paramédicaux de la municipalité qui sont venus à la rescousse, pour un coût d’environ 50 pour cent de plus que les préposés au soutien personnel embauchés dans les maisons de retraite.

Un appel au 911

M. Ménard a déclaré que sa mère avait désespérément besoin d’aide.

«Vers la fin de sa vie, elle a appelé le 911 pour obtenir une ambulance pour l’amener à l’hôpital parce qu’elle sentait qu’elle n’avait pas été traitée correctement et [la résidence] a refusé l’accès à l’ambulance», a-t-il dit.

Les administrateurs ont déclaré qu’ils n’étaient pas en mesure de commenter cet appel au 911. M. Ménard a déclaré que le manque de communication avait laissé les familles dans le noir.

«Ils ne nous ont jamais rappelés. Les rares fois où nous avons parlé avec eux, ils n’avaient pas beaucoup d’informations à nous donner. C’était très frustrant», a-t-il déclaré.

La famille de M. Ménard veut savoir pourquoi les choses se sont passées ainsi. 

«Y a-t-il des choses que nous aurions dû mieux faire? Oui, sur le plan des communications, nous aurions dû appeler les familles de manière plus rapide et plus efficace. Mais c’était accablant», a déclaré Stéphane Parisien. «C’est sans précédent.»

La présence de membres du personnel du foyer revient aux niveaux d’avant l’épidémie, mais ce n’est toujours pas suffisant. M. Parisien a déclaré que le recrutement et la rétention sont une lutte permanente.

Il a indiqué qu’il prévoyait garder une aile du foyer vide au cas où ils devraient à nouveau isoler les résidents. Pour l’instant, ils célèbrent de petites victoires, comme les derniers résultats des tests.

«Aucun résultat positif pour les résidents, c’est une petite victoire. Ce n’est pas quelque chose sur quoi s’accrocher, mais c’est certainement quelque chose sur lequel on peut bâtir», a déclaré M. Parisien. «Je vais prendre à peu près n’importe quelle victoire maintenant pour essayer de reconstruire la confiance envers notre service et pour sortir de cette crise.»

Par  CBC/Radio-Canada avec les informations de Julie Ireton