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[Tribune] Cameroun : Christian Penda Ékoka, mort d’un soldat de la résistance

août 10, 2021
Christian Penda Ékoka.

Allié de l’opposant Maurice Kamto et ex-conseiller économique du président Biya, le chef du mouvement Agir est décédé le 8 août, à l’âge de 69 ans.

J’ai du mal à y croire. Mon esprit refuse d’assimiler cette nouvelle. Je ne perds pas espoir, persuadé que quelqu’un m’appellera et me dira que c’est une fake news. Ce n’est pas ce qui manque, au Cameroun, où il y a davantage de « fake » que de « news »… Malheureusement, le démenti tarde à venir. Je commence à me dire qu’il va falloir que je m’y fasse : Christian Penda Ékoka est mort, ce dimanche 8 août 2021, au Canada. Tonton Christian – comme j’aimais à l’appeler – ne reviendra plus. Je n’entendrai plus sa voix posée, assurée et rassurante. L’optimisme, la foi et la conviction : voilà ce que je retiendrai de ce grand homme.

Discours moderne et novateur

Nous nous étions rencontrés pour la première trois mois avant l’élection présidentielle d’octobre 2018. Christian Penda Ékoka créait son mouvement, Agir, et recrutait des jeunes pour l’animer. Un ami m’avait invité à assister aux réunions organisées à cet effet, et nous avait présentés.

QUAND IL PRÉSENTAIT SA VISION D’UN CAMEROUN IDÉAL, IL PARLAIT AVEC SON CŒUR. »

En bon pédagogue, l’économiste nous avait exposé la philosophie qui sous-tendait son action. J’étais fasciné par la modernité de son discours. La plupart des gens de son âge se cramponnent à de vieux logiciels. Lui avançait des idées novatrices, qu’il voulait voir porter par des jeunes à qui il mettrait le pied à l’étrier. Il émanait de lui cette simplicité propre aux grands hommes, qui n’ont pas besoin de trop en faire.

Christian Penda Ékoka parlait avec son cœur, y compris quand il présentait sa vision d’un Cameroun idéal. Il élaborait des théories et suggérait des solutions pour les concrétiser. De temps à autre, il s’autorisait des digressions, laissant ainsi poindre ses regrets de n’être pas parvenu, lui l’ex-conseiller du président Paul Biya, à infléchir la politique économique de ce dernier.

Pot de fleurs

Au cours de ces réunions, par pudeur et par respect, mais aussi – je le confesse – par lâcheté, je m’étais toujours abstenu de lui demander ce qu’il était allé chercher au Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). J’étais pourtant curieux de découvrir les causes de sa rupture avec le parti présidentiel. Il m’avait répondu en substance que le RDPC était une terre aride, où plus rien ne poussait, pas même les graines fertiles du développement.

Comme à la présidence de la République, où il avait ses bureaux, il avait le sentiment de servir de pot de fleurs. Les notes et rapports enfouis au fond des tiroirs auront été l’une de ses plus grandes frustrations. Sans doute est-ce qui l’a rapproché de Maurice Kamto. Tous deux avaient en commun le regret d’avoir occupé des fonctions dans les cercles du pouvoir sans être parvenus ni à donner la pleine mesure de leur talent, ni à contribuer à insuffler une dynamique au pays.

Tonton Christian aura néanmoins marqué son temps les trois dernières années de sa vie, en prenant des décisions dont la plus importante l’a conduit et maintenu en prison pendant dix longs mois, en 2019 : soutenir la candidature de Maurice Kamto à la présidentielle de 2018 et accompagner le plan national de résistance visant à libérer le Cameroun d’une dictature vieille de plus de quarante ans.

“ÇA VA ALLER, VALS, NOUS NOUS EN SORTIRONS”, ME RÉPÉTAIT-IL QUAND NOUS ÉTIONS EN PRISON. »

Pendant notre séjour dans les geôles de la prison centrale de Yaoundé, nous avions pour seule sujet de discussion un Cameroun imaginaire, le Cameroun de nos rêves, dans lequel prévaudrait l’État de droit. Ce séjour carcéral aura été pour moi une période de formation. Avec Maurice Kamto, Christian Penda Ékoka m’a appris le sens du mot « droit ». D’abord, le droit comme discipline. À ma sortie de prison, j’aurais pu réussir haut la main l’examen du barreau tant nous potassions notre procès à venir.

« Droit dans ses bottes »

Puis, l’expression « se tenir droit dans ses bottes », sans courber l’échine malgré le poids de l’injustice. Quand il m’arrivait de flancher, d’avoir envie de hurler ma rage en donnant des coups de poing dans le mur, Tonton Christian me redisait sans cesse : « Ça va aller, Vals, nous nous en sortirons ! » Preuve de sa détermination à rester debout vaille que vaille, il avait exigé de son épouse qu’elle ne vienne jamais lui rendre visite à la prison. Sans doute, aussi, pour lui épargner les traitements humiliants qu’on faisait subir aux nôtres.

Ce sont ces décisions majeures, payées au prix fort, qui font de lui un être exceptionnel et qui lui garantissent une place d’honneur dans l’histoire de notre pays. Depuis l’annonce de son décès, les hommages se succèdent, à la hauteur de l’homme qu’il représente pour nous, combattants de la liberté dont il était l’un des piliers.

Je voudrais retenir ces flots de témoignages d’amour, de reconnaissance et de compassion qui déferlent sur les réseaux sociaux. Certes, le temps des détracteurs et des récupérateurs viendra. Payés pour distraire les abrutis, ils font leur « job ». Sont-ils efficaces pour autant ?

Nous avons perdu un soldat de la résistance. Il ne verra pas le pays que nous avons reconstruit des heures durant pendant nos longs mois d’incarcération. Il ne verra pas cet État démocratique, souverain et développé, dont nous parlions. Il ne verra pas cet État où les tribus et les sous-tribus se placent au-dessus de l’identité nationale. Avait-il vraiment prévu de le voir ? Je ne saurais le dire avec exactitude. Je reste persuadé, en revanche, qu’il s’en va heureux d’avoir contribué à faire germer les graines de la liberté dans le cœur de la jeunesse camerounaise.

Il est mort.  L’héritage est lourd. L’objectif est le même : nous continuerons, aussi, pour qu’il soit fier de nous.
À très bientôt, Tonton Christian.

Avec Jeune Afrique par  Valsero

Rappeur camerounais

Birmanie: les poètes de la résistance

juin 5, 2021

« Nos vers sont des hordes d’enfants qui hurlent »: ulcérés par la répression sanglante de l’armée birmane au pouvoir depuis le coup d’Etat contre Aung San Suu Kyi, de nombreux poètes sont entrés en résistance et sont traqués par le régime militaire.

Photo prise le 10 mai et fournie le 19 mai 2021 par une source anonyme via Facebook des funérailles du poète Khet Thi à Pearl, en Birmanie

© Handout Photo prise le 10 mai et fournie le 19 mai 2021 par une source anonyme via Facebook des funérailles du poète Khet Thi à Pearl, en Birmanie

Plus d’une dizaine ont été arrêtés et au moins quatre ont été tués, dont Zaw Tun mort en détention « après avoir été torturé », d’après l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

L’artiste, qui écrivait sous le nom de plume de Khet Thi, ne voulait « pas être un martyr », mais ses textes enflammés contre les soldats qui « tirent dans la tête » alors que « la révolution habite dans le coeur » en ont fait une cible.

Accusé de préparer des attentats à la bombe, il est interpellé le 8 mai avec son épouse Ma Chaw Su.

« Une centaine de policiers et de militaires ont encerclé notre maison. Ils ont menacé d’emmener un membre de notre famille si Khet Thi ne se rendait pas », raconte à l’AFP la femme, rapidement libérée.

Photo prise le 10 mai et fournie le 19 mai 2021 par une source anonyme via Facebook des funérailles du poète Khet Thi à Pearl, en Birmanie

© Handout Photo prise le 10 mai et fournie le 19 mai 2021 par une source anonyme via Facebook des funérailles du poète Khet Thi à Pearl, en Birmanie

Le lendemain, « les militaires m’ont dit de venir chercher son corps. Ses organes avaient été prélevés ».

« Je ne veux pas soutenir l’injustice. Si je n’ai qu’une minute à vivre, je veux que ma conscience soit propre », avait écrit l’artiste peu avant son assassinat.

Deux autres poètes, Myint Myint Zin et K Za Win, ont été abattus début mars par les forces de sécurité lors d’un rassemblement anti-junte à Monywa, dans le centre du pays. Un quatrième, U Sein Win, proche du parti d’Aung San Suu Kyi, est mort mi-mai dans des conditions mystérieuses, son corps aspergé d’essence et brûlé.

– « Des larmes dans chacun de leur souffle » –

Ces écrivains « qui auraient dû être connus pour leur poésie n’ont été remarqués par les médias internationaux qu’après avoir été tués », déplore Ko Ko Thett, un poète birman installé au Royaume-Uni.

 Image tirée d'une vidéo du 14 avril 2021 et diffusée le 4 juin 2021 par une source anonyme via Facebook de manifestants participant à une lecture de poésie contre le coup d'Etat militaire, à Shwebo, en Birmanie

© Handout Image tirée d’une vidéo du 14 avril 2021 et diffusée le 4 juin 2021 par une source anonyme via Facebook de manifestants participant à une lecture de poésie contre le coup d’Etat militaire, à Shwebo, en Birmanie

Manifestations quasi-quotidiennes, économie paralysée par des grèves massives, recrudescence des affrontements entre armée et factions ethniques rebelles: la Birmanie est en ébullition depuis le putsch du 1er février qui a mis fin à une parenthèse démocratique de 10 ans.

Manifestation contre le coup d'Etat militaire en Birmanie, le 3 juin 2021 à Rangoun

© STR Manifestation contre le coup d’Etat militaire en Birmanie, le 3 juin 2021 à Rangoun

La poésie n’est pas en reste. « Submergés par la rage, l’incrédulité et le chagrin, beaucoup de citoyens ordinaires se tournent vers elle », relève Ko Ko Thett.

De nombreux poètes sont entrés en clandestinité, comme ce collectif de 30 artistes qui publie ses vers sur les réseaux sociaux.

« Les poètes vivent aujourd’hui avec des larmes dans chacun de leur souffle », relève auprès de l’AFP un de ses membres, sous couvert d’anonymat par peur des représailles.

« Nos poèmes et nos vers sont des hordes d’enfants qui hurlent (…) Il y a tellement de crimes contre l’humanité » commis aujourd’hui dans notre pays.

– La junte craint leur pouvoir d’inspiration –

Au moins 845 civils sont tombés sous les balles de l’armée et de la police ces derniers mois, des ONG dénonçant des exécutions extra-judiciaires, des tortures et des violences envers les femmes.

De nombreux artistes ont été placés sur des listes noires par la junte qui craint leur pouvoir d’inspiration.

Ce n’est pas la première fois que les poètes combattent par la plume en Birmanie: beaucoup ont lutté contre la puissance coloniale britannique puis contre les différents régimes militaires qui se sont succédés pendant près de 50 ans jusqu’à l’auto-dissolution de la junte en 2011.

Pour échapper aux représailles, certains utilisaient un langage codé dans leurs vers. Des dizaines ont été emprisonnés, d’autres censurés.

Avec l’ouverture du pays et l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, « la poésie birmane s’est libérée (…) les textes sont devenus plus divers dans leur forme et leur contenu et aussi plus ouvertement politiques », relève Ko Ko Thett.

Depuis le coup d’Etat, l’artiste a cessé d’écrire. Sa mission: traduire en anglais les vers des poètes birmans tombés sous les balles ou menacés dans son pays.

Avec AFP par bur-lpm/sde/ybl

Israël libère une jeune palestinienne détenue pour avoir giflé des soldats

juillet 29, 2018

Ahed Tamimi (C), adolescente devenue icône de la résistance palestinienne, s’adresse aux journalistes après sa sortie de huit mois de détention par Israël, près du village de Nabi Saleh, en Cisjordanie occupée, le 29 juillet 2018 / © AFP / ABBAS MOMANI

Une adolescente palestinienne, Ahed Tamimi, devenue une icône de la résistance contre l’occupation israélienne, a été libérée dimanche et accueillie par une foule de supporters et de proches, après huit mois passés en prison pour avoir giflé deux soldats.

Libérées tôt le matin, la jeune fille de 17 ans et sa mère Narimane, également emprisonnée après l’incident, ont été conduites par des soldats israéliens jusqu’à leur village de Nabi Saleh près de Ramallah en Cisjordanie, un territoire palestinien occupé depuis plus de 50 ans par l’armée israélienne.

En larmes, l’adolescente a embrassé les membres de sa famille et les soutiens venus l’accueillir, sur un petit chemin menant à la bourgade.

Puis, son père, Bassem, a accompagné sa fille et son épouse à la maison familiale, sous les cris de la foule scandant: « Nous voulons vivre libres ! »

« La résistance continuera jusqu’à ce que l’occupation prenne fin », a clamé devant un mur de caméras l’adolescente qui semblait détendue même si parfois submergée par les journalistes qui la poursuivaient.

Ahed Tamimi, adolescente devenue icône de la résistance palestinienne, donne une conférence de presse après sa sortie de huit mois de détention par Israël, dans le village de Nabi Saleh, en Cisjordanie occupée, le 29 juillet 2018 / © AFP / ABBAS MOMANI

« Je suis très contente d’être revenue dans ma famille mais ce bonheur est gâché parce que des prisonniers sont toujours détenus », a-t-elle ensuite dit d’une voix forte lors d’une conférence de presse sur une place du village.

T-shirt noir et épaules recouvertes d’un keffieh, châle symbole de la résistance palestinienne, Ahed Tamimi, encadrée de ses parents, a ajouté qu’elle refusait de répondre aux questions de journalistes israéliens en raison selon elle de leur couverture médiatique injuste.

Interrogée sur son avenir, elle a dit souhaiter étudier le droit afin de pouvoir défendre « la cause palestinienne ».

L’adolescente a ensuite étreint son avocate, Gaby Lasky, avant de prendre son père dans les bras.

Le jeune Palestinienne Ahed Tamimi (D) avec sa mère à leur libération de prison après 8 mois de détention en Israël. Photo prise le 29 juillet 2018 près du village de Nabi Saleh en Cisjordanie occupée / © AFP / ABBAS MOMANI

– « Un modèle » –

Avant sa conférence de presse, l’adolescente a rendu visite à des proches qui ont perdu l’un des leurs, tué par des soldats israéliens.

Elle a en outre déposé des fleurs sur la tombe du dirigeant palestinien Yasser Arafat à Ramallah où elle a rencontré le président Mahmoud Abbas.

Ce dernier a salué l’adolescente, « un modèle de la lutte palestinienne pour la liberté, l’indépendance et l’établissement de notre Etat », selon un communiqué officiel.

L’artiste de rue italien Jorit Agoch peint un portrait géant d’Ahed Tamimi, une adolescente palestinienne emprisonnée depuis huit mois, sur le mur construit par Israël en Cisjordanie occupée. Photo prise à Bethléem, le 25 juillet 2018 / © AFP / Musa Al SHAER

« La résistance populaire pacifique est la meilleure arme pour faire face à l’arrogance de l’occupation et montrer sa barbarie au monde », a-t-il dit.

Ahed Tamimi avait été arrêtée le 19 décembre 2017, quelques jours après avoir été filmée dans une vidéo devenue virale sur internet.

Les images la montraient s’approchant avec sa cousine Nour Tamimi de deux soldats appuyés sur un muret, dans la cour de sa maison à Nabi Saleh. Les deux jeunes filles leur demandent de quitter les lieux puis leur donnent des coups de pied et de poing et des gifles.

Les Palestiniens louent Ahed Tamimi comme un exemple de courage face aux abus israéliens dans les Territoires palestiniens occupés.

La jeun Palestinienne Ahed Tamimi (C) à sa libération de prison après 8 mois de détention en Israël. Photo prise le 29 juillet 2018 près du village de Nabi Saleh en Cisjordanie occupée / © AFP / ABBAS MOMANI

Les Israéliens eux considèrent en revanche que l’adolescente est instrumentalisée par sa famille, la jeune fille ayant déjà été impliquée auparavant dans une série d’incidents avec des soldats, dont les images avaient fait le tour du monde.

La veille, deux Italiens et un Palestinien ont été arrêtés après avoir peint le visage de l’adolescente aux longues boucles blondes sur le mur de séparation construit par Israël en Cisjordanie.

– « Une enfant en prison » –

Pour les défenseurs des droits de l’Homme, l’affaire Tamimi a permis en outre de mettre en lumière les pratiques des tribunaux militaires israéliens et leur taux de condamnation très élevé -99%- de Palestiniens. La Cisjordanie étant un territoire occupé militairement, les Palestiniens qui y résident sont jugés devant des tribunaux militaires.

Libération d’une jeune Palestinienne détenue pour avoir giflé des soldats israéliens / © AFP / Saleh Hamad

« Israël emprisonnant une enfant pendant huit mois (…) reflète la discrimination endémique, l’absence de procédure officielle et le mauvais traitement des enfants », a tweeté Omar Shakir, directeur de Human Rights Watch en Israël.

« Des centaines d’enfants palestiniens restent derrière les barreaux et ne bénéficient d’aucune attention », a-t-il ajouté.

Ahed Tamimi avait 16 ans au moment de son arrestation. Condamnée à huit mois de prison le 21 mars à l’issue d’un accord dit de « plaider coupable », l’adolescente a fêté ses 17 ans en prison. Sa cousine avait elle été libérée en mars.

L’adolescente et sa mère ont été libérées trois semaines en avance, une pratique fréquente du fait de la surpopulation des prisons, selon son avocate.

Ahed Tamimi s’est vu infliger une peine presque aussi lourde -huit mois de prison- que le soldat israélien Elor Azaria condamné à neuf mois pour avoir abattu un assaillant palestinien blessé, qui ne constituait plus une menace.

Romandie.com avec(©AFP / 29 juillet 2018 17h49)

Le pape appelle les jeunes à résister à ceux qui veulent les « faire taire »

mars 25, 2018

Cité du Vatican – Le pape François a lancé dimanche un appel aux jeunes du monde entier à résister à l’envie de leurs aînés de les « faire taire », au lendemain de manifestations massives de jeunes contre les armes à feu aux États-Unis.

Le pape à lancé cet appel devant 50.000 fidèles — selon la gendarmerie vaticane — sur la place Saint-Pierre pendant la messe des Rameaux (le dimanche avant Pâques), à l’occasion de la Journée mondiale de la Jeunesse, sans toutefois faire directement allusion aux rassemblements américains.

« Faire taire les jeunes est une tentation qui a toujours existé », a assuré le pape argentin. « Il y a de nombreuses manières de rendre les jeunes silencieux et invisibles. De nombreuses manières de les anesthésier et de les endormir pour qu’ils ne fassent pas de bruit, pour qu’ils ne s’interrogent pas et ne se remettent pas en question ».

« Il y a de nombreuses manières de les faire tenir tranquilles pour qu’ils ne s’impliquent pas et que leurs rêves perdent de la hauteur et deviennent des rêvasseries au ras du sol, mesquines, tristes », a-t-il insisté.

Jorge Bergoglio a alors rappelé une parole de Jésus à propos de disciples jugés trop démonstratifs et bruyants: « Si eux se taisent, les pierres crieront ».

« Chers jeunes, c’est à vous de vous décider », a lancé le pape. « Si les autres se taisent, si nous, les aînés et les responsables, si souvent corrompus, sommes silencieux, si le monde se tait et perd la joie, je vous le demande: vous, est-ce que vous crierez? S’il vous plaît, s’il vous plaît, décidez-vous avant que les pierres ne crient ».

A la fin de la messe, des jeunes ont remis au pape un document élaboré par 300 délégués du monde entier réunis toute la semaine au Vatican pour évoquer leurs attentes avant le synode (réunion d’évêques) qui doit leur être consacré en octobre.

Dans ce document de 12 pages, les jeunes expriment un besoin « de modèles attractifs, cohérents et authentiques » mais aussi « d’inclusion, d’accueil, de miséricorde et de tendresse de la part de l’Eglise ».

Ils évoquent leurs dissensions sur les enseignements de l’Eglise concernant la contraception, l’avortement ou l’homosexualité, entre ceux qui attendent qu’elle tienne bon dans son message souvent à contre-courant et ceux qui se sentent exclus.

Les jeunes estiment que l’Eglise ne doit pas avoir peur de « sa vulnérabilité » et reconnaître « ses fautes passées et présentes », en particulier sur les abus sexuels et l’usage inapproprié du pouvoir et des richesses.

Ils s’interrogent aussi sur les perspectives des jeunes femmes au sein d’une institution dont tous les responsables visibles sont des hommes.

Et ils demandent à l’Eglise de venir les chercher où ils sont: dans la rue, les bars, les cafés, les parcs, les salles de sport, les stades…

Romandie.com avec(©AFP / 25 mars 2018 12h12)                                            

Devoir de Mémoire: De la souffrance des colons à celle de Sassou Nguesso

février 12, 2017

 

matsoua

A l’époque d’André MATSOUA, nos anciens du Nord au Sud s’étaient unis pour lutter contre la répression coloniale.

Dans la troisième lettre adressée aux autorités coloniales, André Matsoua, dit Matricule 22, s’insurge contre le Code de l’indigénat qui entérine l’infériorité du noir colonisé (4 juin 1928) et critique sévèrement les Frères TRECHOT (Maloukou Tréchot), qui asservissent les Congolais du Nord, avec leurs  sociétés concessionnaires.

C’est ainsi que des Congolais originaires du Nord vont rejoindre MATSOUA dans son combat, en l’occurrence Jacques OPANGAULT, Jean Charles KIBA, Moise ECKOMBOND, Jacques MOUENE KOLO, Pamphile ADADA.

De toutes ses nombreuses lettres, celle du 26 janvier 1928 qui indexa directement les adeptes de la Franc-maçonnerie, fut la plus injurieuse aux yeux de l’autorité coloniale : « André Matsoua dénonce tout autant la stagnation économique de l’AEF comparée au formidable essor du Congo belge (12 novembre 1928).

Le décryptage de ces préoccupations fait apparaître deux exigences politiques majeures : l’accession à la citoyenneté et la réforme du travail obligatoire. »

Arrêté en France, sous un motif fallacieux, André Matsoua sera expédié au Moyen Congo pour y être jugé. Il est lourdement condamné, à la suite d’un procès expéditif – une parodie judiciaire qui s’ouvre le 2 avril 1930 sur la place de la Mairie de Brazzaville. André Matsoua, dit Matricule 22, va susciter une révolte populaire.

Les populations qui font irruption dans la salle, ont décidé de le libérer.

« Elles s’attaquent à tout ce qui symbolise l’administration coloniale. La bagarre devient générale. Les prisonniers sont exfiltrés de la salle d’audience.

Les foules brazzavilloises ont fait une chose sans précédent. Des Noirs ont osé affronter directement l’administration coloniale dans la capitale de l’AEF.

Ainsi commence ce que la mémoire coloniale a appelé l’affaire Balali, définie comme une dégradation des rapports entretenus avec les Européens qui donne lieu selon les circonstances, à des crises épisodiques d’une certaine gravité. Elle va globalement durer trente ans (1926-1956). »

Aujourd’hui, les mêmes causes produisent les mêmes effets sous une autre forme, car le Peuple Congolais fait aujourd’hui face à un régime totalitaire sous la houlette de Denis Sassou Nguesso, qui maintient le Peuple dans la misère, la terreur et le péril, pour le soumettre à sa volonté.

Nous devons vaincre les nouveaux colons noirs comme nos anciens se sont affranchis de l’asservissement colonial d’antan.

Cette page glorieuse de notre Histoire fait parti des ponts entiers que certaines personnes veulent étouffer pour d’avantage nous réduire a l’esclavage intérieur du clan au pouvoir.

Le Peuple a le droit de savoir, pour s’unir et se libérer de la tyrannie intérieure et les influences nocives extérieures.

 

Zenga-mambu.com avec Front des Jeunes Nationalistes – FJN

Appel à la résistance d’Étienne Tshisekedi, tirs à Lubumbashi, 74 personnes arrêtés : le point sur la situation en RDC

décembre 20, 2016

Étienne Tshisekedi s’exprimant devant la foule après son retour à Kinshasa, le 31 juillet 2016. © John Bompengo/AP/Sipa

La situation est très tendue en RDC ce mardi alors que s’achevait hier, le 19 décembre, le mandat du président Kabila. Après l’annonce d’un nouveau gouvernement lundi soir, l’opposant historique Étienne Tshisekedi a appelé le peuple congolais à ne plus reconnaître le chef de l’État. Ce matin, des tirs ont été entendus à Lubumbashi, deuxième ville du pays. Selon l’ONU 74 personnes ont été arrêtées dans la journée de lundi.

« Je lance un appel solennel d’abord au peuple congolais à ne pas reconnaître l’autorité qui reste illégale et illégitime de Joseph Kabila et à résister pacifiquement au coup d’État qui est ainsi accompli avec la bénédiction de la Cour constitutionnelle », a déclaré Étienne Tshisekedi dans une vidéo postée sur YouTube dans la nuit de lundi à mardi.

Dans cette vidéo, tournée dans sa résidence de Limete, et dont l’un de ses proches conseillers, Valentin Mukabe, a confirmé à l’AFP l’authenticité, le vieil opposant, âgé de 84 ans, accuse Joseph Kabila, dont le second et dernier mandat constitutionnel s’est achevé le 19 décembre, de s’être rendu coupable de « haute trahison » en décidant « de demeurer au pouvoir par défi » et en violant ainsi intentionnellement la Constitution.

La voix hésitante, trébuchant parfois sur les mots, Étienne Tshisekedi a demandé « aux partenaires extérieurs ainsi qu’à l’ensemble de la communauté internationale, à ne plus traiter avec Joseph Kabila au nom de la RDC ».

L’opposition favorable à la poursuite des négociations

En revanche, le président de l’Union pour la démocratie et le progrès (UDPS) s’est dit favorable à la poursuite des pourparlers engagés sous l’égide de la Conférence épiscolale nationale du Congo (la Cenco). Étienne Tshisekedi a ainsi donné son accord au Rassemblement, principale plate-forme de l’opposition formée autour de sa personne, de poursuivre les « ultimes négociations », « selon le calendrier fixé par les évêques ».

Suspendus samedi soir, ces pourparlers destinés à permettre l’instauration d’un régime de transition politique associant la majorité sortante et l’opposition, sont censés reprendre mercredi, conformément à ce qui a été annoncé par les évêques congolais, reçus lundi par le pape François à Rome.

L’avenir des négociations apparaît toutefois incertain depuis l’annonce cette nuit par ordonnance présidentielle d’un nouveau gouvernement congolais alors que quelques heures plus tôt, certains proches du président Kabila confiaient que celle-ci ne saurait intervenir avant la fin des négociations.

Tirs à Lubumbashi

Mardi matin, des tirs nourris d’armes à feu ont été entendus à Lubumbashi (sud-est), fief de l’opposant en exil Moïse Katumbi, dans un quartier du sud de la ville, selon un correspondant local de l’AFP. Ils ont été entendus vers 9h15, heure locale, d’abord par rafales pendant une vingtaine de minutes, puis par intermittence, pour s’éteindre peu après 10h. Dans cette zone, le journaliste a trouvé des traces d’affrontements entre les manifestants et la police, dont témoignaient plusieurs pneus brûlés abandonnés sur une chaussée jonchée de pierres.

Un officier supérieur de la police lui a indiqué que ses hommes avaient fait face à des « groupes de manifestants hostiles » de cinq à dix personnes. Jean-Claude Kazembe, gouverneur du Haut-Katanga, province dont Lubumbashi est la capitale, a déclaré à l’AFP que « parmi les manifestants, on en a repéré trois qui sont armés ». « C’est ce qui justifie que la police tire des balles réelles en l’air pour disperser des civils », a ajouté le gouverneur.

74 personnes arrêtées lundi selon l’ONU

Au total, le Bureau conjoint de l’ONU aux droits de l’Homme en RDC a recensé 74 arrestations dans le pays au cours de la journée de lundi alors que la police avait indiqué qu’elle ne tolérerait aucun rassemblement de plus de 10 personnes.

Jeuneafrique.com avec AFP

Congo: Infos de la résistance de la voix du peuple libre

octobre 25, 2015

Partout dans le pays, les congolais poursuivent la résistance pacifique en attendant de nouveaux mots d’ordre. Devant le spectacle honteux de bureaux de vote vides, le dictateur Sassou Nguesso s’en prend aux Eglises.
Nous apprenons ce matin que les sbires et barbares exécutants du pouvoir ont investi l’Eglise saint Jean Bosco à Pointe-Noire (fond Tsié Tsié) pour chasser les fidèles venus à la messe de 6h, au nombre desquels plusieurs mamans et de nombreuses personnes âgées. Au bout de leur forfait, ils ont séquestré le Curé de la paroisse et lui ont ravi son portable pour l’empêcher de communiquer avec sa hiérarchie…

Les valets du dictateur ramassent de fausses urnes vides et tout le faux matériel prévu pour le référendum anticonstitutionnel Il ressort de la dernière revue des troupes organisée par la cellule de combat du MCCD sur le terrain que la désobéissance civile est totalement respectée dans toutes les localités sous contrôle des combattants pour la liberté.
De Bambama à Pointe-Noire en passant par Zanaga, Komono, Sibiti, Mossendjo, Loudima, Mouyonzdi, Nkayi, Madingou, Mombelo, Dolisie, Makabana, Yaya, Kimongo, Mayoko, Goma Tsetse, Kindamba, personne n’est sortie de chez lui pour aller participer à la mascarade du dictateur assassin Denis Sassou Nguesso. Dans plusieurs localités telles Sibiti, Zanaga, Yaya, Mossendjo, Nkayi, Mombelo, Moyondzi, Komono, Bambama, des valets de Sassou ayant appris que les combattants pour la liberté sillonnaient dans les quartiers, ont ramassé les urnes vides et ont dégagé précipitament avec tout le matériel.

À Sibiti par exemple ils auraient selon nos sources, emmené le matériel de madame Emilienne Ngouoto, deuxième secrétaire du sénat dictatorial. Suivant la situation de très près, la cellule de combat du MCCD informé en temps réel le Noyau politique.

Une chose est vraie, tout le peuple Congolais qui ne s’est pas abaissé devant la dictature est aujourd’hui convaincu que seul la poursuite du combat pourra libérer la Nation Congolaise des griffes d’un général sanguinaire capable et prêt à recruter tous les mercenaires les plus brigands au monde pour assassiner le peuple. Restons debout et mobilisé. Nous vaincrons Denis Sassou Nguesso quelque soit le temps que cela prendra.

Mcdd : la voix du peuple libre

Au Burundi, « plus qu’une résistance, une rébellion en gestation »

août 18, 2015

    Un manifestant pointe une fausse arme vers des soldats lors d'une manifestation à Bujumbura en juin 2015. © Gildas Ngingo/AP/Sipa


Un manifestant pointe une fausse arme vers des soldats lors d’une manifestation à Bujumbura en juin 2015. © Gildas Ngingo/AP/Sipa

À Bujumbura, depuis l’assassinat le 2 août du général Adolphe Nshimirimana, le « deuxième homme fort du pays », les attentats ciblés se sont multipliés et les armes lourdes résonnent toutes les nuits dans la capitale burundaise. Gérard Birantamije, politologue burundais spécialiste des questions de sécurité, décrypte la situation.

Jeune Afrique : Que se passe-t-il dans les quartiers contestataires de la capitale burundaise depuis plusieurs semaines ?

Gérard Birantamije : La répression policière qu’ont subi les manifestants depuis le début de la contestation en avril a poussé les habitants à s’armer. Au début, l’objectif était de dissuader les forces de l’ordre de procéder à des arrestations arbitraires de jeunes contestataires. Durant ces exactions, autour de 90 personnes sont mortes, environ 600 ont été incarcérées, beaucoup ont été blessées et d’autres ont fui ces quartiers.

Néanmoins, les coups de feu et les explosions de grenades ne sont pas localisés uniquement dans les quartiers contestataires. Dans la nuit du mercredi 12 août par exemple, des attaques ont été perpétrées à Kamenge, un lieu connu pour être le fief des Imbonerakure, la jeune milice du parti au pouvoir CNDD-FDD. Ce qui tendrait à prouver que les auteurs des violences ne sont plus seulement dans une logique d’autodéfense.

Ce qui se passe aujourd’hui est plus qu’une résistance. À la tombée de la nuit, les barricades sont érigées, des rondes et des patrouillent sont effectuées par des hommes lourdement armés et parfaitement organisés. Ils ne font que pas que protéger leurs territoires, ils sont mobilisés tous les soirs pour envoyer un message au chef de l’État. L’enjeu est aussi politique et l’objectif me semble clair : chasser le président par les armes et conquérir le pouvoir.

L’étape suivante pour que l’on puisse parler d’une rébellion, serait de se donner un nom et de se constituer en mouvement politique

Peut-on parler d’une rébellion ?

Les seules armes ne suffisent pas pour former une rébellion, il faut aussi un soutien moral et en ressources humaines. Et la majeure partie de la population de la capitale protège effectivement ces hommes.  Parmi leurs soutiens, ils compteraient également des militaires à la retraite.

Par ailleurs, une fracture s’opère actuellement au sein l’armée, ce qui joue en leur faveur. Les cadres de l’armée n’échappent plus aux arrestations, ce qui crée une frustration qui pourrait les inciter à rejoindre une rébellion en devenir. N’oublions pas que personne ne sait où sont passés les hommes qui étaient sous les ordres du général Godefroid Niyombare, instigateur du coup d’État manqué au mois de mai, même si certains ont été appréhendés.

Quelle est la réaction des autorités en charge de la sécurité nationale face à cette montée de violence ? 

Les forces de l’ordre ne sont pas en mesure de neutraliser les auteurs de ces violences. Il s’agit d’une résistance très organisée, très solidaire et les policiers sont considérés comme étant les responsables de cette « guérilla urbaine ». Pour la police, la seule réponse à cette résistance est la multiplication tous les matins des fouilles et des perquisitions à la recherche d’armes.

Une rébellion peut-elle rester confinée dans une plaine surplombée de collines à l’image de Bujumbura?  

Ce qui se passe aujourd’hui à Bujumbura s’apparente à la crise qu’a connue le Burundi après le coup d’État militaire de 1993. Le mouvement de résistance du CNDD-FDD, l’actuel parti au pouvoir, est né à Kamenge (sud) dans les mêmes circonstances. Il s’est alors généralisé lorsque le groupe armé s’est déployé dans les collines pour s’approvisionner en vivres et recruter d’autres combattants. Le même scénario est valable actuellement. L’étape suivante pour que l’on puisse effectivement parler d’une rébellion serait pour ce mouvement de se donner un nom et de se constituer en mouvement politique avec des instances dirigeantes.

Jeuneafrique.com par Nadine Muhorakeye

Ville fantôme

octobre 23, 2011

Ville aux dégâts fantômes
Ville hantée et sans âme
Aux cris de la désolation
Aux murs de la destruction

Ville jadis à la beauté historique
D’un patrimoine culturel unique
Aujourd’hui étendue de lambeaux
Comme une belle femme sans peau

Ville à la peau partout déchiquetée
Par l’orgueil d’une barbare guerre éclatée
Les murs témoins ont des piteux impacts
De la cruelle violence de pire contacts

Ville abri de la dernière résistance
Serais-tu innocente dans la constance
Pour avoir servi de grand bouclier
Aux heures mortelles sans pitié.

Bernard NKOUNKOU

L’une des résistantes les plus décorées s’est éteinte

août 9, 2011

Membre éminente de la Résistance française, Nancy Wake avait figuré en tête de la liste des personnes recherchées par la Gestapo. Les nazis, auxquels l’Australienne ne cessait d’échapper, l’avaient surnommée la souris blanche.

C’était l’une des résistantes les plus décorées de la Seconde Guerre mondiale avec une dizaine de médailles du monde entier à son actif. Nancy Wake s’est éteinte dimanche à Londres, à quelques jours de son 99e anniversaire. Son nom est moins connu en France que celui des Aubrac mais cette Australienne fut une figure éminente de la Résistance. Elle fit sortir de l’Hexagone plus de 1000 soldats alliés, résistants et juifs puis intégra un réseau de 7000 résistants chargé d’affaiblir les lignes allemandes en préparation du débarquement.

Les nazis la placèrent en tête de la liste des personnes les plus recherchées par la Gestapo. Devant la capacité de Nancy Wake à leur échapper, ils la surnommèrent «la souris blanche». L’Australienne s’est enfuie à ski, a semé en voiture l’avion qui la canardait, a sauté d’un train en marche, parcouru en trois jours 430 km à vélo en plein territoire occupé pour transmettre des codes radios ou encore tué un soldat à mains nues … «Nancy était une femme sublime et les nazis ont longtemps cru avoir affaire à un homme, comme eux, agressif et bardé de révolvers», a noté, lundi, son biographe. Ses exploits ont inspiré au romancier britannique Sebastian Faulks son héroïne Charlotte Gray, portée à l’écran en 2002, avec Cate Blanchett dans le rôle titre.

Toute l’existence de Nancy Wake fut romanesque. Dernière d’une fratrie de six enfants, sa famille quitte, en 1914, alors qu’elle n’a que deux ans, sa Nouvelle-Zélande natale. Son père, journaliste, s’installe à Sydney avant de retourner seul à Wellington, soi-disant pour y tourner un film sur les maoris. Il ne reviendra jamais. Elevée «sans amour» par sa mère, l’Australienne fugue alors à 16 ans et devient infirmière. Un héritage imprévu d’une tante lui permet quelques années plus tard d’accomplir son rêve d’évasion. Nancy Wake part à New York puis à Londres où elle apprend le journalisme. Elle se fixe finalement à Paris au début des années 30 et devient correspondante européenne du groupe de presse américain Hearst.

Elle désire que ses cendres soient dispersées en France

En reportage à Vienne, elle interviewe Hitler et voit, selon ses dires, des juifs enchaînés à une roue, fouettés par des soldats. La scène fera d’elle une opposante acharnée au IIIe Reich. En 1936, elle rencontre son futur mari, Henri Fiocca, un riche armateur. «J’aimais cette vie. Caviar au petit déjeuner, champagne, j’étais toujours élégante», dit-elle. Dès la capitulation française de 1940, le couple s’engage en résistance. Elle aide des soldats britanniques à regagner le Royaume-Uni via l’Espagne et devient un messager. Repérée par les nazis, elle est obligée, elle-même, de fuir. Après une tentative avortée à travers les Pyrénées, qui n’aboutit miraculeusement qu’à une brève arrestation, elle gagne l’Angleterre en 1943. Les services secrets britanniques la forment à l’espionnage et au sabotage puis la parachutent en France au printemps 1944. Elle établit des stocks d’armes et de munitions et met sur pied un système de communication par radio puis guide un réseau de résistance chargé d’affaiblir les lignes allemandes en préparation du débarquement.

«La liberté est la seule chose pour laquelle on mérite de vivre. Je déteste la guerre mais je ne vois pas pourquoi les femmes se contenteraient de tricoter à leurs maris, partis sur le front, des bonnets. J’ai tué beaucoup d’Allemands et je regrette de ne pas en avoir assassiné davantage», racontait Nancy Wake, qui a refusé toutes les avances de ses collègues résistants. Elle ne découvre le sort de son mari qu’après la guerre. Torturé à mort en 1943, ce dernier ne l’a jamais dénoncée.

La paix revenue, l’ancienne résistante regagne l’Australie. Elle se présente sans succès aux législatives de 1949 et 1951 puis repart en Angleterre épouser un pilote de la Royal air force. Le couple revient en Australie dans les années 60. Veuve, Nancy Wake s’installe en 2001 dans un hôtel londonien. Disposant de maigres ressources, la vielle dame, qui consomme six gins tonics quotidiens, reçoit une aide du prince Charles pour payer ses frais. En 2003, une crise cardiaque la conduit en maison de retraite. Chevalier de la Légion d’honneur, médaillée de la Liberté des Etats-Unis, Nancy Wake a été décorée tardivement, en 2004, par l’Australie. L’ancienne résistante a longtemps été en conflit avec Canberra sur la question des droits des anciens combattants. Elle a demandé que ses cendres soient dispersées au-dessus de Montluçon, en France, où elle avait combattu en 1944.

Lefigaro.fr par Constance Jamet