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RDC : le conseil des ministres crée Lumumbaville

mai 13, 2013
RDC : le conseil des ministres crée Lumumbaville RDC : le conseil des ministres crée Lumumbaville © AFP

Le conseil des ministres de la République démocratique du Congo (RDC) a décidé lundi de créer Lumumbaville, dans le centre du pays, du nom de Patrice Lumumba, héros de l’indépendance et Premier ministre assassiné en 1961, quelques mois après avoir mis en cause publiquement la Belgique, l’ancienne puissance colonisatrice.

Cette ville couvrira « les emplacements actuels de la cité de Wembo-Nyama et du groupement Ewango », annonce le communiqué du conseil des ministres. Cette bourgade se trouve dans le territoire de Katako-Kombe d’où était originaire Lumumba, une région située dans la province du Kasaï oriental, au centre du pays.

Lumumba, Premier ministre du Congo de juin à septembre 1960, avait prononcé le jour de l’indépendance un virulent discours dénonçant les abus de la colonisation belge, marquant sa rupture avec l’ancienne métropole.

Après la prise du pouvoir par Joseph-Désiré Mobutu, en septembre, Lumumba a été fait prisonnier puis transféré au Katanga (sud-est), région minière qui avait fait sécession avec le soutien de la Belgique. Il y a été assassiné le 17 janvier 1961.

En pleine guerre froide, l’ombre des Etats Unis et de la ,CIA a plané sur l’opération. En 2001 une commission d’enquête parlementaire belge a conclu à la « responsabilité morale » de la Belgique qui a présenté ses excuses au Congo.

En décembre 2012, la justice belge a annoncé qu’à la demande de la famille elle allait lancer une enquête sur cet assassinat dans le cadre de la loi dite de « compétence universelle », qui autorise la poursuite de personnes soupçonnées de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité ou de génocide si les plaignants ou l’accusé ont un lien avec la Belgique. Huit suspects, anciens policiers, responsables politiques ou fonctionnaires toujours en vie, pourraient être concernés.

En avril 2013, dans une contribution au magazine London Review of Books, le Lord travailliste David Lea a affirmé que Daphné Park, une ancienne cadre du MI6, lui a confié en 2010 avoir  » organisé  » l’assassinat de Patrice Lumumba.

Lumumba, mort à 36 ans, est l’objet d’un profond respect en RDC où sa famille habite toujours dans une villa appartenant à l’Etat en centre-ville. Le parti lumumbiste unifié (PALU), proche du pouvoir, recueille toujours un nombre de suffrages significatifs.

Jeuneafrique.com avec AFP

Crise en Tunisie : le coup de poker de Hamadi Jebali

février 11, 2013

En faisant cavalier seul, Hamadi Jebali a aquis une stature d'homme d’État. En faisant cavalier seul, Hamadi Jebali a aquis une stature d’homme d’État. © AFP

Faute de consensus au sein de la troïka sur un remaniement ministériel, le chef du gouvernement tunisien, Hamadi Jebali, met sa démission dans la balance. Et menace de passer en force en affrontant ouvertement l’aile dure d’Ennahdha, son propre parti.

Hamadi Jebali a souvent affirmé que sa lettre de démission était prête. Mais, samedi 9 février, le chef de l’exécutif tunisien a pris tout le monde de court, surtout sa famille politique, Ennahdha, en la mettant dans la balance pour pouvoir former un gouvernement de technocrates « sans appartenance apolitique ». Les ministres de l’Intérieur, de la Justice et des Affaires étrangères sont en particulier concernés par cette décision, alors qu’Ennahda refuse depuis des mois de lâcher ces portefeuilles. Quant aux futurs membres du gouvernement, ils devront aussi s’engager à ne pas participer aux prochaines élections, affirme Jebali.

L’assassinat de Chokri Belaïd, secrétaire général du parti El Watad, le 6 février, aurait pu affaiblir sa position. Son gouvernement est plus que jamais critiqué pour la crise économique et son parti pointé du doigt pour avoir une responsabilité morale dans l’exécution du militant démocrate. Mais grâce à sa fermeté il pourrait gagner son pari, malgré les menaces d’agitation brandies par les radicaux de son camp, car il a non seulement l’appui des partis laïcs, mais aussi la force de la loi avec lui. Selon celle dite d’organisation provisoire des pouvoirs publics, le chef du gouvernement peut « créer, modifier et supprimer les ministères et les secrétariats d’État, et fixer leurs attributions et prérogatives, après délibération du Conseil des ministres et information du président de la République ».

Mini-putsh

Jebali presse aussi l’Assemblée nationale constituante (ANC) de fixer des élections au plus vite. Problème : la Constitution est encore en friche.

Le défi est de taille. Car si Hamadi Jebali a été parmi les premiers à reconnaître, en juillet 2012, le manque de performance de ses ministres et la difficulté de coordonner une équipe comptant pas moins de soixante membres, il peine depuis lors à opérer un remaniement convenant à Ennahdha, à Ettakatol et au Congrès pour la République (CPR), les trois partis à la tête de la Tunisie. Cet originaire de Sousse , incarcéré pendant 16 ans dont 10 en isolement sous Ben Ali, est certes monté au créneau avec courage, assurant avoir pris sa décision à l’insu de tous – y compris de son propre parti -, il n’a cependant rien révélé quant à cette nouvelle équipe ni à la date de son entrée en fonction.

Jebali presse aussi l’Assemblée nationale constituante (ANC) de fixer des élections au plus vite, mais la Constitution est encore en friche. Le type de régime politique n’a pas été choisi et il est nécessaire de préparer la loi électorale et de relancer les instances de gestion des élections. Reste qu’avec ses airs placides, Hamadi Jebali a opèré ce qui ressemble à un mini-putsch en se démarquant de l’emprise de Rached Ghannouchi et du Conseil consultatif d’Ennahda dans la gestion des affaires.

Ambiguités

Pourtant, l’ancien directeur du journal d’Ennahdha, El-Fajr, est d’abord un fidèle du parti islamiste, tout acquis à sa famille politique malgré ses divergences avec une aile dure qui refuse de céder le moindre centimètre sur les ministères régaliens. Mais le pays va trop mal, selon lui, pour tergiverser. Et en faisant cavalier seul, Jebali acquiert une stature d’homme d’État, tout en confirmant indirectement les dysfonctionnements d’une troïka gouvernementale qui aura du mal à survivre à un remaniement.

L’ancien prisonnier qui taillait des pièces d’échecs dans des savonnettes, pourrait changer la donne – ainsi que le devenir de l’islam politique – en Tunisie.

La position de cet homme de 63 ans – atteint de troubles cardiaques et spécialiste des lapsus malencontreux – sera quand même délicate car il demeure Secrétaire général d’Ennahdha. Dans ces conditions, comment envisage-t-il de conduire une équipe d’indépendants ?  « Hamadi Jebali représente une tendance moderne et modérée mais, étant minoritaire, il ne pèsera pas lourd lors des grandes prises de décision », avaient prédit des observateurs. Ils se sont trompés.

L’ancien prisonnier qui taillait des pièces d’échecs dans des savonnettes, pourrait rallier les modérés, les conservateurs et changer la donne – ainsi que le devenir de l’islam politique – en Tunisie. Certains rappellent cependant que l’impopularité gouvernementale n’est pas due à un simple manque de compétences, mais également aux ingérences politiques dans les affaires judiciaires et aux positions liberticides du gouvernement.

Jeuneafrique.com par Frida Dahmani, à Tunis