Posts Tagged ‘restitution’

Angola: Isabel dos Santos sommée par la justice de restituer 422 millions d’euros d’actions

juillet 30, 2021
Isabel dos Santos, ici à Porto le 5 mars 2015, était absente à l’audience.

L’Institut néerlandais d’arbitrage (NAI) a rendu sa décision concernant la fille de l’ancien président angolais José Eduardo dos Santos. Elle devra restituer des actions d’une valeur de 422 millions d’euros à la compagnie nationale pétrolière Sonangol.

Selon cet Institut, qui fait partie de la Cour internationale d’arbitrage, la transaction par laquelle Isabel Dos Santos a acquis en 2006 une participation indirecte de 6% dans le groupe pétrolier et gazier portugais Galp Energia via une société néerlandaise est « nulle et non avenue ».

La décision du NAI est datée du 23 juillet et entrevue vendredi après sa publication par le quotidien néerlandais Financieel Dagblad (FD). La décision n’a pas été rendue publique par l’Institut lui-même.

Dans les procédures d’arbitrage, les parties conviennent souvent que la décision reste confidentielle, rapporte le FD.

Luanda Leaks

Isabel dos Santos, fille de l’ancien président angolais José Eduardo dos Santos, est accusée de corruption par la justice de son pays. Elle fait aussi l’objet d’une enquête au Portugal, ancienne puissance coloniale, alors qu’elle a également été mise en cause par les « Luanda Leaks », enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) fondée sur la fuite de 715 000 documents.

Isabel dos Santos avait été nommée « première femme milliardaire d’Afrique » en 2013 par le magazine américain Forbes.

Une décision contraignante

Avant de quitter la présidence en 2017, son père l’avait nommée à la tête de la puissante compagnie pétrolière nationale Sonangol, poste dont l’actuel chef de l’État João Lourenço l’a limogée en 2018.

La décision du NAI évoque des « transactions kleptocratiques » via lesquelles Isabel dos Santos et son époux, Sindika Dokolo, décédé l’année dernière, se sont personnellement enrichis avec des biens de l’État angolais. Il s’agit d’un jugement de droit civil juridiquement contraignant, a souligné le quotidien FD.

Par Jeune Afrique

Les États-Unis vont restituer à l’Irak quelque 17 000 pièces archéologiques volées

juillet 28, 2021

Ces antiquités ont été pillées lors des conflits qui ont dévasté l’Irak au cours des dernières décennies, notamment après l’invasion américaine de 2003.

Le président des Etats-Unis, Joe Biden (à droite), et le premier ministre irakien, Mustafa Al-Kadhimi, se sont rencontrés à la Maison Blanche, le 26 juillet.
Le président des Etats-Unis, Joe Biden (à droite), et le premier ministre irakien, Mustafa Al-Kadhimi, se sont rencontrés à la Maison Blanche, le 26 juillet. SAUL LOEB / AFP

C’est un trésor d’environ 17 000 objets archéologiques, datant de près de 4 000 ans. Une restitution des Etats-Unis à l’Irak « sans précédent », s’est félicité le ministre irakien de la culture, Hassan Nazim, mercredi 28 juillet. « Il s’agit de la plus importante restitution d’antiquités à l’Irak », a-t-il déclaré dans un communiqué, en ajoutant que cette annonce était le « résultat de plusieurs mois d’efforts des autorités irakiennes en liaison avec leur ambassade à Washington ».

Les 17 000 pièces seront transportées dans l’avion du premier ministre irakien, Moustafa Al-Kadhimi, qui rentre jeudi en Irak après une visite de plusieurs jours à Washington, où il a rencontré le président américain, Joe Biden. La majorité des restitutions documentent « les échanges commerciaux pendant la période sumérienne », l’une des plus anciennes civilisations de la Mésopotamie, selon le communiqué du ministère irakien de la culture.

Des pillages inquantifiables

Parmi les biens rendus pourrait figurer une tablette d’argile cunéiforme, vieille de 3 500 ans, que les Etats-Unis comptent rendre à l’Irak. Elle est considérée comme « un bien culturel volé », introduit frauduleusement sur le marché de l’art américain, selon le ministère américain de la justice, qui n’a cependant pas précisé quand elle serait de retour dans le pays.

La tablette comporte des fragments de l’Epopée de Gilgamesh, considérée comme l’une des plus anciennes œuvres littéraires de l’humanité, qui narre les aventures d’un puissant roi de Mésopotamie en quête d’immortalité. La décision judiciaire américaine « représente une étape importante vers le retour de ce chef-d’œuvre de la littérature mondiale dans son pays d’origine », a affirmé mardi la procureure Jacquelyn Kasulis, chargée du dossier.

Les antiquités irakiennes sont pillées depuis des décennies, à la faveur des multiples conflits qu’a connus le pays, notamment de l’invasion américaine de 2003. « Il est impossible de quantifier le nombre de pièces qui ont été volées sur les sites archéologiques », a expliqué Qahtan Al-Obaid, directeur des antiquités et du patrimoine du musée de Bassora, la deuxième ville d’Irak. Les pillages relèvent généralement du crime organisé, mais sont parfois aussi le fait de populations locales qui cherchent à assurer leur survie, a-t-il précisé.

Les sites archéologiques à travers le pays ont été sévèrement endommagés et négligés, et les musées pillés à la chute du dictateur Saddam Hussein, en 2003. Quelque 15 000 possessions ont ainsi été volées dans le seul musée national d’Irak, situé à Bagdad. « J’espère que dans un futur proche nous pourrons récupérer le reste de nos biens, notamment en Europe », a déclaré le ministre irakien de la culture dans son communiqué.

Avec Le Monde avec AFP

Restitutions des œuvres au Bénin et au Sénégal : les députés français votent « pour »

décembre 17, 2020
Les portes du palais du roi Gélé, de l’ancien Dahomey, exposées au musée du Quai Branly, à Paris.

Deux jours après le vote négatif du Sénat, l’Assemblée nationale française a adopté définitivement la loi de restitution des biens promis par le président Emmanuel Macron au Bénin et au Sénégal. Le bras de fer entre les deux chambres du Parlement français va cependant se poursuivre en 2021.

Fin de partie, mais pas fin de l’histoire. La Constitution française donnant le dernier mot à l’Assemblée nationale en cas de désaccord avec le Sénat, ce sont bien les députés qui viennent de conclure le long feuilleton de la restitution au Bénin des 26 objets issus du pillage du palais d’Abomey, exposés au musée du Quai Branly-Jacques Chirac à Paris, ainsi que l’officialisation du transfert – déjà effectué physiquement mais présenté comme un prêt – du sabre et du fourreau d’El Hadj Omar Tall au Sénégal.

Avec ce vote, il s’agit « d’accompagner une jeunesse africaine en quête légitime de son identité patrimoniale », a souligné le rapporteur du texte, le député Yannick Kerlogot (LREM, majorité présidentielle), qui a évoqué « l’attente et l’engouement des populations concernées ». La ministre française de la Culture, Roselyne Bachelot, a pour sa part insisté sur le fait que cette loi incarnait la volonté de « renouvellement et d’approfondissement du partenariat entre la France et le continent africain » affichée par l’exécutif français.

Ce vote vient répondre à celui, négatif, de la chambre haute, mardi 15 décembre. Le président (centriste) de la commission de la Culture du Sénat, Laurent Lafon, avait alors justifié le rejet du texte en affirmant qu’il ne s’agissait « en aucun cas d’un vote contre les restitutions au Bénin et au Sénégal », mais d’une « opposition à la méthode du gouvernement ».

Une méthode en question

Méthode qui consiste, comme dans le cas de la couronne ornant le dais royal de la reine Ranavalona III, exposée depuis 1910 au Musée de l’armée, à Paris, et transférée début novembre à Madagascar, ou des crânes de combattants récemment renvoyés en Algérie, à conclure avec les pays destinataires des « conventions de dépôt » qui ne valent pas transfert définitif de propriété. Et ne contreviennent donc pas au principe légal français d’inaliénabilité des collections possédées par les musées nationaux.

Un procédé aujourd’hui « dévoyé », estime la sénatrice centriste Catherine Morin-Desailly, présidente de la mission d’information sur les restitutions : « Le lendemain de leur arrivée en Algérie, qui s’est faite en catimini, les crânes ont été inhumés. »

Face à Emmanuel Macron et aux députés de sa majorité, qui veulent aller vite sur le sujet au nom d’impératifs diplomatiques notamment, les sénateurs affirment se poser en garant de la légalité et du respect de critères scientifiques.

C’est d’ailleurs le sens des quinze mesures qu’ils ont présentées le 16 décembre, qui prévoient notamment une « recherche sérieuse de la provenance des œuvres et des objets » détenus par les musées français, une « meilleure contextualisation des œuvres exposées », une « circulation facilitée des œuvres » (y compris françaises), une « conservation des traces » (copies, par exemple) des œuvres restituées et, surtout, la création d’un « Conseil national de réflexion sur la circulation et le retour des biens culturels extra-européens », auquel seraient associés les chercheurs des pays demandeurs.

Vers une guérilla parlementaire

En bloquant le texte sur les objets béninois et sénégalais, les sénateurs ont donc surtout voulu attirer l’attention sur le sujet des restitutions au sens large. Opposés à la multiplication de textes ad hoc officialisant les transferts d’œuvres au cas par cas, ils continuent à plaider pour une vraie discussion permettant d’élaborer une loi générale sur le sujet.

Démarche nécessaire sur le fond comme sur la forme car, en cas de désaccord sur une loi, les constitutionnalistes français ont prévu une procédure de « navette » entre les deux chambres du Parlement, mais en offrant à l’Assemblée nationale la possibilité de trancher si le débat s’éternise. Le Sénat peut donc se lancer dans une guérilla et s’opposer, au coup par coup, à chaque nouvelle décision de restitution. Mais il perdra à chaque fois et ne peut espérer peser vraiment que dans le cadre de la discussion d’un vrai texte général, déconnecté de tout contexte d’urgence politique liée aux promesses ou aux amitiés du président en place.

La présidente de la mission d’information sur les restitutions, Catherine Morin-Desailly, et ses deux co-rapporteurs, Pierre Ouzoulias (communiste) et Max Brisson (Les Républicains, droite) promettent d’ailleurs le dépôt d’un nouveau texte inspiré par les quinze mesures présentées le 16 décembre ès le début 2021.

Avec Jeune Afrique par Olivier Marbot

RDC: la fille de Lumumba demande ses «reliques» au roi des Belges

juillet 21, 2020

 

La Belgique avait reconnu sa «responsabilité morale» dans la mort de Lumumba au terme d’une commission d’enquête parlementaire.

La fille du héros de l’indépendance du Congo Patrice Emery Lumumba, a demandé au roi des Belges le retour au pays de ses «reliques», près de 60 après l’assassinat de ce «héros sans sépulture». «Nous les enfants de Lumumba, nous la famille Lumumba, nous demandons le juste retour des reliques de Patrice Emery Lumumba sur la terre de ses ancêtres», écrit Juliana Amato Lumumba dans une lettre au roi Philippe de Belgique.

Cette lettre parvenue mardi 20 juillet à l’AFP est datée du 30 juin dernier, jour du 60e anniversaire de l’indépendance du Congo, ex-colonie belge. À cette occasion, le roi Philippe avait présenté des «regrets» historiques pour les «souffrances et les humiliations» infligées aux Congolais pendant la colonisation.

Patrice Emery Lumumba reste un «héros sans sépulture», rappelle sa fille dans cette lettre écrite «au nom de la grande famille» du héros national. Premier ministre en 1960, renversé, arrêté, Patrice Emery Lumumba a été livré à ses ennemis, les séparatistes katangais, qui l’ont assassiné le 17 janvier 1961, avec l’aide d’hommes de main belges.

En 2000, l’un de ces Belges, le commissaire de police Gérard Soete, racontera à l’AFP avoir découpé et dissous dans l’acide le corps de Lumumba et deux de ses fidèles, Joseph Okito et Maurice Mpolo. Dans un documentaire diffusé sur la chaîne allemande ARD la même année, M. Soete affirmera avoir conservé des dents de Lumumba, en les montrant. En 2016, le sociologue Ludo De Witte avait porté plainte contre la fille de M. Soete, accusé de détenir une dent de l’ancien Premier ministre qu’elle a également montrée dans une interview à un journal.

Dans sa lettre, la fille de Patrice Lumumba dénonce «les déclarations abjectes, faites en Belgique, de détention de quelques-uns de ses restes». En 2001, la Belgique avait reconnu sa «responsabilité morale» dans la mort de Lumumba au terme d’une commission d’enquête parlementaire.

Par Le Figaro avec AFP

La France acte la restitution d’objets d’art au Sénégal et au Bénin

juillet 17, 2020

Statues royales de l'ancien Dahomey, l'actuel Bénin, datant du XVIIIe siècle exposées au Musée du Quai-Branly.

Statues royales de l’ancien Dahomey, l’actuel Bénin, datant du XVIIIe siècle exposées au Musée du Quai-Branly. © Christophe Petit Tesson/MAX PPP 

La France va rendre légalement un sabre historique au Sénégal et vingt-six objets du patrimoine béninois. Cette décision inédite n’ouvre cependant pas la voie à la restitution de toutes les œuvres africaines pillées pendant la colonisation.

Cotonou avait reçu une fin de non-recevoir quand, en juillet 2016, les autorités béninoises avaient réclamé à la France la restitution de « trésors pillés » lors de la période coloniale. Quatre ans plus tard, le gouvernement français a changé, son positionnement aussi.

Mercredi 15 juillet, un projet de loi porté par la nouvelle ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, et le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, qui prévoit la restitution de biens culturels au Sénégal et au Bénin a été examiné en Conseil des ministres. Une première.

Si celui-ci est voté au Parlement, la loi va acter, sous un délai maximal de un an, à compter de sa publication au journal officiel, le transfert de propriété du sabre avec fourreau du conquérant El Hadj Oumar Tall, fondateur de l’empire Toucouleur qui avait été symboliquement remis – sous forme de prêt de cinq ans  – par la France, au président Macky Sall, lors de la visite à Dakar du Premier ministre Édouard Philippe.

Ce sabre avait été confisqué par le général Archinard qui avait participé à la conquête coloniale de l’Afrique de l’Ouest à la fin du XIXème siècle.

Pillages d’œuvres

Cette loi va également permettre à Emmanuel Macron d’honorer une promesse qu’il avait formulée à Ouagadougou en novembre 2017, à savoir, « rendre vingt-six œuvres au Bénin » qui appartiennent au « Trésor de Béhanzin ». Parmi ces objets, seront entre autres restitués la statue d’anthropomorphe du roi Ghézo, celle du roi Béhanzin, la porte du Palais Royal d’Abomey … des oeuvres hautement symboliques pour le Bénin, autrefois appelé le Royaume de Dahomey.

Entreposées au Musée du Quai-Branly, ces œuvres avaient été pillées lors du sac des palais des rois d’Abomey par les troupes coloniales françaises. Trônes et sceptres royaux, bracelets d’argents et d’étain, pièces d’or, portes sacrées, statues anthropomorphes furent apportées en France, tels des trophées, par le général Alfred Amédée Dodds en 1892.

Les prédécesseurs du président français n’avaient jamais accepté de suivre cette voie

« Ce projet de loi relatif à la restitution des œuvres africaines exprime la volonté du président Macron de changer son approche vis-à-vis de l’Afrique. Ses prédécesseurs n’avaient jamais accepté de suivre cette voie », se réjouit-on à l’Élysée.

Une jurisprudence Bénin et Sénégal

Une victoire pour la jeunesse africaine, considère Marie-Cécile Zinsou, historienne de l’art et présidente de la fondation Zinsou qui se consacre à l’art contemporain.  « La mission fondamentale du patrimoine va permettre à la jeunesse africaine d’avoir accès à son histoire avec la conditionnalité qu’une fois que la loi est votée, la France devra restituer les œuvres africains. »

Puis de conclure : « Ce projet de loi crée un précédent, et je pense que le jour où le Mali et la Côte d’Ivoire vont aussi faire des demandes, celles-ci vont être écoutées, car il y aura déjà eu la jurisprudence Bénin et Sénégal ».

Mais cette loi va-t-elle ouvrir le droit à la restitution d’œuvres à tous les pays qui en feront la demande auprès de la France ? La réponse est « non » car il n’existe pas de loi générale qui revient sur le caractère inaliénable des objets exposés dans les musées. Dans le projet de loi qui sera présenté à l’Assemblée nationale, c’est la loi spécifique de sortie de collection qui a été retenue.  « Le président préfère procéder au cas par cas », défend l’Élysée.

En effet, le principe d’inaliénabilité, conformément à l’article 451-5 du code de patrimoine qui stipule que « les biens constituants les collections des musées de France appartenant à une personne publique font partie du domaine public et sont à ce titre inaliénables », n’a pas été amendé comme le préconisait le rapport Sarr-Savoy.

Ainsi, la restitution ne concerne que le Sénégal et le Bénin et uniquement les objets précisés par le texte : le sabre d’El Hadj Oumar Tall et les 26 œuvres béninoises promises par le président français.

Les pays comme la Côte d’Ivoire ou encore le Mali qui demanderont à la France de leur restituer leurs biens patrimoniaux devront eux aussi se soumettre au calendrier législatif français. À terme, ces lois ad hoc risquent de fortement ralentir le processus de restitution.

Restitution sous conditions ?

Si la France a promis de rendre un certain nombre de biens, elle ne compte pas le faire dans n’importe quelles conditions. Le ministère de la Culture s’est engagé  d’accompagner dans une certaine mesure les pays auxquels il restitue les œuvres d’art. Cela va passer par la formation professionnelle, notamment au métier de la conservation. La France exige également que les pays concernés possèdent des espaces pour conserver de manière durable les objets restitués.

Alors qu’en matière muséale le Sénégal semble bien loti – Dakar a récemment inauguré le musée des civilisations noires –, ce n’est pas forcément le cas pour le Bénin, et la France compte apporter sa pierre à l’édifice.

C’est dans ce cadre que Paris a signé, en décembre 2019, avec Cotonou, un programme commun de travail entre les deux pays. Celui-ci prévoit l’appui à la construction, à Abomey, dans le sud du pays, du Musée de l’épopée des amazones et des rois d’Abomey et la rénovation des palais existants, avec un financement de 14 millions d’euros de la part de l’Agence française de développement (AFD).

Cette démarche bien que vertueuse ne doit néanmoins pas se substituer aux décisions des  pays.  Il appartient avant tout aux États africains de juger s’ils sont en capacité ou non de réceptionner des œuvres qui leur ont été retirées pendant la période coloniale.

Avec Jeune Afrique par Fatoumata Diallo

 

RDC : Félix Tshisekedi remercie la Belgique pour la conservation du patrimoine congolais

novembre 26, 2019

Le président Félix Tshisekedi (à gauche) lors du sommet sur le climat de l'ONU, le 23 septembre 2019.

Le président Félix Tshisekedi (à gauche) lors du sommet sur le climat de l’ONU, le 23 septembre 2019. © Jason DeCrow/AP/SIPA

 

Le président de la République démocratique du Congo Félix Tshisekedi a remercié la Belgique, ancienne puissance coloniale, pour avoir aidé le Congo à préserver son patrimoine, tout en se prononçant pour un retour « organisé » des œuvres.

« Il faudra bien que ce patrimoine revienne, mais il faut le faire de manière organisée », a-t-il déclaré à des journalistes samedi lors de l’inauguration officielle du tout nouveau musée national de Kinshasa qui expose quelque 400 objets traditionnels.

« Il faut reconnaître que les Belges nous ont aidés à le conserver », a-t-il ajouté, au sujet du patrimoine congolais emmené en Belgique avant l’indépendance de 1960 (masques, statues…).

« Cela va se faire de manière concertée. Et puis il va falloir dire un grand merci à la Belgique qui a gardé notre patrimoine », a-t-il répété dans un communiqué de la présidence diffusé dimanche.

Construit par la Corée du Sud pour 21 millions de dollars, le Musée national de la République démocratique du Congo (MNRDC) abrite quelque 12 000 pièces dans ses réserves flambant neuves.

Plusieurs dizaines de milliers d’autres sont conservées dans des conditions précaires à l’Institut des musées nationaux (INM) au Mont-Ngaliema sur les hauteurs de Kinshasa.

En Belgique, le patrimoine congolais est conservé au Musée royal d’Afrique centrale (MRAC), dont 80% des 120 000 pièces ethnographiques viennent du Congo, d’après des experts.

Une restitution d’objets congolais par la Belgique a eu lieu dans les années 1970 à la demande du dirigeant Mobutu Sese Seko. « A l’époque, pour ne pas perdre la face, les Belges ont parlé de don », affirme le communiqué de la présidence.

En France, autre ancienne colonie qui a la main sur un nombre important d’œuvres pillées, un rapport remis au président Emmanuel Macron il y a un an plaide pour un « restitution rapide ». Son co-auteur, l’économiste sénégalais Felwine Sarr, affirme être la cible d’un « lobby » de la partie adverse: « On nous objecte qu’il n’y aurait pas de musées en Afrique ni de compétences, que le patrimoine y serait en péril ». 

Par Jeune Afrique avec AFP

Génocide en Namibie: Berlin fait un pas vers la réconciliation

août 28, 2018

Esther Utjiua Muinjangue (à gauche), présidente de la Fondation Ova Herero Genocide, pose le 27 août 2018 devant le ministère de la Justice à Berlin, avant la restitution le 29 août d’ossements de victimes du génocide en Namibien / © dpa/AFP / Kay Nietfeld

L’Allemagne remet mercredi à la Namibie des ossements de membres des tribus Herero et Nama exterminés durant la période coloniale, dans un geste de réconciliation jugé toutefois très insuffisant par leurs descendants qui attendent des excuses.

Lors d’une cérémonie religieuse à Berlin, une délégation namibienne conduite par la ministre de la Culture, Katrina Hanse-Himarwa, va recevoir 19 crânes, des ossements divers et un scalp pris par les forces coloniales allemandes il y a plus d’un siècle.

La plupart des dépouilles proviennent de la collection anthropologique de la clinique universitaire berlinoise Charité.

Cette manifestation irrite fortement les représentants des deux ethnies, victimes de ce que les historiens considèrent comme le premier génocide du XXe siècle.

Le comportement de l’Allemagne est « choquant », a dénoncé à Berlin Esther Utjiua Muinjangue, présidente de la fondation Ova Herero Genocide, pour qui cette remise aurait dû être l’occasion pour le pays de présenter enfin officiellement des excuses, à même de « guérir les blessures émotionnelles ».

– « Fort à faire » –

L’Allemagne a « encore fort à faire » pour assumer son passé colonial sur ce territoire africain (1884-1915), a reconnu cette semaine la secrétaire d’Etat pour la politique culturelle internationale au ministère des Affaires étrangères, Michelle Müntefering, maîtresse de la cérémonie.

Le sénateur de Berlin Dirk Behrendt (3e à gauche) pose avec Esther Utjiua Muinjangue (à gauche), présidente de la Fondation Ova Herero Genocide avec d’autres membres de la délégation de Namibie à Berlin le 27 août 2018n / © dpa/AFP / Kay Nietfeld

Mercredi, il s’agit uniquement d’une remise d’ossements – deux avaient déjà eu lieu en 2011 et 2014 – mais pas le cadre adéquat pour des excuses, a-t-elle argumenté.

Le gouvernement allemand a reconnu sa responsabilité dans les massacres et indiqué en 2016 qu’il prévoyait des excuses officielles dans le cadre de négociations avec la Namibie.

Mais les discussions sont toujours en cours, et les excuses en suspens.

« Des réparations, une reconnaissance et des excuses » sont les conditions d’une normalisation des relations diplomatiques entre l’Allemagne et la Namibie, a rappelé à cet égard la ministre Katrina Hanse-Himarwa lors d’une conférence de presse commune avec Mme Müntefering lundi soir.

Berlin a jusqu’ici refusé de payer des réparations financières, préférant des compensations sous forme d’aide au développement. L’Allemagne dit avoir déjà versé dans ce cadre des centaines de millions d’euros à la Namibie depuis son indépendance de l’Afrique du sud en 1990.

– Shark Island –

Des écolières de Namibie passent le 20 juin 2017 devant un monument à la mémoire des victimes du génocide contre les Herero et les Nama en 1904n / © AFP/Archives / GIANLUIGI GUERCIA

Mais c’est tout le pays qui en profite. Or, les seules victimes sont les tribus Herero, qui représentent environ 7% de la population namibienne contre 40% au début du XXe siècle, et les Nama. Leurs représentants ont lancé une procédure judiciaire à New York pour exiger des réparations directement aux descendants des deux ethnies exterminées.

Privés de leurs terres et de leur bétail, les Herero s’étaient révoltés en 1904 contre les colons allemands, faisant une centaine de morts parmi les colons.

Envoyé pour mater la rébellion, le général allemand Lothar von Trotha avait ordonné leur extermination. Les Nama s’étaient soulevés un an plus tard et subirent le même sort.

Au total, au moins 60.000 Herero et environ 10.000 Nama perdirent la vie entre 1904 et 1908. Les forces coloniales allemandes avaient employé des techniques génocidaires: massacres de masse, exil dans le désert où des milliers d’hommes, femmes et enfants sont morts de soif, et camps de concentration comme celui tristement célèbre de Shark Island.

Les ossements, en particulier les crânes de victimes, furent envoyés en Allemagne pour des expériences scientifiques à caractère racial. Le médecin Eugen Fischer, qui a officié à Shark Island et dont les écrits ont influencé Adolf Hitler, cherchait à prouver la « supériorité de la race blanche ».

L’historien Christian Kopp, de l’ONG Pas de prescription pour les génocides, a exigé que la lumière soit enfin faite sur le nombre d’ossements en provenance de Namibie et d’autres anciennes colonies allemandes encore présents sur le sol allemand. Il n’y a « aucune transparence à ce sujet », a-t-il indiqué à l’AFP.

Romandie.com avec(©AFP / (29 août 2018 04h35)

Le British Museum va rendre à Irak des antiquités pillées

août 9, 2018

Photo fournie par le British Museum le 9 août 2018 montrant un cône d’argile sumérien datant d’environ 2200 ans avant JC / © The British Museum/AFP / –

Des antiquités, parfois vieilles de 5000 ans, pillées en Irak en 2003 après la chute de Saddam Hussein, vont revenir dans leur pays après avoir été identifiées par des experts du British Museum, a annoncé jeudi l’institution.

Huit petits objets avaient été saisis en mai 2003 chez un vendeur de la capitale anglaise par la police londonienne, qui ne disposait pas d’informations sur leur provenance. Ils ont été confiés aux experts du British Museum.

Coïncidence incroyable: une équipe du musée travaillait sur le site même où les objets ont été volés, à Tello (ancienne ville sumérienne de Girsu), dans le sud de l’Irak.

Parmi ces objets, trois cônes en terre cuite portaient des inscriptions cunéiformes indiquant le nom du roi qui les avait fait faire, et celui du dieu auquel ils étaient dédiés, en l’occurrence le roi Gudea pour la divinité Ningirsu.

« Ce qui est exceptionnel, c’est qu’au moment où la police envoyait ces objets au British Museum pour les identifier, on était en train de fouiller le temple d’où ils avaient été prélevés », a raconté à l’AFP Sébastien Rey, directeur du site de Tello et conservateur.

Sur place, les archéologues avaient récupéré des objets jetés par les pilleurs, qui s’étaient débarrassés des cônes cassés ou abîmés, avec les mêmes inscriptions, et avaient retrouvé dans les murs du temple des cônes identiques à ceux trouvés à Londres.

« Nous aurions pu deviner que ces objets venaient du sud de l’Irak, mais les lier à ce site particulier, et même à des trous particuliers, c’est extrêmement rare », a souligné l’archéologue.

Ces cônes ou clous commémoratifs avaient une « fonction magique », a expliqué M. Rey. Réalisés à la demande d’un roi, ils étaient enfoncés dans les murs d’un temple dédié à une divinité.

Parmi les trésors saisis par les policiers figurent une petite amulette en marbre blanc représentant un taureau et datant du début du troisième millénaire avant notre ère, un sceau cachet en marbre rouge de la même époque qui se portait en amulette et un galet de rivière poli sur lequel figure le début d’une écriture cunéiforme.

Ces objets seront formellement remis vendredi à l’ambassadeur d’Irak au Royaume-Uni, Salih Husain Ali, et seront acheminés ensuite au musée de Bagdad.

L’ambassadeur a remercié le British Museum pour ses « exceptionnels efforts d’identification et de retour des antiquités pillées en Irak ». « Une telle collaboration entre l’Irak et le Royaume-Uni est vitale pour la préservation et la protection du patrimoine irakien », a-t-il dit, cité par le musée.

Pour Hartwig Fischer, directeur du British Museum, qui avait dès 2003 mis en garde contre le pillage du patrimoine culturel du pays, le retour de ces objets est un « symbole des très solides relations de travail avec nos collègues irakiens développées ces dernières années ».

Romandie.com avec(©AFP / (09 août 2018 15h44)

France: le président Macron nomme deux experts pour la restitution du patrimoine africain

mars 6, 2018

L’historienne française Bénédicte Savoy et l’écrivain sénégalais Felwine Sarr examineront les conditions dans lesquelles les œuvres pourront être rapatriées.

Le président français, Emmanuel Macron, a confié à deux experts culturels, lundi 5 mars, la mission d’étudier la restitution à des pays africains d’œuvres d’art actuellement en France, comme il s’y était engagé dans son discours de Ouagadougou fin novembre 2017. Ces deux « personnalités incontestables », l’historienne d’art Bénédicte Savoy, membre du Collège de France, et l’écrivain et universitaire sénégalais Felwine Sarr, devront rendre leur avis d’ici à novembre, a précisé le président à l’issue d’un entretien avec son homologue du Bénin, Patrice Talon, à l’Elysée.

Emmanuel Macron avait créé la surprise lors de sa tournée en Afrique de l’Ouest, en novembre 2017, en déclarant vouloir « un retour du patrimoine africain à l’Afrique ». « Le patrimoine africain […] doit être mis en valeur à Paris, mais aussi à Dakar, Lagos, Cotonou […] Ce sera l’une de mes priorités. D’ici cinq ans, je veux que les conditions soient réunies pour un retour du patrimoine africain à l’Afrique », avait-il dit dans son discours à l’université de Ouagadougou.

Ses propos avaient été particulièrement bien reçus au Bénin, dont le président, Patrice Talon, a fait la demande officielle d’une restitution d’une partie du patrimoine béninois en juillet 2016. « Ce qui nous intéresse, c’est de pouvoir présenter ce patrimoine qui est le nôtre, a expliqué lundi M. Talon. Nous le faisons non pas dans un esprit de conflit, mais de coopération avec la France pour faire du tourisme un pilier majeur de l’économie béninoise. »

Changer la loi

Selon Irénée Zevounou, ambassadeur du Bénin à l’Unesco, « entre 4 500 et 6 000 objets [béninois] sont en France, y compris dans des collections privées ». L’accaparement des trésors du royaume du Dahomey – trônes royaux, récades (sceptres royaux), portes sacrées du palais d’Abomey, statues anthropomorphes… – s’était fait lors des batailles coloniales entre 1892 et 1894, mais aussi par des missionnaires ou des missions culturelles.

Bénédicte Savoy et Felwine Sarr devront notamment examiner les conditions dans lesquelles ces œuvres pourront être rapatriées puis protégées dans leurs pays d’origine. « Nous avons la volonté ferme de bien faire les choses », a assuré M. Macron. Ces restitutions imposeraient de changer la loi française en raison des principes juridiques « d’inaliénabilité et d’imprescriptibilité […] des collections publiques ».

 

Lemonde.fr avec AFP

France: Macron s’engage à restituer le patrimoine africain

décembre 2, 2017

Des statues provenant du Bénin exposées au musée du quai Branly à Paris / © AFP/Archives / OLIVIER LABAN-MATTEI

Le président français Emmanuel Macron a créé la surprise lors de sa tournée en Afrique de l’Ouest en déclarant vouloir « un retour du patrimoine africain à l’Afrique ». Une phrase qui redonne de l’espoir au Bénin, après des mois de tractations.

« Le patrimoine africain (…) doit être mis en valeur à Paris, mais aussi à Dakar, Lagos, Cotonou », a déclaré le président français.

« Ce sera l’une de mes priorités. D’ici cinq ans, je veux que les conditions soient réunies pour un retour du patrimoine africain à l’Afrique », a-t-il lancé.

Dans son discours à l’université de Ouagadougou, cette phrase a surtout résonné au Bénin, dont le président Patrice Talon a fait une demande officielle d’une restitution d’une partie du patrimoine béninois en juillet 2016.

Pour le président Talon, qui a notamment fait campagne contre l’influence de la France dans son ancienne colonie, le rapatriement de ces oeuvres permettra de « mieux faire connaître à nos populations la valeur de nos biens culturels et historiques » et « faire du tourisme un pilier majeur de l’économie béninoise ».

Irénée Zevounou, l’ambassadeur de la délégation du Bénin à l’UNESCO, estime que « 4.500 à 6.000 objets (béninois) sont en France, y compris dans des collections privées ».

L’accaparement des trésors du Royaume du Dahomey s’est fait lors des batailles coloniales entre 1892 et 1894, mais aussi par les missionnaires qui ont « dépossédé les populations de ce qu’ils considéraient comme des fétiches », explique M. Zevounou.

– ‘Historique’ –

« C’est la première fois qu’un président français aborde le sujet frontalement et fait part de sa volonté d’aller dans le sens de la restitution », écrivait aussitôt Marie-Cecile Zinsou, créatrice de la Fondation Zinsou à Cotonou sur sa page Facebook.

« Il se pourrait que le discours de Ouagadougou marque un tournant majeur dans la suite des procédures », se réjouit cette amatrice d’art franco-béninoise.

De nombreux autres partisans d’un retour des oeuvres du royaume du Dahomey – trônes royaux, récades (sceptres royaux), portes sacrées du Palais d’Abomey, statues anthropomorphes… – se sont exprimés depuis, comme Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN).

Dans une tribune publiée dans la presse, le président du CRAN se félicite d’une « rupture historique » dans le débat, et propose que le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies participe aux négociations entre les deux pays: « il s’agit d’une question de culture, mais aussi d’un enjeu de droit ».

Le droit, c’est bien ce qui bloque dans ce dossier épineux et particulièrement sensible.

Les autorités françaises s’étaient jusqu’à présent rangé derrière « les principes juridiques d’inaliénabilité et d’imprescriptibilité (…) des collections publiques », pour argumenter leur refus de restituer des oeuvres, désormais tombées dans le patrimoine français.

Pour Yves-Bernard Debie, avocat spécialisé en droit du commerce de l’art, le discours « tranché » d’Emmanuel Macron rompt avec la tradition juridique française établie en 1566 par « l’édit de Moulins ».

« Depuis cette époque, le domaine royal devenu ensuite le domaine public, est inaliénable et imprescriptible. Il est interdit, sauf exceptions rares, au prince, roi ou Président de la République, de disposer de ce domaine. Les chefs d’Etat passent, le domaine public reste! », explique l’avocat à l’AFP.

Une telle restitution demanderait donc de changer la loi française.

« C’est peut-être un peu naïf de ma part, mais j’espére que les relations s’améliorent entre le France et ses partenaires d’Afrique », ose Ousmane Alédji, directeur du centre culturel béninois ARTISTTIK AFRICA. « Je préfère être aujourd’hui dans l’espérance du mieux ».

Romandie.com avec(©AFP / 02 décembre 2017 13h05)