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En Côte d’Ivoire, une journée de manifestations sous tension

août 13, 2020

 Des militants du RHDP, lors du meeting du 29 juillet 2020 à Abidjan.

Des militants du RHDP, lors du meeting du 29 juillet 2020 à Abidjan. © REUTERS/Luc Gnago

 

Si les directions des principaux partis d’opposition se sont gardées d’appeler à manifester, les organisations de jeunes de ces mouvements mobilisent leurs militants pour répondre à l’appel lancé par des leaders de la société civile. À Daoukro, fief du candidat et ex-président Henri Konan Bédié, des heurts ont déjà éclaté mercredi, faisant au moins un mort.

Ils étaient plusieurs responsables de l’opposition à s’être donné rendez-vous mercredi au siège du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI d’Henri Konan Bédié), à Cocody, commune d’Abidjan. Dans une déclaration lue par Daniel Aka Ahizi, président de l’une des deux tendances du Parti ivoirien des travailleurs (PIT, fondé par Francis Wodié) et porte-parole de la Coalition pour la démocratie, la réconciliation et la paix (CDRP, regroupant plusieurs partis dont le PDCI), les opposants ont égrené sept revendications, dont la démission d’Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, président de la Commission électorale indépendante (CEI).

Pas de consigne des partis

Mais dans cette déclaration officielle, aucune mention aux manifestations du 13 août contre la candidature d’Alassane Ouattara à un troisième mandat, auxquelles ont appelé des leaders de la société civile, dont Pulchérie Édith Gbalet, présidente d’Alternative citoyenne ivoirienne (ACI).

Les partis d’opposition semblent s’être passé le mot : aucun appel officiel à manifester n’émanent des principaux responsables. Toutefois, ces derniers, ont, à l’instar de Simone Gbagbo, laissé le soin aux responsables des sections jeunesses de leur parti d’appeler les militants à descendre dans la rue.

Silencieuse depuis juin en raison de son état de santé – elle a annoncé avoir guéri du coronavirus – , l’ex-Première dame a déclaré mardi comprendre « la vague de mécontentement observée par les hommes, les femmes, les jeunes dans plusieurs villes du pays ».

Elle s’est également exprimée sur le sort de son époux. « Je voudrais appeler le chef de l’État à prendre un décret d’amnistie pour rendre Laurent Gbagbo éligible. Que Laurent Gbagbo se présente à l’élection présidentielle ou pas, qu’il soit éligible » a-t-elle déclaré. Mais comme les autres caciques de l’opposition, elle s’est également abstenue de lancer un appel clair à descendre dans les rues.

Violents incidents à Daoukro

En dehors de tout appel direct, les militants des partis politiques s’organisent tout de même sur le terrain. À Ferkessédougou – dans le nord du pays et fief électoral de Guillaume Soro, condamné à vingt ans de prison pour « recel de détournement de deniers publics » et actuellement en exil à Paris – , de timides manifestations ont vite été dispersées ces derniers jours, ainsi que dans diverses villes de l’intérieur comme dans certains quartiers d’Abidjan.

À Daoukro, ville natale de l’ancien président Henri Konan Bédié, candidat à la présidentielle d’octobre, des manifestations ont vite dégénéré en affrontements mercredi entre partisans et opposants à une nouvelle candidature d’Alassane Ouattara. Ces heurts ont fait au moins un mort. Plusieurs blessés ont été recensés, et les sièges du PDCI comme du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, parti présidentiel) ont été saccagés.

À Toumodi, dans le centre du pays favorable au PDCI, une marche des femmes présentées comme des partisanes de Bédié a paralysé une partie de la ville.

« Désordre et chienlit »

La journée de jeudi s’annonce à haut risque, alors que le député Tilkouété Dah Sansan, président de la jeunesse du RHDP, a de son côté appelé les partisans de la candidature de Ouattara à eux aussi investir les rues le même jour pour « laisser éclater leur joie ». « Notre quartier général sera le jeudi 13 août matin à Yopougon (commune réputée favorable à Laurent Gbagbo, ndlr). Tous en blanc et depuis (le quartier de) Gesco, les militants jeunes du RHDP vont faire une procession », a-t-il annoncé.

Une marche de l’opposition et des militants du parti au pouvoir le même jour, cela va causer désordre et chienlit

« Nous sommes plus que jamais déterminés pour la victoire du président Ouattara » à la présidentielle d’octobre 2020, prévient pour sa part Adama Bictogo, directeur exécutif du RHDP.

Ce regain de tension fait renaître chez certains Ivoiriens les douloureux souvenirs des tensions postélectorales de 2000 et de 2010. Ces dernières avaient causé la mort d’au moins 3 000 personnes. « Une marche de l’opposition et des militants du parti au pouvoir le même jour, cela va causer désordre et chienlit », prévient l’écrivain Macaire Etty, président de l’Association des écrivains de Côte d’Ivoire (AECI). « Le président de la République, garant de l’ordre, doit tenir compte des protestations de l’opposition contre le troisième mandat et anticiper. Je suis contre la violence sous toutes ses formes. J’invite tous les Ivoiriens à la retenue et à la mesure. »

Avec Jeune Afrique par André Silver Konan à Abidjan

Côte d’Ivoire: Alassane Ouattara candidat à la présidentielle du 31 octobre

août 6, 2020

Alassane Ouattara, au palais présidentiel le 29 mai 2020.

Alassane Ouattara, au palais présidentiel le 29 mai 2020. © DR / Présidence de la République ivoirienne.

 

Dans un discours à la nation prononcé ce jeudi, le chef de l’État ivoirien a officialisé son intention de briguer un troisième mandat.

Alassane Ouattara a finalement choisi les célébrations du soixantième anniversaire de l’indépendance de son pays pour se déclarer. « Je suis candidat à l’élection présidentielle d’octobre 2020 », a annoncé le chef de l’État ivoirien, ce 6 août, lors de son traditionnel discours à la nation. Pour l’occasion, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) avait mobilisé ses militants dans différents endroits d’Abidjan.

Lors de ce discours de 25 minutes, ADO a justifié sa décision de revenir sur son choix initial de ne pas briguer un troisième mandat. « J’avais fait part, le 5 mars dernier, à toute la nation de ma volonté de ne pas faire acte de candidature et de passer la main à une nouvelle génération. J’avais commencé à organiser mon départ, planifier ma vie après la présidence, relancer les activités de ma fondation », a-t-il rappelé.

Cas de force majeur

Mais, a expliqué Alassane Ouattara, le décès soudain le 8 juillet d’Amadou Gon Coulibaly, candidat et dauphin désigné, a tout changé. « Face à ce cas de force majeur, j’ai décidé de répondre favorablement à l’appel de mes concitoyens. Cette décision, mûrement réfléchie, est un devoir que j’accepte dans l’intérêt supérieur de la nation », a-t-il précisé, présentant même ce choix comme « un sacrifice ».

Pour justifier son choix, ADO s’est érigé en garant de la paix et de la sécurité

Écartant tout possible report de la présidentielle – « Il est impératif que l’échéance électorale soit respectée » -, ADO a évoqué « le calendrier serré » et s’est érigé en garant de la paix et de la sécurité pour justifier ce choix controversé.

Cette annonce est loin d’être une surprise, tant elle se dessinait depuis les obsèques d’Amadou Gon Coulibaly à Korhogo, le 17 juillet. Des appels pour réclamer sa candidature ont été suscités, alors que des démarches pour obtenir les parrainages citoyens – désormais nécessaires pour se présenter à la magistrature suprême – étaient entamées.

Plusieurs délégations de rois et de chefs traditionnels ont aussi défilé au domicile d’Alassane Ouattara, dans le quartier de la Riviera Golf, à Abidjan. Le 1er août, le président y a reçu les anciens chefs de guerre de la rébellion qui l’a porté au pouvoir en 2011, leur annonçant sa volonté de briguer un troisième mandat.

Pour les caciques du RHDP, la candidature d’Alassane Ouattara était la seule capable de maintenir l’unité au sein du parti au pouvoir. La seule capable de lui permettre de demeurer aux affaires. La mort d’Amadou Gon Coulibaly a réveillé les appétits et relancé les guerres d’égo.

Réconciliation

Lors de son discours, ADO a annoncé vouloir renforcer ses actions en faveur de la réconciliation. Mais, alors que plusieurs observateurs imaginaient des mesures d’apaisement envers Guillaume Soro, dont plusieurs partisans sont emprisonnés depuis la fin de l’année 2019, le chef de l’État a seulement accordé une grâce collective à quelque 2 000 personnes condamnées pour des infractions mineures.

Alassane Ouattara n’a pas non plus évoqué le cas de Laurent Gbagbo. L’ancien président cherche en effet à regagner la Côte d’Ivoire dans l’attente de la fin de la procédure qui le vise devant la Cour pénale internationale (CPI), mais ses démarches pour obtenir un nouveau passeport sont pour le moment restées lettres mortes.

Jeudi, dans la matinée, des dizaines de jeunes dénonçant le retrait du nom de Laurent Gbagbo de la liste électorale ont manifesté devant la Commission électorale indépendante (CEI). Les manifestants ont brûlé des pneus, la police a fait usage de gaz lacrymogènes et le calme est revenu à la mi-journée. Une dizaine de personnes ont été interpellées. Des incidents qui, selon de nombreux observateurs, risquent de se multiplier d’ici à l’élection, dont le premier tour est prévu le 31 octobre.

Si le chef de l’État et ses partisans estiment que le changement de Constitution en 2016, après sa réélection, lui donne légalement le droit de se présenter, l’opposition soutient que la limite de deux mandats demeure et entend contester bruyamment sa candidature.

Avec Jeune Afrique par Vincent Duhem

Côte d’Ivoire/Hommage du RHDP à Amadou Gon Coulibaly: Le président Alassane Ouattara salue la mémoire de l’illustre disparu

juillet 15, 2020

 

Publiée le 15 juillet 2020 par RTI Officiel

Côte d’Ivoire : Amadou Gon Coulibaly désigné candidat du RHDP à la présidentielle de 2020

mars 13, 2020

Le président Alassane Ouattara et le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, le 12 mars à Abidjan.

Le président Alassane Ouattara et le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, le 12 mars à Abidjan. © Présidence ivoirienne 

Le Premier ministre ivoirien, Amadou Gon Coulibaly, a été désigné jeudi soir par le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) pour porter les couleurs du parti à la présidentielle d’octobre 2020. Sa candidature a été adoubée par tous les principaux cadres du parti.

Une semaine jour pour jour après qu’Alassane Ouattara a annoncé qu’il ne briguerait pas un troisième mandat lors de la présidentielle d’octobre prochain, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) a officiellement désigné Amadou Gon Coulibaly comme son candidat pour le scrutin d’octobre prochain.

Une annonce qui est tout sauf une surprise, tant le nom du Premier ministre d’Alassane Ouattara, qui est aussi le président du directoire du RHDP, revenait avec insistance depuis plusieurs mois pour porter les couleurs du parti si l’actuel chef de l’État venait à ne pas se présenter.

La désignation d’Amadou Gon Coulibaly a eu lieu à l’issue d’un conseil politique du RHDP, et a été officialisée lors d’une cérémonie à l’Hôtel Ivoire, à Abidjan. Les principaux cadres du parti, d’Hamed Bakayoko à Patrick Achi en passant par Amadou Soumahoro, ont pris la parole tour à tour pour adouber la candidature de Gon.

« Pour moi, après ADO, c’est Amadou Gon Coulibaly. Je suis persuadé qu’Amadou Gon Coulibaly est le mieux placé pour assurer la relève », a lancé le ministre d’État chargé de la Défense, Hamed Bakayoko.

Le ministre de l’Enseignement, Albert Mabri Toikeusse, dont les ambitions présidentielles ne sont pas un secret, a été le seul à émettre des doutes. « Je suis un homme de conviction et je préfère dire ce que je pense. Monsieur le Président, vous êtes le fils du Président Félix Houphouët-Boigny, qui nous a enseigné le dialogue. Nous nous appuierons sur le dialogue pour régler nos divergences. Ne prenons pas des engagements d’une heure dans une salle, qui par la suite ne refléteront pas la réalité sur le terrain. Faites donc comme Félix Houphouët-Boigny. Travaillez à nous mettre en équipe », a-t-il déclaré.

Nouvelle génération

La cérémonie s’était ouverte par un discours du président Alassane Ouattara, lors duquel il a notamment dressé un premier bilan de ses années au pouvoir, et a défendu le principe de la réforme constitutionnelle actuellement engagée.

« Toute œuvre humaine peut être améliorée. C’était important, avant de partir, de proposer des modifications [de la Constitution] au Parlement », a-t-il déclaré. « J’espère laisser une Constitution qui pourra rester des années et des années. »

Affirmant avoir pris la décision de ne pas se présenter à un troisième mandat dès 2017, Ouattara est revenu sur l’épisode des mutineries qui ont éclaté cette année-là, et affirmé avoir voulu « remettre de l’ordre dans l’armée » avant de l’officialiser.

« Ce qui a motivé ma décision, ce n’est pas une volonté de vous abandonner. Mais j’ai une conviction profonde : que la Côte d’Ivoire ira encore mieux avec la nouvelle équipe, la nouvelle génération », at-t-il lancé avant de conclure : « Nous devons confier la destinée de la Côte d’Ivoire à une nouvelle génération. Une équipe bien formée, honnête, reconnue pour son respect du travail et du don de soi. » Sans mentionner le nom d’Amadou Gon Coulibaly.

« Je ne doute donc pas de notre victoire »

Alassane Ouattara a toujours eu une confiance absolue en son fidèle Premier ministre. Les deux hommes se connaissent depuis plus de trente ans et ont tout connu ensemble : le pouvoir, la marginalisation, l’opposition, la guerre, la crise postélectorale, puis le pouvoir.

Le 8 décembre, le Premier ministre se montrait confiant quant à la victoire du RHDP à la présidentielle d’octobre : « Nous considérons que notre bilan parle pour nous et que le projet que nous présenterons en 2020 va encore plus loin que le précédent. Je ne doute donc pas de notre victoire, quel que soit le candidat que nous devrons affronter », affirmait-il dans nos colonnes.

Avec Jeuneafrique

Côte d’Ivoire: Henri Konan Bédié rompt avec la coalition présidentielle

août 10, 2018

 

Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, le mercredi 8 août 2018. © DR / Présidence ivoirienne

 

Au lendemain de sa rencontre avec Alassane Ouattara, le président du PDCI annonce sa sortie du projet de parti unifié et met fin à son union avec le parti au pouvoir.

L’heure de la rupture est arrivée entre Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié. Malgré leurs profonds différends, les tensions et les ressentiments, ces derniers mois, les deux hommes avaient eu à cœur de maintenir les apparences de leur union. C’en est désormais terminé. Au lendemain de leur rencontre glaciale et expéditive d’une petite quinzaine de minutes, mercredi 8 août, à la résidence du chef de l’État, à la Riviera, un quartier d’Abidjan, le chef du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), a acté leur divorce dans un communiqué.

« Précipitation »

Dans ce texte ferme et virulent, Henri Konan Bédié dénonce la constitution du parti unifié lors d’une Assemblée générale qui s’est tenue le 16 juillet, auquel il avait refusé de s’associer. Il regrette la forme, estimant que c’était théoriquement à lui, en tant que Président de la conférence des Présidents du Rassemblement des Houphouëtises pour la démocratie et la paix (RHDP), de convoquer ce rendez-vous, mais aussi le moment choisi, dénonçant une « précipitation ».

Henri Konan Bédié annonce ainsi « se retirer du processus de mise en place d’un parti unifié », et « prendre acte » du départ de ses alliés de leur groupement politique commun. Il dit aussi « se réserver le droit de promouvoir » une nouvelle plate-forme. Selon nos informations, l’ancien parti unique travaille en effet activement à la mise sur pied d’une alliance avec d’autres partis politiques, ainsi qu’avec des mouvements de la société civile.

« L’alternance », soit un soutien à son candidat en 2020, est désormais non négociable

Ce projet de parti unifié n’a cessé de renforcer les tensions car, avec lui, ce sont les divergences autour de la prochaine présidentielle ivoirienne qui se sont trouvées exacerbées. Avant toute nouvelle union, Henri Konan Bédié exigeait des gages de la part de son allié. « L’alternance », soit un soutien à son candidat en 2020, est désormais non négociable.

Lui qui estime avoir été « spolié » de plusieurs centaines de milliers de voix en 2010, n’a pas oublié qu’il s’est alors résigné à soutenir Alassane Ouattara. Il ne cesse également de rappeler le sacrifice fait lorsqu’à Daoukro, en 2014, il appelé son parti à se ranger dès le premier tour derrière ADO, renonçant ainsi à présenter un candidat. Et exige aujourd’hui que son allié soit prêt aux mêmes gestes. En vain.

Recomposition

Le président ivoirien a répété à plusieurs reprises qu’il voulait « que tous ceux qui le souhaitent soient candidats », et que soit choisi « le meilleur d’entre nous ». Des positions en apparence irréconciliables, qui ont créé de fortes secousses au sein même du PDCI. Certains cadres de l’ancien parti unique ne cachent pas leur adhésion au projet de parti unique d’Alassane Ouattara.

Pour le Sphinx, c’en est ainsi fini de l’alliance créée en 2005, à Paris, face à Laurent Gbagbo. Ouattara et Bédié, les deux alliés qui depuis 2011, ont conquis et exercé le pouvoir, sont désormais rivaux. Ces deux hommes à l’histoire commune tumultueuse ont vu leur relation se dégrader cette dernière année. Et ces dernières semaines, ils ne se parlaient presque plus.

C’est donc face à face que le PDCI et le RHDP feront campagne dans les prochaines semaines en vue des élections municipales et régionales qui doivent se tenir le 13 octobre prochain. Un scrutin qui sera observé avec un intérêt particulier. Après la libération de Simone Gbagbo, mercredi, le paysage politique ivoirien est en pleine recomposition.

Jeuneafrique.com par

Côte d’Ivoire: le parti unifié RHDP se met en place, sans Bédié et en l’absence de Soro

juillet 16, 2018

Alassane Ouattara, lors de son allocution télévisée du 7 mars 2018. © DR / Présidence Côte d’Ivoire.

L’assemblée constitutive du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), parti unifié tant voulu par le président Alassane Ouattara, a lieu ce lundi à Abidjan.

Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), principal allié du Rassemblement des Républicains (RDR) de Alassane Ouattara, ne se sent pas concerné par cette manifestation et Henri Konan Bédié a déjà prévenu ses militants qu’ils seraient exclus d’office s’ils y participaient. Il a par contre autorisé trois cadres de son parti, Charles Koffi Diby, le président du conseil économique, Patrick Achi, le secrétaire général de la présidence et Siandou Fofana, le ministre du tourisme et des loisirs à participer à l’assemblée constitutive du RHDP en qualité de simples observateurs.

Le deuxième absent de taille sera Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale et vice-président du RDR, en mission au Canada en ce moment. Attendu à Abidjan, le 15 juillet, celui-ci a préféré prolonger son séjour, soulevant le courroux de certains barrons du pouvoir.

Qui défiera la mise en garde de Henri Konan Bédié ?

La grande inconnue demeure les présences effectives des ministres et hauts cadres du PDCI partisans du parti unifié contre lesquels Henri Konan Bédié a adressé une mise en garde.

« Tous seront là. Nous avons programmé l’assemblée générale constitutive l’après-midi pour permettre aux personnalités retenues à Yamoussoukro pour les obsèques du patriarche Jean Konan Banny, de rallier Abidjan », indique une source proche de l’organisation.

Le RHDP sera donc composé du RDR et de quelques petits partis comme l’Union pour la démocratie et la paix (UDPCI) de Albert Toikeusse Mabri, du Parti ivoirien des Travailleurs (PIT) du professeur Joseph Séka Séka, du Mouvement des forces pour l’avenir (MFA) de Siaka Ouattara et de l’Union pour la Côte d’Ivoire (UPCI) de Serge Anicet Yao Brou.

À l’exception de l’UDPCI, toutes les autres formations politiques (PIT), (MFA) et (UPCI) sont secouées par des crises internes de leadership entre les anti et les pro-RHDP.

1 500 congressistes attendus

« On ne pouvait plus attendre le président Bédié. Le chef de l’État, Alassane Ouattara, a fait preuve de beaucoup de patience. Le premier agenda du parti unifié était prévu en décembre 2017 », confie à Jeune Afrique, un ministre membre du comité d’organisation qui précise que 1 500 congressistes sont attendus.

Sur le parvis de l’hôtel Sofitel Abidjan Ivoire, 26 000 militants qui suivront l’événement sur grand écran

La répartition des participants s’est faite en fonction du poids de chaque formation politique. Le RDR a environ 550 délégués, les cadres du PDCI favorables au parti unifié devraient être environ 380 et les autres se partageront le reste des sièges. Les organisateurs ont néanmoins prévu de rassembler sur le parvis de l’hôtel Sofitel Abidjan Ivoire 26 000 militants qui suivront l’événement sur grand écran.

Conquête du pouvoir en 2020

Deux allocutions marqueront l’événement : celle d’Abdallah Mabri Toikeusse, au nom des partis alliés, et celle d’Alassane Ouattara, qui sans grande surprise, pendra les rênes la présidence du RHDP comme souhaité par le RDR lors de son bureau politique du 9 juillet dernier.

Le mode de désignation du président sera défini pendant les assises dont la durée n’excédera pas plus de deux heures. Quant à la composition de la nouvelle direction du RHDP, elle sera rendue public à l’issue des travaux. Après la création du RHDP qui centralisera les activités principales des partis, ces derniers ne disparaîtront pas immédiatement. Une période transitoire de plus de dix mois est prévue avant la fusion complète. Et un grand congrès consacrera le parti unifié qui ira à la conquête du pouvoir en 2020 lors de l’élection présidentielle.

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Côte d’Ivoire: cinq choses à savoir sur le nouveau gouvernement

juillet 11, 2018

 

Amadou Gon Coulibaly, Premier ministre de Côte d’Ivoire, dans son bureau le 30 juin 2017. © Issam Zejly pour Jeune Afrique

 

Un gouvernement très politique, des tensions au sein du RHDP, des arrivées et départs qui interrogent ou encore de probables conflits de compétence… Voici les cinq choses à savoir sur le nouveau gouvernement d’Amadou Gon Coulibaly, formé mardi 10 juillet.

La Côte d’Ivoire dispose d’un nouveau gouvernement depuis ce mardi 10 juillet. Un changement éminemment politique, qui risque de calmer difficilement les tensions entre alliés. Entre perdants et gagnants, ne faut-il pas craindre de futurs conflits de compétence ? Voici cinq choses à savoir sur ce nouveau gouvernement.

1. Un gouvernement politique

Ce qui frappe immédiatement, c’est son nombre : 36 ministres, dont le Premier ministre, cinq secrétaires d’État et deux ministres auprès du président de la République. Ce « gouvernement pléthorique », dénoncé par des médias proches de l’opposition, est essentiellement politique : il est dominé par le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, mouvance présidentielle).

Le Rassemblement des républicains (RDR d’Alassane Ouattara) se taille la part du lion, avec 25 postes, contre 12 pour le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI d’Henri Konan Bédié), deux pour l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI).

Les petits partis, comme le Mouvement des forces d’avenir (MFA) et le Parti ivoirien des travailleurs (PIT), disposent respectivement d’un poste de secrétaire d’État et de ministre. Quant à la société civile, deux postes lui ont été attribués.

2. Tensions au sein du RHDP

Manifestement, ce nouveau gouvernement ne devrait pas apaiser les tensions entre le président Alassane Ouattara et son grand allié Henri Konan Bédié. « En reconduisant les ministres initiateurs de « Sur les traces d’Houphouët-Boigny », courant politique désapprouvé par Bédié, Ouattara fait un affront à son allié. Par ailleurs, contrairement à ses habitudes, le président de la République n’a pas pris soin, pour la formation de ce gouvernement, de demander une liste de ministrables au président du PDCI. Cela va laisser des traces », commente un proche de Bédié, interrogé par Jeune Afrique.

Selon certaines indiscrétions, le PDCI pourrait soit ne pas commenter la présence de certains de ses cadres au gouvernement, soit prendre acte. Une attitude que pourrait aussi observer Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale, qui n’a auparavant pas adoubé la nomination de Sidiki Konaté, cadre des ex-rebelles des Forces nouvelles.

3. Les gagnants

Albert Toikeusse Mabri, président de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI), signe son retour au gouvernement. Il hérite néanmoins d’un portefeuille relativement chahuté : l’Enseignement supérieur, secoué depuis des mois par une série de grèves autant de la part d’étudiants que d’enseignants.

Le remaniement a également été bénéfique pour une commune d’Abidjan : Attécoubé. Son maire (PDCI), Paulin Claude Danho, a été nommé ministre des Sports et son député (UDPCI), Laurent Tchagba, ministre de l’Hydraulique.

4. Les perdants

Grand perdant de la dissolution du gouvernement : Amadou Soumahoro. Nommé ministre des Affaires politiques, il y a à peine deux mois, il a été remplacé par Gilbert Koné Kafana, qui est désormais chargé des Relations avec les institutions de la République.

De même, s’il est vrai que Bruno Koné a été personnellement missionné par Ouattara pour mettre de l’ordre au ministère de la Construction, miné par la corruption, dit-on, il a tout de même été évincé de son poste de porte-parole du gouvernement, au profit de Sidi Tiémoko Touré, dont le passage au ministère de l’Emploi des jeunes n’a pas été très convaincant.

5. De futurs conflits de compétence ?

La création de nouveaux postes ministériels soulève également la question des réelles attributions. Certains ministères semblent en effet relativement comparables à ceux déjà existants. Ainsi, quelle sera la mission précise du ministre de la Ville (François Albert Amichia), alors qu’il existe déjà un ministère de l’Assainissement et de la Salubrité (dirigé par Anne Désirée Ouloto), un ministère de l’Environnement et du Développement durable (Joseph Séka Séka) et un ministre chargé de l’Urbanisme (Bruno Nabagné Koné) ?

De même, le citoyen ordinaire a du mal à cerner les nuances entre le ministère chargé de l’Entretien routier et celui des Transports.

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Côte d’Ivoire: vers la scission du PDCI ?

juillet 5, 2018
 

Henri Konan Bédié, , ancien président de la République, président du PDCI. © Sylvain Cherkaoui pour J.A

Après la dissolution du gouvernement par Alassane Ouattara, le sort réservé aux anciens ministres issus du PDCI est au centre des attentions. Au sein du parti d’Houphouët-Boigny, plus que jamais écartelé entre partisans et opposants au parti unifié, les tensions redoublent.

Après des mois d’atermoiements et d’intrigues, le temps s’accélère au sein de la majorité présidentielle. Alors qu’Alassane Ouattara a chargé Amadou Gon Coulibaly, reconduit à ses fonctions de Premier ministre, de former un nouveau gouvernement, le 4 juillet, ce remaniement pourrait sonner l’heure de la rupture entre pro et anti-Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) au sein du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI).

Selon les sources de Jeune Afrique, la plupart des ministres sortants issus du PDCI vont se voir offrir un maroquin dans le prochain gouvernement. Nombre d’entre eux ont en effet pris soin de souligner leurs divergences avec la direction du PDCI qui, lors d’un bureau politique mouvementé, le 17 juin dernier, a repoussé à la fin de l’élection présidentielle de 2020 son adhésion au projet de parti unifié.

Création d’un nouveau courant

Mardi 3 juillet, devant de nombreux membres du gouvernement issus du PDCI, Kobenan Adjoumani a annoncé la création d’un nouveau mouvement appelé « Sur les traces d’Houphouët-Boigny », qui devrait être créé officiellement fin juillet à Yamoussoukro, la ville natale du premier président ivoirien. Seuls deux membres de l’exécutif étaient absents : Thierry Tanoh et Jean-Claude Kouassi, les hommes les plus réfractaires à la création rapide d’un parti unifié et dont la place dans le prochain gouvernement semble ainsi la plus menacée.

Alors qu’Alassane Ouattara avait donné l’instruction à chacun de ses ministres de se positionner clairement ces dernières semaines, ces derniers s’y étaient refusés. Le président ivoirien conditionnait pourtant cette adhésion à l’appartenance à l’exécutif. Selon plusieurs sources, le président de l’UDPCI, Albert Toikeusse Mabri, devrait d’ailleurs faire son retour dans le gouvernement, tout comme des membres du Parti ivoirien des travailleurs (PIT). Par ailleurs, Sidiki Konaté, un des proches de Guillaume Soro, devrait également se voir offrir un poste.

À la veille de la constitution de ce nouveau courant, les ministres du PDCI s’étaient rendus à Daoukro, dans le fief d’Henri Konan Bédié. Ils avaient alors tenté de convaincre le chef de leur parti de revenir sur les décisions du bureau politique, ce que le Sphinx a catégoriquement refusé. Le lendemain, il leur a en revanche demandé de renoncer à la constitution de leur mouvement… sans toutefois être écouté.

Amédé Koffi Kouakou affirme ses dissensions

C’est bien un dialogue de sourds qui prévaut au sein du parti d’Houphouët-Boigny. Dans un enregistrement téléphonique pirate, dont le principal intéressé, joint par Jeune Afrique, a reconnu l’authenticité, le ministre Amédé Koffi Kouakou affirme clairement ses dissensions avec la direction du PDCI. « On n’est pas contre Bédié mais on veut aller au parti unifié… Nous, on est pour la paix dans ce pays… Les palabres inutiles, nous, on n’est pas dedans [sic] », peut-on ainsi l’entendre dire à Innocent Yao, le président de la jeunesse rurale du PDCI, à qui il semble faire la leçon.

« Au bureau politique, là, 70 % étaient pour le RHDP. Ceux qui étaient pour le parti unifié, ils étaient plus nombreux que ceux qui étaient contre. Mais voilà, on dit que ce sont ceux qui huent qui ont pris le dessus. Comme le président lui-même a dit : « Il y a des pro et des anti ». On va se peser pour voir qui est plus lourd que son camarade. […] Nous, on est convaincus de notre majorité… »

Conseil de discipline

En privé, les « pro-RHDP » ne cachent pas leur défiance contre Henri Konan Bédié. « Cela suffit ! Les gens ne peuvent plus être des moutons. Là où Bédié nous envoie, ce n’est pas digne, il faut qu’on ait le courage de lui dire », affirme un cadre, pourfendant la prise de décision « unilatérale » du Sphinx de Daoukro.

S’ils continuent à assurer publiquement qu’il n’y a pas de rupture au sein du PDCI, le conseil de discipline du parti pourrait se charger d’acter ces dissensions. Ce jeudi 5 juillet, celui-ci doit se réunir et étudier la suspension des partisans du nouveau mouvement, « Sur les traces d’Houphouët-Boigny ».

Des hommes qui, selon les proches de Henri Konan Bédié, cherchent seulement « le beurre et l’argent du beurre ». « Ils veulent garder leurs maroquins dorés, et c’est tout ce qui les intéresse », pourfend un anti-RHDP. Les tenants de cette ligne exigent « l’alternance » avant la mise en place du parti unifié.

Alors que le PDCI s’est rangé derrière Alassane Ouattara en 2015, ils réclament que le RDR fasse de même pour un candidat de leur formation en 2020. Un point sur lequel les deux poids lourds de la majorité semblent incapables de s’entendre. Reste à savoir combien de temps leur alliance peut encore perdurer.

Jeuneafrique.com par et

Côte d’Ivoire/sénatoriales: écrasante victoire pour la coalition malgré quelques surprises

mars 24, 2018

Abidjan – La coalition au pouvoir Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) a logiquement remporté, en l’absence de l’opposition qui boycottait le scrutin, une écrasante victoire aux premières élections sénatoriales de Côte d’Ivoire, remportant 50 des 66 sièges en jeu.

Ce pointage a été réalisé par l’AFP à partir de l’annonce des résultats, circonscription par circonscription, par la Commission électorale indépendante (CEI).

L’issue générale ne faisait pas de doute avec des listes du RHDP face à des indépendants.

Une grosse surprise est toutefois venue de Bouaké, fief traditionnel du pouvoir et ancienne capitale de la rébellion qui soutenait le président Alassane Ouattara. Le RHDP y a été battu par la liste des indépendants qui récolte 157 voix contre 105 au RHDP.

Le pouvoir paie sans doute là son incapacité à régler le problème des fréquentes mutineries récurrentes dans l’armée qui ont secoué le pays en 2017 et dont Bouaké était l’épicentre.

Une claque pour le RHDP qui n’a donc pas convaincu ses propres élus de voter pour sa listes.

« C’est la déception la plus totale. Nous n’avons pas compris comment certains ont pu nous lâcher pour aller voter pour les indépendants. C’est dur mais nous allons acceptons cette défaite, mais les conséquences risquent d’être graves » a reconnu Bazoumana Barro, conseiller municipal à Bouaké.

« C’est la base qui vient de s’exprimer », s’est quant à lui félicité Christophe Koffi, membre du parti de Ouattara qui a soutenu la liste des indépendants, des dissidents.

Le RHDP a aussi été battu dans une autre circonscription hautement symbolique, celle de Yamoussoukro, la capitale administrative, patrie de l’ancien président Felix Houphouet-Boigny dont le RHDP se réclame.

A Abidjan, le RHDP n’a toutefois pas fait de détail, récoltant 100% des bulletins exprimés.

– « Sénat monocolore » –

L’opposition ainsi que la société civile avaient critiqué le scrutin et demandé son report, soulignant notamment que, l’opposition ayant boycotté les élections locales de 2013, il aurait été plus juste de tenir l’élection de ce premier Sénat après les élections locales qui doivent avoir lieu cette année également, à une date restant à fixer.

« On pourrait dire que le gouvernement veut un Sénat monocolore », a déclaré Bamba Sindou, coordonnateur de la Poeci, la Plateforme des Organisations de la société civile pour l’Observation des Elections en Côte d’Ivoire.

L’opposition demande surtout une réforme de la Commission électorale indépendante (CEI) qu’elle accuse d’être en faveur du pouvoir, avant toute élection sénatoriale ou municipale mais surtout avant la présidentielle de 2020.

Le Sénat a été créé par la nouvelle Constitution de 2016, approuvée par référendum. Les conseillers municipaux et régionaux des actuelles mairies et régions ainsi que les députés constituent le collège électoral du scrutin au suffrage universel indirect qui s’est tenu dans chacune des 31 régions et 197 communes du pays. Le président Alassane Ouattara doit encire nommer 33 autres sénateurs.

L’opposition accuse le président Alassane Ouattara d’avoir succombé au « clientélisme » en créant ce Sénat qui, selon elle, sera « budgétivore ».

« Il n’y a que l’air qu’on respire qui est gratuit. On a besoin de ce Sénat qui va représenter les élus » et les collectivités locales, estime quant à lui Felicien Legré, conseiller municipal de Bingerville, membre de la coalition présidentielle, après avoir déposé son bulletin dans l’urne à Abidjan.

Le Sénat, « c’est le développement et la démocratie. Cela participe aussi à la cohésion, à l’union, à la paix entre les peuples. C’est une très bonne chose », assure Michel Loukou Kouadio, conseiller municipal à Bouaké.

Romandie.com avec(©AFP / 24 mars 2018 22h15)                                            

Côte d’Ivoire : Albert Toikeusse Mabri veut porter les couleurs RHDP en 2020

juillet 13, 2017

Albert Mabri Toikeusse, alors président de l’UDPCI, à Paris le 3 juillet 2015. © Vincent Fournier / J.A.

L’ancien ministre ivoirien des Affaires étrangères, Albert Toikeusse Mabri, est fermement décidé à être le candidat des houphouétistes lors de la prochaine présidentielle, en 2020. Il plaide également pour des amnisties en faveur de Simone et de Laurent Gbagbo.

S’il n’est plus ministre depuis novembre 2016, après treize années passées à la tête de différentes administrations (Santé, Transports et dernièrement Affaires étrangères), Albert Toikeusse Mabri semble n’avoir jamais eu d’aussi grandes ambitions. À 54 ans, redevenu simple député, il rêve d’être le candidat du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) à la présidentielle de 2020.

À la tête de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI), il s’y prépare, soigne ses solides réseaux et compte sur son sens tactique. Car la tâche sera périlleuse : ses relations avec ses grands alliés du Rassemblement des républicains (RDR) et du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) sont des plus fragiles. Après les fortes tensions apparues lors des législatives, les rivalités sont exacerbées. Albert Mabri Toikeusse parviendra-t-il à s’imposer ? Arrivé quatrième en 2010, avec moins de 3 % des suffrages exprimés, il assure avoir les atouts nécessaires pour l’emporter en 2020.

Jeune Afrique : Depuis novembre 2016, vous n’êtes plus membre du gouvernement. Appartenez-vous toujours au RHDP, l’alliance au pouvoir ?

Albert Toikeusse Mabri : En tant que signataire de la plateforme du RHDP, l’UDPCI fait toujours officiellement partie du groupement. Mais il est vrai que nous nous sommes un peu mis en marge de ses activités.

Comment cette situation va-t-elle évoluer ?

C’est une question qui ne dépend pas que de moi. Le moment venu, les instances compétentes de notre parti se réuniront pour prendre une décision.

Avez-vous compris votre exclusion du gouvernement ?

Était-il nécessaire de la comprendre ? Mon départ découle de la décision du président Ouattara, et je n’ai fait qu’en prendre acte. Je tire toutefois une satisfaction personnelle d’avoir, en tant que ministre, pris une modeste part dans la réconciliation et le développement du pays.

Estimez-vous qu’il s’agissait d’une punition, après le refus de votre parti d’aller aux législatives sous l’étiquette RHDP ?

Je ne dirais pas cela. Un ministre, ça entre dans le gouvernement, puis un jour ça en sort… et la vie continue. Vu les circonstances, chacun a pris ses responsabilités.

Vous avez annoncé votre souhait d’être candidat à la présidentielle en 2020. Le serez-vous quoi que décident les autres partis membres du RHDP ?

Oui, je serai candidat. L’UDPCI m’a demandé dès 2013 de me préparer pour l’élection présidentielle de 2020, et j’ai donné mon accord.

Lorsque 2020 approchera, je déclinerai ma vision en un programme que je proposerai aux Ivoiriens

Récemment, dans une interview exclusive à Jeune Afrique (no 2945, du 18 au 24 juin), Henri Konan Bédié a annoncé que le candidat du RHDP à la présidentielle de 2020 serait issu des rangs du PDCI. Quelle est votre réaction ?

Je respecte le président du PDCI, qui me porte beaucoup d’affection. Mais je suis très réservé par rapport à ces propos. J’aimerais que ma candidature ne soit pas seulement soutenue par l’UDPCI, mais aussi par le RHDP. Je pense en effet avoir l’un des meilleurs profils pour représenter le mouvement à l’élection présidentielle de 2020.

À quel titre ?

Nous étions quatre partis à créer le RHDP. Ayant déjà été président, Henri Konan Bédié a accompagné Alassane Ouattara au deuxième tour lors du scrutin de 2015 – lors duquel il n’était pas candidat. Le président Ouattara, que nous avons tous soutenu, a quant à lui annoncé qu’il ne se représenterait pas en 2020. Dans la logique des choses, c’est à mon tour ! Évidemment, cette candidature ne saurait être effective que si tous m’apportent leur bénédiction. C’est ma prière, et je pense avoir les moyens de rassembler au sein du RHDP mais aussi au-delà, à l’échelle de la Côte d’Ivoire. C’est ce dont le pays a besoin.

Qu’apporteriez-vous de plus que les autres ?

Lorsque 2020 approchera, je déclinerai ma vision en un programme que je proposerai aux Ivoiriens. Mais ce qu’ils savent déjà, c’est que je suis un homme de mesure, de consensus et de rassemblement.

Souhaitez-vous la création d’un parti unifié RHDP ? Celle-ci ne cesse d’être repoussée…

Nous avons tous marqué notre accord de principe, à nous d’en définir les modalités. Ces derniers temps, beaucoup de choses ont semblé nous éloigner de cet objectif. Mais si nous avons tous la volonté de travailler pour le mouvement des houphouétistes, nous pourrons avancer. Il est vrai qu’il nous reste du chemin à parcourir.

Entre les mutineries, la grève des fonctionnaires et les difficultés économiques dues à la chute des prix du cacao, le début de l’année a été agité en Côte d’Ivoire. Est-ce que la situation vous préoccupe ?

C’est évident. Vous savez, rien n’est possible sans la paix. Et la paix a été profondément perturbée, le pays a été déstabilisé, son économie – qui souffrait déjà de la crise du café et du cacao – a été touchée par les mutineries. La situation est très préoccupante. Dieu merci, le dialogue a prévalu, notamment dans la gestion du dossier militaire.

Après avoir joué la carte de la fermeté, le gouvernement a cédé face aux revendications financières des mutins. A-t-il eu raison ?

C’était ce que nous recommandions, et j’ai félicité le gouvernement d’être parvenu au dialogue.

Certains Ivoiriens ne comprennent pas que l’on cède face aux militaires alors que les fonctionnaires n’ont pas obtenu de réponse à leurs revendications.

Je les comprends tout à fait et je leur donne raison. Mais il faut comprendre que ce mouvement d’humeur des militaires a provoqué d’énormes dégâts. Cela nous a tous perturbés, tout comme cela a perturbé notre économie. Des mesures urgentes devaient être prises, et cela a été fait. Mais le gouvernement doit aussi trouver une solution pour les fonctionnaires, qui sont également, à leur façon, des soldats sans lesquels nous ne pouvons avancer. Je crois qu’ils méritent une attention particulière.

Permettre à Alassane Ouattara d’agir pour la paix et la réconciliation en Côte d’Ivoire

Que faire face aux problèmes dans l’armée, qui semblent n’avoir toujours pas été réglés depuis 2011 ?

Il faut s’interroger sur la façon dont les ex-combattants et les ex-miliciens ont été intégrés à l’armée, dès l’origine. Nous avons besoin d’une armée disciplinée, avec des éléments bien formés, qui comprennent que leur rôle consiste à se mettre au service de la nation et de leurs concitoyens. Malheureusement, ce n’est pas ce que nous avons observé récemment. Les engagements pris vis-à-vis des uns et des autres doivent toutefois être respectés.

Depuis plusieurs mois, sur le continent, des voix s’élèvent pour demander la libération provisoire de Laurent Gbagbo. Vous qui étiez encore récemment ministre des Affaires étrangères, qu’en pensez-vous ?

Je crois que toutes ces voix souhaitent la réconciliation en Côte d’Ivoire. Cette question – comme pour d’autres personnes liées à cette crise et qui sont actuellement détenues ici – doit être examinée minutieusement. Si j’ai une recommandation forte à formuler aujourd’hui, c’est d’accélérer les procédures pour permettre à Alassane Ouattara d’agir pour la paix et la réconciliation en Côte d’Ivoire.

Voulez-vous dire que vous plaidez pour des grâces présidentielles ?

Il pourrait s’agir de grâces, mais on pourrait même aller jusqu’à des amnisties, qui constitueraient des actes encore plus forts.

C’est ce que vous prônez aussi pour l’ancienne première dame, Simone Gbagbo ?

Oui. Le président s’est plusieurs fois opposé à son transfert à la CPI, et j’étais totalement en accord avec cette position.

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