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RDC : Roger Lumbala, le sinueux itinéraire d’un ancien chef de guerre

janvier 5, 2021
Le Congolais Roger Lumbala à Paris, le 21 septembre 2012

Ancien chef de guerre passé par la politique, le Congolais Roger Lumbala a été placé en détention provisoire. Il est notamment poursuivi pour « complicité de crimes contre l’humanité ».

Sans doute pensait-il avoir laissé son passé de chef de guerre loin derrière lui. L’ancien rebelle Roger Lumbala a été arrêté à Paris fin décembre et placé en détention provisoire le 2 janvier, à l’issue de sa garde à vue.

Le Parquet national antiterroriste (PNAT) a officialisé la nouvelle dans un communiqué publié deux jours plus tard, précisant les lourdes charges retenues contre lui : « complicité de crimes contre l’humanité » et « participation à un groupe formé en vue de la préparation de crimes contre l’humanité ».

Pillages, meurtres et viols

Les faits reprochés à Roger Lumbala remontent à la deuxième guerre du Congo (1998-2003) et se sont déroulés entre 2001 et 2003. Roger Lumbala est à l’époque à la tête du Rassemblement congolais pour la démocratie nationale (RDC-N), un groupe rebelle soutenu par l’Ouganda. Disposant de troupes restreintes, le RCD-N est impliqué dans de nombreux affrontements dans le district du Haut-Uele, aujourd’hui province du nord-est du pays.

Aux côtés de certains éléments du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, Lumbala et ses hommes participent aux combats contre l’Armée du peuple congolais (APC), un groupe ennemi, notamment dans le cadre de l’opération « Effacer le tableau », lancée en octobre 2002.

La plupart de ces faits sont documentés dès février 2003 dans un rapport onusien qui souligne que « [le but de l’opération] semblait être de permettre aux forces du MLC/RCD-N d’aller de ville en ville en détruisant tout ce sur quoi elles pouvaient mettre la main ». Certaines suspicions d’actes de cannibalisme sont aussi relayées. Si le rapport Mapping des Nations unies, paru en 2010, n’a pas été en mesure de les confirmer, il évoque « un schéma de pillages, de meurtres et de viols comme tactique de guerre ».

Reconversion politique

La guerre prend officiellement fin en juin 2003 et, comme de nombreux rebelles de l’époque, Lumbala se mue alors en homme politique, sans faire l’objet de poursuites. En vertu du schéma « 1+4 » qui a été retenu, le président, Joseph Kabila, est épaulé par quatre vice-présidents, dont Jean-Pierre Bemba, et un gouvernement de transition est mis en place. Lumbala devient ministre du Commerce extérieur.

L’expérience sera de courte durée. Fin novembre 2004, l’ancien chef de guerre est démis de ses fonctions avec cinq autres ministres accusés de corruption. Mais son parcours politique ne s’arrête pas là. Candidat à l’élection présidentielle de 2006, il ne rassemble que 0,45 % des voix, mais il obtient un siège de député puis de sénateur à Miabi, dans le Kasaï.

Opposant au président Kabila, qu’il accuse d’être responsable de l’insécurité dans l’est de la RDC, Lumbala est à son aise dans la nébuleuse de rébellions qui germent dans cette partie tourmentée du pays. Début septembre 2012, il est brièvement interpellé à l’aéroport international de Bujumbura, soupçonné de soutenir le M23, lui-même appuyé par le Rwanda (quelques semaines plus tard, le mouvement prendra le contrôle de Goma).

S’il rejette d’abord cette accusation, Lumbala finit par se décrire comme un « partenaire » du M23. Début 2013, il le représente dans les négociations avec les autorités congolaises à Kampala.

OPPORTUNISTE, IL CRÉÉ EN 2020 UN PETIT PARTI ET APPORTE SON SOUTIEN À FÉLIX TSHISEKEDI

Entretemps, Lumbala a regagné la France, où il tente en vain d’obtenir l’asile. Exclu de la loi d’amnistie promulguée en 2014 à Kinshasa, il rentre en RDC en janvier 2017, après la signature de l’accord de la Saint-Sylvestre, qui prévoit la fin des poursuites engagées par l’État congolais contre certaines personnalités de l’opposition, dont il fait partie.

À nouveau réinstallé dans son « costume » d’homme politique, Lumbala réaffirme alors son soutien à Étienne Tshisekedi, l’emblématique opposant à Joseph Kabila. Quelques semaines plus tard, le « Sphinx » meurt à Bruxelles. Opportuniste, Lumbala créé en août 2020, en pleine tourmente politique à Kinshasa, un petit parti sans réelle structure et apporte son soutien à Félix Tshisekedi.

Rapport Mapping

Sans doute n’imagine-t-il pas qu’au même moment, et à plusieurs milliers de kilomètres de là, les enquêteurs de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH) préparent son arrestation.

Près de vingt ans après les faits, celle-ci a de quoi surprendre : il s’agit de la première « mise en examen dans le cadre d’une procédure ouverte sur la base du rapport Mapping », précise le PNAT. Plusieurs question restent néanmoins en suspens, notamment la raison de l’ouverture, en 2016, de la procédure judiciaire à l’encontre de Lumbala par le pôle « Crimes contre l’humanité » du Parquet.

LA FRANCE PEUT ENQUÊTER SUR UN AUTEUR ÉTRANGER S’IL RÉSIDE SUR SON TERRITOIRE »

Sans préciser ce qui a déclenché la saisine dans le cas Lumbala, le colonel Éric Emeraux, qui a dirigé l’OCLCH de 2017 à 2020, précise que « le PNAT peut ouvrir une enquête préliminaire sur le fondement d’un simple soupçon constitué par tout élément : un témoignage, un article de presse ou un rapport de l’ONU. » « La règle de la compétence universelle permet aussi à la France d’enquêter sur un auteur étranger ayant commis des atrocités à l’étranger à partir du moment où sa résidence habituelle est située sur son territoire, qu’il y détient un logement, des comptes bancaires, etc. », ajoute-t-il.

Roger Lumbala est l’une des nombreuses personnes citées dans le rapport Mapping, publié en octobre 2010, qui a pour objectif de recenser les crimes les plus graves commis en RDC entre 1993 et 2003. Relancé par le prix Nobel de la paix 2018, le gynécologue congolais Denis Mukwege, qui plaide pour l’ouverture d’un tribunal pénal international pour juger les crimes commis à cette période, ce document reste aujourd’hui encore un sujet sensible et clivant, notamment avec les voisins de la RDC.

Avec Jeune Afrique par Romain Gras

RDC – Roger Lumbala : « Je suis prêt à me présenter devant la CPI »

mai 13, 2014

Roger Lumbala, opposant congolais, déclaré non amnistiable. © Vincent Fournier/J.A.

Roger Lumbala, opposant congolais, déclaré non amnistiable. © Vincent Fournier/J.A.

Déclaré « non amnistiable » par Kinshasa qui le soupçonne d’avoir participé directement ou indirectement au recrutement des enfants soldats en 2012, l’opposant congolais (RDC) Roger Lumbala se dit prêt à se présenter devant la justice internationale pour prouver son innocence. Interview exclusive.

À Kinshasa, plus la liste des amnistiés s’allonge, plus celle des « non amnistiables » accueille de nouveaux noms. Parmi les derniers inscrits à cette dernière : Roger Lumbala. À en croire des sources proches du dossier, l’ex-député d’opposition (son mandat a été invalidé début 2013 lorsqu’il avait rejoint la rébellion du M23) est soupçonné par la justice militaire congolaise d’avoir été de « connivence » avec le colonel déserteur John Tshibangu. Cet officier des Forces armées de la RDC (FARDC) est accusé d’avoir tenté de mener un mouvement insurrectionnel dans la province du Kasaï oriental en 2012 et surtout d’avoir enrôlé des enfants. Un fait qui ne rentre pas dans le champ de la loi d’amnistie promulguée le 11 février 2014 par le président Joseph Kabila.

Roger Lumbala, lui, conteste toutes ces accusations. Il espère toujours être amnistié pour pouvoir rentrer dans son pays. En attendant, depuis Paris où il s’évertue à accélérer les démarches de sa demande d’asile en France, le président du Rassemblement des Congolais démocrates-nationalistes (RCD-N) a confié à Jeune Afrique qu’il était prêt à se présenter devant une juridiction internationale pour prouver son innocence.

Jeune Afrique : Kinshasa vous a déclaré « non amnistiable ». Que répondez-vous ?

Roger Lumbala : Le pouvoir de Kinshasa n’a rien à me reprocher. Je n’ai jamais fait de prison de ma vie. J’ai vécu vingt ans en France, je n’ai jamais fait l’objet de poursuites judiciaires. Il en est de même en RDC. C’est pourquoi je lance le défi quiconque, qui a quelque chose à me reprocher, de mettre ses accusations sur la table !

En revanche, je sais pourquoi certains au pouvoir veulent m’exclure de l’amnistie. C’est tout d’abord parce que je les ai défiés. Le fait d’avoir soutenu le M23 [rébellion du Mouvement du 23-Mars défait début novembre 2013 dans l’est de la RDC, NDRL] ne leur a pas plu. Ensuite, je suis candidat à la présidentielle de 2016 et en dehors d’Étienne Tshisekedi, c’est Roger Lumbala qui fait peur.

Mais des sources judiciaires à Kinshasa vous citent dans « l’affaire John Tshibangu ». Avez-vous été de « connivence » avec ce colonel déserteur en 2012 dans le Kasaï oriental, votre province d’origine ?

L’affaire John Tshibangu concerne des faits insurrectionnels qui sont amnistiables. Qu’à cela ne tienne, à supposer que j’ai incité le colonel John Tshibangu à la rébellion, quel est l’acte criminel aurais-je commis ? Aucun !

Avez-vous poussé le colonel John Tshibangu à prendre les armes ?

Je ne veux pas répondre à cette question. Ma réponse au réquisitoire du procureur général, dans laquelle je donne tous les détails de cette affaire, mais aussi sur l’implication de Joseph Kabila dans ce qui se passe dans l’est du pays, n’a jamais été lue à l’Assemblée nationale. Je suis au courant de beaucoup de choses. C’est pourquoi, au lieu de s’acharner sur des personnes qui leur ont fait la guerre – Sultani Makenga, René Abandi et les autres -, ils s’acharnent sur quelqu’un qui n’a fait que soutenir un mouvement.

La justice militaire congolaise soupçonne le colonel déserteur John Tshibangu d’avoir recruté des enfants soldats. Un crime non amnistiable dans lequel vous seriez impliqué…

Cette affaire est le problème de John Tshibangu. Mais une double question s’impose : où a-t-il recruté ces enfants soldats ? Où a-t-il fait la guerre ? Les autorités judiciaires doivent nous le dire. Un responsable politique proche du pouvoir m’avait déjà informé que mon nom ne figurait pas sur la première liste des non amnistiables… Aujourd’hui, le pouvoir cherche à fabriquer des dossiers pour m’incriminer et m’exclure de l’amnistie.

Quels rapports entretenez-vous avec le colonel Tshibangu ?

La dernière fois que je lui ai parlé c’était en 2012, avant que je ne quitte Kinshasa. J’ai connu John Tshibangu très jeune lorsque nous étions à Goma. C’était un frère luba qui venait vers moi. C’est pourquoi j’ai gardé de très bonnes relations avec lui.

Kinshasa vous encourage à rentrer au pays pour répondre de vos actes devant la justice. Allez-vous le faire ?

Je ne fais pas confiance à la justice congolaise. Tout le monde sait comment elle fonctionne… J’aurais souhaité que la justice internationale se saisisse du dossier. Que le gouvernement de Kinshasa dépose ses griefs et que je donne mes arguments. Je suis donc prêt aujourd’hui à aller me présenter, tout seul, devant la Cour pénale internationale (CPI). Je me mets à sa disposition.

En attendant, que pensez-vous du débat actuel sur un éventuel troisième mandat, ou pas, de Joseph Kabila en 2016 ?

Tant que ce n’est pas officiel, je n’ai pas de commentaire à faire. Je donnerai mon avis lorsque la démarche sera entamée. Actuellement, il n’y a que des fous du roi qui sont en train de titiller la population.
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Jeuneafrique.com par Trésor Kibangula