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Le pape François dit avoir « pleuré » en rencontrant les Rohingyas

décembre 2, 2017

Le Pape François au cours d’une conférence de presse dans l’avion de retour de son voyage en Asie vers le Vatican, le 02 décembre 2017 / © AFP / Vincenzo PINTO

Le pape François a confié samedi avoir « pleuré » en écoutant la veille à Dacca seize réfugiés musulmans rohingyas, et révélé que les rencontrer avait été « une condition » à son déplacement en Birmanie et au Bangladesh.

« Je savais que je rencontrerais les Rohingyas, mais je ne savais pas où et comment, c’était la condition du voyage pour moi », a-t-il spécifié aux journalistes dans l’avion qui le ramenait à Rome après six jours de voyage.

Il a rendu un hommage appuyé au gouvernement du Bangladesh qui a permis aux réfugiés de venir à sa rencontre à Dacca, depuis leur camp du sud du pays. « Ce que fait le Bangladesh pour eux est énorme, un exemple d’accueil », a loué le pape.

Les réfugiés, « effrayés », ont formé une file indienne pour venir lui parler vendredi à l’issue d’une rencontre interreligieuse.

« Je pleurais, je cherchais à faire en sorte que cela ne se voit pas », a confié le pape. « Ils pleuraient aussi ».

« Je me suis dis, +je ne peux pas les laisser partir sans leur dire un mot+ », a raconté François qui a pris le micro pour leur demander « pardon » au nom de leurs persécuteurs.

François a précisé qu’une visite dans le plus grand camp de réfugiés au monde, où se trouvent 900.000 Rohingyas ayant fui la Birmanie, lui « aurait plu ».

« Les choses ont été étudiées et ça n’a pas été possible, pour plusieurs facteurs, le temps, également la distance. Mais le camp de réfugiés est venu avec des représentants ».

– Faire passer des messages –

Il a aussi répondu à tous ceux qui se sont étonnés de sa grande prudence verbale en Birmanie, où il n’a jamais évoqué directement la minorité musulmane apatride et a évité de l’appeler par son nom, prohibé dans ce pays bouddhiste.

« Si j’avais prononcé ce mot dans un discours officiel, j’aurais +claqué la porte au nez+ » des Birmans, à l’instar de jeunes en pleine crise d’adolescence, a-t-il dit.

« On savait déjà ce que je pensais », a-t-il noté, rappelant qu’il s’est publiquement exprimé à plusieurs reprises sur leur sort depuis la place Saint-Pierre.

« Pour moi, la chose la plus importante est que le message arrive », a-t-il insisté.

« Disons que je n’ai pas eu le plaisir de claquer la porte au nez, en proférant une accusation publique, mais j’ai eu la satisfaction de dialoguer, de faire parler l’autre », a-t-il décrit à propos de sa tactique diplomatique.

Le pape, « très satisfait » de ses entretiens en Birmanie, a laissé entendre qu’il avait exprimé son opinion beaucoup plus clairement en privé.

A propos de sa rencontre lundi à Rangoun avec le chef de l’armée birmane, le général Min Aung Hlaing, François a évoqué « une belle conversation » au cours de laquelle il a fait passer des messages.

Le puissant général avait avancé cette rencontre, donnant l’impression de griller la politesse à la dirigeante du gouvernement civil Aung San Suu Kyi qui l’a reçu le lendemain à Naypyidaw, la capitale administrative. « Il devait aller en Chine », a expliqué le pape, féru de « dialogue » et peu intéressé par le protocole.

L’ONU accuse les militaires birmans de mener une « épuration ethnique » contre les Rohingyas, qui sont 620.000 à avoir quitté leurs villages de l’Etat Rahkine ces trois derniers mois.

François, qui avait initialement pensé faire un voyage couplé avec l’Inde, n’a pas exclu de s’y rendre en 2018 (« si je suis encore en vie »).

En revanche un voyage en Chine « n’est pas en préparation », même si cela lui « plairait tellement ».

A propos des difficiles négociations de rapprochement en cours (les évêques nommés par le Vatican ne sont pas reconnus par Pékin), il a fait l’éloge de la lenteur, préconisant d’aller « pas à pas, avec délicatesse ».

Romandie.com avec(©AFP / 03 décembre 2017 02h17)                

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Le pape prononce le mot  » Rohingya » après une rencontre avec des réfugiés à Dacca

décembre 1, 2017

Le pape François (d) auprès de réfugiés rohingyas, le 1er décembre 2017 à Dacca / © AFP / Vincenzo PINTO

Le pape François a utilisé vendredi pour la première fois de son voyage en Asie le mot « Rohingya », suite à une rencontre au Bangladesh avec seize de ces réfugiés chassés de Birmanie.

« La présence de Dieu aujourd’hui s’appelle aussi Rohingya », a déclaré publiquement le pape, à l’issue de cette rencontre.

D’une grande prudence verbale lors de sa visite en Birmanie sur l’exode forcé des Rohingyas, le souverain pontife a écouté avec gravité les seize membres de trois familles de réfugiés rohingyas en provenance du plus grand camp de réfugiés de la planète.

« Votre tragédie est très dure, très grande, mais a une place dans notre cœur », a souligné le pape.

« Pour ceux qui vous ont fait du mal, en particulier dans l’indifférence du monde, je vous demande pardon », a-t-il lancé.

« Une tradition de votre religion dit que Dieu au début a pris un peu de sel et l’a jeté dans l’eau qui est l’âme de tous les hommes », a commenté le souverain pontife.

« Chacun de nous porte en lui un peu du sel divin. Ces frères et sœurs portent en eux le sel de Dieu », a ajouté le pape, fustigeant « l’égoïsme » du monde.

« Continuons à faire le bien et à les aider, continuons à agir pour que leurs droits soient reconnus », a-t-il plaidé.

« Ne fermons pas nos cœurs, ne regardons pas dans l’autre direction. La présence de Dieu aujourd’hui s’appelle aussi Rohingya », a-t-il enfin dit.

Partisan d’une diplomatie pour « créer des ponts » lorsqu’il se déplace à l’étranger, il n’a jamais mâché ses mots depuis le Vatican sur le sort des Rohingyas, y compris en amont de la marée humaine de plus de 620.000 réfugiés qui a afflué au Bangladesh ces trois derniers mois.

En Birmanie pendant quatre jours, le pape François a appelé les bouddhistes birmans « à dépasser toutes les formes d’intolérance, de préjugé et de haine » en évitant toutefois de mentionner directement le sort de la minorité musulmane rohingya.

Il n’y a pas non plus prononcé ce mot tabou, alors qu’à Rome il s’était ému publiquement pour ses « frères Rohingyas » « torturés et tués ».

Au premier jour de son arrivée à Dacca jeudi, en provenance de Rangoun, l’évêque de Rome avait demandé à la communauté internationale des « mesures décisives » pour régler cette crise humanitaire, notamment une aide d’urgence au Bangladesh.

Romandie.com avec(©AFP / 01 décembre 2017 15h11)                

Arrivé en Birmanie, le pape rencontre le chef de l’armée

novembre 27, 2017

Le pape François est accueilli par un jeune garçon en costume traditionnel, le 27 novembre 2017, à Rangoun / © AFP / Vincenzo PINTO

Accueilli par des milliers de Birmans, le pape François est arrivé lundi à Rangoun pour une visite délicate, qui a débuté avec une rencontre surprise avec le chef de l’armée, accusé de mener une « épuration ethnique » contre la minorité musulmane des Rohingyas.

Le général Min Aung Hlaing a eu la primeur d’une audience avec le pape en fin de journée à sa résidence: un ajout de dernière minute qui permet au puissant chef de l’armée de se positionner en interlocuteur de premier plan, en devançant la rencontre mardi avec la dirigeante civile et prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi.

L’aura internationale de cette dernière a été fortement ternie par son manque d’empathie affiché pour les Rohingyas, qui sont plus de 620.000 à avoir fui depuis fin août au Bangladesh pour échapper à une campagne de répression de l’armée, qualifiée d' »épuration ethnique » par les Nations unies.

Le général Min Aung Hlaing est accusé par les organisations de défense des droits de l’Homme d’être le principal responsable de cette campagne. Il s’est dit opposé au retour en masse des Rohingyas, malgré un accord en ce sens annoncé la semaine dernière entre les gouvernements birman et bangladais.

La rencontre entre le pape et le général, « de courtoisie » selon le Vatican, n’a duré qu’une quinzaine de minutes.

Le chef de l’armée a assuré au pape que son pays n’exerçait « aucune discrimination religieuse ». « De même, notre armée (…) agit pour la paix et la stabilité du pays », a-t-il déclaré, cité dans un post publié sur Facebook.

« Ils ont parlé de la grande responsabilité des autorités du pays en cette période de transition », a prudemment commenté le Vatican.

Le pape sait que ses déclarations concernant le sort de la minorité seront scrutées à la loupe lors de cette visite de quatre jours. Il n’a pas hésité à dénoncer à plusieurs reprises ces derniers mois le traitement réservé à ceux qu’il appelle ses « frères rohingyas », au risque de froisser la majorité bouddhiste de Birmanie.

– Croire à la paix –

L’opinion publique, portée par un nationalisme bouddhiste antimusulman, est chauffée à blanc par les critiques internationales sur le traitement des Rohingyas.

Mais, agitant des drapeaux birman et du Vatican, les catholiques birmans ayant fait le déplacement pour apercevoir le pape lundi voulaient croire en une paix possible.

« Il vient pour la paix », assurait Christina Aye Aye Sein, employée de banque catholique, arborant un T-shirt avec la photo du pape et le slogan de sa visite: « Paix et amour ».

« Je vous demande de m’accompagner par la prière, afin que ma présence soit pour ces populations un signe de proximité et d’espérance », avait lancé le pape dimanche aux 30.000 fidèles réunis place Saint-Pierre pour la prière de l’angélus.

Les quelque 700.000 catholiques de Birmanie – un peu plus de 1% des 51 millions d’habitants – qui ont longtemps été victimes de discriminations de la junte, espèrent beaucoup de cette visite.

– Exode –

Mais ce voyage donne également de l’espoir aux réfugiés rohingyas, qui ont raconté depuis le Bangladesh les exactions de l’armée birmane – viols, meurtres, torture.

Nur Mohammad, imam de 45 ans dans un camp de réfugiés à Cox’s Bazar au Bangladesh, espère que le pape demandera le retour des Rohingyas, avec « la citoyenneté et la fin de toutes les discriminations ».

Avant la flambée de violences en août, environ un million de musulmans rohingyas vivaient en Birmanie, depuis des générations pour certains. Mais depuis la loi de 1982, ils sont privés de la nationalité birmane et constituent la plus grande population apatride au monde.

Ils sont victimes de multiples discriminations – travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement, règles de mariage injustes et confiscation des terres.

Mais les marges de manœuvre du pape sont étroites car « la grande majorité des gens en Birmanie ne croient pas au récit international des abus contre les Rohingyas et à un exode en grand nombre de réfugiés au Bangladesh », explique Richard Horsey, analyste indépendant basé en Birmanie.

Selon lui, « si le pape venait à évoquer de façon appuyée le sujet, cela attiserait les tensions », ce que redoute la minorité catholique.

Romandie.com avec(©AFP / 27 novembre 2017 17h48)

Le pape part pour la Birmanie et le Bengladesh

novembre 26, 2017

Rome – Le pape François a entamé dimanche soir son 21e voyage, qui doit le mener dans la Birmanie bouddhiste et le Bangladesh musulman, deux pays asiatiques marqués par de fortes tensions religieuses et sous les projecteurs avec l’exode forcé des Rohingyas.

L’avion transportant le souverain pontife âgé de 80 ans a décollé à 22H10 (21H10 GMT) de Rome et doit atterrir lundi vers 13H30 (7H30 GMT) à Rangoun, la capitale économique de la Birmanie.

« Je vous demande de m’accompagner par la prière, afin que ma présence soit pour ces populations un signe de proximité et d’espérance », a déclaré le pape dimanche midi devant 30.000 fidèles réunis place Saint-Pierre pour la prière de l’angélus.

Jorge Bergoglio a également exprimé dimanche sa « grande douleur » après l’attentat terroriste qui a fait 305 morts dans une mosquée en Egypte, pays où il s’était rendu en avril.

En Birmanie, le pape François est très attendu sur le drame vécu par la minorité musulmane des Rohingyas, victime d’un « nettoyage ethnique » selon l’ONU et Washington.

Quelque 900.000 Rohingyas de Birmanie sont entassés dans le plus grand camp de réfugiés de la planète, dans le sud du Bangladesh, dont 620.000 arrivés depuis fin août pour échapper à des violences de la part des militaires.

A quelques jours de la visite, la Birmanie et le Bangladesh ont annoncé un accord sur un retour des réfugiés rohingyas, qui facilite assurément la tâche diplomatique de Jorge Bergoglio.

Le pape doit rencontrer la lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, qui dirige le gouvernement civil, et, plus discrètement, le chef de l’armée birmane, le général Min Aung Hlaing.

Evitera-t-il de prononcer le mot « Rohingya », tabou en Birmanie, comme le lui recommande l’Eglise locale, affolée à l’idée qu’il puisse attiser la colère d’extrémistes bouddhistes ?

François est le premier pape à se rendre en Birmanie, où quelque 200.000 personnes sont attendues à une messe en plein air à Rangoun, temps fort pour la toute petite minorité catholique (660.000 soit 1,2% de la population).

Le pape partira ensuite jeudi le Bangladesh qui a pour sa part déjà reçu Paul VI en 1970 et Jean-Paul II en 1986 mais où les catholiques sont encore moins nombreux (375.000 soit 0,24% de la population).

A Dacca, la capitale, François a glissé dans son emploi du temps une rencontre avec un groupe de réfugiés rohingyas.

Le chef spirituel des 1,3 milliard de catholiques souhaite encourager deux petites Eglises des « périphéries », un exercice qu’il affectionne, au risque d’irriter des pays majoritairement catholiques attendant en vain sa visite.

François accorde une grande importance au développement en Asie du catholicisme, qui ne rassemble que 3% de la population mais connaît une belle croissance (+9% entre 2010 et 2015). Il s’est déjà rendu en Corée du Sud, au Sri Lanka et aux Philippines.

Et le Vatican, qui vient de nouer des relations diplomatiques avec la Birmanie, négocie aussi à petits pas un rapprochement avec le Vietnam et la Chine communistes.

Romandie.com avec(©AFP / 26 novembre 2017 22h41)                                           

Birmanie: Washington dénonce un « nettoyage ethnique » contre les Rohingyas

novembre 22, 2017

Washington – Les Etats-Unis considèrent que les violences ayant poussé plus de 600.000 Rohingyas à fuir la Birmanie depuis fin août « constituent un nettoyage ethnique » contre cette minorité musulmane, a déclaré mercredi le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson.

« Les responsables de ces atrocités doivent rendre des comptes », a-t-il ajouté dans un communiqué, accusant « certains parmi l’armée et les forces de sécurité birmanes ainsi que les groupes locaux d’autodéfense ».

Rex Tillerson s’est rendu mi-novembre en Birmanie où il a rencontré séparément le chef de l’armée et la dirigeante du gouvernement civil, Aung San Suu Kyi. Depuis le début de cette nouvelle crise des musulmans rohingyas fin août, les Etats-Unis prennent soin de ne pas blâmer la prix Nobel de la paix, mais évoquent ouvertement la responsabilité de l’armée.

Washington s’était refusé jusque-là, contrairement aux Nations unies, à parler de « nettoyage ethnique ».

En réponse à des attaques de la rébellion rohingya, l’armée birmane mène une campagne de représailles dans l’Etat Rakhine, dans l’ouest de la Birmanie.

Plus de 600.000 Rohingyas ont fui depuis fin août au Bangladesh voisin, dont la moitié sont des enfants, et ont témoigné d’exactions, viols ou meurtres de la part des soldats birmans, accusés de vouloir vider la région des musulmans.

Le chef de la diplomatie américaine a de nouveau condamné les attaques imputées aux rebelles rohingyas. « Mais aucune provocation ne peut justifier les horribles atrocités qui ont suivi », a-t-il martelé.

Il a réclamé une « enquête crédible et indépendante » sur le terrain.

Romandie.com avec(©AFP / 22 novembre 2017 14h49)                                            

La Birmanie récolte les champs des Rohingyas réfugiés au Bangladesh

octobre 28, 2017

Des travailleurs gouvernementaux vont assurer les récoltes sur les terres agricoles abandonnées en Birmanie par les Rohingyas, photographiés ici le 24 octobre 2017 au camp de réfugiés de Balukhali au Bangladesh / © AFP/Archives / Tauseef MUSTAFA

La Birmanie a commencé samedi à récolter le riz sur les terres abandonnées en raison des violences dans l’Etat Rakhine (ouest), a-t-on appris samedi auprès d’un responsable local, confirmant les informations des médias étatiques, une initiative qui soulève des inquiétudes sur les perspectives de retour pour plus de 600.000 Rohingyas ayant fui cette région.

La région, frontalière du Bangladesh, s’est vidée depuis fin août de la plupart de ses habitants rohingyas, membres d’une minorité musulmane apatride et persécutée dans ce pays majoritairement bouddhiste, suite à des opérations militaires qualifiées de nettoyage ethnique par l’ONU.

Des centaines de villages ont été rasés et selon l’ONU près de 603.000 Rohingyas dont quelque 60% d’enfants ont franchi la frontière vers le Bangladesh depuis fin août.

Soumise à d’intenses pressions internationales, la Birmanie a accepté de rapatrier des réfugiés pouvant prouver leur résidence dans l’Etat Rakhine mais les détails de ce projet restent flous.

Un responsable local a confirmé samedi les informations des médias d’Etat selon lesquelles le gouvernement a lancé la récolte de quelque 29.000 hectares de riz dans la région de Maungdaw, particulièrement touchée par les violences.

« Nous avons commencé aujourd’hui la récolte sur les terres du village de Myo Thu Gyi », a déclaré à l’AFP Thein Wai, responsable à Maungdaw du ministère de l’Agriculture.

« Nous allons récolter des champs de paddy de Bengalis qui se sont enfuis au Bangladesh », a-t-il ajouté, utilisant le terme qui sert en Birmanie à désigner les Rohingyas.

– ‘Assurer la récolte’ –

« Nous ne savons pas quand ces Bengalis qui se sont enfuis de l’autre côté vont revenir. C’est pourquoi nous devons assurer la récolte », a-t-il ajouté précisant qu’il ne savait pas ce que le gouvernement entendait ensuite faire de ces champs.

Selon le journal officiel Global New Light of Myanmar, des travailleurs seront ainsi convoyés en autocars depuis d’autres parties du pays.

La Birmanie a rejeté les accusations de nettoyage ethnique et défendu son opération militaire, engagée pour riposter selon elle à une attaque de rebelles rohingyas contre des postes de police fin août qui a fait au moins une dizaine de morts.

Mais les médias, des organisations de défense des droits de l’homme et l’ONU ont publié des rapports documentés sur des témoignages de réfugiés rohingyas faisant état d’atrocités commises par des membres birmans des forces de sécurité.

Vendredi, des experts de l’ONU en matière de droits de l’homme se sont dits « profondément perturbés » après avoir parlé à des réfugiés rohingyas au Bangladesh.

Les témoignages entendus évoquent « des actions méthodiques » constituant des « violations flagrantes des droits de l’homme affectant des centaines de milliers de personnes », a dit Marzuki Darusman qui dirigeait la mission d’enquête.

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, qui n’a aucun contrôle sur la puissante armée birmane, a créé une commission pour superviser la réinstallation de déplacés de l’Etat Rakhine où des dizaines de milliers de membres d’autres minorités ont également fui les violences.

La construction de maisons pour des minorités comme les Mro a débuté, selon les médias officiels. Mais les craintes demeurent de voir les Rohingyas oubliés, alors que la Birmanie refuse de les reconnaître formellement comme une minorité ce qui rend quelque 1,1 million de Rohingyas apatrides.

Romandie.com avec(©AFP / 28 octobre 2017 11h08)

Ouest de la Birmanie: l’ONU fait état d’une « souffrance inimaginable »

octobre 2, 2017

Un camp de fortune où sont réfugiés des Rohingyas ayant fui la Birmanie, le 2 octobre 2017 à Balukhali au Bangladesh / © AFP / FRED DUFOUR

Les Nations unies ont qualifié lundi d' »inimaginable » « l’ampleur de la souffrance humaine » dans l’ouest de la Birmanie, théâtre de violences depuis plus d’un mois et qui a été ouvert pour la première fois à la communauté internationale.

L’organisation demandait depuis plusieurs semaines un accès à cette région du nord de l’Etat Rakhine, qu’ont quittée plus d’un demi-million de membres de la minorité musulmane rohingya. Ils fuient une opération de l’armée birmane qualifiée d' »épuration ethnique » par l’ONU.

Depuis le début des violences fin août déclenchées par des attaques de la rébellion rohingya, la zone nord de l’Etat Rakhine était bouclée par l’armée birmane et inaccessible.

Outre les Nations Unies, plusieurs ambassadeurs ont pris part à cette visite d’une journée dans les principales zones concernées par les violences, organisée par le gouvernement birman.

Ils se sont rendus dans le district de Maungdaw, le plus proche de la frontière du Bangladesh, zone qui était à 90% peuplée de musulmans rohingyas avant août et qui comptent aujourd’hui des dizaines de villages brûlés et désertés de leurs habitants.

Dans son communiqué, l’ONU a appelé à l' »arrêt des violences » et a également demandé un « accès sans restriction pour l’aide humanitaire ». Mais aussi pour les organisations de défense des droits de l’Homme afin de permettre une « évaluation globale de la situation sur le terrain » pour répondre « aux besoins de toutes les communautés ».

Dans la zone, des dizaines de villages ont été réduits en cendre et des milliers de Rohingyas seraient déplacés ou cachés dans les forêts, survivant avec peu de nourriture et sans aide médicale.

Près de 30.000 bouddhistes et hindous ont également été déplacés par les combats depuis fin août.

Au Bangladesh, dans les camps près de la frontière, autorités et ONG sont débordées face à l’afflux de 500.000 nouveaux réfugiés. Elles ne parviennent pas à les nourrir et s’inquiètent des risques sanitaires.

Les Rohingyas, plus grande population apatride au monde, sont traités comme des étrangers en Birmanie, un pays à plus de 90% bouddhiste.

Romandie.com avec(©AFP / 02 octobre 2017 18h01)

Les Rohingyas du Bangladesh ont besoin d’une aide « massive »(HCR)

septembre 24, 2017

Le Haut commissaire de l’ONU aux réfugié, Filippo Grandi visite le camp de Kutupalong au Bangladesh, le 23 septembre 2017. / © AFP/Archives / DOMINIQUE FAGET

Le Bangladesh a besoin d’une aide internationale « massive » pour fournir vivres et abris aux plus de 430.000 Rohingyas qui ont fui la Birmanie ces dernières semaines, a déclaré dimanche le Haut commissaire de l’ONU aux réfugiés.

Filippo Grandi a dit que les défis étaient « immenses » après avoir visité les camps bondés de Cox’s Bazar, dans le sud du Bangladesh.

« J’ai été frappé par l’ampleur incroyable de leurs besoins. Ils ont besoin de tout, ils ont besoin de vivres, ils ont besoin d’eau potable, ils ont besoin d’abris, ils ont besoin de soins sanitaires dignes de ce nom », a-t-il déclaré à la presse.

Selon un dernier bilan de l’ONU, 436.000 membres de cette minorité musulmane apatride ont fui au Bangladesh ces dernières semaines pour échapper à une campagne de répression de l’armée birmane, qualifiée d' »épuration ethnique » par les Nations unies.

M. Grandi a fait état d’une « générosité locale incroyable » mais jugé qu’il fallait désormais « la renforcer par une aide internationale massive, financière et matérielle ».

Le Haut commissaire a ajouté que le flux des arrivées s’était ralenti ces derniers jours mais qu’il était impossible de savoir s’il s’était arrêté.

Le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) fournit son « aide technique » pour aider le Bangladesh à enregistrer les Rohingyas, considérés par la Birmanie comme des migrants illégaux, a-t-il également déclaré.

Les autorités bangladaises ne considèrent comme réfugiés qu’une infime partie des 700.000 Rohingyas qui vivent dans des camps près de la frontière avec la Birmanie, les autres étant à leurs yeux des ressortissants birmans sans papiers.

Le Bangladesh ne prévoit pas « pour l’instant » d’accorder le statut de réfugiés aux Rohingyas arrivés récemment, a prévenu Amir Hossain Amu, ministre chargé de la sécurité nationale.

« Nous voulons que les Royinghas retournent sur leurs propres terres ».

Le Bangladesh a commencé à donner des cartes d’identité aux nouveaux arrivants et à enregistrer leurs données biométriques, un processus qui devrait prendre plusieurs mois.

Bon nombre de Rohingyas espèrent pouvoir rentrer en Birmanie. La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi s’est dite « prête » cette semaine à organiser le retour de ceux dont le statut de réfugiés venus de Birmanie aurait été vérifié.

M. Grandi a espéré que l’aide apportée par l’ONU au processus d’enregistrement fournirait à celui-ci « la crédibilité nécessaire, qui est si urgente, pas seulement pour le rapatriement mais aussi pour l’aide ».

Romandie.com avec(©AFP / 24 septembre 2017 14h29)                

Crise des Rohingyas: attaque et accident compliquent l’aide humanitaire

septembre 21, 2017

Une réfugiée rohingya attend avec son enfant de l’aide humanitaire à Teknaf, au Bangladesh, le 20 septembre 2017 / © AFP / DOMINIQUE FAGET

Prises à la gorge par l’afflux de réfugiés au Bangladesh et cibles d’attaques en Birmanie, les organisations humanitaires peinaient jeudi à venir en aide aux centaines de milliers de réfugiés rohingyas, victimes, selon le président français Emmanuel Macron, d’un « génocide ».

En quelques heures, un bateau de la Croix-Rouge a été attaqué par une foule hostile en Birmanie et au moins neuf humanitaires ont été tuées dans l’accident au Bangladesh d’un camion de la même ONG.

Ces derniers acheminaient des denrées alimentaires pour les plus de 420.000 musulmans rohingyas qui fuient les exactions de l’armée et ont trouvé refuge au Bangladesh.

Près d’un mois après le début de l’opération de l’armée, déclenchée par des attaques de postes de police par des rebelles rohingyas, le président français a parlé jeudi d’un « génocide ».

Le chef de l’Etat a confirmé que la France « prendra l’initiative avec plusieurs de ses partenaires du Conseil de sécurité » pour que les Nations unies condamnent « ce génocide qui est en cours, cette purification ethnique, et que nous puissions agir de manière concrète ».

Pour les réfugiés, dont les récits font état de viols, de meurtres, de torture, les conditions sont de plus en plus difficiles dans le sud-est du Bangladesh, zone reculée de cet Etat très pauvre.

Et « cette crise est loin d’être terminée », a prévenu Jens Laerke, porte-parole du bureau des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), qui précise que de nouveaux réfugiés continuent à passer la frontière quotidiennement.

Les pluies torrentielles de ces cinq derniers jours ont transformé en bourbiers les camps surpeuplés et leurs environs, où campent avec les moyens du bord les nouveaux arrivants, faute de place ailleurs.

A certains endroits, l’eau monte dans les tentes jusqu’à un mètre. Les autorités redoutent des glissements de terrain meurtriers.

Ces conditions météo sont à l’origine de l’accident du camion de la Croix-Rouge: « La route est étroite et a été endommagée par les pluies des derniers jours », a expliqué à l’AFP Anwarul Azim, garde-frontière bangladais.

La distribution alimentaire du jour a dû être annulée, a indiqué à l’AFP une porte-parole de la Croix-Rouge internationale (CICR).

L’organisation a par ailleurs été victime d’une attaque de l’autre côté de la frontière à Sittwe, dans la capitale de l’Etat Rakhine.

La police birmane a mis plusieurs heures à disperser une foule hostile qui s’en prenait à l’aide de pierres et de cocktails Molotov à un bateau chargé d’équipements destinés aux civils touchés par les troubles.

Celui-ci contenait des vêtements, de l’eau et des moustiquaires et devait se rendre vers Maungdaw, district du nord, épicentre des troubles depuis fin août.

« Notre personnel est sain et sauf, le chargement n’a pas été endommagé et nous allons poursuivre nos actions comme prévu », a indiqué à l’AFP Graziella Leite Piccoli de la Croix-Rouge internationale.

Etrangers

Depuis le début des troubles, la majeure partie des opérations sont arrêtées en Etat Rakhine. L’accès aux populations déplacées, qui sont toujours sur les routes ou cachées dans les montagnes et les forêts, est impossible pour l’instant.

Mercredi, devant l’Assemblée générale des Nations unies, le second vice-président birman Henry Van Thio, a néanmoins assuré que l’aide humanitaire était désormais « la première priorité » de son gouvernement.

Il s’est voulu rassurant sur la situation dans la droite ligne du discours de la dirigeante birmane et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, mais sans parvenir à rassurer les Nations unies qui parle d' »exemple classique d’épuration ethnique »

L’Arabie saoudite a donné 100 tonnes de nourriture et d’équipements – tentes, matelas, couvertures – a annoncé jeudi l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

« Beaucoup de familles dorment encore dehors sans abris adéquats, nourriture ou eau potable », a expliqué Mohammed Abdiker de l’OIM.

En Birmanie, l’opinion est chauffée à blanc par ces critiques internationales. Les Rohingyas sont considérés comme des étrangers venus du Bangladesh, même s’ils vivent souvent dans l’ouest du pays depuis des générations.

Le sentiment antimusulman est très répandu dans ce pays d’Asie du Sud-Est à plus de 90% bouddhiste, qui est sorti récemment de décennies de dictature militaire et qui a placé en Aung San Suu Kyi tous ses espoirs.

Fidèle à sa rhétorique, le chef de l’armée birmane a réaffirmé jeudi sur sa page Facebook que les musulmans de l’ouest du pays étaient des « étrangers qui s’étaient emparés des terres des locaux » à l’époque de la domination britannique.

Avant la crise actuelle, environ un million de Rohingyas vivaient en Birmanie.

Romandie.com avec(©AFP / 21 septembre 2017 15h37)                

Sur la crise des Rohingyas, le discours ambigu d’Aung San Suu Kyi

septembre 19, 2017

Aung San Suu Kyi lors d’un discours à la nation le 19 septembre 2017 à Naypyidaw / © AFP / Ye Aung THU

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi s’est efforcée mardi de répondre aux critiques de la communauté internationale sur la crise des Rohingyas sans s’aliéner la puissante armée birmane, ni une opinion publique aux profonds sentiments anti-musulmans.

S’exprimant à Naypyidaw quelques heures avant l’ouverture de l’Assemblée générale de l’ONU, elle a d’ailleurs fait le choix de parler en anglais pour sa grande adresse télévisée, un discours destiné au monde, qui n’était même pas sous-titré pour ses concitoyens.

Elle n’y reprend pas la rhétorique distillée par son gouvernement depuis plus de trois semaines de crise, qui assimilait les Rohingyas à des terroristes. Mais elle évite aussi de critiquer frontalement la puissante armée, avec laquelle elle doit composer. Une ambiguïté relevée par les analystes.

« Ce n’est pas qu’une question de langue, mais de contenu », relève Maël Raynaud, consultant indépendant spécialiste de la Birmanie: « elle n’a pas grand chose à dire à la Nation, qui la soutient quasiment à l’unanimité ».

A travers le pays, des milliers de Birmans s’étaient rassemblés pour regarder le discours sur écran géant, l’occasion surtout de montrer leur soutien à Aung San Suu Kyi en agitant son portrait et le drapeau national.

« Nous n’avons rien compris du discours d’Aung San Suu Kyi. Mais nous voulons lui montrer notre soutien. Quand son discours a été fini, nous avons applaudi et sommes rentrés chez nous », a expliqué à l’AFP Cho Cho, une habitante de l’Etat Karen, dans le nord-est du pays.

L’adresse à la Nation annoncée a d’ailleurs été rebaptisée au dernier moment « briefing diplomatique ».

Aung San Suu Kyi l’a elle-même expliqué d’entrée de jeu dans son discours, rappelant que cette année, elle n’avait pas pu se rendre à l’Assemblée générale des Nations unies en raison de cette crise et comptait « partager avec la communauté internationale les défis auxquels est confrontée » la Birmanie.

– discours pour l’ONU –

Avec ce discours à Naypyidaw, la capitale administrative, devant un parterre d’ambassadeurs, « elle tente de regagner un peu de crédibilité internationale, sans pour autant s’aliéner les militaires et l’opinion publique », très xénophobe dans son ensemble, estime lui aussi Phil Robertson, représentant de l’ONG Human Rights Watch pour l’Asie.

Elle a évité cette fois-ci de dénoncer l' »iceberg de désinformation » des médias internationaux, qu’elle critiquait comme pro-rohingyas dans un communiqué début septembre, mettant alors de l’huile sur le feu, dans un pays gagné ces dernières semaines par un forte colère contre la communauté internationale.

Elle s’est abstenue aussi de marteler l’expression « terroristes extrémistes », qui revient sans cesse dans ses communiqués de presse en birman.

Elle qui est critiquée pour sa froideur a même eu des élans compassionnels dans son discours, se disant « profondément désolée » pour les victimes du conflit, avec plus de 420.000 membres de la minorité musulmane des Rohingyas réfugiés au Bangladesh depuis des attaques, le 25 août, de rebelles rohingyas.

Cela n’a pas empêché les critiques de fuser, Amnesty International dénonçant sa « politique de l’autruche ».

« Elle n’est pas allée assez loin dans la reconnaissance du fait que les militaires sont derrière » les incendies de villages et divers abus dans la zone de conflit et agissent avec des milices bouddhistes extrémistes, regrette Laura Haigh, spécialiste de la Birmanie à Amnesty International.

Le service de presse d’Aung San Suu Kyi assure de son côté que la traduction en birman du discours d’Aung San Suu Kyi sera bientôt disponible sur le site internet du gouvernement.

Romandie.com avec(©AFP / 19 septembre 2017 14h32)