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Rokia Traoré de retour au Mali malgré une interdiction de quitter la France

mai 18, 2020

La chanteuse Rokia Traoré au festival de Cannes, en 2015.

La chanteuse Rokia Traoré au festival de Cannes, en 2015. © Arthur Mola/AP/SIPA

 

Placée sous contrôle judiciaire fin mars avec interdiction de quitter le territoire français, la chanteuse franco-malienne a rejoint Bamako par avion privé.

La chanteuse franco-malienne a rejoint le Mali en violation d’une interdiction émise par la justice française qui devait la remettre à la Belgique dans le cadre d’une procédure liée à la garde de sa fille, a indiqué dimanche son avocat. « C’est une mère aux abois qui a peur qu’on lui arrache son enfant, c’est pour ça qu’elle est partie au Mali, où elle habite », a expliqué à l’AFP Me Kenneth Feliho.

Dans un texte intitulé « Je ne suis pas une terroriste », l’artiste a expliqué les raisons de son acte sur les réseaux sociaux : « Je suis choquée que puisse être utilisé ainsi contre moi le mandat d’arrêt européen comme méthode de chantage prenant en otage ma carrière internationale dans une affaire qui aurait dû trouver une solution par le système judiciaire malien, car s’agissant de la sécurité et l’épanouissement d’une enfant citoyenne malienne vivant au Mali ». Elle a précisé qu’elle avait pu quitter la France, par avion privé, « en vertu de la protection que [lui] confère [son] passeport diplomatique malien ». « Six heures après, j’étais à Bamako chez moi auprès de mes enfants », a-t-elle ajouté.

En mars, elle avait été incarcérée en raison d’un mandat d’arrêt européen émis par la justice belge. Elle avait été mise en examen pour « enlèvement, séquestration et prise d’otage », à la suite du non-respect d’un jugement rendu fin juin 2019 qui exigeait la remise de sa fille de 5 ans à son père belge, dont elle est séparée. Selon son avocat, une décision de la justice malienne a accordé à la chanteuse la garde de sa fille.

Mandat d’arrêt

L’artiste avait été interpellée à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle le 10 mars dernier, en vue de sa remise aux autorités belges. Elle avait alors entamé une grève de la faim, justifiant ses refus par des accusations d’attouchements visant son ex-compagnon : accusations qu’il nie, et qui ont été classées sans suite en Belgique. Deux autres plaintes ont été déposées en France, et au Mali.

Elle avait été libérée le 25 mars en raison de l’épidémie du coronavirus, avec l’appui des autorités maliennes et l’obligation de pointer chaque semaine dans un commissariat de la région parisienne.

Le mandat d’arrêt émis par la Belgique entraîne l’inscription de Rokia Traoré au fichier des personnes recherchées, mais elle a quitté le pays « de façon régulière » depuis l’aéroport du Bourget, au nord de Paris, a assuré une source policière.

Rokia Traoré, chanteuse et guitariste, est aussi connue pour son engagement en faveur des réfugiés et pour avoir été nommée en 2016 ambassadrice de bonne volonté par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Par Jeune Afrique avec AFP

Accusée d’avoir « enlevé » son enfant, Rokia Traoré est incarcérée à Paris

mars 13, 2020

La chanteuse Rokia Traoré au festival de Cannes, en 2015.

La chanteuse Rokia Traoré au festival de Cannes, en 2015. © Arthur Mola/AP/SIPA

 

En conflit avec son ancien compagnon sur la garde de leur fille de 5 ans, l’artiste malienne est sous le coup d’un mandat d’arrêt européen pour enlèvement, séquestration et prise d’otage.

L’arrestation spectaculaire de Rokia Traoré à sa descente d’avion à l’aéroport de Roissy, le 10 mars, avait tout pour surprendre. Et pourtant, ces derniers mois, l’artiste malienne qui se produisait encore en janvier dernier à la Philharmonie de Paris et qui travaillait à un hommage à Miriam Makeba, avait déjà été arrêtée dans la capitale française et à Dakar avant d’être à chaque fois relâchée.

Selon les informations que Jeune Afrique a pu se procurer, elle était en effet sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis le 24 octobre 2019 par une juge d’instruction au tribunal de première instance francophone de Bruxelles.

Les faits reprochés à la grande chanteuse malienne ? Enlèvement, séquestration et prise d’otage de sa propre fille de 5 ans. Des faits pour lesquels, si sa culpabilité est prouvée, Rokia Traoré encourt une peine de 5 ans d’emprisonnement.

Attouchements sexuels

Si l’affaire est si stupéfiante, c’est aussi que l’artiste a toujours été discrète sur sa vie privée. Une très longue note rédigée sur son propre compte Facebook ainsi que les explications de son avocat, Maître Kenneth Feliho, permettent de reconstituer l’enchaînement des faits, du moins de son point de vue. Pour l’heure, l’avocat de la partie adverse est resté injoignable. Il s’agit de Frank Berton -ténor du barreau, basé à Lille – qui s’est distingué dans plusieurs affaires médiatisées, en prenant notamment la défense de Florence Cassez ou Salah Abdeslam.

Les faits, donc. Rokia Traoré a eu une petite fille de sa relation avec le dramaturge belge Jan Goossens, actuellement directeur du Festival de Marseille. L’artiste malienne a emmené rapidement avec elle cette enfant à Bamako, où elle est d’ailleurs aujourd’hui inscrite à l’école internationale américaine. Le père, quant à lui, pouvait rendre régulièrement visite à sa fille ou l’emmener en voyage dans d’autres pays européens et africains.

Mais en mars 2019, cet équilibre se rompt brutalement. Selon Rokia Traoré, son ancien compagnon aurait fait subir des attouchements sexuels à leur fille. La chanteuse dépose plainte au Mali et obtient la garde exclusive. Dans le même temps, Jan Goossens se tourne vers les tribunaux belges. Sa défense, dénonçant une contestation de l’autorité parentale, évoque une manipulation de l’enfant.

Le tribunal bruxellois a finalement donné la garde exclusive de l’enfant à son père. Mais la mère, vue la gravité des faits reprochés, a refusé de rendre l’enfant et ne s’est pas présentée devant le juge. C’est justement au moment de se rendre finalement à une audience à la Cour d’appel de Bruxelles, qu’elle a été arrêtée lors de son escale à Paris.

Audience le 18 mars

Rokia Traoré est donc actuellement détenue à la prison de Fleury-Mérogis. Une audience est prévue mercredi 18 mars à Paris pour savoir si elle sera transférée devant la justice belge.

Les réseaux sociaux, eux, ont déjà pris parti : le hashtag #FreeRokia est apparu dès que son arrestation a été dévoilée. Une pétition circule également sur change.org. Déjà signée par près de 5 000 internautes, elle reprend les arguments de l’artiste qui dénonce un procès injuste fait à une femme africaine.

Dans une note rédigée en décembre, la chanteuse déclarait en effet : « Avec effroi, je découvre que nos droits ne pèsent pas le même poids dans la balance de mère Justitia selon que nous soyons femme travailleuse ou pas, noir ou blanc du point de vue de l’Europe ou de l’Afrique. »

Elle dénonce également l’absence de reconnaissance de souveraineté du Mali, dont l’avis de justice n’a pas été pris en compte, et l’impossibilité, pour elle, de pouvoir poursuivre sa carrière internationale sous le coup d’un mandat d’arrêt.

Avec Jeuneafrique par Léo Pajon