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Littérature : « Humilité et gloire », un roman d’Emmanuel Ebolo-Iyendza

mars 1, 2021

Le récit de cet ouvrage relate le farouche destin de Ngomba face aux coutumes et traditions ancestrales de sa contrée.

La couverture du livre/DR

Roman édité par L’Harmattan Congo-Brazzaville en décembre dernier, « Humilité et gloire » soulève la problématique de l’influence des traditions sur nos sociétés en perpétuelle évolution. Au regard de l’histoire de Ngomba, personnage principal de l’œuvre, l’auteur appelle à une évolution des traditions pour ne pas qu’elles portent préjudices aux populations sur qui elles doivent s’appliquer.

Ngomba, la trentaine pile, est un jeune homme humble et respectueux. A la mort de son père et au gré des circonstances, les sages du village et la famille le désignent comme héritier par excellence. A sa charge désormais, l’épouse laissée par son père, ainsi que ses six frères et sœurs. C’est donc comme cela que le jeune homme devint marié et tuteur d’une famille nombreuse. Lui qui n’avait pas encore eu le temps de se choisir une épouse. Le temps passait et Ngomba remplissait sa tâche sans relâche. Il y avait toujours du gibier en abondance à la maison et la famille ne manquait de rien.

Croyant qu’il ne devait partager le reste de ses jours qu’avec sa belle-mère en tant qu’épouse, Ngomba se retrouve marié à deux autres épouses de ses proches décédés, à savoir son oncle et son meilleur ami. Ces situations inattendues ayant fait de lui l’objet de moqueries dans le village, déplaisent fortement à sa sœur aînée, qui lui propose alors d’épouser une nouvelle femme. Celle-ci n’étant autre que l’amante de son propre fils, ce dernier se révélant être le véritable géniteur de la progéniture qu’elle donnerait à Ngomba. Heureusement, un évènement inattendu vient changer le cours de sa vie et le laver de ce déshonneur.

Dans ce roman de 118 pages, l’adultère demeure le thème phare, car de nos jours, le phénomène est toujours d’actualité. Et ce, en dépit de nombreux dégâts causés au sein des familles.

« Humilité et gloire » est particulièrement une leçon sur les variantes de l’existence. Dans un langage simple, un ton humoristique et une trame accrochante, le roman enseigne au lectorat que la vie est faite de surprises et d’événements inattendus dont on ne peut maîtriser ni empêcher la réalisation. Toutefois, savoir s’adapter semble être la meilleure option. Et le cas de Ngomba montre combien l’humilité est une vertu noble que tout homme devrait posséder.

Natif de Fort-Rousset, actuel Owando en République du Congo, Emmanuel Ebolo-Iyendza est diplômé d’économie, des sciences de gestion et des sciences et techniques de la communication. Il est actuellement consul général de la République du Congo à Guangzhou, en République populaire de Chine.

Avec Adiac-Congo par Merveille Atipo

Angola : le nouveau roman d’Ondjaki, entre rêve et réalité

janvier 28, 2021
L’écrivain angolais Ndalu de Almeida, plus connu sous le pseudonyme Ondjaki

Dans « GranDMèreDixNeuf et le secret du soviétique », son nouveau roman, l’Angolais Ondjaki raconte la vie d’un quartier à Luanda, où les sensations s’entremêlent.

Depuis Bonjour camarades, son premier roman publié en 2001, Ndalu de Almeida, plus connu sous le pseudonyme Ondjaki, s’est imposé comme une voix originale en Afrique. Et importante, comme le montrent ses multiples traductions et distinctions, dont le Prix José Saramago (qui récompense de jeunes auteurs de langue portugaise) attribué à son roman Les Transparents en 2013.

GrandMèreDixNeuf et le secret du Soviétique est le sixième roman – le troisième traduit en France – de l’écrivain angolais né en 1977. Ondjaki se penche sur la vie d’un quartier à Luanda, la capitale. On y retrouve deux caractéristiques de son œuvre : le point de vue enfantin et l’époque des premières années postcoloniales. Nous sommes au début des années 1980, la République populaire d’Angola est un régime communiste. À la mort d’Agostinho Neto, le premier président, les Soviétiques construisent un immense mausolée où reposera son corps embaumé, sur le front de mer de Praia Do Bispo.

Tour de Babel du communisme

Dans son style si particulier, Ondjaki écrit « PraiaDoBispo », sans espace, tout comme il le fait pour les noms des personnages. Chacun porte une histoire, une anecdote teintée de poésie et d’humour. GrandMèreAgnette devient GrandMèreDixNeuf à la suite de l’amputation d’un orteil qui ne lui en laisse plus que 19, le jeune TroisQuatorze s’appelle en réalité Pinduca, dont le diminutif Pi est égal à 3,14, ÉcumeDeMer, doux dingue, se baigne « là où la mer faisait sur le sable comme une énorme nappe d’écume blanche que les vagues inventaient pour que l’eau n’arrive pas en force sur le sable », la pompe de VendeurD’Essence ne contient que de l’eau salée, RafaelTocToc, docteur, s’annonce rituellement par un « toc toc » avant de frapper aux portes…

En ce début des années 1980, Luanda est une Tour de Babel du communisme, où se mêlent Angolais, Cubains, Soviétiques. Elle fait résonner des voix hautes en couleur, dans ce quartier où on danse le tango avant une opération, où une fête spontanée peut réunir tous les voisins en quelques heures, où un crocodile vit dans une niche, où des perroquets recyclent les insultes qu’ils entendent à la télé… Et où des enfants se fixent une mission : pour résister à la destruction programmée du quartier par le plan de modernisation, ils veulent faire exploser le mausolée. Ou plutôt « dexploser » car, explique le jeune narrateur, « Moi j’aime dire « dexploser », on dirait un mot qui éclate, exploser c’est comme une flamme trop faible. »

JE FAIS APPEL À DES SOUVENIRS DÉFORMÉS POUR INVENTER DES HISTOIRES »

Face à son monde enchanté, se dresse, à l’instar du mausolée, celui, absurde, des Soviétiques. Les « langoustes », dont la peau rougit sous le soleil, s’échinent à porter des chemises à manches longues et des salopettes bleues, ce qui les conduit à exhaler, pour reprendre le langage des enfants, une certaine « puanteurov » (puanteur) sous les « aissellov » (aisselles). Le CamaradeBotardov, militaire soviétique ainsi surnommé parce qu’il déforme « boa tarde » (bon après-midi en portugais) en « botard », est le souffre-douleur des moqueries ravageuses. Mais dans sa maladresse, il est aussi la touche d’humanité de « l’autre camp », jusque dans son secret qui donne son titre au livre…

Entremêler les sensations

Dans un échange avec la poétesse angolaise Ana Paula Tavares retranscrit à la fin du roman, Ondjaki qualifie mieux que quiconque son projet littéraire : « Je fais appel à des souvenirs déformés pour inventer des histoires ». Et ajoute-t-il : «  j’exerce le droit d’attribuer la parole à des rêves – même à ceux qui n’ont pas été vraiment rêvés, parce que je suis celui qui croit en des cris bleus, en des explosions parcourues de cerfs-volants virevoltant dans une nuit noire de Luanda. je continue à convoquer les enfants pour qu’ils me parlent de leur croyance en des ciels dansants. je continue à écouter des histoires pour donner à lire l’Histoire. »

Les « cris bleus » sont « des mots criés au fond de la mer », écrit-il dans un court dialogue en exergue. Ouïe et vue sont ainsi associés, les mots ont un son mais aussi une couleur, une odeur, un goût. Définir une perception par un terme appartenant à un sens différent, c’est le propre de la synesthésie. Une figure de style au cœur de l’œuvre d’Ondjaki, maître dans l’art d’entremêler les sensations. Pour construire son univers à nul autre pareil, il allie ses talents de poètes, d’auteur jeunesse, de romancier, de nouvelliste et même de documentariste, tant il nous donne à voir ce qu’il raconte. Cet entrelacs fabuleux, entre rêve et réalité, caractérise une œuvre littéraire totale qu’il parvient sans cesse à réenchanter.

GrandMèreDixNeuf et le secret du Soviétique d’Ondjaki traduit du portugais par Danielle Schramm (éd. Métailié, 185 p., 17,60€)

UN PEU D’HISTOIRE…

Avril 1974  : Chute de Salazar au Portugal. Fin de la dictature militaire, qui ouvre la voie à l’indépendance de l’Angola, colonie portugaise. 1975  : Début de la guerre civile entre le MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola), l’UNITA (Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola) et le FNLA (Front national de libération de l’Angola). 11 novembre 1975 : Indépendance de la République populaire de l’Angola. Agostinho Neto, chef du MPLA, devient président et instaure un régime marxiste-léniniste sur le modèle soviétique. 10 septembre 1979 : Mort d’Agostinho Neto à Moscou. 17 septembre 1982 : Pose de la première pierre du mausolée. 4 avril 2002 : Accords de paix entre le gouvernement du MPLA et l’UNITA au terme de 27 ans de guerre civile. 17 septembre 2012 : Inauguration du Mémorial Dr. António Agostinho Neto.

Avec Jeune Afrique par Mabrouck Rachedi

Appel à candidature Prix voix d’Afrique : les candidats ont jusqu’au 31 janvier pour s’inscrire

janvier 3, 2021

Prix voix d’Afrique est un concours d’écriture ouvert à toute personne majeure et de moins de 30 ans résidant dans un pays d’Afrique et n’ayant jamais publié .

 

L’affiche du concours prix voix d’Afrique, deuxième édition /DR

Les organisateurs dudit concours invitent chaque participant à rédiger un roman en français, de 300 000 signes maximum, qui reflète la situation d’un pays, une actualité politique, économique ou sociale ou des textes plus intimistes.

Le concours Prix voix d’Afrique est initié par les éditions JC Lattès et RFI, en partenariat avec la Cité internationale des arts, c’est un nouveau prix littéraire destiné à faire émerger les jeunes écrivains d’expression française du continent africain. Un prix pour soutenir et mettre en lumière les nouvelles voix littéraires africaines.

Les candidats ont jusqu’au 31 janvier 2021 pour s’inscrire et déposer leur manuscrit.  L’inscription au concours se fait sur le site https://prix-rfi.editions-jclattes.fr/ via un formulaire à remplir. Les participants peuvent déposer leur texte sur le site ou l’écrire en ligne.  Les membres du jury choisiront le lauréat sur la base des critères ci-après : l’originalité des textes composant le manuscrit, le style de l’auteur, le ton du roman, l’adéquation au sujet de l’appel à manuscrits, la qualité littéraire. Ils se réuniront en avril 2021 pour sélectionner le manuscrit lauréat.

 Le concours est limité à un manuscrit par participant (même nom, même adresse). Chaque participant garantit que le manuscrit qu’il soumet au concours ne fait pas l’objet d’un contrat, notamment un contrat d’édition papier ou un contrat d’édition numérique, un contrat d’option, un contrat d’adaptation audiovisuelle, et qu’il n’est pas couvert par un droit de préférence, notamment vis-à-vis d’un éditeur.

 Le candidat doit également garantir que le manuscrit soumis est constitué de textes originaux, ils ne portent pas atteinte aux droits de tiers. Dès lors que le candidat a déposé son manuscrit sur la plate-forme, il s’engage à ne pas le proposer à des tiers (éditeur, producteur, etc.) et à ne pas en négocier les droits pendant toute la durée du concours et ce, jusqu’à la désignation du gagnant et tant que les négociations sont en cours avec les éditions JC Lattès.

Les participants autres que le lauréat recouvrera l’intégralité de leurs droits sur le manuscrit, et pourront en proposer l’exploitation littéraire ou audiovisuelle à toute personne qu’ils souhaitent. Le roman lauréat ou la lauréate sera désigné en mars prochain par un jury de professionnels, pour une publication prévue en septembre prochain. Il bénéficiera d’une résidence à la Cité internationale des arts à Paris, partenaire du prix.

Le gagnant bénéficiera avant la publication de son roman, d’un travail d’édition de son texte avec les éditions JC Lattès. A ce titre, le vainqueur s’engage à collaborer activement avec l’équipe éditoriale dans les travaux préalables à l’édition de son roman afin que la publication de celui-ci se fasse dans les meilleures conditions.

Pour participer, les candidats doivent créer leur compte en cliquant sur « Je participe ». Télécharger vos manuscrits ou rédigez-les en ligne directement, publiez vos textes dès qu’ils sont prêts ou attendez le 31 janvier 2021, si vous souhaitez que personne ne le lise avant.

Rappelons que le Prix voix d’Afrique est à sa deuxième édition.  Après le roman « Abobo Marley » du jeune ivoirien Yaya Diomandé ,  lauréat de  la première édition.  Qui sera le prochain gagnant ? vous souhaitez écrire votre premier roman ?  N’hésitez pas, lancez-vous, c’est peut-être vous la nouvelle voix d’Afrique.

Avec Adiac-Cono par Rosalie Bindika 

Hommage- littérature : Il y a du Sony Labou Tansi chez Philippe N. NGalla

juin 16, 2020

 

Il y a vingt-cinq ans disparaissait Sony Labou Tansi, de son vrai nom Marcel Nsoni. Poète, romancier, dramaturge, il a laissé une œuvre tellement foisonnante que la postérité continue de s’en inspirer. Ainsi, Philippe N. Ngalla, fils de Dominique Ngoïe-Ngalla, vient de publier La ronde des ombres, un roman dont les procédés et le topo rappellent ceux de Sony Labou Tansi.

 

Couverture La Ronde des Ombres de Philippe N. Ngalla

Juriste de formation, Philippe N. NGalla ne s’écarte pas pour autant du parcours de son père, de ses pères devrait-on dire. Si, biologiquement, il découle de l’auteur de Lettre d’un Pygmée à un Bantou, littérairement il trace son propre chemin, se cherche un prénom. En s’inspirant en partie des anciens. Son premier roman, La ronde des ombres (Le Lys Bleu Éditions), s’inscrit, pour ainsi dire, dans la lignée de… La vie et demie. Un roman immensément psychologique ! Un disséqueur d’âmes ! Oui, quarante après Sony, les bégaiements de l’histoire aidant, Philippe N. Ngalla revient sur la figure d’un homme puissant troublé par des apparitions. « Pile au moment où il amorçait sa descente vers le sommeil, écrit-t-il, tel un brigand attendant que sa victime fût complètement dans le noir pour lui enfoncer sa lame, les ombres ressurgirent […] Transi d’angoisse, la force lui manqua pour se réveiller et planter-là son cauchemar. Cette fois, en plus d’être effrayantes, les ombres étaient agressives, recouvertes de hideuses blessures » (p. 34). De quoi s’agit-il ?

Sylvestre est un homme politique, plus redouté qu’aimé. Il est le président d’un pays d’Afrique subsaharienne. Autour de lui, un cercle de thuriféraires, de Conseillers aussi bien intéressés que cyniques. Seulement voilà, comme partout en Afrique, le pouvoir politique s’accompagne toujours d’une forte dose de métaphysique… Et le primat accordé à l’irrationnel joue parfois de sales tours. Sylvestre est assiégé par une armée d’ombres. Que peuvent vouloir signifier ces ombres ? La fin de son règne ? « Ses féticheurs n’arrêtent pas les ombres, ses méthodes d’apprivoisement de l’opposition ne fonctionnent pas » non plus. Des ombres informes surgissent à sa droite, à sa gauche, papillotements, tremblements tamisés, confettis de lumière… Sylvestre ne vit pas un drame ; il vit une tragédie. Impuissant. Sans moyens de défense.

Des ombres menaçantes, peut-être vengeresses, des cauchemars… Comment ne pas penser au fantôme de Martial dans La vie et demie de Sony Labou Tansi ?

Philippe N. Ngalla est né l’année où paraît La vie et demie. Et, sans aller jusqu’à y voir une sorte de transmission de relais, mutatis mutandis, le réalisme magique comme matériau est frappant dans les deux romans. De même que dans La vie et demie pétrifiée d’onirisme, le surnaturel, comme ancré dans un univers réel, traverse de bout en bout La ronde des ombres. Des arbres parlent, les éléments sont apprivoisés : « C’est alors qu’il se produisit quelque chose de prodigieux. Le plus grand, le plus puissant et peut-être le plus vieux des arbres se mit à parler. En fait, il grondait. » (p.22). Des personnages et des lieux incarnent le mystique : « La pièce inspirait le mystère dans son aspect effrayant. Le désordre d’objets inquiétants l’imprégnait de la lourde atmosphère des endroits malfamés. Un tissu d’un rouge vif recouvrait un pan du mur au bas duquel se trouvait une statuette au front proéminent, hérissée de clous, menaçante. Des ossements à ses pieds et les traces de sang pétrifié indiquaient les sacrifices rituels à la divinité ou à l’esprit qu’elle représentait » (p.62).

Pourtant, avec son ton grave, La ronde des ombres se démarque de la veine incisive, burlesque et satirique de Sony Labou Tansi. Mettant l’accent sur la psychologie torturée de Sylvestre, figure de l’homme universel confronté au tragique, le récit exclut d’emblée la rutilance. L’élan de sympathie suscité par les souffrances de Sylvestre, tour de force du récit, en eût été émoussé autrement. Difficile en tout cas de ne pas prendre en pitié cet homme empêtré dans une telle angoisse, fût-il un puissant « Le jour convenu pour découvrir les résultats des recherches de Mamou Cocton, Sylvestre transpirait la tristesse. Il jetait sur les choses un regard qui disait « adieu ! » (…) Son pas pesant avait l’allure d’une procession, silencieuse et grave. Il semblait le mener vers la sortie obscure d’une vie qu’il pensait terminer en apothéose. »

On peut convoquer Le commencement des douleurs, le dernier roman de Sony Labou Tansi. A Hondo-Noote, en effet, les habitants jouent avec le feu en défiant les éléments, par leur bombance. Sylvestre, dans La ronde des ombres, ne trahit-il pas les « esprits de la forêt » avant le siège des ombres ?

« Porte étendard du roman congolais, j’apprécie Sony Labou Tansi pour sa subversion sans concession et sa radicalité artistique. Affranchi de tout académisme, son art se veut l’expression de son iconoclasme et d’une imagination sans bornes. Lorsque le doute m’étreint quant à mes choix, Sony me rappelle que l’artiste ne peut exister sans acceptation de soi. C’est ainsi seulement que sa singularité peut enrichir le fonds culturel universel. Rares sont ceux qui, à travers un style fortement marqué par leurs écorchures propres (tel que le laisse entrevoir son œuvre), parviennent à se faire des émules sur plusieurs générations », estime Philippe N. Ngalla.

 

La ronde des ombres

204 Pages

Prix : 17.60

 

Avec Adiac-congo par Marie Alfred Ngoma

Littérature – Wilfried N’Sondé : l’appât du gain et l’horreur de l’esclavage

février 15, 2018

Wilfried N’Sondé, à Paris, le 1er fevrier. © cyrille choupas pour ja

Avec son roman « Un océan, deux mers, trois continents », l’écrivain-chanteur Wilfried N’Sondé plonge dans l’horreur de l’esclavage. Sans se laisser aller aux facilités d’un thème souvent exploré.

« Dieu, sais-tu ? Dieu s’est tu… Ils m’ont vendu. » La citation en exergue d’Un océan, deux mers, trois continents, de Wilfried N’Sondé, reprend le refrain de sa propre chanson Chaînes pour la chair. Elle illustre l’ébranlement intérieur d’un homme de Dieu face à l’esclavage. Cet homme, c’est Nsaku Ne Vunda, né vers 1583, baptisé et ordonné prêtre sous le nom de Dom Antonio Manuel au royaume du Kongo, littéralement « le lieu où il ne faut pas se rendre ».

Alfonso Ier, roi du Kongo, se convertit au christianisme et, en même temps, signe un pacte avec le diable en acceptant une transaction qui marque le début de la traite transatlantique. Touchant d’abord des prisonniers, le commerce ne cesse de s’étendre, atteignant bientôt le commun des mortels, si bien que, des dizaines d’années après la première transaction, quand des hommes à cheval débarquent à Boko, le village de Dom Antonio Manuel, c’est la panique.

Mais ce ne sont pas des marchands d’esclaves qui viennent rafler le village, ce sont des cavaliers missionnés pour escorter le prêtre jusqu’au nouveau roi du Kongo, Álvaro II. Le jeune homme, qui pensait consacrer sa vie à bâtir une chapelle en haut d’une colline, se retrouve propulsé dans un tour du monde du Kongo au Vatican en passant par le Brésil et le Portugal pour informer le pape Clément VIII des ravages de l’esclavage.

Ce sont des thèmes importants – la religion, la spiritualité, la traite transatlantique – que je voulais absolument traiter

C’est là le point de départ du cinquième roman de l’écrivain né en 1968 à Brazzaville, une odyssée de trois ans à travers le monde pleine de rebondissements portée par le talent d’un auteur habité par son sujet, qui a germé et grandi en lui pendant sept ans.

« J’ai repoussé l’écriture parce que j’ai tout de suite ressenti que c’était une matière délicate, nous explique Wilfried N’Sondé. Ce sont des thèmes importants – la religion, la spiritualité, la traite transatlantique – que je voulais absolument traiter. »

Le résultat tranche avec le reste de son œuvre, commencée en 2007 avec Le Cœur des enfants léopards, prix de la Francophonie, puis Le Silence des esprits, Fleur de béton et Berlinoise. Un recul dans l’Histoire et un déplacement géographique pour mieux sauter dans un roman qui prend aux tripes, inspiré d’une histoire vraie : « Mon frère est historien, spécialiste du royaume du Kongo. Dans un livre qui traînait chez lui, il y avait une brève évocation de l’existence et du parcours de Dom Antonio Manuel. J’ai vite compris que j’avais la possibilité d’avoir un témoin de la traite qui ne soit ni esclave ni marchand d’esclaves et qui, par sa foi, pouvait se sentir proche de l’équipage. À ma connaissance, il n’y avait jamais eu ce point de vue. »

Dom Antonio Manuel, la voix du narrateur

Comme dans tous les grands livres, plusieurs degrés de lecture densifient le roman. La dimension picaresque est la première couche, la plus visible, celle qui entraîne dans un récit où chaque épisode happe vers un autre tout aussi tumultueux. « Quand je me suis intéressé un peu plus à son parcours, je me suis dit qu’il y avait un fondement romanesque à son histoire pleine de péripéties », soutient l’auteur.

Sous le vernis de l’aventure, il y a une voix singulière, celle de Dom Antonio Manuel, narrateur du récit, à la fois homme d’Église et homme tout court. C’est une personne de devoir, mais aussi un être incarné et tissé de passions qui nous ouvre son univers : « J’avais toujours en tête que le cœur de mon propos, c’était la perception de ce personnage que je devais inventer de A à Z. Il a fallu que je trouve la bonne alchimie entre le contexte, que je ne pouvais pas inventer, et son ressenti. C’était l’occasion de s’emparer de ce point de vue particulier et du fait que c’est un Africain. Mais il y a une dimension universelle, car la foi catholique a cette prétention. Je pouvais parler de la traite sans sombrer dans le pédagogisme ni dans le moralisme. »

Dom Antonio Manuel est secoué par l’horreur de ce qu’il voit et animé par la lueur d’espoir qui naît de la rencontre avec Martin, un mousse pas comme les autres. « J’aime mettre ce qu’il y a de plus laid et ce qu’il y a de plus beau en nous. Toute ma modeste œuvre tourne autour de ça. C’est l’ange et le monstre en nous, une perpétuelle lutte. »

La traite transatlantique, c’était l’affaire de détenteurs du pouvoir politique et économique au détriment de toutes les populations

La plongée dans l’horreur de l’esclavage rend compte de façon saisissante des atrocités inouïes de l’équipage sur les hommes, femmes, enfants. Et aussi des complicités : « J’aimerais souligner que l’histoire est beaucoup plus ancienne que la colonisation et que, dans ce qui s’est passé et dans ce qui se passe, une part de responsabilité incombe aux locaux, et c’est très important parce que ce qu’on a mal fait ou que l’on fait mal, on peut le corriger. »

Et de préciser ceux qu’il vise : « La traite transatlantique n’a pas été à mon sens que l’affaire d’Européens et d’Africains, c’était l’affaire de détenteurs du pouvoir politique et économique au détriment de toutes les populations. »

La force du roman ne tient pas seulement de ce qu’il dit du passé mais du miroir qu’il tend au présent : « Il y a en sous-texte des situations, des comportements au XVIIe siècle qu’on retrouve au XXIe siècle. Le passé du Kongo peut nous faire comprendre beaucoup de choses qui se passent aujourd’hui. La violence est omniprésente à cette époque-là comme elle l’est au XXIe siècle. À la fin du roman, il m’est arrivé une pensée très cynique. Au XVIIe siècle, il fallait affréter des bateaux vers l’Europe, les acheminer vers les côtes africaines, capturer les gens, les enchaîner pour qu’ils quittent l’Afrique, aujourd’hui ils font ça tout seuls. Si on regarde les choses de ce point de vue là, on peut s’inquiéter. »

Mais comme dans sa prose, ces paroles sont aussitôt teintées de lumière : « Au XXIe siècle, même s’il y a l’esclavage, la conscience dominante est que ces faits-là doivent être condamnés, combattus. C’est quand même une évolution. »

J’aimerais qu’on puisse réfléchir à un système économique qui fonctionnerait autrement

Dans la peinture du présent, une partie du message politique s’emploie à pointer la persistance des fanatismes religieux : « L’Inquisition trouvait des coupables qui étaient les étrangers, les gens de mauvaise race, juifs, musulmans. Ça fait écho à aujourd’hui. Il y a eu en novembre des manifestations pour la Pologne blanche où des gens portaient des croix. On a eu même en France une responsable politique nous parlant de “la France, pays de race blanche”. C’est quelqu’un qui a été ministre, membre d’un parti qui passe à la télévision et qui tient des propos dignes de l’Inquisition au XVIIe siècle. »

Le regard politique de Wilfried N’Sondé s’étend aux fondements de la société marchande : « L’appât du gain a provoqué un cataclysme, et il continue de détruire les structures sociales et pervertit les mentalités. Marx ne conteste pas que la richesse se produit par la plus-value. Le travail de l’être humain produit plus de valeur qu’il n’en coûte. Son problème est ce qu’on fait de la plus-value. Moi, écrivain qui n’a pas besoin d’être dans la réalité, j’aimerais qu’on puisse réfléchir à un système économique qui fonctionnerait autrement. »

Un bouillon de culture

Dans ce message, on trouve peut-être l’écho de l’héritage familial de Wilfried N’Sondé : « Ma mère, catholique, a cette ambition de l’humanité autour du Christ, et mon père était un internationaliste communiste, et pour lui non plus il n’y avait pas de frontières. Il y a l’humanité. » Une philosophie de vie qui l’a poussé au voyage : arrivé au Mée-sur-Seine à 4 ans, parti à Berlin à 21 ans, installé à Paris depuis 2015… Pour l’auteur, voyage rime avec brassage : « J’ai grandi avec des parents qui toléraient les convictions de l’un et de l’autre. Il n’y avait pas de désaccord fondamental : on pense ce qu’on veut. À 4 ans, au bac à sable, j’avais des amis qui venaient du Maroc, d’Algérie, du Viêt Nam. »

Un bouillon de cultures qui nourrit l’homme, l’écrivain, l’ancien pédagogue social à Berlin et aussi l’artiste puisqu’il est aussi musicien et auteur de chansons. C’est avec cette autre corde à son arc qu’il définit sa quête : « J’ai eu la chance d’enregistrer avec mon frère, Serge, un morceau avec Archie Shepp, le grand jazzman. Il nous disait : “Les gars, la vérité, c’est le blues, la note bleue entre ombre et lumière.” C’est ce qui m’accompagne dans mon travail : essayer d’écrire la note bleue et la faire sonner, que mon lecteur soit toujours entre ombre et lumière. » Avec Un océan, deux mers, trois continents, la note bleue de Wilfried N’Sondé donne une voix aux souffrances, et à l’espoir un souffle rare.

Entre soi et l’Histoire

Sort-on indemne d’une écriture sur l’esclavage ? Wilfried N’Sondé : « Quand on essaie d’entrer dans l’intimité de la souffrance d’êtres enfermés dans une cale ou dans les geôles de l’Inquisition, quand on écrit sur des femmes que l’on viole, cela ébranle. En même temps, l’intérêt de la littérature est de rendre compte de cet aspect de l’humanité aussi.

Mais malgré toutes ces violences, malgré toutes ces horreurs, l’être humain est capable d’amitié, d’amour, de s’ouvrir à l’autre. À travers le parcours de Dom Antonio Manuel, je voudrais transmettre l’idée qu’il existe une humanité qui nous rassemble tous et qui mérite d’être célébrée, quelles que soient nos croyances, nos couleurs, ou nos origines. Je suis dans mes livres. Mes idées, mes convictions entrent dans mes personnages. C’est ma vision du monde. C’est tout mon ressenti. »

Extrait de l’ouvrage

« Pendant ma vie terrestre, je concevais le temps comme une ligne droite progressant d’un point à un autre, d’un début vers une fin. Depuis que je suis une statue, fort de l’expérience de plusieurs centaines d’années, je sais que cette lecture des moments qui passent, simple et rassurante, n’est qu’un pâle reflet de la course du monde. Le temps ne va nulle part, il ne s’arrête pas. Le présent reste un instant qui s’échappe, un point en mouvement continu, à la fois éphémère, minuscule et immense, qui charrie avec lui tout le passé de l’univers. Chaque événement et toutes les vies antérieures trouvent leur place dans la lancée infinie des siècles et n’en sortent plus. Et cela, même si certaines existences, comme celles des esclaves, tendent à disparaître pendant longtemps dans les omissions de l’Histoire, lorsqu’elles sont tues par indifférence, par honte ou par culpabilité. »

Jeuneafrique.com par

« Le sans Dieu » et « La sœur du menuisier »: les coups de cœur des libraires

novembre 4, 2017

 

Chaque week-end, deux libraires partagent leurs coups de cœur, dans « La voix est livre » avec Nicolas Carreau.
Les romans ne manquent pas, surtout peu après la rentrée littéraire. Parmi des centaines de nouveaux livres, les libraires ont extrait leurs pépites. Cette semaine, Anna Schulmann, de la librairie « L’Ecriture » à Vaucresson dans les Hauts-de-Seine et Anne-Sophie Rouveloux, de la librairie « Chroniques » à Cachan, nous dévoilent leurs choix, dans La voix est livre, sur Europe 1.
Le sans Dieu de Virginie Caillé-Bastide, aux éditions Héloïse d’Ormesson

 

« Ce livre est paru au début de la rentré littéraire. Il n’a pas été assez remarqué mais il a tous les ingrédients d’un bon roman. On est en 1709 en Bretagne. On fait la connaissance d’Arzhur qui vient de perdre ses sept enfants, morts de maladie. Sa femme en est devenue folle. Lui, un soir, va dans une petite église avec son épée, il brise tous les vitraux et maudit Dieu. Le roman fait ensuite une ellipse, on le retrouve en 1715 en pleine mer des Caraïbes, il est devenu un pirate sans foi ni loi qui se fait appeler L’ombre. Sur le bateau, avec l’équipage, ils vont capturer un prêtre jésuite qui s’appelle le Père Anselme. Il va se nouer une relation particulière entre les deux. Ils vont jouer aux échecs au propre comme au figuré. Ils vont s’affronter sur la question de Dieu, ça donne des échanges super bien écrits. C’est aussi un roman de piraterie. Il y a une galerie de personnages secondaires comme rarement vus, avec des destins terribles. Il y a aussi des expressions de piraterie, d’autres en breton. C’est extrêmement fort. L’auteure, dont c’est le premier roman, a un talent monstrueux. »

La sœur du menuisier, de Mira Magen, aux éditions Mercure de France

« C’est l’histoire de Nava, une très belle femme de 39 ans qui est architecte d’intérieur. Un jour, elle perd son mari et son fils dans un accident de voiture. Elle est dévastée. Après ce « grand chambardement », elle décide que sa vie est derrière elle. Elle quitte son travail pour devenir caissière dans un supermarché pour laisser un peu son esprit s’assoupir et elle va s’installer dans une résidence pour seniors qui s’appelle La maison bleue. Elle tourne le dos à ce qu’elle avait dans sa vie d’avant. Mais dans cette maison et à son travail, elle va faire des rencontres étonnantes, extravagantes, des personnages pétris d’une grande humanité. Elle va voir que la vie met sur son chemin des événements, qu’elle le veuille ou non. Le message essentiel est de vivre envers et contre tout. C’est drôle, touchant, magnifique. »

Europe1.fr

Livre : l’hommage de Dongala à Bridgetower, violoniste métis et ami de Beethoven

février 14, 2017

Emmanuel Dongala© cyrille choupas pour ja

Avec « La Sonate à Bridgetower », le romancier congolais Emmanuel Dongala raconte l’étonnant destin d’un violoniste métis, élève de Haydn et ami de Beethoven. Une immersion dans le XVIIIe siècle révolutionnaire, entre ombres et Lumières.

C’est un tableau, un roman, une partition. Dense et érudite, La Sonate à Bridgetower, le nouveau livre d’Emmanuel Dongala, se distingue de l’ensemble de la production éditoriale par ses vastes ambitions, dont la moindre n’est pas de restituer l’atmosphère révolutionnaire de la fin du XVIIIe siècle en Europe. « Après avoir beaucoup travaillé sur l’Afrique, il était temps d’écrire quelque chose de nouveau, explique le romancier congolais. Comme d’habitude, j’ai pris mon temps. Je veux que chaque livre soit différent. »

C’est ainsi qu’après Johnny Chien Méchant et Photo de groupe au bord du fleuve, il a quitté le siècle présent pour s’en aller explorer un passé lointain, tant du point de vue temporel que géographique, et raconter l’histoire injustement oubliée d’un virtuose du violon, le métis George Bridgetower. « J’avais lu la longue nouvelle de Léon Tolstoï intitulée La Sonate à Kreutzer, explique l’écrivain, et un jour j’ai entendu à la radio un journaliste dire que cette fameuse sonate pour violon et piano de Ludwig van Beethoven n’avait pas été écrite à l’origine pour le violoniste Rodolphe Kreutzer, mais pour un jeune musicien mulâtre qui avait un temps été l’ami du compositeur, avant qu’ils ne se brouillent pour une histoire de femme ! »

Immersion dans la peau d’un violoniste 

Après cette révélation radiophonique, l’auteur s’est fait étudiant, tant en musique qu’en histoire, rassemblant une large documentation. « J’ai pris des cours de musique classique et assisté à des concerts, dit-il. J’ai étudié les costumes, visité des musées, je me suis déplacé physiquement pour palper la réalité des choses. » L’entreprise est d’autant plus audacieuse que le parcours de George Bridgetower le conduit de Paris à Londres et de Londres à Vienne, où les ambiances comme les idées autour de la musique ne sont pas forcément identiques.

wikipedia
George Bridgetower (1778-1860) © wikipedia

Patiemment, Emmanuel Dongala assemble pendant cinq ans chaque pièce du puzzle, jusqu’à la dernière, qui est la plus belle et la plus émouvante, cette dédicace de la main de Beethoven portée en tête d’une partition : « Sonata mulattica composta per il mulatto Brischdauer, gran pazzo e compositore mulattico. » (« Sonata mulattica composée pour le mulâtre Brischdauer, ce grand fou et compositeur mulâtre. ») Il n’y a plus de doute, Bridgetower – écorché en Brischdauer – est bien le dédicataire de la sonate pour piano et violon n° 9 en la majeur, op. 47, l’une des plus complexes du maître.

Enquête et improvisation

À partir de ce moment, le plus difficile reste à faire, dérouler le fil d’une existence à l’aide des rares indices semés çà et là dans les journaux de l’époque, comptes rendus de concerts, critiques, brèves succinctes cachées entre les pages rendues friables par le passage des ans. « J’ai découvert avec plaisir de nombreux mots français que l’on n’utilise plus comme mirliflore, vide-gousset, gandin, coquecigrue… »

Imprégné de ses recherches, Dongala a ensuite laissé libre cours à son imagination, poursuivant le jeune prodige dans le Paris de 1789, l’accompagnant à Londres, où il allait devenir le protégé du prince de Galles, et le retrouvant plus tard à Vienne, où il se nouerait d’amitié avec Beethoven. De ses premiers succès parisiens en compagnie de son père, « Frederick de Augustus Bridgetower de Bridgetown, prince d’Abyssinie », imprésario flambeur et fantasque, à sa gloire londonienne, l’écrivain congolais restitue en musique et en costumes l’itinéraire de l’ancien élève de Haydn qui vécut au cœur même de l’élite.

Noirs et reconnus au XVIIIe siècle

« J’ai appris beaucoup de choses sur cette élite noire, métisse, qui évoluait parmi les aristocrates, explique l’auteur. Le chevalier de Saint-George, le général Dumas, tous ces gens tenaient le haut du pavé, ils avaient beaucoup de succès ! La sensibilité était alors très poussée quant à la couleur de l’épiderme – on parlait de mulâtre, de quarteron, d’octavon… Par souci d’intégration, on ne souhaitait pas être confondus avec les nègres : les mulâtres affranchis étaient souvent du côté des maîtres.

Quand le chevalier de Saint-George a voulu être directeur d’opéra, on l’en a empêché à cause de sa couleur…

Ainsi, il n’y a guère en France de littérature dénonçant l’esclavage, alors que c’est l’inverse au Royaume-Uni, où des gens comme Olaudah Equiano écrivent des pamphlets. » Dongala rappelle au passage que, depuis la fin des années 1770, il existe en France « une police des Noirs », qui les contraint de « porter le cartouche » – à savoir une pièce d’identification – sous peine d’être renvoyés aux colonies…

Une époque de contrastes

Avec La Sonate à Bridgetower, Dongala met en musique le tableau d’une époque fondatrice pour l’Europe, n’en omettant aucune des couleurs. Des idées des Lumières aux guerres napoléoniennes, de l’esclavagisme à la fin de la traite, il ausculte des sociétés mouvantes, capables du meilleur comme du pire. « Quand le chevalier de Saint-George a voulu être directeur d’opéra, on l’en a empêché à cause de sa couleur… » dit-il. Avec élégance, Dongala ressuscite des personnages écartés de l’histoire officielle – le chevalier de Saint-George, Angelo Soliman, Ignatius Sancho… – et rappelle le combat pour les libertés mené par le marquis de Condorcet, la pionnière du féminisme Olympe de Gouges ou encore le général La Fayette.

Les intellectuels africains ne parlent pas de l’esclavage arabo-musulman pour des raisons de solidarité politique et religieuse.

Scientifique de formation, ancien enseignant au Bard College (Massachusetts, États-Unis), il prend plaisir à conter les progrès accomplis par la science à la même époque, grâce à des penseurs comme Antoine Lavoisier, père de la chimie moderne, William Herschel, compositeur et astronome… Ce qui le fascine, c’est la polyvalence des penseurs qui, portés par l’esprit des encyclopédistes, pouvaient être à la fois musiciens et escrimeurs, philosophes et scientifiques.

L’esclavagisme arabo-musulman

La recherche d’une unité de mesure universelle, la déclaration des droits de l’homme, l’abolition de l’esclavage, autant de combats qui donnent espoir en l’humanité – alors même que la marchandisation de l’autre est, si l’on peut dire, monnaie courante en cette fin de XVIIIe. Dongala dénonce en particulier la cruauté de l’esclavage arabo-musulman : « Vois-tu, ces esclavagistes-là ne raisonnent pas comme ceux que ton père a connus dans les Caraïbes. Pour ces derniers, que les esclaves se reproduisent est souhaité et même encouragé car essentiel pour leur prospérité. C’est comme avoir du cheptel ; plus il se multiplie, plus le propriétaire devient riche.

Cette logique économique n’existe pas chez les négriers arabo-musulmans, obnubilés qu’ils sont par la crainte de voir ces Noirs prendre souche et avoir des relations sexuelles avec les femmes des harems dont ils sont les gardiens et les serviteurs. Il fallait donc en faire des eunuques, c’est-à-dire les castrer. Pire encore, comme eux-mêmes ne se privaient pas de violer les esclaves noires, les enfants qui en résultaient étaient systématiquement éliminés », explique Angelo Soliman dans le livre. Et le romancier de souligner : « Les intellectuels africains n’en parlent pas pour des raisons de solidarité politique et religieuse. »

On l’aura deviné, au-delà de la belle histoire qu’est celle de George Bridgetower, les parallèles sont nombreux avec notre présent, où l’innovation scientifique la plus pointue va de pair avec l’obscurantisme le plus sombre, où les initiatives les plus généreuses affrontent les égoïsmes les plus forcenés. Et ce n’est pas tout à fait un hasard si l’auteur fait usage d’un vocabulaire prérévolutionnaire quand il évoque sa région : « Je suis de près l’actualité et c’est triste, dit-il. En Afrique de l’Ouest, il y a des percées démocratiques, au Ghana, au Nigeria… Mais citez-moi un pays d’Afrique centrale où il y aurait le moindre frémissement ? C’est terrible. Je me demande si on ne devrait pas faire des états généraux dans cette région… »

France: le prix littéraire Femina à Marcus Malte pour Le garçon

octobre 25, 2016

Paris – Le prix Femina a été attribué mardi au Français Marcus Malte pour le roman Le garçon, qui invite à traverser le début du 20e siècle aux côtés d’un garçon sans nom, a annoncé à Paris le jury de ce prix littéraire exclusivement composé de femmes.

Le Femina ouvre la saison annuelle des prix littéraires en France, dont le plus prestigieux, le Goncourt, sera annoncé le 3 novembre.

Le prix Femina du roman étranger a été attribué à Rabih Alameddine, d’origine libanaise, pour Les vies de papier (Les Escales) et le Femina de l’essai à Ghislaine Dunant pour Charlotte Delbo, La vie retrouvée (Grasset).

Marcus Malte, 49 ans, a obtenu sept voix contre trois à Nathacha Appanah (Tropique de la violence (Gallimard)) pour ce roman de plus 500 pages publié chez Zulma.

Ce livre est une grande épopée, une histoire magnifique qui ressuscite le mythe de l’enfant sauvage qui parvient à la civilisation, a déclaré Mona Ozouf, présidente du prix Femina.

C’est un grand roman d’apprentissage, une allégorie de l’ensauvagement des hommes par la guerre, a ajouté la présidente. Le garçon dont nous parle Marcus Malte ne sera jamais nommé. Même l’invisible et l’immatériel ont un nom, mais lui n’en a pas.

Dès les premières lignes, on est saisi par la puissance et le souffle de l’écriture.

Cette histoire qui s’étale de 1908 à 1938 tient à la fois de la fresque historique – on y parle beaucoup de la boucherie de la Première guerre mondiale – et du roman d’initiation.

Marcus Malte, connu pour ses polars, auteur d’une dizaine de romans et notamment de Garden Of Love, aime surprendre.

J’avais envie d’utiliser un registre de langage très différent de ce que je fais habituellement, a-t-il expliqué de sa voix douce après la remise de son prix. Le fait de placer mon histoire cent ans en arrière m’obligeait à changer mon registre de langue.

Romandie.com avec(©AFP / 25 octobre 2016 15h31)

Ecrire un roman en un mois, le défi connecté du « NaNoWriMo »

avril 28, 2016

Des écrivains en herbe du monde entier se retrouvent plusieurs fois par an pour écrire un court roman, en ligne ou lors de rencontres.
 

La nuit commence à tomber dans le quartier de la gare de Lyon ce vendredi 8 avril. Ils ne sont encore que trois devant l’espace de coworking La Cordée, mais bientôt une vingtaine d’aspirants auteurs vont investir l’endroit pour une « nuit créative ». Le « camp NaNoWriMo » – pour « National Novel Writing Month » – a commencé la semaine précédente, pour le premier rendez-vous du mois des « nanoteurs » français. Traditionnellement, le NaNoWriMo désigne un marathon d’écriture international annuel ayant lieu en novembre. Les « nanoteurs » ont un mois pour écrire un petit roman de 50 000 mots minimum. Ce n’est pas un concours, il n’y a aucun prix à l’arrivée, si ce n’est le plaisir d’avoir relevé le défi. En avril et en juillet ont aussi lieu les « camps NaNoWriMo », avec un nombre de mots choisi par le participant et une ambiance plus détendue.

En France, le NaNoWriMo réunit plusieurs milliers de participants chaque année, et la communauté est très active : le 31 octobre 2015, une soirée de lancement a été organisée au Centre Pompidou. Dans la même logique de rencontre ont été instaurées il y a trois ans les « nuits créatives », des nuits blanches d’écriture qui ont lieu pendant les sessions officielles et le reste de l’année. « Les gens ont besoin d’un grand rendez-vous de ce genre », estime Laure-Isabelle Villetard, l’organisatrice française. En mars, elle a étendu les Nuits à d’autres domaines artistiques que l’écriture, avec « ID2Mars » où « plus de vingt-cinq disciplines étaient représentées ». Les activités de la communauté française dépassent donc le simple cadre du NaNoWriMo, mais, ce vendredi 8 avril, c’est bien pour le Camp d’écriture que tous se retrouvent à La Cordée.

Une nuit d’émulation

Des participants au "Nanowrimo", à Paris.

Des participants au « Nanowrimo », à Paris. Mathilde Loire / Le Monde.fr

Les « nanoteurs » s’installent dans l’espace de coworking : les ordinateurs et la documentation dans la salle de travail, la nourriture et les boissons dans la salle de détente. Bonbons, chips, sodas et tomates cerises sont installés sur la grande table autour de laquelle tout le monde s’assoit dans un joyeux brouhaha. Pendant la nuit, les « nanoteurs » vont alterner périodes d’écriture et de pause : « On commence par se retrouver, faire le tour des prénoms et des projets, explique Laure-Isabelle Villetard. Puis, pendant trente minutes, tout le monde écrit, et on fait une pause. Dans la nuit, vers 2 ou 3 heures, on sort des jeux de société comme le Dixit ou le Concept pour se changer les idées tout en restant dans un univers créatif. »

Pour certains, c’est la première fois, d’autres se connaissent déjà bien. Clémence « attendait d’avoir un vrai boulot pour écrire un roman » mais en a eu assez d’attendre. Léona, lui, a carrément pris une année sabbatique après ses études pour écrire, et vante « l’émulation » des nuits d’écriture. Emy participait à un MOOC d’écriture mais avait besoin « d’un challenge pour se motiver ». Coline écrivait déjà de la fan fiction avant de se lancer dans le NaNoWriMo. Elle a amené son meilleur ami, Aaron, qui « l’entendait parler du NaNo tous les jours ».

Le groupe est jeune. Les blagues et les références à la culture pop fusent. Deux jeunes femmes discutent de leurs synopsis, un trio débat sur le « ship » – couple fictionnel – Jamie-Brienne, deux personnages du Trône de fer, d’autres parlent de leur travail. Leur profil est assez homogène : « Il y a beaucoup d’étudiants, de professeurs, de bibliothécaires… mais les profils se diversifient, se réjouit l’organisatrice. Au début, on avait 99 % de filles, on est à 75 % aujourd’hui. Le point commun, c’est que toutes et tous sont des lecteurs. »

Dialogue et mise en commun des idées

A 21 h 30, Laure-Isabelle Villetard envoie tout le monde dans la salle de travail. Il est temps d’écrire, pendant trente minutes d’affilée. On allume les ordinateurs, on ouvre les cahiers. Documents, livres, premiers jets à relire et tasses de café ou de thé sont étalés sur les tables de travail. Après quelques rires étouffés, le silence n’est rompu que par le bruit des touches et des pages que l’on tourne. L’un range sa quinzaine de dossiers, une autre se lime les ongles, plusieurs écoutent de la musique. Quand la demi-heure est écoulée, certains restent écrire, d’autres font le point.

« Quand on écrit, il arrive souvent d’être bloqué, affirme Sarah. Alors on en parle ensemble, on met en contexte. Le simple fait d’en discuter permet souvent de dépasser le blocage. » Le dialogue avec d’autres auteurs et la mise en commun des idées est au cœur du NaNoWriMo. « La première année où j’y ai participé, je n’étais pas vraiment motivée, se souvient Charlotte, en thèse de littérature anglaise contemporaine. Maintenant, il y a des nanoteurs parmi mes plus proches amis, et ça procure une telle énergie ! Il n’y a plus beaucoup de choses comme le NaNoWriMo – où il n’y a vraiment rien à gagner. Chacun y trouve ce qu’il apporte. »

« La quantité plutôt que la qualité »

Le NaNoWriMo est né en 1999, dans la région de San Francisco, dans la tête de Chris Baty. Aujourd’hui auteur et professeur, il souhaitait à l’époque écrire un roman. Il se fixe 50 000 mots, environ la taille d’un court roman comme Gatsby le Magnifique ou Le Meilleur des mondes, et réunit un groupe d’amis prêts à participer. Il explique avec humour sur le site du NaNoWrimo quel était l’état d’esprit au début :

« Cette première année nous étions vingt et un et (…) nous voulions écrire des romans pour la même raison idiote qui pousse des vingtenaires à former un groupe. Parce que nous voulions faire du bruit. Parce que nous n’avions rien de mieux à faire. Et parce que nous pensions que, en tant que romanciers, nous obtiendrions plus facilement des rencards qu’en tant que non-romanciers. »

« Si mes amis et moi pouvions écrire des romans passables en un mois, je savais que tout le monde pouvait le faire », conclut-il. La deuxième année, raconte toujours Chris Baty, il y avait 140 participants. Le mois national d’écriture d’un roman devient alors celui de novembre, « pour profiter du mauvais temps ».

Les camps, à la forme plus libre, ont été lancés en 2011 par l’association américaine, qui organise depuis 2006 le NaNoWriMo. « Plusieurs participants nous avaient fait remarquer qu’ils étaient occupés au mois de novembre, explique Tim Kim, le directeur de la communication de l’association. Beaucoup de gens sont en cours, et aux Etats-Unis il y a la période de Thanksgiving. Nous avons d’abord lancé un camp l’été, et en 2013 nous avons aussi instauré le camp d’avril, pour avoir des événements NaNoWriMo tout au long de l’année. » En effet, janvier et février sont désormais dédiés à la relecture et la correction des productions précédentes.

Depuis ses débuts, le NaNoWriMo n’a cessé de rassembler des participants, et la communauté s’est étendue dans le monde entier. Sur le site, on peut même se retrouver entre habitants d’une même région du monde, d’un même pays ou d’une même ville.

« Le NaNoWriMo est un enfant d’Internet »

Il y a ainsi 19 000 inscrits en Egypte, 11 000 en Inde, et plus de 50 000 en Angleterre. Les plus petites communautés locales rassemblent quelques dizaines de personnes. Des référents (« municipal liaison » ou « ML ») gèrent l’organisation des groupes locaux. Et le NaNoWriMo gagne des participants chaque année : « Quand j’ai commencé le Nano, nous étions environ 200 Français, se souvient Laure-Isabelle Villetard. Aujourd’hui nous sommes presque 10 000. »

« Il n’y a pas eu de groupe solide en Inde avant 2011, raconte Sonia Rao, l’organisatrice indienne. Les participants avaient cependant tendance à se tourner vers les réseaux sociaux après le mois de novembre. Nous avons donc créé une page Facebook, un blog, un compte Twitter, et c’est ce qui a vraiment lancé la communauté. » Son homologue française confirme l’importance des réseaux sociaux dans le développement du NaNoWriMo :

« Au début, il n’y avait pas autant d’événements, beaucoup de gens écrivaient pour eux. Désormais, tout le monde partage de plus en plus parce qu’on a les outils qui le permettent. Le NaNoWriMo est vraiment un enfant d’Internet. »

Blogs et médias anglo-saxons publient en effet régulièrement des articles de conseils. Sur les réseaux, les « nanoteurs », ou « wrimos » en anglais, s’encouragent dans le marathon, discutent de leurs idées, partagent des articles sur l’écriture, échangent des anecdotes. Ainsi sur Twitter, le hashtag #CampNaNoWriMo est très utilisé depuis le mois de mars.

A Sao Paulo, Angelo Dias, le référent des NaNoNinjas, la communauté brésilienne, travaille ainsi à faire connaître le marathon dans tout le pays. « Le NaNoWriMo a été le meilleur moyen de me prouver que je peux écrire si j’essaye, ou qu’apprendre une nouvelle compétence ne dépend que de moi. » Le plus dur reste de faire comprendre l’intérêt de ce défi où l’on ne gagne rien. « Pour mon père, 50 000 mots ne valent rien, mais, pour mes amis, ça veut tout dire. Mais plus qu’un écrivons jusqu’à en avoir mal aux doigts, le NaNo est synonyme de rassemblons-nous et aidons-nous les uns les autres. »

Anthologie de textes

Chaque communauté, chaque pays, a ses propres rituels, ses projets particuliers pour s’encourager dans l’écriture. « Hors des mois de NaNo, j’organise souvent des ateliers en ligne sur la rédaction d’un roman, la correction, l’édition, ou bien des interviews avec des auteurs publiés, des éditeurs ou des critiques de livres, raconte Sonia Rao. Pendant le mois de novembre, nous organisons des marathons sur une journée, de 6 heures du matin à minuit, chacun accueille à tour de rôle. » En 2015, elle a publié une anthologie de textes, autour du thème de la vengeance ; une deuxième est en préparation, sur un thème qui sera à nouveau choisi par tout le monde.

Il n’y a pas encore d’anthologie prévue chez les Nanoteurs français, mais un site est en cours de refonte, où pourront être publiés les écrits de celles et ceux qui le souhaitent. Et le 30 avril aura lieu une « restitution » des œuvres produites en mars et en avril pendant une nouvelle rencontre. En attendant, il ne reste plus que quelques jours aux « nanoteurs », « wrimos » et « NaNoNinjas » pour atteindre le but qu’ils se sont fixé.

Lemonde.fr par Mathilde Loire

Splendeurs et misères des filles de joie à Lagos

mars 25, 2016

 

Drôle d’endroit pour une rencontre. Surtout à Lagos, la nuit. Où tous les chats sont loin d’être gris. C’est ce que se dit Guy Collins, un journaliste britannique pas tout à fait chevronné chargé un peu par hasard de couvrir la prochaine élection présidentielle au Nigeria, en découvrant en face du Ronnie’s, une boîte remplie d’accortes donzelles, le corps d’une jeune femme dont on a coupé les seins. Un meurtre rituel, bien sûr. En tout index eyecas, une nouvelle manifestation de magie noire et de sorcellerie juju, pratiquée à haute dose par les hommes puissants du cru pour asseoir leur pouvoir… On le lui avait pourtant dit à Guy : « à Lagos, tu ne te promènes jamais seul ». Un Blanc, de surcroît journaliste, qui se trouve confronté à cette réalité que les hautes sphères et la police veulent occulter à tout prix, a toutes les chances de passer un mauvais quart d’heure. C’est ce qui va lui arriver à Guy. N’en disons pas plus… Sachez seulement qu’une créature comme seule l’Afrique est capable d’en enfanter, nommée Amaka, va le tirer des pattes des notables pervers et des hommes de main à leur service. Ah, Amaka, qui a monté une organisation de protection des filles de joie, à elle seule, elle mérite la lecture de ce roman frénétique, où l’on passe sur un rythme trépidant des lupanars vibrants de high life aux embouteillages bruyants des mauvais quartiers ! Lagos est une ville tentaculaire, affolante, dingue, charmeuse, destructrice, où tout va trop vite. Leye Adenle y est né en 1975. Là bas, il est considéré comme la réincarnation d’un roi vaudou. Aujourd’hui, il vit à Londres. C’est son premier roman. Un truc charnel, violent, bourré de swing et d’humour, qui vous donne une furieuse envie de découvrir la ville de Fela. Bonté divine, on n’a pas fini d’entendre parler de ce type…

index couv

. Leye Adenle, « Lagos Lady », traduit de l’anglais (Nigeria) par David Fauquemberg, Métailié Noir, 20 euros, 336 p.

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