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Canada-Québec: « Quand on regarde la télé, les gens commencent parfois à pleurer »

mars 17, 2022

Dans Rosemont, un CHSLD public héberge 130 résidents d’origine polonaise, ukrainienne et russe. Visite au cœur de destins bouleversés par l’assaut de la Russie.

Maryna Symenovych, infirmière auxiliaire Photo : Radio-Canada

Lorsque la guerre a éclaté le matin du 24 février, Andriy Lenyk a reçu un appel de ses parents en Ukraine.

Ils m’ont dit que notre aéroport militaire était bombardé […] C’était le choc, c’était la stupeur et, pour quelques minutes, je ne pouvais pas parler, se rappelle-t-il.

Quelques instants plus tard, sa femme apprenait que la maison de son frère avait également été endommagée par ces bombardements.

« Elle a pleuré et crié […] C’est dur d’expliquer, c’est dur de comprendre parce que c’est la guerre. »— Une citation de  Andriy LenykDans un couloir du CHSLD, le visage masqué.

Andriy Lenyk, infirmier auxiliaire au CHSLD Polonais Marie-Curie-Sklodowska Photo  : Radio-Canada

Arrivé d’Ukraine il y a près de 20 ans, Andriy Lenyk travaille depuis quelques années comme infirmier auxiliaire au CHSLD Polonais Marie-Curie-Sklodowska dans l’arrondissement Rosemont à Montréal.

Un milieu de vie réservé aux personnes âgées d’origine polonaise, ukrainienne et russe.

Sa collègue de travail, Maryna Symenovych, ne cache pas son émotion face aux événements des dernières semaines.

On ne peut pas comprendre cette situation parce qu’on a toujours dit que l’Ukraine et la Russie habitent ensemble comme deux confrères […] et maintenant il y a beaucoup de civils tués, beaucoup d’enfants, se désole-t-elle.

Je ressens de la tristesse, pas de la colère, souligne-t-elle.

Arrivée au Canada en 2010, Maryna Symenovych a troqué sa profession de médecin pour devenir infirmière auxiliaire.

Environ 25 employés d’origine ukrainienne comme Maryna et Andriy travaillent au CHSLD.

Comme le souligne la chef des soins infirmiers du CHSLD, Olga Ivanyuta, le climat de travail est difficile parce qu’on doit prendre soin de nous autres et des résidents.

« Mais je suis fière de mes employés, on continue de travailler, même en pleurant. »— Une citation de  Olga Ivanyuta, chef des soins infirmiers du CHSLDElles sont assises dans leur fauteuil roulant

Résidentes du CHSLD Polonais Marie-Curie-Sklodowska dans l’arrondissement Rosemont à Montréal Photo : Radio-Canada

Le président-directeur général du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, Jean-François Fortin Verreault, assure que dès le début, on a voulu être présents pour aider à la fois les résidents et les employés […] pour avoir plusieurs personnes spécialisées dans les soins psychologiques présents sur place.

Entre souvenirs et l’actualité

Lors de notre passage lundi, quelques résidents prenaient des nouvelles de la guerre en regardant la télévision dans la salle communautaire, à la veille du discours du président ukrainien Volodymyr Zelensky aux parlementaires canadiens.

Quand on commence à regarder la télé, les gens commencent parfois à pleurer parce que c’est toujours dans la mémoire, la Deuxième Guerre [mondiale] qu’on a traversée, donc c’est vraiment difficile pour les patients, constate Maryna Symenovych.

« Ils ont besoin de plus d’aide, d’explications, de communication. »— Une citation de  Maryna Symenovych, infirmière auxiliaire

Une quarantaine de résidents du CHSLD sont d’origine ukrainienne.

La cohabitation avec les deux résidentes d’origine russe se passe bien à ce jour. Pour l’instant, ça se passe bien parce qu’elles sont contre Poutine et elles ne sont pas infectées par la propagande russe, constate la chef des soins infirmiers, Olga Ivanyuta.Eugene dans sa chambre.

Eugene Antonyszyn, 95 ans, résident du CHSLD Polonais Marie-Curie-Sklodowska, dans l’arrondissement Rosemont à Montréal Photo : Radio-Canada

À 95 ans, Eugene Antonyszyn demeure très lucide face aux enjeux politiques européens.

Ça fait 32 ans qu’on attend pour être accepté dans l’Union européenne, et si on était membre ukrainien, il y aurait jamais eu la guerre! les Russes auraient eu peur, affirme le résident aux origines ukrainienne et polonaise.

Ce dernier se réjouit de l’accueil de la Pologne fait aux réfugiés ukrainiens.

« La Pologne, ils ont fait un geste formidable pour l’Ukraine […] Ils savent que si les Ukrainiens lâchent, la prochaine [cible], ça va être la Pologne. »— Une citation de  Eugene Antonyszyn, 95 ans

Eugene Antonyszyn a vécu les camps de travail lors de la Seconde Guerre mondiale.

Immigré au Canada dans les années 50, il s’est lui-même frotté à la politique canadienne comme candidat du Parti Rhinocéros en 1980. Avec un brin d’humour, toujours intact malgré l’âge et la guerre qui ravage à nouveau son sol natal.

Avec Radio-Canada par Daniel Boily et Anne-Louise Despatie