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Bénin : décès de Rosine Soglo, ex-première dame devenue femme politique de premier plan

juillet 26, 2021
Rosine Soglo, ex-première dame du Bénin, est décédée le 25 juillet 2021 à l’âge de 87 ans.

L’ancienne épouse de Nicéphore Soglo, qui a présidé le Bénin de 1991 à 1996, est décédée ce 25 juillet à Cotonou. Elle avait 87 ans.

Rosine Soglo, de son vrai nom Rose-Marie Honorine Vieyra, est décédée ce dimanche 25 juillet à l’âge de 87 ans dans sa résidence de Cotonou.

L’ancienne première dame avait été admise dans une clinique de Cotonou spécialisée dans les soins cardiovasculaires il y a plusieurs jours. Son état de santé s’était stabilisé, et même amélioré en fin de semaine, avant de se dégrader rapidement dans la matinée ce dimanche, selon une source proche de la famille contactée par Jeune Afrique. Elle a alors souhaité être ramenée chez elle, où elle s’est éteinte.

« Le Bénin perd une femme battante et combattante », a réagi le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léonce Houngbedji. « Nous garderons d’elle l’image d’une femme brave et exceptionnelle », a déclaré pour sa part Patrice Talon, dans la soirée, qui a présenté ses « condoléances attristées » à la famille Soglo, avec laquelle il entretient pourtant des relations politiques pour le moins tendues. À maintes reprises depuis l’élection de ce dernier à la présidence de la République, Rosine Soglo avait en effet tenu des propos très durs envers le chef de l’État.

Voix forte

Épouse de président, Rosine Soglo aura été beaucoup plus que cela. Avant que son mari n’accède à la magistrature suprême, pendant son mandat et longtemps après la fin de celui-ci, elle a, plusieurs décennies durant, été l’une des voix les plus fortes de la scène politique béninoise. Elle en aura aussi été l’une des principales actrices, tant son poids politique était important.

ELLE SE FORGE UNE IMAGE DE STRATÈGE POLITIQUE DE HAUT VOL

Issue d’une famille aisée de la communauté afro-brésilienne installée à Ouidah, elle a rencontré son époux en France, à l’adolescence. Ils se marient en 1958. Tandis que Nicéphore Soglo intègre l’École nationale d’administration (ENA), Rosine Soglo suit des études de droit.

Au début des années 1960, Nicéphore Soglo est nommé ministre de l’Économie du général Christophe Soglo, qui dirige alors le pays. Mais le coup d’État de 1972 mené par Mathieu Kerekou pousse le couple à l’exil. Ils ne reviendront à Cotonou qu’à la faveur de la conférence nationale de 1990.

De g. à dr. : Léhady Soglo, alors président de la Renaissance du Bénin, sa mère Rosine et son père, Nicéphore, à Abomey en 2010.

Quand Nicéphore Soglo est élu président, en 1991, son épouse, alors âgée de 58 ans, n’a aucun passé militant. Mais au cours de la campagne présidentielle, la santé fragile de son mari la pousse à monter en première ligne.

Celui-ci élu, elle prendra une place prépondérante et ne se cantonnera pas au seul rôle de représentation traditionnellement dévolu aux femmes de chefs d’État. Sur le plan international, d’abord, où elle accompagne le président dans tous ses voyages officiels. Sur le plan de la politique intérieure, aussi, où elle se forge une image de stratège politique de haut vol.

Patronne incontestée

C’est elle qui, en mars 1992, portera sur les fonts baptismaux la Renaissance du Bénin (RB), dont elle devient la patronne incontestée. Le parti, créé pour soutenir son mari qui manque cruellement d’appuis au sein de la classe politique béninoise, remportera 20 des 83 sièges de l’Assemblée lors des législatives de 1995. Un chiffre qui peut sembler faible mais qui, à une époque où le nombre de formations était pléthorique, en fait le premier parti au Parlement.

Après la cinglante défaite de Nicéphore Soglo à la présidentielle de 1996, et le retour au pouvoir par les urnes de l’ancien président marxiste Mathieu Kerekou, le RB restera l’une des principales forces politiques du pays. En 1999, le parti, qu’elle dirige d’une main de fer avec son mari, parviendra même à rafler un tiers des sièges à l’Assemblée.

Élue député, Rosine Soglo ne manquera pas une occasion de faire entendre sa voix au sein du vieux bâtiment colonial qui héberge le Parlement. Elle y siégera jusqu’en 2019.

« Entreprise politique familiale »

Rosine Soglo, ex-première dame et députée, et son fils cadet, Ganiou, ancien ministre, dans leur résidence de Cotonou, en juin.

« La politique a été pour moi un hasard, une nécessité, un mode de vie pour mettre à distance la vraie vie, pour donner un peu de bonheur individuel aussi », glissait-elle en 2003 dans un discours prononcé en marge de l’élection du président de l’Assemblée nationale. Une humilité affichée qui cache mal la femme politique sans complexe qu’elle pouvait être.

Depuis la résidence familiale de la Haie Vive, à Cotonou, ville dont son mari est devenu le maire après avoir quitté le palais de la Marina, Rosine Soglo est à la manœuvre sur le champ de bataille politique. Au service de son ancien président d’époux, mais aussi de ses fils : Léhady, qui succèdera à son père à la mairie de Cotonou en 2015, et Ganiou, qui sera député et ministre.

Cette « entreprise politique familiale » vaut de nombreuses critiques à la famille Soglo, régulièrement accusée de vouloir fonder une dynastie. Au sein de la famille, cependant, l’ambiance n’est pas toujours au beau fixe. Nicéphore Soglo aura par exemple des mots très durs à l’encontre de son fils Léhady.

Ce dernier, étoile montante de la politique béninoise sous Thomas Boni Yayi, connaît une chute brutale après l’arrivée au pouvoir de Patrice Talon. Accusé d’abus de fonction, il perdra son poste de maire de Cotonou sur décision du conseil des ministres en 2017.

Depuis, il vit en exil en France, et a été condamné par contumace à dix ans de prison ferme par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). Il n’a pu être au chevet de sa mère dans ses derniers instants.

Ganiou Soglo, en revanche, était bien à Cotonou. Candidat à la présidentielle d’avril dernier, il avait été la cible d’une attaque par balles, début février, alors qu’il revenait d’un meeting. Touché au torse, il avait été évacué en France pour y être soigné. Il était, depuis, revenu dans son pays. Pendant toute la semaine qui a précédé le décès de sa mère, il a pu être à ses côtés.

Quant à l’ancien président Nicéphore Soglo, âgé de 87 ans, il est actuellement en France, à Paris, pour raisons médicales.

Avec Jeune Afrique par Matthieu Millecamps

Bénin – Décès de Rosine Soglo : hommages unanimes de la classe politique

juillet 26, 2021
Rosine Soglo, grande figure de la vie politique béninoise et femme de l’ex-président, est décédée le 25 juillet 2021, à son domicile.

L’épouse de Nicéphore Soglo, ex-président du Bénin, est décédée dimanche 25 juillet 2021, à 87 ans. La « dame de fer » laisse derrière elle une forte empreinte politique.

« C’est cette femme-là qui m’a permis d’être aussi solide », a confié Nicéphore Soglo, actuellement à Paris pour raison de santé. Terrassé, l’ancien président a tenu à saluer la mémoire de sa femme qu’il a rencontrée en 1947 en France, avant que les deux ne convolent en justes noces le 2 juillet 1958.

« Nous garderons d’elle l’image d’une femme brave et exceptionnelle », a déclaré sur sa page Facebook le président Patrice Talon dont elle avait soutenu la candidature en 2016, avant d’exprimer de fortes réserves sur sa gouvernance actuelle du pays.

Le président du parlement béninois, Louis Vlavonou se souvient également « d’une femme d’exception et de conviction dont la participation à six législatures successives laisse inéluctablement une empreinte indélébile à l’institution parlementaire et au pays tout entier ».

UNE GRANDE PERTE POUR NOTRE PAYS ET NOTRE DÉMOCRATIE

Pour Paul Hounkpè, responsable du parti des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE) et chef désigné de l’opposition, « le décès de madame Rosine Soglo, figure emblématique de la politique du Bénin depuis l’historique conférence nationale de février 1990, est une grande perte pour notre pays et notre démocratie ». « C’est une combattante intrépide pour la paix, la liberté et la démocratie au Bénin », peut-on lire dans le communiqué des FCBE. Celui-ci a été rendu public dimanche 25 juillet 2021, après le décès de l’ex-première dame à son domicile, aux environs de 16 heures. Elle avait insisté pour rentrer chez elle après trois jours d’hospitalisation à la clinique Mahouena de Cotonou – où la famille Soglo se fait habituellement soigner.

Femme courageuse, audacieuse et engagée

À Cotonou ce matin, la plupart des Béninois affichent leur « admiration » pour Rosine, « une femme courageuse », « audacieuse », « engagée », « un exemple à suivre pour les femmes en matière d’engagement politique ». De son vivant, elle a été parfois critiquée pour être restée « trop visible » dans l’entourage politique de son mari, d’avoir « trop pesée » sur les décisions de celui-ci et sur la vie de la nation pendant le quinquennat 1991-1996.

Les Béninois se demandent également si son fils aîné, Lehady Soglo, en exil en France depuis sa révocation comme maire de Cotonou le 2 août 2017, rentrera au pays pour les obsèques de sa mère. Le cadet Ganiou, qui sort de soins après avoir été blessé par balles lors d’une embuscade en février dernier, a conduit le corps de Maman à la morgue Proci de Cotonou. La date des obsèques n’est pas encore fixée.

Son parti et son association

Première femme à avoir fondé un parti politique (la Renaissance du Bénin) en 1992 à l’ère du Parti du renouveau démocratique, elle a été régulièrement députée de la 16circonscription de Cotonou, de 1999 à 2019. Plusieurs fois doyenne de l’Assemblée nationale, elle a marqué l’institution parlementaire avec ses envolées contre les régimes successifs de ces vingt dernières années : Mathieu Kérékou (1996-2006), Boni Yayi (2016) et Patrice Talon.

Parallèlement à ses activités politiques, elle a créé l’association Vidolé, pour le bien-être des enfants et des femmes. Elle a apporté, pendant des années, son appui aux familles de jumeaux, de triplets ou de quadruplets. Un sens maternel qui lui vaut sans doute d’être appelée « maman » par tous, y compris par les plus grands du pays. « Intrépide patriote, Maman a été de tous les combats… », écrit l’ancien président Boni Yayi sur sa page Facebook.

CETTE ICÔNE DE LA POLITIQUE BÉNINOISE EST NOTRE MAMAN NATIONALE

Lors d’une cérémonie d’hommage à l’ex-première dame en 2019, Célestine Zanou, candidate à la dernière présidentielle, disait alors que cette « icône de la politique béninoise » est « notre maman nationale ».

Avec Jeuen Afrique par Fiacre Vidjingninou à Cotonou