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Conte : Le Lion, le Gorille et la Roussette

décembre 21, 2010

Dans la forêt du Mayombe, au cœur du bassin du Congo, vivait un vieux Gorille à la barbe blanche, ami de « Mâ Nguembo », une petite et gentille Roussette noire.

Un dimanche, dans la joie du temps ensoleillé, un jeune Lion, beau et élégant, à la crinière rousse, venait d’être investi, roi de la forêt, succédant à la mort de son défunt père, le Lion de Mvoungouti.

Heureux de sa royauté, il voulait offrir un grand présent de convivialité à son hôte le Gorille, en compagnie de la Roussette, sous les grands limbas géants de sa cité royale. Les cartes de faire-part furent envoyées selon les dispositions d’usages protocolaires au Gorille qui faisait office de chef de canton ayant droit de vie et de propriétaire foncier sur la grande famille des hominidés.

Quand arriva le jour de l’invitation amicale, dans la joie de vite partager le repas, le Gorille et la Roussette se présentèrent au palais royal, chez « Ngomboulou ya nsangui ».

Dès leur arrivée, ils furent reçus avec des commodités dignes de leur rang par les pages du roi. Un accueil chaleureux était réservé à l’entrée par un Lionceau, vêtu de blanc, dans une tenue de cérémonie d’une clarté rayonnante. Conduits au salon, pour un service de dégustation avec du jus des fruits tropicaux mélangés de mangue, d’ananas et d’orange, les deux invités étaient assis dans le confort insolent des meubles du roi. La Roussette qui ne pouvait supporter la station initiale des hominidés, trouva mieux de se balancer sur le manteau d’une chaise: la tête en bas et les pattes en haut.

Après un moment d’attente amicale, le Lion sortit de sa chambre avec une belle coupe vestimentaire très endimanché et rejoignit ses hôtes dans un empressement distillé d’une petite excuse de retard. Il trouva le Gorille bien habillé et tiré à quatre épingles avec une cravate beige. Quant à la Roussette, elle avait porté une saharienne noire ceinturée autour de son ventre avec un nœud papillon. L’instant de la présentation suivi d’une conversation ne prit pas de longues minutes et le Lion invita ses amis à passer à table pour le repas de circonstance.

– Chers amis, je vous invite ce jour pour partager ensemble ce repas, à la suite de mon intronisation, en qualité du nouveau roi de la forêt, succédant au trône laissé vacant par feu mon père.

Le Lion ouvrit les couverts contenant les différents mets. Il y avait des têtes de chauve-souris et des têtes de singes. Le Gorille et la Roussette, à la vue du contenu, pensant à leur cousin respectif, se regardèrent d’un air interloqué et apeuré et firent une mou patibulaire que capta le maître de la maison qui lit et comprit vite la réaction dégagée sur le visage de ses hôtes.

– Que se passe-t-il leur demanda cérémonieusement le Lion comme à son habitude ?
– Sa majesté dit le Gorille : la Roussette et moi ne mangeons pas de la viande.
– Dès lors je vais vous offrir autres choses. Êtes-vous végétariens par hasard ?
– Depuis notre naissance, nous ne mangeons que des fruits et légumes.
– Sortons donc d’ici et allons cueillir dans mon champ des fruits qui remplaceront la viande pour un meilleur confort gastronomique. Ils trouvèrent des mangues, des papayes, des corossols, des goyaves et des bananes.

De retour au palais royal, le chef cuisinier prit les fruits et les lava avec précaution avant de les apporter à table pour le repas. Le Lion était satisfait que ses invités aient pu trouver à manger correspondant à leurs habitudes alimentaires. Lui il se contentait à broyer ses têtes qui éclataient entre ses canines, ses incives et ses molaires poussant de petits cris de joie : ô que c’est bon ces têtes de singes et de chauve-souris ! C’est un bon régal pour nous autres roi de la forêt. Le Gorille et la Roussette ne répondirent pas. Ils étouffèrent leurs paroles au fond de leur bouche de peur de voir leur mécontentement terminé dans l’emprise de la gueule du Lion.

Le Lion offrit du vin de palme, du vin de noix de coco extrait dans la matinée et un bon fermenté de canne à sucre de la veille, appelé:«lounguila».

A la fin du repas, ils se séparent sur un ton de grande fraternité dans l’espoir de se revoir souvent autour de la table. Le Lion leur proposa d’emporter le reste des fruits pour éviter de les jeter à la poubelle parce qu’il est plus carnivore que frugivore. Les deux amis heureux de recevoir leurs paquets de fruits, rentrèrent chez-eux dans la joie de ce moment d’honneur vécu au palais royal du Lion.

Sur le chemin du retour, les deux amis se concertèrent et arrêtèrent ensemble de venger leur cousin afin de repartir dans la nuit, après avoir informé toute leur famille d’aller manger les fruits dans les champs du roi de la forêt. Le Gorille rappela à la Roussette qu’il ne voit pas très bien pendant la nuit et que celle-ci lui servirait de guide éclairé.

Cependant les quelques fruits qu’ils ramenèrent auprès de leur famille ne rassasièrent pas tout le monde.

Dès lors, ils invitèrent toute leur colonie d’aller festoyer dans les champs du roi de la forêt. Les Roussettes démarrèrent le vol en émettant leur cri au-dessus de la marche saccadée et brutale des Gorilles, qui parfois, arrachaient sur leur passage les herbes et plantes gênantes. Ils se cognaient aussi du fait de la cécité nocturne de leurs yeux habitués à bien voir la journée. Et que la nuit est le moment favorable à leur repos du sommeil réparateur.

Arrivées dans les plantations, les Roussettes mangeaient les fruits du haut des arbres et ne faisaient tomber qu’une infime quantité à terre permettant aux Gorilles de les ramasser, au clair de lune, afin de goûter aux délices parfumées des mangues, des papayes, des goyaves et des corossols.

Ne pouvant atteindre les mangues, les Gorilles embrassèrent les troncs des manguiers et les secouèrent fortement. Les mangues tombaient comme des morceaux de glace au sol. Mais pour atteindre les papayes à leur sommet; ils firent l’échelle humaine en montant sur l’épaule, les uns à la suite des autres selon la gradation de leur poids : les plus robustes en bas et les plus faibles tout au-dessus. Et ils arrivaient à cueillir les corossols et ces autres bons fruits juteux avec des bâtons assemblés.

Quand les deux familles qui avaient pris d’assaut les plantations du roi de la forêt furent rassasiées, elles rentrèrent chez-elles dans la grande satisfaction de leur grand et petit ventre repu.

Le lendemain matin lorsque le roi de la forêt se rendit dans ses plantations, il trouva de nombreux excréments par terre des visiteurs vandales. Il fit le tour des champs et constata avec une amertume révoltante que tous les fruits étaient consommés et qu’on ne lui avait laissé qu’une petite portion.

Furieux, il hurla au grand déploiement de sa gueule laissant entrevoir toutes ses dents dehors, pointa son regard au zénith et reçu de plein fouet les rayons du soleil dans les yeux qui exacerbèrent sa colère. Il appela les ouvriers de sa cour, des jeunes Lionceaux pour préparer de grands pièges d’animaux géants et de la glu pour des oiseaux nocturnes. Ils les placèrent à maints endroits aux pieds des arbres et sur les feuilles couvrant les fruits.

Le Gorille qui était l’hôte du roi de la forêt proposa de nouveau à la Roussette de repartir avec leur famille pour manger les fruits dans la plus grande violation des règles de la consommation des biens d’autrui. Ils volèrent et marchèrent entre monts et vallées mais aussi entre les savanes et les forêts pour arriver dans la cité royale proche des plantations du Lion.

A la grande surprise et dans l’opacité de l’immensité du voile nocturne, toutes les Roussettes qui approchaient les pièges à glu virent leurs ailes collées et tombèrent au sol; quant aux Gorilles, ils se firent attrapés à la patte par des pièges dissimulés sous terre, qui, à chaque approche, les basculaient en les suspendant en l’air, révélant sans fard leurs parties génitales. Aucun membre de chaque famille ne fut épargné.

Le vendredi, le roi de la forêt, « Ngomboulou ya sangui », se rendit aux champs pour vérifier l’état de ses pièges tendus aux malfrats de ses fruits. Ils étaient tous tombés dans le traquenard.

Dès son arrivée, il vit au Loin de nombreux animaux qui pendaient d’une patte sur le mât robuste de chaque piège. Il rugit pour appeler toute sa famille. Ceux-ci accoururent en sa direction et le rejoignirent aux champs. Il demanda aux Lionceaux de tanner l’écorce des arbres pour faire des cordes afin de transporter tous ces voleurs dans sa cour pour les sévir et leur donner une grande punition exemplaire en rapport à leur acte.

Les Gorilles furent attachés au cou et aux bras, les uns à la suite des autres comme des esclaves tandis que les Roussettes furent placées dans de gros paniers d’osiers transportés sur le dos des Lionceaux jusqu’à la place de la sentence publique sous le feuillage d’un grand et vieux fromager.

Les pages du roi partirent prendre son trône et l’installa selon les us et coutumes de la royauté.

Le roi de la forêt exprima son mécontentement aux deux amis qu’il reçût lors de l’invitation chez-lui et qu’il conduisit dans ses plantations parce qu’ils étaient plus frugivores que carnivore comme lui. Or, il s’était trompé en leur montrant son vaste champ de cultures vivrières. Ses bourreaux vociféraient des paroles très dures à leur endroit : au poteau, au poteau…tuez-les, tuez-les !

Le Lion empreint de sagesse prit la parole au milieu de l’auguste assemblée royale et ordonna à ses bourreaux de couper toutes les queues des Gorilles et aux Roussettes de leur appliquer des suppositoires de glu à leur orifice anal. Après ces sévères applications, il les libéra, chacun avec sa part de sentence.

C’est ainsi que les Gorilles perdirent leur queue pour gloutonnerie ainsi que les Roussettes se virent supprimer la voie anale pour l’éternité, déféquant désormais par la bouche.

La satisfaction d’un désir sans permission sur le bien d’autrui peut vous conduire à une infirmité ou incapacité physique à vie.

© Bernard NKOUNKOU