Posts Tagged ‘Roxham’

Canada: Le Québec accueillera un record de plus de 100 000 immigrants en 2022

mai 12, 2022
Entrée d'un bureau d'Immigration, Francisation et Intégration du Québec.

Environ 70 000 immigrants permanents seront reçus au Québec en 2022, une hausse de plus de 50 % par rapport à 2021. Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

Le Québec va accueillir plus de 100 000 immigrants permanents, irréguliers et temporaires en 2022, un nombre record. De ce nombre, environ 70 000 immigrants permanents seront reçus, une hausse de plus de 50 % par rapport à 2021 en raison du rattrapage que le gouvernement Legault effectue pour compenser la baisse du nombre d’immigrants durant la pandémie.

Aux 70 000 immigrants réguliers accueillis cette année, Québec permet également l’accueil d’un nombre grandissant de travailleurs étrangers temporaires. Depuis 2017, ce nombre est en hausse d’environ 80 %. On est passé de près de 18 000 travailleurs étrangers temporaires en 2017 à environ 33 000 qui ont été autorisés en 2019 et 2020, avec une tendance semblable en 2021 et 2022.

À ces arrivées régulières et encadrées s’ajoutent aussi les demandeurs d’asile. Au cours des trois premiers mois de 2022, on signale plus de 7000 interceptions à la frontière québécoise, au chemin Roxham de Saint-Bernard-de-Lacolle, de personnes qui passent la frontière de façon irrégulière et qui demandent refuge.

Le gouvernement Legault s’attend, au rythme actuel, à l’arrivée de 30 000 à 35 000 personnes par le chemin Roxham cette année. 

Fermer le chemin Roxham : une image simpliste

Québec demande au gouvernement fédéral de « fermer le chemin Roxham ». C’est une image simpliste, que les politiciens aiment bien utiliser pour tenter de frapper l’imaginaire dans la population. Dans les faits, la demande est beaucoup plus complexe et implique à la fois le gouvernement Trudeau à Ottawa et l’administration Biden à Washington.Une famille avec des valises.

Québec s’attend, au rythme actuel, à l’arrivée de 30 000 à 35 000 personnes par le chemin Roxham en 2022. Photo: Radio-Canada/Romain Schué

Ce qui est en cause, c’est l’entente sur les tiers pays sûrs entre le Canada et les États-Unis, qui se reconnaissent mutuellement comme étant des pays d’accueil, de refuge, où les gens peuvent demander l’asile et la protection. Donc, une personne qui est en sol américain et qui veut demander l’asile au Canada ne peut pas emprunter un chemin régulier, celui de la douane. Elle doit passer par un chemin irrégulier et demander refuge auprès des autorités.

C’est ainsi que s’est formé, avec le temps, un passage informel qui est celui du chemin Roxham, facile d’accès entre l’État de New York et le Québec. Avec le temps, et le nombre de personnes qui empruntaient ce chemin, la GRC y a installé un poste pour formaliser l’accueil et encadrer ce mouvement migratoire.

Alors, vous comprenez que l’image qui est celle de fermer physiquement le chemin Roxham, d’y installer une clôture comme l’évoquait l’ancien chef du Parti québécois Jean-François Lisée en 2018 est particulièrement simpliste. Fermer un chemin, c’est en ouvrir des milliers d’autres. Autrement, il faudrait appeler, comme Donald Trump, à la construction d’un mur, immense, d’un bout à l’autre du pays.

C’est l’entente entre le Canada et les États-Unis qui doit être revue et le gouvernement Trudeau dit être en train de négocier cela avec l’administration américaine.

En attendant, la proposition du ministre Jean Boulet d’assurer un transfert ailleurs au Canada de personnes qui passent de façon irrégulière au chemin Roxham est probablement la plus appropriée dans les circonstances.

Les passages irréguliers se font pratiquement tous au chemin Roxham alors que les demandeurs d’asile se trouvent pour la plupart dans l’est des États-Unis, surtout à New York ou en Floride. L’accès à la frontière entre l’État de New York et le Québec est facile, en plusieurs endroits.

Des immigrants pour atténuer la pénurie de main-d’œuvre

Le gouvernement de François Legault semble comprendre que le Québec a besoin d’immigrants. Dans les débats en Chambre, le premier ministre accuse les libéraux de ne compter que sur l’immigration pour atténuer la pénurie de main-d’œuvre, sans tenir compte de leur intégration et de leur connaissance du français.

Mais, dans les faits, le gouvernement Legault a décidé d’accueillir un nombre record d’immigrants sur le territoire du Québec en 2022. Ces immigrants font partie des nombreuses solutions à mettre en œuvre pour tenter de réduire la pression économique que cause le manque de main-d’œuvre.

D’abord, Québec a décidé de rattraper le manque à gagner provoqué par la pandémie, qui est venue ralentir les mouvements de population. Le Québec a accueilli un peu plus de 40 000 immigrants en 2019, puis 25 000 en 2020, avant de remonter à plus de 40 000 en 2021.

En 2022, le Québec accueillera un nombre record d’environ 70 000 immigrants.

Par ailleurs, après avoir abaissé la cible d’accueil à 40 000 immigrants à son arrivée au pouvoir, François Legault a annoncé qu’il allait porter ce nombre à 50 000 par année, une hausse de 20 à 25 %. Il a indiqué qu’il voulait plafonner ce nombre à 50 000.

Le gouvernement de François Legault a aussi choisi d’augmenter de façon marquée le nombre de travailleurs immigrants étrangers temporaires en sol québécois. Au rythme actuel, le Québec en accueillera plus de 30 000 cette année, s’approchant ou dépassant, on verra bien, le record établi dans les dernières années.

Fin 2021, une entente a été conclue avec le gouvernement fédéral pour faire venir plus d’immigrants temporaires dans des emplois à plus bas salaire. De plus, les entreprises peuvent embaucher autant qu’elles le souhaitent des travailleurs temporaires pour des professions peu spécialisées. Et il y a davantage de professions qui n’ont plus besoin de passer par un affichage.

Avec Radio-Canada par Gérald Fillion

Canada: Vers une réouverture du chemin Roxham

novembre 11, 2021

Le chemin Roxham va-t-il rouvrir dans les prochains jours? C’est la direction que semble prendre le gouvernement.

Les migrants ne peuvent plus passer par le chemin Roxham pour faire une demande d'asile depuis la fin du mois de mars 2020.

© Ivanoh Demers/Radio-Canada Les migrants ne peuvent plus passer par le chemin Roxham pour faire une demande d’asile depuis la fin du mois de mars 2020.

Selon les informations obtenues par Radio-Canada, le gouvernement de Justin Trudeau devrait à nouveau permettre aux migrants, d’ici la fin du mois, de passer par ce point d’entrée irrégulier pour y faire une demande d’asile.

Situé à la frontière canado-américaine, à Saint-Bernard-de-Lacolle, le chemin Roxham est fermé depuis la fin mars 2020. Concrètement, sauf pour de rares exceptions, les personnes tentant d’emprunter cette voie sont renvoyées aux États-Unis.

Annoncée par décret, cette mesure fédérale, qui prend officiellement fin le 21 novembre, ne devrait pas être renouvelée.

La mesure ne visait pas nommément le chemin Roxham, mais interdisait à tout étranger d’entrer au Canada, en provenance des États-Unis, pour y faire une demande d’asile hors d’un point d’entrée terrestre, soit un poste frontalier.

Or, le chemin Roxham était le point d’entrée irrégulier devenu, au fil des années, le plus populaire au pays.

Le nombre de migrants passant par le chemin Roxham a considérablement augmenté à partir de 2017.

© Christinne Muschi/Reuters Le nombre de migrants passant par le chemin Roxham a considérablement augmenté à partir de 2017.

Des nouveaux» chemins Roxham

Cette popularité est née en raison des contraintes, pour ces immigrants, liées à l’Entente sur les tiers pays sûrs. Entré en vigueur en 2004, cet accord, signé avec les États-Unis, oblige les migrants à présenter leur demande d’asile dans le premier pays sûr» qu’ils traversent.

Ainsi, les personnes vivant ou passant par les États-Unis n’ont, légalement, pas le droit de faire une telle demande au Canada. Mais cette entente ne vise que les postes frontaliers, ce que n’est pas le chemin Roxham.

Même si les migrants arrivant à cet endroit sont renvoyés aux États-Unis depuis la fin de l’hiver 2020, l’arrivée de personnes en situation irrégulière n’a jamais été complètement stoppée au Québec.

En moyenne, entre avril 2020 et juillet dernier, un peu moins de 25 demandeurs d’asile ont été interceptés, mensuellement, par les agents de la Gendarmerie royale canadienne (GRC), contre près d’un millier, par mois, avant la pandémie.

Mais depuis cet été, on voit de plus en plus de personnes qui arrivent au Québec», affirme Stéphanie Valois, présidente de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (AQAADI).

À l’instar de plusieurs de ses collègues, elle tire la sonnette d’alarme. De nouveaux» chemins Roxham ont été identifiés par des passeurs» et migrants, en raison de la fermeture du passage de Saint-Bernard-de-Lacolle.

Il y a du bouche-à-oreille qui se fait. Ils ne prennent pas toujours le même chemin. C’est inquiétant», juge-t-elle.

Officiellement, la GRC reste prudente, en affirmant qu’il n’y a pas vraiment une recrudescence». Mais les chiffres illustrent le contraire.

Alors que 11 personnes ont été interceptées au Québec en juin, on en dénombrait 63 en août, puis 150 en septembre. Les données pour octobre n’ont pas été rendues publiques, mais l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) nous a confirmé que la tendance est toujours à la hausse.

Les agents de la GRC patrouillent le long de la frontière canado-américaine pour intercepter les migrants qui ne se présentent pas devant un point d'entrée officiel.

© Ivanoh Demers/Radio-Canada Les agents de la GRC patrouillent le long de la frontière canado-américaine pour intercepter les migrants qui ne se présentent pas devant un point d’entrée officiel.

Des craintes pour la sécurité

Même si l’on reste encore loin des années 2017 et 2018, où des vagues de plusieurs milliers de personnes arrivaient au pays par le chemin Roxham, cette situation inquiète.

Avant, avec Roxham, c’était parfait. C’était discipliné, sécurisé, on pouvait contrôler qui entrait, avance Chantal Ianniciello, avocate en immigration. Les agents pouvaient prendre les empreintes digitales.»

Le chemin Roxham, finalement, ça a fait un peu l’affaire de tout le monde, confie Stéphanie Valois. C’était sécurisé et on savait où étaient ces personnes. Maintenant, si elles ne viennent pas nous voir pour demander l’asile, on ne sait pas où elles sont.»

Avec l’hiver qui arrive, on a peur de voir des gens geler, se perdre, peut-être mourir. Sans compter tous ceux qui vont passer sous notre radar, qu’on ne verra jamais», reprend Chantal Ianniciello.

Le GRC reconnaît néanmoins une préoccupation», tout en assurant être équipée» pour suivre la trace de ces migrants. On a la technologie nécessaire», glisse le caporal Charles Poirier, sans donner davantage de détails.

Une approche prudente et progressive», assure Ottawa

Contacté par Radio-Canada, le cabinet du ministre de l’Immigration Sean Fraser ne nie pas l’intention du gouvernement fédéral de permettre à nouveau aux migrants arrivant par le chemin Roxham de faire une demande d’asile.

Des annonces officielles auront lieu prochainement, nous a-t-on indiqué.

Face à l’amélioration de la situation sanitaire, le gouvernement continue son approche prudente et progressive de la réouverture des frontières. Depuis le mois d’août, nous contactons les demandeurs qui ont été renvoyés afin de confirmer leur intention de revenir pour poursuivre leur demande», souligne, sobrement, le porte-parole du ministre, Alex Cohen.

Le député bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe réclame la suspension immédiate de l'Entente sur les tiers pays sûrs.

© /Courtoisie Le député bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe réclame la suspension immédiate de l’Entente sur les tiers pays sûrs.

Une abolition de l’Entente sur les tiers pays sûrs toujours réclamée

Mais la réouverture du chemin Roxham n’est pas la solution miracle. Loin de là, clame l’avocat Stéphane Handfield.

Qu’on ferme ou qu’on rouvre Roxham, on va continuer de vivre ce type de situation. C’est le résultat d’un problème qu’on dénonce depuis des années. Même si les autorités trouvent un nouveau passage et qu’on le ferme, ça recommencera. C’est la triste réalité», souligne-t-il.

Il faut abolir l’Entente sur les tiers pays sûrs», assure Stéphane Handfield. Si on le fait, les migrants ne se cacheraient plus et ils pourraient se présenter à point de contrôle officiel.»

Cette Entente a récemment fait l’objet d’une contestation judiciaire. L’an passé, la Cour fédérale l’avait jugé inconstitutionnelle mais, à la demande du gouvernement Trudeau qui avait saisi les tribunaux, la Cour d’appel a annulé ce jugement.

Alors que des avocats en immigration préparent un dossier pour saisir la Cour suprême, la plus haute instance fédérale, le Bloc québécois demande au gouvernement Trudeau d’agir dès maintenant».

Même si c’est un problème complexe, la solution est simple, facile et elle existe», indique le député Alexis Brunelle-Duceppe. Ottawa peut unilatéralement suspendre cette entente», précise-t-il, en citant un article de ce document.

Cette suspension réglerait plusieurs problèmes». Les gens pensent qu’on [le Bloc québécois] veut fermer le chemin Roxham parce qu’on ne veut pas voir rentrer trop de personnes, mais ce n’est pas ça du tout», spécifie l’élu, en évoquant la sécurité» de ces migrants.

Ils n’auront plus peur. Là, des passeurs les font passer par d’autres chemins et ils le font au péril de leur vie. [Avec une suspension de l’Entente] ils arriveraient de manière sécuritaire au poste frontalier pour faire leur demande d’asile.»

Avec Radio-Canada par Romain Schué