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Congo-Musique: Clément Ossinondé en séjour à Brazzaville

juillet 26, 2021

Depuis début juillet, c’est de Brazzaville que Clément Ossinonde publie ses chroniques sur la musique congolaise. En tant que membre du comité scientifique national du Congo, il participe aux travaux de l’inscription de la rumba sur la liste du patrimoine culturel de l’humanité de l’Unesco.

Clément Ossinonde et Marie Coco Demba, membre de l'UMC

Photo : Clément Ossinonde et Marie Coco Demba, membre de l’UMC

Aux côtés de ses pairs, Honoré Mobonda, Ghislain Amédée Moussoungou, Jean Omer Ntady, Charles Bouetoumoussa-Bouetoum-Kiyindou, Romain Pindou et du Pr Joachim Ngomathéthé, pour ne citer que ces membres, Clément Ossinonde met à profit ses connaissances dans le domaine musical. Il participe également à la réflexion de la relance des activités de l’orchestre les Bantous de la Capitale.

Par la fréquence soutenue de ses chroniques sur les réseaux sociaux, Clément Ossinonde se trouve, pour ses « suiveurs », toujours à Lyon. Pourtant, c’est de Brazzaville qu’il les distille depuis le début du mois de juillet.

Un peu comme le journaliste destiné à raviver la mémoire des mélomanes, avec une précision dans le temps et l’espace, il porte un éclairage, tantôt sur les chansons qui ont fait le Congo et demeurent tant savoureuses que ludiques à travers les générations, tantôt sur leurs auteurs mythiques, et évoque en même temps le rôle pionnier des maisons d’éditions.

À chaque description, il illustre son récit par une photo et une bande sonore. C’est un passionné portant une pédagogie preuve à l’appui.

« Une volonté de garder la mémoire musicale pour mieux la connaître et assurer la survie de la musique des deux Congo« , pourrait résumer ce travail de mémoire sans répit.

Extrait de la chronique sur l’orchestre les Bantous de la Capitale :

(Nouvelle appellation de l’orchestre Bantous, adoptée en 1962 à Bruxelles)

1962 – L’ orchestre Bantous fait sa première tournée outre-atlantique. Il est d’ailleurs le premier orchestre congolais de Brazzaville à se rendre en Europe, précisément à Bruxelles et à Paris.

Une tournée fructueuse car 50 disques CD, soit 100 chansons, vont être enregistrés dans un temps record sous la marque CEFA. Mais au terme de l’enregistrement de 99 chansons, une va manquer pour parvenir à réunir 100 chansons. C’est à ce moment que Célestin Kouka va entonner « Orchestre Bantous de la capitale  » et le coup était joué.

Ce titre « Orchestre Bantous de la capitale » sera plébiscité comme celui qui devait donner au groupe un attribut. Célestin Kouka peut donc se révéler légitimement en étant l’auteur.

Tel est le devoir de mémoire poursuivi régulièrement par Clément Ossinonde.

Avec Adiac-Congo par Marie Alfred Ngoma

RDC : Ferré Gola, force tranquille de la rumba

mars 6, 2021
Le chanteur congolais Ferré Gola à Paris, pour la promotion de son nouvel album, en février 2021.

Après un single symphonique, le « Padre » prévoit la sortie de deux albums à la fin du mois de mars. Évitant soigneusement les polémiques, il poursuit son ascension, et continue de moderniser la rumba.

On n’y croyait plus. Le premier rendez-vous, en janvier, avait été annulé en raison du tournage inopiné d’un clip en Guadeloupe. Le deuxième avait été maintes fois repoussé. Et lorsqu’on pensait que tout était finalement calé (suite à l’échange d’une trentaine de mails avec son attachée de presse), un coup de fil, une heure avant l’entretien, douchait nos espoirs­ : « Désolé, il doit partir en studio pour un enregistrement… » Quelques pourparlers plus tard, Ferré Gola pointait son nez… surmonté d’une paire de lunettes en édition limitée.

Agenda de ministre, ton mesuré de diplomate et bling-bling d’une éminence de la sape. Le « Prés » (pour « président »), comme son équipe le surnomme, cumule les signes extérieurs de distinction. « L’image est fondamentale aujourd’hui. Si tu veux que les gens téléchargent, il faut avoir une bonne image », lâche-t-il tandis que la maquilleuse, qu’il a dépêchée pour l’occasion, poudre ses pommettes.

CHEZ NOUS, QUAND TU ES NOUVEAU, LES MUSICIENS TE TAPENT, C’EST COMME ÇA. ALORS OUI, ON ME TAPAIT

Dans l’organigramme compliqué des groupes congolais, qui n’a rien à envier à celui des multinationales, il est à présent tout en haut… après avoir été tout en bas, le petit qu’on malmenait à ses début dans le Wege Musica Maison Mère. « Chez nous, quand tu es nouveau, que tu n’es pas à l’aise ou que tu ne suis pas le rythme, les musiciens te tapent, c’est comme ça. Alors oui, on me tapait », reconnaît-il dans un demi-sourire.

Entre Kinshasa, Paris et Bruxelles

Mais ce temps est lointain. Rumba des jeunes (son groupe du quartier Bandal Nord, quand il était adolescent), Wenge Musica, Les Marquis de Maison Mère, Quartier Latin, puis carrière en solo à partir de 2007… Ferré (surnom donné en référence au styliste italien Gianfranco Ferré) a fait bien du chemin depuis ses débuts. À 45 ans, le voilà à la tête d’une organisation internationale pléthorique. « Il y a 56 personnes qui dépendent de moi, reconnaît-il. Des musiciens, des danseurs, mon staff entre Kinshasa, Paris et Bruxelles. »

Chanteur insatiable, auteur, compositeur et producteur, celui qu’on a baptisé « Chair de Poule », cumule les casquettes. « Et j’aimerais bien créer aussi ma marque de vêtements », ajoute-t-il tandis que l’on admire, intrigué, sa bague maousse en forme de crâne incrustée de diamants (« des vrais », précise-t-il). « Créer une marque, comme l’a fait Fally Ipupa ? », demande-t-on. En guise de réponse, l’artiste dégaine un sourire de sphinx.

Jamais il ne prononcera le nom de ses principaux rivaux, Fally et Koffi Olomidé, qui se disputent le titre de roi de la rumba depuis la disparition brutale de Papa Wemba. Quant aux éléments les plus prometteurs de la nouvelle génération, il citera Rebo Tchulo (une artiste de son écurie qui a « une belle voix, un beau physique ») et Innoss’B… Mais il faudra lourdement insister pour qu’il cite nommément des artistes.

AU CONGO, QUAND TU COMMENCES À MONTER, TOUTE LE MONDE A LES YEUX SUR TOI ET VEUT TE COMBATTRE

« Je ne dis plus de noms, assume-t-il. Je reste dans mon coin pour éviter les polémiques. Et je reste indifférent, même si on me provoque tout le temps. Au Congo, quand tu commences à monter, tout le monde a les yeux sur toi et veut te combattre… Et les polémiques sont souvent attisées par les fans. » Des fans, le Padre en a… « Gaulois », « Gladiators », les groupes Facebook mettent souvent de l’huile sur le feu dans les clashs réels ou imaginaires entre artistes de cette gigantesque arène qu’est la scène musicale congolaise.

Au-dessus de la mêlée

Mais l’admirateur de Franco veut voir plus loin, au-dessus de la mêlée, et se focaliser sur son art. Pour son quatrième album, QQJD (Qu’est-ce que j’avais dit), sorti en 2017, il avait visé haut : trois galettes (Blue, Red, Gold) contenant chacune 11 titres et mixant savamment la rumba à diverses influences, du RnB en passant par le ndombolo et le soukous.

Un tour de force… même si les artistes, congolais notamment, ont fini par nous habituer à des productions fleuves. Maître Gim’s, par exemple, avait sorti pas moins d’une soixantaine de titres pour son projet Ceinture noire et ses rééditions, entre 2018 et 2019.

EN SUIVANT L’EXEMPLE DE PAVAROTTI J’AI VOULU DÉVELOPPER UNE AUTRE DIMENSION DE MON ART

Pour ne pas se laisser distancer par ses rivaux, le Padre devait revenir sur un nouvel exploit. Son single  Regarde-moi, dans une formule inédite (piano-voix secondé par un orchestre symphonique), a mis tout le monde d’accord. « Pour moi ce virage lyrique était un nouveau challenge, en suivant l’exemple de Pavarotti j’ai voulu développer une autre dimension de mon art », lâche l’autodidacte que rien, décidément, ne semble effrayer.

Mais les fans attendent surtout la sortie, fin mars, des nouveaux albums studios. Car il y aura cette fois deux disques. Le premier, Dynastie, sera complètement tourné vers la rumba congolaise, avec des invités issus de sa première formation, Wenge Musica. Le second, aux sonorités plus urbaines, baptisé Harmonie, devrait permettre de conquérir de nouveaux fans à l’international.

La formule, adoptée par Fally, avec le carton Tokooos invitait Wizkid, Booba ou encore R. Kelly pour aider sa voix à traverser les frontières. Ferré Gola, lui, reste mystérieux sur ses invités… mais on sait que des pourparlers ont été entamés avec Maître Gim’s, et que le Congolais apprécie la musique de Naza.

Éducateur de masse

En attendant, le Padre va continuer à profiter d’un quotidien qu’il décrit comme très sage : « Je fais ma vie dans le quartier de Bastille, à Paris, quand je ne suis pas à Kin… je mange à la maison… » De l’extérieur, pourtant, on a le sentiment qu’il est sur tous les fronts. Le Padre est un père, d’un nombre d’enfants qu’il ne nous donnera pas, mais qui semble conséquent… attaché à leur éducation à l’école française.

Le chanteur congolais Ferré Gola à Paris en février 2021, pour la promotion de son nouvel album

C’est aussi un « éducateur de masse », comme il aime à se définir, qui fut l’un des premiers à sortir un clip rappelant les bons gestes pour contrer le Covid, l’année dernière. Et un médiateur inter-cultures, qui a tenu à tourner ses deux derniers clips en Guadeloupe, en janvier, pour poursuivre le dialogue entre la musique congolaise et antillaise.

Mais les membres de son staff le décrivent surtout comme un bosseur infatigable, un « talent inné », « extrêmement discipliné », qui ne cesse jamais de créer, comme s’il était en permanence « traversé par la musique. » Une vidéo Youtube assez surprenante le montre d’ailleurs en pleine improvisation vocale, à peine levé et un mug à la main, avant une séance de travail en Guadeloupe.

Malgré la pandémie qui l’a amené à renoncer à de nombreuses dates, il a joué les 12 et 13 février au Palais de la culture et à l’Hôtel Ivoire d’Abidjan. Et surtout, il travaille à la reformation de Wenge Musica Maison Mère. Plusieurs nouveaux titres sont, assure-t-il, d’ailleurs déjà enregistrés. Un événement que les fans attendaient depuis longtemps… Le Prés’ devrait continuer longtemps à rallier les suffrages.

Un gêneur nommé Covid

« Le Covid a tout compliqué… regrette Ferré Gola. Aujourd’hui, je ne joue quasiment plus. Je vis sur mes économies. Bien sûr, j’ai fait quelques dates et des lives à la maison, mais ce n’est plus pareil. » Le virus, le chanteur est bien placé pour en parler. Après avoir été l’un des premiers à mettre en ligne un single pour faire de la pédagogie sur les gestes barrières, il a attrapé la maladie lors d’un concert, fin 2020.

« J’ai pris des médicaments traditionnels de chez nous, du gingembre, du thé Mondongo (NDLR : à partir d’une plante plus connue sous le nom de maniguette)… ça a duré deux semaines. » Il espère qu’une éclaircie permettra de planifier plus de dates pour 2021, avec notamment, et c’est un scoop, un grand concert prévu pour décembre au Casino de Paris.

Avec Jeune Afrique par Léo Pajon

Fally Ipupa, le prince congolais de la rumba mondialisée

février 9, 2016

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Fally Ipupa au Festival des musiques urbaines d’Anoumabo près d’Abidjan, le 26 avril 2015. Crédits : SIA KAMBOU / AFP
On le surnomme Dicap la Merveille, El Maravilloso, El Magnifico et on en passe. La marque des grands de la scène musicale congolaise. Autant de « galons » pour ce général 5 étoiles de la rumba gagnés sur ce champ de bataille de Kinshasa où la concurrence entre artistes est aussi impitoyable qu’aux Etats-Unis, où les groupes apparaissent et prennent fin aussi vite qu’une pluie tropicale.

Fally Ipupa va fêter cette année ses dix ans de carrière solo et celui qui fait partie du club très privé des stars du continent s’est donné pour objectif d’être la première vedette de son pays à conquérir le marché mondial. « J’ai fait le tour de l’Afrique, je n’ai plus rien à y prouver, affirme-t-il. Je veux aller de l’autre côté, donner du plaisir aux publics asiatiques, européens ou américains. »

Rumba survitaminée

Le jeune homme introverti né à Bandal, le quartier des musiciens de la capitale, après des débuts timides dans une myriade de formations, s’est mué en beau gosse ambitieux au fil des ans. En 1999, son transfert, à l’âge de 22 ans, dans le groupe Quartier Latin, la célébrissime formation du non moins célébrissime Koffi Olomidé, fit déjà couler beaucoup d’encre.

Le temps d’affiner son talent exceptionnel de chanteur et en 2006, il se lance dans une carrière solo avec son premier album Droit chemin ; du ndombolo (cette rumba survitaminée qui branche les jeunes) aux accents neufs et un succès énorme : plus d’un million d’exemplaires, pirates ou non, écoulés sur le continent et dans la diaspora (dont un disque d’or en France). Deux autres opus, Arsenal de belles mélodies (2009) et Power-Kosa Leka (2013) l’imposeront définitivement.

« La musique congolaise a été l’histoire d’un véritable gâchis, lâche Fally Ipupa. Mes aînés, les Tabu Ley, Kanda Bongo Man, Werrason et autres JB Mpiana n’ont jamais voulu s’exporter hors du continent puisqu’ils y gagnaient énormément d’argent. » A quelques nuances près toutefois : Franco avait esquissé le grand saut vers le marché mondial avant de mourir en 1989. Papa Wemba avait, lui aussi, tenté une approche avec trois albums (Le Voyageur, Emotion et Molokaï) réalisés sous la houlette de la rock-star tiers-mondiste, Peter Gabriel, entre 1992 et 1998 ; et puis il y eut la chance exceptionnelle offerte à Koffi Olomidé quand les feux de l’actualité française et européenne se braquèrent sur son concert (une première pour une star africaine !) en 2000 dans la salle parisienne de Bercy archi-comble, une chance qu’il ne sut ou ne voulut pas saisir.

Mais pourquoi les rumberos d’antan auraient-ils eu à se soucier du marché occidental, eux qui régnaient alors en maîtres absolus sur les hit-parades de Dakar à Johannesburg, eux qui, accueillis tels des chefs d’Etat, remplissaient des stades et passaient (en option) par la case palais présidentiel toucher des bonus sonnants et trébuchants ? Il est loin, ce temps, semble dire Dicap la Merveille, 39 printemps au compteur. Papa Wemba a maintenant 66 ans, Koffi 60, Werrason 51. Une nouvelle génération a pris le pouvoir. Une génération qui a connu la mondialisation dès le plus jeune âge et pour qui surfer sur Internet est aussi naturel que taper dans un ballon de foot et résider à Paris aussi simple que vivre au pays, entouré des siens et immergé dans les traditions.

Les réseaux sociaux pour entretenir le buzz

« Dès l’âge de 17 ans, je fréquentais les kiosques de rue dans Kin pour jouer sur Nintendo, se rappelle Fally. Mais j’ai vraiment commencé à me servir de l’ordinateur en 2004 quand j’ai gagné un peu d’argent. » A l’instar d’un artiste français ou britannique, il se met à l’heure numérique, s’appuie sur les réseaux sociaux comme un élément majeur de sa stratégie pour entretenir le buzz, « même si le Web est encore un luxe pour nous ». « J’ai ouvert un blog en 2006 à l’occasion de la sortie de Droit chemin. Je dispose d’une page Facebook depuis 2007. Quant à mon compte Instagram, il est le plus visité de la RD Congo, avec plus de 3 000 visites par jour ! », s’exclame-t-il fièrement.

Nouveau pas en avant en avril 2013 : il signe un contrat portant sur trois albums avec la multinationale AZ/Capitol/Universal. Et depuis la mi-2015, il travaille sur son prochain CD en studio à Paris, en quête de la pierre philosophale qui lui ouvrirait les portes de la gloire mondiale. Et plus question de centaines de fans se faufilant dans les couloirs de ces « temples du son », à quêter des miettes de chansons ou un mot de la vedette comme c’est la coutume lorsqu’un un Koffi ou un JB Mpiana grave un nouveau disque, mais juste le staff nécessaire… le travail à l’occidentale autrement dit !

« Je veux qu’on écoute de la musique africaine car j’ai cette culture dans le sang, mais modulée pour les oreilles du monde entier », confie-t-il. Et très logiquement, Fally a réuni les ingrédients nécessaires à cette conquête internationale : un producteur, Skalpovitch (alias Skalp), qui s’est imposé dans le show-biz français comme un hit-maker (Magic System, Indila, Black M, Kendji Girac…), des textes en lingala, anglais et français, une musique entre european dance, rumba et ndombolo. Et surtout un nombre substantiel de featurings, ces produits d’appel indispensables à la réussite d’un album en 2016 : Black M, R.Kelly, la star de la soul-love américaine, et bien d’autres encore. On raconte même que Stromae, M. « Papaoutai », grand admirateur de l’idole kinoise, serait de la partie ! « Il peut conquérir les charts français, européens, voire au-delà, estime Skalp, j’y crois. »

Lemonde.fr par Jean-Michel Denis (contributeur Le Monde Afrique)