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Ukraine : Zelensky dans la ville de Kherson reprise aux Russes

novembre 14, 2022
Le président Zelensky est entouré de gardes de sécurité.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est adressé lundi aux médias à Kherson. Photo: AP/Bernat Armangue

Agence France-Presse

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est rendu lundi à Kherson, une ville d’importance majeure dans le sud de l’Ukraine reprise vendredi à l’armée russe à « un prix élevé » après des semaines de combats.

Le Kremlin a de son côté continué d’affirmer que la ville ukrainienne, officiellement annexée en septembre au même titre que la région éponyme, appartenait à la Russie bien que ses troupes aient dû l’abandonner.

Il est impossible de tuer l’Ukraine, a lancé Volodymyr Zelensky lors d’une visite surprise à Kherson, libérée il y a trois jours par l’armée ukrainienne.

Le prix de cette guerre est élevé, a-t-il appuyé, cité par la présidence. Nous allons pas à pas dans tous les territoires temporairement occupés de notre pays. […] C’est un chemin long et difficile, a-t-il reconnu.

C’est important d’être ici […] pour que les gens sentent que ce ne sont pas que des paroles et des promesses, mais qu’on revient vraiment et qu’on brandit vraiment notre drapeau, a souligné le dirigeant ukrainien dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux.

Des habitants se rassemblent lors d'une visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky à Kherson, dans le sud de l'Ukraine, le lundi 14 novembre 2022.

Des habitants se rassemblent lors d’une visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky à Kherson, dans le sud de l’Ukraine, le lundi 14 novembre 2022. Photo : AP/Bernat Armangue

Main sur le cœur, comme les autres responsables civils et militaires présents, il a chanté l’hymne national au moment de la montée du drapeau ukrainien devant le bâtiment de l’administration régionale dans le centre de Kherson.

Selon des photos publiées sur Telegram, le dirigeant ukrainien s’est également promené en tenue militaire dans les rues de la ville, entouré de gardes du corps lourdement armés, sans toutefois porter lui-même de casque ni de gilet pare-balles.

De nombreux habitants, certains drapés dans les couleurs ukrainiennes, étaient massés sur son passage.

Gloire à l’Ukraine!, lui ont crié des habitants depuis le balcon d’un immeuble. Gloire aux héros! ont répondu conformément à la tradition le chef de l’État et ceux qui l’accompagnaient, selon une vidéo abondamment relayée sur les réseaux sociaux.

Une femme dans les bras d'un soldat avec un bouquet de fleurs.

Valentyna Buhaiova, résidente de Kherson, enlace un soldat après que l’armée ukrainienne a repris le contrôle de la ville, annexée par la Russie en septembre. Photo: Reuters/Valentyn Ogirenko

Les forces russes ont été contraintes de se retirer la semaine dernière de Kherson après huit mois d’occupation, laissant le champ libre aux soldats ukrainiens pour entrer vendredi dans la ville.

Interrogé sur ce déplacement du président ukrainien à Kherson, le Kremlin a de son côté continué d’affirmer que la ville appartenait à la Russie.

Nous ne commenterons pas, vous savez bien que c’est le territoire de la Fédération de Russie, a déclaré à la presse le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

Kherson avait été la première grande ville et le seul centre régional à tomber après l’invasion russe déclenchée fin février. Le retrait forcé des troupes de Moscou face à la pression de la contre-offensive ukrainienne a constitué un camouflet pour le président russe Vladimir Poutine qui a ordonné la mobilisation de 300 000 réservistes en septembre.

Les mois à venir seront difficiles pour l’Ukraine, a toutefois averti le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg lundi.

Nous ne devons pas commettre l’erreur de sous-estimer la Russie, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à La Haye, estimant que l’objectif de Poutine est de laisser l’Ukraine froide et sombre cet hiver.

L’armée russe, en difficulté sur le terrain, a mené ces dernières semaines plusieurs vagues de frappes massives de missiles et drones kamikazes sur les infrastructures civiles ukrainiennes, notamment sur les réseaux énergétiques.

Elle a affirmé lundi avoir conquis une localité de l’est de l’Ukraine, Pavlivka, un rare succès revendiqué par Moscou après des semaines de revers et de retraites.

Dans son allocution quotidienne, Volodymyr Zelensky a, lui, accusé dimanche soir les forces russes d’avoir commis des atrocités à Kherson comme dans les autres régions libérées précédemment.

Actes de résistance

Selon lui, 400 crimes de guerre  russes ont été documentés à ce stade, sans préciser s’ils concernaient uniquement la région de Kherson. La Russie n’a pas pour l’instant réagi à ces affirmations.

Interrogés par l’AFP, des habitants de Kherson ont raconté les mois d’occupation russe et pour certains, leurs actes de résistance pour aider la contre-offensive ukrainienne.

Volodymyr Timor, un jeune de 19 ans, dit avoir noté avec ses amis durant des mois les mouvements des soldats russes dans la ville pour informer l’armée ukrainienne.

On signalait tout : où se trouvaient leurs équipements et leurs lieux de stockage de munitions, où ils dormaient, où ils allaient boire des coups, a expliqué à l’AFP ce jeune homme qui voulait devenir musicien avant la guerre.

Dans la région de Lougansk (Est) où se poursuivent des combats violents contre les forces russes, l’armée ukrainienne a repris le village de Makiivka, à 50 km au nord-est de la ville stratégique de Severodonetsk, contrôlée par les Russes, a affirmé lundi la présidence ukrainienne dans son bulletin quotidien.

Un étudiant zambien de 23 ans, qui purgeait une lourde peine de prison en Russie, a par ailleurs été tué le 22 septembre au combat en Ukraine, a annoncé le gouvernement zambien.

Avec Radio-Canada

L’armée ukrainienne entre dans Kherson après avoir forcé les Russes à se retirer

novembre 11, 2022
L'armee ukrainienne entre dans Kherson apres avoir force les Russes a se retirer
L’armée ukrainienne entre dans Kherson après avoir forcé les Russes à se retirer© AFP/BULENT KILIC

L’armée ukrainienne a annoncé vendredi être entrée dans Kherson (sud) après le retrait forcé des militaires russes, qui constitue un nouveau revers cinglant pour Moscou après bientôt neuf mois d’invasion en Ukraine.

« Kherson revient sous le contrôle de l’Ukraine, des unités des forces armées ukrainiennes entrent dans la ville », a indiqué sur Facebook le ministère ukrainien de la Défense, appelant les militaires russes restés sur place à « se rendre immédiatement ».

Le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba, s’est félicité d’une « victoire importante ». « Kherson c’est l’Ukraine ! », s’est enthousiasmé le maire de Kiev, Vitali Klitschko, alors que la ville du sud du pays était occupée depuis la mi-mars.

Ce repli est le troisième d’ampleur depuis le début de l’invasion le 24 février, la Russie ayant dû renoncer au printemps à prendre Kiev, avant de devoir abandonner la quasi-totalité de la région de Kharkiv (nord-est) sous la pression de l’armée ukrainienne en septembre.

M. Kouleba a diffusé sur son compte une vidéo montrant, selon lui, des résidents de la localité de Bilozerka, à quelques kilomètres de la ville de Kherson, en train d’arracher une gigantesque affiche proclamant « La Russie est là pour toujours ».

A Kiev, Sergueï, 26 ans et employé du secteur informatique, dit à l’AFP avoir eu « des larmes » de joie à l’annonce de l’entrée des troupes ukrainiennes dans Kherson.

« C’est un coup dur pour Poutine », estime pour sa part Isak Danilotvich, un mathématicien rencontré par l’AFP dans la capitale. « Ils ont été forcés de partir, c’est clair pour tout le monde », ajoute-t-il, célébrant cette « victoire ».

Plus tôt vendredi, le ministère russe de la Défense avait annoncé avoir achevé à 05H00 de Moscou (02H00 GMT) « le redéploiement » de ses unités de la rive droite (occidentale) du fleuve Dniepr, où se trouve Kherson, vers la rive gauche, assurant n’avoir subi aucune perte, ni abandonné de matériel militaire.

Selon lui, « plus de 30.000 » soldats russes et « près de 5.000 unités d’armements et de véhicules militaires ont été retirés » de la rive occidentale du Dniepr.

Ce repli a toutefois tout du camouflet, Vladimir Poutine ayant revendiqué fin septembre l’annexion de quatre régions ukrainiennes, dont celle de Kherson.

En dépit de cette retraite, la zone reste « un sujet de la Fédération de Russie », a affirmé vendredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

« Il ne peut y avoir aucun changement », a-t-il ajouté dans le premier commentaire de la présidence russe sur ce repli.

Pont détruit

Le camouflet est d’autant plus fort que Vladimir Poutine avait ordonné le 21 septembre la mobilisation de quelque 300.000 réservistes pour consolider justement les lignes russes en difficulté.

L’agence de presse d’Etat Ria Novosti a diffusé des images filmées de nuit de véhicules militaires russes quittant Kherson, indiquant qu’ils empruntaient le pont Antonivsky enjambant le fleuve Dniepr.

Plusieurs correspondants russes ont indiqué ensuite, images à l’appui, qu’une partie du viaduc avait été dynamitée pour entraver la progression des troupes ukrainiennes.

L’Ukraine avait pilonné des semaines durant ce pont avec son artillerie, sans pouvoir pour autant le détruire, pour couper les lignes d’approvisionnements russes et forcer Moscou au repli.

L’Ukraine avait revendiqué jeudi une douzaine de localités reprises dans la région, mais ses dirigeants, Volodymyr Zelensky en tête, s’étaient montrés ces deux derniers jours très prudents quant au repli russe, craignant une feinte.

« Réponse cynique »

La Russie a en outre continué de mener des frappes à travers l’Ukraine, dont une partie de l’infrastructure énergétique a été détruite ces dernières semaines, ce qui a entraîné des coupures d’électricité dans une large partie du pays, notamment à Kiev, la capitale.

Une frappe a encore visé dans la nuit de jeudi à vendredi Mykolaïv, cité du sud ukrainien à une centaine de kilomètres de Kherson.

Un immeuble d’habitation de cinq étages y a été entièrement détruit par une frappe qui a fait au moins sept morts, selon le chef de l’administration régionale, Vitaliï Kim. Il a dénoncé sur Telegram « une réponse cynique de l’Etat terroriste (russe) à nos succès sur le front ».

Une journaliste de l’AFP sur place a pu voir un immeuble éventré et les secours avancer dans les décombres. Une pelleteuse déblayait les décombres.

Sur le front de l’est, les combats continuent aussi de faire rage, en particulier à Bakhmout, une ville que Moscou tente de conquérir depuis l’été et le principal champ de bataille où l’armée russe, appuyée par les hommes du groupe paramilitaire Wagner, reste à l’offensive.

Par Le Point avec AFP

La peur, la mort, la fuite… La mobilisation racontée par des Russes

octobre 19, 2022

Si Vladimir Poutine a annoncé que la mobilisation controversée tirait à sa fin, la peur et la méfiance se sont installées en Russie, au terme de 8 mois de guerre.

Un couple s'embrasse.

Une femme embrasse son mari qui vient d’être recruté à Omsk, en Russie. Photo : Reuters/Alexey Malgavko

Nos conversations sont courtes et simples, mais elles vont droit au but.

-Comment ça va en Russie?

-Normal…

-Vous avez peur?

-Oui.

-De quoi?

J’attends impatiemment la suite, mais elle n’arrive pas. Je regarde les trois petits points sur mon écran de téléphone qui indique qu’Andrei (nom fictif) avec qui je cause m’écrit encore, mais ça lui prend du temps pour formuler la réponse.

Quand elle apparaît enfin quelques minutes plus tard, ses mots me glacent le sang.

Mon ami s’est tué cette semaine pour ne pas aller à la guerre.

Il n’avait que 24 ans.

Un jeune homme qui vivait à Moscou. Il a mis fin à ses jours après avoir reçu sa convocation, m’écrit froidement Andrei. Cette convocation militaire l’aurait obligé à aller au front et à se battre contre les Ukrainiens.

Il y a des hommes russes qui se cassent une jambe ou un bras pour éviter d’être conscrits. D’autres se cachent et s’enfuient, mais ce jeune de 24 ans a choisi d’en finir pour de bon.

Pourquoi souffrir? Il savait comment ça finirait pour lui, ajoute Andrei, qui m’assure que son ami ne souffrait pas de dépression au préalable.

Il m’avoue pour la première fois (depuis que la guerre a commencé) que c’est la panique à Moscou, et ce, même si Vladimir Poutine assure que la mobilisation tire à sa fin et même si le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, a renchéri cette semaine en assurant que plus un seul Moscovite ne sera conscrit.

Les Russes se doutent bien que cette mobilisation partielle n’est peut-être que le début d’une mobilisation plus vaste, sinon générale, et bien sûr Andrei, qui est plus vieux, a peur d’être le prochain.

Il est pourtant un vrai patriote avec qui j’ai souvent discuté de la Russie. Ce pays qu’il a toujours défendu avec passion se retourne contre lui, c’est du moins ce qu’il laisse entendre dans ses missives ces jours-ci.

-Pourquoi tu ne pars pas?

-Pour aller où? Et à quoi bon, tout le monde est contre nous.

Il ne veut même plus parler de Vladimir Poutine, qui était dans un passé pas si lointain toujours au cœur de nos échanges.

Ce n’est plus important, si je soutiens Poutine ou pas. On est tous dans le même bateau qui coule. Les sanctions ne sont plus contre lui, mais contre moi et mon fils. Si les bombes tombent, ce sera sur moi et mon fils aussi.

Il tient ce discours fataliste que j’ai souvent entendu en Russie. Ce qui doit arriver arrivera. Comme si être Russe était une sorte de condamnation.

Comme des millions de ses compatriotes, Andreï goûte finalement à cette guerre qui, depuis des mois, leur apparaissait si loin, et pour certains même nécessaire, comme le prétend le Kremlin.

Mais cette opération spéciale, comme on la leur a vendue, a fini par les rattraper et les arrache désormais de leur confort et de leur sécurité.

Des réservistes survolés par un drone.

Des réservistes récemment mobilisés s’entraînent à Volgograd, en Russie. Photo : Reuters/Kirill Braga

Depuis l’annonce de la mobilisation partielle en septembre, des centaines de milliers d’hommes ont quitté la Russie pour trouver refuge dans les pays comme la Géorgie, l’Arménie, la Mongolie et le Kazakhstan.

Plusieurs hommes à qui nous avons parlé ont quitté leur famille, leurs enfants, et ont pris tout ce qu’ils avaient comme économies pour s’installer à l’étranger.

Une autre amie, Valeria (nom fictif), qui est encore en Russie avec son mari et ses enfants, m’écrivait pas plus tard que cette semaine : Elle est vraie cette guerre, on le comprend.

La dernière fois que j’ai vu Valeria en personne, c’était quelques semaines avant l’invasion au mois de février, alors que les troupes russes se massaient à la frontière de l’Ukraine.

Comme beaucoup d’autres, elle n’y croyait pas vraiment, à la possibilité d’une guerre. Même quand les bombes ont commencé à pleuvoir sur l’Ukraine, elle doutait de l’étendue des dégâts. On ne sait pas vraiment ce qui se passe, me disait-elle, toujours craintive de critiquer le régime, surtout devant une journaliste étrangère. Elle s’en tenait à des généralités pour exprimer son désarroi.

Aujourd’hui, elle m’écrit que la guerre est vraie et douloureuse, parce qu’elle risque de lui prendre son mari, et le père de ses enfants.

Il préfère aller en prison que d’aller à la guerre, il nous a prévenus, m’écrit-elle.

Elle m’explique qu’il limite ses déplacements en ville de peur d’être arrêté à la sortie de la maison ou devant une bouche de métro par les recruteurs de l’armée.

Un panneau de nuit dans la ville.

Un nouveau panneau publicitaire fait la promotion de l’armée à Moscou. Photo : Reuters/Evegenia Novozhenina

L’armée mandate désormais des hommes et des femmes à l’échelle du pays qui vont de porte en porte pour livrer les avis de convocation en personne aux futurs combattants.

Parfois, ce sont des enseignants ou des policiers locaux qui distribuent les avis, m’explique une amie journaliste russe qui prépare un documentaire sur la guerre telle que la vit son peuple. Dans le déni ou dans la peur.

Sur 20 appartements, il n’y en a qu’un seul où quelqu’un répond à la porte, me dit-elle, les hommes se cachent.

Elle vit en banlieue de Moscou et passe aussi des heures à filmer devant les bureaux de recrutement du ministère de la Défense. Les réservistes qui s’y présentent, papiers en main, n’ont souvent aucune espèce d’idée de la mission qu’on leur confie de force, ne serait-ce qu’ils s’en vont remplir les rangs d’une armée de terre qui est en déroute.

Devant un bureau de l’armée à Strogino, un jeune venu s’enrôler lui a dit qu’il a répondu à l’appel parce qu’il est endetté et qu’on lui a promis un congé sur les paiements de ses prêts bancaires.

Des personnes devant un bureau de recrutement.

Des hommes récemment mobilisés quittent leur famille à Moscou. Le maire a annoncé que la mobilisation est terminée pour le moment dans la capitale. Photo : Reuters/Fournie à Reuters

Puis elle me raconte l’histoire de Vlad et Katia, un couple dans la vingtaine qu’elle vient de filmer, et qui a dépensé 100 000 roubles (environ 2000 $) pour équiper Vlad d’un sac de couchage et de l’équipement nécessaire pour survivre au combat.

Les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux montrent des recrues qui se plaignent des conditions dans lesquelles ils sont envoyés à la guerre, sans nourriture ni médicaments. Beaucoup affirment avoir de la fièvre après avoir passé des jours sous la pluie.

Katia a supplié Vlad de se cacher, mais raconte qu’il n’a pas pu échapper à la mobilisation. Il ne sait pas où on l’emmène et combien de temps il aura pour s’entraîner avant d’être officiellement déployé au front.

Katia pleure alors qu’elle s’apprête à lui dire au revoir.

Ils savent tous les deux que sur des milliers de conscrits déjà envoyés à la guerre, des dizaines sont déjà revenus en Russie dans des cercueils.

Vlad et ses nouveaux compagnons d’armes qui se préparent à monter dans un autobus bleu ont eu droit à un sermon sur l’importance de cette guerre pour vaincre les nazis en Ukraine ainsi que pour préserver les valeurs conservatrices.

Puis un prêtre les a aspergés d’eau bénite. Et ils sont partis.

Un prêtre porte une croix au front d'un homme.

Un prêtre bénit des réservistes à Bataysk, en Russie. Photo : Reuters/Sergey Pivarov

Si la promesse du maire de Moscou est tenue, ces bureaux de recrutement seront fermés sous peu dans la capitale, si ce n’est pas déjà le cas.

Mais dans le reste de la Russie, la mobilisation continue et le Kremlin confirme aujourd’hui que Vladimir Poutine n’en a pas encore décrété la fin.

Avec Radio-Canada

Tamara Alteresco

par Tamara Alteresco

Des Russes fuyant la mobilisation militaire bloqués par les délais d’immigration canadiens

octobre 1, 2022
Un égoportrait de Pavel Slinkov-Albul et de sa femme.

Pavel Slinkov-Albul et sa femme attendent le traitement de leur demande de visa d’études par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada depuis plus de six mois. Photo : Fournie par Pavel Slinkov-Albul

Les longs délais dans le traitement des demandes d’immigration au Canada font craindre le pire à certains Russes qui cherchent à fuir la mobilisation militaire dans leur pays. Pendant que les convocations se multiplient partout en Russie, des hommes dont le dossier est en traitement depuis parfois plus d’un an craignent d’être forcés d’aller combattre en Ukraine.

Pavel Slinkov-Albul se souvient très bien du jour où Vladimir Poutine a annoncé la mobilisation de centaines de milliers de réservistes russes. Le père de famille de 35 ans venait de partir en voyage d’affaires. Dès que son avion a atterri, les messages textes ont commencé à retentir sur l’écran de son téléphone.

Même s’il y avait déjà des rumeurs concernant la mobilisation, nous étions tous sous le choc, se rappelle-t-il.

Le 21 septembre, le président russe, Vladimir Poutine, a annoncé une mobilisation partielle visant 300 000 jeunes réservistes pour combattre en Ukraine. Selon le média indépendant russophone Meduza, les autorités russes envisagent plutôt de conscrire 1,2 million de personnes.

Depuis, des centaines de milliers de personnes ont fui vers des pays voisins, comme la Géorgie, l’Arménie ou encore le Kazakhstan. Contrairement à elles, Pavel Slinkov-Albul, lui, n’a pas les moyens de quitter son pays et son emploi.

Un groupe de jeunes hommes marchent sur une route en Géorgie.

Un jeune homme fuit la Russie pour la Géorgie. Photo : Radio-Canada/Dimitri Bitsuleiman

Depuis l’annonce de la mobilisation, il vit donc dans la crainte de recevoir une convocation de l’armée. Il n’est pas un réserviste et n’a pas d’expérience militaire, mais il soutient que personne n’est à l’abri. Les autorités russes ont d’ailleurs admis, cette semaine, que de nombreux hommes censés être exemptés ont été convoqués.

J’ai peur pour mon avenir. J’ai peur d’aller en prison et que l’État détruise ma vie, raconte l’homme, qui affirme être prêt à aller en prison pour éviter d’être envoyé en Ukraine.

Son seul espoir est l’obtention de son visa d’études canadien, qu’il attend depuis le début du mois de février. Il a communiqué avec le gouvernement canadien, mais ignore toujours quand le traitement de son dossier sera réglé.

« J’ai très peu d’espoir. »— Une citation de  Pavel Slinkov-Albul

Pas un cas isolé

L’avocat spécialisé en immigration Lev Abramovich, de Toronto, dit avoir été contacté par de nombreux Russes dans la situation de Pavel Slinkov-Albul depuis le début du conflit.

Certains de ses clients attendent depuis plus d’un an. C’est le cas de Mariia, une ingénieure qui vit à Moscou. Elle a soumis une demande de visa d’études pour faire son doctorat à l’Université McMaster, à Hamilton, en Ontario, en septembre 2021. Son conjoint, lui, espère obtenir un permis de travail pour l’accompagner.

C’est injuste parce que nous souffrons aussi en raison de cette situation. Nous ne voulons pas être des réfugiés. Nous voulons contribuer [à la société canadienne], mais nous ne pouvons pas le faire parce que notre dossier est en attente, déplore-t-elle.

La jeune femme assure que son conjoint et elle feront tout pour éviter l’armée.

J’étais très jeune à l’époque, mais j’ai vu les soldats revenir d’Afghanistan. Ces gens souffrent toute leur vie, dit Mariia, qui craint que son conjoint subisse le même sort.

Dans une déclaration par courriel, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) explique que bon nombre des perturbations engendrées par la pandémie de COVID‑19 ont été résolues, mais que l’agence est toujours aux prises avec de multiples défis.

Cela s’est traduit par une importante accumulation de demandes à traiter au cours des 18 premiers mois de la pandémie et par une augmentation des délais de traitement, affirme l’agent en communications d’IRCC Jeffrey MacDonald.

Il ajoute qu’IRCC doit répondre à un nombre record de demandes de visa de résidence temporaire. Par exemple, l’agence dit avoir traité près de 560 000 demandes initiales de permis d’études en 2021, ce qui représente une hausse de 31 % par rapport au record établi en 2019.

Selon Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, le traitement complet de la plupart des demandes de visa d’études pour les citoyens russes est de 13 semaines, contre 15 pour un visa de travail.

Un système archaïque

Lev Abramovich affirme quant à lui que les retards d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada datent d’avant la pandémie.

Il qualifie le fonctionnement de l’agence fédérale d’archaïque et soutient qu’elle doit être réformée et faire preuve de plus de transparence.

IRCC s’appuie sur des consulats pour faire le travail dont le niveau de compétence et la capacité opérationnelle varient, explique l’avocat, en ajoutant que les délais de traitement des dossiers varient d’un consulat à un autre.

Il souligne que les demandes de visa des citoyens russes sont pour leur part gérées au bureau de Varsovie, qui priorise actuellement les dossiers des réfugiés ukrainiens.

C’est tout à fait normal, mais les dossiers des citoyens russes devraient être transférés ailleurs.

Des gens pleurent ou s'essuient les yeux dans la ville de Volzhsky, dans la région de Volgograd, en Russie.

Des parents et des connaissances de réservistes russes pleurent le départ de leurs proches dans la ville de Volzhsky, dans la région de Volgograd, en Russie, à la suite de la mobilisation partielle ordonnée par Vladimir Poutine. Photo : Reuters/Stringer

« La situation est extrêmement urgente. »— Une citation de  Lev Abramovich, avocat spécialisé en immigration

Il ajoute que ceux qui ont trouvé refuge dans des pays voisins, comme la Turquie, l’Arménie ou encore la Géorgie, ont souvent des statuts temporaires qui les rendent vulnérables.

De la chair à canon

Réfugié en Géorgie avec sa femme et son fils depuis février, Anton Chernyshev a récemment appris que les autorités russes se sont déjà présentées à son ancienne adresse pour le conscrire.

Mais pour lui, qui a fait son service militaire obligatoire, retourner dans l’armée russe est impensable.

Il s’inquiète du sort des nouvelles recrues sur le champ de bataille et craint les sévices qu’elles pourraient subir aux mains de leurs frères d’armes.

Un égoportrait d'Anton Chernyshev devant la mer.

Anton Chernyshev a trouvé refuge en Géorgie avec sa famille. Il craint d’être contraint à aller se battre en Ukraine s’il retourne dans son pays. Photo : Radio-Canada/Fournie par Anton Chernyshev

« Ils vont être considérés comme de la viande fraîche, littéralement. »— Une citation de  Anton Chernyshev

Le père de famille fait référence à la dedovshchina, une forme de bizutage institutionnalisé extrêmement brutal, qui s’accompagne généralement de sévices physiques et psychologiques et dont sont souvent victimes les nouvelles recrues.

Lorsque les soldats qui se battent déjà là-bas vont les voir arriver, ils vont leur faire subir toute leur colère et les choses terribles dont ils ont été témoins, déplore le trentenaire.

L’armée ne s’est pas modernisée. Elle demeure très semblable à ce qu’elle était au temps de l’Union soviétique. [Les nouvelles recrues] vont être utilisées comme de la chair à canon. Je doute qu’elles reçoivent une quelconque formation militaire, surtout celles qui n’ont pas d’expérience, ajoute le journaliste russe Yevgeny Kiselyov.

Anton Chernyshev espère que sa demande de visa en tant que travailleur spécialisé sera acceptée par le Canada, mais il attend déjà depuis plus d’un an et demi.

J’ai réalisé que, dans mon pays, je ne suis pas vu comme une personne, mais comme une chose qu’on peut envoyer à la guerre pour assouvir les ambitions de quelqu’un, dit-il.

Radio-Canada par Andréane Williams

Quand l’Afrique réclame le droit au populisme

septembre 25, 2022

Aux yeux de nombreux pays africains, Chinois et Russes prennent l’ascendant sur les Occidentaux, preuve qu’il est possible de créer de la richesse sans liberté politique. Des modèles à suivre, selon ces pays, notamment pour s’affranchir de la relation avec la France…

Un manifestant et sa pancarte disant « Nous voulons la Russie », à Ouagadougou, Burkina Faso, le 19 février 2022. © Olympia de Maismont/AFP

La mort de Mikhaïl Gorbatchev est venue nous rappeler à quel point le monde et le rapport des forces ont changé ces trente dernières années. Cette figure politique qui a marqué la fin de l’Union soviétique divise plus que jamais.

Certains l’adulent pour avoir marqué une bascule historique, la fin de la guerre froide. D’autres, en Russie, lui reprochent d’avoir fait perdre sa grandeur au pays. Une puissance que cherche à restaurer l’ancien agent du KGB Vladimir Poutine, avec une offre politique qui semble figurer, vue d’Afrique, une alternative au modèle occidental.

Pèlerinage à Moscou

Que le continent cherche une alternative à l’Occident n’a rien de problématique en soi, à condition qu’il cultive sa propre vision et qu’il ait le courage d’admettre et surtout de soigner ses propres fragilités. Polariser l’attention sur l’autre, l’ancien colon européen maintenant en difficulté avec la Russie, mobilise tellement qu’il se trouve des Maliens pour aller en pèlerinage à Moscou ! Et des taxis dans les rues d’Abidjan pour afficher le portrait de Poutine, comme s’il s’agissait de prendre une revanche imaginaire sur l’ancien colonisateur…

De son côté, la France rend à l’Afrique des objets d’art pillés pendant la colonisation, monte une commission paritaire d’historiens – annoncée lors du voyage d’Emmanuel Macron en Algérie –, va certainement en monter d’autres ailleurs, comme si ces gestes pouvaient tenir lieu de reformatage d’une relation France-Afrique que chaque président français prétend « refonder », sans que les fondations ne bougent vraiment.

EST-CE EN EMPILANT LES IMPÉRIALISMES QUE L’AFRIQUE FRANCOPHONE VA S’EN SORTIR ?

La plupart des pays « partenaires », « traditionnels » comme « émergents », organisent sommets et quantité de forums, où les dirigeants africains se rendent la main tendue, offrant, pour certains, un spectacle désolant. Dans ces espaces où rien ne se passe, le Japon critique, comme lors de la dernière Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad), l’endettement des pays africains auprès de la Chine.

Autrement dit, les grands se parlent entre eux, par Africains interposés. Que faut-il en retenir ? Il est possible d’accéder à des financements auprès de bailleurs de fonds prêts à fermer les yeux sur la corruption. Ce sont finalement eux qui décident quoi faire de l’Afrique, alors que les Africains n’ont guère une nette conscience de quoi faire d’eux.

Revanche sur l’Occident

La perception dominante en Afrique francophone est celle-ci : des gens que nous avions cru vaincus, les Russes et les Chinois, sont en train de prendre leur revanche sur l’Occident, de renverser l’ordre établi et l’horizon quasi mystique et indépassable du néolibéralisme.

Leur expérience montre qu’il est possible de créer de la richesse sans liberté politique, dans un contexte d’autoritarisme décomplexé et assumé. Dans la volonté de sortir du face-à-face avec la France, certains sur le continent vont, les bras croisés, vers d’autres dominateurs : les Russes donnent des armes – ce qui permet certes de s’assurer de la conservation du pouvoir –, mais ne fournissent pas le mode d’emploi pour rouvrir les écoles et centres de santé fermés par les jihadistes.

En outre, ceux – les Russes et les Chinois – que nous prenons pour des nouveaux venus étaient déjà sur le continent dans les années 1970, au Mali, au Bénin (au temps de la dictature marxiste de Mathieu Kérékou) et même en Guinée-Conakry. Avons-nous gardé la mémoire de leurs agissements d’alors ? Les mêmes Russes n’avaient-ils pas offert généreusement des chasse-neige à la Guinée, qui s’était tournée vers eux, moins par conviction idéologique que pour rompre l’isolement diplomatique dans lequel elle se trouvait après son indépendance au forceps, en 1958 ?

Est-ce en empilant les impérialismes que l’Afrique francophone va s’en sortir ? Nous le savons, les « partenaires au développement » sont intéressés par les matières premières et par de nouveaux marchés d’écoulement de leurs produits. Que veut l’Europe en Algérie aujourd’hui ? Du gaz ! Et, comme par enchantement, il n’est plus question de considérer le président Abdelmadjid Tebboune comme un problème. Il est désormais absous.

Penchants autoritaires assumés

Une nouvelle idéologie de validation de l’autoritarisme se trouve en construction, sous des formes variées. Les idoles du moment s’appellent Paul Kagame, qui verrouille tout avec un argument sécuritaire et développementaliste, ou encore Patrice Talon, qui va devant le Medef, en France, pour assumer, chose impensable il y a dix ans, la privation de liberté d’expression au Bénin. En substance, il dit avoir privé les gens du droit de grève parce que, dans un pays, il faut travailler. C’est comme s’il disait : « Votre démocratie importée d’Occident n’a rien donné. C’est de la parlotte contre le développement. Maintenant taisez-vous, on fait du développement. » Il rend légitime, dans l’intérêt du néolibéralisme, la mise entre parenthèses de la liberté dans son pays et l’assume.

Les juntes militaires du Burkina Faso, de Guinée et du Mali critiquent l’ancien ordre affidé de la France, qui a exclu les jeunes et n’a pas non plus produit de développement. Prendre les armes, promettre une alternative sans en définir les contours et confisquer le pouvoir tient lieu de projet. Les coups d’État sont fêtés avec empressement dans la rue alors que certains de leurs auteurs, comme le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba au Burkina Faso ou le colonel Mamadi Doumbouya, sont des produits des anciens systèmes. Le premier, homme du sérail de Blaise Compaoré, essaie de le réintroduire dans le pays et tente même, de façon malhabile, de lui éviter les foudres de la justice.

Tout se passe comme si, depuis les élections de Donald Trump ou de Jair Bolsonaro, fascinés également par les styles de leadership du hongrois Viktor Orban et du président turc Recep Tayyip Erdogan, les Africains estimaient avoir désormais droit, eux aussi, au populisme.

Avec Jeune Afrique

Francis Akindès

Par Francis Akindès

Sociologue, professeur à l’université Alassane Ouattara, à Bouaké (Côte d’Ivoire)

Des milliers de Russes aux funérailles de Gorbatchev, mais pas Poutine

septembre 3, 2022
Des milliers de Russes aux funerailles de Gorbatchev, mais pas Poutine
Des milliers de Russes aux funérailles de Gorbatchev, mais pas Poutine© POOL/AFP/Alexander ZEMLIANICHENKO

Des milliers de Russes ont fait leurs adieux samedi au dernier dirigeant de l’Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev lors de funérailles sans éclat officiel, surtout marquées par l’absence du président Vladimir Poutine.

Mikhaïl Gorbatchev, mort mardi à 91 ans, a été enterré au cimetière de Novodievitchi à Moscou, au côté de son épouse Raïssa, décédée en 1999, pendant qu’un orchestre militaire jouait l’hymne national russe, a constaté l’AFP.

Plus tôt, la dépouille de cette figure politique majeure du XXe siècle avait été exposée dans la Maison des syndicats, un lieu emblématique de Moscou où les funérailles de plusieurs dirigeants de l’URSS ont été célébrées, notamment celles de Joseph Staline en 1953.

« Un grand homme politique s’en va, l’ère Gorbatchev se termine aujourd’hui », a déclaré Evgueni Matveïev, un fraiseur de 44 ans faisant partie des milliers de personnes venues dire adieu à l’ancien dirigeant.

Par petits groupes, des personnes de tous âges sont venues déposer des roses et s’incliner en silence devant le cercueil ouvert de Gorbatchev, encadré par une garde d’honneur et près duquel trônait son portrait en noir et blanc.

Arrivé au pouvoir en 1985, Gorbatchev a marqué l’Histoire en précipitant, malgré lui, la disparition de l’empire soviétique en 1991, alors qu’il essayait de le sauver avec des réformes démocratiques et économiques, mettant ainsi fin à la Guerre froide.

Dans un contexte actuel de répression et de repli croissants en pleine intervention militaire de Moscou en Ukraine, certains Russes présents aux funérailles se souvenaient avec nostalgie de l’ouverture libérale sous Gorbatchev.

« Nous avons eu une bouffée de liberté, il nous a donné la transparence et le pluralisme », a souligné Natalia Leleko, une enseignante de 60 ans.

Ksenia Joupanova, une interprète de 41 ans, retient surtout « l’absence de peur » sous Gorbatchev. « Je suis contre le fait de se couper du reste du monde, je suis pour l’ouverture, le dialogue ».

Pas de deuil national

Mais s’il est salué en Occident et par certains Russes comme un homme de paix, Gorbatchev est aussi vu par beaucoup dans son pays comme le responsable du déclassement géopolitique de Moscou et des années de crise qui ont suivi la chute de l’URSS.

Signe de malaise devant cet héritage ambivalent, ni funérailles officielles, ni jour de deuil national n’ont été annoncés. Surtout, les obsèques se sont déroulées sans Vladimir Poutine, le Kremlin mettant en avant un « emploi du temps » chargé.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, proche du Kremlin, est le seul dirigeant étranger à s’être rendu à Moscou, où il s’est incliné devant la dépouille de Gorbatchev, a constaté l’AFP.

Gorbatchev a été l’une des raisons ayant permis à l’Europe centrale de « se débarrasser du communisme pacifiquement, sans perte humaine ni effusion de sang », a déclaré M. Orban sur Facebook.

Quelques personnalités russes ont assisté aux funérailles, comme l’ex-président Dmitri Medvedev et le journaliste Dmitri Mouratov, Nobel de la paix 2021.

S’il était absent samedi, M. Poutine s’était discrètement rendu jeudi à l’Hôpital central clinique (TSKB) de Moscou, où est décédé Gorbatchev, pour déposer un bouquet de roses rouges.

Dans un sobre message de condoléances, il avait accordé à Gorbatchev « une grande influence sur l’Histoire du monde ».

Rapprochement Est-Ouest

Par contraste, les capitales occidentales, de Washington à Berlin, en passant par Paris, ont célébré chaleureusement la mémoire de Gorbatchev, salué pour avoir œuvré au rapprochement Est-Ouest et à une réduction des arsenaux nucléaires, ce qui lui avait valu en 1990 le Nobel de la paix.

L’Allemagne, dont la réunification a été permise par la chute du mur de Berlin, a annoncé que les drapeaux seraient en berne dans la capitale allemande samedi.

Mais, en Russie, Gorbatchev est perçu par beaucoup comme le fossoyeur de la grande puissance soviétique qui rivalisait avec l’Amérique et dont la fin, jugée humiliante, a laissé place à une décennie de crises et de violences.

Boris Eltsine, premier président de la Russie au pouvoir lors des années de transition douloureuse vers l’économie de marché, et qui avait désigné Vladimir Poutine comme successeur, avait eu droit, lui, à des honneurs appuyés à sa mort en 2007.

Le Kremlin avait alors décrété un jour de deuil national et organisé des funérailles officielles. En présence de Vladimir Poutine et Mikhaïl Gorbatchev.

Le Point avec AFP

L’Ukraine tente de reprendre Kherson, ville occupée par la Russie

août 29, 2022

Les militaires ont lancé une contre-offensive pour repousser les Russes. Les Ukrainiens assurent avancer sur leur objectif, sans que cela puisse être vérifié.

L'Ukraine affirme avoir repris Kherson des mains des forces russes, dans le sud du pays.
L’Ukraine affirme avoir repris Kherson des mains des forces russes, dans le sud du pays. © OLEG PETRASYUK / EPA / EFE

Les forces ukrainiennes ont lancé une contre-offensive dans le Sud, destinée à repousser les troupes russes de l’autre côté du fleuve Dniepr et à reprendre la ville occupée de Kherson, ont annoncé lundi les autorités locales.

« Aujourd’hui, il y a eu de puissantes attaques d’artillerie sur les positions ennemies […] sur l’ensemble du territoire de la région occupée de Kherson. C’est l’annonce de ce que nous attendions depuis le printemps : c’est le début de la fin de l’occupation de la région de Kherson », a annoncé à la télévision ukrainienne Serguiï Khlan, député local et conseiller du gouverneur régional. Il a assuré que les forces ukrainiennes avaient « l’avantage » sur le front sud après plusieurs frappes ces dernières semaines ayant visé des ponts dans la région de Kherson et destinées à gêner la logistique de l’armée russe.

Des médias ukrainiens avaient plus tôt cité la porte-parole du commandement « sud » de l’armée ukrainienne, Natalia Goumeniouk, affirmant que les forces de Kiev attaquaient « dans de nombreuses directions » sur ce front. Le groupement militaire ukrainien « Kakhovka » a, lui, assuré sur Facebook observer la retraite d’une unité de combattants séparatistes prorusses de leurs positions dans la région.

Une région stratégique

Les troupes russes s’étaient emparées dès le début de l’invasion de l’Ukraine de Kherson, ville de 280 000 habitants située sur le fleuve Dniepr. Essentielle pour l’agriculture ukrainienne, cette région est aussi stratégique, car limitrophe de la péninsule de Crimée, annexée par Moscou en mars 2014. Depuis plusieurs semaines, les forces ukrainiennes disaient préparer une contre-offensive pour reprendre Kherson, mais n’avaient jusqu’à présent rapporté que la conquête de plusieurs dizaines de villages.

Par Le Point avec AFP

L’Ukraine raccorde la centrale nucléaire de Zaporijjia, enjeu d’un bras de fer avec les Russes

août 26, 2022
L'Ukraine raccorde la centrale nucleaire de Zaporijjia, enjeu d'un bras de fer avec les Russes
L’Ukraine raccorde la centrale nucléaire de Zaporijjia, enjeu d’un bras de fer avec les Russes© AFP/Archives/Ed JONES

L’Ukraine a annoncé vendredi avoir raccordé à son réseau électrique la centrale nucléaire de Zaporijjia, dont la déconnexion la veille avait encore renforcé les inquiétudes sur la sécurité du site, enjeu de toutes les tensions dans cette zone occupée par les Russes.

Dans le même temps, c’est l’Europe toute entière qui se prépare à une crise énergétique inédite. La présidence tchèque de l’Union européenne a annoncé convoquer une réunion d’urgence, à un moment où les prix de l’énergie connaissent une hausse vertigineuse sur le continent, poussés en grande partie par l’amoindrissement du flux de gaz russe en réponse aux sanctions.

En Ukraine, les autorités avaient annoncé jeudi que la centrale de Zaporijjia, la plus grande d’Europe avec ses six réacteurs de 1.000 mégawatts chacun, s’était trouvée « totalement déconnectée » du réseau national « pour la première fois de son histoire », à cause de dommages sur les lignes électriques provoqués par des « actions » de « l’envahisseur » russe.

La sécurité de ces installations, situées près de la ligne de front, et le risque d’un accident nucléaire en cas de bombardement inquiètent les dirigeants internationaux depuis qu’elle est passée aux mains des forces russes début mars.

La tension a encore grandi ces dernières semaines, Moscou et Kiev s’imputant mutuellement la responsabilité de frappes sur le site, où les militaires ukrainiens accusent l’armée russe d’avoir positionné des pièces d’artilleries pour pilonner leurs positions.

« Un des réacteurs de la centrale de Zaporijjia arrêtés la veille a été reconnecté au réseau électrique aujourd’hui » à 14H04 (11H04 GMT), a annoncé l’opérateur ukrainien Energoatom. Il « produit de l’électricité pour les besoins de l’Ukraine » et « l’augmentation de (sa) puissance est en cours ».

Energoatom a en outre assuré que les systèmes de sécurité du site fonctionnaient normalement.

La « semaine prochaine »

« La Russie a mis les Ukrainiens, tout comme l’ensemble des Européens, aux portes d’une catastrophe nucléaire », avait accusé jeudi le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

En retour, les autorités d’occupation d’Energodar, la ville dont dépend la centrale, ont de nouveau affirmé vendredi que les troupes ukrainiennes avaient bombardé Zaporijjia.

L’ONU a appelé à mettre en place une zone démilitarisée autour de la centrale pour la sécuriser et à permettre l’envoi d’une mission d’inspection internationale.

Des experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) y sont attendus « la semaine prochaine », selon la conseillère du ministre ukrainien de l’Energie Lana Zerkal, qui a reproché aux Russes d' »artificiellement créer des obstacles » à cette mission.

« Nous ne pouvons nous permettre de perdre davantage de temps », avait déclaré jeudi le directeur général de l’AIEA Mariano Grossi, soulignant qu’il y avait un « risque très réel de catastrophe nucléaire » et disant vouloir mener personnellement la mission sur le site « dans les jours à venir ».

Envolée du prix de l’électricité

Conséquence de cette guerre meurtrière livrée par la Russie à l’Ukraine, qui est entrée dans son sixième mois mercredi, des sanctions imposées notamment sur le pétrole russe mais aussi de la fermeture partielle à ce stade par Moscou du robinet du gaz, les prix de l’énergie ont explosé en Europe qui se prépare à un hiver difficile.

Conjuguée notamment à des difficultés rencontrées par le parc nucléaire français, cette crise a porté vendredi les prix de gros de l’électricité pour 2023 en Allemagne et en France à respectivement 995 et 1.100 euros le MWh, contre 85 euros il y a un an.

Le Premier ministre tchèque Petr Fiala, dont le pays assure la présidence de l’Union européenne, a annoncé vendredi qu’il convoquerait « une réunion d’urgence des ministres de l’Energie », avec l’assentiment de la Commission européenne.

La Norvège, non membre de l’UE mais elle-même gros fournisseur de gaz naturel, a de son côté annoncé vendredi l’entrée en vigueur de nouvelles sanctions « contre le président Poutine et le régime russe », alignées sur celles prises par l’UE en juillet.

Nouvelles frappes russes

Sur le plan militaire, la présidence ukrainienne a signalé vendredi, des frappes russes ces 24 dernières heures sur les régions de Kharkiv (nord-est, un mort, trois civils blessés), Donetsk (est, deux morts et sept blessés, avec des combats concentrés notamment sur Bakhmout et ses environs) et Dnipropetrovsk (centre, pas de victimes).

Dans cette dernière région, l’armée russe avait bombardé mercredi la gare de Tchapliné.

Vendredi, « les opérations de secours et de recherches (étaient) terminées à Tchapliné », où le bilan final est de 25 morts, dont deux enfants de six et 11 ans, et 31 blessés, a déclaré le chef adjoint de l’administration présidentielle ukrainienne Kiril Timochenko.

La Russie assure pour sa part avoir visé à Tchapliné un train militaire avec un missile Iskander et tué « plus de 200 militaires » ukrainiens.

Dans la région de Lougansk (est), qui avec celle de Donetsk forme le Donbass, dont la conquête totale est l’objectif prioritaire de la Russie, « des attaques ennemies répétées ont été repoussées », a assuré la présidence ukrainienne.

Dans la même région, « les soldats ukrainiens ont détruit une base des occupants russes » dans la petite ville de Kadiïvka, a affirmé vendredi le chef de l’administration militaire régionale, Serguiï Gaïdaï.

« La frappe a été si puissante que 200 parachutistes ruscistes (contraction de « Russe » et « fasciste » utilisée en Ukraine pour désigner les forces de Moscou) ont été tués », a affirmé M. Gaïdaï. L’information n’a pu être confirmée de source indépendante.

Depuis le retrait russe des environs de Kiev fin mars, l’essentiel des combats est concentré dans l’est et le sud, où les fronts semblent presque figés.

Total contraint de céder

En France, après deux jours de polémique, le géant pétrolier TotalEnergies a annoncé vendredi céder à son partenaire russe Novatek ses parts dans la société exploitant le champ gazier de Termokarstovoïe.

La compagnie française était accusée par le journal Le Monde et l’ONG Global Witness d’avoir concouru, via cette participation, à des livraisons de condensat de gaz ensuite transformé en kérosène pour alimenter des avions russes engagés dans le conflit en Ukraine.

Le groupe a d’abord réaffirmé vendredi qu’il ne produisait « pas de kérosène pour l’armée russe ».

Il a ensuite dit s’être accordé avec son partenaire russe pour lui céder sa participation de 49 % dans la société Terneftegaz.

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, TotalEnergies est critiqué pour être la dernière grande compagnie pétrolière occidentale à ne pas avoir quitté la Russie.

Par Le Point avec AFP

Mali : ces Russes qui piratent la direction des impôts

août 9, 2022

Quand des hackers s’introduisent dans les données d’une institution malienne sensible, leur nationalité russe trouble les tenants de l’amitié russo-malienne.

© Glez

En s’infiltrant, au mois de juin, dans les données numériques de la Direction générale malienne des impôts, des pirates informatiques russes ont organisé la fuite de documents qui concernent plus de 312 000 contribuables. La démarche est clairement crapuleuse. Une demande de rançon est formulée, un compte-à-rebours de « cinq jours et douze heures avant la publication des documents » est mis en ligne et des dizaines de fichiers sont divulgués, sur le dark web –le web clandestin–, avant même que le décompte ne soit écoulé. Peut-être pour sanctionner une mauvaise réaction de la victime de chantage, peut-être pour démontrer la détermination des criminels et leur force de nuisance.

La méthode est devenue aussi banale que la menace est inquiétante, lorsqu’il s’agit d’institutions publiques et de sujets de nature à dévoiler des malversations d’hommes influents. Et si ce type de chantage est bien connu, ses auteurs sont tout aussi fameux : les hackers du groupe Lockbit 2.0, l’une des franchises de cyber-extorsion les plus actives au monde. La nationalité russe de beaucoup de membres de cette entité n’aurait que peu d’importance, si le rapprochement de deux faits ne la rendait pas contre-intuitive, dans ce cas malien particulier

Proches du Kremlin

Primo, les spécialistes de la sécurité informatique affirment que le groupe spécialisé dans le rançongiciel est proche du Kremlin, épargne les ordinateurs situés en Russie et opère librement à l’intérieur des frontières des anciens pays soviétiques. Secundo, le Mali et la Russie semblent, officieusement et officiellement, en plein rapprochement diplomatique depuis quelques mois…

Extorque-t-on ses alliés ? Les différents canaux de communication employés par Moscou –là aussi, officiels ou officieux– donneront certainement leur version des faits. Ou pas, le mutisme étant aussi un ressort communicationnel du pays de Vladimir Poutine et les réseaux sociaux africains – vrais comptes ou faux comptes – se chargeant de la besogne.

Il n’en reste pas moins qu’au-delà de la dimension géopolitique, ce piratage laisse craindre des répliques telluriques dans quelques pays africains aux systèmes numériques mal protégés. En s’infiltrant par un compte défaillant, sorte de cheval de Troie inconscient, les hackers se baladent non seulement à souhait dans les arcanes institutionnels, mais laissent aussi la porte entrouverte à tout autre courant d’air malveillant. Le risque est qu’ils donnent des idées à d’autres pirates par l’odeur de la fragilité numérique malienne alléchés. Pour les moins gourmands qui n’ont pas l’envergure pour « dealer » avec des grosses institutions, l’infiltration, par d’autres, de ces sites sensibles donne accès à des chantages individuels sans fin. Peut-être l’agression par Lockbit 2.0 poussera-t-elle les Maliens à payer leurs impôts. Ou pas…

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Un autre oligarque russe meurt dans des conditions mystérieuses

mai 11, 2022

Alexander Subbotin, ancienne pointure de la compagnie pétrolière russe Lukoil, a été retrouvé mort empoisonné au venin de crapaud, rapporte « The Independent ».

Alexander Subbotin, un ancien haut responsable du geant petrolier russe Lukoil, a ete retrouve mort empoisonne au venin de crapaud dans la maison d'un chaman, a Mytichtchi. (image d'illustration)
Alexander Subbotin, un ancien haut responsable du géant pétrolier russe Lukoil, a été retrouvé mort empoisonné au venin de crapaud dans la maison d’un chaman, à Mytichtchi. (image d’illustration)© NIKOLAY DOYCHINOV / AFP

Un nouveau décès d’oligarque est venu s’ajouter à la longue liste des milliardaires russes morts de manière suspecte, depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, le 24 février. Comme l’indique le quotidien britannique The Independent, Alexander Subbotin, ancien dirigeant de la compagnie pétrolière russe Lukoil, est décédé à l’âge de 43 ans des suites d’un empoisonnement au venin de crapaud. Pour soigner une soirée arrosée, le magnat russe aurait rendu visite à un chaman qu’il connaissait depuis plusieurs années, dans la ville de Mytichtchi, située en proche banlieue de Moscou.

Pour l’aider à se sentir mieux, le chaman lui aurait effectué une incision dans la peau pour y administrer quelques gouttes de venin de crapaud, explique The Independent. Après plusieurs vomissements, l’état de santé d’Alexander Subbotin aurait commencé à s’améliorer. Avant de se dégrader subitement. Après l’avoir vu développer une forte douleur thoracique, le chaman a conseillé à l’oligarque de prendre un calmant et de se reposer dans sa cave. Alexander Subbotin n’en ressortira jamais et est retrouvé mort quelques heures plus tard. Il aurait été victime d’une crise cardiaque, même si un examen médico-légal doit encore établir la cause exacte de son décès.

Six autres oligarques retrouvés morts dans des conditions obscures

Depuis fin janvier, six autres oligarques russes et leurs familles ont été retrouvés morts dans des circonstances que les enquêtes de police ne sont pas encore parvenues à éclaircir. Jugés proches du Kremlin, nombreux sont ceux à dénoncer des meurtres déguisés des autorités russes. Leonid Shulman, Alexander Tyulyakov et Vladislav Avaev, qui ont tous trois occupé par le passé des postes importants au sein de la société Gazprom, se sont suicidés en l’espace de trois mois.

Les corps de trois autres oligarques ont également été retrouvés à leur domicile et la thèse du suicide est, là encore, privilégiée pour l’heure par les enquêteurs. Mikhail Watford, magnat du pétrole, a été découvert pendu dans le garage de son manoir, au Royaume-Uni, Vasily Melnikov, ancien salarié de la société MedStom, retrouvé mort dans son appartement de Nijni Novgorod et Sergey Protosenya, l’ancien directeur général de Novatek, se serait pendu dans son jardin de sa maison en Espagne. Dans la plupart des cas, leur dépouille se trouvait aux côtés de celles de leurs femmes et enfants. Le décès d’Alexander Subbotin ne manquera sans doute pas d’intensifier les spéculations quant aux méthodes du Kremlin à l’égard des oligarques russes, depuis le début de la guerre en Ukraine.

Avec Le Point