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Guerre en Ukraine : l’Afrique ne doit pas oublier ses étudiants

juillet 5, 2022

Cinq mois après le début de l’offensive de la Russie, précarité et insécurité administrative sont le lot des jeunes Africains qui ont quitté l’Ukraine et tentent de s’installer ailleurs en Europe. Nos dirigeants doivent collectivement leur venir en aide.

Réfugiés fuyant l’Ukraine à la gare de Przemyśl, en Pologne, le 2 mars 2022 © Davide Bonaldo/Sipa USA

En février dernier, les images insoutenables d’actes de racisme sur des ressortissants africains avaient fait le tour du monde. Parmi ces derniers figuraient notamment de jeunes étudiants, violemment brimés aux frontières de l’Ukraine qu’ils essayaient de franchir, ou aux abords de trains qui quittaient ce pays : ils n’étaient pas jugés aussi prioritaires dans leur fuite que les autres.

Aujourd’hui, l’on assiste à un autre épisode malheureux. Après avoir échappé aux canons et aux bombardements en Ukraine – parfois au prix de profonds traumatismes – pour trouver refuge ailleurs sur le Vieux continent, c’est contre la précarité et l’insécurité administrative qu’ils sont désormais nombreux à batailler. Après leur avoir accordé une brève protection temporaire, plusieurs États européens ordonnent aux étudiants africains qui ne remplissent pas les conditions d’obtention d’un titre de séjour de quitter leurs territoires, considérant que leurs pays d’origine ne sont, pour la plupart, pas en guerre.

Titre de séjour : un si rare sésame

En effet, pour séjourner durablement dans un pays européen, ces jeunes Africains doivent introduire des demandes de titres de séjour selon les modalités de droit commun. En France par exemple, ils n’ont d’autre choix que de demander un titre de séjour ou de déposer une demande d’asile pour ne pas se retrouver en situation irrégulière. Toutefois, les chances d’obtention d’un titre de séjour sont faibles en raison des conditions strictes exigées. Il en est de même pour la demande d’asile, qui a peu de chance d’aboutir dans la mesure où celle-ci sera étudiée au regard de la situation des pays d’origine desdits étudiants et non pas de la situation en Ukraine.

Deux constats factuels et quelque peu troublants découlent de ces cas éprouvants. Le premier, c’est le double standard des pays européens, bien loin des discours de leurs hauts représentants lors de sommets successifs Afrique-Europe, rappelant l’importance stratégique de la relation avec l’Afrique et la volonté d’engager cette dernière dans le « camp du bien », dans la croisade contre le « méchant agresseur russe ». La cohérence aurait voulu un traitement strictement égal entre Africains et Ukrainiens, ce qui, au passage, aurait nourri l’empathie d’une partie de l’opinion publique africaine. C’est sans doute une faute politique que l’histoire n’ignorera pas.

Créer un groupe d’envoyés spéciaux africains

Le second constat, et c’est le plus important, porte sur la difficulté pour les États et institutions d’Afrique à apporter une réponse à la hauteur des enjeux de leur jeunesse où qu’elle se trouve. Faute d’anticipation, de réaction plus robuste et de coordination, des centaines de milliers d’étudiants africains sont livrés à eux-mêmes lorsqu’ils sont pris dans les tourments d’une crise comme celle de la pandémie de Covid-19. Or, derrière chacun d’eux, c’est un projet de vie, des ambitions et des rêves, voire l’espoir de familles entières, qui sont dangereusement compromis. La récente tournée du président en exercice de l’Union africaine, Macky Sall, en Russie et plus récemment au G7, portant sur la question de l’approvisionnement alimentaire du continent offrait l’occasion de soulever la question de l’abandon de cette jeunesse et de porter un message politique fort en faveur de ces étudiants.

L’urgence du moment, au-delà des condamnations des actes discriminatoires ainsi que des initiatives salutaires de personnes de bonne volonté est de répondre collectivement et intelligemment à ce défi, pour garantir les conditions d’un retour à une vie normale, la continuité pédagogique et renforcer durablement les capacités du continent à offrir à sa jeunesse des cadres de formation d’excellence et de réussite professionnelle sur le continent. Pour cela, des pistes de solutions peuvent être explorées.

En premier lieu et à court terme, il faut amplifier l’accès à l’information et aux droits, capital pour accompagner ces jeunes plongés dans une détresse administrative en raison de la situation inédite qu’ils vivent. C’est le sens de la plateforme initiée par Initiative for Africa (IFA) et le think tank Molongwi, destinée d’une part à centraliser l’ensemble des initiatives de soutien aux étudiants africains fuyant l’Ukraine, et d’autre part, à mettre en relation les bonnes volontés et ces jeunes. Nous devons amplifier et multiplier ce genre d’outils.

En second lieu, sur un plan politique, nous estimons impérieux, au regard de la place importante de la jeunesse dans l’agenda de l’Union africaine et, à l’instar des initiatives continentales prises lors de la crise du Covid, de créer un organe ou nommer un groupe d’envoyés spéciaux du continent africain réunissant un groupe de personnalités qualifiées à même de réfléchir et répondre aux conséquences économiques, alimentaires et énergétiques et plus largement humaines. La question éminemment importante de la formation et de la situation des ressortissants africains, en particulier des jeunes étudiants, devra figurer comme l’une des priorités du mandat de cette institution ad hoc.

Former nos élites sur le continent

Enfin, dans une perspective de moyen et long terme, la question de l’excellence académique en Afrique ne saurait être éludée. La présente crise la pose avec une singulière acuité. Comment expliquer que se perpétue ce système de délégation de la formation des futures élites du continent à l’étranger ? Et comment expliquer que l’option d’un retour en Afrique proposée à plusieurs de ces jeunes a été largement exclue par ces derniers, en raison des insuffisances du système de formation sur le continent ?

Le conflit actuel en Ukraine comme les autres avant est un énième appel au sursaut : la transformation du continent demande de bâtir en Afrique, les structures et systèmes de notre autonomie stratégique. Il n’y a pas de raccourci. Sinon nous continuerons à sous-traiter aussi notre développement. Il n’est pas trop tard !

Avec Jeune Afrique

Adébissi Djogan

Par Adébissi Djogan

Adébissi Djogan est président d’Initiative for Africa.

Fortuné Ahoulouma

Par Fortuné Ahoulouma

Avocat au Barreau de Paris, co-fondateur du think tank Molongwi

Chasser la France, choisir la Russie : pour le meilleur et pour le pire au Mali

juillet 3, 2022

La junte militaire qui a pris le pouvoir au Mali il y a près de deux ans a remercié les Français et décidé de se rapprocher plutôt des Russes pour assurer la sécurité du pays. Plusieurs membres de la diaspora malienne appuient ce choix, même s’il n’est pas sans conséquence, notamment en matière de respect des droits de la personne.

Manifestation antifrançaise dans la capitale du Mali, Bamako, en février 2022.

Au Mali, le sentiment antifrançais a pris passablement d’ampleur, un phénomène dont profite la Russie. Photo: AFP

« À bas la France! La France, dégage! La France, terroriste! » Ce sont des slogans antifrançais fréquemment entendus lors de manifestations dans les rues de plusieurs pays africains, dont le Mali. La colère gronde contre l’ancien colonisateur qui, après neuf ans de présence militaire, n’a pas réussi à chasser les djihadistes, qui sèment la terreur dans le pays.

Pendant ce temps, d’autres drapeaux ont fait leur apparition dans ces rassemblements. Ils sont blanc, bleu et rouge eux aussi, mais ce sont ceux de la Fédération de Russie, fièrement brandis par les manifestants. Parmi eux, on peut aussi voir des pancartes sur lesquelles il est écrit : Merci Wagner!, une allusion au groupe de mercenaires russes de la société privée Wagner.

Ce groupe est de plus en plus présent en Afrique et travaillerait main dans la main avec le Kremlin pour mener des opérations antiterroristes, bien qu’officiellement Moscou nie tout lien avec ces militaires maintes fois accusés d’avoir massacré des civils.

Les relations entre la France et le Mali se sont détériorées depuis le coup d’État militaire d’août 2020 et le renversement du gouvernement de transition quelques mois plus tard. Paris reproche aux militaires de vouloir s’accrocher au pouvoir et de faire appel aux services du groupe Wagner pour y parvenir. Ce sont d’ailleurs les arguments qu’a utilisés le président français Emmanuel Macron pour justifier le retrait des troupes françaises du Sahel. Les autorités maliennes se défendent d’instaurer une dictature et réfutent la présence de Wagner sur leur territoire. Elles affirment vouloir décider, enfin, de l’avenir de leur pays.

L’espoir de la diaspora et le discours pro-junte

Lassine Traoré.

L’ancien président du Haut Conseil des Maliens du Canada, Lassine Traoré Photo : Radio-Canada/Karine Mateu

L’ancien président du Haut Conseil des Maliens du Canada, Lassine Traoré, qui habite à Montréal, s’est établi au Québec il y a 16 ans. Depuis, il n’a jamais cessé de suivre l’évolution politique de son pays d’origine. Selon lui, c’est la jeunesse malienne qui est derrière les bouleversements que connaît le pays en ce moment. Avec Internet, les jeunes naviguent beaucoup. Ils voient d’autres pays. Ils veulent que le Mali soit un pays développé, un pays comme ses voisins. C’est une jalousie constructive. Ils veulent un changement! dit-il.

C’est cette même jeunesse, ajoute-t-il, qui souhaite la présence de la Russie, qui n’est pas nouvelle au Mali. Au contraire, précise Lassine Traoré : lors de son indépendance, le pays s’était aligné sur le bloc de l’Est jusqu’à la chute de l’URSS, en 1991.

« Les Russes nous ont aidés pendant nos tout débuts. Donc, les gens sont descendus dans les rues réclamer les Russes pour venir à notre secours parce que la France, qui avait été acclamée, ne fait plus l’affaire et joue à des jeux troubles. L’armée a juste voulu répondre aux besoins de la population. »— Une citation de  Lassine Traoré, ancien président du Haut Conseil des Maliens du Canada

L’échec de la France

Youssouf Tounkara.

Le président du Haut Conseil des Maliens du Canada, Youssouf Tounkara Photo : Youssouf Tounkara

Comme son prédécesseur, l’actuel président de cette organisation, Youssouf Tounkara, n’est pas tendre envers la France qui, selon lui, a échoué dans sa mission d’éliminer la menace djihadiste. Presque une dizaine d’années plus tard, le conflit, au lieu d’être isolé au nord, s’est répandu au centre du pays, avec quelques cas isolés au sud. Par la suite, la population a découvert beaucoup d’histoires choquantes. Lorsqu’on apprend qu’un camp militaire de l’armée malienne se fait attaquer tout près de l’armée française, que celle-ci n’intervient pas et qu’en plus elle interdit à l’armée malienne d’intervenir, on comprend que la population soit agacée et qu’elle demande à ses autorités de chercher de nouveaux partenaires pour l’aider dans cette lutte, déplore-t-il.

Il s’étonne par ailleurs que la présence russe suscite autant de questionnement : Moi, ça me fait rire, parce que je trouve que l’Occident se focalise beaucoup sur la Russie, mais comme nos autorités le disent, nous avons beaucoup d’autres partenaires. La France est un partenaire du Mali, même si nos relations sont tendues. L’Union européenne, la Turquie, la Chine et la Russie : nous avons beaucoup de partenaires.

Censure ou patriotisme?

Par ailleurs, ce n’est pas seulement le rapprochement avec la Russie qui mine les relations entre la junte malienne et les Occidentaux. Ces derniers accusent l’armée malienne et les mercenaires de Wagner de commettre des exactions contre des populations civiles lors de leurs opérations antiterroristes, comme cela aurait été le cas à la fin de mars dans la ville de Moura, au centre du pays, où 300 civils auraient été tués.

Bamako réfute ces accusations : il s’agissait non pas de civils mais plutôt de combattants djihadistes. Selon les autorités, ce serait une victoire militaire. Elles nient encore une fois toute présence du groupe Wagner sur leur territoire. Seuls des instructeurs russes seraient présents au Mali, disent-elles.

Accusés de vouloir rapporter de fausses informations qui nuisent à la junte, les médias RFI et France 24 ont été chassés du pays en avril dernier. Lassine Traoré appuie cette décision des autorités maliennes. C’est comme en Russie quand les médias occidentaux, dont Radio-Canada, ont été interdits, parce que la communication importe beaucoup, affirme-t-il. Aujourd’hui, tous les Maliens de l’intérieur ou de l’extérieur sont fiers du régime en place, de l’armée et de la récupération des territoires aux mains des djihadistes.

« En interdisant la diffusion de ces deux antennes [RFI et France 24], je crois que les autorités sont dans leur droit de mettre fin à la propagande qui était diffusée sur ces ondes pour ne pas affaiblir l’élan de patriotisme que les Maliens commencent à avoir. »— Une citation de  Lassine Traoré, ancien président du Haut Conseil des Maliens du Canada

Youssouf Tounkara adhère lui aussi à la version des autorités maliennes en ce qui concerne la présence du groupe Wagner sur le territoire malien.

« On parle beaucoup de Wagner au Mali. Nos autorités ont toujours été claires : il n’y a pas de Wagner au Mali. Et moi, en tant que citoyen malien, je fais confiance à mes autorités. Lorsqu’elles disent qu’il n’y a pas de Wagner au Mali, eh bien, pour moi, il n’y a pas de Wagner au pays! »— Une citation de  Youssouf Tounkara, président du Haut Conseil des Maliens du Canada

La démocratie pour qui?

Soumaila Coulibaly.

Le président de l’Association de la diaspora africaine du Canada, Soumaila Coulibaly Photo : Radio-Canada/Karine Mateu

Le président de l’Association de la diaspora africaine du Canada, Soumaila Coulibaly, s’est installé à Ottawa à son arrivée en sol canadien. Bien qu’il ne représente pas uniquement le Mali, son pays d’origine, les accusations d’exactions commises par l’armée malienne et par le groupe Wagner le font réagir.

Wagner, vraiment, ce n’est pas un problème du Mali. C’est un peu l’épouvantail de la communication. Comme le ministre Abdoulaye Diop l’a répété à la tribune des Nations unies dernièrement, le problème du Mali aujourd’hui, ce n’est pas Wagner. Le problème du Mali aujourd’hui, c’est la sécurité. Le problème du Mali aujourd’hui, c’est l’accès aux soins. Le problème du Mali aujourd’hui, c’est l’éducation des citoyens maliens, affirme-t-il.

M. Coulibaly soutient par ailleurs la junte au pouvoir, d’autant qu’elle a annoncé le transfert du pouvoir aux civils d’ici deux ans. Et il tient à rappeler que la démocratie par le vote, telle que préférée par l’Occident, est discutable.

« Quand on parle de démocratie, on doit se demander : comment a-t-on instauré cette démocratie? Comment ces élections sont-elles organisées? Parce qu’il y a des gens qui organisent ces élections et qui [font élire] des gens pour leurs intérêts et pour ceux de leurs compagnies. Chaque fois que la population est laissée pour compte, les forces armées sont obligées d’intervenir pour rétablir l’équilibre. »— Une citation de  Soumaila Coulibaly, président de l’Association de la diaspora africaine du Canada

La Russie, un partenaire dangereux

Frédéric Samy Passilet.

Spécialiste en prévention des conflits en Afrique, Frédéric Samy Passilet a aussi travaillé pour les missions de maintien de la paix des Nations unies au Congo, en Côte d’Ivoire et au Mali. Photo : Frédéric Saly Passilet

Lui aussi installé à Ottawa depuis six ans, Frédéric Samy Passilet, un spécialiste en prévention des conflits en Afrique, comprend le rejet de la France par les populations africaines mais s’inquiète de cet engouement pour la Russie. Ce Tchadien qui a dû fuir son pays d’origine a aussi travaillé pour des missions de maintien de la paix des Nations unies au Congo, en Côte d’Ivoire et au Mali.

« Voilà l’erreur que l’Afrique est en train de commettre : allez chasser les Français et allez pactiser avec des criminels de tout bord, comme les gens de Wagner. Parce que ce sont des criminels, ce sont des terroristes. Le terroriste est celui qui utilise la violence pour atteindre ses objectifs. »— Une citation de  Frédéric Samy Passilet, spécialiste en prévention des conflits en Afrique

Wagner utilise la violence la plus sadique. Il tue les populations civiles. Je crois que c’est une erreur. Un jour, nous allons écrire l’histoire du Mali et ils vont regretter, même si aujourd’hui, ils croient qu’il y a la sécurité, craint-il.

Frédéric Samy Passilet met aussi en garde contre les régimes qui ne tolèrent aucune critique : Pour le moment, nous assistons à une situation de populisme politique au Mali, ce qui fait qu’il y a un aveuglement pour cerner la vérité. Et tous les chefs d’État, toutes les autorités africaines qui ne veulent pas la vérité désignent Radio France Internationale et les organisations des droits de l’homme comme des cibles. En vérité, il n’y a pas de fumée sans feu. Pourquoi n’ont-elles pas permis à la mission de l’ONU qui est présentement au Mali, la MINUSMA, d’enquêter sur les crimes? Pourquoi? Que cachent les autorités maliennes?

Une tromperie?

Tatiana Smirnova.

Tatiana Smirnova est chercheuse au postdoctorat au Centre franco-paix de l’Université du Québec à Montréal. Photo : Radio-Canada/Karine Mateu

Chercheuse postdoctorale au Centre franco-paix de l’Université du Québec à Montréal, Tatiana Smirnova, qui est d’origine russe et française, est une spécialiste de la situation au Sahel. Selon elle, la Russie, qui est de plus en plus isolée sur la scène internationale en raison de la guerre en Ukraine, va s’engager davantage en Afrique, mais l’investissement n’y sera pas comme au temps de l’URSS.

L’URSS avait mis beaucoup d’argent dans le volet développement : la construction d’hôpitaux, de stades, etc. Sa présence n’était pas que militaire, elle était aussi axée sur le développement. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. La Russie n’en a pas les moyens. Elle s’investit donc à travers la vente d’armes et le développement militaire ainsi que par des contrats économiques avec de grandes entreprises. Malheureusement, je pense que c’est là en quelque sorte la tromperie de l’offre que la Russie fait aux populations, parce que celles-ci acceptent l’offre en espérant que la Russie va revenir comme au temps de l’URSS avec toute cette offre, y compris avec une coopération en matière de santé et plus encore, prévient-elle.

Tatiana Smirnova précise que la Russie a changé, tout comme ses méthodes.

« La Russie s’appuie aujourd’hui sur les élites politiques du business parce que ça nourrit, le business. Et Wagner, c’est une des compagnies privées, mais il y en a d’autres. Le problème des groupes privés est qu’ils sont moins redevables à l’État. Ils sont plus redevables à eux-mêmes et aux intérêts privés qui les payent. C’est ça, le danger. »— Une citation de  Tatiana Smirnova, chercheuse postdoctorale au Centre franco-paix de l’Université du Québec à Montréal

La spécialiste dit comprendre les Maliens qui cherchent d’autres partenaires pour leur venir en aide, mais à long terme, les conséquences pourraient être graves.

La stratégie contre le terrorisme russe qui a été vendue aux pays sahéliens est efficace à court terme, mais elle va engendrer des effets extrêmement graves pour les populations à long terme. Elle va produire des tensions intercommunautaires, parce qu’il y aura des exactions, des missions de punition et ainsi de suite, dit-elle. Ce que je trouve aussi malheureux, c’est que les partenaires occidentaux peuvent maintenant mettre tous les malheurs du Sahel sur le dos de la Russie ou sur celui de Wagner, alors qu’il y a eu des exactions bien avant l’arrivée de Wagner au Mali. On ne peut pas regarder la situation d’une façon dichotomique. Il faut aller au-delà de l’affrontement avec la Russie.

Toutefois, aux yeux du spécialiste des conflits en Afrique Frédéric Samy Passilet, le Mali et d’autres pays africains jouent un jeu bien dangereux en se tournant vers la Russie.

« Les Russes ne viennent pas sans intérêt. Les Russes ne regardent pas la démocratie. Un jour, le peuple va commencer à exiger la démocratie et le régime en place va dire :  »Non! vous ne pouvez pas avoir le beurre et l’argent du beurre! » »— Une citation de  Frédéric Samy Passilet, spécialiste des conflits en Afrique.

Avec Radio-Canada avec AFP

La Russie convoque l’ambassadrice britannique après les propos de Johnson

juin 30, 2022

Moscou a décidé de répliquer après des propos considérés comme « ouvertement grossiers » du Premier ministre britannique envers Vladimir Poutine.

Les propos de Boris Johnson sur Vladimir Poutine ne sont pas passes a Moscou.
Les propos de Boris Johnson sur Vladimir Poutine ne sont pas passés à Moscou.© MIKHAIL KLIMENTYEV / Sputnik / Sputnik via AFP

La réponse de la Russie n’a pas tardé. L’ambassadrice du Royaume-Uni à Moscou, Deborah Bronnert, a été convoquée, jeudi 30 juin, au ministère russe des Affaires étrangères. La raison ? Les propos jugés « grossiers » du Premier ministre Boris Johnson sur le président Vladimir Poutine. Cette décision de la diplomatie russe vise à protester « fermement » contre « les propos ouvertement grossiers des autorités britanniques à l’égard de la Russie, de son dirigeant, de ses responsables, ainsi que du peuple russe », indique le Kremlin.

« Dans une société polie, il est de coutume de s’excuser pour des propos de ce genre », a souligné la diplomatie russe en dénonçant une « rhétorique insultante inacceptable ».

Poutine, un « exemple parfait de toxicité masculine »

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a déclaré mardi soir à la chaîne de télévision allemande ZDF que Vladimir Poutine n’aurait pas déclenché l’offensive en Ukraine s’il avait été une femme. Il a ensuite dénoncé cette opération militaire russe comme « un exemple parfait de toxicité masculine », en clôture du sommet du G7 en Allemagne.

Pour sa part, Ben Wallace, ministre britannique de la Défense, a déclaré mercredi soir à LBC Radio que « la vision que le président Poutine a de lui-même et du monde est un syndrome du petit homme, une vision macho ». Ben Wallace s’est également emporté contre la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, en l’accusant de « menacer tout le monde avec des armes nucléaires » chaque semaine.

En convoquant l’ambassadrice britannique, le ministère russe des Affaires étrangères a également souligné qu’il était « inacceptable » pour les responsables britanniques de « faire la propagande des informations délibérément fausses, notamment sur les menaces présumées de la partie russe de recourir aux armes nucléaires », selon le communiqué de la diplomatie russe.

Par Le Point avec AFP

La Russie interdit l’accès à son territoire à 43 Canadiens de plus

juin 27, 2022
Justin Trudeau et Suzanne Cowan (au centre)

La présidente du Parti libéral Suzanne Cowan (au centre) fait partie des personnalités interdites d’entrer en Russie. Photo : The Canadian Press/Adrian Wyld

La Russie a interdit l’entrée à son territoire à 43 Canadiens, une mesure prise en réponse aux sanctions occidentales imposées contre Moscou.

La liste, publiée par le ministère des Affaires étrangères, comprend notamment la présidente du Parti libéral au pouvoir au Canada, Suzanne Cowan, et l’ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre, Mark Carney.

Des hauts fonctionnaires, des conseillers politiques et des membres de la société civile ont également été sanctionnés.

La diplomatie russe a dénoncé la russophobie belliqueuse du gouvernement de M. Trudeau et a précisé qu’il s’agissait d’une mesure de représailles contre l’introduction en mai par Ottawa de nouvelles sanctions contre des dirigeants d’entreprises russes et les membres de leurs familles.

En comptant la dernière liste, plus de 700 Canadiens ont été interdits d’entrée en Russie depuis le début de son offensive en Ukraine.

Le 19 mai, Moscou avait annoncé fermer le bureau dans la capitale russe de la radio-télévision canadienne CBC/Radio-Canada et annuler les accréditations et les visas de ses journalistes, en réponse à l’interdiction de diffusion de chaînes du groupe russe RT au Canada, décidée mi-mars.

Ottawa a pour sa part imposé des sanctions à plus de 1000 personnes et entités de la Russie, de l’Ukraine et du Bélarus.

En avril, Moscou avait sanctionné 61 responsables canadiens et journalistes. Il a interdit des dizaines d’autres politiciens occidentaux, journalistes et hommes d’affaires d’entrer en Russie.

Par Radio-Canada avec les informations de Reuters et Agence France-Presse

La Russie profitera-t-elle de l’arrivée du Mozambique au Conseil de sécurité de l’ONU ?

juin 14, 2022

Maputo, que des liens étroits lient à Moscou et qui s’est jusqu’à présent abstenu de condamner la guerre en Ukraine, bénéficiera du statut de membre non permanent à compter de janvier 2023.

Filipe Nyusi, le président du Mozambique, lors du débat général de la soixante-treizième session de l’Assemblée générale de l’ONU, en 2018. © United Nations Photo

Il y a un début à tout : le 1er janvier 2023, le Mozambique rejoindra pour la première fois de son histoire le Conseil de sécurité de l’ONU en tant que membre non permanent. Il a été élu lors de la session du 9 juin à New York, après que l’Union africaine (UA) a présenté sa candidature, et il succédera donc au Kenya, dont le mandat de deux ans arrive bientôt à son terme. L’Équateur, le Japon, Malte et la Suisse feront par la même occasion leur entrée au Conseil de sécurité.

Maputo, qui est en butte à une insurrection islamiste depuis 2017 dans la province du Cabo Delgado, située dans le nord de son territoire, devrait sans surprise faire de la lutte contre le terrorisme l’une des priorités de son mandat. C’est également l’un des pays du continent les plus exposés aux conséquences du changement climatique, frappé aussi bien par des sécheresses que par des inondations et régulièrement touché par des tempêtes tropicales. Mais ce n’est pas ce qui suscite l’intérêt des observateurs.

Dans les couloirs des Nations unies, on se demande déjà comment le Mozambique se positionnera par rapport à la guerre en Ukraine. Les trois pays africains actuellement membres du Conseil – le Kenya, le Ghana et le Gabon – ont en effet tous voté en faveur de la résolution du 2 mars, laquelle dénonçait l’invasion russe, tandis que le Mozambique fait partie des 17 États du continent qui ont préféré s’abstenir.

Exercice d’équilibriste

« Maputo, au grand dam de Washington, est resté relativement neutre ou du moins a essayé de l’être, explique Emilia Columbo, du programme Afrique du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS). Mais c’est un difficile exercice d’équilibriste, car les États-Unis soutiennent, par le biais de programmes de formation, les efforts fournis dans le Cabo Delgado. Depuis des années, ils sont les principaux bailleurs de fonds du Mozambique. »

De fait, les États-Unis déversent chaque année des millions de dollars sur le Mozambique, lesquels sont principalement alloués au secteur de la santé. Mais ils ont également envoyé des membres des forces spéciales pour aider à former leurs homologues mozambicains à la lutte contre la guérilla islamiste, considérée par l’administration américaine comme une organisation terroriste depuis mars 2021.

Si la situation est complexe, c’est parce que le Mozambique entretient aussi des liens étroits et anciens avec la Russie. À l’époque soviétique, Moscou a soutenu le Front de libération du Mozambique (Frelimo) dans sa lutte contre le colon portugais. Le Frelimo est depuis arrivé au pouvoir (il est aux commandes depuis l’indépendance de 1975), et la Russie a continué à fournir au pays une assistance sécuritaire soutenue. Selon diverses sources, Moscou maintiendrait d’ailleurs une présence militaire dans le Cabo Delgado, alors même que les mercenaires du groupe Wagner en sont officiellement partis en 2020.

LA RUSSIE EST TOUJOURS AVEC LE MOZAMBIQUE, ET LE MOZAMBIQUE EST TOUJOURS AVEC LA RUSSIE

Signe de cette proximité, la présidente de la Chambre haute du Parlement russe, Valentina Matvienko, a conduit une délégation d’élus à Maputo à la toute fin de mai pour discuter de l’approfondissement des liens entre la Russie et le Mozambique avec le président Filipe Nyusi.

Valentina Matvienko passe pour être l’une des femmes les plus puissantes de Moscou. Elle fait partie des personnalités qui ont été sanctionnées par le département du Trésor américain, fin février, en réponse à l’invasion de l’Ukraine – au même titre que le président, Vladimir Poutine, et que le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Un sommet bilatéral a été programmé dans la capitale russe pour le mois prochain et, lors de sa visite, Valentina Matviyenko a annoncé que Moscou préparait un deuxième raout Russie-Afrique après celui de Sotchi, en octobre 2019. « La Russie est toujours avec le Mozambique, et le Mozambique est toujours avec la Russie », a de son côté déclaré la présidente de l’Assemblée nationale mozambicaine, Esperança Bias.

Pour autant, Maputo et Moscou ne sont pas d’accord sur tout. L’année dernière, les pays africains s’étaient unis pour faire avancer une résolution liant le changement climatique à divers problèmes sécuritaires, dont le terrorisme, et la Russie y avait opposé son veto.

Quelle que soit l’approche qu’adoptera le Mozambique lorsqu’il siègera au sein du Conseil, celle-ci sera scrutée de près. La tribune qu’offre une place de membre, même non permanent, présente nombre d’avantages, mais pas uniquement. « En tant que nouveau membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, il a maintenant la responsabilité de montrer le bon exemple et de veiller à ce que les auteurs de violations des droits humains dans tout le pays, y compris des membres des forces de sécurité, soient traduits en justice », a déjà prévenu sur Twitter Zenaida Machado, chercheuse principale pour l’Angola et le Mozambique à Human Rights Watch.

Avec Jeune Afrique par Julian Pecquet

Inauguration du premier pont routier entre la Russie et la Chine

juin 10, 2022
Inauguration du premier pont routier entre la Russie et la Chine
Inauguration du premier pont routier entre la Russie et la Chine© Amur region Government press service/AFP/Handout

La Russie et la Chine ont inauguré vendredi le premier pont routier entre les deux pays, reliant par-dessus le fleuve Amour les villes de Heihe (province du Heilongjiang) et Blagovechtchensk (Extrême-Orient russe).

La construction du pont était terminée depuis deux ans mais son inauguration avait été reportée en raison de la pandémie de coronavirus. Le lancement de ce projet de longue date, pour lequel le premier accord remonte à 1995, est symbolique du rapprochement et de la hausse des échanges entre les deux pays.

L’agence de presse publique russe Ria Novosti a publié une vidéo de l’inauguration de ce pont à la structure rouge et blanche, montrant le passage des premiers camions salué par des feux d’artifice.

D’une longueur d’un kilomètre et composé de seulement deux voies de circulation, le pont a coûté quelque 19 milliards de roubles (300 millions d’euros) dont 14 milliards pour la partie russe, selon les chiffres officiels.

Selon les médias russes, 630 camions, 164 autobus et 68 véhicules légers pourront emprunter chaque jour ce pont uniquement destiné au fret. Pour la population de ces deux villes d’environ 200.000 habitants, un téléphérique transfrontalier est en construction et doit être achevé en 2023.

Moscou et Pékin, qui partagent 4.250 kilomètres de frontière essentiellement sur le fleuve Amour, se sont opposés pendant plus de 30 ans sur le tracé de leur frontière dans la région.

Les échanges commerciaux sont devenus florissants depuis la normalisation des relations entre les deux géants, à la fin des années 1980, mais se sont toujours heurtés dans la région à l’insuffisance des infrastructures de transports.

Ces dernières années, un complexe d’usines a vu le jour côté russe: une usine de Gazprom, présentée comme une des plus importantes usines de traitement de gaz au monde, qui est un maillon du gazoduc russo-chinois Power of Siberia, et une usine de pétrochimie de Sibur.

En avril, la construction d’un pont ferroviaire sur le fleuve Amour reliant la Chine et la Russie a été achevée dans la République juive autonome du Birobidjan, 500 kilomètres à l’est. Il doit entrer en service en août, selon les autorités locales.

Par Le Point avec AFP

Russie: Sergueï Lavrov empêché de se rendre en Serbie

juin 6, 2022
Sergueï Lavrov, assis devant un micro, avec une feuille entre ses mains.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, en conférence de presse, lundi, à Moscou. Photo : La Presse Canadienne/AP/Ministère Russe des Affaires Étrangères

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a été contraint d’annuler un voyage en Serbie, lundi, après que trois pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) – la Bulgarie, la Macédoine du Nord et le Monténégro – eurent décidé de fermer leur espace aérien.

Les trois pays ont expliqué leur décision en invoquant des sanctions imposées par l’Union européenne à la Russie après le déclenchement de son offensive en Ukraine, le 24 février. Le ministre Lavrov est personnellement visé par de nombreuses sanctions.

L’inconcevable s’est produit, s’est indigné M. Lavrov, lors d’une conférence de presse en ligne convoquée en urgence lundi matin. On a privé un État souverain de son droit d’exercer sa politique extérieure, a-t-il ajouté, dénonçant une mesure scandaleuse.

Du point de vue occidental, la Serbie ne doit avoir aucun choix, aucune liberté de choisir ses partenaires, a ajouté le ministre russe des Affaires étrangères. L’Occident montre clairement qu’il est prêt à utiliser tous les moyens pour mettre de la pression sur la Russie.

« Si une visite du ministre russe des Affaires étrangères est perçue en Occident comme une quasi-menace planétaire, cela veut apparemment dire que tout va très mal là-bas. »— Une citation de  Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères

De tels actes hostiles à l’égard de notre pays sont capables de causer certains problèmes […], mais ils ne peuvent pas empêcher notre diplomatie de poursuivre son travail, a réagi pour sa part le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.Une dizaine de personnes tiennent une pancarte dans un espace public.

Un petit groupe de Serbes a manifesté lundi dans la capitale, Belgrade, pour s’opposer à la venue de M. Lavrov, qui ne s’est finalement pas concrétisée. « À La Haye, pas à Belgrade », peut-on lire sur leur pancarte, en référence au siège de la Cour pénale internationale. Photo: La Presse Canadienne/AP/Darko Vojinovic

Le chef de la diplomatie russe était censé rencontrer à Belgrade le président serbe Aleksandar Vucic, son homologue Nikola Selakovic et le patriarche de l’Église orthodoxe serbe Porfirije. Étant donné la tournure des événements, M. Lavrov a indiqué avoir invité M. Selakovic à se rendre en Russie dans les plus brefs délais.

Le ministre russe a néanmoins assuré que Moscou n’entendait pas répliquer. En ce qui concerne d’éventuelles ripostes, on ne va pas faire quoi que ce soit qui risque de compliquer davantage les liens entre les peuples, a-t-il dit.

Ce n’est pas la première fois que M. Lavrov est empêché de voyager à l’extérieur de la Russie depuis le début de la guerre. Le 1er mars, il avait dû annuler une visite en Suisse et s’était résigné à prononcer un discours par vidéoconférence au Conseil des droits de l’homme. Plusieurs pays, dont le Canada, avaient boycotté ce discours.

À Belgrade, le ministre serbe de l’Intérieur, Aleksandar Vulin, a déclaré qu’il regrettait profondément l’obstruction à la visite de M. Lavrov, qu’il a décrit comme un grand ami avéré de la Serbie.

« Un monde dans lequel les diplomates ne peuvent pas rechercher la paix est un monde dans lequel il n’y a pas de paix. Ceux qui ont empêché la venue de Sergueï Lavrov ne veulent pas la paix, ils rêvent de vaincre la Russie. […] La Serbie est fière de ne pas faire partie de l’hystérie antirusse, et les pays qui y participent auront le temps d’avoir honte. »— Une citation de  Aleksandar Vulin, ministre de l’Intérieur de la Serbie

Malgré la guerre en Ukraine, la Serbie maintient de bonnes relations avec la Russie, et n’a pas adopté de sanctions à son encontre. Les deux pays de culture slave sont des alliés de longue date. Depuis la chute de l’Union soviétique, Moscou a notamment appuyé les revendications serbes dans le dossier du Kosovo.

La Serbie est également très dépendante du gaz russe. La semaine dernière, elle a signé avec Moscou un accord qui prolonge de trois ans son approvisionnement en gaz, alors même que la presque totalité des pays de l’Union européenne, à laquelle Belgrade veut adhérer, disent vouloir trouver de nouveaux fournisseurs.

Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press et Reuters

Ukraine: bombardements sur Kiev, Poutine menace de frapper d’autres cibles

juin 5, 2022
Ukraine: bombardements sur Kiev, Poutine menace de frapper d'autres cibles
Ukraine: bombardements sur Kiev, Poutine menace de frapper d’autres cibles© AFP/Sergei SUPINSKY

Plusieurs frappes russes ont visé Kiev dimanche à l’aube, les premières depuis fin avril, Vladimir Poutine menaçant de frapper de nouvelles cibles si les Occidentaux fournissent des missiles de longue portée à l’Ukraine.

Dans l’est du pays, des combats intenses ont lieu pour le contrôle de la ville stratégique de Severodonestk, où chaque camp a affirmé progresser au cours des derniers jours.

Plusieurs explosions ont eu lieu à l’aube dans le sud-est de la capitale ukrainienne, dans les quartiers de Darnytsky et Dniprovsky, et un blessé a été hospitalisé, selon le maire de Kiev Vitali Klitschko et des témoins.

« J’ai entendu environ six explosions à 5H57 du matin », a déclaré à l’AFP Natalia, 72 ans, qui a été réveillée par les bombardements.

Selon des journalistes de l’AFP sur place, l’armée a installé un corridor de sécurité autour d’une cible interdite d’accès, une infrastructure ferroviaire. Un immeuble rose de 10 étages a eu toutes ses vitres brisées.

« L’agresseur continue de lancer des missiles et de mener des frappes aériennes sur les infrastructures militaires et civiles de notre pays, en particulier à Kiev », a écrit l’état-major de l’armée ukrainienne sur sa page Facebook.

Selon les forces aériennes ukrainiennes, plusieurs missiles de croisière ont été tirés en direction de Kiev par des avions russes TU-95 basés dans la mer Caspienne dont un a été détruit.

Des infrastructures ferroviaires ont été visées, selon diverses sources ukrainiennes, notamment de la société de chemins de fer Ukrzaliznytsia.

Moscou a affirmé avoir détruit des chars livrés par des pays d’Europe de l’Est.

« Des missiles de haute précision et de longue portée tirés (…) sur la banlieue de Kiev ont détruit des chars T-72 fournis par des pays d’Europe de l’Est et d’autres blindés qui se trouvaient dans des hangars », a déclaré le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov.

La société ukrainienne Energoatom qui gère les centrales nucléaires du pays a pour sa part déclaré qu’un missile avait volé à un « niveau extrêmement bas au-dessus de la centrale Pivdenno-Ukraïnska », dans la région de Mykolaïv (sud), dénonçant « un acte de terrorisme nucléaire ». « Ce missile a probablement été tiré en direction de Kiev », selon Energoatom.

La capitale, autour de laquelle l’étau russe s’était desserré fin mars/début avril, n’avait plus été frappée depuis le 28 avril, jour de la visite du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.

« Prolonger le conflit »

Peu après ces bombardements, le président russe a prévenu que Moscou frapperait de nouvelles cibles si les Occidentaux fournissent des missiles de longue portée à l’Ukraine, ce qui selon lui vise à « prolonger le conflit ».

En cas de telles livraisons, la Russie frapperait « des sites que nous n’avons pas visés jusqu’à présent », a déclaré M. Poutine à la chaîne de télévision Rossiya-1, sans plus de détails.

Ces déclarations interviennent quelques jours après que les Etats-Unis ont annoncé leur décision de livrer à l’Ukraine des lance-roquettes multiples Himars d’une portée d’environ 80 km.

Les experts militaires soulignent que cette portée est légèrement supérieure à celle des systèmes analogues russes, ce qui permettrait aux forces de Kiev de frapper l’artillerie adverse en restant hors d’atteinte.

-Combats cruciaux à Severodonetsk –

Dans le même temps dans l’est de l’Ukraine, des combats cruciaux se poursuivaient à Severodonetsk, au coeur de l’offensive russe dans le bassin minier du Donbass.

Cette région orientale est sous le contrôle partiel de séparatistes prorusses depuis 2014 et Moscou espère la conquérir en intégralité.

Au cours des dernières heures, chacun des camps a revendiqué progresser à Severodonestk, la capitale administrative ukrainienne de la région de Lougansk.

« Les Russes contrôlaient environ 70 % de la ville, mais au cours des deux derniers jours ils ont été repoussés. La ville est divisée en deux, ils ont peur de s’y déplacer librement », a déclaré dimanche matin sur Telegram Serguiï Gaïdaï, le gouverneur ukrainien de la région.

Plus tôt samedi, le maire de la ville Olexandre Striouk avait assuré que « nos militaires sont parvenus à se redéployer, à construire une ligne de défense. Actuellement, nous faisons le nécessaire pour rétablir le contrôle total » de la cité, notamment par des « combats de rue ».

Mais à l’inverse, le ministère russe de la Défense avait affirmé samedi que les unités ukrainiennes « ayant subi des pertes critiques lors des combats pour Severodonetsk (jusqu’à 90 % dans plusieurs unités) » se retiraient vers Lyssytchansk, la grande ville voisine.

Pour l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW), la dynamique a changé et désormais les forces ukrainiennes « ralentissent avec succès (…) les assauts russes à Severodonetsk à travers des contre-attaques locales prudentes et efficaces ».

Combats sur d’autres fronts

Les combats se poursuivent aussi sur les autres fronts. Selon le ministre ukrainien de la Défense, « la Russie continue de faire des efforts pour occuper tout notre Etat ». Le Kremlin rêve, a assuré Oleksiï Reznikov, de « rassembler les terres » qu’il considère comme « siennes », y compris « la Pologne, les pays baltes, la Slovaquie et d’autres ».

Crimée, Donbass, sud de l’Ukraine: au total, la Russie a triplé, depuis le début de l’invasion, la superficie de territoire ukrainien sous son contrôle atteignant 125.000 km², soit 20 % du pays, selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Dans la région de Kherson, dans le sud, Moscou « continue de bombarder les territoires occupés et les positions de l’armée ukrainienne », a annoncé la présidence, qui craint une crise humanitaire dans les zones aux mains des Russes.

« Question de survie »

Sur le front diplomatique, le ministre ukrainien des Affaires étrangères avait répondu samedi au président français Emmanuel Macron qui, la veille, répétait qu’il ne fallait « pas humilier la Russie » pour préserver des portes de sortie diplomatiques.

« Nous ferions tous mieux de nous concentrer sur la façon de remettre la Russie à sa place. Cela apportera la paix et sauvera des vies », a rétorqué Dmytro Kouleba, estimant que la position de M. Macron ne peut qu' »humilier la France ».

Dans le même temps, l’USS Kearsarge prenait ses quartiers à Stockholm. Il s’agit du plus gros navire de guerre américain s’étant jamais ancré dans le port de la capitale suédoise.

« Il est important pour nous, les Etats-Unis, ainsi que pour les autres pays de l’Otan, de montrer notre solidarité avec la Finlande et la Suède », a déclaré le général Mark Milley, le chef d’état-major américain, avant des manoeuvres navales annuelles de l’Otan en mer Baltique.

Dimanche soir, sur la pelouse de Cardiff, les Ukrainiens vont tenter de remporter une autre victoire, celle qui qualifierait la sélection nationale au Mondial de football.

« Nous avons tous compris que le match contre le pays de Galles ne sera pas une question de condition physique ou de tactique, mais bien de survie. Tout le monde va se battre pour cela et tout donner », a expliqué le défenseur Oleksandre Zinchenko, comme pour mieux faire corps avec les soldats ukrainiens, à défaut de pouvoir combattre à leur côté.

Par Le Point avec AFP

L’armée russe contrôle « environ 20 % » de l’Ukraine, admet Zelensky

juin 2, 2022
Deux jeunes garçons ukrainiens jouent aux soldats portant un casque et un fusil.

Deux garçons ukrainiens – Andrii, 12 ans, et Valentyn, 6 ans – s’imaginent en combattants ukrainiens à un point de contrôle de fortune dans leur village de Stoyanka, en banlieue de Kiev. Photo: Getty Images/Christopher Furlong

À la veille du 100e jour du début de la guerre, l’armée russe contrôle « environ 20 % » du territoire ukrainien, a annoncé jeudi le président ukrainien Volodymyr Zelensky lors d’un discours devant le Parlement du Luxembourg.

La superficie occupée fait presque 125 000 kilomètres carrés , a-t-il dit, un territoire beaucoup plus grand que les territoires combinés du Benelux, constitué par la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg.

Au terme de la guerre de 2014, qui s’est soldée par la perte de la Crimée et d’une partie des territoires des régions de Donetsk et Louhansk, l’Ukraine avait été amputée de 43 000 km carrés, a-t-il observé.

À l’heure actuelle, la ligne de front, qui s’étend de Kharkiv à Mykolaïv, en passant par les régions de Louhansk, Donetsk, Zaporijia et Kherson, s’étend sur plus de 1000 kilomètres, a estimé M. Zelensky.

Selon lui, les troupes russes ont placé des mines sur des territoires totalisant 300 000 kilomètres carrés et ont réussi à entrer dans 3620 villes et villages du pays, dont 1017 ont été libérées par l’armée ukrainienne.

« Pourquoi nous battons-nous? Pour ce que nous sommes. Et pour rester ce que nous sommes : libres, indépendants, ouverts et unis avec tous les Européens. »— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine

Le président ukrainien a affirmé que 30 000 soldats russes ont été tués depuis le début de l’invasion, un chiffre invérifiable, mais nettement plus élevé que celui avancé par les services de renseignement occidentaux.Un enfant se balance devant un immeuble éventré et en partie calciné.

Un enfant se balance devant un immeuble détruit par une frappe russe en banlieue de Kiev. Photo : Getty Images/Pierre Crom

M. Zelensky a estimé qu’au moins des dizaines de milliers de civils ukrainiens ont été tués dans l’offensive russe, mais est demeuré muet sur les pertes subies par son armée.

Dans une entrevue accordée mercredi au réseau américain Newsmax, le président ukrainien avait cependant avancé qu’entre 60 et 100 combattants ukrainiens sont tués chaque jour et qu’environ 500 autres sont blessés.

Il a aussi rappelé que 17 millions d’Ukrainiens ont été chassés de leur domicile depuis le début du conflit, dont 5 millions, essentiellement des femmes et des enfants, ont quitté le pays.

Plus d’armes, implore Zelensky

Fidèle à son habitude, M. Zelensky a plaidé devant le Parlement luxembourgeois pour que les pays occidentaux envoient plus d’armes à l’Ukraine, et pour qu’ils continuent d’imposer plus de sanctions à la Russie.

Il demande notamment aux Européens de ne pas se contenter de geler des avoirs russes, mais de les confisquer au profit de la reconstruction de l’Ukraine.

« Nous devons trouver un moyen juridique de les confisquer pour compenser les dommages que la Russie a faits aux victimes de la guerre. Ce sera juste, et instructif pour l’agresseur.  »— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine

Le discours du président Zelensky a été prononcé alors que l’armée russe continue de resserrer son étau sur Sievierodonetsk, dernier pré carré ukrainien dans la région de Louhansk, avec sa ville jumelle de Lyssytchansk.

La ville est désormais « occupée à 80 % » par les forces russes et des combats de rue y font toujours rage, a indiqué le gouverneur de la région, Serguiï Gaïdaï, dans un message publié sur Telegram.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les forces russes ont aussi bombardé plusieurs lignes de chemin de fer dans la région de Lviv, dans l’ouest, où arrivent notamment les armes livrées à l’Ukraine par les pays occidentaux.

Les combats et bombardements se poursuivent également dans la région de Kherson, en partie conquise par les Russes, mais où les Ukrainiens ont lancé une contre-offensive en fin de semaine.

Radio-Canada par François Messier avec les informations de Agence France-Presse

Levée du blocus d’Odessa : Macron propose de passer par l’ONU

mai 31, 2022

Moscou bloque tous les navires présents dans le port ukrainien depuis plusieurs semaines. En conséquence, l’Occident redoute une pénurie de céréales.

20 millions de tonnes de cereales sont actuellement bloquees a Odessa.
20 millions de tonnes de céréales sont actuellement bloquées à Odessa.© BENJAMIN FURST / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Le président français Emmanuel Macron a annoncé mardi 31 mai avoir proposé à Vladimir Poutine le vote d’une résolution à l’ONU pour lever le blocus russe du port d’Odessa, l’objectif étant de permettre l’exportation des céréales ukrainiennes qui y sont bloquées. « J’ai proposé, dans la discussion que nous avons eue avec (le chancelier allemand) Olaf Scholz samedi dernier, au président Poutine que nous prenions l’initiative d’une résolution aux Nations unies pour donner un cadre très clair à cette opération », a-t-il déclaré à l’issue d’un sommet européen à Bruxelles.

En effet, depuis plusieurs semaines, la Russie impose dans la mer Noire un blocus aux ports ukrainiens, en particulier à celui d’Odessa. Et ce, alors que l’Ukraine cherche désespérément à exporter les quelque 20 millions de tonnes de céréales stockées dans les silos du pays d’ici aux prochaines récoltes prévues cet été, qui nécessiteront à leur tour d’être entreposées.

« La décision dépend d’un accord de la Russie et des garanties qu’elle apporte : face au déminage (du port d’Odessa) qui est indispensable pour que les vraquiers et bateaux puissent être acheminés et prendre ces céréales, (il faut) des garanties de sécurité apportées aux Ukrainiens pour éviter qu’ils ne soient attaqués », a insisté le président français. Kiev a besoin de « garanties légitimes de sécurité, c’est le cadre des Nations unies qui nous permettra de le faire », a ajouté le chef de l’État, tout en soulignant également « le rôle très important de la Turquie, compte tenu de sa responsabilité dans la mer Noire » et de ses échanges récents avec Moscou.

Des « routes prioritaires » temporairement mises en place

« Il n’est pas question que, sous le couvert d’un corridor maritime pour des raisons humanitaires, il y ait une fragilisation de la situation sécuritaire de l’Ukraine », a renchéri devant la presse Charles Michel, président du Conseil, l’organe de représentation des États membres.

Dans l’immédiat, la Commission européenne a également proposé de mettre sur pied des « routes prioritaires » par route et par chemin de fer, en mobilisant les capacités de fret de l’UE, pour acheminer une partie des stocks de céréales bloqués. « Nous travaillons sur cette proposition de la Commission, et avons discuté lors du sommet sur les différentes possibilités pour trouver des routes alternatives, mais c’est compliqué, pour des raisons logistiques, et c’est plus onéreux », a souligné le président du Conseil européen. Ces voies alternatives par train et par route permettront au mieux de transporter un tiers des stocks de blé, a confié à l’Agence France-Presse un responsable européen.

Par Le Point avec AFP