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Mali : la Chine et la Russie bloquent les sanctions au Conseil de sécurité

janvier 12, 2022
Des partisans d’une intervention russe au Mali, lors d’une manifestation en faveur des putschistes à Bamako, en septembre 2020. © /AP/SIPA

Pékin et Moscou ont fait front, mardi 11 janvier, pour empêcher l’adoption par le Conseil de sécurité d’une résolution, présentée par la France, soutenant les sanctions imposées par la Cedeao au Mali.

La passe d’armes était attendue. Elle s’est déroulée comme prévue. Deux jours après les sanctions imposées à Bamako par la Cedeao, le 9 janvier, la situation politique au Mali a été inscrite à l’ordre du jour du Conseil de sécurité des Nations unies. Mais impossible de trouver un consensus. Le texte présenté par la France, qui souhaitait que le Conseil soutienne les décisions prises par les chefs d’État ouest-africains lors du sommet extraordinaire d’Accra, a été retoqué. La Russie et la Chine ayant marqué leur opposition à ce que Vassily Nebenzia, le représentant de Moscou, a qualifié « d’ingérences étrangères excessives […] qui ne font que compliquer la situation ».

« Ce qui se passe au Mali est une véritable fuite en avant de la junte qui, au mépris de ses engagements, souhaite confisquer le pouvoir pendant des années et priver le peuple malien de ses choix démocratiques », avait déclaré quelques heures plus tôt Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères. « Une transition en cinq ans n’est pas dans l’intérêt du peuple malien », a déclaré en écho Linda Thomas-Greenfield, la représentante des États-Unis à l’ONU, lors des débats de ce mardi à New York, avant de s’inquiéter de la présence au Mali « d’individus liés au groupe Wagner ». Une « menace pour le peuple malien et la Minusma [mission de l’ONU au Mali] juge l’Américaine.

Les représentants du « A3 », les trois pays africains membres non permanents du Conseil (le Ghana, le Gabon et le Kenya), ont eux aussi plaidé en faveur d’un appui aux sanctions prononcées par la Cedeao. Le Conseil doit « appuyer la fermeture des frontières terrestres et aériennes entre les pays de la région et le Mali ainsi que le gel des avoirs de l’État malien dans les banques régionales de la Cedeao », a notamment déclaré Michel Xavier Biang, le représentant du Gabon, réclamant par ailleurs un soutien logistique, matériel et financier en faveur de la force militaire conjointe du G5 Sahel.

Pékin et Moscou sur la même ligne

En face, le représentant de la Russie a estimé que le retour à l’ordre constitutionnel devait « tenir compte des réalités sur le terrain » et insisté sur la nécessité de sécuriser le pays avant d’envisager d’éventuelles élections. « La Fédération de Russie soutient le principe “à problèmes africains, solutions africaines” », a déclaré le diplomate, affirmant par ailleurs – sans jamais prononcer le nom de la société Wagner – que « les Maliens ont le droit d’interagir avec d’autres partenaires qui sont prêts à coopérer avec eux dans le domaine du renforcement de la sécurité ».

Dai Bing, le représentant permanent adjoint de Pékin, lui a emboîté le pas, appelant «  les forces qui sont hors de la région à se garder d’exercer des pressions sur le Mali ».

« Ceux qui entretiennent cette campagne de fausses informations savent pertinemment que le Mali n’a pris aucun engagement auprès de Wagner et qu’il n’y a aucun mercenaire présent sur le sol malien », a pour sa part martelé Issa Konfourou, l’ambassadeur du Mali auprès des Nations unies, dénonçant une « campagne de désinformation ».

Paris devrait maintenant se tourner vers l’Union européenne (UE) pour tenter de faire pression sur le Mali. Emmanuel Macron a en effet assuré que la France et l’UE, dont son pays assure la présidence tournante, soutenaient la « position très claire et ferme » de la Cedeao face aux « dérives de la junte ».

Alger appelle à une transition « raisonnable »

Dans le bras de fer diplomatique qui s’est intensifié depuis l’annonce des sanctions « dures » prises à l’encontre de Bamako, Assimi Goïta a trouvé un allié auprès du colonel Mamadou Doumbouya, le président de transition en Guinée. Le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) a en effet annoncé lundi que les frontières terrestres, aériennes et maritimes de son pays avec le Mali resteront ouvertes.

En revanche, Alger a joint sa voix aux tenants d’une réduction drastique de la durée de transition. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a enjoint les militaires maliens au pouvoir à adopter « une attitude responsable et constructive » et a jugé, selon des propos rapportés par les services de la présidence, « raisonnable et justifiable une période de transition d’une durée ferme de douze à seize mois ».

Par Jeune Afrique avec AFP

Russie: Moscou annonce la fin des manœuvres militaires près de l’Ukraine

décembre 25, 2021
Un soldat russe.

Un soldat de l’armée russe participe à des exercices sur un champ de tir. Photo: Associated Press

Plus de 10 000 militaires russes sont rentrés dans leurs bases après des exercices d’un mois dans le sud de la Russie, notamment près de la frontière ukrainienne au cœur de vives tensions, a indiqué samedi Moscou.

Le ministère russe de la Défense a affirmé que ces manœuvres d’entraînement au combat avaient eu lieu sur plusieurs terrains militaires dans les régions russes de Volgograd, de Rostov, de Krasnodar, et de Crimée annexée, des zones à proximité immédiate de l’Ukraine.

Le ministère précise que des exercices ont également eu lieu dans des territoires russes plus éloignés de la frontière ukrainienne, dans les régions de Stavoropol, d’Astrakhan, du Caucase nord, mais aussi en Arménie, en Abkhazie et en Ossétie du Sud.

Dans son communiqué, l’armée russe ne précise pas dans quelles bases ces troupes ont été redéployées.

Afin d’assurer un état d’alerte élevé pendant les fêtes de fin d’année sur les sites militaires du district militaire Sud, des unités de garde, des renforts et des forces seront affectés pour faire face à d’éventuelles situations d’urgence, a-t-elle ajouté.

Une réponse à l’Occident?

Depuis plus d’un mois, la Russie est accusée par les Occidentaux d’avoir massé des dizaines de milliers de soldats près de la frontière ukrainienne, en vue d’une possible intervention militaire contre Kiev.

Moscou nie toute intention belliqueuse et affirme être menacée par des provocations de Kiev et de l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN, et exige que l’Alliance s’engage à ne pas s’élargir en ex-Union des républiques socialistes soviétiquesURSS. Ces demandes doivent être abordées lors de négociations russo-américaines en janvier.

Les relations entre Kiev et Moscou sont déjà très tendues depuis l’annexion en 2014 par la Russie de la péninsule ukrainienne de Crimée et le début d’une guerre entre les troupes ukrainiennes et des séparatistes prorusses dans l’Est.

Dans une interview vendredi avec l’Agence France-PresseAFP, le secrétaire du Conseil de sécurité national ukrainien, Oleksiy Danilov, a toutefois minimisé le risque d’une escalade imminente.

Selon lui, le nombre de soldats russes autour de l’Ukraine n’a que légèrement augmenté, de 93 000 en octobre à environ 104 000 actuellement.

Par Le Point avec AFP

La Russie ne peut pas « imposer ses vues » à l’Otan, selon la ministre allemande de la Défense

décembre 19, 2021
La Russie ne peut pas "imposer ses vues" a l'Otan, selon la ministre allemande de la Defense
La Russie ne peut pas « imposer ses vues » à l’Otan, selon la ministre allemande de la Défense© AFP/PETRAS MALUKAS

La Russie ne peut pas « imposer ses vues » à l’Otan sur la sécurité régionale, a déclaré dimanche la ministre allemande de la Défense, Christine Lambrecht, alors que la tension grimpe entre Moscou et les Occidentaux à propos de l’Ukraine.

Mme Lambrecht s’exprimait durant une visite en Lituanie –son premier déplacement à l’étranger– où elle a inspecté des unités militaires présentes dans ce pays membre de l’Otan. Le déploiement de dizaines de milliers de soldats par la Russie à sa frontière avec l’Ukraine inquiète la Lituanie, comme les autres pays baltes, l’Estonie et la Lettonie.

« Nous devons résoudre cette situation tendue dans laquelle nous sommes actuellement, à la fois diplomatiquement et avec une dissuasion crédible », a-t-elle déclaré aux journalistes sur la base militaire de Rukla. « Nous devons nous parler, ce qui signifie discuter des propositions que la Russie a avancées. Cela est juste et important ».

« Mais il n’est pas possible que la Russie impose ses vues aux partenaires de l’Otan », a ajouté la social-démocrate, ministre de la Défense de la nouvelle coalition au pouvoir en Allemagne.

Mme Lambrecht a rencontré son homologue lituanien Arvydas Anusauskas, lequel a noté que « les forces mobilisées par la Russie dans la région de Kaliningrad sont dix fois supérieures au bataillon déployé à Rukla » par l’Otan.

Demandes « impossibles »

« Dans cette situation, les demandes de la Russie qui affaiblissent la sécurité de nos pays sont tout simplement impossibles à mettre en oeuvre. Je pense qu’elles doivent être rejetées », a déclaré aux journalistes M. Anusauskas.

Environ 550 soldats allemands sont déployés sur la base de Rukla en Lituanie, pays où l’Allemagne est à la tête du bataillon international de l’Otan.

Des unités militaires similaires avaient été envoyées dans d’autres États baltes et en Pologne en 2017 pour dissuader les Russes d’une éventuelle agression après l’annexion de la Crimée trois ans auparavant par Moscou, qui a également aidé les séparatistes à s’emparer de certaines régions de l’Est de l’Ukraine.

Après avoir massé quelque 100.000 soldats près de l’Ukraine, la Russie a fait la semaine dernière des propositions visant à contenir le rôle des États-Unis et de l’Otan dans l’ancienne Union soviétique et en Europe de l’Est, appelant à des négociations d’urgence avec Washington.

Moscou demande que l’Alliance atlantique n’accueille pas de nouveaux membres et n’établisse pas de bases dans les ex-républiques soviétiques. Les Occidentaux ont menacé la Russie de fortes sanctions si ses soldats pénétraient en Ukraine.

Avant son départ pour la Lituanie, Mme Lambrecht a appelé à des sanctions renforcées contre la Russie. Les responsables d’une agression quelconque doivent subir « des conséquences personnelles », a-t-elle déclaré à l’hebdomadaire allemand Bild am Sonntag, ajoutant que l’Allemagne et ses alliés devaient « avoir dans le viseur » le président russe Vladimir Poutine et son entourage.

« Nous devons épuiser toutes les possibilités de sanctions diplomatiques et économiques », a-t-elle également dit à Bild am Sonntag. « Et chaque pas supplémentaire doit être effectué en accord avec nos alliés ».

Jeudi, l’Otan et un sommet de l’Union européenne ont mis en garde Moscou contre de « lourdes conséquences » en cas d’intervention militaire après avoir rejeté la volonté de veto de la Russie sur la possible adhésion de Kiev à l’Alliance.

Le sommet européen a reconduit pour six mois les sanctions économiques imposées à la Russie après l’annexion de la Crimée en 2014. Sur les nouvelles sanctions envisagées, aucun détail n’a été communiqué.

Le président lituanien Gitanas Nauseda a estimé après ce sommet que la situation sécuritaire régionale était « probablement (….) la plus dangereuse depuis trente ans ».

Par Le Point avec AFP

Pourquoi la Russie masse-t-elle des troupes à la frontière ukrainienne?

décembre 11, 2021
Un soldat portant une arme

Les soldats ukrainiens en alerte dans le Donbass. Photo: AFP via Getty Images / Anatoli Stepanov

Le déploiement de 100 000 soldats russes à la frontière ukrainienne inquiète les capitales occidentales. Même si le Kremlin nie projeter une invasion et affirme répondre plutôt aux activités croissantes de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), les risques d’une escalade ne peuvent être écartés.

À quoi s’attendre au cours des prochaines semaines? Et quels sont les objectifs de Vladimir Poutine? Les réponses de Marie Dumoulin, directrice du programme Europe élargie au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR).

Qu’arrive-t-il à la frontière de la Russie et de l’Ukraine et pourquoi en parle-t-on maintenant?

La crise, en réalité, dure depuis 2014, mais elle était un peu sortie des radars du grand public parce que c’était un conflit de basse intensité. Cependant, les combats n’ont jamais cessé dans le Donbass. Le changement, au cours des dernières semaines et des derniers mois, puisque ça a commencé au printemps, c’est le renforcement des capacités militaires russes aux frontières de l’Ukraine. Ce renforcement, on le constate, il y a des images. Ce qu’on ne sait pas, c’est la finalité recherchée. Est-ce qu’il s’agit effectivement de préparer une offensive? Et s’il s’agit d’une offensive, alors quel serait son objectif?

« Est-ce qu’il s’agit simplement de renforcer la pression ou plutôt d’envoyer un signal à l’Ukraine, aux pays occidentaux, aux États-Unis? Il y a beaucoup d’hypothèses possibles. »— Une citation de  Marie Dumoulin, chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales.

Quel est l’objectif des Russes?

Dans cette nouvelle phase, on a l’impression que les Russes cherchent à tester les réactions des pays occidentaux. Est-ce qu’il y a unité ou est-ce que ça suscite des divisions? Quel type de réaction vont-ils adopter dans l’hypothèse d’une offensive? Est-ce qu’on se limitera à des sanctions ou est-ce qu’on peut aller plus loin?

Ensuite, c’est de faire pression sur l’Ukraine dans deux buts :

1. Empêcher que les Ukrainiens n’aient une posture plus assertive dans le Donbass [territoire contrôlé par les séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine]. Les Russes leur signalent très clairement que, s’ils font quoi que ce soit dans le Donbass, ils vont se faire tomber dessus.

2. La faire changer de politique et notamment l’amener à mettre en œuvre les accords de Minsk [accords de cessez-le-feu de 2015] selon la lecture des Russes, c’est-à-dire obliger l’Ukraine à négocier directement avec les séparatistes et à faire des concessions sur d’autres sujets, tels que l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN.

Enfin, l’idée était sans doute aussi d’établir un dialogue avec les Américains sur l’architecture de sécurité européenne; l’Ukraine et son statut vis-à-vis de l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN étant un élément de cette problématique. Mais ce n’est pas le seul, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle Poutine voulait parler directement à Joe Biden. De ce point de vue, l’objectif est accompli, puisqu’il y a eu un premier contact. Les deux chefs d’État ont convenu qu’il y aurait une poursuite des discussions sur la crise actuelle entre leurs équipes.

Le président russe, assis au bout d'une longue table, regarde un écran placé à distance sur lequel on voit Joe Biden.

Lors de la vidéoconférence, Joe Biden a menacé Vladimir Poutine de « fortes sanctions » économiques s’il envahissait l’Ukraine, tandis que le président russe a exigé des garanties sur un gel de l’expansion de l’OTAN. Photo : Reuters/Sputnik

Vladimir Poutine a donc obtenu ce qu’il souhaitait en ayant une rencontre avec le président Biden?

Un de ses objectifs était de pouvoir parler directement au président Biden sur ces sujets qui, jusqu’à présent, étaient plutôt traités avec la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Emmanuel Macron. Là, les Russes ont très clairement signalé qu’ils ne voulaient plus parler aux Européens, mais qu’ils souhaitaient s’adresser directement aux Américains. On peut considérer que le contact du 7 décembre, c’est le début de ce processus.

Ensuite, ce contact a permis à Joe Biden de rappeler les fondamentaux de la position américaine, soit le soutien à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine, et de signaler à Vladimir Poutine que, dans le cas d’une offensive militaire contre l’Ukraine, il y aurait des conséquences très sérieuses pour la Russie. Donc, cela a permis aux deux côtés de passer des messages.

Les États-Unis envisagent-ils d’envoyer des troupes américaines en Ukraine?

Je ne crois pas qu’il en soit question. Il y a des troupes américaines en Europe, mais dans des pays de l’OTAN; et l’Ukraine n’étant pas membre de l’OTAN, la question ne se pose pas dans les mêmes termes. Les conséquences sérieuses sont effectivement des sanctions, mais des sanctions économiques vigoureuses qui feraient vraiment mal à l’économie russe.

Il n’est pas exclu, par ailleurs, qu’il y ait une augmentation de l’assistance militaire à l’Ukraine de la part d’un certain nombre de pays, dont le Canada, qui en a déjà fait pas mal, notamment en termes de formation, au cours des dernières années.

Le Royaume-Uni et la Turquie pourraient y participer aussi. Cela renforcerait les capacités militaires ukrainiennes, ce qui augmenterait le coût d’une action militaire russe. Cela dit, même avec de l’assistance militaire, on n’amènera pas les forces armées ukrainiennes au niveau des forces armées russes; c’est plutôt un soutien politique et symbolique.

En habit de combat, Volodymyr Zelensky marche dans un boisé enneigé avec des soldats.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a visité le 6 décembre la ligne de front à Donetsk, dans le Donbass. Photo: Via Reuters

La question à laquelle on n’a pas vraiment de réponse, c’est le prix que les Russes sont prêts à payer pour atteindre leurs objectifs en Ukraine, même si on n’a pas de certitude non plus sur ces objectifs. Leur but ultime est de conserver une influence sur l’Ukraine et d’éviter qu’elle se rapproche davantage des pays occidentaux et de l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN; mais est-ce que ça passe par le maintien d’un conflit de basse intensité dans le Donbass ou est-ce que ça passe par d’autres vecteurs, notamment des forces prorusses en Ukraine et peut-être même au sein des institutions ukrainiennes? C’est sans doute un moyen qui est envisagé par les Russes.

Je ne suis pas certaine qu’une offensive militaire de grande ampleur leur permettrait de parvenir à leur objectif, parce que ça viendrait plutôt renforcer la cohésion des Ukrainiens autour de leur indépendance.

De plus, cela aurait un coût considérable, à la fois économique, militaire et sans doute politique aussi en Russie même, parce que le fait de lancer une offensive militaire contre un peuple qui est considéré comme un peuple frère par les Russes, ça ne sera pas sans conséquence politique en Russie.

Y a-t-il un coût pour la Russie de maintenir cette pression à la frontière à long terme?

Oui et non. Parce que ces forces existent de toute façon et que leur déploiement sur le territoire russe dépend de la manière dont la Russie définit ses propres priorités stratégiques et dont elle perçoit les menaces.

Si ce qu’elle perçoit comme une plus grande menace, c’est son flanc occidental, ou si elle estime que, pour préserver ses intérêts stratégiques, il faut que ces forces-là soient stationnées de manière durable aux frontières avec l’Ukraine, alors, ça fait sens de les maintenir là. Il n’est pas exclu que, dans quelques mois ou quelques semaines, il y ait un retrait progressif [comme ça s’est fait au printemps] sans pour autant qu’on revienne au niveau antérieur.

Il est possible également qu’on soit dans une deuxième étape, où la Russie consolide son dispositif militaire aux frontières de l’Ukraine et s’entraîne à déployer rapidement un dispositif important dans cette région. Et puis, d’ici quelques semaines, elle pourra diminuer un peu ce dispositif, mais sans revenir au niveau antérieur pour que, petit à petit, le seuil où les Occidentaux réagissent soit de plus en plus élevé.

« On va, en quelque sorte, s’habituer à ce qu’il y ait des Russes à la frontière de l’Ukraine. »— Une citation de  Marie Dumoulin, chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales.

N’y a-t-il pas, du côté de Vladimir Poutine, un calcul en disant : puisqu’on ne fait plus affaire avec Donald Trump, qui était assez imprévisible et aurait pu réagir de façon extrême, mais plutôt avec un Joe Biden beaucoup plus prudent, c’est le moment d’en profiter?

Cela rentre certainement dans les calculs russes, mais plutôt parce qu’ils perçoivent le président Biden comme quelqu’un avec qui ils peuvent parler. Paradoxalement, Donald Trump était plus malléable, en quelque sorte. Le président Poutine sait que s’il parvient à s’entendre avec M. Biden sur quelque chose, ce ne sera pas remis en cause dès le lendemain.

Donc, oui, il y a cet élément personnel, et il y a aussi peut-être la perception d’une Amérique qui, se tournant davantage vers la Chine, se détourne un peu de l’Europe et serait prête, peut-être, à accepter un accord avec la Russie pour se débarrasser du problème, en quelque sorte.

Il y a peut-être aussi la perception d’une fragilisation des alliances autour des États-Unis. Ce qui s’est passé en Afghanistan a évidemment laissé des traces, tout comme l’épisode AUKUS [un partenariat conclu en secret entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie pour contrer la Chine] et la réaction française.

Les Russes se disent peut-être que c’est le moment d’essayer de jouer sur d’éventuelles divisions. Par ailleurs, il n’est pas exclu qu’ils pensent que le temps joue en leur défaveur, puisqu’à mesure que l’Ukraine renforce ses capacités militaires, le coût d’une pression effective par la Russie sera de plus en plus élevé.

Avec Radio-Canada par Ximena Sampson, propos édités par souci de clarté et de concision.

Babacar Gaye : « Si Wagner n’était pas russe, les réactions auraient été différentes »

décembre 11, 2021
Le général Babacar Gaye à Damas, en mai 2012 © REUTERS/Khaled al-Hariri

L’ACTU VUE PAR. Chaque samedi, Jeune Afrique invite une personnalité à décrypter des sujets d’actualité. Ancien chef d’état-major de l’armée sénégalaise, le général Babacar Gaye revient sur les transitions au Mali et en Guinée, les mercenaires russes et la pression terroriste.

De cette sixième édition du Forum de Dakar, qui se veut un espace ouvert de discussions sur les thèmes sécuritaires, le général Babacar Gaye repart satisfait. L’ancien chef d’état-major de l’armée sénégalaise, militaire chevronné rompu aux opérations de maintien de la paix, qui participe régulièrement à de tels événements et à des conférences sur la sécurité collective, se réjouit de voir que les chefs d’États ont « donné le la » de la rencontre.

Du discours du Sud-Africain Cyril Ramaphosa, qui a dénoncé sans détours la « rapacité » des pays européens sur la question des vaccins contre le Covid-19, à celui de son homologue nigérien Mohamed Bazoum sur la lutte contre le terrorisme, le Forum a permis aux dirigeants africains de s’exprimer sur la situation sanitaire et sécuritaire du continent. L’ancien chef de la Minusca a aussi entendu les critiques du président de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, jugeant « obsolète » le modèle actuel de maintien de la paix.

À quelques heures de la fin de ce rendez-vous, le saint-cyrien a répondu aux questions de Jeune Afrique sur les thèmes centraux de l’actualité sécuritaire du continent.

Jeune Afrique : Plusieurs chefs d’État ont fermement affirmé, au cours du Forum de Dakar, la nécessité pour les pays africains de redéfinir leurs relations avec leurs partenaires. Ce type d’évènement est-il un moyen de le faire ?

Babacar Gaye : Absolument. Demander une redéfinition des débats, c’est un premier pas vers l’affirmation de son identité. Nous sommes malheureusement très souvent en situation de demandeurs, mais nous voulons prendre une part plus importante dans la solution des problèmes que nous vivons.

IL EST TRAGIQUE QU’UN ÉTAT EN SOIT RÉDUIT À DEVOIR FAIRE APPEL À UNE SOCIÉTÉ DE SÉCURITÉ PRIVÉE

La ministre française des Forces armées, Florence Parly, n’a pas manqué de rappeler que Paris voit d’un très mauvais œil la possible présence de mercenaires russes de Wagner dans la région. Les États africains ont-ils le droit de vouloir diversifier leurs partenaires ?

Les États ont le choix, ou plutôt devraient avoir le choix, de sélectionner leurs partenaires. Chaque pays doit pouvoir définir ses choix stratégiques, pourvu qu’ils soient pertinents. Malheureusement, c’est généralement l’expérience qui permet de le déterminer. Mais personne ne peut dire au Mali ce qu’il doit faire. Évidemment, si cette société privée n’était pas russe, les réactions n’auraient pas été les mêmes. C’est regrettable de voir l’Afrique redevenir un enjeu stratégique dans une guerre froide qui ne dit pas son nom. Quoi qu’il en soit, il est tragique qu’un État en soit réduit à devoir faire appel à une société de sécurité privée. Le vrai drame est là.

Florence Parly a d’ailleurs évoqué le « potentiel déstabilisateur » de Wagner en Centrafrique, un théâtre d’action que vous connaissez bien. Jugez-vous ses arguments pertinents ?

Pour se faire une opinion sur les hommes de Wagner, il faut se fonder sur les rapports dont ils font l’objet, comme celui réalisé récemment par l’Union européenne (UE) [le Service européen d’action extérieure a établi en novembre dernier que les mercenaires contrôlent certaines unités de l’armée centrafricaine].

La question de la pression terroriste à laquelle sont soumis les pays côtiers a également été abordée lors du Forum. Quelles actions concrètes sont mises en place pour contrer la menace ?

Au moment de l’opération Serval, menée [par l’armée française en 2013] pour protéger Bamako, tous les États ouest-africains ont pris conscience de leur faiblesse. Ils se sont demandé « qu’est-ce que l’on peut faire pour le Mali ? » et se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient pas faire grand-chose. Ils ont alors dû réfléchir, adapter leur législation, renforcer leurs services de renseignement et améliorer leur coordination.

Dans l’opinion publique, le soufflet est un peu retombé. C’est normal, on ne peut pas tout le temps être le couteau entre les dents. Mais les budgets de la défense des pays ouest-africains ont été révisés à la hausse. Les pays ont compris qu’ils jouaient leur propre survie. Malheureusement, il ne suffit pas d’acheter des équipements. Ce qui les valorise, ce sont les hommes, et il faut un certain temps pour les former.

BIEN QUE SOUTENUS PAR LES POPULATIONS, LES COUPS D’ÉTAT NE PEUVENT REPRÉSENTER UN MODE DE DÉVOLUTION DU POUVOIR

L’attaque d’Inata du 14 novembre a mis en lumière des soldats burkinabè livrés à eux-mêmes, dans un pays soumis à une forte pression jihadiste. Comment expliquer cette situation ?

Si on en arrive à ce qu’un détachement soit à court de vivres, à court d’eau, il est clair qu’il y a un problème. Le président burkinabè [Roch Marc Christian Kaboré] a d’ailleurs rejeté les conclusions du rapport d’enquête, en demandant à ce que ce dysfonctionnement soit expliqué.

Des soldats burkinabè lors d’un exercice en février 2019 (image d’illustration).
Des soldats burkinabè lors d’un exercice en février 2019 (image d’illustration). © DR / Forces armées burkinabè

Quel rôle peuvent jouer le Mali et la Guinée, en pleine transition après des coups d’États, pour améliorer la situation sécuritaire régionale ?

On pourrait s’attendre à ce que des pays temporairement gouvernés par des militaires fassent un effort particulier sur les questions de sécurité et de défense. Mais ce n’est pas toujours le cas. L’instabilité politique créée par les transitions est évidemment défavorable au climat sécuritaire. Mais si elles sont le seul remède à l’impopularité et à la mauvaise gouvernance, on doit bien s’en accommoder, et souhaiter un retour rapide à la normale. Je crois que c’est ce que défendent à la fois la Cedeao et l’UA. Bien que soutenus par les populations, ces coups d’État ne peuvent représenter un mode de dévolution du pouvoir, qui ne constitue nullement une forme de progrès.

Doit-on regretter l’absence de délégations officielles malienne et guinéenne au Forum de Dakar ?

Je pense qu’il faut laisser les autorités remettre de l’ordre dans leur pays. Elles ont d’autres priorités.

AVEC LE RETENTISSEMENT MÉDIATIQUE DE LEURS ACTIONS, LES GROUPES ARMÉS PEUVENT PORTER DES COUPS TRÈS DURS AUX ARMÉES RÉGULIÈRES

Le président nigérien Mohamed Bazoum a livré un discours remarqué ce 6 décembre, en insistant sur l’asymétrie de la guerre que livrent les États sahéliens. Partagez-vous son analyse ?

Dans ces crises intraétatiques, les groupes armés sont en mesure de prendre le dessus sur les armées régulières, pour lesquelles les investissements n’ont pas été faits à temps. Ils sont capables, avec le retentissement médiatique de leurs actions, de leur porter des coups très durs. En cas d’attaque visant un contingent qui n’est pas ravitaillé, un soldat se dit qu’il ne sera pas évacué et va mourir sur place. C’est très mauvais pour le moral des troupes.

Ces armées sont-elles bien équipées face à leurs adversaires ?

Lorsqu’un avion de chasse d’un partenaire du Nord surveille une colonne de motos appartenant aux jihadistes et qu’il tire une munition extrêmement précise, à distance de sécurité, contre ces hommes dont il ne sait pas si ce sont des chefs ou des seconds couteaux, il utilise une munition qui peut coûter jusqu’à vingt fois le prix des engins visés.

La difficulté des armées à s’adapter à la contre-guérilla est bien connue. Elles n’ont pas été conçues pour affronter des bandes rebelles et doivent mettre en place des méthodes d’action qui leur semblent presque « désorganisées ». Elles essayent donc de former des petites unités soudées. D’où la création de formations spéciales, qui travaillent en modes dégradés, en groupes restreints, et qui peuvent prendre l’ascendant.

SI L’ONU, BARKHANE, L’ARMÉE MALIENNE ET LE G5 SAHEL AVAIENT TRAVAILLÉ ENSEMBLE, ON AURAIT SANS DOUTE PU ÉVITER LA SITUATION ACTUELLE

Cette nécessité est-elle suffisamment prise en compte par les États et leurs partenaires ?

La clé de la coopération est le transfert d’expertises. La où nous avons un officier pour faire quelque chose, une armée du Nord en a peut-être cinq qui réfléchissent, dix qui conçoivent et d’autres qui développent du matériel pour valoriser l’action du capitaine sur le terrain.

Quel regard portez-vous sur la « transformation » de la force française Barkhane ?

Le théâtre d’opération malien comporte à la fois une force onusienne, une force dite parallèle avec Barkhane, l’armée malienne et la force conjointe du G5 Sahel. Si ces entités avaient été plus intégrées, si les gens avaient travaillé ensemble, on aurait sans doute pu éviter la situation actuelle. Mais pour cela, il aurait fallu que les agendas politiques soient harmonisés.

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré – è Dakar

La Russie reconnaît avoir détruit un satellite avec un missile

novembre 16, 2021

Les Etats-Unis avaient accusé lundi la Russie d’avoir mené un tir de missile antisatellite « dangereux et irresponsable ». Les astronautes de l’ISS se sont préparés à une éventuelle évacuation d’urgence.

La Station spatiale internationale, le 4 octobre 2018.
La Station spatiale internationale, le 4 octobre 2018. HANDOUT / REUTERS

La Russie a reconnu, mardi 16 novembre, avoir effectué un tir d’essai contre l’un de ses vieux satellites en orbite, confirmant des accusations portées plus tôt par Washington. « Le 15 novembre, le ministère russe de la défense a mené avec succès un test à l’issue duquel l’engin spatial Tselina-D, en orbite depuis 1982 et inactif, a été détruit », a écrit l’armée russe dans un communiqué.

Les Etats-Unis avaient accusé lundi la Russie d’avoir mené un tir de missile antisatellite « dangereux et irresponsable » dans une démonstration de force ayant eu pour conséquence directe de menacer la sécurité des astronautes à bord de la Station spatiale internationale (ISS).

« La Russie a conduit de façon irresponsable un test destructeur de missile antisatellite à ascension directe à l’encontre de l’un de ses propres satellites », avait déclaré le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, dans un communiqué.

« Ce test a jusqu’ici généré plus de 1 500 débris orbitaux traçables, et va probablement générer des centaines de milliers de morceaux plus petits de débris orbitaux. »

Les astronautes préparés à une éventuelle évacuation d’urgence

La Station spatiale passe « à travers ou près du nuage [de débris] toutes les quatre-vingt-dix minutes », avait précisé la NASA dans un communiqué.

Lors des deuxième et troisième passages – entre environ 8 heures du matin (heure de Paris) et 10 heures –, les sept personnes actuellement à bord de l’ISS se sont réfugiées dans leurs vaisseaux amarrés à la station, afin de se préparer à une éventuelle évacuation d’urgence. Il s’agit de quatre astronautes américains, un Allemand et deux cosmonautes russes. Cette mesure a été prise spécifiquement lors de ces passages sur la base d’une évaluation des risques par la NASA.

« Je suis scandalisé par cette action irresponsable et déstabilisatrice, a déclaré dans un communiqué le patron de l’agence spatiale américaine, Bill Nelson. Il est impensable que la Russie mette en danger non seulement les astronautes américains et des partenaires internationaux dans l’ISS, mais aussi ses propres cosmonautes. »

De nombreuses écoutilles restent actuellement fermées entre différents modules par mesure de précaution (mais pas entre le segment russe et américain).

Les astronautes hors de danger, selon Moscou

« Les débris créés par ce test dangereux et irresponsable menaceront désormais pour les décennies à venir les satellites et autres objets spatiaux vitaux pour la sécurité, l’économie, et les intérêts scientifiques d’autres nations », a accusé Antony Blinken. Il a promis que les Etats-Unis allaient « travailler avec [leurs] alliés et partenaires pour chercher à répondre à cet acte irresponsable ».

A quoi le ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a rétorqué mardi : « Déclarer que la Fédération de Russie crée des risques pour l’exploitation à des fins civiles de l’espace est pour le moins hypocrite. Il n’y a aucun fait en ce sens. »

Lundi, l’agence spatiale russe Roscosmos avait déclaré que les astronautes à bord de l’ISS étaient hors de danger, sans faire mention d’un test de missile. « L’orbite de l’objet, qui a forcé l’équipage aujourd’hui à se rendre dans le vaisseau selon les procédures standards, s’est éloignée de l’orbite de l’ISS », avait tweeté Roscosmos. « Les amis, tout est en ordre chez nous. On continue le travail selon notre programme », avait tweeté le cosmonaute russe Anton Shkaplerov. Mardi, dans un communiqué, l’agence spatiale russe a ajouté que « la sécurité de l’équipage » de l’ISS était sa « priorité principale ».

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a dénoncé mardi, à Bruxelles, un « acte irresponsable ». Pour lui, cette destruction est une « source d’inquiétude » car « elle démontre que la Russie développe de nouveaux systèmes d’armement qui peuvent détruire des satellites ainsi que des capacités spatiales utilisées pour des infrastructures de base sur Terre, comme des communications, la navigation ou des systèmes d’alerte de tir de missile ».

Le Pentagone a déclaré travailler « activement pour caractériser le champ de débris ». Il s’agit notamment d’identifier la trajectoire de chacun des objets, afin d’identifier les menaces de collision potentielles. « Nous regardons de près le type de moyens que la Russie semble vouloir développer », a ajouté John Kirby, le porte-parole du Pentagone, précisant que Moscou n’avait pas prévenu Washington à l’avance.

Appels à une plus grande régulation

Des tirs antisatellites ont déjà été menés par seulement quatre nations (Etats-Unis, Chine, Inde et Russie). Ils sont très critiqués à cause des nombreux débris générés, qui deviennent de dangereux projectiles. Ils peuvent alors notamment heurter les milliers d’autres satellites en orbite, sur lesquels les pays comptent pour de très nombreuses activités, par exemple de communication ou encore de localisation. Pouvoir détruire des satellites d’autres pays peut donc se révéler un atout militaire stratégique.

« Des événements de débris causés par des tests antisatellites n’arrivent pas souvent, le dernier était un test indien » en mars 2019, a rappelé l’astronome Jonathan McDowell, interrogé par l’Agence France-Presse. Selon lui, en déduisant les trajectoires de l’ISS et des objets connus, le satellite visé par la Russie pourrait être un satellite nommé Cosmos-1408, qui n’est plus actif depuis les années 1980. « Le détruire n’était absolument pas nécessaire, a jugé le spécialiste. Il s’agit purement d’un test militaire. »

« Nous avons déjà beaucoup trop de débris là-haut pour délibérément en générer d’autres, c’est inexcusable », a-t-il ajouté. Selon lui, certains débris provoqués par ce test se désintégreront en entrant dans l’atmosphère « dans les mois qui viennent », mais d’autres pourraient rester en orbite jusqu’à pendant dix ans.

De nombreux experts réclament une plus grande régulation face à ces risques. « Nous appelons toutes les nations spatiales responsables à nous rejoindre dans nos efforts pour développer des normes de comportement responsables », a appuyé lundi Antony Blinken.

Par Le Monde avec AFP

Mali : « La facture de l’opération avec Wagner sera forcément très élevée »

novembre 14, 2021

Bamako maintient le flou autour d’un éventuel recours aux paramilitaires de la société russe Wagner. L’éclairage du chercheur Roland Marchal.

Depuis septembre, les relations diplomatiques se sont deteriorees entre Paris et Bamako. L'ancienne puissance coloniale voit d'un mauvais oeil, l'eventuel deploiement de mercenaires de la societe paramilitaire russe Wagner sur le terrain.
Depuis septembre, les relations diplomatiques se sont détériorées entre Paris et Bamako. L’ancienne puissance coloniale voit d’un mauvais oeil, l’éventuel déploiement de mercenaires de la société paramilitaire russe Wagner sur le terrain.© FLORENT VERGNES / AFP

Rebelote. Les mises en scène du raffermissement des relations entre la Russie et le Mali n’en finissent pas. Elles vont crescendo et s’inscrivent à l’opposé du bras-de-fer qui oppose le pays sahélien à la France, l’ancienne puissance coloniale. Nouvelle démonstration ce jeudi 11 novembre, lorsque Sergueï Lavrov et Abdoulaye, respectivement chefs de diplomaties russe et malienne, ont réaffirmé, à Moscou, leur volonté de poursuivre le partenariat militaire entre leurs deux pays, arguant d’un risque terroriste renforcé par le retrait partiel des troupes françaises. Tout en écartant le recours à la société paramilitaire privée russe Wagner. Le voilà, le noeud du problème. Depuis des mois, les rumeurs font état d’un contrat imminent entre la junte malienne et l’organisation paramilitaire, proche du Kremlin. Au grand dam de la France. Les autorités maliennes continuent donc d’agiter le chiffon rouge Wagner tandis que le discours de la France se veut plus ferme que jamais. Tout a commencé au moment de l’annonce, le 10 juin dernier par le président français Emmanuel Macron de la transformation de l’opération Barkhane, qui devrait se traduire par la réduction du nombre de soldats – qui passerait de 5 100 actuellement à environ 3 000 – et la fermeture de trois des cinq bases françaises au nord Mali (Tessalit, Tombouctou et Kidal). Pour Bamako, la décision du chef d’État français, qualifiée au passage d’« abandon en plein vol », vise à rassurer l’opinion publique dans un contexte préélectoral français. Au-delà des discours officielles et des mises en scène, que sait-on vraiment de Wagner ? Les autorités maliennes ont-elles rééllement intérêt à signer un contrat ? Pourquoi le sujet est-il également un enjeu politique interne au Mali ? Sociologue, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CERI), unité mixte de recherche commune à SciencesPo et au CNRS, également spécialiste de l’Afrique subsaharienne, Roland Marchal a accepté de décrypter ce qui se joue autour d’une possible arrivée de Wagner au Sahel. 

Le Point Afrique : Depuis plusieurs mois Paris et Bamako s’écharpent sur l’éventualité d’un recours à l’organisation paramilitaire Wagner. Que faut-il comprendre de la situation ?

Roland Marchal : il faut nuancer le contexte dans lequel s’inscrit cette escalade de tensions entre le Mali et la France. La prolongation de la transition au-delà de février 2022, d’un côté, et l’élection présidentielle qui doit déboucher sur le transfert du pouvoir à des civils, de l’autre, sont au centre des enjeux.

Ensuite, concrètement, si d’un point de vue politique, le changement de partenaire est envisageable pour les autorités maliennes, il n’en est pas de même sur le plan militaire. Le pays se trouverait isolé dans la sous-région. Ses voisins, dont le Niger, qui joue un rôle essentiel, et d’autres comme la Côte d’Ivoire, le Ghana, sont en désaccord. D’où le bras de fer en cours également avec la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). 

Pourquoi la réalité de l’existence même de l’organisation Wagner pose question ?

C’est l’une des aberrations actuelles. C’est à dire qu’officiellement, Wagner n’existe pas. La législation russe interdit le mercenariat tout comme la législation française. Ce qui explique pourquoi et le Premier ministre malien et le président centrafricain disent qu’ils n’ont jamais entendu parler de Wagner.

Mais nous savons que Wagner existe. Plus précisément, il s’agit des sociétés militaires privées financées par l’oligarque russe Evgueni Prigojine et placées sous la direction de Dmitri Outkine, un ancien officier du renseignement militaire russe. On les a vus pour la première fois en Ukraine en 2014, ensuite en Syrie, puis en Libye aux côtés du maréchal Khalifa Haftar. Surtout, on a vu ces paramiliatires par moment bénéficier du soutien de l’armée russe en Libye par exemple. En Afrique subsaharienne, ils ont été à la manoeuvre au Mozambique avec le résultat que l’on connaît, et tout particulièrement en Centrafrique.

Pour brouiller les pistes, Wagner créé des déclinaisons locales pour être dans le droit national du pays dans lequel il opère. 

Pourquoi le recours du Mali à cette société de mercenariat crispe t-il autant les partenaires traditionnels du pays, Francce en tête ?

Le groupe Wagner est accusé, notamment par la France, de se rémunérer sur les ressources des pays dans lesquels il intervient et de servir les intérêts du Kremlin dans sa conquête géopolitique. Le vrai problème, c’est que le recours à Wagner ne sera pas sans conséquence, d’une part pour les populations, et d’autre part, pour l’armée malienne qui sera attaquée très frontalement et n’aura pas le backup de ses autres partenaires. 

Roland Marchal, chercheur CNRS/Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris.© Gregory Cales / AFP

Les premiers qui vont souffrir et qui vont être tués, ce seront les civils. Ce sont eux qui ont le plus à perdre dans cette histoire qui ressemble de plus en plus à une lutte pour le pouvoir. Ensuite, ce seront les militaires maliens qui sont sur le terrain, eux qui paient déjà un lourd tribut.

Finalement, tout en niant l’arrivée de Wagner au Mali, la Russie ne fait que renforcer son partenariat militaire avec les autorités, jusqu’à fournir près de 80 % des équipements… À quoi joue le Kremlin ?

Les Russes veulent montrer qu’ils offrent plus et mieux que les Français. Mais ils n’ont pas la même approche que les autres partenaires habituels du Mali. Les Chinois font du soft power. Ils ne se mettent jamais en contradiction frontale avec les Occidentaux. Ils ne proposent pas d’alternative globale sur des questions de sécurité et sont très prudents. Quand ils se positionnent, c’est plutôt du côté de la communauté internationale. Les Russes, eux, n’ont pas de soft power. C’est quand même une énorme différence. 

Plusieurs groupes armés maliens se sont prononcés contre le recours de la société paramilitaires russe…

De nombreux Maliens ont bien compris que l’arrivée des Russes procèdera d’un accord avec le sommet de l’Etat et qu’ensuite, sur le terrain, les groupes comme la Coordination des mouvements de l’Azawad, alliés ou pas alliés, n’auront le choix qu’entre le silence et la confrontation. Avec les Français, c’est différent parce qu’il y a au moins des négociations et la possibilité de recourir au dialogue.

Que pourrait représenter le coût financier d’un recours au groupe de sécurité privée russe pour Bamako ?

La facture de l’opération avec Wagner sera forcément très élevée. S’ils arrivent au Mali, il faudrait que la société investisse sur la qualité de ses combattants et sur des moyens aériens significatifs. Parce que les Maliens ne pourront plus compter sur les Américains qui ont déjà averti qu’ils n’acceptaient pas que Wagner s’installe. Ils menacent de ne plus donner de renseignements. Les moyens aériens des Français ne seront plus à disposition et la Minusma sera sans doute beaucoup plus prudente, compte tenu des dommages collatéraux constatés dans d’autres pays comme la Centrafrique. Tous ces partenaires ne voudront pas être associés à des cas de bavures.

Et sur le terrain, en termes de réorganisation…

Le Mali prendrait, également, un très grand risque sur le terrain puisque la présence française même réduite garantit une présence européenne, à travers la force Tabuka. Sans cela, Bamako perdrait l’appui budgétaire dont il bénéficie actuellement dans son combat contre le terrorisme.

Il y a un autre aspect qui apparaît au second plan mais qui me semble essentiel ; c’est le bilan de Wagner. Si on regarde les gains militaires obtenus par les salariés de Wagner en Centrafrique, ils sont conséquents mais les mouvements armés auxquels ils s’opposaient n’étaient pas aussi bien équipés, aussi bien organisés et entraînés que les groupes djihadistes qu’on retrouve aujourd’hui au Sahel. 

Est-ce que l’Europe parle d’une seule voix sur ce dossier ?

Plusieurs pays européens, France et Allemagne en tête, ont prévenu qu’un accord entre Bamako et Wagner remettrait en cause leur présence militaire au Mali. Mais on sait qu’au niveau européen, il y a des divergences. Officiellement, les États européens ne peuvent pas travailler avec les Russes, mais d’un autre côté, ils ne veulent pas tout perdre. Parce qu’en quelque sorte, participer à la lutte contre le terrorisme, c’est aussi avoir un contrôle sur les migrations. Cet aspect intéresse de nombreux pays européens qui sont prêts à tout pour garder les migrants de l’autre côté de la Méditerranée. Il y a un débat politique qui est sans doute beaucoup plus large où les positions sont plus nuancées que ce qui apparaît dans les discours et déclarations publiques.

Quels sont les gains attendus par l’actuel pouvoir malien dans sa stratégie anti-France ?

En se tournant vers Moscou, l’actuel pouvoir s’adresse aussi à la rue malienne. Pour prolonger la transition, la junte sait qu’elle aura besoin d’un soutien populaire. Le fait que le Premier ministre Maïga et d’autres officiers au pouvoir aient été formés en URSS est également un élément important à prendre en compte. Ils surfent sur un certain courant de l’opinion publique malienne qui veut que les militaires russes sont forcément plus efficaces sur le terrain. Il y a un mythe autour des combattants russes qui date de l’époque soviétique.

Cette opinion pense aussi que les exactions commises par les paramilitaires russes en Centrafrique ne sont pas un frein puisqu’il y en a aussi eu sur le sol malien, et l’ONU a enquêté sur ces cas et établit certaines responsabilités. Cet argument retient d’autaNt mieux l’attention que l’intervention française n’a pas vraiment permis d’améliorer la situation sécuritaire et n’est pas non plus exempte de reproches.

La stratégie des officiels maliens fontionne, mais seulement en apparence. Car si Bamako prenait la décision finale d’aller vers Wagner, les officiers au pouvoir auraient des problèmes avec leur propres troupes qui se trouveraient fragilisés et dans une posture extrêmement délicate puisque la communauté internationale aura levé le pied. 

Que devraient faire la France et le Mali après huit ans d’engagement ?

Il faudrait plutôt remettre les choses à plat, au lieu de rester arc-boutés sur leur position. Les deux États devraient tout revoir ensemble et la France devrait aussi revoir son action dans tous les pays concernés. La stratégie de la France de mettre en avant un pays et de se brouiller publiquement avec un autre, alors qu’ils sont tous deux fragilisés, même si ce n’est pas au même niveau, n’est pas payante.

On sait désormais qu’une intervention internationale ne peut pas durer. Plus les gens ont le sentiment qu’une armée gère, plus elle est perçue comme une force étrangère.

Avec Le Point propos recueillis par Viviane Forson

Coronavirus: le point sur la pandémie dans le monde

octobre 22, 2021
Coronavirus: le point sur la pandemie dans le monde
Coronavirus: le point sur la pandémie dans le monde© AFP/Dimitar DILKOFF

Nouvelles mesures, nouveaux bilans et faits marquants: un point sur les dernières évolutions de la pandémie de Covid-19 dans le monde.

Le Kremlin blâme les Russes

Le Kremlin a reconnu vendredi l’échec de sa campagne de vaccination anti-Covid en comparaison à l’Europe, mais a pointé du doigt la responsabilité de la population, en pleine vague épidémique meurtrière.

La Russie a enregistré vendredi de nouveaux records quotidiens de décès et de contaminations, avec 1.064 morts et 37.141 infectés recensés.

A peine un tiers des Russes se sont fait vacciner depuis décembre sur fond de méfiance à l’égard des vaccins développés par la Russie.

Record de décès en Ukraine

L’Ukraine a enregistré vendredi un record de nouvelles contaminations et de décès dus au coronavirus, pour la deuxième journée consécutive, alors que la capitale, Kiev, s’apprête à réintroduire des restrictions strictes.

Selon les chiffres du gouvernement, 23.785 nouvelles infections ont été recensées ces dernières 24 heures et 614 personnes sont mortes dans cette ex-république soviétique, dont le système de santé manque cruellement de ressources.

France: près de 600 soignants suspendus en Guadeloupe

En Guadeloupe (Antilles françaises), l’Agence régionale de santé (ARS) a annoncé que la suspension de près de 600 soignants qui refusent l’obligation vaccinale « était en cours ».

Au final, l’ARS se félicite d' »une phase plutôt positive »: environ 66 % des soignants sont désormais vaccinés en Guadeloupe, contre quelque 30 à 40 % dans les semaines précédentes.

Sur l’île, qui a connu une flambée épidémique cet été, les indicateurs sont désormais très en baisse, bien que le virus « continue de circuler », selon les autorités. En conséquence, les restrictions sanitaires devraient s’alléger.

Australie: Melbourne célèbre la fin des confinements

Les habitants de Melbourne ont profité vendredi de la réouverture de la ville après l’une des plus longues séries de confinements au monde pour se rendre dans les bars, restaurants ou chez le coiffeur.

Depuis le début de la pandémie, les cinq millions de Melbournais ont dû rester enfermés chez eux pendant plus de 260 jours au total, en six confinements. Mais maintenant que 70 % des personnes éligibles à Melbourne et dans l’État de Victoria (sud-est) sont entièrement vaccinées, les restrictions qui ont débuté le 5 août sont levées.

La pandémie, aubaine pour le vélo « made in Portugal »

Les commandes de vélos se sont envolées au Portugal, numéro un en Europe pour la fabrication de bicyclettes, avec la crise sanitaire.

Le secteur souffre toutefois des perturbations dans la chaîne d’approvisionnement mondial, les délais de livraison de composants pouvant aller « jusqu’à deux ou trois ans » de la part des fournisseurs, majoritairement asiatiques, selon le responsable export d’une usine d’assemblage de vélos dans le nord du pays.

En 2020, le Portugal a produit 2,6 millions de bicyclettes, dont la quasi-totalité a été exportée, ce qui le place au premier rang européen devant l’Italie et l’Allemagne, selon Eurostat.

Plus de 4,9 millions de morts

La pandémie du nouveau coronavirus a fait au moins 4.926.579 morts dans le monde depuis que le bureau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Chine a fait état de l’apparition de la maladie fin décembre 2019, selon un bilan établi par l’AFP à partir de sources officielles vendredi à 10H00 GMT.

Les États-Unis sont le pays le plus touché tant en nombre de morts que de cas, avec 733.218 décès pour 45.301.092 cas recensés, selon le comptage de l’université Johns Hopkins.

Après les États-Unis, les pays les plus touchés sont le Brésil avec 604.679 morts, l’Inde (453.042 morts), le Mexique (285.669 morts) et la Russie (228.453 morts).

Avec AFP par burx-npk/ber/mba

Russie: 16 morts dans l’incendie d’une usine d’explosifs

octobre 22, 2021

Un incendie a ravagé vendredi une usine d’explosifs dans l’ouest de la Russie, faisant au moins 16 morts et un disparu, le pays étant régulièrement touché par ce type de catastrophes meurtrières.

Des pompiers luttent contre l'incendie dans une usine d'explosifs et de produits chimiques dans la région de Riazan (ouest de la Russie), le 22 octobre 2021

© Yuri KADOBNOV Des pompiers luttent contre l’incendie dans une usine d’explosifs et de produits chimiques dans la région de Riazan (ouest de la Russie), le 22 octobre 2021

Le sinistre s’est déclaré dans un atelier du site industriel Elastik, spécialisé dans la fabrication d’explosifs industriels et de munitions, et situé dans la région de Riazan, à environ 200 km au sud de Moscou.

Incendie dans une usine de poudre à canon et de produits chimiques à Riazan dans le sud-est de Moscou, le 22 octobre 2021

© Handout Incendie dans une usine de poudre à canon et de produits chimiques à Riazan dans le sud-est de Moscou, le 22 octobre 2021

Le ministère russe des Situations d’urgence a indiqué que le feu s’est déclaré lors « d’un processus technique », sans donner plus de détails. 

Les autorités régionales ont initialement fait état de 15 morts, avant d’annoncer plus tard qu’un homme hospitalisé avec de graves brûlures avait succombé à ses blessures.

« Officiellement, 16 personnes sont mortes dans cet incident », a indiqué le gouvernement de la région de Riazan dans un communiqué. « Le sort d’une personne reste inconnu, les services de secours sont en train de la rechercher », a-t-il précisé. 

En tout, 170 secouristes et des dizaines de véhicules de pompiers ont été dépêchés sur les lieux. Le ministre russe des Situations d’urgence par intérim, Alexandre Tchouprian, s’y est rendu également.

Incendie dans une usine d'explosifs en Russie: les secours sur place

© Fournis par AFP Incendie dans une usine d’explosifs en Russie: les secours sur place

– « Entreprise stratégique » –

Selon son site internet, Elastik est considéré comme une « entreprise stratégique » par le gouvernement russe et appartient au conglomérat public Rostec, qui fournit des produits industriels et de haute technologie aux secteurs civils et militaires. 

Après avoir fait faillite en 2015, les ateliers d’Elastik sont utilisés depuis 2017 par d’autres entreprises actives dans le secteur des explosifs, selon l’agence de presse Interfax. 

Incendie dans une usine de poudre à canon et de produits chimiques à Riazan dans le sud-est de Moscou, le 22 octobre 2021

© Handout Incendie dans une usine de poudre à canon et de produits chimiques à Riazan dans le sud-est de Moscou, le 22 octobre 2021

L’atelier concerné a été entièrement détruit par les flammes, selon les secouristes.

Ces derniers ont diffusé des images où l’on voit de la fumée flotter au-dessus d’une construction partiellement soufflée et des débris carbonisés. Le site semble être au milieu d’une forêt.

Le ministère russe des Situations d’urgence a souligné que les populations des localités voisines n’étaient pas en danger.

L’incendie a pu être causé par une « violation des processus technologiques » et des « normes de sécurité », selon une source au sein

Le Comité d’enquête russe, chargé des principaux dossiers criminels, a d’ailleurs annoncé l’ouverture d’une enquête pour « violation des règles de sécurité sur un site dangereux ».

– Incendies et explosions –

Les explosions ou incendies accidentels sont courants en Russie du fait de la vétusté des infrastructures, souvent soviétiques, ou du non-respect des normes de sécurité.

En décembre 2020, 11 personnes avaient péri lors d’un feu à l’intérieur d’une maison de retraite de la région de l’Oural.

En janvier 2020, ce sont 11 et quatre personnes qui sont mortes lors d’incendies séparés à Tomsk (centre) et Moscou dans des logements pour migrants.

Le plus grave incendie de ces dernières années a eu lieu en 2018 à Kemerovo (centre), en Sibérie. 64 personnes, principalement des enfants, étaient alors mortes piégées par les flammes dans un centre commercial dont plusieurs sorties de secours étaient inopérantes. 

A Saint-Petersbourg (nord-ouest), c’est une usine historique, la manufacture Nevski, qui a été détruite par le feu en avril 2021. Le bâtiment délabré et partiellement abandonné abritait notamment des ateliers industriels.

Les accidents dans les usines, les sites de stockage d’explosifs ou de feux d’artifices sont également chose courante en Russie, surtout dans les dépôts de munitions de l’armée. Ils peuvent alors durer plusieurs jours.

En octobre 2020, un feu de broussailles avait provoqué un incendie et de puissantes explosions dans un tel dépôt d’armes dans la région de Riazan, entraînant l’évacuation d’environ 2.000 personnes des villages voisins. 

Avec AFP par mp/rco/mba

Le prix Sakharov du Parlement européen décerné à Alexeï Navalny

octobre 20, 2021

Ce choix a immédiatement été salué par le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, sur fond de tensions entre la Russie et les Occidentaux.

Ce choix a immediatement ete salue par le secretaire general de l'Otan, Jens Stoltenberg, sur fond de tensions entre la Russie et les Occidentaux.
Ce choix a immédiatement été salué par le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, sur fond de tensions entre la Russie et les Occidentaux.© KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP

« Il a combattu sans répit la corruption du régime de Vladimir Poutine. Cela lui a coûté sa liberté et presque sa vie. » Ces mots ont été rédigés sur Twitter, mercredi 20 octobre, par le président du Parlement européen, David Sassoli, qui a également réitéré l’appel de l’institution à « la libération immédiate » d’Alexeï Navalny, opposant russe emprisonné. Le même jour, le Parlement européen lui a décerné le prix Sakharov 2021 de défense des droits de l’homme et de la liberté de pensée.

Le choix d’Alexeï Navalny a immédiatement été salué par le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, sur fond de tensions entre la Russie et les Occidentaux.

Il avait failli mourir empoisonné

Ce prix est « la reconnaissance du rôle important qu’il a joué depuis de nombreuses années pour défendre les valeurs de la démocratie et être une voix forte en Russie », a dit le chef de l’Alliance atlantique devant la presse à Bruxelles. La candidature d’Alexeï Navalny était soutenue par le PPE (droite), principal groupe politique du Parlement européen, et le groupe centriste Renew, troisième force politique. De leur côté, les groupes S & D (gauche) et écologistes avaient proposé d’honorer les femmes afghanes se battant pour l’égalité et leur liberté face au régime des talibans.

Principal opposant à Vladimir Poutine, Alexeï Navalny est incarcéré pour fraude dans une affaire largement considérée comme relevant de la répression politique. Il avait failli mourir empoisonné en août 2020, ce que les Occidentaux ont attribué aux services russes. Moscou a nié toute implication. Navalny avait été soigné en Allemagne, ce qui avait tendu les relations entre Berlin et Moscou, puis il avait été emprisonné dès son retour en Russie.

Un prix « pour la liberté de l’esprit »

Après l’intellectuel ouïgour Ilham Tohti, condamné à la prison à vie en Chine pour « séparatisme », lauréat en 2019, le prix portant le nom du grand dissident de l’URSS Andreï Sakharov avait été attribué en 2020 à « l’opposition démocratique » au président Alexandre Loukachenko en Biélorussie et reçu par sa cheffe de file Svetlana Tikhanovskaïa. Lancé en 1988, le prix Sakharov « pour la liberté de l’esprit » récompense chaque année des personnes ou organisations défendant les droits de l’homme et les libertés fondamentales. Il est doté d’une somme de 50 000 euros.

Par Le Point avec AFP