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Le Conseil de sécurité de l’ONU « inquiet » à propos de l’Ukraine

mai 6, 2022
Antonio Guterres parlant au micro à son siège au Conseil de sécurité de l'ONU.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait plaidé pour la recherche d’une solution pacifique au Conseil de sécurité, jeudi. Photo: Getty Images/Spencer Platt

Le Conseil de sécurité de l’ONU, dont fait partie la Russie, a approuvé vendredi une déclaration unanime – sa première depuis l’invasion russe de l’Ukraine le 24 février – « apportant un ferme soutien » au secrétaire général de l’organisation « dans la recherche d’une solution pacifique » à la guerre. L’organisation se dit aussi « inquiète » quant aux perspectives de maintien de la paix et de la sécurité en Ukraine.

Rédigée par la Norvège et le Mexique, la déclaration ne va pas jusqu’à soutenir expressément une médiation d’Antonio Guterres, qui a proposé ses bons offices pour cela, comme le prévoyait une première version du texte négocié depuis jeudi.

Le texte indique aussi que le Conseil de sécurité rappelle que tous les États membres ont contracté, en vertu de la Charte des Nations unies, l’obligation de régler leurs différends internationaux par des moyens pacifiques.

Interrogé pour savoir ce qui a conduit la Russie, qui bloque le Conseil de sécurité depuis février, à approuver ce texte, un diplomate s’exprimant sous le couvert de l’anonymat a répondu à l’AFP : L’important en a été retiré.

La déclaration représente cependant la première manifestation d’unité du Conseil de sécurité depuis le début de la guerre. À la fin de février, Moscou avait mis son veto à une résolution réclamant à la Russie de rapatrier son armée sur le sol russe.

Aujourd’hui, pour la première fois, le Conseil de sécurité s’est prononcé d’une seule voix pour la paix en Ukraine, s’est félicité dans un communiqué le chef de l’ONU. Le monde doit s’unir pour faire taire les armes et défendre les valeurs de la Charte des Nations unies et je continuerai à ne ménager aucun effort pour sauver des vies, réduire les souffrances et retrouver le chemin de la paix, a ajouté Antonio Guterres.

Selon l’ambassadeur mexicain à l’ONU, Juan Ramon de la Fuente, ce tout premier pas initial […] pointe dans la bonne directionIl est encourageant de voir que la diplomatie prend sa place au Conseil, a-t-il estimé, en faisant valoir aussi, à propos des efforts de paix, que la diplomatie discrète est parfois bien plus efficace que beaucoup de déclarations.

C’est la première décision unanime prise par le Conseil depuis le début de cette horrible guerre en Ukraine, s’est aussi félicitée son homologue norvégienne, Mona Juul. Les besoins et les souffrances du peuple ukrainien nécessitent un effort maximal des Nations unies, tant du Conseil que du secrétaire général et du système des Nations unies en tant que tel, a-t-elle ajouté.

Très court, le texte adopté indique que le Conseil de sécurité exprime sa profonde préoccupation concernant le maintien de la paix et de la sécurité en Ukraine. Les 15 membres du Conseil rappellent aussi que tous les États membres se sont engagés, en vertu de la Charte des Nations unies, à l’obligation de régler leurs différends internationaux par des moyens pacifiques.

Un rôle surtout humanitaire

Marginalisée depuis le début du conflit, l’ONU, dont la mission est de garantir la paix dans le monde, ne s’est pas imposée à ce jour comme un médiateur possible pour un règlement pacifique du conflit. Elle intervient en Ukraine et dans les pays voisins dans un rôle jusqu’ici principalement humanitaire.

Antonio Guterres s’est rendu récemment, et pour la première fois depuis le début du conflit, en Russie et en Ukraine, une double visite qui lui a permis d’obtenir des évacuations de plusieurs centaines de civils de la ville portuaire ukrainienne de Marioupol.

L’ONU a annoncé vendredi que son chef retournera lundi et mardi dans la région et qu’il fera une visite en Moldavie, qui accueille près d’un demi-million de réfugiés ukrainiens. Durant son séjour, il se rendra dans un centre de réfugiés géré avec le concours de l’ONU au profit notamment de femmes, d’enfants et de jeunes.

Depuis la mi-avril, l’ONU essaie de créer un groupe de contact humanitaire qui réunirait autour d’une même table l’Ukraine, la Russie et les Nations unies. En vain jusqu’à présent. Nous continuons d’explorer les moyens de réunir les parties au conflit dans un format durable et cohérent pour discuter des questions humanitaires par le biais d’un groupe de contact humanitaire, a indiqué vendredi le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric.

Le secrétaire général adjoint des Nations unies pour les Affaires humanitaires, Martin Griffiths, se rendra lundi en Turquie pour discuter de cette question avec les autorités turques, a-t-il ajouté. La Turquie a réuni en mars des négociateurs ukrainiens et russes et l’ONU espérait encore récemment que ce pays pourrait accueillir le groupe de contact humanitaire qu’elle essaie de créer.

Avec Radio-Canada

Ukraine : nouveau convoi de l’ONU attendu pour évacuer les civils d’Azovstal

mai 6, 2022
Ukraine : nouveau convoi de l'ONU attendu pour evacuer les civils d'Azovstal
Ukraine : nouveau convoi de l’ONU attendu pour évacuer les civils d’Azovstal© Donetsk People Republic Ministry of transport/AFP/-

Un nouveau convoi de l’ONU est attendu vendredi pour évacuer les derniers civils retranchés dans l’aciérie d’Azovstal à Marioupol, l’ultime poche de résistance ukrainienne dans ce port stratégique du Donbass, sans assurance toutefois d’une trêve dans les combats.

Malgré cette incertitude, le secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des questions humanitaires, Martin Griffiths, avait annoncé jeudi que ce nouveau convoi se dirigeait vers la cité martyre, devenue un des symboles de l’invasion russe déclenchée le 24 février.

Le Comité international de la Croix-rouge (CICR) a confirmé être associé à cette opération, « en coordination avec l’ONU et les belligérants », mais « insiste sur le fait qu’aucun détail ne peut être communiqué jusqu’à ce que la situation le permette, afin de ne pas compromettre gravement l’opération ».

« Nous avons réussi à évacuer presque 500 civils » ces derniers jours, a souligné vendredi le chef de l’administration présidentielle ukrainienne Andriï Iermak. « Aujourd’hui nous nous concentrons sur Azovstal », a précisé à l’AFP la vice-Première ministre Iryna Verechtchouk.

Les informations sur la situation dans cette aciérie, où vivent retranchés dans d’immenses galeries souterraines civils et combattants, restaient néanmoins contradictoires.

Vendredi matin, le ministère ukrainien de la Défense a assuré que les forces russes avaient, « dans certaines zones, avec le soutien de l’aviation, repris les opérations visant à prendre le contrôle de l’usine ».

Le régiment Azov, qui défend ces installations, a accusé le même jour les forces russes d’avoir visé « avec un missile guidé antichar » une de ses voitures impliquées dans l’opération d’évacuation de civils, tuant un soldat et faisant six blessés.

« Chaque seconde compte »

Le président russe Vladimir Poutine a de son côté affirmé jeudi soir que « l’armée russe était toujours prête à assurer l’évacuation des civils » d’Azovstal, qui pourraient être encore au nombre de 200, piégés avec les combattants ukrainiens dans ce complexe.

Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a quant à lui assuré que l’armée russe respectait le cessez-le-feu autour de l’usine et que des couloirs humanitaires y « fonctionnaient ».

Ce que les militaires ukrainiens sur place ont démenti.

Le commandant-adjoint du régiment Azov, Sviatoslav Palamar, a ainsi assuré dans une vidéo que des affrontements « sanglants » se déroulaient à l’intérieur même du site et que les Russes « ne tenaient pas leur promesse » de trêve.

Sur son compte Telegram, Andriï Biletsky, le fondateur de ce régiment, a écrit vendredi matin : « A Azovstal, chaque seconde compte. Des combats sont en cours en ce moment, les bombardements ne s’arrêtent pas. Chaque minute d’attente, c’est la vie des civils, militaires, blessés. Il faut les sauver avec l’aide du monde entier ».

La prise totale de Marioupol, une cité portuaire de près de 500.000 habitants avant-guerre dévastée par deux mois de siège et de bombardements russes, serait une victoire importante pour la Russie à l’approche du 9 mai, jour où elle célèbre par un grand défilé militaire sur la Place Rouge à Moscou sa victoire sur l’Allemagne nazie en 1945.

Les Ukrainiens ont dit qu’ils soupçonnaient les Russes de vouloir organiser à cette occasion une célébration similaire à Marioupol.

« Cette année, bien entendu, c’est impossible pour des raisons évidentes », a toutefois réagi le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov.

La Russie « pour toujours » dans le sud

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, Moscou n’a pu revendiquer le contrôle total que d’une ville d’importance, celle de Kherson.

Celle-ci est située dans le sud, où, a lancé un haut responsable parlementaire russe, Andreï Tourtchak, la Russie restera « pour toujours ».

Dans l’est, Severodonetsk, l’une des principales cités du Donbass encore contrôlées par les Ukrainiens, est pour sa part « quasiment encerclée » par les forces russes et les séparatistes, a déclaré vendredi son maire.

Moscou a reconnu jeudi que le soutien occidental avait freiné l' »opération militaire spéciale » russe déclenchée le 24 février.

« Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Otan dans son ensemble partagent en permanence des données du renseignement avec les forces armées ukrainiennes. Conjuguées aux approvisionnements en armes (…), ces actions ne permettent pas d’achever rapidement » l’offensive, a lâché Dmitri Peskov.

Le New York Times a écrit que les renseignements fournis par Washington à Kiev avaient permis de cibler plusieurs généraux russes. Des informations démenties jeudi par le Pentagone.

Ce soutien apporté par les Occidentaux n’est cependant « pas en mesure d’empêcher » la Russie d’atteindre ses « objectifs » en Ukraine, a ajouté M. Peskov, après dix semaines d’une opération militaire qui a fait des milliers de morts et poussé à l’exil plus de cinq millions d’Ukrainiens.

L’Allemagne a à cet égard fait savoir qu’elle allait fournir sept obusiers blindés à l’Ukraine.

Parallèlement, 41 personnes, dont onze femmes, ont été libérées dans le cadre d’un nouvel échange de prisonniers avec la Russie, a révélé Kiev vendredi, sans donner le nombre des Russes remis à leur pays.

Réunion du G7

Sur le front des sanctions occidentales, la Hongrie bloquait toujours vendredi le projet d’embargo européen sur l’importation de pétrole russe et de difficiles négociations étaient en cours entre les 27 Etats membres de l’UE pour trouver un accord ce week-end, ont dit à l’AFP plusieurs sources diplomatiques.

Par ailleurs, l’Allemagne a annoncé que les dirigeants des grandes puissances du G7 allaient avoir dimanche une réunion virtuelle consacrée à la guerre en Ukraine à laquelle participera le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

« Le 8 mai est une date historique marquant la fin de la Deuxième guerre mondiale en Europe qui a occasionné la terreur, la destruction et la mort » sur ce continent, a souligné une porte-parole du chancelier allemand Olaf Scholz, estimant qu’avec l’actuelle offensive russe en Ukraine « la cohésion du G7 est plus importante que jamais ».

La Russie a de son côté rendu publique vendredi une liste d’une centaine de catégories de marchandises dont l’importation sans l’accord des détenteurs de la propriété intellectuelle est autorisée afin de contourner les restrictions décidées depuis le début de son intervention militaire.

Ce mécanisme d’importations parallèles doit permettre d’éviter les pénuries dans l’industrie comme dans le commerce de marchandises que ce pays est incapable à l’heure actuelle de produire elle-même.

De grandes puissances agricoles, dont l’Union européenne, les États-Unis, le Canada et l’Australie, se sont dans le même temps engagées à assurer la sécurité alimentaire du monde en dépit des chocs provoqués par la situation en Ukraine.

Par Le Point avec AFP

 « C’est l’enfer », raconte un vétéran canadien parti combattre en Ukraine

mai 6, 2022
Un homme et une femme fuient près d'un bâtiment en feu.

L’armée russe concentre désormais ses opérations dans la région du Donbass, après s’être retirée du nord du pays. Photo : Getty Images/Fadel Senna

« Tous les jours, il y a des victimes. Tous les jours, tes amis meurent », raconte Shadow, nom de terrain d’un ancien soldat canadien originaire de Sherbrooke, au Québec. Ses deux derniers mois en Ukraine ne ressemblent en rien à ce qu’il a connu durant ses années avec l’armée canadienne. Après avoir risqué sa vie plusieurs fois, il a pris sa décision : il ne retournera pas au front.

Il y a dix jours, Shadow a évité la mort de justesse, encore une fois. Avec son ami Wali, un tireur d’élite canadien qui s’est également porté volontaire en Ukraine, et deux soldats et amis ukrainiens, il était chargé de suivre un char russe dans la région du Donbass, dans l’est du pays.

Le quatuor croyait ne pas avoir été repéré. Les deux soldats ukrainiens sont même sortis de leur cachette pour fumer une cigarette et en ont offert aux Canadiens. Wali a refusé, mais Shadow était en train de les rejoindre quand le char russe s’est soudainement retourné et a tiré dans leur direction.

L’obus est arrivé exactement entre les deux soldats ukrainiens. L’explosion a repoussé Shadow dans la tranchée, sans blessure. Mais ses deux amis n’ont pas été aussi chanceux. L’un est mort sur le coup, l’autre quelques minutes plus tard.

« Il était à quelques pieds de moi, il respirait encore. On s’est regardés et il est mort sous mes yeux. Deux de mes amis sont morts sous mes yeux. »— Une citation de  Shadow, vétéran canadien parti combattre en UkraineShadow en entrevue avec CBC.

Shadow fait partie des milliers de volontaires d’un peu partout dans le monde qui ont répondu à l’appel à l’aide du président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Photo: Radio-Canada/CBC

Les deux Canadiens, beaucoup moins nombreux et moins équipés que les Russes devant eux, n’avaient pas d’autres choix que de tenter de fuir. Ils ont réussi à s’éclipser, malgré les tirs ennemis.

« C’était ma dernière patrouille sur le front de l’est. Je n’ai qu’un mot pour le décrire : c’est l’enfer. »— Une citation de  Shadow, vétéran canadien parti combattre en Ukraine

Tous les jours, il y a des victimes. Tous les jours, tes amis meurent. C’est jour après jour. J’ai des amis américains, des anciens marines, la plupart de leurs missions, c’était d’aller récupérer les corps morts [sic] de leurs amis tués en action. C’est ça la vie sur le front.

« C’était ma première fois »

Shadow et Wali font partie des milliers de volontaires d’un peu partout dans le monde qui ont répondu à l’appel à l’aide du président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Depuis leur arrivée, il y a environ deux mois, ils ont été témoins plusieurs fois de la nature capricieuse de la guerre, la façon dont chaque petit moment ordinaire peut soudainement devenir mortel.

C’est même arrivé à Shadow, qui n’a pas connu la guerre lors de ses années dans les Forces armées canadiennes, lors du tout premier combat de sa vie. Déployé à Irpin, près de Kiev, il devait assister Wali et porter ses munitions.

Son équipe a rapidement été prise d’assaut par les Russes, qui ont bombardé le bâtiment dans lequel ils se trouvaient.Devant un bâtiment de quatre étages est éventré, des débris jonchent le sol et une voiture est laissée à l'abandon.

La ville d’Irpin, près de Kiev, a été en partie détruite par les bombardements russes. Photo : Getty Images/Chris McGrath

On a été frappés par un char. Il a bombardé notre bâtiment, mais nous a manqué de quelques mètres. Après, les Russes ont commencé à tirer avec des armes plus légères, nous sommes sortis de notre cachette et [il y a eu] un énorme échange de tirs!

C’était ma première fois. Les Russes étaient à environ 50 mètres de nous, il y avait des balles qui fusaient de partout, partout. On ne pouvait rien faire, ils essayaient de nous encercler.

Un soldat ukrainien a finalement lancé une grenade, ce qui a donné le temps à l’équipe de Shadow de fuir. Ce gars nous a sauvé la vie.

« J’ai fait mon temps »

Après trop d’expériences du genre, Shadow ne retournera pas sur le front. Mais il ne peut pas non plus se résoudre à quitter l’Ukraine et ses citoyens. Pour l’instant, je vais m’engager dans l’aide humanitaire. Je vais rester à Lviv et être aussi utile que possible.

Depuis le début de l’invasion russe, le gouvernement du Canada recommande à ses citoyens d’éviter tout voyage en Ukraine. Si vous êtes en Ukraine, vous devriez vous abriter dans un endroit sécurisé, à moins que vous ne puissiez quitter le pays en toute sécurité, conseillait Affaires mondiales Canada à la fin du mois de février.

Radio-Canada avec les informations de Murray Brewster et David Common, de CBC

L’Union européenne veut se débarrasser du pétrole russe d’ici six mois

mai 4, 2022
Une station service en Allemagne.

L’embargo sur le pétrole russe risque d’entraîner une hausse du prix de l’essence sur le territoire de l’Union européenne. Photo : Getty Images/Maja Hitij

Embargo sur le pétrole russe, déconnexion d’autres banques du système SWIFT, interdiction de diffusion pour certains médias : la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a officiellement dévoilé mercredi son sixième train de sanctions destiné à punir la Russie pour son agression militaire de l’Ukraine.

La pièce de résistance de ces sanctions, qui doivent encore être validées, est la mise en œuvre d’ici six mois d’un embargo sur le pétrole russe, qui compte actuellement pour environ 25 % des importations des 27 pays membres de l’Union européenne (UE).

Les produits raffinés seraient aussi interdits d’ici la fin de l’année. Il s’agira d’un embargo total sur l’ensemble du pétrole russe, livré par voie maritime ou via des oléoducs, brut ou raffiné, a expliqué Mme von der Leyen.

Ça ne sera pas facile, car certains États membres sont fortement dépendants du pétrole russe. Mais nous nous devons de le faire.

« Poutine doit payer le prix, et le prix fort, pour son agression brutale. »— Une citation de  Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne

La cheffe de l’exécutif européen n’a pas évoqué de dérogations à cet embargo, mais des diplomates européens annoncent depuis déjà quelques jours que la Hongrie et la Slovaquie, deux pays enclavés très dépendants du pétrole russe, seront exemptés de l’embargo jusqu’à la fin de 2023.Ursula von der Leyen, souriante, marche dans une enceinte.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à son arrivée pour une session du Parlement européen, mercredi, à Strasbourg. Photo : Getty Images/AFP/Patrick Hertzog

Le front uni que souhaite présenter l’Union européenne devant la Russie menace toutefois de se fissurer en Hongrie, où le premier ministre nationaliste Viktor Orban, qui a noué des liens étroits avec Vladimir Poutine, a rejeté jusqu’ici tout embargo sur le pétrole ou le gaz venus de Moscou.

Nous ne voyons pas de plan concernant la manière de réussir une transition sur la base des propositions actuelles et de garantir la sécurité énergétique de la Hongrie, a commenté le service de presse du gouvernement hongrois, sans s’avancer clairement sur un rejet du projet de la Commission européenne.

Nous ne voterons pas pour des sanctions qui rendraient impossible l’approvisionnement de la Hongrie en pétrole ou en gaz, avait prévenu mardi le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto.

« Il ne s’agit pas d’une décision politique […] c’est une véritable question d’approvisionnement pour nous, car il est actuellement impossible de faire fonctionner la Hongrie et son économie sans le pétrole russe. »— Une citation de  Peter Szijjarto, ministre hongrois des Affaires étrangères, mardiViktor Orban, assis, parle avec un homme qui se tient debout.

Le premier ministre de la Hongrie, Viktor Orban, lors de la session inaugurale du Parlement, à Budapest, le 2 mai 2022. Photo : Reuters/Bernadett Szabo

Le ministre tchèque de l’Industrie et du Commerce, Jozef Sikela, a jugé qu’il manquait un mécanisme visant à répartir les contraintes consécutives à cet embargo sur le pétrole russe.

La proposition ne précise pas […] comment les volumes manquants seront répartis équitablement afin de partager cette charge, et il manque aussi une proposition sur des achats et une distribution groupés, a-t-il déclaré à Reuters. C’est encore à l’étude, mais pour moi, c’est un problème, a-t-il dit.

Le ministre allemand de l’Économie, Robert Habeck, a soutenu que son pays serait en mesure de supporter l’embargo sur le pétrole en tant que nation, mais a prévenu que des perturbations dans son approvisionnement pourraient survenir.

Il a notamment précisé que la raffinerie PCK située à Schwedt, dans l’État régional du Brandebourg, et qui appartient au conglomérat russe Rosneft pourrait particulièrement être concernée. Celle-ci fournit environ 90 % du pétrole consommé à Berlin et dans la région environnante, y compris l’aéroport de Berlin Brandebourg (BER).

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a a réagi en faisant valoir que des sanctions européennes était une arme à double tranchantEn essayant de nous faire mal, ils devront aussi payer le prix fort. Ils le payent déjà. Et le coût des sanctions pour les citoyens de l’Europe va croître de jour en jour, a-t-il dit.

D’autres banques russes dans la ligne de mire

Le nouveau train de sanctions européennes propose également de déconnecter trois autres banques du système interbancaire SWIFT, dont Sberbank, la plus importante institution bancaire russe. Sept autres banques russes ont été déconnectées du système début mars, mais Sberbank avait été épargnée, tout comme Gazprombank.

Selon une source européenne, Credit Bank of Moscow et Russian Agricultural Bank seraient les autres banques visées par cette mesure, qui vise à renforcer l’isolement complet du système financier russe du système mondial , selon Mme von der Leyen.

La Commission européenne suggère également d’interdire trois autres chaînes de télévision publiques russes sur le territoire des 27, que ce soit sur le câble, via satellite, sur internet ou par le biais d’applications, a précisé la cheffe de l’exécutif européen.

Selon des diplomates, RTR-Planeta et R24 seraient touchées par cette décision, qui vise à contrer la désinformation  russe. Deux autres médias russes, Sputnik et RT, sont déjà interdits de diffusion sur le territoire des 27 depuis environ deux mois.

La Commission européenne propose également d’ajouter les noms de 58 personnalités russes à la liste noire  des personnalités ciblées par des sanctions individuelles [d’interdiction d’entrée sur le territoire européen et gels d’avoirs].

Cela inclurait notamment trois membres de la famille du porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, et le chef de l’Église orthodoxe russe, le patriarche Kirill, qui a multiplié les sermons soutenant la guerre du Kremlin en Ukraine.

Les ambassadeurs des pays membres auprès de l’UEUnion européenne devraient se réunir d’ici la fin de la semaine pour se prononcer sur ce nouveau train de sanctions.

Par Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse et Reuters

L’armée russe se lance à l’assaut de l’usine d’Azovstal

mai 3, 2022

Plus d’une centaine de civils évacués des bunkers de l’usine en fin de semaine sont arrivés mardi à Zaporijia.

Des gens marchent à côté de leur vélo sur une route menant à une usine d'où s'échappe de la fumée.

Des résidents passent sur une route menant à l’usine d’Azovstal, d’où s’échappe de la fumée, le 2 mai. Les autorités ukrainiennes ont affirmé lundi que les bombardements russes sur le complexe ont repris après l’évacuation d’un certain nombre de civils. Photo: Reuters/Alexander Ermochenko

L’armée russe relance mardi son offensive sur le gigantesque complexe industriel d’Azovstal, où sont retranchés les derniers défenseurs de la ville portuaire de Marioupol et des civils.

L’offensive a été confirmée par un porte-parole du ministère russe de la Défense, Vadim Astafiev, qui a accusé les combattants ukrainiens d’avoir profité du cessez-le-feu de la fin de semaine pour installer de nouvelles positions de tir.

Un cessez-le-feu a été déclaré, des civils devaient être évacués du territoire d’Azovstal. [Le régiment Azov] et des militaires ukrainiens postés dans l’usine en ont profité, a-t-il indiqué dans une allocution vidéo diffusée par les agences russes.

Ils sont sortis du sous-sol, ont pris des positions de tir sur le territoire et dans les bâtiments de l’usine, a-t-il ajouté. Maintenant, des unités de l’armée russe et de la République populaire de Donetsk, utilisant de l’artillerie et des avions, commencent à détruire ces positions de tir.

L’offensive russe a été confirmée par Sviatoslav Palamar, commandant adjoint du régiment Azov, au site d’informations Ukraïnska PravdaNous avons été bombardés toute la nuit […], deux femmes ont été tuées et maintenant un assaut d’Azovstal est en cours, a-t-il dit.

« Un puissant assaut sur le territoire d’Azovstal est en cours actuellement, avec le soutien de véhicules blindés, de chars, avec des tentatives de débarquement de troupes, avec l’aide de bateaux et d’un grand nombre d’éléments d’infanterie. »— Une citation de  Sviatoslav Palamar, commandant adjoint du régiment Azov, dans un message vidéo sur Telegram

Il a appelé le président ukrainien Volodymyr Zelensky à une action forte, car la situation est très difficile.Gros plan de Sviatoslav Palamar.

L’assaut russe sur Azovstal est « puissant », affirme le commandant adjoint du régiment Azov, Sviatoslav Palamar, dans une vidéo publiée sur Telegram. Photo: Reuters/Régiment Azov

Plus tôt en matinée, le maire légitime de Marioupol, Vadym Boïchenko, avait annoncé que plus de 200 civils étaient toujours terrés dans les bunkers d’Azovstal. Il n’a pas précisé combien il restait de combattants, mais la présidence ukrainienne a récemment évalué leur nombre à 2000.

Les rares témoignages livrés par les derniers résistants ukrainiens font état de conditions de vie exécrables dans l’important réseau souterrain de l’usine, avec des pénuries d’eau, de nourriture et de médicaments pour des centaines de blessés. Ces informations ne peuvent être vérifiées de source indépendante.

Le 21 avril, le président russe Vladimir Poutine avait publiquement ordonné aux troupes russes de ne pas lancer un assaut sur le complexe d’Azovstal, en disant vouloir protéger la vie des militaires russes. Il avait plutôt annoncé le siège des derniers combattants. L’usine a néanmoins été bombardée à plusieurs reprises depuis.Image satellitaire d'un complexe industriel près de la mer.

Cette image satellitaire fournie par la firme américaine Maxar Technologies montre le complexe industriel d’Azovstal, à Marioupol, en date du 9 avril. Photo: Reuters/Maxar Technologies

Selon l’Élysée, le président français Emmanuel Macron a appelé mardi le maître du Kremlin à permettre la poursuite des évacuations d’Azovstal lors d’un appel téléphonique entre les deux dirigeants. Cela doit se faire en coordination avec les acteurs humanitaires et en laissant le choix aux évacués de leur destination, conformément au droit international humanitaire, a précisé la présidence française.

Des évacués d’Azovstal arrivent à Zaporijia

Un convoi transportant plus de 100 personnesévacuées des abris antibombes d’Azovstal en fin de semaine sont arrivés sains et saufs mardi après-midi à Zaporijia, a par ailleurs confirmé sur Twitter le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Des employés de l’organisation et de l’ONUOrganisation des Nations unies escortaient ce convoi, composé de cinq autobus, selon des journalistes de l’AFPAgence France-Presse.

Des images transmises par des réseaux de télévision depuis un stationnement transformé en centre d’accueil ont montré des femmes, souvent âgées, descendre des autobus. Certaines ont été accueillies par des proches, qui les étreignaient.Un homme a la main gauche sur l'épaule d'une femme et serre de la main gauche le bras d'un bébé qu'elle tient sur son ventre.

Un homme accueille Anna Zaitseva et son fils de six mois, Svyatoslav, à leur arrivée à Zaporijia mardi après-midi. Photo: Getty Images/AFP/Dimitar Dilkoff

Dans une rencontre par Zoom avec des journalistes, le chef de la délégation du CICRComité international de la Croix-Rouge en Ukraine, Pascal Hundt, a regretté que d’autres résidents de Marioupol n’aient pu être évacués. Nous aurions espéré que beaucoup plus de personnes puissent se joindre au convoi et sortir de l’enfer, a-t-il dit, évoquant des sentiments partagés.

Selon la vice-première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk, le convoi transportait 156 personnes. Un peu plus tôt, la coordinatrice humanitaire les Nations unies pour l’Ukraine, Osnat Lubrani, avait annoncé l’évacuation de 101 personnes de l’usine d’Azovstal.

Mme Lubrani a précisé par la suite que 58 personnes se sont jointes au convoi à Mangouch, en banlieue de Marioupol, et que 127 personnes ont été accompagnées jusqu’à Zaporijia. Selon elle, des personnes évacuées ont décidé de ne pas se rendre jusqu’à Zaporijia.

« Les personnes avec qui j’ai voyagé m’ont raconté des histoires déchirantes sur l’enfer qu’elles ont vécu. Je pense aux personnes qui restent piégées. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour les aider. »— Une citation de  Osnat Lubrani, coordinatrice humanitaires les Nations unies pour l’Ukraine, sur Twitter

Le CICRComité international de la Croix-Rouge a confirmé que certaines des personnes évacuées étaient blessées.

À Zaporijia, les hôpitaux étaient prêts à accueillir ceux qui ont réussi à s’extirper de cet enfer, avait préalablement raconté la Dre Dorit Nizan, qui coordonne les efforts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Ukraine.

« Nous sommes prêts pour des brûlures, des fractures, des plaies, ainsi que pour des diarrhées et des infections respiratoires. Nous sommes aussi prêts pour des femmes enceintes, des enfants souffrant de malnutrition. Nous sommes tous ici et le système est bien préparé.  »— Une citation de  La Dre Dorit Nizan, coordonnatrice de l’Organisation mondiale de la santé en Ukraine

Selon elle, quelques résidents de Marioupol ont récemment réussi à atteindre Zaporijia par leurs propres moyens. Si certains souffraient de blessures mineures, l’enjeu majeur demeure la santé mentale, a-t-elle dit. Plusieurs ont pleuré à leur arrivée quand ils ont été accueillis par des membres de leur famille. C’était très émouvant.

Nouvelles frappes russes à Odessa et dans le Donbass

Le ministère russe de la Défense a aussi annoncé mardi que des missiles de haute précision avaient frappé un centre logistique situé sur un aérodrome militaire près d’Odessa, dans le sud de l’Ukraine.

Des hangars contenant des drones Bayraktar TB2 ainsi que des missiles, armes et munitions fournis par les États-Unis et des pays européens ont été détruits, a-t-il fait savoir dans un communiqué.

L’armée ukrainienne a soutenu lundi que ces drones, de conception turque, lui ont permis de détruire deux patrouilleurs russes de classe Raptor près de l’île aux Serpents, en mer Noire.

Le conseil municipal d’Odessa avait quant à lui rapporté lundi qu’un missile s’était abattu sur un immeuble de la ville abritant cinq personnes, tuant un adolescent.

Selon Kiev, la Russie a également frappé lundi un pont routier et ferroviaire stratégique à l’ouest d’Odessa, dont la destruction couperait une voie d’approvisionnement en armes et autres marchandises en provenance de la Roumanie.

Dans la région de Donestk, au moins 16 personnes ont été tuées par des attaques russes, selon des messages diffusés sur Telegram par le gouverneur local, Pavlo Kyrylenko.

Au moins dix morts, 15 blessés : les conséquences du bombardement de l’usine de coke d’Avdiïvka par l’occupant russe, a-t-il annoncé dans le plus récent message, en prévenant que le bilan risquait de monter.

« Les Russes savaient exactement ce qu’ils visaient. Les travailleurs venaient de finir leur quart de travail et attendaient […] un autobus pour les ramener à la maison.  »— Une citation de  Pavlo Kyrylenko, gouverneur de Donetsk

Il avait plus tôt annoncé trois morts dans un bombardement aérien à Vouhledar et trois autres après des tirs d’artillerie à Lyman.

Ces bilans ne peuvent être vérifiés de source indépendante.

Ces trois municipalités font partie des régions de Donestk, dans le Donbass, qui sont situées sur la ligne de front, et où l’arme russe tente de prendre les combattants ukrainiens en étau, sans grand succès jusqu’ici.

Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse et Reuters

Guerre en Ukraine : l’Internet russe est-il coupé du monde ?

mai 2, 2022

En février, la guerre semblait annonciatrice d’une scission de l’Internet. Pourtant, deux mois plus tard, le réseau semble avoir résisté.

Guerre en Ukraine : l'Internet russe est-il coupe du monde ?
Guerre en Ukraine : l’Internet russe est-il coupé du monde ?

Deux mois après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Internet semble avoir été scindé en deux. Tandis qu’un certain nombre de plateformes et de réseaux ont banni les comptes proches du pouvoir russe, la Russie a, elle, restreint l’accès à la plupart des réseaux sociaux non russes. Les Russes se sont rabattus sur VK (équivalent de Facebook) et Télégram. Le phénomène de balkanisation de l’Internet, également appelé splinternet, semble avoir eu lieu ; l’Internet russe paraît aujourd’hui hors d’accès. Pourtant, la Russie n’est pas encore complètement coupée du monde.

« D’un point de vue technique, cela ne serait pas trop difficile pour la Russie de simplement couper Internet au-delà de ses frontières : il n’y a que 12 points de liaison environ entre son réseau Internet et le reste du monde », explique Kieron O’Hara, enseignant-chercheur à l’université britannique de Southampton, et coauteur du livre Four Internets : Data, Geopolitics, and the Governance of Cyberspace. Toutefois, il considère que, si la Russie était amenée à se couper du monde, le système s’écroulerait rapidement : « Internet aujourd’hui est tellement interconnecté que le fonctionnement de tout site repose sur des données du monde entier. » En 2019, la Russie a annoncé avoir réussi à isoler complètement son Internet du reste du monde pendant plusieurs heures sans souci de fonctionnement. « Je ne connais évidemment pas les détails, mais je n’ai jamais croisé personne qui croit à cette histoire », note le chercheur.

Cela ne veut pas pour autant dire que la Russie ne sera jamais capable de se couper du monde. En effet, lorsque la Russie envahit la Crimée en 2014, le Kremlin se rend rapidement compte que tout lien de dépendance avec l’Europe ou les États-Unis pourrait lui porter fortement préjudice. Internet fait partie des domaines dans lesquels le pays tente alors de devenir le plus indépendant possible. Le développement de tous les domaines liés à la technologie est fortement encouragé, des réseaux sociaux aux semi-conducteurs. Les sites gouvernementaux et moyens de paiement sont rendus nationaux autant que possible. Les réseaux de propagation d’information sont occupés par les pouvoirs publics afin de pouvoir les influencer. « Si l’on ajoute à cela le fait que les Russes ne parlent généralement que le russe, et que le nationalisme est très fort dans le pays, il ne serait pas très compliqué de convaincre beaucoup de Russes qu’un Internet plus petit et peut-être de moins bonne qualité serait un prix acceptable à payer pour rétablir une fierté nationale », explique Kieron O’Hara.

Cette idée pour un pays de se couper du reste d’Internet n’est pas nouvelle. « En Chine, la séparation avec le reste du monde est bien plus avancée. Tout élément entrant ou sortant de Chine passe à travers le Grand pare-feu de Chine, une sorte de bouclier virtuel géant », rappelle Winston Maxwell, le directeur d’études en droit et numérique à Télécom Paris. « Les Chinois savaient depuis le début qu’Internet allait être un problème pour eux. La Russie ne l’a pas vu venir et tente maintenant de rattraper son retard, mais pour l’instant ils sont encore loin de la technicité chinoise », souligne toutefois Kieron O’Hara.

D’une certaine manière, les réactions européennes et américaines à la guerre en Ukraine ont aidé la Russie à être plus indépendante. Probablement encouragé par la vague de départs massifs d’entreprises de Russie, le fournisseur d’accès à Internet Cogent Communications, l’un des leaders mondiaux dans ce domaine, a annoncé début mars qu’il arrêterait de desservir ses clients russes. Il a ensuite été suivi entre autres par Lumen, un autre acteur important sur le marché.

L‘Internet Society, une association américaine en faveur d’un Internet le plus libre possible a publié plusieurs communiqués mettant en cause ces décisions : « À court terme, les individus perdront l’accès à une bouée de sauvetage vitale pour la sécurité et l’exactitude des informations. À long terme, des actions compromettant la nature apolitique du réseau diviseraient l’Internet selon des lignes géopolitiques et modifieraient de manière irréversible l’Internet que nous connaissons aujourd’hui. »

Kieron O’Hara tient toutefois à souligner le positif : pour l’instant, nous n’en sommes pas encore là. « La diversité des acteurs d’Internet – secteur public, secteur privé, organisations à but lucratif ou non, gouvernements, ONG – a permis à Internet de ne pas être scindé. Ce que nous avons vécu et que nous continuons de vivre est une très grosse épreuve, mais jusqu’à présent Internet a résisté. »

D’après lui, le plus gros défi aura lieu si on se retrouve un jour dans une situation similaire, face à la Chine : « Sur l’île de Taïwan se trouve l’industrie de semi-conducteurs qui a le plus de valeur au monde. La situation serait alors très différente de celle d’aujourd’hui si on était amené à exercer une pression sur la Chine. Je ne sais pas si Internet y survivrait. »

Avec Le Point par Ava Luquet

Ukraine: « Tout va bien ! » Les Russes ouvrent les portes de la centrale nucléaire de Zaporijjia

mai 2, 2022
"Tout va bien !" Les Russes ouvrent les portes de la centrale nucleaire de Zaporijjia
« Tout va bien ! » Les Russes ouvrent les portes de la centrale nucléaire de Zaporijjia© AFP/Andrey BORODULIN

Un bâtiment administratif est calciné, mais ceux des réacteurs semblent intacts: l’AFP a pu visiter dimanche la centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Ukraine et d’Europe, dont la prise par l’armée russe a suscité l’inquiétude de la communauté internationale.

Les forces de Moscou ont pris le contrôle début mars de cette centrale située dans la ville d’Energodar (écrit Enerhodar, en ukrainien) dans le sud de l’Ukraine, séparée par les eaux du Dniepr de la capitale régionale Zaporijjia, sous contrôle ukrainien.

Les affrontements qui s’y sont déroulés ont suscité la crainte au sein de la communauté internationale d’une catastrophe nucléaire similaire à celle survenue en 1986 à Tchernobyl.

Lors d’un voyage de presse organisé par l’armée russe, l’AFP a pu constater les dégâts: la façade d’un vaste bâtiment administratif qui servait de centre d’entraînement au personnel de la centrale est noircie par les flammes et de nombreuses fenêtres sont explosées.

Mais aucune trace de tir ou de bombardement n’était visible sur les six cubes surmontés d’un dôme rouge renfermant les réacteurs qui ont commencé à être construits dans les années 1980.

La semaine dernière, l’Agence internationale de l’énergie atomique a jugé « préoccupante » la situation à la centrale de Zaporijjia, à laquelle ses experts n’ont pas eu accès depuis sa prise par Moscou.

La centrale « fonctionne normalement, en accord avec les normes nucléaires, radioactives et environnementales », assure toutefois sur place le major-général Valéri Vassiliev, spécialiste des questions nucléaires et chimiques, dépêché par Moscou pour sécuriser le site.

Affichant leur décontraction, aucun des quelques soldats montant la garde derrière des piles de sacs de sable ne porte de combinaison, de masque ou tout autre équipement de protection contre les radiations.

« Ici, tout va bien ! », claironne le nouveau maire pro-Moscou d’Energodar, Andreï Chevtchik, arrivé à ce poste dans le sillage des Russes.

« Nous sommes prêts à vendre de l’électricité à l’Europe. Tout acheteur est bienvenu. C’est très bon marché ! », ajoute-t-il, avant de repartir à bord d’un SUV rutilant et bardé de drapeaux russes.

Un grand flou entoure cependant le fonctionnement de la centrale, qui continue d’être assuré par les équipes ukrainiennes.

L’AFP n’a pu rencontrer aucun des employés du site et le degré de coordination entre ceux-ci et les nouveaux maîtres des lieux n’est pas clair.

Avant le début de l’offensive russe en Ukraine, cette centrale avait une capacité de 5.700 mégawatts, soit de quoi couvrir plus de 20 % des besoins du pays en électricité.

Par Le Point avec AFP

« Tu ne tueras point »: en Russie, les derniers prêtres rebelles

mai 1, 2022
"Tu ne tueras point": en Russie, les derniers pretres rebelles
« Tu ne tueras point »: en Russie, les derniers prêtres rebelles© AFP/Yuri KADOBNOV

Le père Guéorgui Edelchtein, 89 printemps, ne se lasse jamais d’un bon débat. Assis devant une collection d’icônes, il pointe un fauteuil vide. « J’aimerais avoir en face de moi un ou deux de mes adversaires. »

Pourquoi est-il l’un des rares prêtres orthodoxes de Russie à s’opposer à l’offensive en Ukraine ? Le vieux pope, barbe blanche et soutane noire, répond d’une voix chevrotante, mais sans hésitation.

« J’ai peur d’être un mauvais prêtre, car je n’ai pas toujours été contre toutes les guerres, mais j’ai toujours été contre les guerres agressives, de conquête. »

« L’Ukraine est indépendante, qu’ils fassent ce que bon leur semble », ajoute-t-il, interrogé par l’AFP dans sa maison du hameau de Novo-Bely Kamen, sur les bords de la Volga, à six heures de route de Moscou.

Depuis l’attaque du 24 février, seule une poignée de prêtres de l’Eglise russe — qui revendique 150 millions de fidèles à travers le monde — se sont prononcés ouvertement contre la campagne militaire du Kremlin.

A l’inverse, leur chef, le Patriarche Kirill, a multiplié les homélies belliqueuses, appelant à « faire corps » autour du pouvoir pour vaincre les « ennemis » de l’union historique entre la Russie et l’Ukraine.

Depuis sa nomination en 2009, Kirill prône sans modération une alliance avec le régime de Vladimir Poutine, au nom de valeurs conservatrices opposées à un Occident jugé impie.

L’actuelle Eglise orthodoxe russe, institution très hiérarchisée sous contrôle des services secrets pendant l’URSS, n’a jamais encouragé la critique. Mais des irréductibles demeurent.

« Sang sur les mains »

Le 25 février, le père Edelchtein a signé une lettre rédigée par l’un de ses amis, le père Ioann Bourdine, et publiée sur le site de leur paroisse du village de Karabanovo, dans la région de Kostroma.

« Le sang des Ukrainiens n’est pas seulement sur les mains des dirigeants russes et des soldats exécutant les ordres. Il est aussi sur les mains de ceux soutenant cette guerre ou se taisant », indiquait le message, depuis supprimé.

Le chef du diocèse de Kostroma, le métropolite Ferapont, a condamné cette intervention et souligné que les deux popes étaient les seuls clercs de la région, qui en compte 160, à avoir protesté contre l’offensive.

Mais la protestation ne s’est pas arrêtée là. Le 6 mars, lors d’une messe, le père Bourdine évoque négativement le conflit.

Le jour même, il est convoqué et interrogé au commissariat. Le 10 mars, il reçoit une amende de 35.000 roubles (440 euros) pour « discréditation » de l’armée, une nouvelle infraction passible de trois ans de prison en cas de récidive.

Au procès, quatre personnes ont témoigné contre lui.

« Pendant la messe, le père Bourdine ( ?) nous a dit qu’il allait prier pour l’Ukraine », a déclaré une paroissienne, selon une copie du dossier consultée par l’AFP.

« Sataniste »

Le prêtre Bourdine, 50 ans, s’exprime toujours contre l’offensive. « Le commandement +Tu ne tueras point+ est pour moi inconditionnel, comme les autres », dit-il à l’AFP, depuis sa maison située près de Kostroma.

Selon lui, peu de popes orthodoxes russes critiquent le conflit car beaucoup sont sensibles à la « propagande » et « peu éduqués ». S’ajoute la peur de sanctions ou de poursuites judiciaires.

Ioann Bourdine raconte que la police est venue prendre des photos de sa maison et de sa voiture.

« Le père Bourdine est bien plus courageux que moi », glisse le père Guéorgui Edelchtein, depuis une chapelle construite près de sa maison.

D’origine juive par son père, et polonaise catholique par sa mère, Edelchtein s’est converti à l’orthodoxie en 1955 dans l’espoir, déçu, d’échapper à l’emprise du système soviétique. L’un de ses deux fils, Yuli-Yoel, a lui émigré en Israël où il a mené une importante carrière politique.

« Les dirigeants de notre Eglise sont toujours des laquais du régime communiste », lâche Edelchtein, assurant que le Patriarcat de Moscou a été ravivé en 1943 par un « sataniste »: Staline.

Les deux prêtres ne se présentent pourtant pas comme des dissidents et, au nom de l’unité de l’Eglise russe, traversée par de terribles schismes au cours de son Histoire, n’appellent pas à désobéir au Patriarche.

« Si une personne commet un péché, il se compromet, mais ne compromet pas toute l’Eglise », estime Ioann Bourdine.

Ses déboires l’ont toutefois bouleversé. Début avril, il s’est retiré du service actif et réfléchit à son avenir, au sein ou en dehors de l’Eglise.

Issu d’une famille religieuse, mais ordonné seulement en 2015, après une carrière de journaliste, il tient à respecter ses « convictions intimes ».

« Si, au sein de cette Eglise, je parle en me censurant, si j’arrête de dire qu’un péché est un péché et que les bains de sang sont inadmissibles, alors, petit à petit, je cesserai d’être un berger. »

Par Le Point avec AFP

Violation de l’espace aérien : le Danemark convoque l’ambassadeur russe

mai 1, 2022

L’incident s’est produit vendredi 29 avril au soir lorsqu’un avion de reconnaissance russe s’est introduit dans l’espace aérien danois à l’est de Bornholm.

Le Danemark convoque l'ambassadeur russe pour une violation de son espace aerien.
Le Danemark convoque l’ambassadeur russe pour une violation de son espace aérien. © OLAFUR STEINAR GESTSSON / RITZAU SCANPIX / EPA

Copenhague a dénoncé la violation de l’espace aérien danois par un avion de reconnaissance russe et a convoqué l’ambassadeur de Russie au sujet de cet incident, a indiqué, dimanche, le chef de la diplomatie danoise. « L’ambassadeur russe est convoqué au ministère des Affaires étrangères demain. Une nouvelle violation russe de l’espace aérien danois. C’est totalement inacceptable et particulièrement inquiétant dans la situation actuelle », a écrit Jeppe Kofod sur Twitter.

L’incident s’est produit vendredi soir lorsqu’un avion de reconnaissance russe s’est introduit dans l’espace aérien danois à l’est de Bornholm (île danoise de la Baltique), avant de pénétrer dans l’espace aérien suédois, cette dernière partie de l’épisode ayant été rendue publique par la défense suédoise samedi. « Il s’agit d’un avion de reconnaissance qui s’est trouvé dans notre espace aérien un moment très court. Deux F-16 danois sont immédiatement intervenus », a indiqué à l’AFP un attaché de presse de la Défense danoise, Henrik Mortensen.

L’avion russe a ensuite quitté l’espace aérien danois. Ce type d’incident « arrive rarement », a ajouté M. Mortensen. Contrairement à la Suède où un débat sur la question est en cours, le Danemark est membre de l’Otan.

Par Le Point avec AFP

Ukraine: Bombardements à Kiev durant la visite du secrétaire général de l’ONU

avril 28, 2022
Un soldat debout derrière une barrière antichar.

La situation s’était apaisée récemment à Kiev, en Ukraine, même si la tension reste présente. Photo: Reuters/ Gleb Garanich

La capitale ukrainienne, Kiev, a été la cible de frappes russes jeudi soir, en pleine visite du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et pour la première fois depuis la mi-avril, qui ont fait au moins 10 blessés, selon les services de secours.

Les journalistes de l’AFP ont vu sur place un étage d’un bâtiment en feu avec de la fumée noire s’échappant des fenêtres brisées, tandis que de nombreux policiers et des secouristes étaient présents sur les lieux.

Cela en dit long sur la véritable attitude de la Russie envers les institutions internationales, sur les efforts des dirigeants russes pour humilier l’ONU et tout ce que l’organisation représente, a dit le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Il a évoqué cinq missiles, qui ont frappé la ville juste après la fin des discussions avec M. Guterres.

Cela requiert une réaction puissante, de la même ampleur, a-t-il ajouté dans une vidéo diffusée sur Telegram.

Nous sommes en sécurité, a de son côté écrit un porte-parole de l’ONU à des journalistes. Il a ensuite précisé sur WhatsApp à l’AFP que c’est une zone de guerre, mais c’est choquant que cela soit arrivé à proximité de là où nous nous trouvions.

Un incendie s’est déclaré à la suite de bombardements ennemis sur un immeuble résidentiel de 25 étages, dont les deux premiers étages ont été partiellement détruits, ont pour leur part raconté les services de secours ukrainiens.

Selon des données préliminaires, cinq personnes ont été secourues et dix blessées, ont-ils poursuivi sur Facebook.

Dans la soirée, l’ennemi a tiré sur Kiev. Deux frappes sur le quartier de Chevchenkovsky, avait auparavant dit le maire de la capitale, Vitali Klitschko.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, avait rapidement dénoncé sur Twitter un acte odieux de barbarie, indiquant que les engins tirés étaient des missiles de croisière.

La Russie démontre une fois de plus son attitude envers l’Ukraine, l’Europe et le monde, a-t-il ajouté.

Le ministre ukrainien de la Défense, Oleksiï Reznikov, a quant à lui dénoncé sur Twitter une attaque sur la sécurité du secrétaire général [de l’ONU] et sur la sécurité mondiale.

Des frappes de missiles dans le centre de Kiev pendant la visite officielle d’Antonio Guterres, a également dénoncé sur Twitter Mikhaïlo Podoliak, un conseiller du président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Hier, il était assis à une longue table au Kremlin et, aujourd’hui, des explosions au-dessus de sa tête, a ironisé M. Podoliak.

C’est la preuve que nous avons besoin d’une victoire rapide sur la Russie et que tout le monde civilisé doit s’unir autour de l’Ukraine. Nous devons agir rapidement. Plus d’armes, plus d’efforts humanitaires, plus d’aide, a renchéri le chef de l’administration présidentielle, Andriï Iermak.

Il a appelé à priver la Russie de son droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU.

M. Guterres s’était entretenu mardi avec le président russe Vladimir Poutine à Moscou. Mercredi, il est arrivé en Ukraine pour se rendre jeudi matin notamment à Boutcha et Irpin, dans la banlieue de la capitale, théâtres d’exactions imputées à l’armée russe par les Ukrainiens.

Il s’est aussi entretenu avec Volodymyr Zelensky, regrettant que le Conseil de sécurité de l’ONU n’ait pas réussi à empêcher et à arrêter la guerre déclenchée le 24 février par Moscou.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie est une violation de son intégrité territoriale et de la Charte des Nations unies, a-t-il une nouvelle fois déclaré.

Avec Radio-Canada par Agence France-Presse