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Gastronomie: le chef congolais Dieuveil Malonga, explorateur culinaire de l’Afrique

janvier 4, 2022

Dieuveil Malonga aime les grands-mères. La sienne, qui au Congo lui a transmis la passion de la cuisine, et celles qu’il a rencontrées à travers tout le continent, pour apprendre d’elles les secrets de la gastronomie africaine.

Le jeune chef congolais, passé par l’Allemagne et la France, puise dans leurs savoirs traditionnels pour créer sa cuisine afro-fusion, remarquée ses dernières années.      

« Je voyage dans différents pays, j’apprends des grands-mères et ensuite je prends ces vieilles recettes et je les amène dans mon laboratoire ici et j’essaie, avec mes chefs, d’y amener une touche de modernité« , explique-t-il dans son restaurant de Kigali, au Rwanda.

De ses périples dans trente-huit pays d’Afrique, le chef âgé de 30 ans ramène des techniques, comme le boucanage ou la fermentation, mais aussi des épices et condiments. Petits piments de Côte d’Ivoire, noix de pèbè du Cameroun et autres chenilles mbinzo du Congo occupent un mur entier de son restaurant. 

Si l’afro-fusion existe depuis très longtemps, le calme et discret Malonga reconnaît avoir contribué – aux côtés d’autres chefs comme le Sénégalais Pierre Thiam – à mettre l’Afrique sur la carte des foodies du monde entier. 

« Il se passe quelque chose maintenant en Afrique, et les gens s’intéressent à mieux connaître la cuisine africaine », assure celui qui a cofondé la plateforme « Chefs in Africa« , regrettant que cette gastronomie soit souvent réduite au riz, mafé, (poulet) yassa.

« Il y a une immense diversité. Prenons l’exemple du Nigeria (…) en une journée vous pouvez manger plus de vingt » types de plats. 

Une enface heureuse près de Brazzaville

Dieuveil Malonga est né près de Brazzaville où, malgré le décès de ses parents, il vit « une enfance très heureuse au sein d’une communauté très solidaire »

A 13 ans, il est accueilli en Allemagne dans la famille d’un pasteur et intègre une école renommée de cuisine, à Münster. 

Diplômé et remarqué lors de concours, il travaille dans plusieurs restaurants allemands, dont le triple étoilé au guide Michelin Aqua de Wolfsburg, puis en France, à l’hôtel Intercontinental de Marseille. Mais quelque chose manque, alors Malonga part voyager deux ans en Afrique. « La clé de ce qui m’arrive aujourd’hui », explique-t-il.

Tombé amoureux du Rwanda, il y ouvre en 2020 Meza Malonga. La « table de Malonga », en kiswahili, attire une clientèle de locaux aisés, expatriés et touristes.

Passionné de produits, le chef aime à déambuler dans les allées de la ferme de Nyamata, à une heure de Kigali, où il s’approvisionne en herbes aromatiques et fleurs comestibles. Une « chance« , qu’il n’aurait pas en Europe, admet-il. 

D’ici 2023, Dieuveil Malonga veut aller « plus haut, créer quelque chose de grand » en ouvrant dans la région très rurale de Musanze (nord), aux pieds des volcans des Virunga et de leurs célèbres gorilles, un nouveau restaurant. 

Plus haut de gamme, plus cher, le deuxième Meza Malonga se voudra à la fois  » expérieunence » et un « village d’innovation culinaire », où l’essentiel des aliments sera produit sur place, mais aussi un centre de formation.    

A Kigali, Malonga travaille avec dix jeunes cuisiniers, essentiellement rwandais mais aussi burundais, ougandais, tanzaniens qui, tout en préparant la salle ou en dressant méticuleusement les assiettes, louent sa capacité à se mettre en retrait et « autoriser à créer« .

A Musanze, le chef-apprenti souhaite en former beaucoup plus, recrutés à travers le continent, pour continuer la transmission. 

D’après AFP

Franco-rwandais accusé de complicité de génocide: « je suis un simple chauffeur »

novembre 23, 2021
Franco-rwandais accuse de complicite de genocide: "je suis un simple chauffeur"
Franco-rwandais accusé de complicité de génocide: « je suis un simple chauffeur »© AFP/Thomas COEX

« Un simple chauffeur » sans relief et sans histoires, mais au parcours semé de zones d’ombres et de mensonges. La cour d’assises de Paris s’est penchée mardi sur la personnalité du Franco-rwandais Claude Muhayimana, poursuivi pour complicité dans le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994.

Pendant un interrogatoire de plusieurs heures, parfois décousu, le président de la Cour Jean-Marc Lavergne a tenté de cerner qui était cet homme de 60 ans calme, poli, souriant à l’occasion. Et toujours discret, même lorsqu’il fond en larmes, à plusieurs reprises, notamment à l’évocation de son père décédé.

Vêtu d’un sweat shirt et d’un jean, M. Muhayimana, homme petit et costaud, s’exprime dans un français correct, même si certaines des questions du président lui sont traduites en kinyarwanda.

Poursuivi pour complicité de génocide et de crimes contre l’humanité lors de l’extermination des Tutsi du Rwanda en 1994, il colle sans difficulté à l’image de « Monsieur tout le monde », de « citoyen ordinaire qui s’est retrouvé dans le chaos » défendue depuis le début par ses avocats.

« Je n’aime pas les zizanies dans ma vie », résume cet homme, qui comparaît libre. Il est accusé d’avoir transporté les tueurs hutu sur des lieux de massacres de Tutsi à Kibuye (ouest) lors des mois sanglants d’avril à juillet 1994, au cours desquels plus de 800.000 personnes, issues essentiellement de la minorité tutsi, ont été massacrées au Rwanda.

Zones d’ombre

Pourtant, le parcours de ce « simple chauffeur » tel qu’il se décrit à plusieurs reprises, comporte de nombreuses zones d’ombre, qu’il n’éclaircit pas vraiment.

Questionné sur les mensonges apparus lors de sa demande d’asile en France – dans laquelle il affirmait notamment que plusieurs membres de sa famille ont été tués -, il répond: « je ne me souviens pas », ou « ça a été mal interprété ».

Interrogé sur ses rapports avec son ex-épouse, dont le témoignage pourrait s’avérer crucial, il dit: « les affaires des hommes et des femmes, c’est intime… parfois on avait des difficultés, parfois on était d’accord ».

Questionné sur ses biens et sa richesse, il élude: « je me débrouille ».

Dès l’ouverture de l’audience, le président a tenté de comprendre quelle connaissance Claude Muhayimana avait du génocide et de sa planification.

« Ce que je sais aujourd’hui, c’est qu’il y a eu un génocide mais je ne sais pas si il a été planifié », a répondu l’accusé.

« Une vie calme »

Claude Muhayimana est né en janvier 1961 à Kibuye, d’un couple mixte, une mère tutsi et un père hutu, ce qui fait de lui un Hutu. Elevé dans une famille d’agriculteurs « très croyante », très proche de sa mère, il est le second d’une fratrie de quatre, dont certains vivent toujours au Rwanda.

Il a quitté le foyer à l’adolescence pour aller vivre dans une congrégation religieuse auprès d’une missionnaire belge avant de devenir chauffeur en 1986. Il épouse en 1990 Médiatrice Musengeyezu, une Tutsi, avec qui il aura deux filles.

Mais après le divorce initié par sa femme au début des années 2000, les liens sont coupés avec ses enfants, ce qui est source « de grande souffrance », selon l’enquêtrice de personnalité qui l’a interrogé en prison lors de sa détention provisoire en 2014.

Après le génocide, M. Muhayimana, se disant menacé par les nouvelles autorités rwandaises, a fui au Zaïre en 1995, vécu en exil en Kenya, avant d’arriver en France en 2001, dont il obtiendra la nationalité en 2010.

Depuis 2007, il est employé à la mairie de Rouen. Décrit par des témoins comme « droit, sincère, investi et croyant », « c’est un homme sociable, qui mène une vie calme avec peu de loisirs », et un employé « ponctuel et sérieux », relève l’enquêtrice de personnalité.

Intégré en France, il n’a pour autant pas coupé les liens avec le Rwanda et la diaspora, et est proche d’un parti d’opposition, le Rwandan national Congress (RNC).

L’accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Par Jeune Afrique AFP

Génocide des Tutsi: ouverture à Paris du procès d’un ex-chauffeur franco-rwandais jugé pour « complicité »

novembre 22, 2021
Genocide des Tutsi: ouverture a Paris du proces d'un ex-chauffeur franco-rwandais juge pour "complicite"
Génocide des Tutsi: ouverture à Paris du procès d’un ex-chauffeur franco-rwandais jugé pour « complicité »© AFP/Archives/Marion Ruszniewski

Le procès pour « complicité » d’un ex-chauffeur franco-rwandais, citoyen « ordinaire » accusé d’avoir sciemment aidé des tueurs lors du génocide des Tutsi en 1994 au Rwanda, s’est ouvert lundi à Paris, troisième procès en France pour des crimes liés à l’une des pires tragédies du XXe siècle.

Claude Muhayimana, 60 ans, vêtu d’un jean et d’une veste de cuir, un sac à dos sur l’épaule, est resté bras croisés sur une chaise durant la majorité de l’audience. Il a répondu avec une voix assurée aux questions du président lui demandant de décliner son identité.

M. Muhayimana était en 1994 employé d’un établissement de tourisme public rwandais gérant l’hôtel Guest House à Kibuye, sur les rives de l’immense lac Kivu.

Il est accusé de « complicité » de génocide et de crimes contre l’humanité pour avoir « aidé et assisté sciemment » des militaires et des miliciens en assurant à plusieurs reprises leur transport sur les lieux de massacres dans la préfecture de Kibuye, les collines de Karongi, Gitwa et Bisesero (ouest), où des dizaines de milliers de personnes ont été exterminées dans des conditions effroyables.

Les miliciens, armés de machettes, gourdins, houes et appelés « Interahamwe » (« ceux qui travaillent ensemble » en kinyarwanda) ont été les principaux bras armés du génocide contre la minorité tutsie, orchestré par le régime extrémiste hutu et qui a fait plus de 800.000 morts d’avril à juillet 1994.

M. Muhayimana, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, est réfugié en France, dont il a obtenu la nationalité en 2010. Cantonnier à la mairie, il vit à Rouen (nord-ouest). Il y avait été arrêté en 2014, un an après l’ouverture d’une enquête initiée par une plainte du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), qui lutte contre l’impunité et la présence en France de présumés génocidaires rwandais.

Le procès qui s’est ouvert devant la cour d’assises de Paris, après dix ans de procédure et deux reports à cause de la crise sanitaire, est prévu pour durer jusqu’au 17 décembre, avec l’audition d’une cinquantaine de témoins, dont une quinzaine viendront du Rwanda.

L’audience de lundi a notamment été consacrée à plusieurs heures de débat sur la recevabilité de nouvelles parties civiles et de nouveaux témoins, auxquels s’oppose la défense.

Le président de la cour a ensuite débuté la lecture de son rapport sur les faits reprochés à l’accusé et le contexte historique du génocide des Tutsi.

La singularité de ce procès est qu’il juge un citoyen ordinaire. Les deux précédents procès ont, eux, vu la condamnation à perpétuité de deux anciens bourgmestres et à 25 ans de prison d’un ex-capitaine de l’armée.

« On a affaire à un homme ordinaire, un Monsieur tout le monde, qui n’avait aucune autorité civile, militaire ou religieuse et qui a été placé dans le chaos que l’on connaît », a déclaré à la presse l’un des avocats de l’accusé, Philippe Meilhac, avant l’ouverture du procès.

« Nous comptons bien le faire acquitter complètement, il est innocent de ce qu’on lui reproche », a martelé Me Meilhac.

« Maillons du mécanisme »

Pour sa part, Alain Gauthier, cofondateur du CPCR, se « refuse » à « parler de gros ou de petit poisson ». « On est dans le cas d’un génocide, on ne parle pas de petit poisson ».

« Tous les maillons du mécanisme de la chaîne qui ont conduit au génocide sont importants; il n’y avait plus d’échelons » dans ce contexte, a lancé de son côté avant l’audience Richard Gisagara, avocat de l’une des parties civiles aux côtés du CPCR.

Les prises de parole de l’accusé, resté très discret, sont très attendues. L’enquête a évoqué une personnalité ambigüe, des témoins attestant qu’il a sauvé des Tutsi en les cachant chez lui ou en les aidant à fuir.

Les débats se concentreront sur le fait que l’accusé nie avoir été présent sur les lieux de massacres et sur les contradictions entre ses déclarations et celles de témoins, notamment son ex-épouse. Il a aussi menti et tenté de faire pression sur des témoins, selon l’accusation.

« Il y a des dizaines de témoignages concordants sur son transport sur les lieux de massacres », note Alexandre Kiabski, avocat du CPCR.

La défense, elle, pointe les contradictions et les lacunes des témoignages, et soulèvera également l’argument de la contrainte.

« Ce n’est pas impossible qu’il ait été forcé (à transporter les miliciens, NDLR); mais même si c’est vrai, il avait le choix de prendre la fuite », estime M. Gauthier. « On ne va pas sur les lieux d’un crime gratuitement ».

Mardi, l’audience doit être consacrée à l’interrogatoire de personnalité de l’accusé.

Par Le Point avec AFP

RDC-Eruption volcanique de Nyiragongo : le Miss s’oppose à la construction des logements pour des sinistrés par la présidence rwandaise

novembre 16, 2021

 Dans des messages publiés les 15 et 16 novembre sur tweeter, le Mouvement des indignés de la situation sécuritaire en République démocratique du Congo (Miss-RDC) s’oppose au financement, par le président rwandais, Paul Kagame, de la construction d’un camp pour les déplacés de la dernière éruption du volcan Nyiragongo, dans le Kivu.

Photo: Félix Tshisekedi et Paul Kagame/DR

Pour les Indignés, le président Paul Kagame ou celui de l’Ouganda, Yoweri Museveni, considérés comme des bourreaux de la population dans l’est de la RDC, ne peuvent plus, à ce jour, se faire des protecteurs de cette même population. De l’avis de ces activistes, en proposant ce financement, Kagame veut s’approcher de cette population pour mieux la croquer. « Don de construction de Kagame aux Congolais! Don des infrastructures de Museveni aux Congolais! Ces bourreaux devenus protecteurs pour mieux abriter et croquer leurs proies. Quelle humiliation et moquerie pour les victimes? Une honte pour la République! », écrit Nicole Kavira, la présidente de Miss-RDC..

Une menace claire aux autorités congolaises

Dans leurs messages, les Indignés menacent, en outre, de rendre responsables les autorités congolaises des différents massacres de la population, au cas où elles accepteraient cette proposition du président rwandais. « Si le gouvernement congolais accepte que ce criminel de Kigali vienne construire ses abris pour les Congolais du Kivu, nous accuserons officiellement les autorités congolaises d’être responsables des tueries de leur propre population », écrit la coordonnatrice du Miss-RDC.

Il est, en effet, rappelé que le président rwandais, Paul Kagame, s’est engagé auprès de son homologue congolais, Félix-Antoine Tshisekedi, à offrir une « aide spéciale » aux sinistrés de l’éruption du volcan Nyiragongo au Nord-Kivu. A en croire des sources, ce don consiste en la construction d’un « village moderne » estimée à trente millions de dollars américains. Selon ces sources, ce projet devrait être mené par les militaires de l’armée rwandaise.

Selon le coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’accord d’Addis-Abeba (MNS), Claude Ibalanky, qui s’est confié à Actualité.cd,  ce projet accueillera entre deux cents et quatre cents familles. Il s’agit d’un village modèle et moderne, qui comprend les habitations, centre scolaire donc maternelle, primaire, secondaire bien équipé avec des laboratoires et autres, un centre médical, avec une maternité et des lits d’hospitalisation, etc. « Cela comprend également des activités économiques telles que nous avions visité au Rwanda, il y a des activités économiques pour rendre le centre un peu indépendant financièrement et puis bon, il y a tous les autres services comme l’eau, l’électricité, les routes et ainsi de suite », a-t-il expliqué au média en ligne.

Avec Adiac-Congo par Lucien Dianzenza

Vaccins : bientôt une usine BioNTech au Rwanda

octobre 26, 2021
De gauche à droite : Uğur Şahin, PDG de BioNTech, Ursula von der Leyen, patronne de la Commission européenne, Paul Kagame, président du Rwanda, et Macky Sall, chef de l’État du Sénégal, le 27 août 2021 à Berlin. © Kay Nietfeld/ZUMA Press/ZUMA/REA

Évoquée en marge du G20, l’hypothèse de voir construire des usines de vaccins BioNTech en Afrique s’est confirmée ce 26 octobre avec la signature d’un accord entre la firme allemande et Kigali. Début des travaux : mi-2022.

C’est le Rwanda qui accueillera la première usine de fabrication de vaccins utilisant la technologie à ARN-messager de BioNTech sur le sol africain. Un accord a été signé en ce sens ce 26 octobre par les autorités de Kigali et la direction de la start-up de biotechnologies basée en Allemagne, devenue mondialement célèbre en produisant, avec le géant pharmaceutique américain Pfizer, le vaccin réputé le plus efficace contre le Covid-19.

Les partenaires veulent aller vite : la construction du site de production doit commencer dès le milieu de l’année 2022 et, pour permettre la production de vaccins dans les délais les plus brefs possibles, il est prévu d’assembler d’abord une première ligne de production complète, d’une capacité de 50 millions de doses par an. Le projet est d’ajouter ensuite d’autres lignes afin d’accroître progressivement la capacité de production.

Toujours dans le souci d’aller vite, c’est dans un premier temps BioNTech qui gèrera le site industriel et y enverra son propre personnel, le but étant de commencer la production sitôt l’infrastructure achevée. Mais l’accord signé entre l’entreprise, le Rwanda Development Board et l’Institut Pasteur de Dakar prévoit la formation rapide de personnel local, ainsi que le transfert du savoir-faire et de la propriété du site à des « partenaires locaux ».

Paludisme et tuberculose

Selon les signataires, le site rwandais est conçu pour être le premier d’un « réseau de production robuste et décentralisé en Afrique, offrant une capacité de production de plusieurs centaines de millions de doses de vaccins ARN-m ». L’idée n’est d’ailleurs pas de se limiter au sérum anti-Covid mais aussi de produire, à terme, des vaccins contre le paludisme et la tuberculose basés sur la même technologie.

SEUL 1 % DES VACCINS ADMINISTRÉS SUR LE CONTINENT SONT PRODUITS EN AFRIQUE

Les contours de l’accord avaient déjà été esquissés le 27 août en marge du G20 de Berlin, lors d’une rencontre entre les présidents sénégalais et rwandais, la patronne de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le cofondateur de BioNTech, Uğur Şahin. Réunis à l’initiative de la Fondation Kenup, un organisme à but non lucratif créé en 2014 dans le but de promouvoir des politiques de santé plus justes, les quatre acteurs avaient affiché leur intention de faciliter l’implantation rapide d’unités de production de vaccins sur le continent et répété que le Sénégal et le Rwanda étaient, avec l’Afrique du Sud, les pays les plus susceptibles d’accueillir ces sites industriels.

Bientôt au Sénégal

Les signataires de l’accord concernant le site rwandais ont d’ailleurs précisé que BioNTech discutait actuellement avec Biovac, son partenaire en Afrique du Sud, afin d’« étendre leur collaboration ». Pour l’heure, le site sud-africain ne fait que du « fill & finish » et ne maîtrise pas l’ensemble de la technologie de production. Aucune annonce n’a encore été faite quant à la construction d’une unité de production au Sénégal, mais ce devrait logiquement être l’étape suivante du partenariat. Le pays est régulièrement cité comme l’un des plus aptes à produire rapidement des vaccins, y compris par les spécialistes des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies Africa CDC, la branche de l’Union africaine consacrée à la lutte contre les épidémies.

À ce jour, seul 1 % des vaccins administrés sur le continent sont produits en Afrique, mais l’UA affiche des objectifs ambitieux en la matière, parlant de 60 % en 2040. Les plus optimistes citent les exemples du Brésil et surtout de l’Inde, qui sont parvenus à développer des industries pharmaceutiques nationales performantes en quelques décennies. La volonté affichée d’harmoniser les règles, notamment celles relatives à la propriété intellectuelle, à l’échelle du continent devrait permettre d’avancer même si de nombreux obstacles, au premier rang desquels les brevets détenus par les grands laboratoires, restent à lever.

Avec Jeune Afrique par Olivier Marbot

Rwanda, Cameroun, Nigeria… S’unir ou périr

septembre 30, 2021
Commémoration du génocide des Tutsi, à Kigali, en avril 2019 © Ben Curtis/AP/SIPA

Vingt-sept ans après le génocide, Kigali créé un ministère de l’Unité nationale et de l’Engagement civique. Preuve qu’au Rwanda comme au Cameroun, au Nigeria ou en Éthiopie, les rancœurs du passé menacent toujours la cohésion sociale.

Il y a quelque chose d’étonnant avec le Rwanda. Il s’y passe toujours quelque chose. Ce pays est souvent, pour le meilleur ou le pire, à la une de l’actualité. Pourtant, vu de l’intérieur, on a le sentiment que l’essentiel passe au travers des radars médiatiques. Récemment, par exemple, le gouvernement a annoncé la création d’un ministère de l’Unité nationale et de l’Engagement civique. L’information a été relativement peu commentée à l’extérieur du pays. Il est vrai que le décès de la star locale du rap « Jay Polly » à la même période dans un hôpital de Kigali, où il avait été conduit en urgence alors qu’il était détenu depuis plusieurs mois dans un établissement pénitentiaire, constituait, pour les pourfendeurs du pouvoir rwandais, une occasion de tirer une nouvelle fois à boulets rouges sur un régime qui provoque chez certains une aversion irrationnelle.

Pourtant, la question de l’unité nationale est centrale dans le projet de transformation du Rwanda. Elle a occupé l’esprit des architectes de sa renaissance après le génocide perpétré contre les Tutsi. Les fameuses « discussions du village Urugwiro » qui, entre mai 1998 et mars 1999, réunirent toutes les forces vives d’une nation pas totalement pacifiée pour plancher sur les fondements de la reconstruction, identifièrent « l’unité nationale » comme l’un des socles du nouveau Rwanda. La nouvelle Constitution consacra « l’unité » comme l’un des « piliers du développement ».

Comment « faire nation » ?

L’impératif de l’unité répondait évidemment à l’histoire récente : l’instrumentalisation politique des divisions avait conduit le pays au bord de l’anéantissement. L’enjeu, sur le papier, était simple : s’unir ou périr. Dans les faits, c’était une autre histoire : comment « faire nation » avec des compatriotes dont une partie avait été actrice du génocide ? Comment faire émerger une communauté de destin dans un pays qui, depuis son indépendance, s’était précisément bâti sur l’idée de destins irréconciliables ?

Les fondateurs du nouveau Rwanda avaient visiblement conscience de la difficulté du problème. Mais ils estimaient que le pays bénéficiait d’atouts spécifiques qui, naturellement, favoriseraient l’œuvre d’unification : une langue unique, des coutumes communes, etc. Or, la présence de ces facteurs n’avait pas empêché la désintégration du pays. Dans sa fameuse conférence sur la nation, Ernest Renan rappelle à juste titre que si « la langue invite à se réunir ; elle n’y force pas. Les États-Unis et l’Angleterre, l’Amérique espagnole et l’Espagne parlent la même langue et ne forment pas une seule nation… Il y a quelque chose de supérieur à la langue : c’est la volonté ».À LIREPaul Kagame : « Le jour où j’ai fui le Rwanda pour échapper aux génocidaires »

Puisqu’il est question de « volonté », difficile de dire que les nouvelles autorités en ont manqué dans leur objectif de réconciliation du peuple rwandais après la tragédie de 1994 : des actes de vengeance de militaires issus des rangs de l’armée du FPR ont été sanctionnés ; la mention ethnique sur les cartes d’identité a été abolie, des officiers issus de l’armée du régime génocidaire ont été intégrés à la nouvelle force, des anciens miliciens Interahamwe réfugiés dans les forêts congolaises ont été réadmis dans la société, etc.

LA RÉCONCILIATION N’A PAS EMPÊCHÉ LE DÉVELOPPEMENT D’UN NÉGATIONNISME VIRULENT

Et pourtant, d’une certaine manière, la création même d’un ministère consacré à l’unité nationale, vingt-sept ans après le génocide, témoigne de ce que les efforts entrepris depuis presque trois décennies ont été insuffisants. La réconciliation par la réforme du système politique n’a pas empêché le développement d’un négationnisme virulent. Mais qui aurait pu imaginer à l’époque qu’un génocide dont toutes les preuves existent aurait pu être relativisé, contextualisé, nié ? On peut penser que dans l’esprit des cadres du Front patriotique rwandais [FPR], la question de la réconciliation des mémoires historiques ne se posait pas : le génocide contre les Tutsi était une réalité objective. Mais dès lors que, contre toute attente, des mémoires s’affrontent autour de la place et du sens de cet évènement fondamental, sur quelles bases fonder « l’unité nationale » ? Dans quelle mesure l’unité peut-elle être accomplie sans un récit historique partagé ?

Le lourd prix de l’unité

Cette question va bien au-delà du Rwanda. Au Cameroun, par exemple, la question historique est revenue au cœur du débat national avec la résurgence de « la crise anglophone ». Là aussi, l’un des enjeux est celui du récit national – et donc de l’unité du pays : peut-il y avoir cohésion nationale sans mémoire historique nationale ? Quel contrat social dans un climat de rancœurs historiques ? Au Nigeria, la parenthèse ouverte par la guerre du Biafra n’a jamais été refermée ; l’héritage de cette tragédie pose toujours la question de l’unité du pays, d’autant plus que, entre-temps, d’autres considérations politico-historiques ont conduit à l’émergence de revendications sécessionnistes dans diverses autres régions du territoire. Et que dire de l’Éthiopie, dont une terrible guerre civile menace la survie ?

Constituer une nation est difficile. Le prix de « l’unité » est souvent lourd. C’est peut-être la raison pour laquelle les gouvernements confrontés à des problèmes de cohésion nationale choisissent soit de fermer les yeux, soit d’instrumentaliser les divisions – souvent pour le pire. En raison de son histoire, le Rwanda n’a pas d’autre choix que celui d’affronter le problème, puis d’y apporter une solution – et peut-être, comme dans d’autres domaines, d’inspirer le continent.

Yann Gwet

avec Jeune Afrique par Yann Gwet

Essayiste camerounais. Diplômé de Sciences Po Paris, il vit et travaille au Rwanda.

Rwanda : la demande de non-lieu d’Agathe Habyarimana jugée « irrecevable »

août 30, 2021
Agathe Habyarimana, veuve de l’ancien président rwandais Juvenal Habyarimana, au Palais de justice de Paris, le 10 janvier 2012.

La veuve de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana, assassiné le 6 avril 1994, est visée depuis 2008 par une enquête sur son rôle lors du génocide des Tutsi.

La Cour d’appel de Paris a jugé lundi « irrecevable » la demande de non-lieu d’Agathe Habyarimana, soupçonnée d’être impliquée dans le génocide commis contre les Tutsi au Rwanda en 1994 et visée par une enquête en France depuis treize ans.

Cette requête a été jugée irrecevable pour des questions de forme, a précisé à l’AFP une source judiciaire. « On occulte le débat au fond pour s’en tenir à des arguties juridiques », a regretté ce 30 août son avocat, Me Philippe Meilhac.

Agathe Kanziga, veuve de Juvénal Habyarimana, le président hutu dont l’assassinat, le 6 avril 1994, avait donné le signal de départ au génocide contre les Tutsi, est visée depuis 2008 par une information judiciaire en France portant sur son rôle lors du génocide, initiée par une plainte du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR).

Témoin assisté

Dans cette procédure, elle a été placée en 2016 sous le statut de témoin assisté, intermédiaire entre témoin et mis en examen, et n’a plus été interrogée depuis sur les faits.

Aujourd’hui âgée de 78 ans, elle invoquait le « délai déraisonnable » de l’enquête pour demander aux juges d’instruction de clore leurs investigations. Ceux-ci ont rejeté sa demande en novembre, faisant notamment valoir que des actes d’instruction étaient « en cours ». Elle a alors interjeté appel de leur décision.

C’EST UNE SITUATION DÉPLORABLE CAR CELA BLOQUE TOUTE POSSIBILITÉ DE RÉGULARISER SA SITUATION ADMINISTRATIVE

« C’est un dossier dans lequel on n’a aucun élément nouveau depuis cinq ans et pas davantage depuis sa demande de non-lieu [l’an dernier], a souligné Me Meilhac. C’est une situation déplorable car cela bloque toute possibilité de régulariser sa situation administrative. »

Contacté par l’AFP, Alain Gauthier, cofondateur du CPCR, s’est « réjoui » de la décision de la Cour d’appel. « Mais le principal n’est pas dit, a-t-il ajouté. Quelle suite va être donnée à l’information judiciaire dans cette affaire ? Est-ce que la justice française va encore traîner des pieds pendant des années et attendre que Mme Habyarimana disparaisse, comme ça le dossier s’éteindra ? »

En France depuis 1998

Installée en France depuis 1998, Agathe Habyarimana est, de facto, sans statut légal puisque les autorités de ce pays ont refusé de l’extrader vers le Rwanda en 2011, sans toutefois lui accorder l’asile en raison des soupçons sur le rôle qu’elle a pu jouer dans l’une des pires tragédies du XXe siècle.

Elle est souvent présentée par ses accusateurs comme l’une des dirigeantes de l’ »akazu », le premier cercle du pouvoir hutu qui a planifié et orchestré le génocide pendant lequel quelque 1 million de personnes, essentiellement tutsi, ont été tuées. Un rôle qu’Agathe Habyarimana a toujours contesté.

Par Jeune Afrique avec AFP

L’Ouganda et le Rwanda accueillent des réfugiés afghans

août 25, 2021

ACCORD. Les deux pays d’Afrique de l’Est ont accepté, à la demande des États-Unis, d’accueillir des réfugiés fuyant l’Afghanistan.

Kampala n'a pas donne plus de details sur l'identite des evacues
Kampala n’a pas donné plus de détails sur l’identité des évacués© UGANDA BROADCASTING CORPORATION / AFP

L’avion en provenance d’Afghanistan a atterri ce mercredi 25 août à l’aéroport international d’Entebbe, en Ouganda, avec, à son bord, un premier groupe de 51 Afghans. Au total, ce pays d’Afrique de l’Est doit accueillir pour une durée temporaire 2 000 Afghans en fuite depuis la prise du pouvoir par les talibans. Kampala précise bien que c’est « à la demande des États-Unis », a indiqué le ministère ougandais des Affaires étrangères.

Cet accueil, a souligné le ministère, se fait à la demande des États-Unis d’accueillir temporairement des ressortissants afghans « à risque » et d’autres personnes en transit vers les États-Unis et d’autres destinations dans le monde.

L’ambassade des États-Unis à Kampala a remercié l’Ouganda pour sa « générosité et son hospitalité envers ces communautés ». « Le gouvernement de l’Ouganda et le peuple ougandais ont une longue tradition d’accueil des réfugiés et d’autres communautés dans le besoin », a affirmé l’ambassade sur Twitter.

Accord avec les États-Unis

L’Ouganda accueille une des plus grandes populations de réfugiés au monde – près de 1,5 million, selon les Nations unies –, principalement en provenance du Soudan du Sud et de la République démocratique du Congo voisins. La plupart vivent dans de vastes camps de réfugiés dans le nord du pays, mais 81 000 réfugiés vivent dans la capitale, Kampala. « À l’heure actuelle, nous avons plus de 1,6 million de réfugiés ici en Ouganda. Ainsi, lorsque nous avons reçu la demande, et d’un point de vue moral, nous ne pouvions pas refuser, car nous devons soutenir l’humanité », a répondu le ministre ougandais des Technologies de l’information et de la Communication, Chris Baryomunsi, aux critiques adressées au gouvernement, après l’officialisation de la décision. En effet, de nombreux Ougandais craignent que l’arrivée de ces réfugiés afghans – dont des femmes, des hommes et des enfants – puisse attirer l’attention de groupes terroristes internationaux, tels qu’Al-Qaïda, l’État islamique et surtout Al-Shabab en Somalie vers l’Ouganda et déstabiliser le pays.

L’Ouganda est depuis longtemps un allié des États-Unis, en particulier sur les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme dans la sous-région. Mais certains militants et opposants au président Yoweri Museveni, qui a été réélu en janvier dernier, affirment que cet accord avec Washington se fait au mépris des violations des droits de l’homme et de mauvaise gouvernance dans un pays qui n’a jamais connu d’alternance politique. Pour eux, leur pays est loin d’être exemplaire.

Des pays qui ont une tradition d’accueil des réfugiés

Non loin, au Rwanda, voisin, plusieurs dizaines d’écolières afghanes, leurs enseignants et le personnel de leur internat pour filles en Afghanistan étaient en cours d’évacuation vers le Rwanda, ont annoncé, mardi, la fondatrice de l’institution et Kigali.

Les talibans ont affirmé à plusieurs reprises que leur nouveau régime serait différent de celui qu’ils ont dirigé dans les années 1990, marqué par une extrême brutalité, l’exclusion des filles des écoles, le confinement des femmes chez elles, l’interdiction de la musique et des divertissements, mais aussi les lapidations et exécutions publiques. Mais depuis leur prise de pouvoir à Kaboul le 15 août, des dizaines de milliers d’Afghans tentent désespérément de quitter leur pays, redoutant de vivre à nouveau sous leur règne.

Près de 250 adolescents, étudiants, professeurs, personnels et membres de leurs familles ont quitté l’Afghanistan pour se rendre au Rwanda et y poursuivre leurs études, a précisé Shabana Basij-Rasikh, la fondatrice de l’École privée de leadership en Afghanistan (Sola). « Tout le monde est en route, via le Qatar, vers la nation du Rwanda où nous avons l’intention de commencer un semestre à l’étranger pour l’ensemble de nos étudiants », a-t-elle déclaré sur Twitter. « Quand les circonstances sur le terrain le permettront, nous espérons rentrer chez nous en Afghanistan », a-t-elle ajouté.

À Kigali, la porte-parole du gouvernement, Yolande Makolo, a confirmé cette information. « Nous souhaitons la bienvenue à la communauté Sola au Rwanda. Nous respectons leur demande de confidentialité, il n’y aura donc pas d’autres commentaires pour le moment », a-t-elle déclaré à l’AFP.

Quelques jours auparavant, Basij-Rasikh a déclaré qu’elle avait brûlé les dossiers scolaires de ses élèves « pour les protéger ainsi que leurs familles ». « Mes élèves, mes collègues et moi sommes en sécurité. […] Mais, en ce moment, nombreux sont ceux qui ne se sentent pas ou se sentent de moins en moins en sécurité. Je suis brisée et dévastée pour eux », a-t-elle écrit, vendredi, sur le site Internet de l’école.

L’ONU a averti, mardi, que les droits des femmes afghanes sont une « ligne rouge » que les talibans ne doivent pas franchir. « Une ligne rouge fondamentale sera la façon dont les talibans traitent les femmes et les filles », a déclaré, mardi, la haute-commissaire Michelle Bachelet à l’ouverture d’une session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme (CDH) sur l’Afghanistan. « Il incombe désormais aux talibans de traduire ces engagements en réalité. » Les talibans affirment aujourd’hui qu’ils respecteront les droits des femmes et qu’elles seront autorisées à recevoir une éducation et à travailler.

Avec Le Point avec AFP

Rwanda : l’avocat belge de Paul Rusesabagina expulsé du pays

août 22, 2021
Paul Rusesabagina assiste à une audience du tribunal à Kigali, au Rwanda, le 26 février 2021.

L’avocat de l’ancien hôtelier dont l’histoire a inspiré le film « Hôtel Rwanda » et qui attend le verdict de son procès pour « terrorisme », a été expulsé samedi soir du Rwanda pour « avoir enfreint la loi sur l’immigration ».

Les autorités rwandaises reprochent à l’avocat Vincent Lurquin, arrivé lundi dans le pays avec un visa touristique, de s’être présenté vendredi à une audience d’un tribunal de Kigali « pour représenter Paul Rusesabagina en portant un uniforme d’avocat », alors que « son visa lui permettait de visiter le pays (…) mais pas de travailler », a expliqué à l’AFP Regis Gatarayiha, chef de la Direction générale de l’Immigration et de l’Emigration du Rwanda. Il a été expulsé par avion vers 20h40 heure locale (18H40 GMT) et « est désormais interdit d’entrer au Rwanda », a-t-il précisé.

Vincent Lurquin est l’avocat de Paul Rusesabagina en Belgique – pays où il réside et dont il possède la nationalité – mais ne le défendait pas officiellement lors du procès qui s’est tenu de février à juillet à Kigali pour son soutien présumé au Front de libération nationale (FLN), groupe rebelle accusé d’attaques meurtrières au Rwanda. Il est défendu par une avocate rwandaise.

La prison à vie a été requise contre l’ancien directeur de l’Hôtel des Mille Collines à Kigali, aujourd’hui âgé de 67 ans, rendu célèbre en 2004 par le film « Hôtel Rwanda » qui raconte comment il a sauvé plus de 1 000 personnes au cours du génocide de 1994. Ce virulent opposant au président Paul Kagame est visé par neuf chefs d’accusation, dont celui de « terrorisme ».

« Depuis un an, il n’a pas pu faire le choix de son avocat, c’est un droit élémentaire », avait fustigé vendredi à Kigali l’avocat bruxellois, en déplorant s’être vu refuser l’accès à la prison où Paul Rusesabagina est détenu dans l’attente du verdict.

« Comportement tordu »

La date de l’annonce du verdict, initialement prévue vendredi, a été fixée au 20 septembre, a annoncé le tribunal lors de l’audience à laquelle s’est rendu Vincent Lurquin.

Le Barreau du Rwanda avait condamné sur Twitter le fait qu’il se soit rendu à l’audience « en tant qu’avocat, en robe d’avocat, alors qu’il n’est pas membre du Barreau du Rwanda et qu’il n’est pas autorisé à exercer au Rwanda » et l’avait sommé « d’expliquer son comportement ».

« Il a violé l’article 279 du code pénal qui criminalise le fait de porter un uniforme dans l’intention de tromper le public. C’est la même chose qu’une personne qui porte un uniforme de médecin ou de soldat de manière trompeuse », avait déclaré à l’AFP le président du Barreau, Julien Kavaruganda.

La porte-parole du gouvernement, Yolande Makolo, avait également dénoncé un « comportement tordu », « une violation flagrante des règles de la pratique juridique au Rwanda », tandis qu’un conseiller du président Paul Kagame, Mauro de Lorenzo, a fustigé une « tactique de communication minable pour détourner l’attention sur lui parce qu’il sait que son “client” est coupable ».

Paul Rusesabagina a participé à la fondation en 2017 du Mouvement rwandais pour le changement démocratique (MRCD), dont le FLN est considéré comme le bras armé. Mais il nie toute implication dans des attaques menées par ce groupe en 2018 et 2019, qui ont fait neuf morts.

Procès « politique »

Paul Rusesabagina et sa défense ont boycotté les audiences depuis mars, protestant contre un procès « politique » rendu possible par son « enlèvement » et contre la violation de ses droits à la défense. Ses avocats et ses proches ont régulièrement dénoncé l’impossibilité de le rencontrer depuis son arrestation dans des conditions troubles à Kigali en août 2020.

Vivant en exil depuis 1996 aux États-Unis et en Belgique, il a été arrêté à la descente d’un avion qu’il pensait être à destination du Burundi. Le gouvernement rwandais a admis avoir « facilité le voyage » vers Kigali, mais affirmé que l’arrestation était « légale » et que « ses droits n’ont jamais été violés ».

Ce procès a suscité de nombreuses réactions internationales: les États-Unis, qui lui ont décerné la médaille présidentielle de la liberté en 2005, le Parlement européen et la Belgique ont exprimé leurs préoccupations sur les conditions de son arrestation et l’équité du procès.

La famille et les proches de Paul Rusesabagina ont dénoncé un procès qui a été « un spectacle mis en place par le gouvernement rwandais pour faire taire un critique et refroidir toute dissidence future », selon la Fondation Hôtel Rwanda qui le soutient.

Par Jeune Afrique avec AFP

Covid-19 : la capitale rwandaise Kigali se reconfine

juillet 15, 2021

A partir de samedi, les transports publics seront arrêtés, les bureaux des entreprises et des administrations fermés ainsi que les écoles.

Le Rwanda a annoncé le reconfinement de la capitale Kigali, ainsi que de huit autres districts dans le pays, à partir de samedi et jusqu’au 26 juillet, pour endiguer l’explosion de cas de Covid-19 enregistrée ces dernières semaines.about:

« Les citoyens sont invités à réduire considérablement les interactions sociales et à limiter les déplacements aux seuls services essentiels », a annoncé le gouvernement rwandais dans un communiqué diffusé mercredi soir 14 juillet. « Les mouvements et visites hors du domicile sont interdits, sauf pour les services essentiels comme la santé, l’achat de nourriture, les banques », détaille le texte.

Les transports publics de personnes sont également arrêtés, les bureaux des entreprises et administrations fermés, les écoles fermées, les activités sportives et récréatives en plein air interdites et le nombre de personnes assistant aux enterrements plafonné à quinze.

Les arrivées et départs à l’aéroport de Kigali sont toutefois maintenus, ainsi que les activités touristiques, dans le respect des protocoles sanitaires en vigueur. Le couvre-feu décrété de 18 heures à 4 heures (de 16 heures à 2 heures GMT) reste en vigueur dans l’ensemble du pays, où les commerces doivent fermer à 17 heures.

Des hôpitaux submergés

Le Rwanda avait dans un premier temps réussi à contenir la pandémie, imposant dès mars 2020 un des premiers confinements stricts sur le continent africain, ainsi que des campagnes poussées de détection et de traçage de cas contact. Kigali avait déjà été replacée en confinement total en janvier pour une durée de deux semaines.

Ces dernières semaines, le Rwanda a été confronté à un net rebond de la pandémie, avec environ 800 nouveaux cas par jour submergeant les hôpitaux, qui se sont retrouvés en pénurie de lits. Le pays de 13 millions d’habitants a enregistré un total de près de 51 000 cas de Covid-19, dont 607 mortels.

Comme dans de nombreux pays d’Afrique, la campagne de vaccination a été lente en raison d’un approvisionnement insuffisant et des réticences de la population. Les autorités avaient prévu de vacciner 30 % de la population cette année et 60 % d’ici la fin 2022. Au 14 juillet, seules 401 160 personnes ont été vaccinées, soit un peu plus de 3 % de la population.

Avec Le Monde avec AFP