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Rwanda, Cameroun, Nigeria… S’unir ou périr

septembre 30, 2021
Commémoration du génocide des Tutsi, à Kigali, en avril 2019 © Ben Curtis/AP/SIPA

Vingt-sept ans après le génocide, Kigali créé un ministère de l’Unité nationale et de l’Engagement civique. Preuve qu’au Rwanda comme au Cameroun, au Nigeria ou en Éthiopie, les rancœurs du passé menacent toujours la cohésion sociale.

Il y a quelque chose d’étonnant avec le Rwanda. Il s’y passe toujours quelque chose. Ce pays est souvent, pour le meilleur ou le pire, à la une de l’actualité. Pourtant, vu de l’intérieur, on a le sentiment que l’essentiel passe au travers des radars médiatiques. Récemment, par exemple, le gouvernement a annoncé la création d’un ministère de l’Unité nationale et de l’Engagement civique. L’information a été relativement peu commentée à l’extérieur du pays. Il est vrai que le décès de la star locale du rap « Jay Polly » à la même période dans un hôpital de Kigali, où il avait été conduit en urgence alors qu’il était détenu depuis plusieurs mois dans un établissement pénitentiaire, constituait, pour les pourfendeurs du pouvoir rwandais, une occasion de tirer une nouvelle fois à boulets rouges sur un régime qui provoque chez certains une aversion irrationnelle.

Pourtant, la question de l’unité nationale est centrale dans le projet de transformation du Rwanda. Elle a occupé l’esprit des architectes de sa renaissance après le génocide perpétré contre les Tutsi. Les fameuses « discussions du village Urugwiro » qui, entre mai 1998 et mars 1999, réunirent toutes les forces vives d’une nation pas totalement pacifiée pour plancher sur les fondements de la reconstruction, identifièrent « l’unité nationale » comme l’un des socles du nouveau Rwanda. La nouvelle Constitution consacra « l’unité » comme l’un des « piliers du développement ».

Comment « faire nation » ?

L’impératif de l’unité répondait évidemment à l’histoire récente : l’instrumentalisation politique des divisions avait conduit le pays au bord de l’anéantissement. L’enjeu, sur le papier, était simple : s’unir ou périr. Dans les faits, c’était une autre histoire : comment « faire nation » avec des compatriotes dont une partie avait été actrice du génocide ? Comment faire émerger une communauté de destin dans un pays qui, depuis son indépendance, s’était précisément bâti sur l’idée de destins irréconciliables ?

Les fondateurs du nouveau Rwanda avaient visiblement conscience de la difficulté du problème. Mais ils estimaient que le pays bénéficiait d’atouts spécifiques qui, naturellement, favoriseraient l’œuvre d’unification : une langue unique, des coutumes communes, etc. Or, la présence de ces facteurs n’avait pas empêché la désintégration du pays. Dans sa fameuse conférence sur la nation, Ernest Renan rappelle à juste titre que si « la langue invite à se réunir ; elle n’y force pas. Les États-Unis et l’Angleterre, l’Amérique espagnole et l’Espagne parlent la même langue et ne forment pas une seule nation… Il y a quelque chose de supérieur à la langue : c’est la volonté ».À LIREPaul Kagame : « Le jour où j’ai fui le Rwanda pour échapper aux génocidaires »

Puisqu’il est question de « volonté », difficile de dire que les nouvelles autorités en ont manqué dans leur objectif de réconciliation du peuple rwandais après la tragédie de 1994 : des actes de vengeance de militaires issus des rangs de l’armée du FPR ont été sanctionnés ; la mention ethnique sur les cartes d’identité a été abolie, des officiers issus de l’armée du régime génocidaire ont été intégrés à la nouvelle force, des anciens miliciens Interahamwe réfugiés dans les forêts congolaises ont été réadmis dans la société, etc.

LA RÉCONCILIATION N’A PAS EMPÊCHÉ LE DÉVELOPPEMENT D’UN NÉGATIONNISME VIRULENT

Et pourtant, d’une certaine manière, la création même d’un ministère consacré à l’unité nationale, vingt-sept ans après le génocide, témoigne de ce que les efforts entrepris depuis presque trois décennies ont été insuffisants. La réconciliation par la réforme du système politique n’a pas empêché le développement d’un négationnisme virulent. Mais qui aurait pu imaginer à l’époque qu’un génocide dont toutes les preuves existent aurait pu être relativisé, contextualisé, nié ? On peut penser que dans l’esprit des cadres du Front patriotique rwandais [FPR], la question de la réconciliation des mémoires historiques ne se posait pas : le génocide contre les Tutsi était une réalité objective. Mais dès lors que, contre toute attente, des mémoires s’affrontent autour de la place et du sens de cet évènement fondamental, sur quelles bases fonder « l’unité nationale » ? Dans quelle mesure l’unité peut-elle être accomplie sans un récit historique partagé ?

Le lourd prix de l’unité

Cette question va bien au-delà du Rwanda. Au Cameroun, par exemple, la question historique est revenue au cœur du débat national avec la résurgence de « la crise anglophone ». Là aussi, l’un des enjeux est celui du récit national – et donc de l’unité du pays : peut-il y avoir cohésion nationale sans mémoire historique nationale ? Quel contrat social dans un climat de rancœurs historiques ? Au Nigeria, la parenthèse ouverte par la guerre du Biafra n’a jamais été refermée ; l’héritage de cette tragédie pose toujours la question de l’unité du pays, d’autant plus que, entre-temps, d’autres considérations politico-historiques ont conduit à l’émergence de revendications sécessionnistes dans diverses autres régions du territoire. Et que dire de l’Éthiopie, dont une terrible guerre civile menace la survie ?

Constituer une nation est difficile. Le prix de « l’unité » est souvent lourd. C’est peut-être la raison pour laquelle les gouvernements confrontés à des problèmes de cohésion nationale choisissent soit de fermer les yeux, soit d’instrumentaliser les divisions – souvent pour le pire. En raison de son histoire, le Rwanda n’a pas d’autre choix que celui d’affronter le problème, puis d’y apporter une solution – et peut-être, comme dans d’autres domaines, d’inspirer le continent.

Yann Gwet

avec Jeune Afrique par Yann Gwet

Essayiste camerounais. Diplômé de Sciences Po Paris, il vit et travaille au Rwanda.

Rwanda : la demande de non-lieu d’Agathe Habyarimana jugée « irrecevable »

août 30, 2021
Agathe Habyarimana, veuve de l’ancien président rwandais Juvenal Habyarimana, au Palais de justice de Paris, le 10 janvier 2012.

La veuve de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana, assassiné le 6 avril 1994, est visée depuis 2008 par une enquête sur son rôle lors du génocide des Tutsi.

La Cour d’appel de Paris a jugé lundi « irrecevable » la demande de non-lieu d’Agathe Habyarimana, soupçonnée d’être impliquée dans le génocide commis contre les Tutsi au Rwanda en 1994 et visée par une enquête en France depuis treize ans.

Cette requête a été jugée irrecevable pour des questions de forme, a précisé à l’AFP une source judiciaire. « On occulte le débat au fond pour s’en tenir à des arguties juridiques », a regretté ce 30 août son avocat, Me Philippe Meilhac.

Agathe Kanziga, veuve de Juvénal Habyarimana, le président hutu dont l’assassinat, le 6 avril 1994, avait donné le signal de départ au génocide contre les Tutsi, est visée depuis 2008 par une information judiciaire en France portant sur son rôle lors du génocide, initiée par une plainte du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR).

Témoin assisté

Dans cette procédure, elle a été placée en 2016 sous le statut de témoin assisté, intermédiaire entre témoin et mis en examen, et n’a plus été interrogée depuis sur les faits.

Aujourd’hui âgée de 78 ans, elle invoquait le « délai déraisonnable » de l’enquête pour demander aux juges d’instruction de clore leurs investigations. Ceux-ci ont rejeté sa demande en novembre, faisant notamment valoir que des actes d’instruction étaient « en cours ». Elle a alors interjeté appel de leur décision.

C’EST UNE SITUATION DÉPLORABLE CAR CELA BLOQUE TOUTE POSSIBILITÉ DE RÉGULARISER SA SITUATION ADMINISTRATIVE

« C’est un dossier dans lequel on n’a aucun élément nouveau depuis cinq ans et pas davantage depuis sa demande de non-lieu [l’an dernier], a souligné Me Meilhac. C’est une situation déplorable car cela bloque toute possibilité de régulariser sa situation administrative. »

Contacté par l’AFP, Alain Gauthier, cofondateur du CPCR, s’est « réjoui » de la décision de la Cour d’appel. « Mais le principal n’est pas dit, a-t-il ajouté. Quelle suite va être donnée à l’information judiciaire dans cette affaire ? Est-ce que la justice française va encore traîner des pieds pendant des années et attendre que Mme Habyarimana disparaisse, comme ça le dossier s’éteindra ? »

En France depuis 1998

Installée en France depuis 1998, Agathe Habyarimana est, de facto, sans statut légal puisque les autorités de ce pays ont refusé de l’extrader vers le Rwanda en 2011, sans toutefois lui accorder l’asile en raison des soupçons sur le rôle qu’elle a pu jouer dans l’une des pires tragédies du XXe siècle.

Elle est souvent présentée par ses accusateurs comme l’une des dirigeantes de l’ »akazu », le premier cercle du pouvoir hutu qui a planifié et orchestré le génocide pendant lequel quelque 1 million de personnes, essentiellement tutsi, ont été tuées. Un rôle qu’Agathe Habyarimana a toujours contesté.

Par Jeune Afrique avec AFP

L’Ouganda et le Rwanda accueillent des réfugiés afghans

août 25, 2021

ACCORD. Les deux pays d’Afrique de l’Est ont accepté, à la demande des États-Unis, d’accueillir des réfugiés fuyant l’Afghanistan.

Kampala n'a pas donne plus de details sur l'identite des evacues
Kampala n’a pas donné plus de détails sur l’identité des évacués© UGANDA BROADCASTING CORPORATION / AFP

L’avion en provenance d’Afghanistan a atterri ce mercredi 25 août à l’aéroport international d’Entebbe, en Ouganda, avec, à son bord, un premier groupe de 51 Afghans. Au total, ce pays d’Afrique de l’Est doit accueillir pour une durée temporaire 2 000 Afghans en fuite depuis la prise du pouvoir par les talibans. Kampala précise bien que c’est « à la demande des États-Unis », a indiqué le ministère ougandais des Affaires étrangères.

Cet accueil, a souligné le ministère, se fait à la demande des États-Unis d’accueillir temporairement des ressortissants afghans « à risque » et d’autres personnes en transit vers les États-Unis et d’autres destinations dans le monde.

L’ambassade des États-Unis à Kampala a remercié l’Ouganda pour sa « générosité et son hospitalité envers ces communautés ». « Le gouvernement de l’Ouganda et le peuple ougandais ont une longue tradition d’accueil des réfugiés et d’autres communautés dans le besoin », a affirmé l’ambassade sur Twitter.

Accord avec les États-Unis

L’Ouganda accueille une des plus grandes populations de réfugiés au monde – près de 1,5 million, selon les Nations unies –, principalement en provenance du Soudan du Sud et de la République démocratique du Congo voisins. La plupart vivent dans de vastes camps de réfugiés dans le nord du pays, mais 81 000 réfugiés vivent dans la capitale, Kampala. « À l’heure actuelle, nous avons plus de 1,6 million de réfugiés ici en Ouganda. Ainsi, lorsque nous avons reçu la demande, et d’un point de vue moral, nous ne pouvions pas refuser, car nous devons soutenir l’humanité », a répondu le ministre ougandais des Technologies de l’information et de la Communication, Chris Baryomunsi, aux critiques adressées au gouvernement, après l’officialisation de la décision. En effet, de nombreux Ougandais craignent que l’arrivée de ces réfugiés afghans – dont des femmes, des hommes et des enfants – puisse attirer l’attention de groupes terroristes internationaux, tels qu’Al-Qaïda, l’État islamique et surtout Al-Shabab en Somalie vers l’Ouganda et déstabiliser le pays.

L’Ouganda est depuis longtemps un allié des États-Unis, en particulier sur les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme dans la sous-région. Mais certains militants et opposants au président Yoweri Museveni, qui a été réélu en janvier dernier, affirment que cet accord avec Washington se fait au mépris des violations des droits de l’homme et de mauvaise gouvernance dans un pays qui n’a jamais connu d’alternance politique. Pour eux, leur pays est loin d’être exemplaire.

Des pays qui ont une tradition d’accueil des réfugiés

Non loin, au Rwanda, voisin, plusieurs dizaines d’écolières afghanes, leurs enseignants et le personnel de leur internat pour filles en Afghanistan étaient en cours d’évacuation vers le Rwanda, ont annoncé, mardi, la fondatrice de l’institution et Kigali.

Les talibans ont affirmé à plusieurs reprises que leur nouveau régime serait différent de celui qu’ils ont dirigé dans les années 1990, marqué par une extrême brutalité, l’exclusion des filles des écoles, le confinement des femmes chez elles, l’interdiction de la musique et des divertissements, mais aussi les lapidations et exécutions publiques. Mais depuis leur prise de pouvoir à Kaboul le 15 août, des dizaines de milliers d’Afghans tentent désespérément de quitter leur pays, redoutant de vivre à nouveau sous leur règne.

Près de 250 adolescents, étudiants, professeurs, personnels et membres de leurs familles ont quitté l’Afghanistan pour se rendre au Rwanda et y poursuivre leurs études, a précisé Shabana Basij-Rasikh, la fondatrice de l’École privée de leadership en Afghanistan (Sola). « Tout le monde est en route, via le Qatar, vers la nation du Rwanda où nous avons l’intention de commencer un semestre à l’étranger pour l’ensemble de nos étudiants », a-t-elle déclaré sur Twitter. « Quand les circonstances sur le terrain le permettront, nous espérons rentrer chez nous en Afghanistan », a-t-elle ajouté.

À Kigali, la porte-parole du gouvernement, Yolande Makolo, a confirmé cette information. « Nous souhaitons la bienvenue à la communauté Sola au Rwanda. Nous respectons leur demande de confidentialité, il n’y aura donc pas d’autres commentaires pour le moment », a-t-elle déclaré à l’AFP.

Quelques jours auparavant, Basij-Rasikh a déclaré qu’elle avait brûlé les dossiers scolaires de ses élèves « pour les protéger ainsi que leurs familles ». « Mes élèves, mes collègues et moi sommes en sécurité. […] Mais, en ce moment, nombreux sont ceux qui ne se sentent pas ou se sentent de moins en moins en sécurité. Je suis brisée et dévastée pour eux », a-t-elle écrit, vendredi, sur le site Internet de l’école.

L’ONU a averti, mardi, que les droits des femmes afghanes sont une « ligne rouge » que les talibans ne doivent pas franchir. « Une ligne rouge fondamentale sera la façon dont les talibans traitent les femmes et les filles », a déclaré, mardi, la haute-commissaire Michelle Bachelet à l’ouverture d’une session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme (CDH) sur l’Afghanistan. « Il incombe désormais aux talibans de traduire ces engagements en réalité. » Les talibans affirment aujourd’hui qu’ils respecteront les droits des femmes et qu’elles seront autorisées à recevoir une éducation et à travailler.

Avec Le Point avec AFP

Rwanda : l’avocat belge de Paul Rusesabagina expulsé du pays

août 22, 2021
Paul Rusesabagina assiste à une audience du tribunal à Kigali, au Rwanda, le 26 février 2021.

L’avocat de l’ancien hôtelier dont l’histoire a inspiré le film « Hôtel Rwanda » et qui attend le verdict de son procès pour « terrorisme », a été expulsé samedi soir du Rwanda pour « avoir enfreint la loi sur l’immigration ».

Les autorités rwandaises reprochent à l’avocat Vincent Lurquin, arrivé lundi dans le pays avec un visa touristique, de s’être présenté vendredi à une audience d’un tribunal de Kigali « pour représenter Paul Rusesabagina en portant un uniforme d’avocat », alors que « son visa lui permettait de visiter le pays (…) mais pas de travailler », a expliqué à l’AFP Regis Gatarayiha, chef de la Direction générale de l’Immigration et de l’Emigration du Rwanda. Il a été expulsé par avion vers 20h40 heure locale (18H40 GMT) et « est désormais interdit d’entrer au Rwanda », a-t-il précisé.

Vincent Lurquin est l’avocat de Paul Rusesabagina en Belgique – pays où il réside et dont il possède la nationalité – mais ne le défendait pas officiellement lors du procès qui s’est tenu de février à juillet à Kigali pour son soutien présumé au Front de libération nationale (FLN), groupe rebelle accusé d’attaques meurtrières au Rwanda. Il est défendu par une avocate rwandaise.

La prison à vie a été requise contre l’ancien directeur de l’Hôtel des Mille Collines à Kigali, aujourd’hui âgé de 67 ans, rendu célèbre en 2004 par le film « Hôtel Rwanda » qui raconte comment il a sauvé plus de 1 000 personnes au cours du génocide de 1994. Ce virulent opposant au président Paul Kagame est visé par neuf chefs d’accusation, dont celui de « terrorisme ».

« Depuis un an, il n’a pas pu faire le choix de son avocat, c’est un droit élémentaire », avait fustigé vendredi à Kigali l’avocat bruxellois, en déplorant s’être vu refuser l’accès à la prison où Paul Rusesabagina est détenu dans l’attente du verdict.

« Comportement tordu »

La date de l’annonce du verdict, initialement prévue vendredi, a été fixée au 20 septembre, a annoncé le tribunal lors de l’audience à laquelle s’est rendu Vincent Lurquin.

Le Barreau du Rwanda avait condamné sur Twitter le fait qu’il se soit rendu à l’audience « en tant qu’avocat, en robe d’avocat, alors qu’il n’est pas membre du Barreau du Rwanda et qu’il n’est pas autorisé à exercer au Rwanda » et l’avait sommé « d’expliquer son comportement ».

« Il a violé l’article 279 du code pénal qui criminalise le fait de porter un uniforme dans l’intention de tromper le public. C’est la même chose qu’une personne qui porte un uniforme de médecin ou de soldat de manière trompeuse », avait déclaré à l’AFP le président du Barreau, Julien Kavaruganda.

La porte-parole du gouvernement, Yolande Makolo, avait également dénoncé un « comportement tordu », « une violation flagrante des règles de la pratique juridique au Rwanda », tandis qu’un conseiller du président Paul Kagame, Mauro de Lorenzo, a fustigé une « tactique de communication minable pour détourner l’attention sur lui parce qu’il sait que son “client” est coupable ».

Paul Rusesabagina a participé à la fondation en 2017 du Mouvement rwandais pour le changement démocratique (MRCD), dont le FLN est considéré comme le bras armé. Mais il nie toute implication dans des attaques menées par ce groupe en 2018 et 2019, qui ont fait neuf morts.

Procès « politique »

Paul Rusesabagina et sa défense ont boycotté les audiences depuis mars, protestant contre un procès « politique » rendu possible par son « enlèvement » et contre la violation de ses droits à la défense. Ses avocats et ses proches ont régulièrement dénoncé l’impossibilité de le rencontrer depuis son arrestation dans des conditions troubles à Kigali en août 2020.

Vivant en exil depuis 1996 aux États-Unis et en Belgique, il a été arrêté à la descente d’un avion qu’il pensait être à destination du Burundi. Le gouvernement rwandais a admis avoir « facilité le voyage » vers Kigali, mais affirmé que l’arrestation était « légale » et que « ses droits n’ont jamais été violés ».

Ce procès a suscité de nombreuses réactions internationales: les États-Unis, qui lui ont décerné la médaille présidentielle de la liberté en 2005, le Parlement européen et la Belgique ont exprimé leurs préoccupations sur les conditions de son arrestation et l’équité du procès.

La famille et les proches de Paul Rusesabagina ont dénoncé un procès qui a été « un spectacle mis en place par le gouvernement rwandais pour faire taire un critique et refroidir toute dissidence future », selon la Fondation Hôtel Rwanda qui le soutient.

Par Jeune Afrique avec AFP

Covid-19 : la capitale rwandaise Kigali se reconfine

juillet 15, 2021

A partir de samedi, les transports publics seront arrêtés, les bureaux des entreprises et des administrations fermés ainsi que les écoles.

Le Rwanda a annoncé le reconfinement de la capitale Kigali, ainsi que de huit autres districts dans le pays, à partir de samedi et jusqu’au 26 juillet, pour endiguer l’explosion de cas de Covid-19 enregistrée ces dernières semaines.about:

« Les citoyens sont invités à réduire considérablement les interactions sociales et à limiter les déplacements aux seuls services essentiels », a annoncé le gouvernement rwandais dans un communiqué diffusé mercredi soir 14 juillet. « Les mouvements et visites hors du domicile sont interdits, sauf pour les services essentiels comme la santé, l’achat de nourriture, les banques », détaille le texte.

Les transports publics de personnes sont également arrêtés, les bureaux des entreprises et administrations fermés, les écoles fermées, les activités sportives et récréatives en plein air interdites et le nombre de personnes assistant aux enterrements plafonné à quinze.

Les arrivées et départs à l’aéroport de Kigali sont toutefois maintenus, ainsi que les activités touristiques, dans le respect des protocoles sanitaires en vigueur. Le couvre-feu décrété de 18 heures à 4 heures (de 16 heures à 2 heures GMT) reste en vigueur dans l’ensemble du pays, où les commerces doivent fermer à 17 heures.

Des hôpitaux submergés

Le Rwanda avait dans un premier temps réussi à contenir la pandémie, imposant dès mars 2020 un des premiers confinements stricts sur le continent africain, ainsi que des campagnes poussées de détection et de traçage de cas contact. Kigali avait déjà été replacée en confinement total en janvier pour une durée de deux semaines.

Ces dernières semaines, le Rwanda a été confronté à un net rebond de la pandémie, avec environ 800 nouveaux cas par jour submergeant les hôpitaux, qui se sont retrouvés en pénurie de lits. Le pays de 13 millions d’habitants a enregistré un total de près de 51 000 cas de Covid-19, dont 607 mortels.

Comme dans de nombreux pays d’Afrique, la campagne de vaccination a été lente en raison d’un approvisionnement insuffisant et des réticences de la population. Les autorités avaient prévu de vacciner 30 % de la population cette année et 60 % d’ici la fin 2022. Au 14 juillet, seules 401 160 personnes ont été vaccinées, soit un peu plus de 3 % de la population.

Avec Le Monde avec AFP

RDC-Rwanda: Kinshasa et Kigali signent des accords commerciaux, notamment sur l’exploitation de l’or

juin 27, 2021
Les présidents rwandais Paul Kagame et congolais Félix Tshisekedi, le 26 juin 2021.

La République démocratique du Congo et le Rwanda ont signé trois accords commerciaux, dont l’un porte sur l’exploitation de l’or en vue d’en assurer la traçabilité, après deux jours de tête-à-tête entre les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame.

En présence de deux chefs d’État, une entreprise congolaise, la Société aurifère du Kivu et du Maniema (Sakima SA) et une rwandaise, Dither LTD, ont signé « un protocole d’accord de coopération » pour l’exploitation de l’or afin de priver les groupes armés des revenus issus de cette filière, selon un communiqué de la présidence congolaise.

« Il y aura complémentarité entre les deux sociétés qui vont donc contrôler la chaine des valeurs à partir de l’extraction par la société congolaise Sakima et le raffinage par la firme rwandaise Dither SA », a expliqué un responsable de la communication à la présidence congolaise.

« Les groupes armés qui tirent des revenus pour financer la guerre avec de l’or ne pourront plus se permettre d’exploiter ou de revendre auprès des acheteurs sur les marchés internationaux », a-t-il souligné.

Prévenir l’évasion fiscale

Le deuxième accord porte sur « la promotion et la protection des investissements » et le troisième est une convention « en vue d’éviter la double imposition et prévenir l’évasion fiscale en matière d’impôts et de revenu », selon la présidence congolaise. »Nous avons perdu tant d’années en se regardant sans agir. Nous ne sommes qu’au commencement, nous allons continuer à élargir nos actions », a déclaré le président congolais Félix Tshisekedi en conférence de presse conjointe avec son homologue Paul Kagame à Goma.

« Le Rwanda s’engage à consentir des efforts, en collaboration avec la RDC dans le respect de sa souveraineté », a répondu le président Kagame à une question sur l’apport de son pays dans les efforts de restauration de la paix, notamment dans la province congolaise du Nord-Kivu où l’état de siège est décrété pour mettre fin aux activités des groupes armés locaux et étrangers.

Les relations entre la RDC et le Rwanda ont toujours été difficiles. La RDC a connu deux guerres entre 1996-97 et 1998-2003, qui ont déstabilisé en profondeur le Kivu, région congolaise frontalière. Ces conflits ont impliqué les nombreuses milices et les armées de plusieurs pays voisins, en particulier du Rwanda. Depuis la RDC a régulièrement accusé son voisin de déstabiliser sa partie orientale en soutenant des groupes armés. Mais, depuis l’élection de l’ex-opposant Tshisekedi, un climat de détente s’est installé.

Par Jeune Afrique avec AFP

Kigali approuve la nomination d’Antoine Anfré au poste d’ambassadeur de France au Rwanda

juin 13, 2021
Emmanuel Macron et Paul Kagame, le 27 mai 2021 à Kigali.

Le gouvernement rwandais a approuvé samedi soir la nomination d’Antoine Anfré au poste d’ambassadeur de France au Rwanda, poste inoccupé depuis 2015 en raison des tensions entre les deux pays sur le rôle joué par Paris dans le génocide de 1994.

Le président français Emmanuel Macron avait annoncé le 27 mai le retour d’un ambassadeur français au Rwanda, lors d’une visite dans la capitale Kigali marquant une normalisation des relations entre les deux pays. Il avait alors reconnu les « responsabilités » de la France dans le génocide des Tutsi de 1994, qui a fait au moins 800 000 morts.

Le choix d’Antoine Anfré à ce poste a été approuvé samedi soir lors d’une réunion du cabinet gouvernemental rwandais, dirigée par le président Paul Kagame.

Rapport Duclert

Ancien ambassadeur au Niger (2014-2015), Antoine Anfré est cité à plusieurs reprises dans le rapport d’une commission d’historiens français dirigée par Vincent Duclert remis en mars au président Macron et qui a conclu aux « responsabilités lourdes et accablantes » de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda.

Antoine Anfré, le prochain ambassadeur de France au Rwanda

Alors « rédacteur Rwanda » à la direction des Affaires africaines et malgaches (DAM) du ministères des Affaires étrangères, il avait mis en garde dès 1991 contre les risques de dérives violentes au Rwanda et pointé « un nécessaire changement » de la politique de la France dans la région, selon le rapport Duclert qui affirme que ses notes lui ont valu d’être mis à l’écart de la DAM.

Diplômé de Sciences-Po et de l’ENA, il a notamment occupé les postes de sous-préfet de Limoux (Aude) entre 2000 et 2003, puis de premier conseiller d’ambassade à Nairobi et Ankara de 2006 à 2009. Il a également été conseiller d’ambassade à Londres de 2011 à 2014.

Par Jeune Afrique avec AFP

Génocide au Rwanda : Emmanuel Macron reconnaît « l’ampleur des responsabilités » françaises

mai 27, 2021
Emmanuel Macron, au Mémorial Gisozi de Kigali, le 27 mai 2021.

Arrivé à Kigali ce 27 mai, le président français Emmanuel Macron a indiqué que la France a le « devoir de regarder l’histoire en face et de reconnaître la part de souffrance qu’elle a infligée » aux Rwandais.

Arrivé à Kigali ce 27 mai, le président français Emmanuel Macron a débuté sa visite officielle au mémorial du génocide de Gisozi, à Kigali, dont il a signé le livre d’or. Accompagné d’une délégation où figurent notamment la rescapée Annick Kayitesi-Jozan et l’écrivaine Scholastique Mukasonga, il a livré un discours dans lequel il a notamment reconnu les « responsabilités » de la France dans l’histoire qui a conduit au génocide, tout en appelant à nouer de nouvelles relations entre les deux pays.

Comme cela était prévisible, le président français a écarté le mot tabou de « complicité ». « Les tueurs qui hantaient les marais, les collines, les églises n’avaient pas le visage de la France, a-t-il ainsi déclaré. Elle n’a pas été complice. Le sang qui a coulé n’a pas déshonoré ses armes ni les mains de ses soldats, qui ont eux aussi vu de leurs yeux l’innommable, pansé des blessures, et étouffé leurs larmes ».

Emmanuel Macron a toutefois reconnu « l’ampleur de nos responsabilités » entre 1990 et 1994, appelant « ceux qui ont traversé la nuit [à] nous faire le don de nous pardonner », afin de « bâti[r] ensemble de nouveaux lendemains ».

« Un rôle, une histoire et une responsabilité »

« La France a un rôle, une histoire et une responsabilité politique au Rwanda, a ainsi déclaré le président français. Et elle a un devoir : celui de regarder l’histoire en face et de reconnaître la part de souffrance qu’elle a infligée au peuple rwandais en faisant trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de vérité. »

LA FRANCE N’A PAS COMPRIS QUE, EN VOULANT FAIRE OBSTACLE À UN CONFLIT RÉGIONAL OU UNE GUERRE CIVILE, ELLE RESTAIT DE FAIT AUX CÔTÉS D’UN RÉGIME GÉNOCIDAIRE

« En s’engageant dès 1990 dans un conflit dans lequel elle n’avait aucune antériorité, la France n’a pas su entendre la voix de ceux qui l’avaient mise en garde, ou bien a-t-elle surestimé sa force en pensant pouvoir arrêter le pire », a-t-il ajouté.

« La France n’a pas compris que, en voulant faire obstacle à un conflit régional ou une guerre civile, elle restait de fait aux côtés d’un régime génocidaire. En ignorant les alertes des plus lucides observateurs, la France endossait une responsabilité accablante dans un engrenage qui a abouti au pire, alors même qu’elle cherchait précisément à l’éviter. »

La visite d’Emmanuel Macron est la première d’un président français au Rwanda depuis celle qu’avait effectuée Nicolas Sarkozy en février 2010.

Avec Jeune Afrique par Medhi Ba

Génocide des Tutsi au Rwanda : non-lieu requis dans l’enquête sur l’opération Turquoise à Bisesero

mai 3, 2021
Des soldats français de l’opération Turquoise, en 1994 sur l’aéroport de Bukavu au Zaïre (actuelle RDC), juste avant leur départ pour la France.

Le parquet de Paris a requis un non-lieu général dans l’enquête sur l’inaction reprochée à l’armée française lors des massacres de Bisesero fin juin 1994. La décision finale revient désormais aux juges d’instruction.

Le parquet de Paris a considéré que n’a été « établie aucune aide ou assistance des forces militaires françaises lors de la commission d’exactions, aucune adhésion de ces dernières au projet criminel poursuivi par les forces génocidaires ni aucune abstention d’intervenir face à des crimes constitutifs d’un génocide ou de crimes contre l’humanité en vertu d’un accord antérieur », a expliqué le procureur de Paris, Rémy Heitz, dans un communiqué.

Au terme de ses réquisitions de 386 pages, le parquet n’écarte pas la possibilité que la non-intervention des militaires soient constitutives d’une « non-assistance à personne en péril », mais conclut que cet éventuel délit est quoiqu’il en soit prescrit. « Ce réquisitoire est navrant et affligeant juridiquement », a déclaré Eric Plouvier, l’avocat de l’ONG Survie, dénonçant « un déni de justice ».

Les parties civiles réclament un procès en « complicité de génocide »

Depuis 2005, les associations Survie, Ibuka, FIDH et six rescapés de Bisesero accusent la force Turquoise, déployée au Rwanda sous mandat de l’ONU pour faire cesser les massacres, d’avoir sciemment abandonné aux génocidaires pendant trois jours des centaines de Tutsi réfugiés dans les collines de Bisesero, dans l’ouest du pays. Pendant l’instruction, cinq hauts-gradés français – dont le chef de Turquoise, le général Jean-Claude Lafourcade – ont été entendus par les juges et sont restés placés sous le statut de témoin assisté, moins incriminant que celui de mis en examen qui ouvre, lui, la voie à un éventuel procès.

Un choix contesté par les parties civiles qui réclament un procès en « complicité de génocide » contre ces officiers mais aussi contre l’entourage, jamais visé par l’enquête, de l’ancien président français François Mitterrand. Pour les plaignants, le rapport publié en mars par la commission présidée par l’historien Vincent Duclert, sur la politique française au Rwanda entre 1990 et 1994, a révélé « des charges nouvelles » qui justifient de relancer l’enquête et d’auditionner enfin des hauts-responsables de l’Élysée de l’époque.

Les cinq officiers généraux de l’opération Turquoise visés par l’enquête n’ayant pas été mis en examen, les magistrats devraient logiquement ordonner un non-lieu, à moins qu’ils ne décident de relancer les investigations, comme réclamé récemment par des associations et des rescapés après la publication du rapport Duclert sur le rôle de la France au Rwanda

Par Jeune Afrique avec AFP

Génocide des Tutsi : un rapport rwandais met en cause François Mitterrand

avril 19, 2021
Le président du Rwanda Juvenal Habyarimana reçu au Palais de l’Elysée par le président Francois Mitterrand, le 17 juillet 1992 à Paris.

Le rapport rwandais sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi, en 1994, a été remis officiellement au gouvernement ce 19 avril. Réalisé par un cabinet d’avocats américain, il documente l’implication française tout en s’efforçant de ne pas jeter de l’huile sur le feu, dans un contexte d’apaisement entre les deux pays.

Ceux qui s’attendaient à un tir de mortier lourd en seront pour leurs frais. Rendu public ce lundi 19 avril, le rapport d’enquête sur le rôle de la France au « pays des mille collines » durant la période 1990-1994 – avant et pendant le génocide contre les Tutsi – s’abstient de toute conclusion tapageuse susceptible de raviver les plaies, anciennes, autour d’un contentieux tragique qui aura dissuadé tout rapprochement diplomatique durable entre Kigali et Paris durant un quart de siècle.

En guise de slogan, nulle phrase-choc mais ce constat laconique, digne de l’understatement dont les Rwandais sont coutumiers : « La France a rendu possible un génocide prévisible. » Un verdict cryptique où les mots-clés tant attendus – « responsabilités », « complicité » françaises… – sont délibérément absents. « Nous n’abordons pas la question de la complicité, que d’ailleurs nous ne comprenons pas vraiment. Nous nous sommes surtout focalisés sur les faits », résume un officiel rwandais, sans plus d’explication.

Offense diplomatique

L’eau de la Kagera a coulé sous les ponts depuis la publication, en août 2008, du rapport de la Commission Mucyo, dont l’intitulé, à lui seul, sonnait comme une offense diplomatique faite à la France : « Commission nationale indépendante chargée de rassembler les éléments de preuve montrant l’implication de l’État français dans la préparation et l’exécution du génocide perpétré au Rwanda en 1994 ».

Outre des conclusions au vitriol, associant directement les autorités françaises de l’époque à la préparation puis à la mise en œuvre du génocide, cette commission de sept membres, présidée par feu Jean de Dieu Mucyo, ancien procureur général et ancien ministre de la Justice, avait en outre dressé une liste de treize personnalités politiques et de vingt militaires français dont l’implication personnelle était soulignée, ouvrant la voie à de possibles poursuites judiciaires. En France, cette première tentative rwandaise d’écrire l’histoire d’une aventure néo-coloniale sujette à controverse depuis tant d’années avait provoqué un tollé parmi les principaux protagonistes impliqués dans le dossier.

« Ce nouveau rapport constitue un acte d’accusation historique mais pas judiciaire. Il ne dédouane personne mais ne reprend pas la logique accusatoire du rapport Mucyo », résume aujourd’hui une source à la présidence rwandaise, indiquant à mots couverts que Kigali a eu le souci, dans un contexte d’apaisement diplomatique qui fait suite à l’élection d’Emmanuel Macron, en 2017, de ne pas jeter inconsidérément de l’huile sur le feu. Un parti pris qui se reflète dans la neutralité du titre du rapport : « Un génocide prévisible. Le rôle de l’État français en lien avec le génocide contre les Tutsi au Rwanda ».

DEPUIS TROP LONGTEMPS, L’ÉTAT FRANÇAIS SE DÉTOURNE DE LA VÉRITÉ

Autre innovation, et non des moindres : confier cette longue investigation (qui a débuté au début de 2017) au cabinet d’avocats américain Levy, Firestone & Muse, basé à Washington, DC. Un choix qui peut sembler paradoxal dès lors qu’une mise en cause devant la justice des protagonistes français impliqués dans ce dossier n’était pas l’objectif recherché par le gouvernement rwandais.

À Kigali, on rappelle que ce cabinet a une longue expérience en matière d’enquêtes complexes impliquant des États. Bob Muse a notamment été chargé de l’enquête du Sénat américain sur les responsabilités relatives à la gestion de l’ouragan Katrina, en 2005. Parmi les diverses références alignées sur le site du cabinet, d’autres dossiers sensibles sont mentionnés, en particulier dans le cadre d’investigations conduites par le Congrès des États-Unis : le Watergate ; l’opération Fast & Furious (des exportations d’armes illégales vers le Mexique pour lutter contre les cartels de la drogue) ; l’affaire Iran-Contra ; le « Bloody Sunday », en Irlande du Nord…

Des millions de pages

« Cette enquête a sollicité des centaines de témoins et de dépositaires de documents sur trois continents, elle a donné lieu à des entretiens avec 250 témoins en anglais, en français et en kinyarwanda, à la collecte et à l’analyse de millions de pages de documents, transcriptions et articles de journaux de l’époque, principalement dans ces trois langues », écrivent les rapporteurs. Parmi les témoins entendus « off-the-record » figurent d’ailleurs une poignée de militaires français en désaccord avec la ligne officielle alors défendue par Paris. Et le président Paul Kagame a lui-même été interviewé par les enquêteurs du cabinet d’avocats américain.

En revanche, en dépit du réchauffement diplomatique intervenu depuis plus de trois ans, les enquêteurs ont trouvé porte close à Paris. « L’État français, bien qu’ayant connaissance de cette enquête, n’a pas coopéré. (…) L’État rwandais lui a transmis plusieurs demandes de documents établissant les faits. L’État français a accusé réception de ces demandes les 29 décembre 2019, 10 juillet 2020 et 27 janvier 2021 mais n’y a pas donné suite », peut-on lire dans le rapport.

Responsabilités politiques

À l’arrivée, ce pavé de 580 pages offre un complément utile à celui rendu public le 26 mars par la commission d’historiens présidée, en France, par Vincent Duclert (qui en totalisait près de 1 000). « Même s’il n’y a eu aucune coordination entre les deux commissions, le contenu de leurs rapports respectifs va globalement dans le même sens », résume une source à la présidence rwandaise.

Une appréciation qui est toutefois partiellement contredite dans la préface du rapport livré à Kigali : « La conclusion de la commission Duclert laisse entendre que l’État français était « aveugle » face au génocide à venir. Ce n’est pas le cas. (…] L’État français n’était ni aveugle ni inconscient au sujet de ce génocide prévisible. »

UNE OPÉRATION MILITAIRE SECRÈTE AVAIT ÉTÉ LOGÉE DANS L’OPÉRATION TURQUOISE

Revendiquant leur volonté de se focaliser sur les responsabilités politiques de Paris, avant comme après le génocide, les autorités rwandaises assument n’avoir pas cherché à documenter de manière pointilleuse certains épisodes, pourtant hautement sensibles, comme l’opération Turquoise (juin-août 1994), abusivement présentée comme humanitaire mais qui a servi par ricochet à différer la défaite du camp génocidaire tout en lui offrant un corridor sécurisé pour fuir impunément vers l’ex-Zaïre. Un choix qui sera certainement considéré comme discutable par les observateurs critiques du rôle de la France, d’autant que la même source précise aussitôt que « Turquoise n’était pas monolithique : une opération militaire secrète avait été logée dans cette opération présentée comme humanitaire ».

Des miliciens hutus et des militaires français de l’opération Turquoise à Gisenyi, au Rwanda, le 27 juin 1994.

En revanche, le rapport rwandais innove en repoussant la limite de son enquête bien au-delà de la fin du génocide, en juillet 1994. « Au cours des années qui ont suivi, de nombreuses actions ont été conduites par Paris pour tenter de saboter de manière occulte l’action du nouveau régime rwandais, résume notre source à la présidence. Ces tentatives de dissimulation ont notamment impliqué les présidents Jacques Chirac et François Hollande. »

L’engagement néocolonial de Mitterrand

Mais en toute logique, c’est leur prédécesseur, François Mitterrand, qui est désigné comme le principal inspirateur de la politique anachronique et mortifère conduite au Rwanda entre 1990 et 1994 : « L’arrogance de l’engagement néocolonial du président Mitterrand au Rwanda s’est exprimée dans le fait de promouvoir les intérêts géopolitiques de l’État français en se moquant des conséquences que cela pouvait avoir pour les Tutsi au Rwanda. »

« Pour la politique française au Rwanda, le nœud du problème n’était pas le génocide qui se profilait mais plutôt le fait d’empêcher le FPR [Front patriotique rwandais] d’établir ce que le président Mitterrand a appelé, en juin 1994, un « Tutsiland » », ajoutent les avocats américains.

Normalisation

Les 18 et 19 mai, Paul Kagame est attendu à Paris où il doit participer successivement au sommet sur le financement des économies d’Afrique subsaharienne et à une rencontre portant sur le Soudan. De son côté, Emmanuel Macron devrait effectuer en mai une visite officielle à Kigali dont les dates ne sont toujours pas arrêtées officiellement.

L’occasion, pour les deux hommes, de pousser un peu plus loin la normalisation engagée depuis 2017 ? D’ores et déjà, certains se mettent à espérer que le président français pourrait, à cette occasion, sortir du déni qui a cadenassé depuis près de 27 ans toute parole de repentance de la part des représentants de l’État français. « Nous n’exigeons pas d’excuses », indique une source officielle à Kigali – jusque-là, seuls la Belgique, les États-Unis, le Vatican et l’ONU en ont présenté.

Et la même source d’ajouter qu’« Emmanuel Macron souhaite faire à cette occasion un geste solennel ».

Avec Jeune Afrique par Mehdi Ba