Posts Tagged ‘Rwanda’

Covid-19 : la capitale rwandaise Kigali se reconfine

juillet 15, 2021

A partir de samedi, les transports publics seront arrêtés, les bureaux des entreprises et des administrations fermés ainsi que les écoles.

Le Rwanda a annoncé le reconfinement de la capitale Kigali, ainsi que de huit autres districts dans le pays, à partir de samedi et jusqu’au 26 juillet, pour endiguer l’explosion de cas de Covid-19 enregistrée ces dernières semaines.about:

« Les citoyens sont invités à réduire considérablement les interactions sociales et à limiter les déplacements aux seuls services essentiels », a annoncé le gouvernement rwandais dans un communiqué diffusé mercredi soir 14 juillet. « Les mouvements et visites hors du domicile sont interdits, sauf pour les services essentiels comme la santé, l’achat de nourriture, les banques », détaille le texte.

Les transports publics de personnes sont également arrêtés, les bureaux des entreprises et administrations fermés, les écoles fermées, les activités sportives et récréatives en plein air interdites et le nombre de personnes assistant aux enterrements plafonné à quinze.

Les arrivées et départs à l’aéroport de Kigali sont toutefois maintenus, ainsi que les activités touristiques, dans le respect des protocoles sanitaires en vigueur. Le couvre-feu décrété de 18 heures à 4 heures (de 16 heures à 2 heures GMT) reste en vigueur dans l’ensemble du pays, où les commerces doivent fermer à 17 heures.

Des hôpitaux submergés

Le Rwanda avait dans un premier temps réussi à contenir la pandémie, imposant dès mars 2020 un des premiers confinements stricts sur le continent africain, ainsi que des campagnes poussées de détection et de traçage de cas contact. Kigali avait déjà été replacée en confinement total en janvier pour une durée de deux semaines.

Ces dernières semaines, le Rwanda a été confronté à un net rebond de la pandémie, avec environ 800 nouveaux cas par jour submergeant les hôpitaux, qui se sont retrouvés en pénurie de lits. Le pays de 13 millions d’habitants a enregistré un total de près de 51 000 cas de Covid-19, dont 607 mortels.

Comme dans de nombreux pays d’Afrique, la campagne de vaccination a été lente en raison d’un approvisionnement insuffisant et des réticences de la population. Les autorités avaient prévu de vacciner 30 % de la population cette année et 60 % d’ici la fin 2022. Au 14 juillet, seules 401 160 personnes ont été vaccinées, soit un peu plus de 3 % de la population.

Avec Le Monde avec AFP

RDC-Rwanda: Kinshasa et Kigali signent des accords commerciaux, notamment sur l’exploitation de l’or

juin 27, 2021
Les présidents rwandais Paul Kagame et congolais Félix Tshisekedi, le 26 juin 2021.

La République démocratique du Congo et le Rwanda ont signé trois accords commerciaux, dont l’un porte sur l’exploitation de l’or en vue d’en assurer la traçabilité, après deux jours de tête-à-tête entre les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame.

En présence de deux chefs d’État, une entreprise congolaise, la Société aurifère du Kivu et du Maniema (Sakima SA) et une rwandaise, Dither LTD, ont signé « un protocole d’accord de coopération » pour l’exploitation de l’or afin de priver les groupes armés des revenus issus de cette filière, selon un communiqué de la présidence congolaise.

« Il y aura complémentarité entre les deux sociétés qui vont donc contrôler la chaine des valeurs à partir de l’extraction par la société congolaise Sakima et le raffinage par la firme rwandaise Dither SA », a expliqué un responsable de la communication à la présidence congolaise.

« Les groupes armés qui tirent des revenus pour financer la guerre avec de l’or ne pourront plus se permettre d’exploiter ou de revendre auprès des acheteurs sur les marchés internationaux », a-t-il souligné.

Prévenir l’évasion fiscale

Le deuxième accord porte sur « la promotion et la protection des investissements » et le troisième est une convention « en vue d’éviter la double imposition et prévenir l’évasion fiscale en matière d’impôts et de revenu », selon la présidence congolaise. »Nous avons perdu tant d’années en se regardant sans agir. Nous ne sommes qu’au commencement, nous allons continuer à élargir nos actions », a déclaré le président congolais Félix Tshisekedi en conférence de presse conjointe avec son homologue Paul Kagame à Goma.

« Le Rwanda s’engage à consentir des efforts, en collaboration avec la RDC dans le respect de sa souveraineté », a répondu le président Kagame à une question sur l’apport de son pays dans les efforts de restauration de la paix, notamment dans la province congolaise du Nord-Kivu où l’état de siège est décrété pour mettre fin aux activités des groupes armés locaux et étrangers.

Les relations entre la RDC et le Rwanda ont toujours été difficiles. La RDC a connu deux guerres entre 1996-97 et 1998-2003, qui ont déstabilisé en profondeur le Kivu, région congolaise frontalière. Ces conflits ont impliqué les nombreuses milices et les armées de plusieurs pays voisins, en particulier du Rwanda. Depuis la RDC a régulièrement accusé son voisin de déstabiliser sa partie orientale en soutenant des groupes armés. Mais, depuis l’élection de l’ex-opposant Tshisekedi, un climat de détente s’est installé.

Par Jeune Afrique avec AFP

Kigali approuve la nomination d’Antoine Anfré au poste d’ambassadeur de France au Rwanda

juin 13, 2021
Emmanuel Macron et Paul Kagame, le 27 mai 2021 à Kigali.

Le gouvernement rwandais a approuvé samedi soir la nomination d’Antoine Anfré au poste d’ambassadeur de France au Rwanda, poste inoccupé depuis 2015 en raison des tensions entre les deux pays sur le rôle joué par Paris dans le génocide de 1994.

Le président français Emmanuel Macron avait annoncé le 27 mai le retour d’un ambassadeur français au Rwanda, lors d’une visite dans la capitale Kigali marquant une normalisation des relations entre les deux pays. Il avait alors reconnu les « responsabilités » de la France dans le génocide des Tutsi de 1994, qui a fait au moins 800 000 morts.

Le choix d’Antoine Anfré à ce poste a été approuvé samedi soir lors d’une réunion du cabinet gouvernemental rwandais, dirigée par le président Paul Kagame.

Rapport Duclert

Ancien ambassadeur au Niger (2014-2015), Antoine Anfré est cité à plusieurs reprises dans le rapport d’une commission d’historiens français dirigée par Vincent Duclert remis en mars au président Macron et qui a conclu aux « responsabilités lourdes et accablantes » de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda.

Antoine Anfré, le prochain ambassadeur de France au Rwanda

Alors « rédacteur Rwanda » à la direction des Affaires africaines et malgaches (DAM) du ministères des Affaires étrangères, il avait mis en garde dès 1991 contre les risques de dérives violentes au Rwanda et pointé « un nécessaire changement » de la politique de la France dans la région, selon le rapport Duclert qui affirme que ses notes lui ont valu d’être mis à l’écart de la DAM.

Diplômé de Sciences-Po et de l’ENA, il a notamment occupé les postes de sous-préfet de Limoux (Aude) entre 2000 et 2003, puis de premier conseiller d’ambassade à Nairobi et Ankara de 2006 à 2009. Il a également été conseiller d’ambassade à Londres de 2011 à 2014.

Par Jeune Afrique avec AFP

Génocide au Rwanda : Emmanuel Macron reconnaît « l’ampleur des responsabilités » françaises

mai 27, 2021
Emmanuel Macron, au Mémorial Gisozi de Kigali, le 27 mai 2021.

Arrivé à Kigali ce 27 mai, le président français Emmanuel Macron a indiqué que la France a le « devoir de regarder l’histoire en face et de reconnaître la part de souffrance qu’elle a infligée » aux Rwandais.

Arrivé à Kigali ce 27 mai, le président français Emmanuel Macron a débuté sa visite officielle au mémorial du génocide de Gisozi, à Kigali, dont il a signé le livre d’or. Accompagné d’une délégation où figurent notamment la rescapée Annick Kayitesi-Jozan et l’écrivaine Scholastique Mukasonga, il a livré un discours dans lequel il a notamment reconnu les « responsabilités » de la France dans l’histoire qui a conduit au génocide, tout en appelant à nouer de nouvelles relations entre les deux pays.

Comme cela était prévisible, le président français a écarté le mot tabou de « complicité ». « Les tueurs qui hantaient les marais, les collines, les églises n’avaient pas le visage de la France, a-t-il ainsi déclaré. Elle n’a pas été complice. Le sang qui a coulé n’a pas déshonoré ses armes ni les mains de ses soldats, qui ont eux aussi vu de leurs yeux l’innommable, pansé des blessures, et étouffé leurs larmes ».

Emmanuel Macron a toutefois reconnu « l’ampleur de nos responsabilités » entre 1990 et 1994, appelant « ceux qui ont traversé la nuit [à] nous faire le don de nous pardonner », afin de « bâti[r] ensemble de nouveaux lendemains ».

« Un rôle, une histoire et une responsabilité »

« La France a un rôle, une histoire et une responsabilité politique au Rwanda, a ainsi déclaré le président français. Et elle a un devoir : celui de regarder l’histoire en face et de reconnaître la part de souffrance qu’elle a infligée au peuple rwandais en faisant trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de vérité. »

LA FRANCE N’A PAS COMPRIS QUE, EN VOULANT FAIRE OBSTACLE À UN CONFLIT RÉGIONAL OU UNE GUERRE CIVILE, ELLE RESTAIT DE FAIT AUX CÔTÉS D’UN RÉGIME GÉNOCIDAIRE

« En s’engageant dès 1990 dans un conflit dans lequel elle n’avait aucune antériorité, la France n’a pas su entendre la voix de ceux qui l’avaient mise en garde, ou bien a-t-elle surestimé sa force en pensant pouvoir arrêter le pire », a-t-il ajouté.

« La France n’a pas compris que, en voulant faire obstacle à un conflit régional ou une guerre civile, elle restait de fait aux côtés d’un régime génocidaire. En ignorant les alertes des plus lucides observateurs, la France endossait une responsabilité accablante dans un engrenage qui a abouti au pire, alors même qu’elle cherchait précisément à l’éviter. »

La visite d’Emmanuel Macron est la première d’un président français au Rwanda depuis celle qu’avait effectuée Nicolas Sarkozy en février 2010.

Avec Jeune Afrique par Medhi Ba

Génocide des Tutsi au Rwanda : non-lieu requis dans l’enquête sur l’opération Turquoise à Bisesero

mai 3, 2021
Des soldats français de l’opération Turquoise, en 1994 sur l’aéroport de Bukavu au Zaïre (actuelle RDC), juste avant leur départ pour la France.

Le parquet de Paris a requis un non-lieu général dans l’enquête sur l’inaction reprochée à l’armée française lors des massacres de Bisesero fin juin 1994. La décision finale revient désormais aux juges d’instruction.

Le parquet de Paris a considéré que n’a été « établie aucune aide ou assistance des forces militaires françaises lors de la commission d’exactions, aucune adhésion de ces dernières au projet criminel poursuivi par les forces génocidaires ni aucune abstention d’intervenir face à des crimes constitutifs d’un génocide ou de crimes contre l’humanité en vertu d’un accord antérieur », a expliqué le procureur de Paris, Rémy Heitz, dans un communiqué.

Au terme de ses réquisitions de 386 pages, le parquet n’écarte pas la possibilité que la non-intervention des militaires soient constitutives d’une « non-assistance à personne en péril », mais conclut que cet éventuel délit est quoiqu’il en soit prescrit. « Ce réquisitoire est navrant et affligeant juridiquement », a déclaré Eric Plouvier, l’avocat de l’ONG Survie, dénonçant « un déni de justice ».

Les parties civiles réclament un procès en « complicité de génocide »

Depuis 2005, les associations Survie, Ibuka, FIDH et six rescapés de Bisesero accusent la force Turquoise, déployée au Rwanda sous mandat de l’ONU pour faire cesser les massacres, d’avoir sciemment abandonné aux génocidaires pendant trois jours des centaines de Tutsi réfugiés dans les collines de Bisesero, dans l’ouest du pays. Pendant l’instruction, cinq hauts-gradés français – dont le chef de Turquoise, le général Jean-Claude Lafourcade – ont été entendus par les juges et sont restés placés sous le statut de témoin assisté, moins incriminant que celui de mis en examen qui ouvre, lui, la voie à un éventuel procès.

Un choix contesté par les parties civiles qui réclament un procès en « complicité de génocide » contre ces officiers mais aussi contre l’entourage, jamais visé par l’enquête, de l’ancien président français François Mitterrand. Pour les plaignants, le rapport publié en mars par la commission présidée par l’historien Vincent Duclert, sur la politique française au Rwanda entre 1990 et 1994, a révélé « des charges nouvelles » qui justifient de relancer l’enquête et d’auditionner enfin des hauts-responsables de l’Élysée de l’époque.

Les cinq officiers généraux de l’opération Turquoise visés par l’enquête n’ayant pas été mis en examen, les magistrats devraient logiquement ordonner un non-lieu, à moins qu’ils ne décident de relancer les investigations, comme réclamé récemment par des associations et des rescapés après la publication du rapport Duclert sur le rôle de la France au Rwanda

Par Jeune Afrique avec AFP

Génocide des Tutsi : un rapport rwandais met en cause François Mitterrand

avril 19, 2021
Le président du Rwanda Juvenal Habyarimana reçu au Palais de l’Elysée par le président Francois Mitterrand, le 17 juillet 1992 à Paris.

Le rapport rwandais sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi, en 1994, a été remis officiellement au gouvernement ce 19 avril. Réalisé par un cabinet d’avocats américain, il documente l’implication française tout en s’efforçant de ne pas jeter de l’huile sur le feu, dans un contexte d’apaisement entre les deux pays.

Ceux qui s’attendaient à un tir de mortier lourd en seront pour leurs frais. Rendu public ce lundi 19 avril, le rapport d’enquête sur le rôle de la France au « pays des mille collines » durant la période 1990-1994 – avant et pendant le génocide contre les Tutsi – s’abstient de toute conclusion tapageuse susceptible de raviver les plaies, anciennes, autour d’un contentieux tragique qui aura dissuadé tout rapprochement diplomatique durable entre Kigali et Paris durant un quart de siècle.

En guise de slogan, nulle phrase-choc mais ce constat laconique, digne de l’understatement dont les Rwandais sont coutumiers : « La France a rendu possible un génocide prévisible. » Un verdict cryptique où les mots-clés tant attendus – « responsabilités », « complicité » françaises… – sont délibérément absents. « Nous n’abordons pas la question de la complicité, que d’ailleurs nous ne comprenons pas vraiment. Nous nous sommes surtout focalisés sur les faits », résume un officiel rwandais, sans plus d’explication.

Offense diplomatique

L’eau de la Kagera a coulé sous les ponts depuis la publication, en août 2008, du rapport de la Commission Mucyo, dont l’intitulé, à lui seul, sonnait comme une offense diplomatique faite à la France : « Commission nationale indépendante chargée de rassembler les éléments de preuve montrant l’implication de l’État français dans la préparation et l’exécution du génocide perpétré au Rwanda en 1994 ».

Outre des conclusions au vitriol, associant directement les autorités françaises de l’époque à la préparation puis à la mise en œuvre du génocide, cette commission de sept membres, présidée par feu Jean de Dieu Mucyo, ancien procureur général et ancien ministre de la Justice, avait en outre dressé une liste de treize personnalités politiques et de vingt militaires français dont l’implication personnelle était soulignée, ouvrant la voie à de possibles poursuites judiciaires. En France, cette première tentative rwandaise d’écrire l’histoire d’une aventure néo-coloniale sujette à controverse depuis tant d’années avait provoqué un tollé parmi les principaux protagonistes impliqués dans le dossier.

« Ce nouveau rapport constitue un acte d’accusation historique mais pas judiciaire. Il ne dédouane personne mais ne reprend pas la logique accusatoire du rapport Mucyo », résume aujourd’hui une source à la présidence rwandaise, indiquant à mots couverts que Kigali a eu le souci, dans un contexte d’apaisement diplomatique qui fait suite à l’élection d’Emmanuel Macron, en 2017, de ne pas jeter inconsidérément de l’huile sur le feu. Un parti pris qui se reflète dans la neutralité du titre du rapport : « Un génocide prévisible. Le rôle de l’État français en lien avec le génocide contre les Tutsi au Rwanda ».

DEPUIS TROP LONGTEMPS, L’ÉTAT FRANÇAIS SE DÉTOURNE DE LA VÉRITÉ

Autre innovation, et non des moindres : confier cette longue investigation (qui a débuté au début de 2017) au cabinet d’avocats américain Levy, Firestone & Muse, basé à Washington, DC. Un choix qui peut sembler paradoxal dès lors qu’une mise en cause devant la justice des protagonistes français impliqués dans ce dossier n’était pas l’objectif recherché par le gouvernement rwandais.

À Kigali, on rappelle que ce cabinet a une longue expérience en matière d’enquêtes complexes impliquant des États. Bob Muse a notamment été chargé de l’enquête du Sénat américain sur les responsabilités relatives à la gestion de l’ouragan Katrina, en 2005. Parmi les diverses références alignées sur le site du cabinet, d’autres dossiers sensibles sont mentionnés, en particulier dans le cadre d’investigations conduites par le Congrès des États-Unis : le Watergate ; l’opération Fast & Furious (des exportations d’armes illégales vers le Mexique pour lutter contre les cartels de la drogue) ; l’affaire Iran-Contra ; le « Bloody Sunday », en Irlande du Nord…

Des millions de pages

« Cette enquête a sollicité des centaines de témoins et de dépositaires de documents sur trois continents, elle a donné lieu à des entretiens avec 250 témoins en anglais, en français et en kinyarwanda, à la collecte et à l’analyse de millions de pages de documents, transcriptions et articles de journaux de l’époque, principalement dans ces trois langues », écrivent les rapporteurs. Parmi les témoins entendus « off-the-record » figurent d’ailleurs une poignée de militaires français en désaccord avec la ligne officielle alors défendue par Paris. Et le président Paul Kagame a lui-même été interviewé par les enquêteurs du cabinet d’avocats américain.

En revanche, en dépit du réchauffement diplomatique intervenu depuis plus de trois ans, les enquêteurs ont trouvé porte close à Paris. « L’État français, bien qu’ayant connaissance de cette enquête, n’a pas coopéré. (…) L’État rwandais lui a transmis plusieurs demandes de documents établissant les faits. L’État français a accusé réception de ces demandes les 29 décembre 2019, 10 juillet 2020 et 27 janvier 2021 mais n’y a pas donné suite », peut-on lire dans le rapport.

Responsabilités politiques

À l’arrivée, ce pavé de 580 pages offre un complément utile à celui rendu public le 26 mars par la commission d’historiens présidée, en France, par Vincent Duclert (qui en totalisait près de 1 000). « Même s’il n’y a eu aucune coordination entre les deux commissions, le contenu de leurs rapports respectifs va globalement dans le même sens », résume une source à la présidence rwandaise.

Une appréciation qui est toutefois partiellement contredite dans la préface du rapport livré à Kigali : « La conclusion de la commission Duclert laisse entendre que l’État français était « aveugle » face au génocide à venir. Ce n’est pas le cas. (…] L’État français n’était ni aveugle ni inconscient au sujet de ce génocide prévisible. »

UNE OPÉRATION MILITAIRE SECRÈTE AVAIT ÉTÉ LOGÉE DANS L’OPÉRATION TURQUOISE

Revendiquant leur volonté de se focaliser sur les responsabilités politiques de Paris, avant comme après le génocide, les autorités rwandaises assument n’avoir pas cherché à documenter de manière pointilleuse certains épisodes, pourtant hautement sensibles, comme l’opération Turquoise (juin-août 1994), abusivement présentée comme humanitaire mais qui a servi par ricochet à différer la défaite du camp génocidaire tout en lui offrant un corridor sécurisé pour fuir impunément vers l’ex-Zaïre. Un choix qui sera certainement considéré comme discutable par les observateurs critiques du rôle de la France, d’autant que la même source précise aussitôt que « Turquoise n’était pas monolithique : une opération militaire secrète avait été logée dans cette opération présentée comme humanitaire ».

Des miliciens hutus et des militaires français de l’opération Turquoise à Gisenyi, au Rwanda, le 27 juin 1994.

En revanche, le rapport rwandais innove en repoussant la limite de son enquête bien au-delà de la fin du génocide, en juillet 1994. « Au cours des années qui ont suivi, de nombreuses actions ont été conduites par Paris pour tenter de saboter de manière occulte l’action du nouveau régime rwandais, résume notre source à la présidence. Ces tentatives de dissimulation ont notamment impliqué les présidents Jacques Chirac et François Hollande. »

L’engagement néocolonial de Mitterrand

Mais en toute logique, c’est leur prédécesseur, François Mitterrand, qui est désigné comme le principal inspirateur de la politique anachronique et mortifère conduite au Rwanda entre 1990 et 1994 : « L’arrogance de l’engagement néocolonial du président Mitterrand au Rwanda s’est exprimée dans le fait de promouvoir les intérêts géopolitiques de l’État français en se moquant des conséquences que cela pouvait avoir pour les Tutsi au Rwanda. »

« Pour la politique française au Rwanda, le nœud du problème n’était pas le génocide qui se profilait mais plutôt le fait d’empêcher le FPR [Front patriotique rwandais] d’établir ce que le président Mitterrand a appelé, en juin 1994, un « Tutsiland » », ajoutent les avocats américains.

Normalisation

Les 18 et 19 mai, Paul Kagame est attendu à Paris où il doit participer successivement au sommet sur le financement des économies d’Afrique subsaharienne et à une rencontre portant sur le Soudan. De son côté, Emmanuel Macron devrait effectuer en mai une visite officielle à Kigali dont les dates ne sont toujours pas arrêtées officiellement.

L’occasion, pour les deux hommes, de pousser un peu plus loin la normalisation engagée depuis 2017 ? D’ores et déjà, certains se mettent à espérer que le président français pourrait, à cette occasion, sortir du déni qui a cadenassé depuis près de 27 ans toute parole de repentance de la part des représentants de l’État français. « Nous n’exigeons pas d’excuses », indique une source officielle à Kigali – jusque-là, seuls la Belgique, les États-Unis, le Vatican et l’ONU en ont présenté.

Et la même source d’ajouter qu’« Emmanuel Macron souhaite faire à cette occasion un geste solennel ».

Avec Jeune Afrique par Mehdi Ba

Génocide des Tutsi : un prêtre franco-rwandais incarcéré en France

avril 17, 2021
Exposition au Mémorial du génocide de Kigali

Un prêtre rwandais, installé depuis plus de 20 ans en France et naturalisé, est incarcéré depuis mercredi, rattrapé par des accusations sur son rôle lors du massacres de Tutsi réfugiés dans son église en avril 1994, au début du génocide.

Marcel Hitayezu, né en 1956, a été mis en examen (inculpé) mercredi, accusé d’avoir « privé de vivres et d’eau des Tutsi s’étant réfugiés dans son église » et d’avoir « fourni des vivres aux miliciens ayant attaqué les Tutsi réfugiés » dans sa paroisse de Mubuga, dans le Sud du Rwanda, a-t-on appris vendredi auprès du Parquet national antiterroriste (Pnat), également chargé du suivi des dossiers de crimes contre l’humanité.

« Marcel H. a contesté ces faits lors de son interrogatoire devant le juge d’instruction », a précisé le Pnat dans un communiqué.

Selon une source proche de l’enquête, le prêtre a été interpellé mercredi par les enquêteurs de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH), à son domicile d’un village du Sud-Ouest de la France, dont il était, selon le diocèse, vicaire de la paroisse.

Génocide et complicité de crimes contre l’humanité

Cette arrestation a été ordonnée par un magistrat du pôle « Crimes contre l’humanité » du tribunal de Paris, chargé depuis le 26 juillet 2019 d’une enquête visant le prêtre, ouverte trois ans après le refus définitif de la justice française, en octobre 2016, d’extrader Marcel Hitayezu vers le Rwanda.

À l’issue de son interrogatoire, le prêtre été mis en examen, notamment pour « génocide » et « complicité de crimes contre l’humanité », puis placé en détention provisoire.

Selon le quotidien catholique français La Croix, le prêtre, après trois ans passés dans des camps de réfugiés dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), était « arrivé entre 1998 et 1999 » dans le diocèse de La Rochelle (Sud-Ouest), avant de se voir accorder le statut de réfugié en « janvier 2011 ».

« Cachée dans les cadavres »

Cette mise en examen « est une excellente nouvelle », a réagi Alain Gauthier, cofondateur du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), partie civile dans le dossier. « L’Église doit s’interroger sur la façon de donner des responsabilités à des gens soupçonnés d’avoir participé au génocide », a-t-il estimé.

Un autre prêtre catholique réfugié en France, Wenceslas Munyeshyaka, lui aussi accusé d’avoir joué un rôle dans les massacres de 1994, a bénéficié d’un non-lieu en 2015.

En décembre, une journaliste de l’AFP, qui accompagnait Alain Gauthier dans ses enquêtes au Rwanda, a recueilli les témoignages de deux rescapées de Mubuga.

Ces deux femmes, qui ont souhaité gardé l’anonymat, ont affirmé que le prêtre avait l’habitude d’entonner devant les réfugiés terrorisés des « chants habituellement chantés pendant les veillées des morts », alors que rôdaient les « Interahamwe », milices extrémistes hutu et bras armés du génocide. « On était comme des morts-vivants », a lâché l’une d’elles.

L’une de ces rescapées, âgée de 10 ans en 1994, a raconté, secouée de pleurs, être restée dans l’église « deux semaines cachée dans les cadavres de sa famille » tant elle était effrayée après l’attaque des miliciens, jusqu’à ce qu’un bulldozer venu ramasser les corps la fasse émerger de cet abîme.

C’EST MARCEL QUI A LIVRÉ LES TUTSI QUI ÉTAIENT DANS L’ÉGLISE

Joint par téléphone vendredi au Rwanda, Bernard Kayumba, 52 ans, qui a passé trois jours dans l’église de Mubuga avant de pouvoir s’enfuir, a réagi avec émotion. « Vraiment ? », a-t-il lancé, ajoutant: « je suis très content, c’est une nouvelle très bien reçue ».

Bernard Kayumba était en 1994 étudiant au grand séminaire et connaissait l’abbé Hitayezu depuis sa paroisse natale. « J’ai été extrêmement déçu; il a montré le comportement d’un criminel », a estimé Bernard Kayumba.

« Il faisait des réunions avec les autorités génocidaires locales, avec le bourgmestre, avec les gendarmes, sous nos yeux; c’est Marcel qui a livré les Tutsi qui étaient dans l’église », a-t-il assuré, « il faut que Marcel puisse répondre de ses actes ».

Entre avril et juillet 1994, le génocide contre les Tutsi a fait entre 800 000 (selon l’ONU) et 1 million de victimes (selon Kigali).

Le sort judiciaire des suspects réfugiés en France est un des points de tension entre Paris et Kigali, relation empoisonnée par la question du rôle des autorités françaises en 1994. Le ton est désormais à l’apaisement depuis le rapport de l’historien français Vincent Duclert, qui a conclu en mars à des « responsabilités lourdes et accablantes » de Paris lors des massacres.

Sept accusés ont été renvoyés aux assises en France pour des crimes liés à ce génocide, mais seuls trois ont été déjà jugés et condamnés. Une trentaine d’enquêtes se poursuivent.

Par Jeune Afrique avec AFP

[Tribune] Génocide au Rwanda : le rapport Duclert ne livre qu’une part de vérité

avril 2, 2021
François Mitterrand et Juvenal Habyarimana à Kigali, en décembre 1984

Si le rapport Duclert contribue à établir le rôle de la France dans le génocide des Tutsi, les chercheurs n’ont pas eu accès à toutes les archives et ont passé certains événements sous silence.

« Les enseignements de l’histoire ne doivent pas être combattus […], ils redonnent de l’honneur et de la dignité quand vient ce temps de la conscience, de la connaissance de toute la réalité du monde. »  Les mots choisis sont puissants. Pour la première fois, une parole publique et officielle assume, avec force, le rôle central joué par la France au Rwanda entre 1990 et 1994.

« Responsabilités lourdes et accablantes » ; « aveuglement continu des responsables politiques » ; participation des choix français « à la désintégration du champ politique rwandais »… Autant de formules assénées dans le rapport de la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994), présidée par l’historien Vincent Duclert (CNRS-EHESS) . Présenté publiquement à Emmanuel Macron le 26 mars, ce texte marquerait, selon le président français, « une avancée considérable » dans la quête de vérité.

Pressions constantes

Les mots choisis sont d’autant plus forts qu’ils s’appuient sur un millier de pages de texte et sur le travail de quatorze historiens et juristes qui ont su naviguer au sein d’une masse d’archives considérable (près de 8 000 documents exploités), principalement issues des archives publiques de l’État français (exécutif, ministères, armée) et parfois inédites.  Des documents qui permettent à la commission à la fois d’apporter des informations nouvelles et de confirmer, de manière essentielle, des connaissances jusqu’ici établies sur des bases documentaires fragiles.

Les processus de décision des responsables politiques, des hauts fonctionnaires et des gradés de l’armée sont auscultés à travers les perceptions que ces acteurs avaient du terrain rwandais. Le rapport Duclert offre ainsi des éclairages décisifs sur le choix des autorités françaises de s’impliquer dans le conflit rwandais en octobre 1990, sur les pressions constantes de l’état-major particulier de François Mitterrand en faveur de l’engagement de la France auprès de Juvénal Habyarimana ou encore sur « l’intervention militaire indirecte, mais directive » des troupes françaises au Rwanda d’octobre 1990 à décembre 1993.

CES CHERCHEURS ONT TRAVAILLÉ DANS DES CONDITIONS DIFFICILES, ET TOUTES LES ARCHIVES NE LEUR ONT PAS ÉTÉ OUVERTES

Particulièrement bienvenu, le dernier chapitre – « Gouverner l’État dans la crise rwandaise » – propose une analyse clinique des dysfonctionnements institutionnels de la Ve République, la commission identifiant certaines « pratiques irrégulières d’administration », « des dérives institutionnelles couvertes par l’autorité politique », « de(s) chaînes parallèles d’administration et même de commandement ».

L’ensemble se démarque nettement des théories négationnistes ou complotistes. Les membres de la commission déconstruisent ainsi la thèse du double génocide et parviennent à décrire, avec une certaine justesse, les responsabilités respectives des acteurs rwandais. Le mérite de ces chercheurs est d’autant plus louable qu’ils ont travaillé dans des conditions difficiles, sur un champ traversé par un quart de siècle de débat public tendu.À LIRE [Analyse] Génocide au Rwanda : quand les militaires français brisent l’omerta

Ils ont su répondre à la commande politique en deux ans seulement, avec des archives qui ne leur ont pas toutes été ouvertes (celles de la Mission d’information parlementaire de 1998, conservées à l’Assemblée nationale, leur ont par exemple été refusées). Ils ont aussi été confrontés à une succession de polémiques liées à la mise à l’écart de certains historiens spécialistes lors de la nomination de la commission (Hélène Dumas et Stéphane Audoin-Rouzeau), à des démissions (Annette Wieviorka, Christian Vigouroux) ainsi qu’à des accusations de « parti pris » en faveur de l’armée française visant une des membres de la commission, Julie d’Andurain, qui a de ce fait quitté la commission en novembre dernier. 

Le résultat s’annonçait très problématique ; il ne l’est pas, et la matière proposée constituera à n’en pas douter une source utile aux recherches à venir.

Pas de témoignages

Pour autant, une lecture historienne scrupuleuse du rapport en révèle les limites. Surprenante est d’abord l’absence presque totale de références aux travaux scientifiques qui ont permis aux savoirs sur le génocide de progresser depuis 1994. Le contenu du rapport bénéficie de ces acquis scientifiques, de nombreux faits étant connus et de nombreuses pièces d’archives déjà exploitées. L’effacement de l’historiographie classique apparaît ainsi étrange : les chercheurs de la commission donnent le sentiment de révéler, page après page, une histoire encore ignorée, même lorsque celle-ci est établie et documentée.

Les rédacteurs ont aussi fait le choix de ne pas recourir explicitement aux témoignages des acteurs de l’époque. Le rapport livre en effet une histoire exclusivement écrite, à travers les yeux des décideurs français. Le recours aux nombreux témoignages collectés depuis 1994 aurait pourtant permis de raconter une histoire plus proche du vécu des acteurs et d’être, par exemple, beaucoup plus précis sur l’abandon des personnels de l’ambassade de France lors de son évacuation en avril 1994.

LA COMMISSION LAISSE SON LECTEUR AVEC SES DOUTES, SES INTERROGATIONS, SES INCOMPRÉHENSIONS

Une attention portée à la diversité de l’ensemble des sources disponibles aurait donné plus d’épaisseur au passé que l’on tente de faire resurgir ici. Le lecteur aurait ainsi pu comprendre que les choix français ont fait l’objet de vives polémiques au sein de l’espace public rwandais dès 1991, qu’ils ont été à maintes reprises dénoncés par des acteurs rwandais et étrangers comme des obstacles au processus de paix ou que le sommet de La Baule, en juin 1990, était loin de constituer un tournant majeur de la relation franco-rwandaise, comme l’affirme trop hâtivement le premier chapitre.

Silences incompréhensibles

Enfin, certaines absences sont difficilement compréhensibles et il faudra établir à l’avenir la liste des documents passés sous silence par la commission. À titre d’exemple, le compte rendu de la visite, en plein cœur du génocide, du lieutenant-colonel rwandais Ephrem Rwabalinda au général Huchon, cité par l’historienne Alison Des Forges, n’est pas mentionné. Les informations contenues dans ce rapport daté du 16 mai 1994 font état du désir du chef de la Mission militaire française de coopération de maintenir le soutien apporté à l’armée rwandaise ; elles auraient sans nul doute mérité d’être croisées avec les informations collectées par la commission.

D’autres sources, connues des historiens, documentent la nature des engagements des soldats français sur le front, la présence au Rwanda au moment du génocide du gendarme Paul Barril, ancien membre de la cellule antiterroriste de l’Élysée, ou encore la poursuite des livraisons d’armes pendant cette période. Or, de ces événements, il n’est que peu ou pas question dans le rapport. Ajoutons qu’entre profusion d’informations, euphémisation des faits et manque de discernement, certains événements sont racontés de manière extrêmement confuse.

La commission se contente trop souvent, comme sur le douloureux épisode des massacres de Bisesero, à la fin de juin 1994, dans l’Ouest du Rwanda, d’accumuler les données factuelles et semble, dans le même temps, s’interdire toute interprétation, laissant son lecteur avec ses doutes, ses interrogations, ses incompréhensions.

Plus une étape qu’un achèvement

Si, à bien des égards, ce rapport reste au milieu du gué, on comprend que des choix ont été opérés et que ce travail constitue plus une étape qu’un achèvement, comme le reconnaît d’ailleurs elle-même la commission, qui entend poser « des jalons pour des travaux futurs. ».  Cet objet n’est certes pas parfait. Il représente cependant une production importante qui répond à la commande du pouvoir politique français tout en ouvrant des perspectives essentielles en termes de reconnaissance politique, de justice et de perspectives de recherche.

Espérons tout d’abord que le président Emmanuel Macron aura le courage d’ouvrir plus largement les archives aux chercheurs français et étrangers, particulièrement aux historiens rwandais. Les membres de la commission ont eu pendant deux ans le privilège de bénéficier de dérogations personnelles aux délais de communicabilité et d’une habilitation individuelle d’accès aux archives classifiées.

EMMANUEL MACRON DISPOSE DE TOUS LES ÉLÉMENTS POUR RECONNAÎTRE LES FAUTES GRAVES DES DÉCIDEURS FRANÇAIS

Pour que leur travail puisse être discuté, consolidé, approfondi, il est désormais nécessaire que l’ensemble des chercheurs bénéficie de ces mêmes conditions d’accès aux archives. Pourtant, si l’on en croit le rapport, les chercheurs devraient uniquement avoir accès aux documents cités – et non pas consultés ou existants – ainsi qu’au fonds présidentiel François Mitterrand et au fonds du Premier ministre Edouard Balladur – pour lesquels une dérogation générale est envisagée pour le 7 avril prochain.

La décision rendue par le Conseil d’État le 12 juin 2020 laissait pourtant espérer une dérogation générale plus large, concernant également les fonds des ministères et du Service historique de la défense.

Sortir du déni officiel

Sur le plan politique, Emmanuel Macron a la chance unique de rompre avec plus de 25 ans de déni officiel. Il dispose désormais de tous les éléments pour reconnaître les fautes graves des décideurs français de l’époque et pour faire enfin éclater la bulle de désinformation qui a trop longtemps entouré le rôle de la France au Rwanda. Reste à savoir s’il saura faire preuve de courage politique ou s’il optera pour une voie moyenne en insistant tout autant sur les responsabilités de la France que sur l’idée de non-complicité.

Sur ce dernier point, essentiel, le rapport n’est pourtant pas formel. Il indique seulement que les archives consultées – encore une fois, il ne s’agit pas de l’ensemble des archives qui existent – ne permettent pas de conclure à une complicité de la France dans le génocide « si l’on entend par là une volonté de s’associer à l’entreprise génocidaire ». Il offre cependant de nombreux éléments à charge pour initier ou relancer l’instruction de certains dossiers, y compris en caractérisant des formes de complicité politique, morale ou pénale, au sens de l’article 121-7 du code pénal français.

C’est à condition d’être utilisé au service d’un combat décidé contre l’impunité que ce rapport rendra dignité et honneur à la France, tout en renforçant le souvenir de celles et ceux qui sont partis en 1994.

Par  François Robinet

Maître de conférence en histoire contemporaine à l’université Versailles-Saint-Quentin-En-Yvelines

Génocide au Rwanda : « Une responsabilité française politique, institutionnelle et morale »

mars 27, 2021
Le président du Rwanda Juvenal Habyarimana reçu au Palais de l’Elysée par le président Francois Mitterrand, le 17 juillet 1992 à Paris.

Les chercheurs de la Commission Duclert sur le rôle de la France au Rwanda viennent de présenter officiellement le fruit de leur travail au président Emmanuel Macron. Et pointent de nombreux « dysfonctionnements » institutionnels et moraux.

Au terme de deux années de recherches dans les archives françaises, les membres de la Commission Duclert ont rendu public ce vendredi leur volumineux rapport sur le rôle de la France au Rwanda entre 1990 et 1994, peu après l’avoir remis officiellement au président Emmanuel Macron, qui les avait mandatés en avril 2019.

Les neuf membres – historiens pour la plupart, épaulés par sept chargés de mission – de cette « commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi », présidée par l’historien Vincent Duclert (CNRS-EHESS), avaient la tâche délicate de se pencher sur l’un des dossiers les plus sensibles de la politique étrangère de la France au cours du dernier demi-siècle : l’implication de Paris au Rwanda entre 1990 et 1994, et le rôle trouble de la République française dans le génocide des Tutsi, d’avril à juillet 1994.

Défaite impériale

« La faillite de la France au Rwanda […] peut s’apparenter à une dernière défaite impériale d’autant plus grave qu’elle n’est ni formulée ni regardée », résument les commissaires dans la conclusion de ce rapport de 1 200 pages, qui vient d’être mis en ligne dans la soirée.

Et de dresser l’inventaire des aveuglements et errements combinés qui conduisent Paris à se débattre, depuis 1994, face à une accusation vertigineuse de « complicité de génocide » : « La France conduit dès [octobre 1990] plusieurs politiques, qui se déploient parallèlement les unes aux autres et finissent par devenir contradictoires. L’impression est celle d’un enfermement des autorités françaises dans des logiques avec lesquelles la rupture s’avère difficile, même durant la crise génocidaire. »

Au cœur du dispositif français, l’ancien président socialiste François Mitterrand, dont l’engagement personnel sur ce dossier ne s’est jamais démenti : « Un élément surplombe cette politique, écrivent ainsi les rapporteurs : le positionnement du président de la République, François Mitterrand, qui entretient une relation forte, personnelle et directe avec le chef de l’État rwandais. Cette relation éclaire la grande implication de tous les services de l’Élysée. »

Et d’ajouter que « les demandes de protection et de défense du président rwandais sont toujours relayées, entendues et prioritaires ».

Réelle avancée

Après la première offensive du Front patriotique rwandais (FPR), en octobre 1990, « la menace ougando-tutsie » perçue à l’Élysée, qui « révèle une lecture ethniciste du Rwanda par les autorités françaises », finit par contaminer tous les rouages de l’État en charge du dossier.

« Sur le Rwanda pèserait la menace d’un monde anglo-saxon dont le FPR, l’Ouganda mais aussi leurs alliés internationaux seraient l’incarnation », expliquent en effet les rapporteurs.

À l’Élysée, on espère désormais « que ce rapport pourra mener à de nouveaux développements avec le Rwanda » – une visite officielle d’Emmanuel Macron au Rwanda est prévue au cours des prochaines semaines -, précisant que sa teneur a été communiquée au président Paul Kagame. De fait, à Kigali, l’entourage du chef de l’État laisse entendre, off-the-record, sa satisfaction devant ce texte. « Je crois qu’il a fait du bon travail », avance un conseiller, tandis qu’un autre collaborateur présidentiel évoque une « réelle avancée ».

Responsabilités accablantes

Si ses conclusions semblent marquer une évolution notable dans l’analyse par la France de son rôle controversé au Rwanda au début des années 1990, la mission Duclert décline en revanche l’accusation, de nature juridique, qui plane de longue date sur l’action passée de Paris au Pays des mille collines.

« La France est-elle pour autant complice du génocide des Tutsi ? Si l’on entend par là une volonté de s’associer à l’entreprise génocidaire, rien dans les archives consultées ne vient le démontrer », estiment les auteurs. Mais ces derniers ne s’abstiennent pas pour autant d’exonérer la République française. Ils lui imputent en effet « des responsabilités accablantes ».

LE RAPPORT CONCLUT CLAIREMENT À UNE RESPONSABILITÉ DE LA FRANCE QUE LA COMMISSION QUALIFIE DE « POLITIQUE, INSTITUTIONNELLE, INTELLECTUELLE, MORALE ET COGNITIVE »

La liste des manquements constatés est longue : « défaillance des pouvoirs de coordination et absence de contre-pouvoirs effectifs ; « responsabilités politiques [et] institutionnelles, tant civiles que militaires » ; « chaînes parallèles de communication, et même de commandement » ; « contournement des règles d’engagement et des procédures légales » ; « dérives institutionnelles couvertes par l’autorité politique ou dans une absence de contrôle politique », « lecture ethniciste » de la situation rwandaise, etc.

À l’arrivée, le rapport conclut clairement à une responsabilité de la France que la Commission qualifie de « politique, institutionnelle, intellectuelle, morale et cognitive ». Une responsabilité qui, selon une source élyséenne, « traduit une incapacité à penser le génocide qui se profilait ».

« Le rapport décrit de profonds dysfonctionnements, notamment dans le processus d’appréciation de la situation et dans celui de la décision, ajoute la même source. En revanche il écarte la notion de complicité de génocide puisqu’il souligne que nulle part ses auteurs n’ont trouvé d’éléments dénotant l’intention de contribuer ou de participer aux actions constituant ce génocide. »

Pas d’accusations contre Turquoise

Le rapport écarte également les accusations qui ont pu être formulées à l’encontre de l’opération Turquoise, déclenchée fin juin 1994. Même si les rapporteurs indiquent que cette opération a été tardive et qu’elle a pu connaître initialement certaines ambiguïtés dans les directives politiques reçues, ils soulignent que cette mission aura tout de même permis le sauvetage de plusieurs milliers de Tutsi.

« Turquoise », une opération militaire française au Rwanda mandatée par les Nations unies.

Toutefois, selon notre source, « le rapport fournit des analyses détaillées et inédites – car croisant de très nombreux documents – sur les principaux sujets qui ont cristallisé les interrogations au sujet de l’engagement de la France entre 1990 et 1994, qu’il s’agisse des livraisons d’armes au régime rwandais, de l’engagement opérationnel auprès des Forces armées rwandaises ou de différents épisodes comme le massacre de Bisesero en [juin] 1994 ou la non-arrestation du gouvernement intérimaire rwandais dans la Zone humanitaire Sud [alors contrôlée par l’armée française] ».

De son côté, l’association de rescapés Ibuka France a affirmé qu’elle « se réserve désormais la possibilité d’un examen critique approfondi de ce document et d’un droit de réponse au contenu dudit rapport » tout en saluant « le travail accumulé depuis vingt-sept ans par des chercheurs, journalistes et historiens qui a permis d’établir un savoir solide et circonstancié sur les différents aspects du dernier génocide du XXe siècle ».

Avec Jeune Afrique par Mehdi Ba

Présidentielle en Centrafrique : le Rwanda et la Russie envoient des troupes

décembre 21, 2020
Des Casques bleus zambien de la Minsuca, à Birao le 18 juin 2019.

Le Rwanda a envoyé des troupes en Centrafrique, a annoncé dans la nuit de dimanche à lundi le ministère rwandais de la Défense. Bangui a également annoncé le déploiement de « plusieurs centaines » de soldats russes.

« La Russie a envoyé plusieurs centaines d’hommes des forces régulières et des équipements lourds » dans le cadre d’un accord de coopération bilatérale, a déclaré Ange Maxime Kazagui, porte-parole du gouvernement centrafricain, sans préciser leur nombre exact ni la date de leur arrivée. Le Kremlin a exprimé lundi sa « sérieuse inquiétude » face aux vives tensions préélectorales, sans toutefois s’exprimer sur la présence de troupes en Centrafrique, où des sociétés de sécurité russes assurent déjà la protection du président, Faustin-Archange Touadéra.

« Les Rwandais ont également envoyé plusieurs centaines d’hommes qui sont sur le terrain et ont commencé à combattre », a ajouté le porte-parole. « Le gouvernement rwandais a déployé une force de protection en République centrafricaine, dans le cadre d’un accord bilatéral de défense, avait indiqué peu auparavant le ministère rwandais de la Défense dans un communiqué. Le déploiement est en réponse au ciblage du contingent des Forces de Défense du Rwanda (RDF) sous la force de maintien de la paix de l’ONU par les rebelles soutenus par [l’ancien président] François Bozizé. »

Le G5+ demande à Bozizé de déposer les armes

Ces annonces surviennent après que trois des plus puissants groupes armés, qui occupent plus des deux-tiers du pays, ont progressé sur des axes routiers vitaux pour l’approvisionnement de la capitale, Bangui. Vendredi soir, ils avaient également annoncé leur fusion.

Dans la foulée, le gouvernement a accusé samedi François Bozizé de « tentative de coup d’État » avec une « intention manifeste de marcher avec ses hommes sur la ville de Bangui », alors que le premier tour des élections présidentielle et législatives est prévu le 27 décembre. Faustin-Archange Touadéra en est le grand favori. Dimanche, le parti de François Bozizé, dont la candidature à la présidentielle a été invalidée par la Cour constitutionnelle, a démenti toute tentative de coup d’État.

LA SITUATION EST SOUS CONTRÔLE. »

Ces annonces n’ont pas suffi à rassurer les partenaires de la Centrafrique. La France, la Russie, les États-Unis, l’Union européenne et la Banque mondiale ont appelé dimanche François Bozizé et les groupes armés à déposer les armes. Ces pays et institutions « demandent que Bozizé et les groupes armés alliés déposent immédiatement les armes, s’abstiennent de toute action de déstabilisation et respectent la décision de la Cour constitutionnelle du 3 décembre 2020 ».

Le même jour, Vladimir Monteiro, porte-parole de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca), qui compte près de 11 500 hommes dans le pays, a déclaré que les rebelles avaient été bloqués ou repoussés dans plusieurs localités. « La situation est sous contrôle », affirmait-il dimanche soir.

Par Jeune Afrique avec AFP