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Exclusif – Boris Johnson : « Nous sommes fiers du partenariat que nous avons noué avec le Rwanda »

juin 20, 2022

Alors que s’est ouvert ce lundi à Kigali le sommet du Commonwealth, le Premier ministre britannique défend la nouvelle politique migratoire du Royaume-Uni en dépit des polémiques. Dans l’entretien qu’il a accordé à The Africa Report et Jeune Afrique, il se dit aussi préoccupé par la situation sécuritaire dans le Sahel et par la montée en puissance des Russes sur le continent.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson quitte Downing Street pour se rendre à la séance des questions à la Chambre des communes, à Londres, en Grande-Bretagne, le 8 juin 2022. © HANNAH MCKAY/REUTERS

Boris Johnson s’attendait-il à un tel tollé en annonçant, mi-avril, la signature d’un accord avec le Rwanda pour qu’il accueille sur son territoire – et moyennant plusieurs millions de dollars – des migrants et demandeurs d’asile acheminés depuis le Royaume-Uni ? Les semaines qui ont suivi, les critiques ont plu sur le Premier ministre britannique, la Cour européenne des droits de l’homme allant jusqu’à annuler à la dernière minute le premier vol qui devait décoller le 14 juin dernier. 

C’est dans ce contexte que s’est ouvert, ce lundi à Kigali, le sommet du Commonwealth, auquel les dirigeants des pays membres participeront, jeudi et vendredi. Nul doute que Boris Johnson va tenter d’en profiter pour inverser la tendance et qu’il n’a aucune intention de faire marche arrière. Sur ce sujet et sur d’autres – de l’insécurité au Sahel aux menaces que le changement climatique fait peser sur l’Afrique –, il a répondu par écrit aux questions de The Africa Report et de Jeune Afrique.

L’accord passé avec le Rwanda en augure-t-il d’autres du même type ? Le Royaume-Uni va-t-il désormais sous-traiter « ses » migrants à des pays tiers ?

Boris Johnson : Il n’existe pas de solution unique pour lutter contre ces redoutables trafiquants d’êtres humains qui alimentent une immigration dangereuse et incontrôlée. Je suis fier du partenariat que nous avons noué avec le gouvernement rwandais, qui contribue à faire obstacle à ces bandes criminelles de passeurs.

Ce n’est toutefois qu’une partie d’une stratégie plus large visant à réformer un système de demande d’asile défaillant et à garantir des voies d’immigration sûres et légales. Il est clair depuis longtemps que la façon actuelle de faire, avec des personnes désespérées qui donnent toutes leurs économies à des passeurs et traversent l’océan dans des canots pneumatiques fragiles, ne fonctionne pas.

Mais des restrictions de plus en plus strictes en matière de visas empêchent les Africains ayant des raisons valables de se rendre au Royaume-Uni. N’est-ce pas contraire à la promesse d’une « Grande-Bretagne globale » ?

Le Royaume-Uni est ouvert sur le monde. Nos entreprises et nos universités accueillent les éléments les meilleurs et les plus brillants, d’où qu’ils viennent, dans le cadre d’un nouveau système de visa post-Brexit qui supprime les disparités pour les visiteurs non européens. Nous constatons déjà une augmentation de l’immigration qualifiée en provenance des pays non européens.

La crise des réfugiés en Ukraine a récemment entraîné des retards dans le traitement des demandes de visas des visiteurs, mais les entreprises et les touristes africains sont les bienvenus au Royaume-Uni.

Incapable d’exploiter pleinement les richesses en hydrocarbures, empêchée d’obtenir de l’énergie bon marché pour s’industrialiser, très touchée par les effets de la hausse des températures… L’Afrique risque d’être la grande perdante du changement climatique. Est-il utile de rappeler aux nations européennes à quoi ressemblerait réellement un exode climatique des migrants ? 

Que les pays qui émettent le moins soient les plus menacés par la hausse des températures est une grande tragédie. Mais la bonne nouvelle, c’est que nous avons désormais des solutions à portée de main. Nous savons ce qui fonctionne contre le changement climatique et comment associer les nouvelles technologies vertes à une croissance économique rapide. En Afrique, les possibilités de transformer les vastes ressources naturelles du continent en énergie solaire, éolienne et hydroélectrique, autrement dit en énergie propre, sont illimitées.

Le Royaume-Uni contribue déjà à atténuer les effets du changement climatique, notamment en luttant contre les inondations et en soutenant une agriculture résistante à la sécheresse. Nous travaillons avec les gouvernements et l’industrie pour empêcher la terrible destruction des habitats naturels et faire en sorte que les futurs réseaux de transport et d’électricité de l’Afrique protègent les habitants du continent et de la planète.

La diplomatie économique française est actuellement très offensive, y compris dans des pays comme le Nigeria et le Kenya, tandis que le Royaume-Uni semble marquer le pas. Le Brexit ne peut-il pas être une opportunité pour les entreprises britanniques qui souhaitent se développer sur le continent ?

Le libre-échange est la clé du progrès économique, il permet la paix et la prospérité. Je veux que le Royaume-Uni soit à l’avant-garde de la collaboration avec ses partenaires africains en matière d’innovation commerciale et de développement d’infrastructures vertes et propres. Nous soutenons aussi la vision africaine d’un accord de libre-échange continental qui, selon la Banque mondiale, permettra à 98 millions de personnes de sortir de la pauvreté d’ici à 2035.

Quitter l’Union européenne a offert aux entreprises et aux investisseurs britanniques d’énormes possibilités d’accroître le commerce avec des économies clés comme le Nigeria et le Kenya, et je suis heureux de les voir les saisir à pleines mains. Les faits parlent d’eux-mêmes : les échanges entre le Royaume-Uni et l’Afrique ont augmenté de près de 30 % depuis 2020, et nous avons désormais conclu des accords commerciaux avec 18 pays du continent, soit plus que [lorsque nous appartenions à] l’Union européenne.

Mais nous ne nous reposons pas sur nos lauriers. Je suis déterminé à voir davantage d’entreprises britanniques en Afrique, qui soumissionnent pour des contrats et encouragent le talent et l’innovation.

La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) estime qu’en 2021, l’Afrique a perdu près de 88 milliards en raison de la fuite illicite des capitaux. Une grande partie de cet argent a transité par des dépendances du Royaume-Uni, comme les Îles Vierges britanniques ou des paradis fiscaux comme Jersey et Guernesey. Pourquoi votre gouvernement britannique ne finance-t-il pas mieux ses agences de lutte contre la corruption, étant donné que la réduction de ces flux illicites renforcerait les économies africaines ?

La corruption prive une nation de ses ressources légitimes et étouffe la croissance économique. Elle est odieuse. Nous nous efforçons de lutter contre dans le monde entier en augmentant nos budgets dédiés – 760 millions de livres l’année dernière – et en fournissant une assistance technique directe aux gouvernements africains pour lutter contre le blanchiment d’argent.

Lorsque des fonds sont récupérés, ils peuvent être réinvestis dans le développement. Plus tôt cette année, par exemple, 4,2 millions de livres volées par le gouverneur de l’État du Delta et récupérées par des agences britanniques, ont été rendues au Nigeria pour être allouées à des travaux d’infrastructure publique essentiels.

Il convient de noter que les territoires britanniques d’outre-mer et les dépendances de la Couronne ont leurs propres gouvernements élus, qui sont responsables de leur politique en matière de services financiers. Ils se sont engagés à mettre en place des registres accessibles au public indiquant les propriétaire des entreprises qui y sont enregistrées, ce qui est une mesure positive et progressiste.

Les politiciens britanniques sont-ils bien placés pour faire la leçon aux gouvernements africains en matière de responsabilité et de bonne gouvernance ?

Je ne crois pas qu’il faille donner des leçons à qui que ce soit. Chaque pays peut faire plus en matière de reddition des comptes, mais la réalité est que le Royaume-Uni dispose d’institutions solides, de médias libres et équitables et d’un système judiciaire indépendant pour demander des comptes au gouvernement.

Nous travaillons en partenariat avec un certain nombre de pays africains pour améliorer la gouvernance. En Tanzanie par exemple, le Royaume-Uni aide le gouvernement à mettre en œuvre sa stratégie de gestion des finances publiques. En Zambie, nous avons financé un système de suivi des votes géré par la société civile lors des dernières élections.

Le Royaume-Uni soutient-il la secrétaire générale Patricia Scotland pour un second mandat à la tête du Commonwealth ?

Nous lui sommes bien sûr reconnaissants pour les services qu’elle a rendus au Commonwealth, mais j’ai décidé que nous soutiendrions la candidate jamaïcaine Kamina Johnson Smith pour être la prochaine secrétaire générale. Elle possède une vaste expérience et a le soutien de tout le Commonwealth pour unir cette famille unique de nations. Alors que nous sortons de la pandémie et que nous devons faire face aux retombées mondiales de l’invasion barbare de l’Ukraine par la Russie, un nouveau secrétaire général pourra relever les défis et saisir les nombreuses opportunités qu’offre le Commonwealth.

Avec l’influence croissante de la Russie au Sahel et la capacité décroissante de la France à tenir la ligne, que peut offrir le Royaume-Uni aux gouvernements africains du Sahel ?

Il est important que la communauté internationale ne perde pas de vue le Sahel, où les mercenaires russes et les ramifications du groupe État islamique sèment l’insécurité et la souffrance. J’en ai discuté avec mon ami, le président ghanéen Nana Akufo-Addo à Londres il y a quelques mois. Le Royaume-Uni s’est engagé à renforcer la coopération en matière de sécurité avec nos alliés en Afrique de l’Ouest.

Nous proposons une réponse humanitaire, en fournissant 160 millions de livres d’aide à la région depuis 2019, et nous utilisons notre présence diplomatique dans toute la zone pour promouvoir la paix et la stabilité, y compris par le biais de contributions de troupes à la mission de l’ONU au Mali, par exemple, et du travail de résolution des conflits au Niger.

Comment le Royaume-Uni peut-il influencer positivement les pourparlers de paix en Éthiopie ?

La crise au Tigré a été très préoccupante, menaçant de faire reculer les récents progrès démocratiques et économiques en Éthiopie. Le Royaume-Uni s’est engagé à travailler avec les différentes parties pour soutenir le processus de paix, et ma ministre de l’Afrique, Vicky Ford, a travaillé avec le gouvernement d’Addis-Abeba pour faire avancer les choses.

La seule façon de mettre fin à la violence et d’atténuer la crise humanitaire est de trouver une solution politique négociée. Nous aimerions voir les parties se mettre autour de la table pour des discussions sérieuses.

Avec Jeune Afrique par Nicholas Norbrook

RDC-Rwanda : et si la réélection de Tshisekedi dépendait du M23 ?

juin 17, 2022

L’avenir politique du président congolais pourrait se jouer sur le front opposant son armée aux rebelles du M23, qu’il estime soutenus par Kigali. Une victoire ferait certainement grimper sa cote de popularité.

Félix Tshisekedi au palais de la Nation, à Kinshasa, en février 2022 © ARSENE MPIANA/AFP

On l’avait un peu trop vite donnée pour détruite, en 2013. La rébellion du M23 a fait sa réapparition et occupe désormais tous les débats en RDC, plus singulièrement encore en cette période pré-électorale, car la question sécuritaire s’imposera encore comme l’un des thèmes majeurs de la campagne. Une situation qui contraint le président Félix Tshisekedi à se poser à la fois en chef des armées prêt à affronter les rebelles que l’on dit soutenus par le Rwanda – ce que Kigali dément – et en président-candidat à un nouveau mandat qui doit défendre son bilan tant socio-économique que politico-sécuritaire.

Si la condamnation du soutien rwandais au M23 est unanime au sein de la classe politique congolaise, les adversaires de Tshisekedi lui reprochent son rapprochement et ses  relations jugées trop amicales avec « l’agresseur » Paul Kagame.

Les limites de la « diplomatie amicale »

Tout semble désormais se jouer à quitte ou double pour le chef de l’État congolais. La résurrection de M23 l’entraîne, lui le commandant suprême des forces armées, sur un nouveau front. Lors de son avènement au pouvoir, en 2019, il avait promis de mettre fin aux exactions des multiples groupes armés qui ravagent l’Est du pays. Et deux ans plus tard, afin d’accroître les capacités de l’armée nationale à les neutraliser, il avait proclamé l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, où persiste l’insécurité.

La recrudescence des activités militaires et des atrocités perpétrées par le M23 complique donc singulièrement l’équation sécuritaire pour lui. À en croire les spécialistes, le M23 serait mieux équipé que la plupart des groupes armés auxquels le Congo livre bataille dans la région. Pour preuve, les rebelles contrôlent actuellement la ville stratégique de Bunagana, dont l’armée nationale s’est retirée.

Par ailleurs, le retour du M23 fragiliserait le président Tshisekedi parce qu’il expose au grand jour les limites de la « diplomatie amicale » qu’il a entrepris de mener auprès du régime rwandais, malgré la méfiance de l’opinion publique et de la classe politique congolaise. Se sentant « trahi » par Kagame, Tshisekedi s’est justifié en déclarant qu’il avait toujours préféré « construire des ponts » avec le Rwanda à la faveur de relations paisibles plutôt que « construire des murs ».

Opportunité politique ?

Malgré tous les désagréments qu’elle cause et que nul ne saurait nier, rien ne dit que la résurgence du M23 ne se traduira pas en opportunité politique pour Tshisekedi. Parce que les Congolais dans leur immense majorité désapprouve l’attitude jugée humiliante et hégémonique de Paul Kagame, une victoire de l’armée congolaise sur le M23 ferait grimper la cote de popularité du président auprès d’une population déterminée à en découdre avec le Rwanda.

Rien de tel qu’une victoire de l’armée pour galvaniser les électeurs et faire oublier les modestes résultats enregistrés au cours du quinquennat. Comme chacun sait, les crises internationales majeures renforcent souvent la cohésion nationale, laquelle peut se traduire, en période électorale,  par un soutien accru au président, au mépris de ses éventuelles défaillances.

Théorie du complot

Une hypothèse qui n’en est pas qu’une aux yeux des adeptes de la théorie du complot, convaincus que la réapparition soudaine du M23 résulte d’un arrangement secret entre Kagame et Tshisekedi visant à permettre à ce dernier de remporter une victoire face au M23 pour regagner la sympathie des électeurs indécis de l’Est du pays.

Leur argumentaire ? Kagame n’aurait aucun intérêt à sacrifier les accords économiques « juteux » signés sous Tshisekedi en aidant le M23. Un peu facile. Car, qu’est-ce qui empêcherait le président rwandais – qui mène une « guerre hybride » en RDC depuis des années – d’ignorer tout simplement les accords miniers conclus avec Kinshasa, sachant qu’il peut obtenir toutes ces matières premières sans contrepartie en s’abritant derrière le M23 ?

Il apparaît de plus en plus évident que Félix Tshisekedi pourrait, grâce à une victoire militaire sur le M23, convertir le fardeau de la persistance de la violence à l’Est du pays en un avantage politique dans la perspective des élections de 2023. Mais, saura-t-il le faire ? Il est encore tôt pour le confirmer.

Avec Jeune Afrique par Roger-Claude Liwanga

Chercheur à l’université Harvard, professeur de droit et de négociations internationales à l’université Emory

Annulation du vol britannique de migrants vers le Rwanda : Londres et Kigali inflexibles

juin 15, 2022

Avec son projet controversé d’envoyer au Rwanda des demandeurs d’asile arrivés clandestinement au Royaume-Uni, Londres prétend freiner les traversées illégales de la Manche. Mais le premier vol n’a pas décollé.

Le Boeing 767 qui était censé emmener des migrants expulsés du Royaume-Uni vers le Rwanda, à la base militaire d’Amesbury, le 14 juin 2022. © AFP

C’est un revers majeur pour le pacte migratoire qui unit Londres à Kigali. Après l’annulation, en raison de recours judiciaires, du premier vol censé expulser mardi 14 juin des migrants du Royaume-Uni vers le Rwanda, le gouvernement rwandais a affirmé mercredi qu’il n’était « pas découragé » et qu’il restait « engagé » dans ce partenariat.

« Le Rwanda reste pleinement engagé à œuvrer pour que ce partenariat fonctionne, a déclaré la porte-parole du gouvernement, Yolande Makolo. La situation actuelle, dans laquelle des personnes effectuent des voyages dangereux, ne peut plus durer car elle cause des souffrances indicibles à tant de personnes. Le Rwanda se tient prêt à accueillir les migrants lorsqu’ils arriveront et à leur offrir sécurité et opportunités dans notre pays. »

Politique « immorale »

Ce premier vol, qui devait décoller du Royaume-Uni à destination du Rwanda mardi soir, a été annulé à la suite d’une décision de dernière minute de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).

Avec son projet d’envoyer des demandeurs d’asile arrivés clandestinement au Royaume-Uni à plus de 6 000 km de Londres, le gouvernement entend freiner les traversées illégales de la Manche, qui ne cessent d’augmenter malgré ses promesses répétées de contrôler l’immigration depuis le Brexit.

Cette politique a été qualifiée d’« immorale » par les responsables de l’église anglicane et a suscité de fortes critiques de l’agence des Nations unies pour les réfugiés jusqu’au prince Charles, qui juge le projet « consternant », selon le Times.

« On ne nous découragera pas »

Face à ce revers cinglant, le gouvernement britannique s’est montré inflexible, envisageant même, selon le quotidien conservateur The Telegraph, de reconsidérer son adhésion à la Convention européenne des droits de l’homme. « On ne nous découragera pas de faire ce qu’il faut et de mettre en œuvre nos plans pour contrôler les frontières de notre pays », a déclaré la ministre de l’Intérieur, Priti Patel, ajoutant que l’équipe juridique du gouvernement « examine chaque décision prise sur ce vol ». « La préparation du prochain vol commence maintenant », a-t-elle ajouté.

En vertu de son accord avec Kigali, Londres financera dans un premier temps le dispositif à hauteur de quelque 140 millions d’euros. La ministre britannique des Affaires étrangères, Liz Truss, a déclaré qu’elle ne pouvait pas chiffrer le coût du vol charter – estimé à plus de 288 000 euros – mais a insisté sur le fait qu’il s’agissait d’un « bon rapport qualité-prix » pour réduire le coût à long terme de la migration irrégulière.

Par Jeune Afrique avec AFP

RDC-Rwanda : nouvelles attaques dans l’Est et nouvelles accusations

juin 13, 2022

Les rebelles du M23 ont attaqué dimanche la ville de Bunagana, dans le Nord-Kivu. C’est là que se trouvait leur fief jusqu’en 2013. L’armée congolaise a de nouveau accusé Kigali de leur apporter son soutien.

Des demandeurs d’asile congolais au poste-frontière de Bunagana, en Ouganda, le 10 novembre 2021, après un combat meurtrier entre les rebelles du M23 et les troupes de la RDC. © Badru Katumba / AFP

De violents affrontements ont de nouveau éclaté ce dimanche dans la province du Nord-Kivu, non loin de la frontière avec l’Ouganda. Ils opposent cette fois encore l’armée congolaise (FARDC) aux rebelles du M23, actifs dans l’Est depuis novembre 2021.

Les assaillants ont attaqué la ville de Bunagana, qui était leur fief avant qu’ils ne soient défaits militairement et que l’armée n’en reprenne le contrôle, en 2013. Dans un communiqué, l’armée congolaise a accusé « les terroristes du M23 [d’être] soutenus par l’artillerie et les militaires de l’armée rwandaise » – des accusations qui ne sont pas nouvelles et que Kigali a systématiquement rejetées ces dernières semaines.

L’étau se resserre

« L’objectif poursuivi par le Rwanda est d’occuper Bunagana non seulement pour asphyxier la ville de Goma [chef-lieu du Nord-Kivu], mais aussi pour faire pression sur le gouvernement [congolais] », a affirmé le général Sylvain Ekenge, porte-parole du gouverneur militaire de la province, placée depuis plus d’un an sous le régime de l’état de siège par les autorités de Kinshasa. Il a également annoncé que les assaillants avaient été « mis en déroute » après avoir perdu plusieurs des leurs.

Toutefois, d’autres sources ont indiqué que les combats se poursuivaient aux abords de Bunagana dans la soirée. La situation demeure donc peu claire et, ce lundi 13 juin, l’étau semble s’être resserré autour des positions de l’armée congolaise dans la zone.

De son côté, un porte-parole du M23, Willy Ngoma, a confirmé que de « très violents » combats continuaient tout près de la ville et accusé les Casques bleus de la Monusco d’avoir « pilonné » les positions rebelles à trois reprises. Une partie de la population a fui Bunagana, important point de passage de marchandises entre la RDC et l’Ouganda.

Rébellion vaincue en 2013 par Kinshasa, le M23 (« Mouvement du 23-Mars ») a repris les armes il y a quelques mois en reprochant aux autorités congolaises de ne pas avoir respecté les accords de paix signés au Kenya par les deux parties belligérantes. Le gouvernement de Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir le M23, ce que Kigali dément.

Avec Jeune Afrique

RDC-Rwanda : Denis Mukwege demande à la Belgique d’agir

juin 12, 2022

12 juin 2022 à 17:48

« L’agression est claire » : le médecin congolais Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, a appelé dimanche 12 juin la Belgique à intervenir dans la crise entre la RDC et le Rwanda, accusé par Kinshasa de soutenir la rébellion du M23.

Le docteur Denis Mukwege à Paris, en 2016 © Bruno Levy pour JA

« L’agression du Rwanda à travers le M23 ce n’est pas une nouvelle chose », a déclaré le médecin devant la presse à Bukavu (Sud-Kivu, est de la RDC), juste avant la visite dans son hôpital de Panzi, à la périphérie de la ville, du roi des Belges et de son épouse, qui achèvent une visite de six jours en RDC.

« Cette visite royale est un acte de courage exceptionnel (…), nous rendre visite en ce moment, où le Congo est victime d’une énième agression, est un acte humanitaire fort », a-t-il estimé, alors que des combats violents étaient de nouveau signalés dans la province voisine du Nord-Kivu entre les forces gouvernementales et le M23 (« Mouvement du 23 mars »), ancienne rébellion tutsi vaincue en 2013 et réapparue en fin d’année dernière,

« L’agression est claire »

« La Belgique a une expertise sur le Congo (…), ce qui lui donne une certaine responsabilité », a estimé le Dr Mukwege, qui a reçu le prix Nobel de la paix pour son action en faveur des femmes victimes de viols. Contre « la violence qui se passe actuellement au Congo, la Belgique peut jouer un rôle très important », a-t-il dit, en rappelant qu’en 2012, quand le M23 avait « attaqué pour la première fois, le président des États-Unis d’alors, Barack Obama, avait appelé (…) le président rwandais pour lui demander d’arrêter ». « Une semaine après, ce mouvement s’était replié au Rwanda, donc cet appel téléphonique nous a donné la paix pendant dix ans », a-t-il ajouté.

« L’agression est claire, il faut la nommer, et la Belgique peut le faire », a insisté le docteur, selon qui « la Belgique peut porter un plaidoyer très fort auprès de l’Union européenne et au niveau des Nations unies ». Depuis le début de cette nouvelle crise entre les deux voisins, le Rwanda nie tout soutien au M23.

Par Jeune Afrique avec AFP

Crise RDC-Rwanda : Félix Tshisekedi consulte son homologue Denis Sassou N’Guesso

juin 6, 2022

Le séjour de travail de quarante-huit heures effectué par le président Félix-Antoine Tshisekedi à Oyo, dans le département de la Cuvette, en République du Congo, a été sanctionné le 5 juin par un point de presse au salon d’honneur de l’aéroport d’Ollombo.

Félix Tshisekedi et Denis Sassou N’Guesso s’exprimant devant la presse à Oyo

Tenu conjointement par le président Denis Sassou N’Guesso et son homologue de la République démocratique du Congo (RDC), félix Tshisekedi, l’échange avec la presse des deux pays a permis de lever un coin de voile quant au contenu du tête-à-tête que les deux chefs d’État avaient eu la veille. Se déclarant très affecté par la situation sécuritaire alarmante qui prévaut dans l’est de son pays sur fond d’affrontements entre les Forces armées de la république démocratique du Congo et le Mouvement 23 (M 23) soutenu par le Rwanda, le président Félix Tshisekedi, d’emblée, a tenu à rappeler ses efforts de paix entrepris dans la région depuis son accession à la magistrature suprême avec, à la clé, un message de paix envoyé à ses pairs.

Rappelant également son credo, celui d’ériger « des ponts plutôt que des murs », le cinquième président du Congo indépendant a, néanmoins, mis un bémol. Le fait de vouloir la paix, la fraternité et la solidarité entre peuples de la région n’est pas en soi une faiblesse, a-t-il fait observer.

Pour le chef de l’État de la RDC, la vocation hospitalière ne peut pas être perçue comme une fenêtre d’opportunité par des pays voisins dans leur velléité de déstabilisation de son pays, parce qu’aujourd’hui, a-t-il dit, « il n’y a pas de doute, le Rwanda a soutenu le M23 pour venir agresser la RDC ». Et d’ajouter que la résurgence de ce mouvement armé défait en 2013 avec confiscation de son arsenal militaire ne peut être que le fait du Rwanda dont le soutien lui apporté n’est plus qu’un secret de polichinelle.

Tout en espérant que Kigali reviendra aux bons sentiments, le président Félix-Antoine Tshisekedi a rappellé que la RDC est un havre de paix et qu’elle veut le demeurer, elle qui cherche, par tous les moyens, à balayer la vingtaine d’années de violence, d’exactions et de guerre qu’elle a endurées particulièrement dans sa partie est. « Je réitère la volonté de la RDC de ne plus vivre en se regardant en chiens de faïence avec ses voisins« , a martelé le président Félix Tshisekedi, tout en exprimant le vœu de voir le processus de paix de Nairobi aboutir.

La dynamique ainsi enclenchée, a-t-il indiqué, doit se poursuivre et cela se fera en dehors du M23 traité aujourd’hui au même titre que les forces négatives pour avoir relancé les hostilités. La tension actuelle dans l’est de la RDC n’affecte cependant pas la foi du chef de l’État en la réussite de ces pourparlers. D’où sa demande à tous les intervenants, y compris le Rwanda, de revenir aux bons sentiments pour faire avancer ce processus et ce, avec l’appui du patriarche Denis Sassou N’Guesso dont l’apport est très attendu.

Intervenant à la suite de son homologue de la RDC, le président Denis Sassou N’Guesso a lancé vivement un message de paix, la seule alternative à ses yeux pour faire bouger les lignes dans la région, au regard d’innombrables défis et crises multiformes que connaît le continent. Après avoir mené avec bonheur plusieurs médiations dans la région des Grands Lacs, il s’est dit confiant pour la suite des événements.

Avec Adiac-Congo par Alain Diasso

RDC-Rwanda : avant que tout ne bascule…

juin 3, 2022

Si la montée des tensions entre les deux pays a de quoi inquiéter légitimement aussi bien les Nations unies que l’Union africaine, créer les conditions d’une remise à plat des relations entre les deux voisins reste envisageable.

En RDC, la rébellion du M23 menace toujours. © Beatrice PETIT/REPORTERS-REA.

Kigali et Kinshasa sont de nouveau à couteaux tirés. Cette fois, c’est au sujet du M23. Les accusations abondent, les discours se radicalisent. Tout peut basculer à n’importe quel moment, même si pas grand monde n’y a vraiment intérêt. Les deux pays semblent surtout englués dans un engrenage de crises qui se succèdent irrémédiablement depuis plusieurs décennies. De telle sorte que la seule certitude, au terme d’une crise, est que la suivante est au coin de la rue.

D’une certaine manière donc, le véritable enjeu est moins celui, ponctuel, du M23 que celui, structurel, des sources de ce malaise latent, diffus, qui alimente ces crises répétées et qu’il faut identifier.

Désir de revanche congolais

Pour cela, il faut peut-être partir de la réalité suivante : la politique est fondamentalement affaire d’émotions, de sentiments, de ressentiments… Ceux-ci sont, en effet, à la base des plus grands bouleversements de l’histoire. Le sentiment de revanche, par exemple. Le jour où, recevant la nouvelle de l’exécution de son frère, Alexandre Oulianov – coupable de tentative d’assassinat sur le tsar Alexandre III –, Vladimir s’écria : « Je les ferai payer pour cela ! Je le jure ! », marque le début de la fin du tsarisme. Vladimir Oulianov entra plus tard dans l’histoire sous le nom de Lénine. Sans l’humiliation infligée aux Allemands par le traité de Versailles, Hitler ne serait probablement jamais entré dans l’histoire, ce qui aurait permis d’éviter la catastrophe de la Seconde Guerre mondiale.

Il est de bonne politique de prendre au sérieux le sentiment d’humiliation d’un peuple. Le fait est qu’une part importante de l’opinion publique congolaise nourrit à l’endroit du Rwanda quelque chose qui ressemble à un vif désir de revanche, lui-même né d’un profond sentiment d’humiliation. Celui-ci se révèle pour partie honteux, puisqu’il résulte d’une forme de frustration devant les succès enregistrés depuis trois décennies par un pays infiniment moins doté. Mais il y a aussi l’héritage des deux guerres du Congo (1996-1997, puis 1998-2003), cette certitude que le pays a été le terrain de jeux d’intérêts illégitimes, et qu’il en a payé un coût exorbitant.

Cette histoire complexe se prête certes aux caricatures, aux omissions, aux révisions. Elle est différemment interprétée selon que l’on est à Kigali ou à Kinshasa. Néanmoins, certaines critiques émanant du Congo sont légitimes, et, à ce titre, méritent d’être entendues. À défaut d’y apporter une réponse satisfaisante à court terme, il convient, côté rwandais (médias, intellectuels, influenceurs, décideurs, etc.), au minimum de faire preuve d’empathie, et d’éviter toute manifestation d’arrogance qui ne ferait que renforcer les factions bellicistes du gouvernement et de la société congolais.

Fierté rwandaise affirmée

Le Rwanda a beau être petit, enclavé, faiblement doté en ressources, il n’en reste pas moins qu’une partie de ses élites le considère comme une civilisation. C’est en tout cas un pays qui a une conscience historique de lui-même en tant que peuple. Il a une langue élaborée, une culture distincte, une spiritualité qui a structuré la vie des Rwandais pendant des siècles. L’histoire rwandaise est riche de l’épopée de ses guerriers. Sa monarchie a connu des heures de gloire dont la mémoire imprègne les classes dirigeantes aujourd’hui. Tout cela nourrit un sentiment de fierté affirmée, parfois de supériorité, qui s’est admirablement révélé dans la génération qui, en 1994, a mis un terme au génocide contre les Tutsis.

Cette génération, qui est toujours au pouvoir, s’est assignée pour mission, entre autres, de redonner une forme de grandeur au pays. Par conséquent, elle n’acceptera pas la place que lui confère sa taille. Et n’hésitera certainement pas, à chaque fois qu’elle sentira les intérêts vitaux du pays menacé, à « jouer le tout pour le tout ». Si le reste du monde peut se permettre de méconnaître, voire d’ignorer l’histoire récente du Rwanda et ses conséquences sur sa psychologie et sa forme de gouvernance, la RDC n’a pas ce luxe.

Des génocidaires toujours en liberté

D’abord parce qu’elle a activement participé à ladite histoire, ensuite parce que les enjeux de celle-ci sont de nature existentielle pour le Rwanda, enfin parce que, in fine, il est dans l’intérêt de la RDC de comprendre la portée de cette histoire. Cela fera bientôt trois décennies que le projet d’extermination des Tutsis rwandais a été mis en échec. Mais chaque année depuis, des génocidaires sont arrêtés et extradés vers le Rwanda. Que de telles personnes soient toujours en liberté constitue une menace majeure pour ce pays. Chaque année, des charniers sont découverts au Rwanda. Ils rappellent l’horreur absolue, mais aussi, fatalement, la possibilité d’une répétition de l’histoire.

Et si jamais – ce dont on peut douter – pour les autorités et le peuple congolais, la présence continue d’un groupe comme les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FLDR) sur le sol congolais est d’une manière ou d’un autre tolérable, il serait souhaitable d’en tirer les conclusions du point de vue rwandais. En effet, la présence d’un seul militant ou sympathisant FDLR de l’autre côté de la frontière rwandaise ne pourra qu’attiser la tension entre les deux pays.

D’un côté, comprendre l’équation sécuritaire du Rwanda, et le rôle majeur de la RDC dans celle-ci ; de l’autre, prendre la mesure du sentiment d’humiliation et du désir de revanche qui habitent les esprits congolais, et peut-être la part de responsabilité du Rwanda dans cette réalité, serait de nature à créer les conditions d’une remise à plat de la relation entre les deux pays. Ce serait déjà une victoire.

Avec Jeune Afrique par Yann Gwet

Essayiste camerounais. Diplômé de Sciences Po Paris, il vit et travaille au Rwanda.

RDC : Kinshasa accuse le Rwanda d’attaques sur son sol

mai 27, 2022

Alors que des affrontements entre l’armée et les combattants du M23 se déroulent désormais à une vingtaine de kilomètres de Goma, le chef de la diplomatie congolaise a clairement pointé du doigt la responsabilité de Kigali. Le Rwanda dément toute action militaire en RDC.

La rébellion du M23 menace toujours la ville de Goma, où l’armée congolaise est déployée. © Beatrice PETIT/REPORTERS-REA

L’inquiétude monte à Goma. « J’ai peur, je crains que le M23 arrive, il faut que l’armée repousse les rebelles », s’inquiète auprès de l’AFP Charlotte Kavira, vendeuse d’une trentaine d’années, à l’instar de nombreux habitants de la ville de l’Est de la RDC, où des renforts policiers sont visibles aux carrefours stratégiques. D’autres restent cependant confiants et poursuivent leurs activités, comme Muinguko Tulinabo, motard, qui considère que « la guerre est encore loin ».

« Des soupçons se cristallisent sur un soutien qu’aurait reçu le M23 de la part du Rwanda », déclarait mercredi soir le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, au sortir d’une réunion de crise autour du Premier ministre.

À cause de la situation sécuritaire, le président congolais Félix Tshisekedi a annulé sa venue au sommet de l’Union africaine à Malabo, qui s’ouvre ce vendredi 27 mai pour deux jours. Mais hier, depuis la Guinée équatoriale, son chef de la diplomatie, Christophe Lutundula, n’a pas mâché ses mots : « le Rwanda, je le dis sans hésitation, a attaqué le camp de Rumangabo », importante base des forces armées de RDC (FARDC) à une quarantaine de km au nord de Goma. Selon des sources locales, des combats se sont poursuivis jeudi 26 mai aux abords de ce camp, qui abrite le quartier général du parc national des Virunga, célèbre pour ses gorilles de montagne.

« Le M23 est soutenu par le Rwanda »

« Le M23 soutenu par le Rwanda a attaqué les troupes internationales » de l’ONU, a poursuivi le ministre, selon une vidéo mise en ligne par ses services. « C’est le summum de l’outrecuidance, nous ne pouvons pas rester indifférents, nous ne pouvons pas ne rien dire », a-t-il ajouté.

L’armée congolaise avait auparavant affirmé que « plus de 20 obus » venus de « l’Est » étaient tombés en territoire congolais, où des effets militaires dont les rebelles du M23 ne sont pas censés être équipés avaient par ailleurs été découverts. Elle ajoutait avoir demandé une enquête au Mécanisme de vérification conjoint élargi (MCVE), un organisme régional qui surveille et mène des enquêtes sur les incidents de sécurité dans la région des Grands Lacs.

Ancienne rébellion tutsi, le M23, pour « Mouvement du 23 mars », avait brièvement occupé Goma fin 2012 avant d’être vaincu l’année suivante par l’armée congolaise. Il est réapparu en fin d’année dernière, en reprochant aux autorités de Kinshasa de ne pas avoir respecté des engagements sur la démobilisation de ses combattants.

Lundi, c’était le Rwanda qui demandait une enquête au MCVE, affirmant que des roquettes venues de RDC avaient fait plusieurs blessés en territoire rwandais.

« Discours de haine »

Dans une déclaration de sa porte-parole Yolande Makolo, transmise à l’AFP, le gouvernement rwandais a réfuté les accusations congolaises. « Alors qu’il serait légitime que le Rwanda réponde aux attaques répétées des FARDC sur son territoire, il n’est pas impliqué dans les combats en cours », affirme Kigali, en qualifiant ces affrontements de « conflit intra-congolais ».

Les relations historiquement compliquées entre Kinshasa et Kigali s’étaient apaisées après l’arrivée au pouvoir, début 2019, de Félix Tshisekedi. Mais la résurgence du M23 a ravivé les tensions.

Depuis mardi, un nouveau front a été ouvert, lorsque des combats ont éclaté autour de Kibumba, à une vingtaine de km au nord de Goma, provoquant de nouveaux déplacements de populations et la coupure de la RN4, axe vital pour l’approvisionnement de la ville. La région de Kibumba était calme jeudi 26 mai, mais la route demeurait fermée.

Dans la ville, la tension était montée d’un cran la veille lorsqu’un haut responsable de la police, le général François-Xavier Aba van Ang, a encouragé les habitants à préparer leurs machettes pour se défendre. « La guerre contre l’ennemi doit devenir populaire », disait-il en lingala lors d’une parade de policiers.

Des organisations de défense des droits humains se sont émues de ces propos dans cette région ultrasensible. Sur Twitter, le porte-parole du gouvernement a lui aussi estimé que « le recours aux machettes, au discours de la haine, à la stigmatisation, est extrêmement dangereux et à bannir ».

Par Jeune Afrique avec AFP

Maurice, Rwanda, Ouganda : havres de croissance pour les fortunes africaines

mai 8, 2022

Sur le continent, le patrimoine privé s’élève actuellement à 2 100 milliards de dollars. Et devrait augmenter de plus d’un tiers d’ici à dix ans.

Une résidence du Shangri-La-Touessrok, à Maurice. © Gary Bembridge/Flickr/Licence CC

Selon l’Africa Wealth Report 2022, le montant total du patrimoine privé en Afrique devrait augmenter de 38 % pour atteindre 3 000 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie, une croissance soutenue par les secteurs des services technologiques et professionnels.

Les prévisions de cette étude réalisée par Henley & Partners en partenariat avec New World Health (une société d’intelligence économique sud-africaine) montrent que c’est à Maurice, au Rwanda et en Ouganda que la richesse privée (non étatique) devrait augmenter le plus rapidement (+ 60 % au moins).

Le Kenya, le Maroc, le Mozambique et la Zambie devraient également enregistrer de bons résultats.

Montée en puissance

Busi Thembekwayo, patron de MyGrowthFund Venture Partners, explique que « l’Afrique est traditionnellement dominée par deux pôles, les plus grands centres de gestion de patrimoine étant traditionnellement situés à l’extrême sud – Afrique du Sud – et à l’extrême nord – Égypte et Maroc. »

Les chiffres montrent toutefois une montée en puissance d’économies telles que Maurice et les Seychelles, qui se positionnent comme des destinations d’investissement privilégiées.

136 000 millionnaires

L’Afrique compte actuellement 136 000 individus au patrimoine net élevé dont la valeur est égale, ou supérieure, à 1 million de dollars. Parmi eux, on trouve 305 centimillionnaires (100 millions de dollars de patrimoine ou plus) et 21 milliardaires en dollars, selon le rapport.

C’est l’Afrique du Sud qui domine ce classement des super-riches mais l’Égypte a pris le relais pour le plus grand nombre de milliardaires. Cela est dû à une tendance observée dans le rapport sur la migration des HNWI (high net worth individuals) sud-africains : sur les 15 milliardaires sud-africains, seuls cinq vivent encore dans leur pays d’origine.

En termes de richesse moyenne par habitant, Maurice arrive en tête avec 34 500 dollars, suivie de l’Afrique du Sud avec 10 970 dollars. Les cinq grands pays du continent – Afrique du Sud, Égypte, Nigeria, Maroc et Kenya – concentrent plus de 50 % de la richesse privée du continent.

Amanda Smit, directrice associée de Henley & Partners South Africa, souligne que « quelle que soit la performance actuelle d’un pays, une chose est devenue très claire dans notre nouvelle ère d’incertitude : les gouvernements comme les investisseurs doivent se concentrer sur le renforcement de la résilience. »

Bonne nouvelle ?

« Nos prévisions de croissance pour l’Afrique sont très encourageantes par rapport à la plupart des autres régions du monde. Nous prévoyons une croissance particulièrement forte dans la tranche de richesse des centimillionnaires », note Andrew Amoils, responsable de la recherche chez New World.

Bonne nouvelle pour un continent dont l’économie a été affectée par les effets du Covid-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Une diversification des sources de richesse est également prévue.

Mais, comme le rappelle Busi Thembekwayo, « la question qui demeure sans réponse est de savoir si cette croissance sera plus uniformément répartie et commencera à réduire les inégalités. 

Avec Jeune Afrique par Tofe Ayeni

Congo-Violences faites aux femmes: les Africaines vont briser le silence le 8 mars

février 21, 2022

Des femmes venues du Rwanda, de la République démocratique du Congo (RDC) et de la République du Congo (RC) prendront la parole, le 8 mars à Brazzaville, au cours d’une conférence qui sera organisée par la fondation Eboko & Union des femmes africaines pour la paix (UFAP), présidées par Vanessa Mavila.

L’affiche de la conférence / DR

Le but de la conférence programée à l’occasion de la célébration de la Journée de la femme au sein des écoles de la République du Congo, sur le thème « Au-delà des larmes et de la douleur, la reconstruction », est de donner la possibilité aux victimes de toutes sortes de violences de s’exprimer et d’emmener les jeunes et tous ceux qui commettent ces exactions à ne plus tomber dans ces travers mais plutôt à prôner la paix. Au cours de cette conférence, les femmes briseront le silence et témoigneront comment est-ce qu’elles ont fait pour reconstruire leurs vies.

Au programme de la journée dans l’amphithéâtre du lycée de la Révolution en matinée : conférence-débat ponctuée par le discours d’Obambé Gakosso, deuxième vice-président de la fondation Eboko ; chant des femmes autochtones du groupe Ndima pour dénoncer les viols ; témoignage d’une victime de violence originaire de la RDC et réfugiée à Brazzaville ; témoignage d’une victime de violence originaire du Rwanda et réfugiée à Brazzaville ; intervention du coordinateur d’ASI, Abdoulaye Ndiaye ; intervention de la coordinatrice de la Coalition des femmes leaders pour l’environnement et le développement durable, Dorothée Lisenga, femme autochtone aux multiples casquettes ; intervention de la présidente du Club des femmes artistes peintres et sculpteurs, Florence Bilampassi ; intervention de la psychologue point focal violences basées sur le genre et de l’Agence pour l’assistance aux réfugiés et rapatriés du Congo, Flora Michelle Kombo ; intervention de la conseillère spéciale du président de l’Union nationale des opérateurs économiques du Congo en charge des affaires juridiques, Aurore Olandzobo.

Le tout sera sanctionné par la séance des questions et réponses avec le public, avant qu’intervienne le chant des femmes autochtones du groupe Ndima pour dénoncer l’inceste.

Dans l’après-midi au Centre culturel Zola sera organisé aux ateliers d’arts thérapies avec le CFAPS un atelier d’art thérapie par la danse ; un atelier d’art thérapie par les percussions, un atelier d’art thérapie par la peinture et la sculpture ; une table ronde avec les femmes et les hommes victimes des violences, ainsi que la découverte des danses traditionnelles du Rwanda.

Quatre jours après, soit le 12 mars, toujours dans le cadre du mois de la femme, les femmes Aka briseront le silence à leur tour pour dénoncer les violences faites aux femmes. A cette occasion, la fondation Eboko & UFAP et leurs hôtes visiteront le Musée des Aka situé dans la rue Kintélé, à Ouenzé, dans le cinquième arrondissement de Brazzaville, suivie d’une table ronde et questions/ réponses.

Avec Adiac-Congo par Bruno Okokana