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Macron mise sur Bazoum et fait du Niger le cœur du dispositif français au Sahel

juillet 9, 2021
Mohamed Bazoum et Emmanuel Macron, à l’Élysée, le 9 juillet 2021, lors de leur conférence de presse commune à l’issue du sommet virtuel du G5 Sahel.

Un mois après avoir annoncé la « transformation profonde » de la présence militaire française au Sahel, Emmanuel Macron a livré les grandes lignes du futur dispositif à ses homologues ouest-africains. Et Niamey y occupe une place centrale.

Quel sera le dispositif militaire français au Sahel après la fin annoncée de l’opération Barkhane ? De Paris à Bamako en passant par Niamey, la question a donné lieu à de nombreux débats et spéculations. Ce vendredi 9 juillet, à l’issue d’un sommet en visioconférence entre les chefs d’État du G5 Sahel et le président français, Emmanuel Macron a tranché : l’engagement de la France dans la zone sahélienne passera « d’une opération militaire à un dispositif de coopération », a-t-il affirmé depuis Paris, au cours d’une conférence de presse conjointe avec son homologue nigérien Mohamed Bazoum.

La présence de ce dernier, seul président du G5 Sahel à avoir fait le déplacement, ne devait d’ailleurs rien au hasard, tant le futur dispositif fait de Niamey le pilier principal de la stratégie sécuritaire française dans la Sahel.

Fermeture progressive

Emmanuel Macron a annoncé la fermeture progressive des bases militaires françaises dans le nord du Mali, un processus qui démarrera d’ici la fin de cette année. Les bases de Kidal, Tessalit et Tombouctou seront concernées « d’ici le début de l’année 2022 », a précisé le président français, confirmant les annonces de Florence Parly, sa ministre des Armées. La présence militaire française va en revanche s’appuyer sur une coopération militaire renforcée avec les armées nationales, notamment via la Task Force Takuba – qui aura sa base à Niamey – et le partenariat avec la mission de formation de l’Union européenne au Mali (EUTM).

LA NATURE DE NOTRE ENNEMI COMMANDE UNE AUTRE COOPÉRATION

Cette annonce intervient un mois après celle de la fin de l’opération Barkhane. Huit ans après son lancement, en août 2014, dans la continuité de l’opération Serval au Mali, l’opération extérieure française la plus importante du XXIe siècle a enregistré des résultats plutôt mitigés, selon de nombreux observateurs.

Le président français et son homologue nigérien avaient participé, plus tôt dans la journée, à un sommet du G5 Sahel organisé par visioconférence par le Tchadien Mahamat Idriss Déby et auquel étaient présents le Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, le Mauritanien Mohamed Ould Ghazouani et le Malien Assimi Goïta.

« Rationalisation » de l’engagement français

« Nous ne pouvons que souscrire avec ce que la France est en train de faire, nous concevons que cette voilure soit réduite », a commenté Mohamed Bazoum. « La nature de notre ennemi commande une autre coopération », a ajouté le président nigérien, évoquant une « rationalisation » de l’engagement français avec laquelle les pays du G5 Sahel sont « absolument d’accord ».

« Niamey sera très fortement musclée. Les forces françaises présentes dans le pays vont muscler le commandement actuel de la force Takuba. Les forces qui sont associées vont être intégrées à des unités de forces spéciales », a précisé pour sa part Emmanuel Macron. « Il est important qu’on ait une connaissance du terrain dans toutes les actions de coopération et de réassurance et d’avoir des forces qui savent travailler avec les armées sahéliennes », a-t-il ajouté.

Le dispositif qui prendra la suite de Barkhane – qui compte 5 100 hommes déployés dans la zone sahélienne – représentera à terme entre 2 500 et 3 000 hommes. Il s’appuiera en outre sur les forces françaises basées en Côte d’Ivoire. Le président français a d’ailleurs insisté sur le fait que le risque terroriste « se dissémine dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest » et concerne désormais tous les pays du Golfe de Guinée. Les forces françaises seront donc mobilisables pour être déployées dans l’ensemble de la région, et pourront y intervenir à la demande des pays partenaires.

IL NE FAUT PAS PERMETTRE QUE DES MILITAIRES PRENNENT LE POUVOIR PARCE QU’ILS ONT DES DÉBOIRES SUR LE FRONT

Interrogé sur la situation au Mali, où le colonel Goïta a mené deux coups d’État, contre Ibrahim Boubacar Keïta, puis contre Bah N’Daw, Mohammed Bazoum a assuré que les chefs d’État ouest-africains avaient été « intraitables sur la mise en œuvre les dispositions prises par la Cedeao ». Et d’ajouter : « Il ne faut pas permettre que des militaires prennent le pouvoir parce qu’ils ont des déboires sur le front où ils devraient être et que des colonels deviennent des ministres et des chefs d’États. Qui va faire la guerre à leur place ? »

Dans leur communiqué final, au ton sensiblement moins polémique, les chefs d’État du G5 Sahel ont affirmé avoir « pris note » de la décision du président français de « transformer le dispositif militaire français déployé au Sahel ». Une décision qui « s’inscrit dans le cadre des discussions conduites depuis le sommet de Pau, en janvier 2020, et poursuivies lors du sommet de N’Djamena, en février 2021″, précise le communiqué.

Avec Jeune Afrique par Fatoumata Diallo

France: Macron annonce la fin de l’opération Barkhane en tant que politique extérieure

juin 10, 2021

Le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé ce jeudi une « transformation profonde » de la présence militaire au Sahel.

Le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé jeudi une « transformation profonde » de la présence militaire française au Sahel et la mise en place d’une alliance internationale antijihadiste dans la région. « À l’issue de consultations (…), nous amorcerons une transformation profonde de notre présence militaire au Sahel », a-t-il dit lors d’une conférence de presse, annonçant la « fin de l’opération Barkhane en tant qu’opération extérieure » et la mise en œuvre » « d’une alliance internationale associant les États de la région ».

Par Le Point

[Tribune] – Pour une intervention des institutions africaines au Sahel

avril 28, 2021
Au Mali, patrouillent conjointement les soldats francais de la force Barkhane et ceux des forces armées maliennes du G5 Sahel

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger connaissent une crise profonde qui ne trouve aucune solution dans les actions antiterroristes mises en place. Il est temps que d’autres acteurs africains prennent leurs responsabilités.

La crise au Sahel central est l’une des plus importantes au monde, avec 14 millions de personnes ayant besoin d’une aide d’urgence au Burkina Faso, au Mali et au Niger. En 2020, plus de civils ont été tués par des soldats censés les protéger que par des groupes armés non étatiques. Pourtant, aucun soldat burkinabé, malien, nigérien ou chef de milice impliqué dans des violations des droits de l’homme n’a encore été traduit en justice.

Stratégies défaillantes

En ma qualité d’expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits humains au Mali, j’ai constaté que les souffrances et l’instabilité ont été d’une telle ampleur qu’on pourrait penser que ce conflit aurait fait l’objet d’une médiatisation globale et aurait été la priorité de l’attention mondiale. Toutefois, cela n’a pas été le cas, comme en témoigne le fait que, sur les plans d’intervention humanitaire de 2020, seuls 48 % ont été financés au Mali, 60 % au Burkina Faso et 61 % au Niger.

Malgré toutes les informations disponibles sur le conflit, les gouvernements sahéliens et leurs partenaires internationaux ont réagi à la crise principalement par une optique antiterroriste qui ne s’attaque pas suffisamment aux causes profondes de la crise, ni met la protection des civils au cœur de leur réflexion. Les défaillances de gouvernance stratégique , la corruption et l’impunité ne sont toujours pas résolues, ce qui a permis à la crise de progresser et de perdurer.

Un récent rapport de la Coalition citoyenne pour le Sahel intitulé « Sahel: ce qui doit changer » fait valoir que les attaques des groupes djihadistes continuent et doublent chaque année depuis 2016. L’augmentation spectaculaire des morts civils aux mains des forces de sécurité de l’État illustrent clairement que l’accent mis sur une approche antiterroriste au Sahel central ne fonctionne pas.

La France et d’autres membres de la communauté internationale ont une responsabilité à endosser afin de résoudre les conflits dans la région à plus long terme, en particulier dans le contexte du colonialisme.
Ce n’est un secret pour personne qu’au cœur de la crise de gouvernance au Sahel central se trouve l’échec de la construction de l’État-nation. Plus précisément, l’incapacité de briser le modèle hérité des politiques coloniales en vertu desquelles chaque colonie était gouvernée séparément en fonction de son utilité individuelle.

SOLUTIONS AFRICAINES AUX PROBLÈMES AFRICAINS

Le colonialisme a eu pour conséquence directe le manque d’intégration au niveau national et sous-régional, remettant en question la cohésion nationale dans les trois États sahéliens centraux, et les prédisposant au cycle répété de la polarisation, de la radicalisation et des conflits. Néanmoins, ces liens historiques n’exonèrent pas les États africains de leur responsabilité et de leur rôle de leadership. Les gouvernements sahéliens, avec le soutien de l’Union africaine, ont l’obligation d’entendre et d’agir par rapport aux aspirations de leurs citoyens. Notre orientation politique ne peut plus être éclairée par des sommets convoqués à la hâte par des puissances extérieures – cela va à l’encontre de toute notion d’autodétermination et de « solutions africaines aux problèmes africains ».

Les pays sahéliens doivent répondre à la crise en donnant la priorité à la protection de leurs citoyens, en particulier des civils. Les principes de bonne gouvernance exigent une meilleure gestion de la diversité, du dynamisme ethnoculturel et territorial, ainsi que la gestion des ressources naturelles, y compris la dynamique concernant les conflits agriculteurs-éleveurs. Ces règles ont des répercussions sur l’étendue de la représentation des citoyens dans le processus politique. Une bonne gouvernance responsable exige que les gouvernements centraux et leurs autorités locales fournissent des services essentiels, efficaces et efficients à tous les citoyens, et sans discrimination.

Le changement est maintenant urgent. Les inégalités qui se reflètent dans les déséquilibres persistants entre les zones urbaines et rurales dans l’investissement public ne peuvent pas perdurer, pas plus que la corruption dans la gestion des budgets du secteur de la défense et l’impunité des forces armées qui commettent des actes de violence contre les civils qu’elles sont chargées de protéger.

La Coalition citoyenne pour le Sahel est cette union relativement jeune d’organisations de la région sahélienne, du continent africain et de partenaires du monde entier. Elle a utilisé, avec succès, le pouvoir d’une voix unie pour proposer audacieusement de nouvelles solutions mesurables et mettre à nu  le décalage entre les défaillances de gouvernance, leur contribution à l’escalade du conflit et le coût d’une insistante réponse militarisée générant une surabondance de morts parmi les civils.

Les réactions des représentants de l’Union africaine, de la France et de l’Allemagne ont été vues. Leur appui explicite à la nouvelle approche envisagée prouve que les efforts militaires ne peuvent, à eux seuls, résoudre les crises profondément enracinées du Sahel, ni protéger les civils. Cela indique que le changement au Sahel pourrait effectivement être en vue. Toutefois, des mesures concrètes sont encore nécessaires pour transformer des déclarations une réalité.
Les Sahéliens doivent maintenant tenir pour responsable leurs dirigeants, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, l’Union africaine et les partenaires internationaux afin de placer les populations au centre de la réponse et de mettre fin à leurs souffrances en s’attaquant, d’abord et avant tout, aux causes profondes du conflit.

Je crois que la ténacité, l’activisme et la créativité qui résident dans le peuple sahélien ne permettront plus aux dirigeants, dans la région et au-delà, de se reposer sans donner la priorité aux populations civiles.

Par  Alioune Tine

Expert indépendant des Nations Unies sur la situation des droits humains au Mali, Fondateur du think tank AfrikaJom.

Sahel : la France envoie 600 soldats supplémentaires pour renforcer l’opération Barkhane

février 2, 2020

Pilotes de Mirage 2000 au camp Kosseï, poste de commandement de la force Barkhane (photo d'illustration).

Pilotes de Mirage 2000 au camp Kosseï, poste de commandement de la force Barkhane (photo d’illustration). © Richard Nicolas-Nelson/AP/SIPA

 

Les forces françaises de l’opération Barkhane, engagée au Sahel contre les actions de plus en plus meurtrières des groupes jihadistes, vont passer de 4 500 à 5 100 militaires d’ici fin février.

« L’essentiel des renforts sera déployé dans la zone dite des trois frontières » (Mali, Burkina Faso, Niger », a indiqué dimanche 2 février un communiqué signé de la ministre des Armées, Florence Parly. « Une autre partie de ces renforts sera engagée directement au sein des forces du G5 Sahel pour les accompagner au combat ».

Ces 600 militaires supplémentaires, essentiellement au sol, seront accompagnés d’une centaine de véhicules (blindés lourds, blindés légers et logistiques) et seront déployés d’ici la fin du mois, a appris l’AFP de source militaire.

Depuis plusieurs mois, les groupes jihadistes multiplient les attaques dans la zone, entretenant une insécurité chronique pour les civils et infligeant des pertes régulières aux armées locales. La France a elle même perdu 13 soldats en novembre, dans un accident entre deux hélicoptères au combat.

Critiques des opinions publiques africaines

Depuis, Paris veut donner un coup de fouet à un dispositif que ses détracteurs accusent de s’enliser, et qui suscite de plus en plus de critiques au sein des opinions publiques africaines.

Le président Emmanuel Macron, qui avait déjà annoncé en janvier un renfort de 220 soldats, lors d’un sommet à Pau (sud-ouest de la France) avec les pays du G5 Sahel (Niger, Mali, Burkina, Tchad, Mauritanie), porte donc au total à 600 le nombre de troupes supplémentaires allouées à Barkhane.

Une « revue d’efficacité » sur ce renforcement est prévue dans six mois. « Le président veut du résultat », a-t-on ajouté à l’état-major, en évoquant la nécessité du « retour de la gouvernance » dans une région extrêmement vaste et désertique.

« Cette étape majeure de notre engagement au Sahel doit marquer un tournant à la fois dans la mobilisation de nos partenaires européens et la montée en puissance des forces du G5 », précise le communiqué. Car si la France s’engage un peu plus, elle n’entend pas le faire seule.

Maintien des États-Unis ?

Le Tchad devrait bientôt déployer un bataillon supplémentaire. Et le gouvernement tchèque va tenter d’obtenir de son Parlement d’envoyer 60 soldats pour la force Takuba, qui rassemblera des unités de forces spéciales européennes. Paris s’attend par ailleurs à ce que d’autres membres de l’UE suivent rapidement.

De son côté, Florence Parly revient des États-Unis où elle a tenté de convaincre son homologue Mark Esper de maintenir l’engagement américain en Afrique, crucial pour Barkhane sur le plan de la logistique et du renseignement.

Mark Esper n’a pas encore tranché. Mais le chef du commandement militaire américain en Afrique (Africom), le général Stephen Townsend, a estimé qu’un retrait du soutien américain « ne serait pas aller dans la bonne direction », tout en appelant les Européens à « relever le défi et en faire plus au Sahel pour aider la France ».

« 4 500 hommes au Sahel, c’est dérisoire ! »

Ce renforcement est en tout cas conforme à la volonté du chef d’état-major français des armées. Le général François Lecointre avait prévenu en janvier que les 4 500 troupes de Barkhane ne suffiraient pas et qu’il proposerait au président Macron des renforts supérieurs aux 220 annoncés à Pau.

« Dans cette zone extrêmement vaste, les moyens qui sont mis à disposition de l’opération Barkhane ne sont pas suffisants pour qu’on puisse avoir des soldats déployés H24, 7 jours sur 7 », avait-il argué. « Mais 4 500 hommes au Sahel, c’est dérisoire ! », faisait-il déjà valoir en novembre à l’Assemblée nationale.

Plusieurs analystes et hauts responsables ont estimé que les prochains mois seraient essentiels pour inverser la tendance aujourd’hui favorable au groupes jihadistes.

Leurs méthodes – souvent des attaques éclair de quelques dizaines d’assaillants en moto capables de disparaître aussi vite qu’ils sont arrivés – poseront probablement des problèmes encore longtemps à la force Barkhane et ses alliés. « Je ne pense pas, malgré cette inflexion, que nous allons à la fin de l’année pouvoir crier victoire », admettait en janvier le général Lecointre.

Par Jeuneafrique.com avec AFP

La France annonce la mort d’un important chef djihadiste au Sahel

novembre 5, 2019

Le Marocain Abou Abderahman al Maghrebi, alias Ali Maychou, était considéré comme le numéro deux du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), organisation djihadiste reliée à Al-Qaïda.

Le Marocain Abou Abderahman al Maghrebi, alias Ali Maychou, considéré comme le numéro deux et leader religieux du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), organisation djihadiste reliée à Al-Qaïda, a été tué par les forces françaises au mali début octobre, a annoncé mardi la ministre française des Armées, Florence Parly.

Le djihadiste a été tué «dans la nuit du 8 au 9 octobre» sur le sol malien en coordination avec les forces maliennes et un soutien américain, a-t-elle précisé dans l’avion qui la ramenait d’une tournée dans plusieurs pays de la région du Sahel, où quelque 4.500 militaires français sont déployés dans le cadre de l’opération anti-djihadiste Barkhane. ce Marocain était «le deuxième terroriste le plus recherché au Sahel – y compris par les Américains», a déclaré la ministre dans l’avion qui la ramenait de Gao, au Mali, vers la France. Il avait rejoint Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) en 2012.

Il en était devenu le leader spirituel avant de participer à la fondation du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) en 2017 avec Iyad ag Ghali, le numéro un de l’organisation dont il était le plus proche fidèle (et qui est en tête de la liste des personnes recherchées). Le GSIM a revendiqué les attaques récentes fin septembre début octobre contre les forces maliennes à Boulkessy et Mondoro avec 40 militaires tués. Le groupe a aussi revendiqué l’attentat de Ouagadougou de mars 2018 (8 morts). Les attentats de Ouagadougou de 2016 (30 morts) et 2017 (19 morts) sont également l’oeuvre d’Al-Qaïda.

Cerveau de l’expansion d’Al Qaïda au Sahel, artisan de l’unité des katibas du sud au sein du GSIM, Ali Maychou est le deuxième personnage d’importance du GSIM tué cette année, après la mort de l’Algérien Djamel Okacha, alias Yahya Abou El Hamame en février. «Il s’agit de la neutralisation d’un personnage très influent», a déclaré Florence Parly, au lendemain de sa visite au Burkina Faso, où elle a rencontré des forces spéciales françaises. «Il est très important de désorganiser ces mouvements en profondeur», a souligné la ministre, «mais cela ne signifie pas que ces mouvements s’autodétruisent en parallèle». «Il faut continuer ce travail de contre terrorisme mais ce n’est qu’un élément» de la tâche à accomplir pour sécuriser les pays du Sahel, a-t-elle rappelé en mentionnant l’importance d’accompagner les forces armées locales pour qu’elles gagnent en autonomie.

Dégradation sécuritaire

«La véritable victoire sera celle des armées sahéliennes», a-t-elle fait valoir alors que la situation sécuritaire dans la zone est fortement dégradée. La nouvelle de cette élimination intervient quelques jours après la mort d’un soldat français dans le nord-est du Mali, tué par un engin explosif. Le groupe Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), autre organisation djihadiste active au Mali, a revendiqué cette attaque, de même que celle d’un camp militaire du Nord du pays où 49 soldats ont été tués vendredi (deux autres sont morts samedi tués par une explosion dans le centre).

Malgré la présence des forces française, africaine et onusienne, la dégradation de la situation sécuritaire et les revers subis renforcent les doutes sur la capacité de l’armée malienne à faire face aux agissements djihadistes et aux autres violences auxquelles cet vaste pays est en proie depuis 2012 et qui ont fait des milliers de morts, civils et combattants. Plus largement, l’ensemble des armées nationales des pays sahéliens, parmi les plus pauvres au monde, semblent incapables d’enrayer la progression des attaques.

La France espère que d’autres pays européens contribueront à la lutte armée contre les djihadistes en envoyant des forces spéciales au Mali en 2020, alors que parallèlement, Paris anime au sein de l’organisation G5 Sahel un volet de développement de ces pays pour lutter aussi par ce biais contre les mouvements djihadistes, en appelant différents pays et institutions à financer des projets.

Par Le Figaro.fr avec AFP

Macron en Mauritanie où l’UA a achevé un sommet assombri par des attaques au Sahel

juillet 2, 2018

Le président français Emmanuel Macron s’est entretenu lundi à Nouakchott avec les dirigeants de la force conjointe du G5 Sahel, en marge du sommet de l’Union africaine (UA) qui s’est achevé le même jour, assombri par des attaques jihadistes dans des pays du Sahel.

« Notre souhait est d’éradiquer dans toute la région le terrorisme » par « la coordination sécuritaire » entre la force conjointe des pays du G5 Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad, Mauritanie), l’opération française Barkhane et la mission de l’ONU au Mali, la Minusma, a déclaré M. Macron.

Ces entretiens ont eu lieu après plusieurs attaques meurtrières, qui ont de nouveau frappé le Mali et le Niger depuis vendredi faisant 25 victimes.

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta, qui avait promis samedi de « traquer les terroristes jusque dans leurs derniers retranchements », a déclaré lundi sur France 24 que les « forces armées (maliennes) ont repris du poil de la bête ».

« Nous n’allons pas laisser le Mali aller à vau-l’eau (…). Face à la menace jihadiste, si la barrière du Sahel devait céder, les rives de la Méditerranée seraient débordées », a-t-il dit.

Le président français Emmanuel Macron s’exprime devant ses homologues du G5 Sahel le 2 juillet 2018 à Nouakchott. / © POOL/AFP / Ludovic MARIN

Ce combat est « militaire sur le court terme » mais « à long terme c’est le développement économique et social qui est essentiel car c’est sur le terreau de la pauvreté que se développe le terrorisme », a ajouté Mahamadou Issoufou, le président du Niger.

Le mini-sommet de la force conjointe du G5 Sahel s’est tenu dans le nouveau collège de défense du G5 Sahel, situé aux portes de Nouakchott.

« C’est la première fois au monde que des pays mettent en commun leurs responsabilités régaliennes de formation de leur élite militaire », a souligné le colonel Charles Michel, qui représente l’armée française.

– « Ne pas baisser les armes » –

Des badauds devant une attaque contre des soldats français revendiquée par des jihadistes, à Gao, dans le nord-ouest du Mali, le 1er juillet 2018.n / © AFP / STRINGER

« Ce sont des attaques qui ne doivent pas nous faire baisser les armes », a déclaré dimanche à l’AFP Mouhamadou Issoufou, qui préside le G5 Sahel.

M. Macron, qui devait se rendre mardi au Nigeria, s’est entretenu avec ses homologues du G5 Sahel de la lente montée en puissance de la force conjointe mise en place pour lutter contre les jihadistes et appelée à terme à prendre le relais de la force française Barkhane déployée notamment dans le nord du Mali.

La France soutient ce projet, y voyant un possible modèle de prise en main par les Etats africains de leur propre sécurité.

Mais sa mise en oeuvre est pour l’instant marquée par les problèmes de financement et les accusations de violations des droits de l’homme par des soldats de la force conjointe.

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz (c) et le président du Rwanda (d), Paul Kagame assistent avec des délégués àà une session de travail lors du sommet de l’Union africaine, le 1er juillet 2018 à Nouakchott / © AFP / Ahmed OULD MOHAMED OULD ELHADJ

Avant l’ouverture du sommet dimanche, le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a appelé à plus d’efficacité dans la lutte antijihadiste: « Il y a encore énormément de failles » dans la sécurité qui doivent être « corrigées ».

– Zlec et francophonie –

Parallèlement aux questions de sécurité liées aux crises sur le continent, dont celles en RDCongo, au Sahara occidental, à la guerre civile au Soudan du Sud, les dirigeants de l’UA ont discuté de la zone de libre-échange continentale (Zlec) qui pourrait représenter un marché de plus de 1,2 milliard de personnes.

44 pays sur 55 avaient signé en mars à Kigali l’accord sur la Zlec. Cinq nouveaux pays ont signé dimanche: l’Afrique du Sud, la Sierra Leone, la Namibie, le Lesotho et le Burundi. Six pays ont ratifié l’accord, qui entrera en vigueur quand 22 l’auront fait.

Le président rwandais Paul Kagame, président en exercice de l’Union africaine, le 26 juin 2018 à Nairobi / © AFP / SIMON MAINA

« C’est un progrès significatif. Il faut relever des progrès notables vers l’Afrique que nous appelons de nos voeux », a déclaré le président exercice de l’UA, Paul Kagamé, à l’issue du sommet.

En outre, les dirigeants de l’UA ont officiellement décidé de soutenir la candidature du Rwanda pour diriger la Francophonie.

« Nous avons adopté la candidature (….) de Louise Mushikiwabo (chef de la diplomatie rwandaise) au poste de secrétaire général » de la Francophonie », a déclaré le président namibien, Hage Geingob.

La Francophonie s’était invitée à ce sommet avec la candidature du Rwanda pour diriger l’organisation, après quatre ans de mandat de la Canadienne Michaëlle Jean, candidate à sa propre succession en octobre.

Les dirigeants africains veulent également mieux « coordonner » avec l’Europe au sujet des migrants, a déclaré le président de la commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, faisant allusion à la mise en place d’un Observatoire sur la migration basé à Rabat, décidée par le sommet.

Romandie.com avec(©AFP / 02 juillet 2018 23h29)

Le Conseil de sécurité boucle à Ouagadougou sa visite au Sahel

octobre 22, 2017

Ouagadougou – Les ambassadeurs du Conseil de sécurité de l’ONU ont bouclé dimanche à Ouagadougou une visite dans le Sahel, qualifiée « d’utile » par la France dans la perspective du lancement de la force antijihadiste du G5 Sahel.

Nous avons la « satisfaction de voir combien cette visite, très dense il est vrai, a été utile, productive et riche d’enseignements positifs pour nous tous », a déclaré l’ambassadeur de France à l’ONU, François Delattre, à l’issue d’une rencontre des ambassadeurs avec le président burkinabé, Roch Marc Christian Kaboré.

A l’initiative notamment de la France, qui préside en octobre le Conseil de sécurité, les ambassadeurs des 15 pays siégeant au Conseil ont visité depuis jeudi le Mali, la Mauritanie et le Burkina Fasso. Ils devaient repartir pour New York dimanche soir.

A Bamako samedi, les ambassadeurs ont dit leur « impatience » aux signataires de l’accord de paix au Mali en 2015, qui enregistre de nombreux retards dans son application.

« Nous avons fait de la question du G5 Sahel la priorité de notre présidence » du Conseil de sécurité, a rappelé dimanche à Ouagadougou l’ambassadeur français.

Plus tôt dans la journée, les ambassadeurs avaient visité à Sévaré, au Mali, le poste de commandement de la force antijihadiste du G5 Sahel, dans laquelle la France voit un possible modèle de coopération entre troupes africaines et de l’ONU.

Cette force conjointe, formée de soldats du Mali, du Niger, du Tchad, du Burkina Faso et de Mauritanie, doit lancer sa première opération à la fin du mois.

Sévaré est à une dizaine de kilomètres à l’est de Mopti, chef-lieu de la région du même nom, dans le centre du Mali, où la situation sécuritaire s’est nettement dégradée ces derniers mois.

Du Conseil de sécurité, « nous attendons un appui politique fondamentalement d’abord », mais aussi « un accompagnement en termes d’équipement et de formation », a déclaré à la presse depuis son QG le commandant de la force, le général malien Didier Dacko, à l’issue de la visite des ambassadeurs.

« Nous (avons) prévu d’atteindre la capacité opérationnelle (maximale) dans quelques mois, en 2018, et au rythme où les choses vont, nous pensons que c’est atteignable », à condition d’obtenir les soutiens nécessaires, a ajouté le général Dacko.

Face à la dégradation de la situation dans le centre du Mali, limitrophe du Burkina Faso et du Niger, gagnés à leur tour par les violences jihadistes, le G5 a réactivé en février à Bamako ce projet de force régionale conjointe, initialement lancé en novembre 2015.

Dans un rapport remis le 16 octobre, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a recommandé une aide internationale accrue à cette force, dont le financement n’est pas encore garanti.

Une réunion ministérielle sur le soutien au G5 Sahel est prévue le 30 octobre à l’ONU, ainsi qu’une conférence des donateurs le 16 décembre à Bruxelles.

Le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Alpha Barry, a dit dimanche soir avoir de « bons espoirs pour cette réunion pour les contributions des uns et des autres ».

« Je peux vous assurer que le Burkina Fasso et les autres pays du G5 Sahel recevront le soutien nécessaire » dans la lutte contre les jihadistes, a déclaré l’ambassadeur d’Ethiopie (qui co-présidait la visite avec la France et l’Italie), Tekeda Alemu, en marge d’une visite sur le site de l’attentat contre un café du centre de Ouagadougou, le Aziz Istanbul, qui a fait 19 morts et 21 blessés le 13 août.

Les ambassadeurs, accompagnés de plusieurs ministres burkinabés, ont également effectué une halte au café-restaurant Cappuccino, à deux pas de là, principale cible de l’attaque jihadiste qui avait fait 30 morts et 71 blessés en janvier 2016.

Romandie.com avec(©AFP / 22 octobre 2017 22h23)                                            

« Le Sahel est une bombe démographique »

janvier 16, 2017

Pour Michel Garenne, la maîtrise de la surpopulation, négligée au profit du développement, doit devenir une priorité.

Entre 3 et 5 millions de personnes ont quitté le Sahel depuis les indépendances. Elles seront probablement autour de 40 millions d’ici à la fin du siècle. Crédits : WPF/ AFP
Contrairement au reste de l’Afrique, le Sahel, ainsi que quelques pays d’Afrique centrale, continue de voir sa population augmenter massivement. Le Niger détient même le record mondial de fécondité. A moyen terme, rien ne permet d’entrevoir un renversement de tendance. Cette région pauvre et déstabilisée par la poussée de mouvements djihadistes deviendra l’un des principaux moteurs de la croissance démographique mondiale à l’horizon de la fin du XXIe siècle, selon les projections de la division de la population des Nations unies.

Démographe rattaché à la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (Ferdi), Michel Garenne a analysé en détail la situation des six pays francophones – Sénégal, Mauritanie, Burkina Faso, Mali, Niger, Tchad – qui se partagent cette étendue de plus de 5 millions de kilomètres carrés. Il pointe l’échec des politiques de population menées jusqu’à présent et met en garde contre une « situation insoutenable », dont l’une des conséquences sera la migration de plusieurs dizaines de millions de personnes. A l’heure où l’Union européenne entend répondre au problème migratoire par plus de développement, le chercheur exhorte à ne plus laisser la question démographique de côté.

Le ralentissement de la croissance démographique est à l’œuvre partout en Afrique, sauf au Sahel et dans quelques pays d’Afrique centrale. Pourquoi ?

Michel Garenne Les dirigeants de ces pays n’ont jamais considéré que maîtriser la croissance de la population était réellement important. Le développement devait permettre de régler tous les problèmes. Ce discours était, il est vrai, en vogue dans beaucoup de pays du Sud dans les années 1970. L’Algérie, au nom des pays non alignés, déclarait à la conférence mondiale sur la population de Bucarest en 1974 que « la meilleure pilule, c’est le développement ». Dix ans plus tard, les Algériens ont fait marche arrière et adopté un grand programme de planning familial. Pas les pays du Sahel, où tout ce qui a été entrepris a eu peu de portée. En particulier dans les zones rurales, où se concentre aujourd’hui l’explosion démographique, avec 6 à 8 enfants par femme en moyenne.

Les Américains, comme ils l’avaient fait vingt ans plus tôt avec succès en Amérique latine et en Asie, ont essayé, dans les années 1980, de promouvoir des politiques de contrôle des naissances. Mais la crise économique et les plans d’ajustement structurel ont conduit à abandonner les efforts.

Les projections des Nations unies, qui tablent sur une multiplication par six de la population du Sahel d’ici à 2100, vous paraissent-elles solides ?

Aucun de ces pays ne dispose de registre d’état civil. Toutes les données proviennent donc de recensements et d’enquêtes de terrain. Les Nations unies reconnaissent elles-mêmes la faiblesse de ces sources, en particulier pour les migrations. Quoi qu’il en soit, la tendance est là et, en matière de démographie, il faut cinquante ans pour changer de cap. Les six pays sahéliens sont sur une trajectoire qui va porter leur population de 89 millions en 2015 à 240 millions en 2050, puis à 540 millions en 2100. A cet horizon, le Niger à lui seul abriterait plus de 200 millions de personnes, contre une quinzaine aujourd’hui. Imagine-t-on que le Sahel sera à l’origine d’un tiers de la croissance de la population mondiale ? Le Sahel est une bombe démographique.

Le fait que le Sahel soit souvent perçu comme un espace sous-peuplé joue-t-il un rôle dans cette inertie ?

Certainement. Mais ce qui était vrai il y a cinquante ans ne l’est plus aujourd’hui. Les contraintes de l’environnement sont sévères, car le climat est aride ou semi-aride, les sols sont peu fertiles. De nombreux terroirs sont déjà arrivés à saturation. La rivalité entre les éleveurs et les agriculteurs s’est intensifiée, les conflits se multiplient, notamment au Burkina Faso et en Mauritanie. L’arrivée de grands investisseurs qui achètent des superficies importantes exacerbe ces tensions. Heureusement, au Niger, où la situation démographique est la plus critique, il reste encore des terres arables à conquérir. Il ne faut pas penser toutefois que cela suffira. Il n’y aura pas assez de place et de ressources pour tout le monde.

Aux XIXe et XXe siècles, 50 millions d’Européens migrèrent vers les Amériques

En 1975, l’Afrique du Sud avait calculé qu’au-delà de 80 millions d’habitants, elle devrait faire face à de sévères problèmes de ressources en eau. C’est pour cela qu’elle a adopté son programme de planning familial. Elle a anticipé sur les cent ans à venir et c’est ce qu’il fallait faire.

La situation du Sahel n’est pas comparable à celle de l’Afrique du Sud…

Seule la dispersion de la population sur de vastes territoires rend les choses plus difficiles. Mais nous savons comment faire : la technique la plus efficace et éprouvée partout dans le monde est de donner accès à la contraception aux femmes en leur rendant visite chaque trimestre dans leur village ou en les convaincant de se rendre au centre de santé le plus proche. En Afrique, le Kenya, le Ghana, le Zimbabwe ou Madagascar, pour ne citer que quelques pays, ont réussi à le faire. Même dans un pays en ruine, dès qu’on s’occupe des femmes, qu’on leur donne le choix, les résultats sont là.

Le faible degré d’éducation n’aide pas mais ce n’est pas un facteur insurmontable. Le Bangladesh est parvenu à faire chuter son taux de fécondité de femmes non éduquées, dominées par leur mari dans des structures patriarcales très dures et très islamisées. L’islam [tous les pays de la région sont majoritairement musulmans, à l’exception du Burkina Faso] n’est pas un handicap. Ainsi, en Iran, le régime des ayatollahs a fait mieux que celui du chah et a induit une transition démographique très rapide.

Faute d’agir, que se passera-t-il ?

Il suffit de regarder ce qui se passe déjà : les gens partent. Dans l’Histoire, la surpopulation a toujours été résolue de la même façon : départs, guerres, famines, épidémies. L’expérience européenne peut être ici rappelée. A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, près de 50 millions de personnes migrèrent massivement vers les Amériques pour des raisons similaires aux migrations sahéliennes. Il faut se souvenir de la forte crise alimentaire en Irlande avec ce qu’on a appelé « la famine de la pomme de terre ». Mais la situation était différente : les Amériques avaient besoin de main-d’œuvre pour leur développement et ont donc favorisé les migrations de travail, sans parler du fait que les populations de départ et d’arrivée étaient de même culture européenne et de même religion chrétienne. Aujourd’hui, les frontières se referment partout. En Afrique du Sud, le pays le plus riche du continent, des mouvements anti-immigrés existent déjà. Où vont aller ces gens ?

Entre 3 et 5 millions de personnes ont quitté le Sahel depuis les indépendances. Elles seront probablement autour de 40 millions d’ici à la fin du siècle. Cela pose des problèmes d’une autre échelle qu’il va falloir gérer. Pourtant, les pays occidentaux et l’Europe en particulier, qui est susceptible d’en accueillir un grand nombre, font comme si le sujet n’existait pas. Mettre en place des politiques de planning familial devrait pourtant être l’une des priorités. Parler de développement durable en continuant à mettre de côté la question démographique est juste insensé.

 

Lemonde.fr propos recueillis par  Laurence Caramel

Mali : l’ambassadeur de France Christian Rouyer est démis de ses fonctions

mars 21, 2013
Christian Rouyer (d) avec le président malien de la transition, Dioncounda Traoré, le 16 janvier. Christian Rouyer (d) avec le président malien de la transition, Dioncounda Traoré, le 16 janvier. © Reuters

Selon une information du journal « Le Figaro », Gilles Huberson remplacerait Christian Rouyer au poste d’ambassadeur de France au Mali.

Le coup de balai dans la diplomatie française se poursuit. Selon le quotidien français, Le Figaro, qui publie l’information sur son site internet, Christian Rouyer, l’actuel ambassadeur de France au Mali a été démis de ses fonctions. Il occupait ce poste depuis mars 2011 et serait remplacé par Gilles Huberson. Sollicité par Jeune Afrique, le Quai d’Orsay a refusé de commenter l’information. En février, Gilles Huberson, diplomate passé par Saint-Cyr avait été nommé à la tête de la nouvelle mission « Mali-Sahel » (MMS) du ministère des Affaires étrangères. Il était chargé de coordonner l’ensemble de l’action de la France dans cette zone, aux plans politique, diplomatique, sécuritaire et de développement.

Ce limogeage intervient moins d’un mois après celui de Laurent Bigot, diplomate chargé de l’Afrique de l’Ouest. Connu pour son franc-parler, il avait publiquement exprimé ses doutes sur une approche purement militaire de la crise dans le Sahel. Lors d’un colloque filmé à l’Institut français des relations internationales (Ifri), en juillet dernier, il avait également qualifié le Mali de « démocratie de façade ».

Peu de temps avant, l’ancienne directrice Afrique, Elisabeth Barbier, et Jean Félix-Paganon, chargé du dossier du Sahel au Quai d’Orsay, avaient également été démis de leurs fonctions.

Jeuneafrique.com

La Libye a fait du Sahel « une poudrière »

septembre 7, 2011

La crise libyenne a fait du Sahel « une poudrière » avec l’arrivée massive d’armes, le retour de milliers de travailleurs migrants, de mercenaires dans une région déjà otage du terrorisme et de la contrebande, ont averti mercredi à Alger les participants à une conférence internationale sur cette région.

Ces quelque 8 millions de kilomètres carrés répartis notamment entre l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie, vont être l’objet de deux jours de discussions entre 38 délégations dans la capitale algérienne axées sur une stratégie de pacification par le développement et la sécurité.

Pour le ministre nigérien des Affaires étrangères, Mohamed Bazoum, avec la crise libyenne « la région a été transformée en poudrière », alors qu’elle était déjà touchée par le terrorisme, toutes sortes de trafics transnationaux favorisés par la difficulté d’assurer la sécurité et une pauvreté endémique.

Une pauvreté pire aujourd’hui puisque l’une des maigres ressources économiques de la région, le tourisme, a disparu en raison de la présence d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) responsable de nombreux enlèvements d’étrangers, et celle des trafiquants de drogue, d’armes et d’être humains -l’immigration clandestine en direction de l’Europe- dans cet immense désert.

La circulation des armes a augmenté, « des petites armes de petit calibre mais on a aussi saisi en juin au Niger, a rappelé M. Bazoum, quelque 500 kg de Semtex un explosif extrêmement puissant.

« Il n’est pas impossible qu’il y ait eu davantage d’explosifs et éventuellement des missiles sol-air » dont il faut aussi savoir se servir et les maintenir en état de marche, a-t-il néanmoins souligné.

Les trafiquants en tout genre et terroristes ont récupéré des centaines de Toyota 4X4 qui écument cette immense région difficile à sécuriser, a-t-il ajouté.

Son collègue malien, Soumeylou Boubeye Maïga, redoute en plus le retour massif de migrants dans des zones déjà précaires. « Quelque 20. 000 travailleurs maliens sont déjà revenus et maintenant c’est la seconde vague avec ceux qui étaient impliqués dans les combats et qui reviennent avec des armes ».

Ils seront « très difficiles à intégrer ou réintégrer » dans des zones aussi pauvres, souligne M. Bazoum.

En clair, résume leur confrère de Mauritanie, Hamadi Ould Hamadi: le Sahel est « menacé par le terrorisme, la pauvreté et l’immigration clandestine ». Il est important à ses yeux de « préserver les jeunes de la région » qui peuvent être incités à rejoindre les groupes terroristes.

Shira Villarosa, la représentante américaine à cette réunion, membre du bureau de coordination anti-terrorisme du département d’Etat, estime que les terroristes d »Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) « ont aujourd’hui moins de mille membres ».

La menace est « globale » et bien présente, ont souligné nombre de participants, mais les membres du Conseil de sécurité tout comme l’Union européenne présents ont souligné avec Mme Villarosa que l’effort de lutte contre Aqmi « doit être dirigé par les gouvernements de la région ».

« La responsabilité de maintenir la sécurité est d’abord fondamentalement du ressort des pays voisins », a aussi souligné le ministre malien, se faisant l’écho des Algériens, très chatouilleux sur la nécessité de maintenir hors de la région des troupes étrangères.

Les Algériens insistent cependant sur le fait que « la lutte contre ces menaces d’envergure appelle nécessairement la conjugaison des efforts et la convergence de toutes les bonnes volontés ». L’Algérie connaît actuellement une recrudescence des attentats terroristes dont le plus meurtrier de l’année a fait le 26 août 18 morts à l’académie miliaire de Cherchell proche d’Alger.

Les programmes d’aide à la région, bilatéraux ou multilatéraux, sont nombreux. L’Union européenne a chiffré son aide globale pour la région à 650 millions d’euros tant pour des programmes de développement que pour la formation et l’aide militaires.

Jeuneafrique.com avec AFP