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Conte: Le pêcheur au bord du lac

octobre 7, 2016

Il était une fois, dans la beauté et la joie d’un été ensoleillé, un habitant de ville décida de partir à la campagne pour goûter aux merveilles naturelles d’un quelconque lac.

Décidé de réaliser son rêve de vivre cette aventure, il n’avait aucun repère pouvant le conduire dans ce lieu, au milieu de la forêt. Voilà qu’un après-midi de la belle saison, au moment où il longeait le boulevard des Forges, marchant, tête baissée, sur le trottoir, il ramassa une carte touristique de la Mauricie. Jetant un regard sur la légende chargée de points d’eau, il fut attiré et intéressé par le Lac des érables, situé à Saint-Étienne-des-Grès.

Rassuré d’être en possession d’un indicateur fiable, il organisa son départ pour la pêche dans le souci de concrétiser son projet. La nuit avant de s’endormir, il prépara son matériel de pêche, vérifia l’état de son vélo et sa boîte à lunch.

A son réveil, dans la lecture d’une météo favorable, il enfourcha sa bicyclette, plaça au dos son sac au contenu divers. Habillé d’un pantalon vert olive avec des poches aux cuisses, il se jeta en route où il gagna le boulevard Saint Jean, longeant la côte Paquette puis il remonta la côte de l’église, abordant le petit rang avant le cinquième rang qui donne accès au Lac des érables.

Assis sur une botte de paille, il commençait à pêcher, la ligne produisait à chaque jetée des ondulations sur la peau de l’eau. L’hameçon au bout duquel était attaché son appât de vers de terre, ne ramenait aucun poisson. Il se grattait désespérément la tête.

Soudain, à sa grande surprise, un canard, au plumage luisant, d’un noir remarquable, nageait à la surface du lac. Celui-ci lit sur son visage une expression de tristesse qui l’envahissait et rongeait sa conscience. Il ne cessait de rogner de désespoir l’ongle de son pouce. Le palmipède s’approcha de lui, caquetant un instant une émission de petit coin, coin, coin, et entama une conversation de curiosité, en toute courtoisie :

  • Mon cher pêcheur, d’où viens-tu ?
  • Je viens de Trois-Rivières
  • Pourquoi es-tu si triste ?
  • Depuis près de trois heures que je pêche, je ne trouve aucun poisson.
  • Tu ne sais pas que le Lac des érables ne contient pas de poisson depuis les origines. J’éprouve une immense peine pour toi qui vient de si loin qui va repartir bredouille, à moins de ramener des quenouilles en guise de consolation pour la décoration de ton salon.

Le canard après s’être entretenu, repartit dans sa randonnée admirer les élégantes et étonnantes quenouilles qui dansaient au vent, la pointe de leur tête surmontée de frêles libellules aux ailes transparentes.

Devant la station debout de majestueux érables, à cinq doigts, aux feuilles pétiolées, vint se poser un beau geai bleu, à la huppe courte, au ventre d’un gris blanchâtre, les ailes et la queue parsemée de points noirs, entonnant son cri strident continu constamment modulé : peeeeah peeeeah.

Dès que l’oiseau eût terminé sa mélodie; fatigué et harassé, il s’adossa sur la paille, couvrit son visage avec son chapeau à large dimension ombragée. Quand par une légère évasion de somnolence, les yeux mi-clos, il entendit de l’autre côté du Lac entre les érables, un bruit insolite de crépitements où des pierres s’écartaient et grondaient, propulsant un souffle de poussière d’où sortait, en body sexy, une forme humaine de femme d’une rare et singulière beauté. Tout le long de son corps depuis les cheveux en passant par les épaules et aux hanches, des grès tombaient puis s’amoncelaient à ses pieds. Certains cailloux courraient pour terminer leur course dans le lac où ils se refroidissaient de leur chaleur des profondeurs.

Le soleil dans sa dernière déclinaison versait tous ses rayons dans le lac. Par une intime et longue concentration, la dame couverte de grès qui maintenait son regard fixé dans l’eau, entre les quenouilles réjouissantes, se transformait en arc-en-ciel. Chaque partie de son corps prenait une quelconque couleur : sa tête devenait rouge, ses cheveux noirs, ses yeux bleus, son nez jaune, ses lèvres roses, son cou vert, ses épaules oranges, ses seins gris, ses fesses blanches, ses cuisses et ses jambes jaunes, ses pieds bleus.

Hélène des grès comme elle s’appelait, marqua un premier pas, puis un deuxième et au troisième, une belle robe rouge tomba du haut des érables qu’elle porta par respect à l’étranger venu dans sa contrée. Elle s’approcha du pêcheur avec l’éclat de son apparence. Elle lui restitua la teneur de sa conversation avec le canard noir de sa regrettable et triste partie de pêche. Elle eût pitié de Dany et l’entraîna dans sa grotte pour lui proposer de souper avec lui. Il accepta cette invitation mais il devrait l’aider à cuisiner car le repas n’était pas prêt. Il ne refusa pas cette sollicitation et se tint pour galant en pareille circonstance. Elle sortit de son frigo des cuisses de poulet dont elle tanna la peau car elle ne mange pas du gras. Il fit le marmiton en épluchant les petits pois, coupant les oignons et les carottes quand elle s’occupait aussi des pommes de terre cuites en robes de champs.

Lorsque la cuisson fût prête, ils passèrent tous deux à table. Elle lui offrit un bon vin de sa cave spécialement réservé aux hôtes de marque. Le souper se passa dans une ambiance de bon régal.

Elle lui proposa de passer de bons moments agréables avec le désir et le plaisir de dormir ensemble avant de repartir dans sa ville de Trois-Rivières car elle avait besoin de la compagnie. Dany opina de la tête sans rechigner.

Le lendemain matin, au réveil, Hélène des grès avait complètement changé car les multiples couleurs de son corps arc-en-ciel avaient disparu. Elle était devenue une blanche aux cheveux noirs, aux yeux pers, aux ongles rouges éclatants. Mais la grande cuvée de la boisson au mélange d’un puissant dosage lui tourna la tête. Elle était dans l’impossibilité de l’accompagner jusqu’à la côte de l’église.

Quand ils se quittèrent, Dany prit son vélo, après trois kilomètres de route, il eût une crevaison. Il s’arrêta au bord de la route, changea de pneu puis continua son chemin. Pas plus de cinq minutes, après avoir parcouru deux kilomètres, un autre pneu, celui de l’avant creva. Il s’arrêta de nouveau, le répara, repris la selle de son vélo avant de connaître une autre panne. Il n’avait plus d’enveloppe de rechange. Il lui restait encore dix kilomètres pour arriver. Il poussait doucement sa bicyclette, transpirant à grosses sueurs. Il était épuisé car il n’avait pas prévu une bouteille d’eau pour son retour.

Sur la piste cyclable, les gens qui revenaient du weekend, personne ne voulait le prendre à bord de leur voiture pour lui faciliter la courte distance de sa destination. Hélène des grès depuis la grotte de sa chambre visionnait la tablette de son jeu. Elle vit, à gauche de son écran, Dany en grande difficulté. Un doute plana et envahit ses yeux. Elle prit ses lunettes pour bien voir. Finalement l’image refléta exactement les ennuis de son hôte sur le chemin du retour. Elle appela son oiseau de secours en cas de détresse. Elle fit venir auprès d’elle son harfang des neiges, qui, à l’été a un plumage plus foncé. Elle lui donna les instructions de voler au secours de Dany qui était surpris en pleine la nuit au bord de la route.

Ayant reçu toutes les instructions et les indications de sa maîtresse, le harfang décolla, déploya ses ailes pour rejoindre Dany.

Au moment où il était désespéré, il vit dans la nuit, un grand oiseau qui vint se poser sur la branche d’un arbre, hululant en l’appelant par son prénom. Il se retourna dans la direction de son chant et aperçut le harfang aux yeux jaunes à l’iris noir. Cette fois-ci, l’oiseau l’appela par son prénom :

  • Dany je suis venu à ton secours
  • Comment sais-tu que je me prénomme Dany
  • Je viens de la part d’Hélène des grès pour te faciliter le reste de ton parcours
  • Comment a-t-elle su que je suis en difficultés avec ma bicyclette ?
  • Elle a des pouvoirs surnaturels la permettant de voir l’invisible.

Dany prit son vélo qu’il poussait et avançait tranquillement quand l’oiseau descendit de sa branche, se posa au sol en lui tourna sa queue, qui, peu à peu, s’ouvrait au bas de son anus en une grande porte comme celle d’un avion-cargo. Il rentra et s’installa dans le confort d’un siège à couchette disposé à l’intérieur. L’ouverture se referma aussitôt puis le harfang des neiges décolla jusqu’à Trois-Rivières où il déposa Dany le randonneur de Saint-Étienne-des-Grès.

Toutes les aventures ne se ressemblent pas et ne se terminent pas de la même manière avec les résultats attendus pouvant satisfaire son décideur.

© Bernard NKOUNKOU