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Présidentielle au Tchad : Saleh Kebzabo, principal opposant d’Idriss Déby Itno, retire sa candidature

mars 2, 2021
l’opposant tchadien Saleh Kebzabo a retiré sa candidature à la présidentielle du 11 avril 2021.

Le principal opposant au Tchad, Saleh Kebzabo, a retiré lundi sa candidature de la présidentielle du 11 avril en accusant le président Idriss Déby Itno, grand favori pour un sixième mandat, d’intimider ses rivaux par l’usage de la force.

Candidat malheureux à quatre reprise contre Idriss Déby ItnoSaleh Kebzabo a annoncé son retrait au lendemain d’une sanglante tentative d’arrestation par l’armée de Yaya Dillo Djerou, autre candidat déclaré, qui s’est soldée par la mort d’au moins trois personnes : sa mère et deux militaires. Condamnant « l’attaque militaire du domicile de M. Yaya Dillo Djerou », le député de l’opposition a dénoncé « le climat d’insécurité qui entachera certainement la campagne électorale pour les candidats qui vont affronter M. Déby, lequel dirige le Tchad d’une main de fer depuis plus de 30 ans.

Et Saleh Kebzabo, invoquant « une militarisation évidente du climat politique », a annoncé le retrait de sa candidature, « pour ne pas avoir à servir de caution à la mascarade qui se prépare sur une grande échelle ».

Cet ancien journaliste, arrivé troisième à la présidentielle de 1996, s’était rallié au chef de l’État au second tour, avant d’entrer dans son gouvernement. Il y enchaînera les portefeuilles jusqu’à sa rupture avec Idriss Déby Itno en 1999, qu’il affrontera encore sans succès aux présidentielles de 2001, 2006 et 2016. Dimanche, la police épaulée par des militaires lourdement armés et des blindés ont tenté d’arrêter l’opposant et candidat déclaré Yaya Dillo à son domicile de N’Djamena, en vertu de deux mandats d’amener de la justice pour « diffamation et injures » à l’égard de l’épouse du chef de l’État.

Le gouvernement accuse Yaya Dillo Djerou

Le mouvement de Yaya Dillo Djerou, le Front nouveau pour le changement (FNC), a assuré dans un communiqué que cinq membres de la famille de l’opposant, dont sa mère, ont été tués par un corps d’élite de l’armée qui ont « défoncé son portail avec un char blindé ». Une version contredite lundi par le ministre des Affaires étrangères Amine Abba Sidick devant le corps diplomatique : « un tir de l’intérieur visant les forces de l’ordre a atteint mortellement la mère de Yaya Dillo », a-t-il affirmé, ajoutant que deux militaires ont été tués dans un blindé dans la cour de l’opposant.

Selon le ministre, « Dillo et cinq hommes armés de fusils de guerre » ont ouvert le feu sur les forces de l’ordre dès leur arrivée. Puis un blindé léger est entré dans la cour du domicile et a été pris d’assaut, deux membres de l’équipage ont été tués. Dans la cohue, les soldats « ont laissé partir des civils » et Yaya Dillo Djerou « s’est probablement échappé en se cachant parmi eux », a assuré le ministre. « Sa position demeure inconnue », a confirmé lundi le procureur de la République de N’Djamena Youssouf Tom.

Ancien chef rebelle et membre de la même ethnie zaghawa que Déby, Yaya Dillo Djerou avait rallié en 2007 le président tchadien, dont il était devenu ministre avant d’occuper plusieurs postes de conseiller à la présidence. Il fut ensuite représentant du Tchad à la Commission des États de l’Afrique centrale (Cemac) jusqu’en 2020, avant de rejoindre l’opposition.

Internet restreint

Lundi, quelques blindés et des membres de la garde présidentielle et de la gendarmerie étaient encore positionnés près du domicile de Yaya Dillo Djerou. L’accès à internet mobile, quasiment impossible dimanche, était encore fortement perturbé lundi.

Depuis plusieurs semaines, le gouvernement interdit systématiquement et réprime durement toute manifestation de l’opposition et de la société civile qui réclament « l’alternance et plus de justice sociale ». Amnesty international a dénoncé des « restrictions non nécessaires et disproportionnées du droit à la liberté de réunion pacifique » et des « arrestations arbitraires ».

Outre Idriss Déby Itno, une quinzaine de personnes ont annoncé leur intention de déposer leur candidature à la présidentielle, mais la Cour suprême doit publier dans les jours qui viennent la liste de celles officiellement retenues.

Par Jeune Afrique avec AFP

Tchad : Idriss Déby Itno doit accepter un dialogue inclusif avec l’opposition

mars 15, 2017


Le président du Tchad Idriss Déby Itno, le 18 janvier 2017, au palais présidentiel. © Vincent Fournier/JA

Aujourd’hui, force est de constater que la situation est bloquée au Tchad.

Tout ce qui nous oppose à M. Déby a refait surface, étalant au grand jour l’incurie de son gouvernement. Il a perpétré un coup d’État électoral, le 21 avril 2016, au soir des résultats donnés par la Ceni. Je l’ai bel et bien battu, il est arrivé en quatrième position et personne de son camp ne l’a contesté à ce jour. La défaite de M. Déby était prévisible, car le bilan de 26 ans de pouvoir est une catastrophe pour le Tchad. La banqueroute totale de l’État est un fait avéré. Les détournements massifs à ciel ouvert se pratiquent à tous les niveaux dans l’impunité. La confiscation des libertés individuelles et collectives avec une démocratie en trompe l’œil est une option constante.

Les conflits inter-communautaires sont exacerbés. Les forces de défense aux effectifs inconnus comptent plus de 500 généraux en majorité illettrés. Le niveau scolaire est sans cesse déclinant avec des infrastructures en paille, quand il y en a, et l’on observe un échec total du système de santé. Enfin, la fonction publique est pléthorique avec des fonctionnaires bardés de faux diplômes. En prime, une gestion patrimoniale de plus en plus accentuée… et j’en passe.

Le malheur du Tchad, qui en fait aussi un pays apparemment stable, c’est son armée aguerrie par des rebellions sans fin. Depuis plus de 20 ans, M. Déby a mis cette armée à son service et en récolte des bénéfices personnels, politiques et autres. Ainsi, il a organisé des interventions en RDC dans l’Équateur à la demande de Kabila père, au Congo pendant la guerre civile pour soutenir la faction de Sassou Nguesso, en RCA pour chasser d’abord Patassé et installer Bozizé qui sera à son tour chassé, au Mali, au Niger, au Nigeria et au Cameroun contre Aqmi et Boko Haram. Il faut y ajouter les interventions en Libye et au Soudan, sans oublier que Deby avait été sollicité au Togo et en Côte d’Ivoire !

Tout cela a coûté très cher en pertes humaines et matérielles. En Afrique, ce sont ces faits de guerre qui ont rendu M. Déby populaire, les gens restant dans l’ignorance de sa politique intérieure. Les Occidentaux, les Français en tête, ont adoubé M. Déby, considéré à juste titre comme le « fournisseur régional de sécurité à moindre coût ». M. Déby a su se vendre politiquement, et les partenaires du Tchad ont décidé de fermer les yeux sur ses dérives démocratiques et sa mauvaise gouvernance économique et financière.

L’un de ses plus grands crimes est la faillite de la gestion des revenus pétroliers. Il a trompé les Occidentaux en faisant semblant d’accepter les conditions de gestion des fonds pétroliers. À la première occasion, il a cassé les lois pour ne rendre de comptes à personne. Il a menti aux Tchadiens en leur promettant de financer l’agriculture et l’élevage avec les ressources pétrolières. Les résultats sont là, le monde rural n’a jamais été aussi pauvre et c’est lui qui va payer les pots cassés.

Le Tchad est une poudrière qui peut sauter à tout moment

L’opposition tchadienne est victime de cette situation inique où les Occidentaux peuvent encore décider du sort du Tchad, malgré tous les échecs de leur poulain. Jusqu’à quand ? Faut-il se résoudre à attendre que l’État soit définitivement bloqué ? Faut-il fermer les yeux sur la grave crise cotonnière qui sévit depuis quelques mois, privant près de quatre millions de personnes des revenus de leur production qui leur reste encore sur les bras ? Faut-il ignorer les chantiers arrêtés depuis deux ans au moins et qui ont coûté des centaines de milliards en pure perte ? Les chantiers non achevés des villas de l’Union africaine, des ministères des Finances et des Affaires étrangères, ainsi que ceux de la radio-télévision, notamment, constituent un scandale dont nous disposons des dossiers qui parleront un jour.

Sous des cieux plus démocratiques, la contestation serait amplifiée. Au Tchad, nous observons que la société civile et les acteurs politiques travaillent dans des conditions extrêmement difficiles où la police politique sévit comme à l’époque de la dictature de M. Hissène Habré dont M. Déby est le parfait apprenti. Les espaces de liberté sont de plus en plus réduits : les arrestations des opposants sont devenues fréquentes, les médias publics muselés sont quasiment fermés à l’opposition tandis que la presse privée est contrainte de pratiquer l’autocensure. Au Tchad, sous Déby, aucune manifestation n’est autorisée, le droit de grève a été galvaudé et les jeunes étudiants réduits à la mendicité parce que leur pitance de bourse est supprimée.

Le Tchad est une poudrière qui peut sauter à tout moment. L’année dernière, ce sont les partenaires du Tchad qui ont assuré toutes les charges régaliennes de l’État comme les salaires et les pensions. La société nationale Cotontchad, pour la première fois depuis près de 100 ans, n’a pas enlevé le coton chez les producteurs depuis octobre, faute de moyens financiers. Face à toutes ces crises, l’opposition appelle humblement à un dialogue inclusif qui est, selon elle, la seule solution au drame tchadien.

À l’évidence, 26 ans de pouvoir absolu, ça use, et M. Déby n’a plus rien de plausible à proposer aux Tchadiens. Toute la question est de savoir si, débarrassé de sa vanité, M. Déby accédera à notre demande pour sauver son pays. Mais qu’attendre d’un homme qui déclare qu’après lui, aucun Tchadien n’a la capacité de diriger le pays ?

PS : M. Déby dit que j’ai été 5 fois « son » ministre alors que je pensais travailler pour le Tchad. Je ne suis jamais entré au gouvernement en écoutant mon nom sur les antennes de la Radio nationale, mais à deux reprises, après un accord politique en bonne et due forme. Chaque fois que ces accords ont été violés, j’ai déposé le tablier. Déby le sait mieux que quiconque. C’est pour cela qu’il rumine une revanche inassouvie contre moi qui n’ai « jamais pillé, jamais volé et jamais tué ».

Jeuneafrique.com par Saleh Kebzabo, Député et président de l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR), également chef de file de l’opposition tchadienne.

Tchad: Pas de chèque en blanc à Déby, demande à Hollande l’opposition

juillet 16, 2014

N’Djamena – Un des ténors de l’opposition tchadienne, Saleh Kebzabo, demande à la France d’être plus exigeante envers le régime du président Idriss Déby Itno avant la visite à N’Djamena cette semaine du chef de l’État français François Hollande.

L’envoi de troupes tchadiennes pour le maintien de la paix à l’extérieur ne saurait être une prime accordée au régime à l’intérieur, écrit M. Kebzabo dans un communiqué parvenu mercredi à l’AFP, ajoutant: le Tchad n’est ni un État démocratique, ni un État de droit.

Reporters sans frontière dénonce également le pouvoir tchadien qui continue de violer les droits de l’homme au quotidien, notamment ceux des journalistes. Au cours de l’année écoulée, cinq journalistes ont été emprisonnés. Ceux qui ont été remis en liberté sont toujours sous le coup de condamnations avec sursis qui les empêchent de travailler librement, poursuit RSF dans une lettre ouverte au président français.

M. Hollande se rend vendredi soir au Tchad pour une visite essentiellement consacrée aux dossiers sécuritaire et de défense en Afrique sub-saharienne.

Le Tchad va jouer un rôle central dans la réorganisation en cours de la présence militaire française sur le continent, avec la mise en place d’une nouvelle opération, Barkhane, dont le commandement sera basé à N’Djamena, où la France dispose déjà d’une importante base militaire.

Les partis politiques d’opposition conviennent que la situation sécuritaire dans la zone sahélo-saharienne constitue un sujet de préoccupation constante qui appelle la mobilisation de toutes les ressources, commente à ce sujet l’opposant tchadien, en se félicitant du soutien français dans les crises malienne et centrafricaine, où le Tchad a engagé son armée aux côtés des forces françaises, ainsi que dans la lutte contre le terrorisme international.

Mais cela ne doit pas conduire à un soutien inconditionnel au régime tchadien, poursuit Saleh Kebzabo, en demandant instamment aux partenaires économiques du Tchad, en particulier la France, d’être de plus en plus exigeants sur la gouvernance économique, le respect des droits humains face à un régime qui a acculé la population à une paupérisation croissante et excelle dans la gestion patrimoniale de l’État, dans le seul but de détourner les deniers publics au profit d’une oligarchie établie, refusant l’alternance à travers la confiscation du pouvoir par des élections truquées.

L’opposition tchadienne rappelle également à François Hollande la disparition d’Ibni Oumar Mahamat Saleh. Cet opposant avait été enlevé à son domicile par des militaires, ainsi que trois autres, le 3 février 2008, au plus fort d’une rébellion qui avait failli renverser Idriss Deby en arrivant jusqu’à N’Djamena. Les autres opposants ont réapparu, mais Ibni Oumar Mahamat Saleh n’a plus donné signe de vie.

Enfin, RSF dit avoir essayé à plusieurs reprises de se rendre sur place pour dialoguer avec les autorités, mais continue de se heurter au silence de l’ambassade du Tchad à Paris, qui ne donne pas suite à ses demandes de visas. Il est crucial que la coopération militaire et sécuritaire entre les deux pays n’incite pas la France à fermer les yeux sur des actions répressives des libertés fondamentales dont la liberté d’information, ajoute l’Ong.

Romandie.com avec(©AFP / 16 juillet 2014 12h57)