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27 ans après la fatwa, les académiciens Nobel soutiennent Salman Rushdie

mars 24, 2016

Stockholm – Il aura fallu près de trois décennies pour que l’Académie suédoise, institution prestigieuse qui décerne le prix Nobel de littérature, dénonce la fatwa visant l’écrivain britannique Salman Rushdie, auteur des Versets sataniques honni des islamistes.

Dans une tribune publiée jeudi par le quotidien Dagens Nyheter, l’académie pourfend une condamnation à mort prononcée pour châtier une création littéraire.

L’indépendance de la littérature vis-à-vis du contrôle politique est impérieuse pour la civilisation et doit être préservée des attaques des partisans de la vengeance et de la censure, écrit son secrétaire perpétuel, Tomas Riad.

C’est au nom de ce même principe d’indépendance que les académiciens s’étaient abstenus de prendre position sur l’affaire Rushdie en 1989, déchirés entre tenants d’un soutien franc à l’écrivain et garants de la neutralité du cénacle.

L’auteur d’origine indienne était devenu l’ennemi désigné des musulmans fondamentalistes en mettant en scène dans ses Versets des prostituées rêvant qu’elles étaient les femmes du prophète Mahomet.

L’imam Khomeiny, guide suprême de la révolution islamique iranienne, a prononcé à son encontre le 14 février 1989 une fatwa le condamnant à mort.

Trois des membres de l’Académie suédoise indignés par son silence, Kerstin Ekman, Lars Gyllensten puis Werner Aspenström, en avaient quitté les bancs, sans cependant être autorisés à démissionner, ses statuts ne le permettant pas.

L’académie, dont la composition a été très largement renouvelée depuis, s’est décidée à prendre position après que la somme offerte pour l’assassinat de Rushdie eut été augmentée fin février par une quarantaine de médias iraniens, a justifié Tomas Riad.

Ce linguiste d’origine égyptienne fustige un crime contre le droit international (…) incompatible avec le processus de normalisation engagé par Téhéran et les puissances occidentales.

L’académie n’a pas été épargnée par les polémiques par le passé, d’aucuns l’accusant d’avoir porté maints coups de canif au testament d’Alfred Nobel qui entendait récompenser l’idéalisme.

Le Français Louis-Ferdinand Céline, sanctionné pour ses écrits antisémites, et l’Argentin Jorge Luis Borges, critiqué pour ses relations ambiguës avec les dictatures sud-américaines, sont au nombre des célèbres oubliés du Nobel.

Les dernières controverses en date concernent l’attribution du prix au Chinois Mo Yan en 2012, jugé par ses détracteurs trop complaisant avec Pékin, et celui décerné l’an dernier à la Bélarusse Svetlana Alexievitch, qui n’a de cesse de dénoncer le bellicisme et le nationalisme de la Russie.

Sa réception Nobel à Stockholm n’a pas été retransmise par la télévision publique au Bélarus.

Les académiciens suédois ont souvent affirmé ne pas prêter attention à la politique, à la religion, à l’âge ou au sexe des lauréats, relève le journaliste Antoine Jacob, auteur d’une Histoire du prix Nobel.

Mais qu’ils le veulent ou non, depuis le premier prix en 1901, certaines décisions obéissent également à d’autres critères que la littérature: courants idéologiques, convictions personnelles, voire liens d’amitié, dit-il à l’AFP.

Romandie.com avec(©AFP / 24 mars 2016 11h25)

Afrique du Sud : une romancière frappée à coups de briques après un éloge à Salman Rushdie

mars 26, 2015

La romancière Zainub Priya Dala a été agressée par des inconnus à Durban, en Afrique du sud.
La romancière Zainub Priya Dala a été agressée par des inconnus à Durban, en Afrique du sud. © Twitter/@zpdala

L’auteur sud-africaine Zainub Priya Dala a été victime d’une violente agression à Durban après avoir fait l’éloge devant des élèves de l’écrivain britannique Salman Rushdie, auteur des Versets sataniques. Signe d’une radicalisation islamiste dans un pays déjà miné par la violence quotidienne, disent certains experts.

La jeune romancière Zainub Priya Dala a été frappée à coup de briques, un couteau sous la gorge, pour avoir partagé son admiration pour Salman Rushdie la semaine dernière lors d’un festival de littérature à Durban en Afrique du Sud. L’auteur, qui présentait son premier roman, avait pris la parole devant des élèves qui lui ont demandé qui était son écrivain préféré. Le lendemain, trois inconnus l’ont suivie à bord d’une voiture et forcée à s’arrêter.

Zainub Priya Dala a été violemment agressée et  « traitée de pute de Rushdie », selon un communiqué du Penguin Random House qui abrite la maison d’édition Umuzi de l’auteure. Son dirigeant, Steve Connolly a vivement condamné cette agression sur Twitter.

« Nous condamnons totalement cette agression brutale », a déclaré son éditeur. « Avons-nous atteint un tel état d’intolérance que nous ne pouvons pas écouter un écrivain professer son admiration pour un autre sans vouloir l’attaquer avec une brique et un couteau ? »

 Zainub Priya Dala

Zainub Priya Dala

Lors de l’éloge de la jeune femme envers Salman Rushdie, plusieurs élèves et enseignants avaient ostensiblement quitté la salle. Le romancier britannique d’origine indienne fait l’objet d’une fatwa émise par l’ayatollah Khomeini en 1989 à la suite de la publication des Versets sataniques.

Salman Rushdie a immédiatement réagi en envoyant un message de soutien à Zainub Priya Dala.

La radicalisation en hausse en Afrique du Sud

La violente agression perpétrée contre Zainub Priya Dala s’inscrit dans une lente montée du radicalisme islamiste qui couve depuis plusieurs années dans le pays, selon Anneli Botha, chercheuse à l’Institute for Security Studies de Pretoria. « L’Afrique du Sud n’est pas immunisé contre le phénomène de radicalisation croissante », explique-t-elle.

Son collègue, Hussein Solomon, abonde dans le même sens dans son ouvrage Combating Islamist radicalisation in South Africa, en soutenant que la radicalisation est sous-estimée au sein de la population musulmane sud-africaine. Pourtant « il existe des preuves que l’Afrique du Sud joue maintenant un rôle important dans les réseaux jihadistes », écrit-il.

Zainub Priya Dala a déposé une plainte à la police et une enquête a été ouverte.

Jeuneafrique.com avec AFP

5 choses à savoir sur la fatwa contre Salman Rushdie

septembre 19, 2012
 

La fondation religieuse iranienne qui avait mis à prix la tête de Salman Rushdie en février 1989, après la publication des Versets sataniques, a décidé de porter la prime pour son assassinat à 3,3 millions de dollars. Retour en arrière. 

5 choses à savoir sur la fatwa contre Salman Rushdie
FATWA – Salman Rushdie qualifie de « répugnante » la flambée de violences anti-américaines qui a éclaté mardi 11 septembre dans le monde arabe pour protester contre « Innocence of Muslims », un film « stupide », selon ses termes.

REUTERS/Andrew Winning

Vingt-quatre ans après la publication des Versets sataniques, Salman Rushdie est toujours la cible d’extrémistes musulmans. Dans son roman publié en 1988, deux acteurs indiens décédés dans un accident d’avion reviennent sur Terre, le premier dans la peau de l’archange Gabriel, l’autre sous les traits du diable. Ils deviennent alors les protagonistes de la lutte éternelle entre le Bien et le Mal. Peu après sa parution, le roman est accusé de ridiculiser le Coran et Mahomet, et provoque des émeutes et manifestations en Iran, au Pakistan puis dans l’ensemble du monde arabe. 

1. Rushdie condamné à mort en 1989

En 1988, un député musulman du parlement de Delhi parvient à faire interdire les Versets sataniques en Inde, afin d’éviter « des heurts entre communautés religieuses ». Quelques mois plus tard, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, chef de la révolution islamique iranienne, publie une fatwa (décret religieux) appelant tous les musulmans à tuer Salman Rushdie. La Fondation du 15 Khordad, proche du gouvernement, met sa tête à prix. 

L’écrivain britannique d’origine indienne est alors contraint de vivre sous protection policière, changeant de domicile fréquemment. « Je doute que ceux qui me condamnent aient lu une seule ligne de mon livre », s’indigne-t-il. Au cours des dix années qui suivent, il fait l’objet d’une vingtaine de tentatives d’assassinat. Ses traducteurs japonais et italien sont poignardés et son éditeur norvégien grièvement blessé.  

Afin de pacifier les relations entre Londres et Téhéran, le gouvernement iranien dirigé par Mohammad Khatami s’engage publiquement, le 24 septembre 1998, à « ne plus encourager les tentatives d’assassinat contre Rushdie » . Mais la fatwa de Khomeini est toujours d’actualité: son successeur, l’ayatollah Ali Khamenei, a réaffirmé en janvier 2005 que Salman Rushdie était un apostat pouvant être tué impunément. 

2. Une autobiographie pour raconter son calvaire

Dans son autobiographie à la troisième personne intitulée Joseph Anton, qui paraîtra le 20 septembre en France, Salman Rushdie revient sur les années de cauchemar qui ont suivi sa condamnation à mort, en février 1989. Le titre de l’ouvrage fait référence au nom de substitution qu’il avait choisi afin de garantir sa sécurité. « Il écrivit, côte à côte, les prénoms de Conrad et Tchekhov. Ce nom serait le sien pendant les onze années suivantes. Joseph Anton », raconte-t-il.  

3. L’auteur des Versets sataniques n’est toujours pas le bienvenu en Inde

Le 20 janvier 2012, l’écrivain britannique est forcé d’annuler sa venue au festival littéraire de Jaipur après avoir reçu des menaces de mort de militants islamistes. Le premier ministre du Rajahstan, Ashok Gehlot, affirme au Times Of India que la présence de l’auteur des Versets sataniques pourrait déclencher « des manifestations de groupes musulmans » et mettre en péril la sécurité de tous.  

Quant à l’adaptation cinématographique du roman de Rushdie, Les Enfants de minuit, elle n’a toujours pas trouvé de distributeur en Inde. « Quel dommage que des politiques frileux empêchent la population indienne de se forger sa propre opinion concernant ce film », déplore sa réalisatrice, Deepa Mehta

4. Les Versets sataniques: un livre « qui ne serait pas publié aujourd’hui »

Salman Rushdie a récemment déclaré, dans une interview accordée à la BBC, qu’il serait « difficile » de publier aujourd’hui un « livre qui critique l’islam » comme Les Versets sataniques. Pour accréditer sa position, il cite notamment la décision récente de la chaîne de télévision Channel 4 d’annuler la projection privée d’un documentaire sur l’histoire de l’islam pour des raisons de sécurité. Dans une autre interview donnée à la chaîne de télévision indienne NDTV et diffusée sur leur site internet, l’écrivain qualifie de « répugnante » la flambée de violences anti-américaines qui a éclaté mardi 11 septembre dans le monde arabe pour protester contre The Innocence of Muslims (L’Innocence des musulmans), un film « stupide », selon ses termes, qui dénigre la religion musulmane.  

5. Rushdie, plus menacé que jamais?

Après les troubles suscités dans le monde musulman par la diffusion sur internet du film The Innocence of Muslims, la fondation religieuse iranienne qui a mis à prix la tête de Salman Rushdie a décidé d’augmenter de 500 000 dollars la prime pour son assassinat. Cette dernière atteint désormais 3,3 millions de dollars. « Tant que l’ordre historique de Khomeiny de tuer l’apostat Salman Rushdie […] n’aura pas été exécuté, les attaques comme celle de ce film offensant le prophète se poursuivront », a déclaré l’ayatollah Sanei. « L’ordre de tuer Rushdie avait été donné pour éradiquer les racines de la conspiration anti-islamique et il serait très approprié de l’exécuter en ce moment », a-t-il ajouté.

Lexpress.fr