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Égypte, Sénégal, Guinée… Où vont les investissements de l’ère post-Covid ?

juin 21, 2021
Le mégaprojet de « nouvelle capitale administrative du Caire », en Égypte, le 7 mars 2021.

Si les investissements étrangers en Afrique ont dégringolé en 2020 sur le continent, plusieurs secteurs (énergie, mines…) et un certain nombre de pays ont su tirer leur épingle du jeu.

On se doutait que le millésime 2020 des investissements étrangers serait plus que médiocre en raison de la pandémie et de la chute des prix des produits de base.

Pourtant, avec une baisse de 16 % (40 milliards de dollars en 2020 contre 47 en 2019), l’Afrique semble faire en la matière moins mal que l’Europe (- 80 %) ou l’Amérique du Nord (- 40%), si l’on en croit le Rapport 2021 sur l’investissement dans le monde publié ce 21 juin par la Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement (Cnuced).

Les énergies renouvelables résistent

« Oui, l’Afrique fait moins mal que d’autres continents, mais il faut regarder plus en détail ces flux, relativise Alexandre Dabou, spécialiste de la division investissement et entreprises de la Cnuced. La forte baisse des pays développés est due à la chute des flux de transit ou des prêts interentreprises. Alors qu’en Afrique, la baisse concerne les projets nouveaux et les fusions-acquisitions ».

En effet, les annonces de nouveaux projets y ont chuté de 62 % (22 milliards de dollars en 2020 contre 77 en 2019). Les fusions-acquisitions transfrontalières, elles, ont reculé de 45 % (3,2 milliards contre 5,8).

Bonne nouvelle, les projets d’investissements dans les énergies renouvelables font exception à ce recul généralisé puisqu’ils ont augmenté de 28 % pour atteindre 11 milliards de dollars contre 9,1 milliards en 2019.

Progression de l’Afrique centrale

Si l’on fait le tour du continent, on remarque que l’Afrique du Nord est la région la plus pénalisée (- 25 %) bien que l’Égypte demeure la première destinations du continent pour les investissements étrangers et que les investissements au Maroc demeurent en croissance (+3 %).

Viennent ensuite l’Afrique de l’Ouest (-18 %), où se distinguent le Sénégal (+39 %), en raison de sa politique énergétique notamment dans le solaire, la Guinée, où le flux d’investissement dans le secteur minier a été multiplié par six, et dans une moindre mesure le Nigeria (+ 3 %), l’Afrique de l’Est (-16 %), l’Afrique australe (-12 %).

Ce sont également les projets énergétiques qui ont permis à l’Afrique centrale – pourtant mal en point au plan macroéconomique – de bénéficier d’une progression de ses investissements étrangers (+3,3%).

Faibles budgets de relance

Les cinq principaux bénéficiaires des investissements étrangers sur le continent sont l’Égypte, le Congo, l’Afrique du Sud, l’Éthiopie et le Nigeria. Les cinq pays qui ont connu la plus forte chute des investissements sont le Malawi (-88 %), la Guinée Bissau (-72 %), le Swaziland (-69 %), le Rwanda (-62 %) et le Mali (-52 %).

Les cinq pays qui les ont vu le plus progresser sont Sao Tomé (+95 %), le Togo (+85 %), la République centrafricaine (+36 %), le Congo (+19 %) et la Guinée équatoriale (+17 %).

Les perspectives de reprise semblent modestes, soit +5 % en moyenne en 2021, selon le rapport de la Cnuced. « Les investissements en Afrique ne vont pas revenir rapidement à leur croissance antérieure, prédit Alexandre Dabou. Beaucoup de ses pays connaissent des faiblesses structurelles qui freinent les investisseurs et ils n’ont guère de marge budgétaire pour relancer leur économie ».

Zlecaf, entraînement… Les raisons d’y croire

Plusieurs facteurs font tout de même espérer une embellie. « La reprise mondiale générera une augmentation de la demande de métaux et d’énergie dont l’Afrique est productrice et donc des investissements dans ces secteurs », assure l’analyste qui compte aussi sur une reconfiguration des chaînes de valeur mondiales qui « prendront une dimension plus régionale ».

En ce sens, « l’adoption du protocole d’investissement de l’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) donnera un élan aux investissements intercontinentaux », estime-t-il.

Sans oublier que les milliers de milliards de dollars qui vont être injectés par les pays riches dans la relance de leur économie auront forcément un effet d’entraînement sur l’Afrique. Celle-ci pourrait ainsi bénéficier d’une hausse des investissements industriels de groupes tentés par la proximité du continent avec l’Europe ou avec l’Asie.

Avec Jeune Afrique par Alain Faujas

Sénégal : sur les routes de l’islam, des femmes veillent

juin 13, 2021

REPORTAGE. Contre la religion qui déborde sur le politique, des Sénégalaises résistent. Elles refusent l’assignation des islamistes, qui avancent masqués.

La religion musulmane, majoritaire au Sénégal, structure la société et intervient dans les domaines aussi bien privés que publics. Dans un tel environnement où un certain islam se mêle de plus en plus de politique, il est des femmes qui se lèvent et font entendre leurs voix pour contenir le conservatisme religieux qui gagne le pays. Parmi elles, la Docteure Selly Ba, sociologue, spécialiste du genre et de la religion, Penda Mbow, historienne et intellectuelle, actuellement représentante du président Macky Sall auprès de la Francophonie, et Maïmouna Thior, doctorante en sociologie à l’université de Rennes et spécialiste des questions de transformation identitaire des Sénégalaises.

Un conservatisme religieux qui progresse

« La conscience collective sénégalaise est régie par l’islam », annonce d’emblée la Docteure Selly Ba. Dans ce pays à 95 % musulman, l’islam soufi, imprégné de particularismes locaux, est un pilier. Selon la sociologue, le retour en force de la religion dans la société sénégalaise et son virage conservateur se sont opérés à partir des années 1980, dans la dynamique, entre autres, de la révolution islamique iranienne. Aujourd’hui, il convient de constater que, bien que minoritaires, les islamistes, à travers la lecture qu’ils font du Coran et de la religion, sont en train de modifier doucement et en profondeur le pays. Un phénomène de réislamisation de la société prend forme. Celui-ci se traduit par une approche plus conservatrice des questions sociétales de plus en plus approchées et débattues à l’aune de la religion. « Les religieux rigoristes rassemblent sur des sujets qui font consensus. Et pour mieux obtenir une large adhésion, ils impliquent les chefs religieux », souligne l’historienne Penda Mbow. « C’est une manipulation pour mieux contrôler la société qui fait que nous n’échappons pas au phénomène de montée des conservatismes et du populisme », poursuit-elle.

Un espace de débat de plus en plus fermé

« Je suis musulmane mais aussi africaine. Nous n’avons pas besoin d’importer le code vestimentaire des Saoudiennes, ni celui de l’Occident. Nous devons garder notre identité propre et ne pas renoncer à ce que nous sommes », indique Penda Mbow, qui n’hésite pas à vanter les foulards colorés portés par les Sénégalaises des générations précédentes. Dans ce contexte, toute approche critique de la religion est rejetée. « Les gens ne savent pas distinguer la foi (l’intime) de la démarche intellectuelle. Les deux ne sont pourtant pas contradictoires car le doute est permis dans l’islam », s’attriste la Professeure Penda Mbow. Pour Maïmouna Thior, « la discussion doit être possible dans la religion, le débat aussi, mais cela n’est pas le cas au Sénégal ». « On a peur d’être rejeté et que notre “sénégalité” soit interrogée », soupire-t-elle, coincée qu’elle est entre la pratique sénégalaise et son rapport personnel à la religion.

De manière convergente, ces trois femmes sont critiques face aux exégèses des textes religieux telles qu’on les voit actuellement. « Les sourates du Coran sont coupées de leur essence car beaucoup se limitent aux parties qui les arrangent », indique Selly Ba. « Et le contexte n’est pas pris en compte alors qu’il est essentiel ! », précise-t-elle. Le contexte, voilà qui conduit à poser un autre regard sur l’arabisation de la société et de l’islam au Sénégal.

Une arabisation en expansion

Cela commence par les nouvelles sonorités données aux prénoms sénégalais pourtant en majorité inspirés du Coran. Celles-ci sont plus arabisantes au détriment de leur déclinaison locale observée jusque-là. Parallèlement, d’autres manières de pratiquer la religion se font de plus en plus jour. Le fait que beaucoup de jeunes, via des bourses, partent étudier dans des pays arabes comme l’Arabie saoudite y est pour quelque chose. Le hic, c’est qu’ils reviennent avec une vision salafiste, rigoriste de ces contrées. Puisqu’à leur retour, ils se retrouvent souvent exclus du monde du travail sénégalais dominé par ceux qui sont allés étudier dans les pays occidentaux, ils sont fragilisés. Résultat : ils ont tendance à se regrouper et à construire leur univers largement inspiré de ce qu’ils ont vu dans les pays qui les avaient reçus pour leurs études.

Pour la sociologue Selly Ba, « les sourates du Coran sont coupées de leur essence car beaucoup se limitent aux parties qui les arrangent ».© DR

« En répondant au manque de politique pour les jeunes et en leur donnant un statut, les organisations islamistes gagnent en influence », dit Selly Ba, qui rappelle que, bien que minoritaires, certains souhaitent l’instauration d’une république islamique dans le pays en opposition avec l’actuelle république laïque.

Une laïcité défiée

Il faut dire que le contexte n’est pas des plus faciles pour la laïcité à la sénégalaise. « La laïcité à la sénégalaise peut laisser perplexe car il n’y a pas de sécularisation à proprement parler dans le pays », indique la jeune doctorante Maïmouna Thior, qui fait le constat que « la mainmise du religieux est réelle ». Elle en veut pour preuve la pratique des « ndigël » par laquelle les guides religieux donnent des conseils qui s’apparentent à des consignes à leurs disciples. Cela peut intervenir dans des actes civils, mais aussi dans des actes civiques tels que le vote lors d’élections, ce qui amène à s’interroger sur l’influence du religieux sur le politique. Cela se ressent par exemple sur une réalité concrète que détaille Selly Ba : « L’impossibilité de faire passer un vote à l’Assemblée nationale sur les problématiques de genre. » Autrement dit, l’influence du religieux (chrétien et musulman) est telle qu’elle détermine certains ordres du jour à la représentation nationale.

En janvier 2000, l’ancien président Abdoulaye Wade avait ainsi proposé de supprimer la laïcité de la Constitution. Le projet a finalement été abandonné mais il montre combien le sujet est prégnant. « Il y a eu une forte résistance face à ce projet politique des islamistes qui remettait en cause toutes les avancées entre l’année 1960 et 1970 », indique Penda Mbow, universitaire au parcours professionnel prestigieux, maintes fois récompensée pour ses engagements. Et d’ajouter : « Mais je ne suis plus sûre que beaucoup résistent encore. Il y a un recul dans le débat intellectuel et sur les droits de l’homme. Plus personne n’a le courage d’aborder le sujet de la religion. » De son côté, Selly Ba avance que « les problèmes de gouvernance sont le terreau de la radicalisation ». « La justice étant malmenée sur le continent, certains voient dans l’application de la loi islamique, c’est-à-dire la charia, un moyen de faire respecter les droits humains par une gestion équitable », poursuit-elle.

Un féminisme perçu comme perturbateur des normes traditionalistes

Autre point : dans la lecture rigoriste des textes islamiques, la légitimité des femmes dans leur prise en main du religieux est remise en cause. Penda Mbow en sait quelque chose, elle qui en a fait les frais dans les années 90 du fait de ses prises de position contre les islamistes. « J’ai reçu plusieurs menaces de mort », dit-elle. « J’étais perçue comme dangereuse pour eux car, à l’inverse de beaucoup de femmes, je les contrecarrais. Il faut dire que j’ai étudié la religion aussi, s’ils voulaient me faire taire, ils n’ont jamais réussi à me déstabiliser. » Et d’ajouter d’une voix assurée : « J’ai mes convictions et mon savoir. » Pour Penda Mbow, il est vraiment important d’étudier la religion. « C’est la clé pour déconstruire la réécriture de la religion par certains », poursuit-elle.

« Le prophète Mahomet (PSL) avait une approche féministe : la femme était associée à la gestion politique, économique et sociale de la société », ajoute Selly Ba. « La tradition a pris la place sur la connaissance et les interprétations ont été faites au travers de lunettes culturelles et d’une vision patriarcale. La domination masculine se fait en confisquant l’usage de la religion aux femmes », appuie-t-elle. Dans son ouvrage Islam et radicalisation au Sénégal : la prédication féminine, une réponse*, la sociologue démontre qu’à partir des années 90, les religieux ont invité des femmes à s’exprimer mais toujours sous contrôle : « Ces prédicatrices enseignent dans les écoles religieuses ou sur les plateaux de télévision. Elles sont tolérées car elles sont des instruments de communication diffusant le discours dominant », indique-t-elle.

Quant à Penda Mbow, elle ne voit pas d’antinomie entre religion musulmane et féminisme. « Au contraire, l’islam me libère en me donnant la force morale et intellectuelle d’être indépendante des hommes en religion. Il m’aide à définir un projet de société où femme et homme ont les mêmes droits », dit-elle. De fait, l’ancienne ministre de la Culture, « profondément croyante et profondément culturelle », appelle à une meilleure cohabitation entre la religion et les traditions africaines. « La civilisation africaine est fondée sur le matriarcat et le système matrilinéaire. Les Africaines doivent revendiquer leur vision du monde et se défaire des fonds d’acculturation qui les dominent », conclut-elle.

Avec Le Point par notre correspondante à Dakar, Clémence Cluzel

Distinction : l’ambassadeur du Sénégal élevé commandeur dans l’ordre du Mérite congolais

mai 27, 2021

Au nom du chef de l’Etat, Denis Sassou N’Guesso, le ministre des Affaires étrangères, de la Francophonie et des Congolais de l’étranger, Jean-Claude Gakosso, a décoré le 27 mai à Brazzaville, l’ambassadeur du Sénégal au Congo, Batoura Kane Niang, dans l’ordre du Mérite congolais au rang de commandeur.

Batoura Kane Niang recevant la médaille honorifique/Adiac

Le décret portant nomination à titre exceptionnel dans l’ordre du Mérite congolais de Batoura Kane Niang a été lu par le grand chancelier des ordres nationaux, Norbert Okiokoutina, en présence du ministre de la Coopération internationale et de la Promotion du partenariat public-privé, Denis Christel Sassou N’Guesso, des hautes personnalités du Congo, ainsi que des membres du corps diplomatique.

Très émue, l’heureuse récipiendaire a remercié le chef de l’Etat congolais pour l’honneur qu’il lui a fait, ainsi que le personnel du ministère des Affaires étrangères pour la « franche et loyale » collaboration.

La diplomate sénégalaise qui vient de passer près de dix ans au Congo a également exprimé sa gratitude pour l’accueil chaleureux dont elle a bénéficié au Congo. Elle a aussi remercié les médias congolais. 

Signalons qu’avant d’être décorée, l’ambassadeur du Sénégal a été reçue, en fin de matinée, par le président de la République, Denis Sassou N’Guesso.

Avec Adiac-Congo par Yvette Reine Nzaba

Sénégal : Ousmane Sonko interdit de se rendre à Lomé pour débattre de l’avenir du franc CFA

mai 22, 2021
Ousmane Sonko, lors d’une conférence de presse à Dakar, le 8 mars 2021.

Invité par l’économiste Kako Nubukpo à participer aux « États généraux de l’Eco », qui se tiendront les 26, 27 et 28 mai dans la capitale togolaise, l’opposant sénégalais Ousmane Sonko ne pourra finalement pas se rendre à Lomé. La justice lui a refusé l’autorisation de sortie du territoire qu’il sollicitait.

« Au final, Lomé ne verra donc pas l’enfant prodige si attendu, pour le moment du moins. Pas de début de débat sur l’Eco pour Sonko. » Dans le communiqué annonçant la décision de la justice sénégalaise, Me Khoureyssi Ba, son avocat, juge que « rien ne justifie » le refus prononcé vendredi 21 mai par le juge Abdoulaye Assane Thioune.

L’opposant sénégalais, sous contrôle judiciaire depuis sa remise en liberté le 8 mars dernier, avait en effet été invité à participer aux « états généraux de l’Eco » à Lomé. Le leader du Pastef avait fait de la critique du franc CFA l’un de ses principaux axes de campagne lors de la présidentielle de 2019, à l’issue de laquelle il était arrivé en troisième position.

Des « États généraux de l’Eco » sans Sonko

L’évènement, organisé à l’initiative de l’économiste togolais Kako Nubukpo, commissaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) chargé du département Agriculture, ressources en eau et environnement, doit réunir de nombreux économistes de renom.

Outre la Cap-Verdienne Cristina Duarte, conseillère spéciale pour l’Afrique du secrétaire général des Nations unies, le Bissau-Guinéen Carlos Lopesle Béninois Lionel Zinsou, ou encore le chef des économistes pays de la Banque africaine de développement (BAD), Emmanuel Pinto Moreira, Ousmane Sonko devait y retrouver également le Franco-Béninois Wilfrid Lauriano Do Rego, président du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA, d’Emmanuel Macron), ou encore l’historien camerounais Achille Mbembe.

Les raisons du refus

Ousmane Sonko, toujours poursuivis dans le cadre de l’enquête ouverte suite à une plainte pour viol le visant, avait déposé une demande de sortie de territoire le 17 mai dernier. Le procureur de la République avait, jeudi 20 mai, fait savoir son opposition à ce que la demande soit acceptée. La balle était alors dans le camps du juge d’instruction Abdoulaye Assane Thione, qui a donc tranché en suivant l’avis du procureur.

Selon une communiqué de la défense d’Ousmane Sonko, le juge a motivé son refus par « l’absence de mainlevée du contrôle judiciaire » et par le fait qu’« Ousmane Sonko n’a pas encore été entendu au fond pour s’expliquer sur les accusations formellement portées à son encontre par la partie civile ».

« L’audition au fond de M. Sonko n’a aucun rapport avec la mesure de contrôle judiciaire », a regretté Me Bamba Cissé, un autre avocat de Sonko, cité par l’Agence France-Presse.

Avec Jeune Afrique par Mathieu Millecamps

Sénégal: Assassinat de Mollet Lotaly, étudiante congolaise inscrite en Master1 à l’ESP de Dakar

mai 20, 2021

Mollet Lotaly, étudiante congolaise inscrite en Master1 à l’ESP de Dakar, a été froidement tuée dans la nuit du 19 mais à Grand Yoff.

Photo de BrazzaNews.

Mollet Lotaly, étudiante congolaise inscrit en Master1 à l’ESP de Dakar, a été froidement tuée dans la nuit du 19 mais à Grand Yoff. Le crime commis devant son immeuble, la jeune dame rentrait de son travail, lorsque ses agresseurs l’ont pris pour cible. Elle a été assenée d’une bouteille en verre au cou, qui a causé une hémorragie.

Baignant dans son sang, elle a agonisé pendant de longues minutes, en attente d’une ambulance pour la secourir. Mollet Lotaly n’a pas survécu à ses blessures, l’ambulance est arrivée trop tard. Une nouvelle accablante pour la communauté des étudiants congolais vivant au Sénégal, pour les proches et la famille de l’étudiante assassinée.

Les étudiants congolais du Sénégal dénoncent l’insécurité dans les quartiers de Dakar. Joint au téléphone ce matin, les responsables de l’association des congolais vivant au Sénégal lancent un appel aux autorités sénégalaises sur les actes criminels que subissent la plupart des étrangers à Dakar, vol par effraction, agressions meurtrière, et d’autres discriminations.

Avec Brazzanews

[Chronique] Au Sénégal, des passeurs face à la justice

avril 30, 2021
Damien Glez

Après la condamnation du père de Doudou Faye, un adolescent mort en mer, deux passeurs présumés ont été présentés devant les juges, au Sénégal. Un procès qui pourrait avoir valeur d’exemple.

Pour les migrants, c’est une double ou une triple peine. Leur voyage, déjà dramatique en soi, est passé sous silence car les observateurs sont globalement mal informés et parce que le Covid-19 domine la scène médiatique. Cette obsession des pays européens à l’égard de la pandémie en cours est légitime. Elle ne masque cependant pas le fait que l’on continue de mourir en Méditerranée. Ce 22 avril, encore cent trente corps ont retrouvés aux alentours d’un bateau pneumatique retourné, au large des côtes libyennes.

Pour justifier la mise à l’index de ces navigateurs improvisés, on nous sert des réflexions de cet acabit : « Ces migrants ont plus le courage de prendre la mer que celui de résoudre les crises dans leur propre pays » ou : « Les autorités d’origine devraient cesser de détourner le regard ».

Rétines anesthésiées

Certes, la politique migratoire des Occidentaux a des fondements légitimes, et chaque clandestin à une histoire spécifique. Il est clair néanmoins que les migrants ne sont pas seulement victimes d’être nés dans une zone à risques. Ils le sont aussi de mirages européens, souvent sciemment fabriqués, puis, au cœur de leur périple, de malveillances criminelles. En novembre 2017, des images montrant des migrants vendus comme esclaves, en Libye, l’avaient démontré, au moment où la récurrence des naufrages finissait d’anesthésier la rétine des téléspectateurs blasés.

Quid du rôle des Africains qui poussent d’autres Africains découragés à abandonner leurs terres ? À la suite d’un fait divers particulièrement dramatique, la justice sénégalaise, un parent complice et de présumés passeurs assument leurs responsabilités.

LE CONDAMNÉ AVAIT ÉVOQUÉ LE RÊVE DE SON FILS : DEVENIR FOOTBALLEUR PROFESSIONNEL

Le fait divers, c’est le décès de Doudou Faye, un Sénégalais de 14 ans mort en mer, en novembre 2020, alors qu’il tentait de gagner les Canaries. Le 8 décembre suivant, le tribunal de Mbour, à 80 km au sud de Dakar, condamnait son père, Mamadou Lamine Faye, à deux ans de prison, dont un mois ferme, pour avoir financé la traversée fatale à hauteur de quelques centaines d’euros. À la barre, le condamné avait évoqué le rêve de son fils : devenir footballeur professionnel.

Au lendemain de cette condamnation aussi sévère qu’inédite, les juges ont continué à démêler l’écheveau des responsabilités. Le 27 avril dernier, deux passeurs présumés, Omar et Lamine Guèye, ont été entendus pendant plus d’une heure au même tribunal de Mbour, avant que l’audience ne soit renvoyée au 4 mai.

Confusion d’identité ?

Suspectés de « trafic de migrants » et de « mise en danger de la vie d’autrui », les deux hommes nient en bloc tout lien avec le décès du footballeur en herbe. Un report d’audience permettra de déterminer s’il y a eu confusion d’identité. La procédure se doit d’être irréprochable, tant son issue sera historique pour toutes les victimes de la tragédie migratoire africaine. En 2020, près de 2 000 personnes seraient mortes sur la route maritime qui sépare les côtes de l’Afrique de l’Ouest de celles des Canaries.

Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Sénégal : la justice refuse de libérer Hissène Habré, selon ses avocats

avril 18, 2021
Hissène Habré lors de son procès à Dakar, le 30 mai 2016.

La justice sénégalaise a refusé une demande de libération de l’ex-président tchadien Hissène Habré, condamné à perpétuité par une juridiction africaine à Dakar pour crimes contre l’humanité, a-t-on appris dimanche auprès de ses avocats.

Hissène Habré, 79 ans, qui a dirigé le Tchad de 1982 à 1990, a été condamné le 30 mai 2016 à la prison à vie à l’issue d’un procès sans précédent à Dakar, après avoir été déclaré coupable de crimes contre l’humanité, viols, exécutions, esclavage et enlèvement.

Une commission d’enquête tchadienne a chiffré à 40 000 morts le nombre des victimes de la répression sous le régime Habré.

Renversé en 1990, l’ex-président tchadien avait trouvé refuge au Sénégal, où, sous la pression internationale, les conditions de son procès avaient été créées. Il y avait été arrêté en 2013 et inculpé par un tribunal spécial instauré en coopération avec l’Union africaine. Depuis sa condamnation, il purge sa peine dans un établissement pénitentiaire de Dakar.

Refus

Ses avocats ont le 29 mars déposé une « demande de permission » visant sa libération, une requête adressée au juge de l’application des peines au Tribunal de grande instance hors classe de Dakar.

« Un refus a été opposé à cette demande », ont indiqué dimanche dans un communiqué  ses avocats Ibrahima Diawara et François Serres.

« Le juge a tenu à mettre en avant l’avis défavorable de la commission pénitentiaire consultative présidée par lui-même et composée du directeur de l’administration pénitentiaire, du directeur de la prison » où est détenu Hissène Habré et d’autres membres dans le personnel pénitentiaire et la santé, ont-ils ajouté dans ce communiqué.

« Le raisonnement tenu pour refuser la permission est que la question de la santé est du ressort de la direction de l’administration pénitentiaire », alors que « c’est bien en tenant compte des risques pour la santé que la première permission a été accordée par le même juge », ont expliqué les deux avocats, qui ont dénoncé une « règle de droit (…) à géométrie variable ».

« Nous vivons des moments difficiles où un système étouffe un homme, ses droits les plus élémentaires, à savoir le droit à la santé », ont poursuivi les avocats.

L’ancien dirigeant tchadien avait bénéficié le 7 avril 2020 d’une sortie de prison de 60 jours accordée par la justice sénégalaise.

Le juge de l’application des peines avait motivé sa décision par le fait que Hissène Habré était « particulièrement vulnérable au coronavirus » et la nécessité de faire de la place dans sa prison, choisie pour mettre en quarantaine les prisonniers en début de détention. Hissène Habré avait regagné sa cellule au terme des 60 jours, début juin 2020.

« Ce n’est que justice »

Le Sénégal a officiellement enregistré 39 782 cas de Covid-19, dont 1 091 décès.

« Ce n’est que justice », a déclaré Kaltouma Deffalah, une victime du régime de Hissène Habré, citée dans un communiqué de Human Rights Watch.

« L’homme qui m’a réduite en esclavage doit purger sa peine conformément à la loi. Nous attendons toujours que Hissène Habré arrête de cacher son argent et nous verse les indemnités ordonnées par le tribunal », a-t-elle ajouté.

Le tribunal qui a condamné Hissène Habré a également accordé 82 milliards de francs CFA (environ 125 millions d’euros) d’indemnités à plus de 7 300 victimes qui réclament toujours d’être indemnisées.

Par Jeune Afrique avec AFP

Sénégal : Thione Ballago Seck, la voix d’or du mbalax, s’est éteinte

mars 14, 2021
Thione Seck, chanteur et musicien Senegalais, dans le studio de son domicile.

Il était la voix du mbalax, un titre qu’il partageait avec son éternel « rival », Youssou Ndour. Issu d’une grande lignée de griots, considéré comme un parolier d’exception, cette figure phare de la scène musicale sénégalaise est morte dimanche matin à Dakar.

Ce 14 mars 2021, sa « voix d’or » s’est éteinte. Représentant mythique de la musique sénégalaise depuis près de 40 ans, Thione Ballago Seck a tiré sa révérence à 66 ans, laissant le Sénégal orphelin. Hospitalisé à l’hôpital Fann de Dakar avec son épouse depuis le 12 mars, il est décédé dimanche dans la matinée. En guise d’héritage, outre ses nombreux albums et morceaux inoubliables, il laisse un héritier : son fils, Wally Ballago Seck, pour reprendre le flambeau.

« Aux côtés de Youssou N’dour, Ismaël Lo, Baaba Maal, il a été un formidable ambassadeur de la musique sénégalaise, déclare l’ancien ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly. Il est l’une des icônes de la modernisation du folklore sénégalais et des grands musiciens griotiques de notre époque. Sa mort représente une perte immense pour notre pays et pour l’Afrique tout entière. »

Issu d’une grande famille de griots sénégalaise, c’est au sein de l’Orchestra Baobab que Thione Seck fait ses armes, encore très jeune. « Il a su tracer son chemin dans le monde de la musique. C’est tout le secteur de la culture qui est endeuillé aujourd’hui », déplore son ami de toujours Mountaga Kouyate, qui était son partenaire au sein de l’Orchestra Baobab.

Il évoque un « homme vrai », qui ne « mâchait pas ses mots ». « Éternel incompris », tel qu’il se définissait lui-même, Thione Seck était un « émotif », un « sanguin » au « fort caractère », témoignent ses proches. À tel point qu’il a pu passer parfois passer pour un aigri.

À tort, assurait Fadel Lo, journaliste et proche du chanteur, en 2019: « Quand il a envie de dire quelque chose, il le dit sans prendre de gants. Or au Sénégal, ce n’est pas une qualité. Mais Thione Seck a l’habitude de dire tout haut ce qu’il pense, si jamais il se sent lésé. Si, par exemple, on organise un grand concert à Dakar et qu’on ne l’invite pas, il n’hésitera pas aller à la télévision pour s’en plaindre. Cela a fini par lui nuire, car certains disent que c’est un jaloux. »

Considéré comme l’un des plus grands paroliers du Sénégal, Thione Seck a mené une carrière réussie, mais il est demeuré dans l’ombre de Youssou Ndour, son éternel rival, premier ambassadeur de la musique sénégalaise à l’international. Et depuis quelques années, au Sénégal, le plus connu des Seck n’était plus Thione mais son fils Wally, qui a ravi aux « anciens » du mbalax leur place dans le cœur des mélomanes.https://www.youtube.com/embed/ZIhQx6ebT_I?feature=oembed

Une lignée de griots

Le grand-père de Thione Seck était griot à la cour royale de Lat Dior, figure emblématique de la lutte contre le colonisateur français. De cet ancêtre, le père et le fils ont hérité du virus de la chanson et d’un village dans l’ancien royaume du Cayor, que Thione Seck n’a d’ailleurs « jamais eu le temps de visiter ».

Né en 1955 à Dakar, le chanteur connaîtra le succès très jeune. Le gamin de la Gueule tapée, un quartier populaire de Dakar, qui a « toujours su » qu’il voulait faire ce métier, arrête l’école avant la classe de 6e. Un choix que son père, policier à Dakar, estime compromettre son avenir. Thione Seck saura faire mentir la prédiction paternelle.

« Bien qu’il soit issu d’une lignée de griots, Thione Seck a dû se battre pour que sa famille accepte qu’il se consacre pleinement à la musique. À l’époque, être artiste n’était pas vu comme un véritable métier. Mais à travers sa génération, les mentalités ont évolué », estime El Hadj Hamidou Kassé, ministre-conseiller à la Culture auprès du président Macky Sall.

« C’est aussi lui qui a fait sortir la musique sénégalaise de l’influence latino-américaine ou occidentale. Les orchestres qui jouaient de la salsa ou de la variété ont progressivement évolué vers le mbalax, la musique traditionnelle mandingue et diola avec les frères Touré Kounda, ou encore l’afro-beat avec des groupes comme Xalam, ajoute El Hadji Hamidou Kassé. Il a inspiré toute une lignée d’artistes, même parmi les rappeurs.»

Orchestra Baobab

C’est à 17 ans, introduit par Abdoulaye Mboup, l’un des pères fondateurs de la musique tradi-moderne sénégalaise, qu’ il intègre le mythique Orchestra Baobab. Il y retrouve le musicien Mountaga Kouyate, qui a grandi, comme lui, à la Gueule tapée.

C’est là que les « benjamins du Baobab » deviennent amis. Ils partagent tout, de « la pâte dentifrice » à leur égo froissé en voyant les musiciens plus expérimentés occuper le devant de la scène. Avec l’Orchestra Baobab, le batteur et le chanteur expérimentent les nuits chaudes de la capitale et goûtent au succès. Ils participent aux grands bals de la gendarmerie de Colobane, souvent présidés par le chef de l’État de l’époque, Léopold Sédar Senghor.

Mountaga Kouyate et Thione Seck (dr) au dancing Le Baobab, 1975.

Encore très jeune, inexpérimenté, mal payé (6 000 francs CFA par semaine, se souvient-il), Thione Seck prend son mal en patience. « Je savais que c’était juste un tremplin pour moi », nous confiait le chanteur en 2019. « Il avait déjà beaucoup d’ambition », confirme Mountaga Kouyaté. Quelques années seulement après avoir intégré l’Orchestra Baobab, il crée avec des membres de sa famille son propre ensemble traditionnel.

La formation gagne en notoriété et la situation financière du chanteur s’améliore. Enfin, le jeune homme n’a « plus de comptes à rendre à personne » et peut gérer sa carrière comme il l’entend. « Grâce à mon ensemble, j’ai pu m’acheter un terrain, alors que du temps du Baobab je n’avais même pas de quoi m’acheter une bicyclette », plaisantait-t-il.  L’audacieux chanteur quitte la formation et part tenter sa chance en France. Les rigueurs de l’hiver européen et le succès qui tarde à venir refroidissent rapidement ses ambitions. Six mois plus tard, il rentre au Sénégal pour concrétiser son rêve.

L’âge d’or du mbalax

En 1983, il crée son propre orchestre, le Raam Daan, sa « grande fierté », quelques années avant que l’Orchestra Baobab ne cesse de se produire –  une pause qui durera de longues années. Mountaga Kouyate raconte : « On s’est lassé. Youssou Ndour commençait à se faire connaître, les gens étaient attirés par le mbalax, et nous… on faisait de la salsa. »

Thione Seck, avec le Raam Daan, et Youssou Ndour, avec le Super Étoile, sont propulsés sur le devant de la scène musicale sénégalaise. Les années 1980 marquent le début de l’âge d’or du mbalax et de la rivalité entre les deux artistes, bien qu’ils aient toujours refusé, l’un comme l’autre, de l’admettre. Mais alors que la carrière de Youssou Ndour décolle à l’international, celle de Thione Seck reste majoritairement cantonnée aux charts sénégalais.

DANS LA VIE, TOUT EST UNE QUESTION DE CHANCE. PEUT-ÊTRE QUE YOUSSOU NDOUR EN A EU PLUS QUE MOI

En 2005, il sort son album Orientissime, « conçu pour être un album planétaire », selon ses propres mots. Le disque n’atteindra jamais le succès espéré. « Dans la vie, tout est une question de chance. Peut-être que Youssou Ndour en a eu plus que moi, c’est tout”, analysait le chanteur.

« Youssous Ndour a réussi là où Thione Seck a échoué », tranche sans ambages Nicolas Diop, auteur d’une biographie de « You ». Et d’expliquer cette réussite par un facteur qui n’a rien à voir avec la chance : le sens du business. « Youssou Ndour a très tôt compris que pour réussir à s’imposer, il fallait qu’il fasse de la musique son travail. Il s’est ouvert à d’autres influences, il n’a pas voulu rester enfermé dans son style », détaille l’animateur de radio.

Revanche

Les admirateurs de Thione Seck lui rétorqueront que ce dernier, plus traditionnel, a su rester « fidèle » à sa musique, plus ancrée dans les valeurs ancestrales des griots. « Il faut bien rappeler que la rivalité entre les deux chanteurs remonte très loin », rappelle Nicolas Diop. Les deux artistes appartiennent chacun à une grande lignée de griots et portent pour ainsi dire cette rivalité dans leur sang. « Lorsque l’on voit l’un, on pense à l’autre », résume-t-il.

Dans le milieu musical, il se murmurait que Thione Seck espérait « prendre sa revanche » sur son rival par le biais du succès de son fils, ce qu’il niait fermement. « Mon fils n’était pas censé faire de la musique mais du football », a-t-il longtemps répété. Wally Seck, le chouchou des Sénégalais (et des Sénégalaises) pouvait-il surpasser son père et détrôner le prince du mbalax ? Possible, selon Nicolas Diop. « Il draine les foules, il a la jeunesse derrière lui. Encore faudrait-il que le roi baisse la garde ».

Thione Seck, lui, avait beau assurer qu’il ne regrettait rien de son parcours, il avait tout de même conservé quelques rancœurs. « Il m’est arrivé à maintes reprises de vouloir tout laisser tomber, confiait-il. Mais je n’avais pas le choix. Le seul métier que je puisse faire, c’est chanteur. »

Son décès inattendu marque aussi le coup d’arrêt à un projet de production tentaculaire qui devait rassembler plus de mille chanteurs de la Cedeao. Surtout, il laisse le mbalax orphelin. Et le Sénégal en deuil.

Avec Jeune Afrique par Mehdi Ba et Marième Soumaré

14 mars 2021 à 14h23 | Par Mehdi Ba et Marième Soumaré

Sénégal : Ousmane Sonko remis en liberté sous contrôle judiciaire

mars 8, 2021
Le député Ousmane Sonko au milieu de ses partisans, le 3 mars 2021, avant d’être arrêté pour « trouble à l’ordre public ».

L’opposant sénégalais a été libéré ce lundi 8 mars dans la matinée par le doyen des juges. Ousmane Sonko, placé sous contrôle judiciaire, devra cependant respecter certaines obligations.

Arrêté le mercredi 3 mars alors qu’il était en route pour répondre à une convocation au palais de justice de Dakar dans le cadre de l’enquête ouverte suite à une plainte pour viol déposée contre lui, Ousmane Sonko « rentre chez lui », a indiqué l’un de ses avocats à Jeune Afrique, ce lundi 8 mars. Conduit au tribunal tôt dans la matinée, l’opposant comparaissait devant Samba Sall, le doyen des juges, qui l’a inculpé, a cependant décidé de sa libération et de son placement sous contrôle judiciaire, « assorti de certaines conditions ».

Une liberté sous conditions

Ousmane Sonko se voit dans l’obligation de remettre son passeport aux autorités, et devra demander l’autorisation du juge s’il souhaite voyager. Le leader du Pastef devra également se présenter chaque dernier vendredi du mois devant le juge, indique son avocat Joseph Etienne Ndione. Il devra également se mettre à disposition des enquêteurs, au cas où le juge saisirait la police ou la gendarmerie dans le cadre de l’enquête qui vise l’opposant, précise l’avocat.

Par ailleurs, « s’il est libre de continuer à s’exprimer en tant qu’opposant politique », Ousmane Sonko a l’interdiction d’évoquer devant la presse ou en public le dossier de viol dans lequel il est mis en cause.

Un « geste d’apaisement » ?

Alors que Dakar et plusieurs villes du pays sont le théâtre de violents affrontements depuis l’arrestation de l’opposant, le Mouvement de défense de la démocratie (M2D), qui regroupe des partis politiques de l’opposition et des mouvements de la société civile, avait appelé à trois jours de manifestations sur l’ensemble du territoire à partir de ce lundi. Au moins huit personnes ont été tuées depuis le début des émeutes.

« On a déjà senti une forme d’apaisement aux alentours du tribunal, où les gens jubilent actuellement. Si Ousmane Sonko avait été placé sous mandat de dépôt, nul doute que les affrontements auraient repris de plus belle, estime Mr Joseph Etienne Ndione. Les autorités judiciaires, voire peut être étatiques, ont fait une bonne lecture de la situation et opté pour l’apaisement. » Plusieurs figures de la contestation, arrêtées avant ou en marge des manifestations, sont cependant toujours incarcérées.

Avec Jeune Afrique par Manon Laplace

Arrestation de Sonko : la colère tourne à l’émeute

mars 5, 2021
Un manifestants pro-Sonko, lors des heurts avec les forcs de l’ordre, le 4 mars 2021 à Dakar.

Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont fait au moins un mort, jeudi 4 mars. Tandis que l’opposant doit être entendu pour répondre d’accusations de viol, une nouvelle manifestation est annoncée ce vendredi.

Un mandat d’amener a été décerné le 4 mars par le juge d’instruction chargé de l’affaire de plainte pour viol déposée contre Ousmane Sonko. Ce dernier était attendu au palais de justice de Dakar, vendredi à 9 heures, où il devait être conduit après avoir été extrait de sa cellule de la gendarmerie de Colobane.

Mercredi 3 mars au matin, alors qu’il se rendait à une convocation du juge d’instruction, il avait été interpellé pour « troubles à l’ordre public » et « participation à une manifestation non autorisée » et placé en garde à vue.

Le lendemain dans l’après-midi, il reçoit depuis sa cellule une nouvelle convocation, toujours émise dans le cadre de l’instruction pour viol. Le député la refuse : il exige que sa garde à vue soit levée pour s’y présenter. Dans la soirée, le juge d’instruction sévit et utilise une nouvelle carte : le mandat d’amener.

Double procédure

Le député Ousmane Sonko au milieu de ses partisans, le 3 mars 2021, avant d’être arrêté pour « trouble à l’ordre public ».

Il devra bien répondre aux questions du juge au sujet de la plainte d’Adji Sarr, l’employée du Sweet Beauté, un salon de massage de Dakar, qui l’accuse de l’avoir violée à plusieurs reprises.

« [Les juges] se sont empêtrés dans un amalgame juridique duquel ils ont du mal à sortir », estime son avocat, Me Koureissy Ba, dénonçant une procédure « ajuridique » et « illégale ». « Comment peut-on l’accuser de participation à une manifestation alors qu’il était resté cloîtré dans l’habitacle de son véhicule ? » s’indigne l’avocat.

Selon les conseils de Sonko, le juge Mamadou Seck s’est dessaisi jeudi du dossier, qui a été transmis au doyen des juges, Samba Sall. Ce même juge qui avait été cité par Ousmane Sonko le 25 février, lors d’une conférence de presse au cours de laquelle il l’accusait de faire partie d’un « triangle des Bermudes judiciaire » composé du procureur de la République, Bassirou Guèye, et du juge Mamadou Seck.

L’opposant reproche aux trois hommes d’avoir mis en œuvre un « complot politique » ourdi par le président Macky Sall pour l’écarter du jeu politique.

Violences

Affrontements entre étudiants et forces de l’ordre, à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, le 4 mars 2021.

À la suite de l’interpellation de Sonko mercredi, des heurts ont opposé ses partisans et les forces de l’ordre dans la capitale mercredi. Après un retour au calme jeudi matin, Dakar s’est à nouveau embrasée dans l’après-midi, les rues de la capitale devenant le théâtre de scènes de violences.

Des violences ont également été rapportées en Casamance, région d’origine d’Ousmane Sonko, où un jeune homme du nom de Cheikh Ibrahima Coly a été tué à Bignona. Une enquête a été ouverte, selon le préfet de la ville, Babacar Diagne.

À Dakar, les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont été intenses pendant une partie de la journée. Aux jets de pierres, les policiers ont répondu par des jets de lacrymogènes au milieu de rues bloquées par des pneus brûlés. Des scènes de pillage de magasins ont également été rapportées.

Plusieurs témoins ont également fait état de la présence de milices en civil évoluant aux côtés des forces de sécurité et s’attaquant aux manifestants. « On nous a rapporté la présence de dizaines de gros bras, dont certains sont montés à bord de voitures de l’administration sénégalaise. Ce sont des civils recrutés par le pouvoir pour violenter les citoyens », a affirmé le leader du mouvement de la société civile Y’en a marre, Aliou Sané.

Télévisions suspendues, internet perturbé

Les signaux des chaînes SenTv et Walfadjari, dont les journalistes couvraient ces émeutes, ont été coupés dans la journée par le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA). Il a été jugé que les deux médias faisaient « explicitement ou implicitement l’apologie de la violence » en diffusant des images incitant à des troubles de l’ordre public, ou « de nature à constituer une menace pour la stabilité nationale ou la cohésion sociale ».

Dans le même temps, les locaux de RFM à Dakar, un média privé, ont pour leur part été pris pour cible par des manifestants qui accusent la chaîne d’être en faveur de Macky Sall.

Plusieurs organisations spécialisées, dont NetBlocks, ont également fait état de restrictions observées sur internet, en particulier dans les services de messagerie privée tels que WhatsApp et Telegram, ainsi que dans les services de diffusion de vidéos, dont YouTube.

L’armée réquisitionnée

Lors des heurts entre pro-Sonko et forces de l’ordre, à Dakar, le 4 mars 2021.

Le gouverneur de Dakar a également fait appel à l’armée « pour le maintien et le rétablissement de l’ordre sur toute l’étendue du territoire ». Des mesures qui ont suscité l’inquiétude des organisations de la société civile. « Les militaires sont-ils formés pour le maintien et le rétablissement de l’ordre ? » s’est interrogé Seydi Gassama, le directeur d’Amnesty International au Sénégal, qui a exigé l’ouverture d’une enquête concernant les actes des forces de sécurité.

« Force restera à la loi, déclarait quant à lui le ministre de l’Intérieur, Antoine Félix Diome, sur la Radio-télévision Sénégalaise mardi soir (RTS, chaîne publique). Toutes les dispositions seront prises pour qu’il n’y ait pas de débordements dans le cadre des méthodes classiques et techniques de rétablissement de l’ordre. »

Une manifestation de soutien au député, organisée par plusieurs associations de la société civile et des mouvements politiques, doit débuter ce vendredi à 15 heures depuis la place Washington, dans le centre-ville de Dakar.

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré