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Cameroun : le cardinal Christian Tumi a été libéré après son enlèvement par des séparatistes ambazoniens

novembre 6, 2020
Le cardinal Christian Tumi, ici en 2018 au Vatican, a été enlevé jeudi 5 novembre 2020 par des séparatistes.

Le cardinal Christian Tumi a été libéré ce vendredi 6 novembre. Il avait été enlevé la veille dans le Nord-Ouest par un groupe de sécessionnistes ambazoniens.

Le cardinal et archevêque émérite de Douala, Christian Tumi, a été libéré vendredi 6 novembre, selon des informations confirmées à Jeune Afrique par l’évêché de Bamenda. Il avait été enlevé jeudi 5 novembre vers 18 heures, en compagnie de onze autres personnes parmi lesquelles Fon Sehm Mbinglo II, le chef traditionnel des  Nso.

La délégation avait été interceptée par des séparatistes ambazoniens au niveau de la commune de Baba, dans l’arrondissement de Babessi (département du Ngo-Ketunjia).

Les ravisseurs sont dirigés par un « général » des Ambazoniens, dont le nom de guerre est Chao Mao, un ancien pasteur entré en rébellion contre le pouvoir central de Yaoundé. Celui-ci semble reprocher au cardinal Tumi d’avoir soutenu la reprise des cours dans les écoles des régions anglophones, que les Ambazoniens tentent actuellement d’empêcher.

Selon nos informations, Chao Mao avait été en contact dès les premières heures de l’enlèvement avec des proches du cardinal et leur a assuré que l’ecclésiastique serait rapidement libéré. Mais la libération de l’archevêque de Douala a pris du temps. Fon Sehm Mbinglo II et dix autres personnes sont toujours détenus.

Plusieurs manifestations spontanées de fidèles chrétiens du département avaient débuté dans la matinée de vendredi 6 décembre, réclamant la libération du cardinal et du chef traditionnel des Nso.

Avec Jeune Afrique par Franck Foute et Mathieu Olivier

Au Cameroun anglophone, les séparatistes armés dans une logique de guérilla

février 17, 2018

 

Des policiers camerounais à Yaoundé, en 2005. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

« Je ne veux pas mourir, mais notre seul avenir, c’est l’indépendance. Et ils ne veulent pas nous la donner. » Réfugié dans un village nigérian à quelques kilomètres de chez lui, au Cameroun anglophone déchiré par les violences, Victor Obi, songe, pour la première fois de sa vie, à prendre les armes.

Cet étudiant de 25 ans dit n’avoir « plus rien à perdre » depuis qu’il a fui en décembre l’arrivée des soldats à Kajifu, qui tiraient selon lui au hasard sur les habitants qui n’avaient pas encore fui en brousse.

« Ils ont abattu ma sœur et mon petit frère », raconte-t-il avec un élan de haine dans la voix. L’armée pourchassait alors ceux que le pouvoir de Yaoundé qualifient de « terroristes » : les séparatistes armés, qui selon des sources sécuritaires, avaient installé l’un de leurs principaux camps d’entraînement dans l’épaisse forêt équatoriale entourant Kajifu.

Répression de l’armée

Les deux régions anglophones, qui regroupent 20 % de la population camerounaise, sont secouées depuis plus d’un an par une profonde crise politique sur fond de revendications sociales et économiques vis-à-vis de l’élite francophone qui dirige le pays.

La proclamation unilatérale d’une république indépendante, l’ »Ambazonie », le 1er octobre, a marqué un tournant. Des dizaines de milliers de personnes ont fui au Nigeria voisin alors que l’armée réprimait lourdement, hélicoptères de combat et véhicules blindés à l’appui, ce qui ressemble de plus en plus à une insurrection armée.

Au moins 26 morts

Les violences ont déjà fait au moins 26 morts chez les forces de sécurité selon un décompte de l’AFP, et un nombre indéterminé de victimes civiles, très peu d’ONG et de médias indépendants ayant obtenu un accès à la zone.

Les partisans de la lutte armée, une nébuleuse de groupuscules plus ou moins identifiés – dont le gouvernement autoproclamé de l’Ambazonie s’est désolidarisé, prônant une lutte « pacifiste » -, multiplient les attaques isolées contre les symboles de l’Etat, devenues ces dernières semaines quasi-quotidiennes.

Dimanche, un sous-préfet a ainsi été capturé et sa voiture brûlée à Batibo avant la célébration d’une fête nationale. L’enlèvement a été revendiqué par Lucas Cho Ayaba, leader de l’Ambazonian Defence Forces (ADF), avec un avertissement clair: « Vous tuez mon peuple, nous vous poursuivrons jusqu’aux portes de l’enfer ».

Plus de 300 combattants

L’ADF, avec trois autres milices – les Southern Cameroons Defence Forces (SOCADEF), le groupe homonyme Southern Cameroons Defence Forces (SCDF) et l’Ambazonia restoration army (ARA) – constituent les principales forces, « dont le nombre total de combattants » est estimé à plus de 300, selon le think-tank International crisis group (ICG).

À côté, il y a « une dizaine de groupuscules violents ou groupes d’autodéfense, comptant en moyenne dix à 30 membres chacun, comme les Tigers, Vipers ou Ambaland forces ».

Mais très peu revendiquent leurs attaques, et il est très difficile de savoir précisément qui fait quoi sur le terrain, explique Hans De Marie Heungoup, chercheur à l’ICG.

Radicalisation de l’opinion publique

Une chose semble sûre : la répression a radicalisé beaucoup d’anglophones, agriculteurs ou petits fonctionnaires, qui se sentaient depuis longtemps marginalisés par le pouvoir francophone de Yaoundé, mais ne s’étaient pas forcément intéressés à la politique jusque-là.

« Les frustrations sont énormes », souligne le pasteur John Mbe, qui fait partie des 33.000 personnes réfugiées dans l’État de Cross River (Nigeria), évoquant la corruption, l’absence de routes pour désenclaver leur région reculée et de débouchés pour vendre les récoltes. « Vous pouvez passer 13 ans sur les bancs de l’école et ne jamais trouver d’emploi ».

« Maintenant, beaucoup de gens sont morts, on ne peut pas rentrer chez nous. Nos jeunes n’ont peut-être pas d’armes ni de munitions, mais ils sont en colère », assure le pasteur.

« Les gens sont prêts à se battre »

« Les gens dans les camps de réfugiés sont prêts à se battre », confirme Hans de Marie Heungoup, qui estime le nombre de combattants potentiels à environ 5 000. « Le principal problème des groupes ambazoniens est l’absence de financement : s’ils avaient de l’argent pour acheter des armes, entrainer et nourrir leurs hommes, ils pourraient lever une armée ».

Faute de moyens, les combattants séparatistes, cachés dans la forêt et les montagnes quasi impénétrables qui forment la frontière naturelle entre le Nigeria et le Cameroun, poursuivent une logique de guérilla inspirée « de la résistance en Afrique du Sud durant l’apartheid ou en Erythrée », selon une source proche du mouvement.

Dans le département du Manyu, épicentre du conflit, ils bloquent les axes routiers à l’aide de pneus et de troncs d’arbres pour tendre des embuscades ou attaquent les bases des forces de sécurité, principalement armés de fusils traditionnels, de quelques fusils d’assaut Kalachnikov, de grenades et autres engins explosifs artisanaux. Les rares armes sophistiquées qu’ils possèdent ont été volées dans les commissariats.

Préparation « mystique » au combat

« Nous poursuivons deux objectifs dans la défense de la patrie : la rendre ingouvernable et augmenter le coût de l »occupation’ (de l’armée camerounaise) », expliquait le leader Lucas Cho Ayaba sur son compte Facebook il y a quelques jours.

À Ikom, ville nigériane voisine du Cameroun, où s’entassent des milliers de réfugiés, l’inquiétude grandit de voir le conflit se propager. Aucun camp d’entrainement n’a été découvert au Nigeria, mais selon plusieurs témoignages recoupés par l’AFP, de jeunes réfugiés se préparent « mystiquement » à partir « combattre ».

Ils se réunissent en petits groupes pour des cérémonies juju (rite animiste), au cours desquelles ils se scarifient le front pour mélanger à leur sang des « potions magiques » censées les rendre « invincibles », raconte un soldat nigérian qui a assisté à l’une d’elles.

Le soutien d’Abuja

Les autorités d’Abuja, qui ont arrêté et extradé fin janvier 47 militants sécessionnistes, multiplient les déclarations de soutien à Yaoundé et ont déployé des soldats le long de la frontière. Mais cela n’a pas empêché les rebelles anglophones de lancer des attaques depuis le territoire nigérian ces dernières semaines, selon plusieurs sources sécuritaires.

Fin janvier, ils ont ainsi fait sauter un engin explosif improvisé sur le poste-frontière camerounais d’Ekok, détruisant en partie le bureau des douanes.

« La réalité c’est que beaucoup de combattants se cachent parmi les réfugiés et qu’ils traversent la frontière à leur guise à travers la forêt », affirme Lawrence Asuquo, chef des services d’immigration à Ikom. « Ils attaquent l’armée camerounaise, et se réfugient aussitôt au Nigeria. Ils est quasiment impossible de les traquer ».

Jeuneafrique.com

Cameroun: l’armée combattra « sans état d’âme » les séparatistes anglophones

décembre 2, 2017

Yaoundé – L’armée camerounaise mettra en oeuvre « sans état d’âme » les instructions du président Paul Biya pour mettre « hors d’état de nuire » les séparatistes anglophones violents, a assuré samedi le ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo.

« Lorsque le chef de l’Etat prend une décision politique comme celle-là (éradiquer les combattants séparatistes), nous allons la mettre en oeuvre sans état d’âme », a affirmé M. Beti Assomo dans une déclaration à la radio d’Etat.

 « Il y a des mesures qui seront mises en oeuvre immédiatement et le processus va se poursuivre jusqu’à ce que cette situation incommode que nous vivons soit éradiquée », a-t-il promis, sans préciser la nature de ces mesures.

« Le Cameroun est victime des attaques à répétition d’une bande de terroristes se réclamant d’un mouvement sécessionniste », a accusé jeudi le président Paul Biya, réagissant à l’assassinat entre mardi et jeudi dans le sud-ouest anglophone de quatre militaires et deux policiers. Le gouvernement en attribue la responsabilité aux séparatistes anglophones. M. Biya a assuré que « toutes les dispositions sont prises pour mettre hors d’état de nuire ces criminels ».

« Paul Biya vient de déclarer la guerre à ces terroristes qui prônent la sécession », a commenté la radio d’Etat.

A la demande du président, son ministre de la Défense a réuni vendredi plusieurs hauts gradés de l’armée et responsables militaire, pour évaluer la situation sécuritaire dans le pays, et analyser la dégradation du niveau de sécurité dans les régions anglophones, selon la radio.

Les actions militaires préconisées lors de cette rencontre visent à « rassurer la partie saine de la population qui est prise en étau », a assuré M. Beti Assomo, promettant que « l’intégrité du territoire va être assurée ».

« Des opérations massives de l’armée (dans les régions anglophones) sont en préparation », a confirmé à l’AFP, sans plus de précision, une source sécuritaire.

Dans un communiqué, attribué au préfet du département de la Manyu (sud-ouest, où les six militaires et policiers ont été tués), Joseph Oum Il, texte largement diffusé depuis vendredi soir et qui suscitait la controverse sur internet, les autorités locales ont ordonné aux habitants de 15 villages de quitter immédiatement les lieux, en prélude aux opérations de l’armée, sous peine d’être considérés comme « complices ou responsables des crimes commis actuellement contre les forces de sécurité ».

Dans une intervention diffusée samedi midi sur une radio locale anglophone, Radio Evangelium, le préfet Joseph Oum Il a finalement annoncé avoir « retiré » ce communiqué, appelant désormais simplement les populations locales à « coopérer ».

Le gouverneur de la province du Sud-ouest (dont dépend le département de la Manyu), Bernard Okalia Bilaï, a de son côté qualifié le communiqué de « faux ». Il s’agit d’une « manipulation » visant à « mettre la population dans la panique et compromettre les hautes mesures sécuritaires (prescrites par) le chef de l’Etat », a-t-il prétendu.

Le long de la frontière du Nigeria, les populations locales sont « otages de ces terroristes », a encore affirmé M. Okalia Bilaï. Selon lui, « des jeunes gens » sont enrôlés par des séparatistes et « formés comme combattant au Nigeria » voisin, contre l’avis de leurs parents.

Depuis novembre 2016, la minorité anglophone du Cameroun – environ 20% des 23 millions d’habitants – proteste contre sa marginalisation, certains exigeant le fédéralisme, d’autres la sécession. Le régime de Yaoundé rejette ces deux options.

A mesure que les autorités camerounaises ont accru la pression sécuritaire et la répression des manifestations séparatistes, les rangs des sécessionnistes se sont étoffés ces derniers mois, en même temps que se sont multipliés les incidents, faisant craindre, selon observateurs et analystes, l’émergence d’une « insurrection armée » dans l’ouest anglophone du pays, frontalier du Nigeria.

Romandie.com avec(©AFP / 02 décembre 2017 19h56)