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« L’Afrique permet encore de saisir des opportunités dans les services financiers »

septembre 2, 2021

ENTRETIEN. Pionnier de l’intermédiation financière au Congo, Patrick Itouad vient d’innover avec la convertibilité réciproque des francs CFA d’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Patrick Itouad.
Patrick Itouad.© Serfin SA

Àla tête de Serfin SA qu’il a créé en 2011, Patrick Itouad est un acteur incontournable de l’écosystème du transfert d’argent, du change et des cartes prépayées. Ses années d’expérience lui permettent d’évoquer les défis que le secteur bancaire et financier, congolais en particulier, africain en général, doit affronter au quotidien dans un environnement où l’informel occupe encore une place trop importante et où les circuits, notamment de la convertibilité du franc CFA d’Afrique de l’Ouest en franc CFA d’Afrique centrale, ou vice versa, sont à rallonge. Il a accepté de répondre au Point Afrique sur nombre de questions qui concernent les services financiers sur le continent.

Le Point Afrique : Acteur dans les services financiers d’importance dans la zone CFA, quel regard portez-vous sur l’environnement bancaire du Congo en particulier, et de la zone Cemac en particulier alors que la pandémie de Covid-19 continue à éprouver les institutions et les acteurs économiques ?

Patrick Itouad : Tout d’abord, il est important de préciser que je m’exprime en tant qu’acteur privé congolais dans les services financiers et je reste dans ce silo. L’environnement bancaire congolais n’accompagne que très rarement les acteurs privés congolais. Les banques congolaises n’ont aucune difficulté à financer les multinationales et les grosses sociétés étrangères. Mais pour les acteurs privés congolais, c’est le parcours du combattant. Les contraintes administratives sont insurmontables. Je vous donne un exemple. Pour un financement, vous devez apporter une garantie foncière. Et quand vous demandez 100, vous devez apporter 30 % en cash. On vous finance les 70 % restants avec des taux d’intérêt entre 8 % et 10 %, hors taxes. Avec les taxes, vous êtes entre 10 et 12 %, et ce, sur une durée de moins de 5 ans. Ce processus n’incite pas les levées de fonds pour les acteurs privés congolais. Il faut également tenir compte de la pandémie qui continue à éprouver notre business. En effet, les consulats et les chancelleries sont fermés. Ce qui empêche notre activité, puisque les Congolais ne peuvent pas voyager. Même la RDC, notre voisin, n’est pas accessible.

Qu’en est-il, de votre point de vue, des rapports entre les institutions financières, banques, caisses mutuelles d’épargne, etc., et les différents acteurs économiques que sont, d’un côté, les particuliers et, de l’autre, les entreprises ?

Nous, les privés, sommes impuissants, nous ne pouvons rien. Ce rôle est dévolu à l’État. L’État, via les ministères des Finances et du Commerce, devrait organiser et faciliter nos rapports avec les institutions financières, la banque centrale et les banques.

Au-delà de son impact sur les capacités financières des migrants, la pandémie de Covid-19 rend par ailleurs plus difficile la réalisation des transferts.© GODONG / BSIP / BSIP via AFP

À côté des établissements qui ont pignon sur rue, il y a un important secteur financier informel. Société d’intermédiation, comment votre structure navigue-t-elle pour répondre aux besoins spécifiques des différents marchés qui se côtoient dans l’environnement économique congolais ?

En apportant des réponses à la frustration des Congolais, et plus largement des Africains. Quand ils voyagent, ils n’aiment que le cash, ils ont du mal avec les cartes bancaires. Mais les barrières douanières sont très contraignantes et ils ne peuvent pas se déplacer avec beaucoup de liquide. Comprenez qu’aujourd’hui il n’y a pas de possibilité de changer des CFA d’Afrique de l’Ouest en CFA d’Afrique centrale, et vice et versa, sauf de manière informelle. C’est normal. Les deux banques centrales de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale ne compensent pas les deux monnaies. De plus, pour faire des virements, vous devez passer par un circuit très contraignant. Votre argent doit transiter dans un premier temps par l’Europe, passer par la Banque de France à Paris, pour revenir ensuite dans l’autre partie du continent, sans compter tous les frais multipliés par le nombre d’opérations. Sur ce trajet, tout le monde prend des frais au passage. Nous arrivons à des taux de 3 à 4 % pour un virement, parfois nous atteignons le 7 à 8 % dans certains cas. Ce qui est énorme. Nous avons pris le parti d’être compétitifs et transparents, avec notre volonté d’accueillir et de servir au mieux. Dorénavant, quelqu’un qui vient dans nos boutiques peut changer directement des milliers ou des millions de XAF et XOF, sans problème et à un meilleur taux.

Une dynamique de coopération des économies des pays francophones a été mise en exergue lors des Rencontres des entreprises francophones (REF) organisées par le Mouvement des entreprises de France (Medef) fin août. La zone franc l’expérimente depuis les indépendances, mais pêche au niveau de la convertibilité entre le CFA d’Afrique de l’Ouest et celui d’Afrique centrale. Quels axes de réflexion et d’action vous paraissent devoir être mis en œuvre pour une meilleure cohérence ?

Un seul : ma réflexion est que le Medef et ses acteurs devraient faire un meilleur lobbying auprès de Bercy et de la Banque de France qui sont les vrais régulateurs de la convertibilité des CFA XAF et XOF.

Parmi les acteurs importants à prendre en compte, il y a les ressortissants congolais et africains installés hors de leur pays, notamment en Europe et en Amérique du Nord. Au moment où les effets des transferts de fonds participent de manière conséquente au PIB de nombre de pays africains, que préconisez-vous comme solution pour faciliter la fluidité financière au Congo, en Afrique et avec la diaspora ?

Sortir définitivement de l’informel qui est une pratique trop courante. Trop souvent, les Africains optent pour ce change informel, qui n’est pas rassurant, même parfois inquiétant. Vous pouvez tomber sur de la fausse monnaie, et traiter avec des gens dont vous ne savez rien. D’ici à la fin novembre, notre société ouvrira une première antenne en Île-de-France. Nous proposerons des transferts de fonds à un meilleur taux que le marché actuel qui, lui, avoisine les 7 % à 10 %.

Un guichet Point cash.© Serfin SA

Pour nous, Paris est une évidence, car elle demeure le grand couloir congolais. On dit souvent que Brazza est le 21e arrondissement parisien. Nous avons signé un partenariat avec le groupe Leclerc et observé une stratégie différente du Congo. Ici, nous sommes dans les aéroports et les hôtels. Avec notre partenaire, nous serons dans les centres commerciaux franciliens, proches des communautés africaines et asiatiques pour proposer des transferts et du change entre le franc CFA d’Afrique de l’Ouest et celui d’Afrique centrale, de manière officielle, sécurisée et légale, avec la remise d’une facture.

Par ailleurs, nous avons signé également avec Syma Mobile, 5e opérateur de téléphonie en France pour faire du Mobile Banking ou Mobile Money. Nous allons offrir cette facilité avec ceux qui veulent envoyer de Paris de l’argent aux familles sur le continent. L’avantage, c’est que les forfaits téléphoniques et Internet achetés en France seront utilisables en Afrique centrale avec les mêmes tarifs pour l’utilisation d’Internet et de la téléphonie. Donc, nos clients pourront recharger leurs puces et effectuer leurs opérations à Brazzaville et à Kinshasa au même coût qu’à Paris.

L’Afrique de l’Ouest francophone dispose de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), et l’Afrique centrale, de la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC). Quel est l’impact de ces deux institutions sur l’offre de produits et de services de sociétés de conseil et d’intermédiation financière comme la vôtre ?

Pour nous, aucun impact. Je ne suis pas concerné. Mais, je les observe à distance en tant quand qu’acteur financier. Comme la BVMAC a son siège à Libreville, nous réfléchissons à l’ouverture d’une antenne au Gabon début juin 2022. Quand nous y serons, si la BVMAC a des offres à nous proposer en phase avec notre business model, nous regarderons d’un peu plus près les articulations possibles.

Francs CFA. © SEYLLOU / AFP

La question des services financiers est devenue centrale dans le débat économique africain. Quelle est votre réflexion sur cette question et quels actes avez-vous posés en termes de services et de produits pour la rendre effective ?

Nous sommes positionnés sur deux domaines : le transfert de fonds à l’international et le change manuel avec une innovation.

En ce qui concerne le premier sujet, nous avons progressé. Avant que je ne me lance au Congo, en 2011, il n’y avait que des banques pour le change et les transferts de fonds. Elles fermaient à 17 heures et ne proposaient qu’un seul opérateur. Ce modèle encourageait le marché informel. J’ai cassé le monopole des banques, en offrant un service ouvert de 8 heures à 23 heures, 365 jours par an, avec le choix de l’opérateur entre MoneyGram, Riad, Western Union, Flash Cash.

Pour le change manuel, nous lançons une innovation avec le groupe Total Distribution. Nous allons installer des kiosques dans les stations du groupe pétrolier. Les usagers auront à leur disposition nos services habituels, mais nous rajoutons à ces kiosques deux DAB (distributeurs automatiques de billets) de banques différentes. Prenons un exemple avec la BSCA, la banque chinoise, qui est l’une des plus grandes banques du Congo à ce jour. Elle fait ses transactions avec Union Pay qui est leur carte internationale très utilisée chez nous. Impossible pour les utilisateurs de cette banque de faire des retraits ou des virements sur les terminaux Visa ou Mastercard. Dans nos kiosques il y aura toujours deux distributeurs de formats différents pour assurer une disponibilité de liquidités.

Comment voyez-vous l’avenir de l’intermédiation financière en Afrique ?

C’est le seul continent à ce jour qui permet encore de saisir des opportunités, des affaires à développer dans les services financiers. Mais pas que. Il y a de nombreux secteurs, comme l’art contemporain, la culture et les nouvelles technologies, qui sont de formidables terrains de croissance. Donc je vois un avenir radieux pour ceux qui sauront les saisir.

Avec Le Point propos recueillis par Malick Diawara et Sylvère-Henry Cissé

Brexit: le commissaire européen britannique Jonathan Hill annonce sa démission

juin 25, 2016

Bruxelles – Le commissaire européen aux Services financiers, le Britannique Jonathan Hill, a annoncé samedi sa démission, se disant très déçu de la décision de ses concitoyens de quitter l’Union européenne.

Puisque nous passons à une nouvelle phase, je ne crois pas qu’il soit bien de continuer en qualité de commissaire britannique comme s’il ne s’était rien passé, a expliqué M. Hill dans un communiqué, deux jours après le référendum ayant conduit à une victoire du Brexit.

Conformément à ce dont j’avais discuté avec le président de la Commission (Jean-Claude Juncker) il y a quelques semaines, je lui ai donc dit que je démissionnerai, a ajouté le commissaire aux Services financiers, à la Stabilité financière et à l’Union du marché des capitaux depuis 2014.

M. Hill, 56 ans, un ex-président de la Chambre des Lords nommé par le Premier ministre conservateur David Cameron comme commissaire de la Grande-Bretagne au sein de l’exécutif européen dirigé par M. Juncker, a souhaité une transition ordonnée avec son successeur.

Comme beaucoup de gens ici et au Royaume-Uni, je suis évidemment très déçu par les résultats du référendum. J’aurai voulu que cela se terminât autrement, mais le peuple britannique a pris une décision différente et c’est comme ça que fonctionne la démocratie, a-t-il expliqué.

Jonathan Hill était arrivé à Bruxelles sceptique sur l’Europe mais il était devenu convaincu qu’en dépit des frustrations, notre appartenance (à l’UE) était bonne pour notre place dans le monde et notre économie, selon son communiqué.

Mais ce qui est fait ne saurait être défait et il nous faut désormais parvenir à faire fonctionner notre nouvelle relation avec l’Europe aussi bien que possible, a-t-il plaidé.

Né le 24 juillet 1960, Jonathan Hill a fait une carrière dans les hautes sphères du pouvoir et le secteur des relations publiques, mais n’a jamais occupé de fonction élective.

Romandie.com avec(©AFP / 25 juin 2016 14h14)

Le Nigeria bientôt la première économie d’Afrique ?

mars 8, 2013

Lagos développe une île artificielle de 10 km2 pour y développer de l'immobilier haut de gamme. DR

Lagos développe une île artificielle de 10 km2 pour y développer de l’immobilier haut de gamme. DR

Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique et premier producteur de pétrole du continent, pourrait doubler l’Afrique du Sud d’ici à quelques années en termes de produit intérieur brut (PIB) et ainsi devenir la première puissance économique africaine. 

« Selon nos estimations, d’ici trois à cinq ans, l’économie nigériane sera au moins aussi importante que l’économie sud-africaine », affirme Yvonne Ike, directrice de Renaissance Capital, une banque d’affaires russe spécialisée sur les pays émergents. Cette évolution doit beaucoup à un changement dans la méthode de calcul du PIB décidé par les autorités nigérianes et qui pourrait permettre au Nigeria de réduire l’écart avec l’Afrique du Sud. Ainsi, pour l’année 2011, le PIB du Nigeria se situe à 244 milliards de dollars, contre 408 milliards de dollars pour l’Afrique du Sud, si l’on prend les chiffres diffusés par la Banque mondiale.

Mais avec le nouveau calcul, prenant en compte l’évolution des prix et de la production – qui n’avaient pas été intégrée depuis plus de 20 ans -, le PIB pourrait augmenter de 40%, une « hypothèse prudente », selon Charles Robertson, économiste chez Renaissance Capital. La croissance économique nigériane étant largement supérieure à la croissance sud-africaine (pour 2012, elle est attendue à 6,6% contre 2,5%), le pays ouest-africain devrait rattraper son rival d’Afrique australe dans les années à venir, si cette tendance se poursuit.

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Des inégalités gigantesques

L’essor de l’économie nigériane s’appuie notamment sur le prix élevé du pétrole et sur le boom des secteurs de la téléphonie mobile et des services financiers. L’agriculture représente encore 40% du PIB tandis que l’État cherche à augmenter la production dans ce secteur. Mais l’économiste nigérian Bismark Rewane rappelle que le Nigeria compte 160 millions d’habitants, contre seulement 52 millions en Afrique du Sud. Il faudrait donc que le PIB nigérian soit plus de trois fois supérieur au PIB sud-africain pour que le Nigeria rattrape son rival en matière de revenu par habitant.

Actuellement, l’industrie pétrolière représente 80% des recettes du pays, une richesse qui n’a cependant pas profité au plus grand nombre. Une grande partie de la population vit avec moins de deux dollars par jour. De même, cette manne n’a pour l’instant pas encore servi à améliorer les infrastructures, dans un état calamiteux, que ce soient les routes ou les centrales électriques. Enfin, les recettes pétrolières nourrissent des détournements à grande échelle qui auraient coûté au pays, selon un officiel cité par l’hebdomadaire britannique The Economist, plus de 380 milliards de dollars depuis l’indépendance. 4 à 8 milliards de dollars seraient volés chaque année.

Selon une enquête parlementaire, l’État a perdu 6,8 milliards de dollars en trois ans.

Des responsables nigérians ont cependant pris des mesures, ces dernières années, pour lutter contre cette corruption. C’est le cas de la ministre des Finances Ngozi Okonjo-Iweala, ancienne responsable de la Banque mondiale, qui se bat notamment pour assainir le programme de subventions de carburant payées par l’État nigérian pour maintenir des prix bas à la pompe pour les consommateurs. Selon une enquête parlementaire, l’État a perdu 6,8 milliards de dollars en trois ans à travers ce programme à cause de trop-perçus et d’erreurs de gestion. Le gouverneur de la banque centrale, Sanusi Lamido Sanusi, est lui aussi reconnu à l’international pour avoir opéré un grand nettoyage dans le secteur bancaire nigérian.

Splendeurs et misère de Lagos

À Lagos, un projet immobilier géant a été lancé en grande pompe en février : une île artificielle de 10 kilomètres carrés au large de la capitale, qui devrait accueillir 250. 000 habitants privilégiés, des bureaux et des centres commerciaux. Déjà surnommé le « Dubai de l’Afrique », Eko Atlantic, qui ambitionne de devenir un carrefour des affaires à l’échelle du continent, est une vitrine du potentiel nigérian.

Comme un symbole des inégalités du développement du pays, cette ville dans la ville, entièrement privée, qui aura sa propre usine d’électricité, son système d’eau potable et qui sera protégée par une société de sécurité, offrira à ses habitants ce à quoi la grande majorité des Nigérians n’a toujours pas accès.

Jeuneafrique.com avec AFP