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Sexisme, menaces, agressions… La dure vie politique des députés africaines

décembre 5, 2021
Manifestation contre les violences faites aux femmes à Johannesburg, en septembre 2019 © REUTERS/Marius Bosch

Sur le continent, de plus en plus de femmes parviennent à se faire une place sur la scène politique. Mais elles y sont la cible de nombreuses discriminations et même de violences.

« Au moment de l’attribution des postes de responsabilité à l’Assemblée, témoigne une élue, un collègue de mon parti m’a bousculée et a menacé de me frapper. » « On a essayé de m’enlever, des coups de feu ont visé ma voiture. Il y a eu un mort », affirme une candidate à propos de sa campagne électorale. D’autres encore évoquent des menaces via les réseaux sociaux – « On m’a menacée en disant qu’on avait une sextape de moi » – ou par des biais plus traditionnels – « J’ai reçu un message d’un marabout à qui l’on avait demandé de m’éliminer ».

Scènes de violence ordinaire d’une vie politique africaine trop souvent marquée par la brutalité ? Possible. Mais ce qui ressort des témoignages, c’est aussi que les agressions, qu’elles soient physiques ou verbales, directes ou plus insidieuses, touchent particulièrement les femmes engagées dans la vie politique.

« Au lit et à la cuisine »

« Pendant longtemps, les hommes du parti ont essayé d’imposer le fait qu’une femme doive coucher avec eux pour pouvoir être candidate », résume l’une d’elles. « J’ai été attaquée à mon domicile. Je suis allée voir un officier de police. Il m’a promis son aide en échange de faveurs sexuelles », poursuit une deuxième tandis qu’une autre indique que « [son] mari est devenu violent et [elle] a commencé à [la] frapper lorsque [elle a] été élue à l’Assemblée. »

MON ADVERSAIRE ME TRAITE DE PROSTITUÉE, IL RACONTE QUE JE COUCHE AVEC N’IMPORTE QUI

« On m’attaque parce que je suis célibataire, mon adversaire me traite de prostituée, il raconte que je couche avec n’importe qui », renchérit une autre élue, alors qu’une collègue résume le discours tenu par nombre de ses voisins de banc à l’Assemblée : « Vous les femmes, votre place est au lit et à la cuisine. »

En matière de représentation politique des femmes, l’Afrique n’est pourtant pas la plus mal lotie. Le pourcentage d’élues siégeant dans les parlements du continent est passé, depuis le début du siècle, d’un peu moins de 10 % à plus de 20 %, grâce parfois à des lois introduisant des quotas obligatoires. L’exemple le plus connu reste le Rwanda, où plus de 60 % des députés sont des femmes, mais quelques autres pays approchent progressivement de la parité et on recense aussi des présidentes de parlements, des ministres en nombre croissant et occupant de plus en plus de postes régaliens ainsi que des dirigeantes de gouvernement.

C’est un progrès, mais est-ce assez ? L’accession équitable de personnes des deux sexes aux fonctions politiques règle-t-elle l’ensemble des problèmes, compense-t-elle toutes les discriminations que les femmes peuvent encore subir ?

Violences physiques et économiques

Pas si l’on en croit l’étude publiée récemment par l’Union interparlementaire (UIP), institution basée en Suisse et qui réunit des représentant de 179 parlements nationaux. De juin 2020 à juin 2021, elle a interrogé, avec l’appui de l’Union parlementaire africaine, 137 femmes siégeant dans les parlements de 50 pays africains et 87 y travaillant comme fonctionnaires, afin de dresser un état des lieux des formes de discrimination qu’elles rencontrent dans leur activité, d’en mesurer la fréquence et d’élaborer des solutions.

CELA VA DES PROPOS SEXISTES JUSQU’À DES AFFAIRES DE HARCÈLEMENT ET DE VIOL, DES MENACES DE MORT

La palette des problèmes rencontrés est large, explique Martin Chungong, le secrétaire général de l’UIP : « Cela va commencer par des propos sexistes relativement anodins que la plupart des hommes vont juger tout à fait normaux, mais ça va aussi jusqu’à des affaires de harcèlement et de viol. Des menaces de mort. » Quant à la proportion de femmes se disant victime de telles pratiques, elle n’a rien d’anecdotique : 80 % assurent avoir subi des violences psychologiques, 67 % des remarques ou comportements sexistes, 46 % ont été victimes d’attaques en ligne.

42 % ont en outre fait l’objet de menaces de mort, de viol, ou d’enlèvement les visant elles-mêmes ou leurs proches. 39 % évoquent intimidations ou harcèlement. Enfin, 39 % affirment avoir subi des violences sexuelles, 23 % des violences physiques et 29 % des violences économiques, c’est-à-dire des pressions les empêchant d’exercer leur mandat ou de mener leur campagne en les privant d’aides financières auxquelles elles avaient droit.

Des formes de violences très variées, qui s’exercent à n’importe quel moment de la vie politique des élues interrogées, et en n’importe quel lieu. « Les agressions peuvent venir des membres du parlement, survenir lors des meetings, quand les femmes viennent d’être élues… », égrène Nkhensani Kate Bilankulu, députée sud-africaine issue des rangs de l’ANC, qui dirige le Multi-Party Women’s Caucus, au Cap.

Un problème mondial

« Dans les réunions ou dans l’hémicycle, on a en théorie le même temps de parole que les hommes. Mais si on ne se lève pas pour demander la parole, personne ne nous la donne, complète la députée béninoise Mariama Baba Moussa Soumanou. Parfois aussi, les journalistes se retirent avant qu’on parle. Pendant la campagne, l’équipe d’un candidat est venue au dernier moment tenir une réunion exactement à l’endroit où mes partisans avaient préparé un meeting. On a préféré aller ailleurs… Les hommes ne tolèrent pas qu’on soit en concurrence avec eux. »

À discuter avec les femmes élues, d’un bout à l’autre du continent, on se fait vite l’image d’une vie politique africaine particulièrement violente, d’une corporation excessivement misogyne où rôdent machos décomplexés et prédateurs sexuels à l’affût. Erreur d’analyse, corrigent les témoins interrogés : l’UIP a mené le même type d’enquêtes au niveau mondial, puis européen, en 2016 et 2018, posant les mêmes questions aux élues et obtenant des résultats extrêmement comparables. Les parlementaires européennes sont même plus nombreuses que leurs consœurs africaines à se dire victimes de violences psychologiques (85 %) et 25 % d’entre elles évoquent des violences physiques.

La patronne des députées sud-africaines ne se dit « pas surprise » par la similarité des chiffres observés d’un continent à l’autre : « Nos sœurs ont des problèmes dans le monde entier. D’ailleurs, je pense que les chiffres réels sont encore plus élevés car beaucoup n’osent pas se signaler. » Le sujet des violences que subissent les femmes engagées en politique a d’ailleurs fait l’objet, en 2018, d’une étude de la Rapporteuse spéciale des Nations unies en charge de ces questions, l’universitaire croate Dubravka Šimonović.

« En Afrique les femmes sont victimes de discrimination dans la société en général. Elles n’ont pas le droit de prendre la parole en public, surtout devant des hommes, souligne  Oumo Sanogo, membre du parlement malien. Mais les chiffres sont presque les mêmes partout dans le monde donc ce n’est pas qu’une question de culture locale. »

39 % de victimes de violences sexuelles

« Dans l’ensemble, les niveaux sont les mêmes, confirme Martin Chungong. La principale spécificité africaine, c’est l’ampleur des violences physiques – 40 % des femmes interrogées en ont été victimes, contre 17 % en Europe – mais je pense que c’est lié au fait que plusieurs pays sont en situation de crise, de conflit… Vous retrouvez alors au parlement des représentants de groupes qui étaient en conflit sur le terrain et ces oppositions se transportent dans l’hémicycle. Sans compter les raisons religieuses, culturelles… »

BEAUCOUP DISENT : LES FEMMES, IL FAUT QU’ON LES VOIT MAIS QU’ELLES NE S’EXPRIMENT PAS

Selon les femmes ayant témoigné, les violences sexuelles sont sensiblement plus fréquentes en Afrique (39 %) qu’en Europe (25 %) et au dessus de la moyenne mondiale (22 %). Martin Chungong tente prudemment d’analyser le phénomène : « Souvent, et sans vouloir sombrer dans le cliché ou être condescendant, les hommes africains veulent renvoyer une image de force et ça doit se traduire à tous les niveaux. Tous les moyens sont bons. Beaucoup disent : les femmes, il faut qu’on les voit mais qu’elles ne s’expriment pas. »

Le sujet est d’autant plus délicat que beaucoup de victimes d’agression sexuelle préfèrent ne pas se manifester. La honte, comme souvent, les pousse à rester muettes, confirme la Béninoise Mariama Baba Moussa Soumanou : « Quand une femme dit qu’un homme l’a attaquée, on va lui dire qu’elle l’a provoqué. Quant à parler de viol… c’est très difficile, socialement. Une femme qui dit “on m’a violée” peut en pâtir toute sa vie. » Le problème est même décuplé dans le milieu politique, où une femme qui déclare avoir été agressée va souvent se voir répondre que « de toute façon », elle est arrivée au poste qu’elle occupe en jouant de ses charmes voire, plus crûment, en couchant avec le chef de son parti…

« Elle n’a pas le niveau »

À ce préjugé vient fréquemment s’en ajouter un autre, présent chez beaucoup d’hommes mais aussi chez certaines femmes : celui d’être illégitime, de ne pas posséder les compétences requises pour occuper des fonctions politiques et, donc, de « voler » les postes aux hommes, qui à l’inverse sont a priori supposés compétents et « naturellement supérieurs ».

« Ce sont des choses qu’on entend lors de réunions et qui nous visent mais sans avoir l’air de nous être destinées directement : “vous n’avez pas le niveau”, “vous réagissez avec vos émotions”…, confirme Mariama Baba Moussa Soumanou. La question du niveau intellectuel revient toujours quand il faut nommer une femme à un poste, mais jamais à propos des hommes ! Quand il y a des postes à pourvoir aussi c’est difficile, il y a lutte pour le pouvoir et pour beaucoup, la lutte c’est pour les hommes. Intellectuellement, on est pourtant aussi bien pourvues qu’eux, mais ces arguments reviennent toujours et créent un malaise. La politique reste considérée comme un milieu d’hommes. On entend : elle n’a pas le niveau, ou c’est une femme légère… »

CERTAINES DISENT “ON VA SE BATTRE”, MAIS C’EST UNE MINORITÉ. LA PLUPART TROUVENT ÇA INVIVABLE

« Les femmes sont aussi considérées comme insuffisamment productives, ajoute Oumo Sanogo. Si leur enfant tombe malade elles ne vont pas travailler, même chose si elles tombent enceintes… » « Tout ça est fait avant tout pour les décourager, soupire le secrétaire général de l’UIP. Certaines disent “on va se battre”, mais c’est une minorité. La plupart trouvent ça invivable. »

Les attaques sont souvent encore plus marquées lorsque les élues sont célibataires ou veuves, défenseuses des droits des minorités, membres de l’opposition, ce qui amène l’UIP à évoquer des « discriminations croisées » rendant le quotidien de certaines représentantes parfois insupportable. La question de l’incompétence supposée des femmes est d’ailleurs instrumentalisée à tous les niveaux, souligne Martin Chungong : « Parfois nous interpellons les autorités de certains pays sur le manque de parité et on nous répond : “qu’est-ce qu’on peut faire, il y a trop peu de femmes à qui on peut confier des responsabilités ?” »

Quotas et lieux d’écoute

Le plus triste, témoignent certaines élues, c’est que les agressions viennent souvent de collègues parlementaires que les victimes côtoient au quotidien (dans 49 % des cas), et même de camarades du même mouvement politique (41 %). « On a pourtant milité ensemble, mené les mêmes campagnes, on est tous là par la volonté du peuple », souligne avec amertume Oumo Sanogo.

LA TUNISIE, LA SIERRA LEONE, L’OUGANDA, LE BURKINA FASO, LE RWANDA, L’AFRIQUE DU SUD ET LA ZAMBIE S’ATTAQUENT AU PROBLÈME

Une part croissante des hommes occupant des fonctions politiques semble toutefois avoir identifié le problème et, dans plusieurs pays, la législation évolue, des mesures sont prises. Réservation d’une proportion de sièges ou de circonscriptions aux femmes, lutte plus active contre les discriminations ou les actes et propos sexistes, mise en place d’instances permettant aux victimes d’être entendues, parfois de façon anonyme… La situation évolue. La Tunisie, la Sierra Leone, l’Ouganda, le Burkina Faso, le Rwanda, l’Afrique du Sud et la Zambie ont ainsi choisi de s’attaquer au problème et adopté des règles protégeant mieux les femmes victimes de violences sexistes, qu’elles soient ou non des responsables politiques.

Pour Oumo Sanogo, la création de lieux permettant de déposer plainte est sans doute la première priorité mais il y en a d’autres : « Il faut des lieux d’écoute. Les quotas sont aussi une bonne chose : au Mali, les femmes sont plus nombreuses que les hommes donc il faut les encourager à intégrer les instances de décision. Après tout, ce sont elles qui subissent les conséquences des décisions que les hommes prennent à leur place ! »

Mais le problème des violences et du harcèlement que subissent les femmes politiques du continent ne se résoudra qu’avec une évolution des mentalités. Chantier long et ambitieux, conclut la Sud-Africaine Nkhensani Kate Bilankulu : « Il faut éduquer les gens, ça prendra du temps. Il faut expliquer l’impact négatif que ces violences ont sur nos enfants, sur nos sociétés, sur nos pays… Dans beaucoup de familles, les enfants grandissent dans une atmosphère de domination des hommes qui peut être abusive, brutale… Ce sera difficile de changer ça. Et ce sera long. Mais c’est impératif. »

Avec Jeune Afrique par Olivier Marbot

France/Harcèlement sexuel: Emmanuel Macron va s’exprimer sur le sujet

novembre 7, 2017

 

Harcèlement sexuel : Emmanuel Macron va s'exprimer sur le sujet

Emmanuel Macron attend le moment opportun pour prendre la parole sur le harcèlement sexuel.@ Ludovic MARIN / AFP
Le chef de l’État pourrait prochainement prendre la parole contre le sexisme et les violences faites aux femmes.

« Le gouvernement est sur tous les fronts contre le harcèlement et les agressions sexuelles », affirme Marlène Schiappa, la secrétaire d’État chargé de l’Egalite entre les femmes et les hommes. Mais alors que le sujet fait la Une de l’actualité et que la parole semble se libérer face aux comportements sexistes, et aux cas de harcèlement ou d’agression, Emmanuel Macron lui, est pour l’instant resté assez discret sur la question ces dernières semaines.

Le silence du président.

C’est une évidence qui au fil des jours, au fil des affaires et des témoignages, s’est renforcée à l’Elysée : le silence du chef de l’Etat sur la question du harcèlement et des violences sexuelles ne peut pas durer, au risque d’être interprété comme de l’indifférence. « Oui il y aura une prise de parole » confirme un proche avec insistance. « Emmanuel Macron était le candidat le plus engagé sur ces questions, au point de faire de l’égalité femme homme la grande cause de son quinquennat », nous rappelle-t-on encore.

Trouver le bon timing.

L’Élysée rappelle aussi qu’une loi portée par Marlène Schiappa est aussi en préparation, une manière de signifier que le gouvernement n’a pas attendu l’affaire Weinstein et ses suites pour agir. Reste donc au président de la République a trouver le bon moment pour s’exprimer. Il recevait lundi l’écrivaine féministe Leïla Slimani (prix Goncourt en 2016), une prise de parole a été envisagée à cette occasion avant d’être finalement écartée. Autre échéance dans le calendrier : le 25 novembre, journée contre les violences faites aux femmes. Une date qui n’a pas échappé à l’Elysée, mais à ce stade, rien n’est encore fixé.

Europe1.fr

Comment les partis politiques prennent en charge le harcèlement sexuel

mai 14, 2016

Le buste de Marianne, le 9 décembre 2015.

Le buste de Marianne, le 9 décembre 2015. ROMAIN LAFABREGUE / AFP
Les accusations d’agressions sexuelles visant Denis Baupin l’ont une nouvelle fois prouvé : le sexisme n’épargne aucune sphère de la société, encore moins la très masculine sphère politique. « Dans tous les partis, il y a du sexisme », « les remarques déplacées, les gestes équivoques, ça arrive, comme partout », « il y a du sexisme dans tous les lieux de pouvoir », lâchent pêle-mêle des élus Les Républicains, socialistes ou communistes, encore marqués par l’affaire DSK, qui avait mis au jour le sentiment de toute-puissance de certains hommes politiques.

Quels dispositifs ont-ils été mis en place par les différents partis pour lutter contre ce sexisme ambiant, qui peut parfois se muer en situation de harcèlement, d’agression sexuelle, voire de viol ? A la différence du milieu de l’entreprise, où les employeurs sont tenus de sanctionner tout salarié reconnu coupable de violences sexuelles, les partis politiques n’ont pas l’obligation légale de sanctionner leurs élus ou leurs militants. C’est donc la loi du cas par cas. Et force est de constater que les solutions apportées sont aussi nombreuses qu’il y a de partis politiques, allant de l’absence de dispositif spécifique chez Les Républicains à la « tolérance zéro » des communistes.

Des instances consacrées aux droits des femmes à gauche

Point de convergence entre les partis de gauche historiques, le Parti communiste (PCF) et le Parti socialiste (PS) : tous deux ont créé un secrétariat national chargé du droit des femmes et de la parité. « Ce secrétariat est inscrit dans nos statuts depuis plus de vingt ans », informe la socialiste Claude Roiron, secrétaire nationale aux droits des femmes et à la parité. Au PS, comme au Parti communiste, ces secrétaires siègent au bureau national, ils ont donc droit de cité au sein de la direction. Au sein des Parti de gauche (PG) et Europe Ecologie-Les Verts (EELV), c’est la sémantique qui diverge : les questions des droits des femmes reviennent aux commissions féministes. Les prérogatives de ces instances varient en fonction des partis, notamment concernant la gestion des cas de harcèlement et d’agressions sexuelles.

Au PCF et au PG, le mot d’ordre est à la « tolérance zéro », répètent leurs dirigeants comme un leitmotiv. Perçus comme « une atteinte à l’intégrité et à la dignité humaine », ces faits constituent un motif d’exclusion, inscrit dans les statuts du Parti communiste. « Il y a eu des élus exclus, c’est arrivé, car, si un cas est avéré, il n’y a pas de complaisance. Nous sommes très fermes sur ce sujet », assure la sénatrice Laurence Cohen, qui préside la commission féminisme-droits des femmes. En 2011, Guy Rouveyre, conseiller général (PCF) et premier adjoint d’Echirolles, avait démissionné de ses deux mandats, après que son parti avait appris sa condamnation pour agressions sexuelles.

Même ligne directrice au Parti de gauche, qui refuse d’« être gouverné par des harceleurs », lance Danielle Simonnet, coordinatrice du PG :

« Nous sommes attachés au fait de révoquer les élus, même quand les affaires n’ont pas encore été jugées, et que les faits rapportés sont avérés et accablants. »

Jusqu’ici, le jeune parti créé en 2008, n’a jamais eu à prendre de telles mesures. Layla Yakoub, secrétaire nationale au féminisme, rapporte seulement le cas d’un militant accusé d’avoir harcelé une élue par téléphone. « Le groupe local avait réagi immédiatement en lui demandant de quitter le parti », rapporte Layla Yakoub. Le militant indélicat s’était alors exécuté, sans que l’affaire ait besoin de passer devant la commission de résolution des conflits.

Des sanctions prises au cas par cas

Le PS tient peu ou prou le même discours, même s’il « n’est pas prévu dans les statuts du parti de sanction spécifique contre le harcèlement et les agressions sexuelles », rapporte Claude Roiron. La commission des conflits du PS, ayant autorité dans ce genre d’affaire, statue donc au cas par cas. Et peut décider d’engager des procédures d’exclusion. « Jusqu’ici, il n’a jamais été rapporté, à ma connaissance, des faits de cette nature entre deux camarades socialistes », assure Claude Roiron, qui précise que le recueil des témoignages s’opère généralement au niveau des fédérations départementales.

En réalité, des faits d’agressions sexuelles ont déjà été mis au jour au sein du Parti socialiste, lequel laisse la justice trancher avant de prendre la moindre décision. En 2002, deux employées de mairie avaient accusé Jacques Mahéas, sénateur et maire de Neuilly-sur-Marne, d’agressions sexuelles. Après plusieurs recours successifs devant la justice, l’élu avait été condamné définitivement pour agressions sexuelles en mars 2010. L’affaire DSK, qui a éclaté quelques mois plus tard, en mai 2011, avait rendu le cas de Jacques Mahéas « gravement préjudiciable » au PS. L’élu avait donc été auditionné en juillet 2011 par la commission des conflits, qui n’avait finalement pas eu à statuer sur son éviction, Jacques Mahéas ayant fait le choix de démissionner de lui-même.

A Europe Ecologie-Les Verts, la politique est la même qu’au PS, où il n’existe pas de sanction spécifique pour gérer les cas de violences faites aux femmes. L’article 20 des statuts d’EELV prévoit toutefois la possibilité de radier des membres pour motifs graves. « Le bureau exécutif national, composé de quinze membres, dispose également de la possibilité d’agir en justice en son nom », rappelle, dans une tribune au HuffingtonPost où il réagit à l’affaire Baupin, Jean-Baptiste Soufron, avocat indépendant.

Au sein de parti écolo, ces dispositifs n’ont jamais été appliqués. Pourtant, en mai 2015, quelques jours après la publication dans Libération d’une tribune de femmes journalistes dénonçant le sexisme en politique, la présidente de la commission féminisme, Dominique Trichet-Allaire, avait expliqué, lors d’un conseil fédéral du parti, que des faits relevant de harcèlement et d’agressions sexuels lui avaient été rapportés en interne. Dans la foulée, le bureau exécutif du parti avait convoqué une réunion pour aborder la question. Une adresse mail à l’attention des journalistes, élues et militantes qui souhaiteraient alerter sur des comportements déplacés de la part d’élus écologistes avait été créée. Et un groupe de réflexion mis en place. Autant de démarches qui se sont révélées infructueuses. Aucun mail n’a été envoyé à l’adresse ad hoc, par peur que la présidente du parti de l’époque, Emmanuelle Cosse, la compagne de Denis Baupin, ne les lise. La suite est connue de tous : les faits éclatent lundi 9 mai, un an après, à la faveur du témoignage de huit femmes ayant décidé de briser l’omerta.

« Briser la loi du silence »

A la lumière de l’affaire Baupin, accusé d’avoir bénéficié d’une forme de bienveillance, qui n’est pas sans rappeler celle qui s’était manifestée envers Dominique Strauss-Kahn, différents partis politiques ont amorcé des réflexions pour « briser la loi du silence » et « libérer la parole des femmes ». En première ligne, EELV a publié un communiqué le jour même des révélations :

« Dans l’immédiat, Europe Ecologie-Les Verts entend mettre en œuvre de nouveaux dispositifs internes pour faciliter la libération de la parole, en accompagnant les personnes victimes de comportements répréhensibles, en recueillant leur parole, en les accompagnant vers des associations spécialisées et en mettant à disposition des moyens pour les soutenir dans d’éventuelles démarches juridiques. »

Le 28 mai, le Parti socialiste tiendra une commission droit des femmes pour réfléchir aux manières de « mieux écouter leurs souffrances ». « Il faut essayer de leur donner des lieux, pour instaurer une confidentialité, permettant de libérer leur parole. Cela pourrait être un site Internet ou une boîte mail », détaille la socialiste Claude Soiron, secrétaire nationale du droit des femmes et de la parité, qui envisage également de créer un réseau de femmes en interne :

« Ce réseau serait organisé avec des militantes, des personnes de la vie associative et des femmes de gauche qui souhaitent faire progresser le droit des femmes dans le pays. »

Une initiative similaire est en réflexion à l’Assemblée nationale, où Claude Bartolone a décidé, après avoir eu écho en 2013 de cas de sexisme, de nommer au sein de son cabinet une personne référente – en dehors de toute hiérarchie – pouvant être contactée dans des cas d’agressions ou de harcèlement. « En deux ans, un seul signalement a été enregistré. Il faut donc que ce poste soit plus visible, plus connu et plus facile d’accès », estime Catherine Coutelle, présidente de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes. Cette dernière envisage, elle aussi, l’instauration d’une plate-forme Internet, ou d’une adresse mail, « comme cela a été fait dans l’armée. »

Le Parti de gauche mise également sur une meilleure communication auprès de ses élus et de ses militants et prévoit de distribuer prochainement un document récapitulant les positions du parti sur le sexisme. Ce document listerait également les contacts de personnes à interpeller en cas de besoin. « Dans certaines régions, il n’y a pas forcément de militants suffisants pour recueillir la parole, ou les réseaux de militants sont trop restreints pour que les femmes osent parler. Ces contacts individuels peuvent être de bon relais », estime Layla Yakoub, dont le parti organise également des « apéros informels » pour mettre des mots sur les causes du sexisme.

L’UDI, qui ne dispose pas de commission pour le droit des femmes, donne également la parole aux femmes, au sein de ses clubs féministes Femmes au centre et le Club des 52. « Les femmes politiques et les collaboratrices peuvent s’y exprimer librement », rapporte la vice-présidente de l’UDI Chantal Jouanno, contactée par Le Figaro.

« Dire aux femmes de saisir la justice »

« Mettre les mots », Valérie Debord, porte-parole des Républicains estime, elle, que « les femmes politiques ont les ressources intellectuelles nécessaires pour le faire. » Le parti Les Républicains ne dispose d’ailleurs pas d’instance consacrée aux droits des femmes. Valérie Debord précise toutefois que le bureau de l’Assemblée, qui exerce une compétence générale sur l’organisation et le fonctionnement interne, est habilité à répondre à d’éventuelles accusations. A l’entendre, celles-ci seraient toutefois inexistantes au sein de son parti :

« Il y a du sexisme en politique, mais pas plus qu’ailleurs. (…) Dans mon parti, ce genre de chose n’existe pas, si un homme dérape, on lui dit, et ça s’arrête. (…) Il faut encourager à libérer la parole. Mais surtout, il faut dire aux femmes de saisir la justice, notre armement pénal est très largement suffisant pour lutter contre ça. (…) Il faut arrêter d’avoir des paroles et passer aux actes. »

Certaines femmes sont justement passées aux actes pour dénoncer les comportements d’agresseurs de certains élus de droite. Pour ne citer qu’eux : Eric Raoult s’est mis en retrait de la vie politique en 2014 après avoir été visé par une plainte pour harcèlement sexuel et moral d’une ancienne collaboratrice qui affirmait avoir reçu des milliers de textos de sa part. Toujours maire de Draveil (Essonne) sous l’étiquette Les Républicains, George Tron, lui, doit être jugé devant les assises de Seine-Saint-Denis à Bobigny pour viols et agressions sexuelles.

Mais, au sein des Républicains, tous ne sont pas sur la même ligne que la porte-parole. Nathalie Kosciusko-Morizet estime, elle, que « l’affaire Baupin n’est pas un problème lié qu’aux Verts », assure un de ses proches, contacté par Le Monde. L’ancienne numéro deux du parti, qui regrette l’absence d’instance et de système d’alerte chez Les Républicains, « réfléchit depuis plusieurs mois à des propositions pour être proactifs sur ce genre de questions ».

Comme chez Les Républicains, le Front national (FN) ne dispose pas de structure consacrée aux droits des femmes, mais affirme que le parti n’est pas particulièrement touché par les problèmes de sexisme. « Le FN est dirigé par une femme, nous avons la plus jeune députée de France qui est une femme, nous ne sommes pas un parti macho », estime l’avocat Wallerand de Saint-Just, trésorier du Front national. Il précise qu’en cas de harcèlement ou d’agression les fédérations départementales sont chargées de remonter les faits aux secrétaires nationaux. « Cela peut donner lieu à des procédures disciplinaires et, pourquoi pas, des exclusions. Pour le reste, il y a la loi française », insiste Wallerand de Saint-Just.

A gauche comme à droite, tous invoquent l’importance de saisir la justice. Force est de constater qu’au vu des mesures internes mises en place, et de leur très relative efficacité, la justice semble être aujourd’hui encore l’ultime garde-fou pour éloigner les politiques inconvenants. Encore faut-il que les femmes osent faire la démarche d’aller porter plainte. La politique n’échappe pas aux statistiques : en France, seules 10 % des femmes victimes d’agressions sexuelles dénoncent les faits en justice.

Lemonde.fr par Cécile Bouanchaud , Journaliste au Monde

Pierre Salviac viré de RTL après s’en être pris à Valérie Trierweiler

mai 10, 2012

Pas touche à la première dame 

Pierre Salviac viré de RTL après s’en être pris à Valérie Trierweiler
 
« On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui », disait Pierre Desproges. Ce n’est pas tout à fait vrai. Quand on s’attaque à la nouvelle première dame, la sanction est immédiate. Pierre Salviac, journaliste de RTL, en a fait les frais hier.

Les plaisanteries de Pierre Salviac sont rarement réputées pour être de bon goût. Parfois un brin raciste (« Dans le 95 jusqu’à son terminus. Depuis Alleray, pas un Black qui est monté n’a payé son ticket. Pourtant, ils ne sont pas champions du monde »), parfois un poil homophobe (« 63% de la population favorable au mariage gay. Il y avait beaucoup d’enc. Dans ce pays. Cela ne va pas s’arranger 😉 »), le spécialiste du rugby de RTL a donné hier dans le machisme. « À toutes mes consœurs, je dis : “Baisez utile, vous avez une chance de vous retrouver première Dame de France” 😉 », a-t-il tweeté dans l’après-midi. Une sortie, voulue humoristique, qui visait bien évidemment Valérie Trierweiler, la compagne de François Hollande.

Les réactions n’ont pas tardé sur la Toile, dénonçant sa « beaufitude » ou son « sexisme ». Jacques Esnous, le directeur de l’info de la station de radio, a immédiatement réagi en s’adressant directement à son chroniqueur : « Ton tweet est absolument intolérable. J’y vois un sexisme vulgaire inqualifiable que je condamne ». Face à un tel acharnement, Pierre Salviac a décidé de faire demi-tour : « En balançant une vanne, j’ai blessé mes consœurs. Je leur présente mes excuses et retire mon tweet ;-( » Cela n’aura pas suffi. Deux heures plus tard, Jacques Esnous annonçait que le journaliste sportif était viré : « Sanction pour non respect de nos consœurs et plus généralement des femmes. Pas de politique, juste la défense de nos valeurs. » Dans la foulée, Pierre Salviac a commenté cette affaire : « J’ai commis un penalty et pris un carton rouge. Qu’on ne compte pas sur moi pour contester l’arbitre. J’ai trop de respect pour RTL ». Avant de conclure : « À tous ceux qui me téléphonent pour une réaction, je dis que toute ma carrière j’ai fait mienne cette devise : “Les faits sont sacrés, le commentaire est libre”. »

Un licenciement express critiqué par certains commentateurs, qui s’étonnent que la station ait attendu que Salviac s’en prenne à la première dame pour découvrir ses blagues plus que douteuses…

Voici.fr par M-A.K.