Posts Tagged ‘Sifan Hassan’

JO de Tokyo 2021 : Sifan Hassan remporte facilement le 5 000 mètres

août 2, 2021

La coureuse néerlandaise s’est lancée dans une tentative de triplé olympique 1 500 m, 5 000 m et 10 000 mètres. Lundi, elle a remporté l’or au 5 000 mètres, premier de ses « trois travaux d’Hercule ».

Sifan Hassan, lors de sa victoire au 1500 m des Jeux olympiques de Tokyo, lundi 2 août.
Sifan Hassan, lors de sa victoire au 1500 m des Jeux olympiques de Tokyo, lundi 2 août. JEWEL SAMAD / AFP

L’entreprise est inédite, pour ne pas dire inconsciente ou orgueilleuse. Enfin, elle le serait pour la totalité des coureurs et coureuses de fond et demi-fond. Pour tous, sauf une peut-être : la Néerlandaise Sifan Hassan qui a débuté, lundi 2 août au Stade olympique de Tokyo, ses « trois travaux d’Hercule », à savoir une tentative de triplé 1 500 m, 5 000 m et 10 000 mètres.

En clôture de cette quatrième soirée olympique d’athlétisme, Hassan (28 ans) en a accompli le premier tiers, en s’emparant sans coup férir du 5 000 mètres dans une course au tempo très lent. Elle a conquis sa première médaille olympique en devançant la Kényane Hellen Obiri et l’Ethiopienne Gudaf Tsegay.

Il y a deux ans, lors des Mondiaux de Doha, elle s’était montrée un peu plus raisonnable en « se contentant » d’un doublé – victorieux – sur 1 500 m et 10 000 mètres, deux épreuves qui nécessitent des qualités différentes. Le finish d’un coureur de 1 500 m n’étant normalement pas celui d’un spécialiste des distances plus longues.

Elle a désormais deux jours pour récupérer avant de s’attaquer aux demi-finales du 1 500 m. Personne n’imagine qu’elle ne soit pas présente vendredi 6 août pour la finale de cette épreuve. Le lendemain, probablement avec une nouvelle médaille à sa collection, elle pourra alors s’aligner au départ du 10 000 mètres. Dommage pour cette insatiable athlète que les épreuves de cross ou de relais de demi-fond par équipes ne figurent plus au programme olympique.

Une athlète « made in Salazar »

Face à ce menu athlétique roboratif, l’heure n’est pas aux superlatifs. La faute à l’ancien entourage sportif de la double championne du monde, née en Ethiopie et réfugiée à l’adolescence aux Pays-Bas. Hassan est l’une des ex-athlètes du controversé Project Oregon, financé et dirigé par l’équipementier Nike jusqu’en octobre 2019, dont la tête pensante s’appelait Alberto Salazar.

L’ancien entraîneur américain de la Néerlandaise – et d’autres coureurs de haut niveau, en particulier le Britannique Mo Farah, qui ont martyrisé leurs adversaires au fil des tours de piste – a été suspendu pour « incitation au dopage » en 2019. Le scandale, qui couvait depuis des années, avait pris de l’ampleur au milieu des derniers mondiaux. Ce qui n’avait pas empêché les athlètes « made in Salazar » d’engranger les médailles. Et Hassan les médailles d’or.

Ce matin, la coureuse – qui est désormais entraînée, selon la presse néerlandaise, par un ancien assistant de Salazar, Tim Rowberry – n’a pas rassuré les sceptiques. En séries du 1 500 mètres, alors qu’elle se promenait en queue de peloton dans le dernier tour, elle a été prise dans une chute – juste devant ses pointes – d’une athlète kényane. Ni une, ni deux, Sifan Hassan s’est relevée et a foncé à la poursuite de ses concurrentes. Elle ne s’est pas contentée d’assurer une des six places qualificatives mais s’est fait un point d’honneur à passer la ligne d’arrivée en tête. Scène estomaquante.

« Je n’arrive pas le croire. J’ai utilisé toute mon énergie ce matin. Je me sentais tellement mal après ça et je n’aurais jamais pensé que j’allais devenir championne olympique », a-t-elle raconté à propos de sa mésaventure matinale après son sacre. Et Sifan Hassan de vanter les bienfaits énergisants d’une boisson chaude : « Avant la course, je n’en avais plus rien à faire. J’étais si fatiguée. Sans café, je n’aurais jamais été championne olympique. J’avais besoin de toute la caféine possible », a-t-elle plaisanté. Une astuce à retenir.

Face aux doutes, l’athlète ne s’est jamais démontée. Avant les Jeux, elle assénait en faisant référence aux conséquences de la suspension de Salazar : « Le plus gros moment de pression de ma vie a été à Doha, et j’ai réussi à m’en sortir, donc Tokyo sera facile. » Pour le moment, on peut difficilement lui donner tort. Ses deuxièmes Jeux olympiques ressemblent à une promenade de santé.

Avec Le Monde par Anthony Hernandez (envoyé spécial à Tokyo)