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RDC: A Kinshasa, siffler la fin du mandat de Joseph Kabila, au péril de sa vie

décembre 29, 2016

Les jeunes des mouvements citoyens de RDC se sont procurés des milliers de sifflets de fabrication chinoise, et en ont fait une arme de guerre.

Des manifestants anti-Kabila, dont l’un porte un sifflet comme outil de contestation au président congolais, dans le quartier de Lemba, à Kinshasa, le 20 décembre 2016. Crédits : Guillaume Binet / MYOP
Au marché de Sélembao, à Kinshasa, quatre jeunes hommes discrets sont à l’affût d’un petit objet désormais très prisé et redouté. Parmi eux, Héritier, souriant et stylé avec son joli pantalon coloré, ses claquettes de piscine, son sac à dos d’étudiant et ses tatouages dans le cou. Malgré sa démarche décontractée, Héritier est prudent. Il scrute la présence d’éventuels agents de renseignements qui, dans tout Kinshasa, se fondent dans la foule. Le voilà qui s’approche d’une vendeuse congolaise de produits chinois.

– Maman, il te reste des stocks de sifflets ?

– J’en ai plus un seul. Mais pourquoi tu veux tant de sifflets ?

– Pour les fêtes de fin d’année.

Héritier trouve finalement son bonheur dans un de ces magasins tenus par des commerçants indiens où l’on trouve des biscuits, de la crème pour éclaircir la peau des dames, des produits électroménagers et des sifflets vendus par lots de 25, à moins de deux dollars. Héritier sort une épaisse liasse de francs congolais qui ne valent aujourd’hui plus rien, et en prend 600. Fatigué, mais pas dupe, le vendeur indien tend les paquets de sifflets à ce drôle de client qui n’a qu’une envie : déguerpir.

Dans la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), ce petit objet en plastique qui produit des sons aigus est devenu politique. Un outil de contestation, une métaphore du fin de mandat du président congolais, avec le peuple comme arbitre qui s’époumone à siffler la fin du match. Les activistes kinois opposés au « glissement » de Joseph Kabila s’enorgueillissent d’être parvenus à faire siffler les jeunes des quartiers populaires dix jours plus tôt.

Sifflets au bec, cartons rouges à la main

Le 19 décembre, à 22 heures, un concert de sifflets, rythmé par des coups de casserole, résonnait dans les ruelles terreuses du quartier populaire de Lingwala. A la lisière des avenues proprettes de La Gombe, du centre-ville et ses institutions, des fantômes disparaissent dans la brume à l’approche de la police, de la police militaire et de la garde républicaine qui avaient uni leurs forces pour disperser tout rassemblement.

A 23 h 59 s’achevait le second et dernier mandat du président Joseph Kabila qui enchaîne depuis des semaines les rounds de négociation pour obtenir une prolongation, jusqu’à fin 2017, voire au printemps 2018. Devant le silence pesant d’une opposition divisée, ce sont les mouvements citoyens qui ont pris le relais, sifflet au bec, cartons rouges à la main.

« On a cherché quelque chose de petit, d’insignifiant et symbolique, que tout le monde peut se procurer et dont le message est très clair », dit Floribert Anzuluni depuis la Belgique, où il vit en exil. Cet ancien banquier issu de la bonne société congolaise a co-fondé en 2015 le mouvement citoyen Filimbi, qui signifie « coup de sifflet » en swahili. Un collectif apolitique constitué de jeunes pour la plupart diplômés et exaspérés par cette classe politique dépourvue d’idées, avide de pouvoir et d’argent, indifférente au sort de la population. Les siffleurs se sont du coup retrouvés dans la ligne de mire de la police. « On va mettre un terme à ces organisations clandestines », menace un haut responsable des services de renseignement.

« La jeunesse s’est rendue compte qu’elle a été manipulée par des politiciens du pouvoir comme de l’opposition qui l’ont sacrifiée lors de manifestations dangereuses pour servir leurs ambitions, explique Rock Beni, un membre siffleur de Filimbi, à la terrasse d’un café de Kinshasa. Il a fallu trouver une autre forme de mobilisation. »

Métaphore politico-footbalistique

Mais d’où viennent ces milliers de sifflets distribués dans les quartiers populaires ? Au sein de la nébuleuse activiste, chacun s’est débrouillé à sa manière. Certains sont allés se fournir de l’autre côté du fleuve Congo, à Brazzaville. D’autres ont passé d’importantes commandes auprès de commerçants chinois qui ont fait des stocks pour l’occasion. Afin de fournir l’intérieur du pays, l’un d’eux assure avoir fait appel à des sociétés de transport. Floribert Anzulini se souvient avoir un temps songé à acheminer de Chine un conteneur rempli de sifflets. Mais il s’est ravisé. Trop risqué et trop cher.

La métaphore politico-footbalistique a été lancée par Moïse Katumbi, le riche homme d’affaires qui fut gouverneur de la province du Katanga avant de se retrouver opposant en exil. A la tête du Tout Puissant Mazembe, le club de foot le plus populaire du pays, M. Katumbi avait exigé en décembre 2014 le départ de Joseph Kabila en parlant de son refus d’un « troisième penalty ». En privé, M. Katumbi se vante désormais d’avoir acheté un million de sifflets. Ce qu’il dément en public. Les activistes, eux, dénoncent cette tentative de récupération. « Katumbi ou les autres, on n’en veut pas. Leurs batailles sont d’un autre temps et ils n’ont aucune crédibilité pour nous », dit l’un d’eux.

A Kinshasa, les membres de Filimbi se sont donc rués sur les magasins et les stands des marchés, en ordre dispersé pour ne pas attirer l’attention. En quatre jours, ils s’en sont procurés des milliers. « On a eu du mal à réunir des fonds, donc on a démarré mi décembre. Certaines boutiques refusaient de nous en fournir, mais tu connais les Chinois, leur seul souci c’est de vendre, et je t’assure qu’ils avaient du stock », dit le tout nouveau logisticien du mouvement citoyen, qui confie être affecté d’un étonnant syndrome. « Chaque matin, quand je me réveille, je prends mon sifflet et je souffle dedans. C’est ma façon à moi de réfléchir à ce pays ravagé par des politiciens corrompus et violents. »

Arrêtés pour avoir sifflé

Son prédécesseur, Carbone Beni, le frère de Rock, est porté disparu, sans doute détenu au secret avec une dizaine d’autres activistes. Il a été arrêté le 13 décembre alors faisait usage de son sifflet devant le centre interdiocésain de Kinshasa. A l’intérieur, sous l’égide des évêques de l’Eglise catholique, les représentants du pouvoir et de l’opposition se perdaient dans un interminable dialogue à la recherche d’un consensus, notamment sur la question des prisonniers politiques.

« Ce dialogue est une farce », lâche Constant Mutamba. Cet avocat de 28 ans aime se comparer à Patrice Lumumba et citer Che Guevara ou Gandhi. Il porte encore sur le visage les traces des coups reçus lors de sa détention dans un lieu secret entre le 20 et le 22 décembre. Motif de l’arrestation : avoir sifflé, assure-t-il.

A la tête du mouvement associatif Nogec, Constant Mutamba rêve de révolution, de pouvoir rayer de la carte une classe politique décrédibilisée aux yeux de la jeunesse. Il en sait quelque chose, lui qui a été conseiller du gouverneur de la province de l’Ituri, avant de flirter avec un proche de Moïse Katumbi et d’accepter d’être conseillé de l’ancien ministre de l’économie. « Avant, je pensais que Joseph Kabila ne partirait que par la voie des armes. Mais le peuple a été tellement paupérisé, muselé, sacrifié qu’il est prêt à la révolte pacifique », lâche-t-il.

Alors l’apprenti politique qui se rêve « président ou bourgmestre » s’est mis lui aussi à croire aux vertus du sifflet. Dès le 14 décembre, il a lui aussi envoyé ses hommes acheter plus de 5 000 sifflets qu’il a ensuite distribué dans les quartiers. Le reste s’est déroulé sur les réseaux sociaux, alors officiellement bloqués à l’approche du 19 décembre, mais consultables à l’aide d’une connexion VPN. Des messages ont été envoyés, en français et en lingala, la veille de la date fatidique : « Il n’y a pas de fête dans l’oppression (…). Nogec vous invite tous à siffler demain sans relâche pour la liberté et le respect de la constitution. » Deux jours plus tard, le bilan était de 40 morts, 107 blessés et de 460 arrestations dans les grandes villes du pays, selon l’ONU.

A leur manière, ces jeunes rebelles connectés renouvellent une tradition de contestation et d’auto-défense. Au début des années 1990, lorsque Kinshasa sombrait avec son maître, Mobutu Sese Seko et que les Forces armées zaïroises s’adonnaient à des pillages, les habitants se défendaient à coup de sifflet. « On en avait tous à portée de main et lorsqu’on apercevait des pilleurs, tout le quartier se mettait à siffler », se souvient un vieil habitant. A cette époque, l’Eglise catholique était déjà à l’œuvre pour accélérer le départ du maréchal et ouvrir la voie à la démocratisation du pays. Plus récemment, certains avaient pris l’habitude de siffler chaque vendredi à midi pour exprimer leur colère contre la société nationale d’électricité, la SNEL, dont l’incurie maintient le pays dans l’obscurité. Désormais, les jeunes Congolais sifflent au péril de leur vie, pour une alternance politique et la tenue d’une élection présidentielle devenue un mirage.

Allemagne: Merkel accueillie par des sifflets et des invectives à Dresde

octobre 3, 2016

Berlin – La chancelière allemande Angela Merkel a été accueillie par des sifflets et des invectives telle que Dégage! lundi à Dresde, berceau d’un mouvement anti-islam et xénophobe, à son arrivée à des célébrations de la fête nationale.

Une partie de la foule en colère a sifflé et hurlé Dégage! à l’adresse de la dirigeante conservatrice tandis que d’autres manifestants ont brandi des pancartes Merkel doit partir en ce jour férié qui marque le 26e anniversaire de la Réunification.

Le président fédéral, Joachim Gauck, a également été pris à partie à son arrivée dans la ville de Saxe (est) par des sympathisants de Pegida, un mouvement qui organise depuis deux ans des manifestations contre les réfugiés et les musulmans.

Un important dispositif de sécurité avait été mobilisé avec quelque 2.600 policiers déployés dans les rues de la cité, joyau de l’architecture baroque.

Alors que la droite populiste a le vent en poupe depuis l’arrivée de quelque 900.000 réfugiés l’an dernier, Angela Merkel a insisté en marge de ces célébrations sur le respect mutuel et l’acceptation d’opinions politiques très divergentes pour résoudre les problèmes que rencontre l’Allemagne.

Le président de la chambre des députés (Bundestag), Norbert Lammert, s’en est pris à ceux qui sifflent et crient et qui n’ont manifestement pas le moindre souvenir de l’état dans lequel étaient cette ville et cette région avant que la Réunification ne soit possible.

La chancelière, après 11 ans au pouvoir, est l’objet d’une contestation inédite liée aux inquiétudes des Allemands devant l’arrivée de tant de migrants.

Le pays, en plein chamboulement, a également vu le nombre d’agressions racistes ou contre les demandeurs d’asile croître considérablement sur fond de montée du parti populiste de droite AfD (Alternative für Deutschland) qui engrange les bons scores dans les élections régionales depuis un an.

Un rapport gouvernemental a récemment souligné que la paix sociale était menacée dans certaines parties de l’ex-RDA communiste où se sont multipliés les incidents et attaques contre les migrants.

Plusieurs manifestations de l’extrême droite mais aussi de la gauche se tenaient à Dresde en marge de ces célébrations. Le maire de la ville, Dirk Hilbert, a notamment été insulté après avoir invité dimanche à l’Hotêl de Ville des représentants de la communauté musulmane.

Ces célébrations, qui se font chaque année dans une ville différente, ont été placées sous haute sécurité après l’explosion la semaine dernière de deux petites bombes de fabrication artisanale devant l’entrée d’une mosquée et d’un centre de congrès.

La police avait indiqué dès le début de l’enquête ne pas exclure un motif xénophobe.

La chancelière a d’ailleurs rendu visite à l’imam de cette mosquée et à sa famille qui se trouvaient dans l’enceinte de l’édifice religieux au moment de l’explosion, selon un tweet de son porte-parole.

Le mouvement Pegida a vu son audience largement décliner ces derniers mois notamment en raison de dissensions internes et de discours de plus en plus racistes et violents.

Mais la colère et les frustrations d’une partie de la population de l’ex-RDA, qui se sent à tort ou à raison déclassée, n’ont cessé de s’exprimer. Dans certaines régions orientales, l’AfD a enregistré des scores de plus de 20%.

Le 3 octobre marque la fête nationale allemande en souvenir de la Réunification le 3 octobre 1990 quand l’Allemagne était redevenue une, moins d’un an après la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989 et l’effondrement du bloc soviétique.

Romandie.com avec(©AFP / 03 octobre 2016 16h27)