Posts Tagged ‘Sony Labou Tansi’

Littérature : le festival Mukanda rend hommage à l’écrivain Sony Labou Tansi

décembre 31, 2020

Il s’est tenu dans la communauté urbaine de Boko, dans le département du Pool, la deuxième édition du festival Mukanda. Le thème retenu était «Lire et écrire pour promouvoir le vivre ensemble et l’amitié entre les hommes».

Les organisateurs et participants lors de la clôture de la 2e édition du festival Mukanda/Adiac

Mukanda est un festival qui permet de mettre en vedette un artiste par édition. Pour cette édition, le choix était porté sur l’énigmatique et humaniste Sony Labou Tansi.  Un concours littéraire, des conférences et un vernissage sur la vie et les œuvres de Sony Labou Tansi ont jalonné cette activité qui s’est étendue en deux jours.

Le premier jour de l’évènement a été consacré principalement au concours littéraire, qui s’est tenu dans la matinée au lycée de l’enseignement général de Boko. Les élèves du primaire, du collège et du lycée, venus de Mpika, Voka et Boko y ont participé avec passion. Cette journée a été clôturée par l’exposé et débat présenté par l’écrivaine Winner Dimixson Perfection sur le thème général de cette édition « Lire et écrire pour promouvoir le vivre ensemble et l’amitié entre les hommes ». Par son discours et ses réponses, elle a épaté et convaincu son auditoire très complexe composé des intellectuels, des élèves et des officiels.

Le deuxième jour consacré à la journée internationale de l’écrivain africain a commencé avec les discours protocolaire et d’ouverture du chef de cabinet de l’administratrice maire de la communauté urbaine de Boko, représentant l’administratrice maire de Boko qui a rejoint le festival séance tenante avec le sous-préfet de Boko. Ont suivi l’allocution du directeur général des Arts et des Lettres Marcel Ipari qui a encouragé la pérennisation de ce genre d’activités et le discours de remerciements du directeur départemental des Arts et des lettres du Pool. Juste après, venait l’exposé du poète Gaétan Ngoua sur le thème « Sony l’humaniste » et la critique littéraire Winner Dimixson Perfection a clôturé la série des exposés sur le thème « L’apport de l’écrivain africain face aux défis de l’Afrique, l’exemple de Sony Labou Tansi ». Une fois de plus, les deux écrivains ont été à la hauteur des attentes de l’auditoire venu encore plus nombreux que la veille. Une série des questions avait été posée respectivement aux deux exposants qui ont répondu jusqu’à satisfaction des deux parties. Une chose importante est à signaler ; c’est la participation effective et pertinente des élèves aux débats, à la grande stupéfaction de tous. 

Ensuite, se sont tenues l’émulation et la remise des prix aux lauréats du concours de la veille. Bernalie Maounga Kianguebeni, élève en seconde A au lycée de Boko, a été l’heureuse récipiendaire du premier prix de cette édition ; deux autres élèves de l’école primaire de Mpika ont été également comptés parmi les lauréats.

La remise des prix a servi de transition pour chuter à l’ultime partie du vernissage présenté par Nicolas Bissi, compagnon de l’illustre Sony. L’exposition a connu un engouement de la part des populations qui s’étaient alignées et tour à tour entraient dans la salle polyvalente de la Bibliothèque Butsiele pour voir et échanger avec Nicolas Bissi.  Da ns l’ensemble Mukanda 2e édition a connu un franc succès. Le directeur départemental des Arts et des Lettres du Pool, Shand Bemi, initiateur de ce festival, a donné rendez-vous au public pour l’année prochaine à Kintélé pour la 3e édition de l’événement.  

Avec Adiac-Congo par Aubin Banzouzi

Hommage- littérature : Il y a du Sony Labou Tansi chez Philippe N. NGalla

juin 16, 2020

 

Il y a vingt-cinq ans disparaissait Sony Labou Tansi, de son vrai nom Marcel Nsoni. Poète, romancier, dramaturge, il a laissé une œuvre tellement foisonnante que la postérité continue de s’en inspirer. Ainsi, Philippe N. Ngalla, fils de Dominique Ngoïe-Ngalla, vient de publier La ronde des ombres, un roman dont les procédés et le topo rappellent ceux de Sony Labou Tansi.

 

Couverture La Ronde des Ombres de Philippe N. Ngalla

Juriste de formation, Philippe N. NGalla ne s’écarte pas pour autant du parcours de son père, de ses pères devrait-on dire. Si, biologiquement, il découle de l’auteur de Lettre d’un Pygmée à un Bantou, littérairement il trace son propre chemin, se cherche un prénom. En s’inspirant en partie des anciens. Son premier roman, La ronde des ombres (Le Lys Bleu Éditions), s’inscrit, pour ainsi dire, dans la lignée de… La vie et demie. Un roman immensément psychologique ! Un disséqueur d’âmes ! Oui, quarante après Sony, les bégaiements de l’histoire aidant, Philippe N. Ngalla revient sur la figure d’un homme puissant troublé par des apparitions. « Pile au moment où il amorçait sa descente vers le sommeil, écrit-t-il, tel un brigand attendant que sa victime fût complètement dans le noir pour lui enfoncer sa lame, les ombres ressurgirent […] Transi d’angoisse, la force lui manqua pour se réveiller et planter-là son cauchemar. Cette fois, en plus d’être effrayantes, les ombres étaient agressives, recouvertes de hideuses blessures » (p. 34). De quoi s’agit-il ?

Sylvestre est un homme politique, plus redouté qu’aimé. Il est le président d’un pays d’Afrique subsaharienne. Autour de lui, un cercle de thuriféraires, de Conseillers aussi bien intéressés que cyniques. Seulement voilà, comme partout en Afrique, le pouvoir politique s’accompagne toujours d’une forte dose de métaphysique… Et le primat accordé à l’irrationnel joue parfois de sales tours. Sylvestre est assiégé par une armée d’ombres. Que peuvent vouloir signifier ces ombres ? La fin de son règne ? « Ses féticheurs n’arrêtent pas les ombres, ses méthodes d’apprivoisement de l’opposition ne fonctionnent pas » non plus. Des ombres informes surgissent à sa droite, à sa gauche, papillotements, tremblements tamisés, confettis de lumière… Sylvestre ne vit pas un drame ; il vit une tragédie. Impuissant. Sans moyens de défense.

Des ombres menaçantes, peut-être vengeresses, des cauchemars… Comment ne pas penser au fantôme de Martial dans La vie et demie de Sony Labou Tansi ?

Philippe N. Ngalla est né l’année où paraît La vie et demie. Et, sans aller jusqu’à y voir une sorte de transmission de relais, mutatis mutandis, le réalisme magique comme matériau est frappant dans les deux romans. De même que dans La vie et demie pétrifiée d’onirisme, le surnaturel, comme ancré dans un univers réel, traverse de bout en bout La ronde des ombres. Des arbres parlent, les éléments sont apprivoisés : « C’est alors qu’il se produisit quelque chose de prodigieux. Le plus grand, le plus puissant et peut-être le plus vieux des arbres se mit à parler. En fait, il grondait. » (p.22). Des personnages et des lieux incarnent le mystique : « La pièce inspirait le mystère dans son aspect effrayant. Le désordre d’objets inquiétants l’imprégnait de la lourde atmosphère des endroits malfamés. Un tissu d’un rouge vif recouvrait un pan du mur au bas duquel se trouvait une statuette au front proéminent, hérissée de clous, menaçante. Des ossements à ses pieds et les traces de sang pétrifié indiquaient les sacrifices rituels à la divinité ou à l’esprit qu’elle représentait » (p.62).

Pourtant, avec son ton grave, La ronde des ombres se démarque de la veine incisive, burlesque et satirique de Sony Labou Tansi. Mettant l’accent sur la psychologie torturée de Sylvestre, figure de l’homme universel confronté au tragique, le récit exclut d’emblée la rutilance. L’élan de sympathie suscité par les souffrances de Sylvestre, tour de force du récit, en eût été émoussé autrement. Difficile en tout cas de ne pas prendre en pitié cet homme empêtré dans une telle angoisse, fût-il un puissant « Le jour convenu pour découvrir les résultats des recherches de Mamou Cocton, Sylvestre transpirait la tristesse. Il jetait sur les choses un regard qui disait « adieu ! » (…) Son pas pesant avait l’allure d’une procession, silencieuse et grave. Il semblait le mener vers la sortie obscure d’une vie qu’il pensait terminer en apothéose. »

On peut convoquer Le commencement des douleurs, le dernier roman de Sony Labou Tansi. A Hondo-Noote, en effet, les habitants jouent avec le feu en défiant les éléments, par leur bombance. Sylvestre, dans La ronde des ombres, ne trahit-il pas les « esprits de la forêt » avant le siège des ombres ?

« Porte étendard du roman congolais, j’apprécie Sony Labou Tansi pour sa subversion sans concession et sa radicalité artistique. Affranchi de tout académisme, son art se veut l’expression de son iconoclasme et d’une imagination sans bornes. Lorsque le doute m’étreint quant à mes choix, Sony me rappelle que l’artiste ne peut exister sans acceptation de soi. C’est ainsi seulement que sa singularité peut enrichir le fonds culturel universel. Rares sont ceux qui, à travers un style fortement marqué par leurs écorchures propres (tel que le laisse entrevoir son œuvre), parviennent à se faire des émules sur plusieurs générations », estime Philippe N. Ngalla.

 

La ronde des ombres

204 Pages

Prix : 17.60

 

Avec Adiac-congo par Marie Alfred Ngoma

Hommage à Sony Labou Tansi (extrait Africa International n°5, rubrique Culture)

septembre 12, 2019

CULTURE : « L’intérieur est plus impitoyable que le dehors », affirmait Sony Labou Tansi. Un livre-hommage au célèbre auteur Congolais mort il y a déjà près de 25 ans (1995) vient de paraître. Caroline Bourgine nous remet en mémoire l’œuvre de l’écrivain connu pour ses citations.

Publiée le 11 sept. 2019 par MRB Networks

Québec: Gatineau, lancement de la Porcelaine de Chine, une pièce de Marie-Léontine Tsibinda

septembre 4, 2013

Un événement culturel au rendez-vous de la rentrée littéraire au Québec avec La Porcelaine de Chine. Population de la ville de Gatineau, étudiants des campus de l’Université de l’Outaouais, vous êtes conviés à découvrir cette belle oeuvre dramatique, qui lève le chapeau et le rideau de la culture au Canada.

Lancement

Lancement jeudi 5 septembre à Gatineau de la Porcelaine de Chine, une pièce de Marie Léontine Tsibinda

Femme à la fibre sensible et sociable, Marie-Léontine Tsibinda a développé le sens de la collaboration et de la coopération lui ayant permis de coécrire :

Traduire Sony Labou Tansi in Sony Labou Tansi ou la quête permanente des sens, Paris, 1997, sous la direction du Pr Mukala Kadima-Nzuji, Abel Kouvouama, Paul Kibangou, 2005

La Grande Brassée pièce publiée et jouée à Gatineau, Québec, avec le soutien de la Ville de Gatineau en 2010.

Nègrecongo in Sylvain Bemba l’Écrivain, le Journaliste, le Musicien, Paris, 1997,
sous la direction du Pr Mukala Kadima-Nzuji et Patient Bokiba.

Une partie de ses essences poétiques arrosent par leurs senteurs les anthologies francophones et anglophones suivantes :

Du Congo au Danube : Tome 2, Anthologie de poésie contemporaine du Congo-Brazzaville et de la Roumanie, édition bilingue, ARC-Dagan, Timpul, 2013

Pas d’ici, pas d’ailleurs. Poésie. Anthologie poétique francophone de voix féminines contemporaines, Présentation et choix de Sabine Huynh, Andrée Lacelle, Angèle Paoli et Aurélie Tourniaire, Préface de Déborah Heissler, VOIX d’ENCRE, AOÛT 2012.

Moi, Congo ou les rêveurs de la souveraineté. Jouy-le-Moutier : Bajag-Meri, 2000

Possédant plusieurs cordes à son arc. Elle s’est lancée aussi au Conte avec Le sanglier de Tsirhi, conte, Ottawa, Éditions Alnéus, 2013, e-book, http://www.amazon.com.

On retrouve la brochette de ses nouvelles dans Les hirondelles de mer. Paris, Éditions Acoria, 2009.

Ce genre littéraire lui a valu le prix UNESCO-Aschberg en 1996 pour sa nouvelle Les pagnes mouillés.

Bibliothécaire, récipiendaire et sociétaire, elle a travaillé au Centre culturel américain à Brazzaville de 1980-1997, a obtenu le Prix national de poésie en 1981 et a joué dans le Rocado Zulu Théâtre de Sony Labou Tansi. Elle a accompagné cette troupe dans les représentations africaine et européenne de 1977-1988.

Marie-Léontine Tsibinda vit actuellement au Canada où elle se consacre à l’écriture.

La porcelaine de Chine, pièce de Marie-Léontine Tsibinda, éditée en Ontario français par Les Éditions l’Interligne
http://www.actualitte.com

Bernard NKOUNKOU

Étonnants voyageurs : Brazzaville la polyglotte

février 17, 2013
Michel Le Bris (à g) et Alain Mabanckou lors de l'ouverture du festival, le 14 février. Michel Le Bris (à g) et Alain Mabanckou lors de l’ouverture du festival, le 14 février. © Guy Gervais-Kitina/AFP

Le Festival de littérature Étonnants voyageurs s’est tenu à Brazzaville, au Congo, du 13 au 17 février, réunissant quelque 80 écrivains venus du monde entier et surtout d’Afrique. Un bouillonnement d’univers littéraires à la rencontre du public… et des écrivains en herbe.

L’Afrique qui vient… C’est ainsi que les organisateurs du festival de littérature Étonnants voyageurs qui s’est tenu à Brazzaville (Congo) pendant quatre jours ont décidé d’intituler leur manifestation. Sans doute fallait-il trouver un titre, alors va pour celui-là. Mais tout aussi bien aurait-on pu dire « Les Afriques en devenir », tant il est vrai que les quelque 80 écrivains venus à la rencontre des lecteurs – mais aussi des non-lecteurs – congolais représentent une somme de diversités impossible à dénombrer.

Nourris d’influences venues des quatre coins du monde, habitant ici ou là, nomades ou sédentaires, ils sont autant d’individualités uniques qu’il serait vain de vouloir entasser dans un même panier. Pour Alain Mabanckou, l’enfant du pays passé par la France et aujourd’hui installé aux Etats-Unis, « La fratrie congolaise a épousé la littérature monde dans son éclatement. C’est ici que sont nés les écrivains de l’Afrique centrale et il y avait une exigence à ramener le monde au Congo. »

Chacun cherche sa voix

Il y avait donc du monde, et du beau monde, pour discuter avec les étudiants ou les curieux venus assister aux conférences, débats et cafés littéraires organisés entre le Palais des Congrès, le Centre culturel français, les lycées et les différents quartiers de la ville. Constamment invoqués, les morts sont là dans les paroles de leurs héritiers : Tchicaya U’Tamsi, Sony Labou Tansi, Ahmadou Kourouma. Les anciens sont là aussi, mémoires vives d’une histoire récente ou moins récente : le Sud-Africain André Brink, le Sénégalais Souleymane Bachir Diagne, les Congolais Henri Lopes et Tchichellé Tchivela…

Et puis les plus jeunes : la sensation belge David Van Reybrouck, le Sénégalais Felwinn Sarr, le Sud-Africain Niq Mhlongo, le Congolais Fiston Nasser Mwanza. Mais dans ce rassemblement hors du commun, il serait difficile de distinguer des écoles ou des tendances. Chez les écrivains comme ailleurs, l’individu reste aujourd’hui premier, chacun cherchant sa propre voix. L’ambassadeur de la République du Congo en France, Henri Lopes, déclare ainsi : « En football, on porte les couleurs d’une nation. En littérature et en art, non. »

Transmission et émotion

Le jeune américain d’origine nigériane Teju Cole, lui, explique ainsi son désir d’écriture : « Si je suis inspiré, c’est parce qu’il existe ce miracle qui consiste à transmettre par des mots mon état d’esprit à quelqu’un qui n’est pas là et l’émouvoir. »

S’il fallait néanmoins tenter de tirer une conclusion de ce bouillonnement créatif agitant pour quelques jours le Congo, la vitalité des littératures africaines anglophones mériterait d’être soulignée. De jeunes auteurs nigérians ou d’origine nigériane comme Teju Cole, Helon Habila, Noo Saro-Wiwa ou comme le Sud-Africain Niq Mhlongo portent haut les couleurs de la langue de… Ah, Shakespeare ? Chaucer ? Hemingway ? Faulkner ? Non vraiment, ces expressions ne peuvent plus avoir cours : pour dire le réel, il y a autant de langues que d’écrivains.

________

Jeuneafrique.com Par Nicolas Michel, envoyé spécial à Brazzaville