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Mali – Tombouctou : 100 coups de fouet pour avoir conçu un enfant hors mariage

juin 20, 2012

À Tombouctou, le groupe islamiste Ansar Eddine fait régner la charia dans le fondamentalisme le plus strict. Un homme et une femme qui avaient conçu un enfant hors mariage en ont fait les frais : 100 coups de fouet chacun, en place publique.

Est-ce Roméo et Juliette, version « tombouctoussienne » ? Se sont-ils aimés ? Est-ce au contraire une histoire des plus banales ? Pour les islamistes, peu importe. C’est – comme toujours – beaucoup plus simple, en l’occurence « haram » (interdit). Et en d’autres termes, c’est un péché qui doit être puni. Pour avoir eu un enfant hors mariage, donc, un homme et une femme ont reçu mercredi cent coups de fouet chacun à Tombouctou (Nord-Mali), de la part de membres du groupe islamiste armé Ansar Eddine. Des châtiments corporels tout droit sortis d’un autre âge.

Mais c’est aussi pour le groupe islamiste, dont une délégation est à Ouagadougou afin de discuter avec le médiateur burkinabè, le moyen d’envoyer à Blaise Compaoré un message politique en réaffirmant son objectif principal : l’application de la charia, interprétée de manière radicale, obtuse et fondamentaliste.

Voir l’interview de Hamadoun Touré, porte-parole du gouvernement malien de transition :

 

« Comme un spectacle »

« Sur la place Sankoré de Tombouctou (centre), un homme et une femme ont reçu cent coups de fouet chacun pour avoir eu un enfant hors mariage », a rapporté Mohamed Ould Baby, un élu de la ville, ainsi que d’autres témoins. Ould Babny a précisé que c’était la première fois qu’un couple était ainsi puni depuis la prise de Tombouctou par les islamistes début avril.

« C’était comme un spectacle, les gens ont regardé ça. J’ai vu les jeunes descendre d’un véhicule sur la place, puis les coups de fouet. C’est la première fois que je vois ça », a affirmé Ould Baby. Selon une source hospitalière, les deux jeunes sont ensuite allés se faire soigner à l’hôpital de Tombouctou.

La police islamique de Ansar Eddine ne compte pas s’arrêter là : un de ses responsables a affirmé que six autres femmes ayant eu des enfants hors mariage seront prochainement sanctionnées par la charia à Tombouctou. La semaine dernière, c’étaient des membres du Mujao qui avaient brûlé des cartons de cigarettes et fouetté des fumeurs à Bourem, une ville du nord du Mali qu’ils occupent et contrôlent. En mai à Gao, ils avaient empêché des jeunes de jouer au football et de regarder la télévision, ce qui avait provoqué de violentes manifestations anti-islamistes.

Jeuneafrique.com avec AFP

Une mésange dans le vent

mars 19, 2012

 

Le vent embrassait sans honte les branches nues

Quand voyageait mon regard de célibataire vêtu

Admirant à chaud dans la joie risible du vent frais

Les coups de bec de la mésange sur le tronc épais

 

Seul sur la route le nez pointé au grain du spectacle

Maintenant assis comme une marmite sans couvercle

Je partageais le frileux plaisir qui bientôt s’évaporait

Comme l’ombre ivre sans os du vent qui disparaissait

 

Déployant ses ailes dans ma bienveillante  direction

L’oiseau déféquait maladroitement sans permission

Sur le vaste champ dénudé et étiolé de ma calvitie

Rompant soudainement le maigre temps de mon répit.

Bernard NKOUNKOU

Le message de Jean-Baptiste Placca au peuple congolais

mars 10, 2012

Une petite pensée pour les femmes de Brazzaville, pour toutes les mères du Congo, à nouveau endeuillées par ce qu’il faut bien appeler une lourde faute politique. Une pensée, aussi, pour ces milliers d’enfants, qui vont devoir grandir sans leurs parents, dans un environnement national dur où, pour prendre part au banquet de la colossale manne pétrolière, il faut, au moins, graviter dans la périphérie immédiate de la galaxie du pouvoir.

Un habitué des champs de guerre, venu en renfort médical, assimile le spectacle qu’il a vu aux dégâts d’un terrible bombardement. Une semaine après, des centaines de blessés n’ont toujours pas reçu les soins appropriés, tant est grand le dénuement des hôpitaux brazzavillois. Et voilà le peuple congolais une fois encore piégé par ses propres dirigeants. Une poudrière en plein milieu des habitations des populations civiles ! Ne nous parlez pas d’accident, non ! Si ce n’est pas délibéré, alors, c’est de l’inconscience, et c’est encore pire !
Ailleurs, le chef d’état-major de cette armée-là aurait déjà été limogé. Le ministre de la Défense aurait donné sa démission, et tous ses supérieurs seraient à genoux, en train d’implorer le pardon de la nation. Le général Denis Sassou Nguesso est chef de l’Etat congolais depuis 1979 (tente-trois ans !). Congédié par les urnes en 1992, il a repris le pouvoir par les armes, en 1997.
Quinze ans plus tard, il a encore manifestement toujours besoin d’un arsenal conséquent au cœur de la capitale, pour protéger son pouvoir. Le scandale, ici, ne réside pas uniquement dans le fait que l’on investisse des centaines de milliards dans l’armement, dans un pays qui n’a jamais été en guerre avec personne. Le scandale, c’est qu’un Etat pétrolier de ce rang, peuplé d’à peine 4 millions d’habitants, ne puisse pas investir quelques dizaines de millions dans les pansements, compresses et autre Bétadine dont ont cruellement besoin les hôpitaux du Congo. « Le sous-équipement des hôpitaux de Brazzaville est tel que, en quelques heures, ils étaient dépassés », dit le célèbre chirurgien français Alain Delloche, bouleversé par l’ampleur de la catastrophe. Et voilà le général Sassou Nguesso, si sourcilleux sur tout ce qui touche à son image, trahi par sa propre poudrière. La colère, contenue, des Congolais, peut se résumer à ce cri du cœur d’une femme – d’une mère –, qui a hurlé, dans le micro de RFI, que le régime en place dans son pays est un régime militaire. Elle aurait tout aussi bien pu dire, en écho au cri de ralliement de la jeunesse du Sénégal : « Y en a marre ! Vraiment, vraiment marre ! ».