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JO de Tokyo 2021 : une première et dernière médaille d’or pour le karatéka Steven Da Costa

août 5, 2021

Le Français est devenu champion olympique de karaté (- 67 kg), jeudi 5 août, à Tokyo. Cet art martial japonais faisait son entrée au programme. A Paris, il n’y figurera pas.

Steven Da Costa est peut-être le premier et le dernier champion olympique français de karaté, une discipline qui n’a pas été retenue aux JO de Paris 2024.
Steven Da Costa est peut-être le premier et le dernier champion olympique français de karaté, une discipline qui n’a pas été retenue aux JO de Paris 2024. VINCENT THIAN / AP

Un petit tour et puis s’en va pour le karaté. Présent pour la première fois aux Jeux olympiques et déjà retiré du programme dans trois ans à Paris, cet art martial japonais connaît une reconnaissance internationale éphémère à Tokyo. Celle de Steven Da Costa sera, elle, éternelle. Champion du monde 2018, le karatéka de Mont-Saint-Martin (54) n’a pas laissé échapper l’occasion d’entrer dans le cercle fermé des médaillés d’or tricolores.

Il ne fallait pas avoir les nerfs fragiles pour jouer à cet ersatz de roulette russe olympique. Bousculé en début de tournoi dans le sacro-saint Budokan, Da Costa est monté en puissance au fil de la journée. « Depuis deux ans que je suis qualifié [pour les Jeux], j’ai la pression. J’imaginais que si je ne ramenais rien, c’était la honte », confiait-il avant ses deux derniers combats. Jeudi soir, il a été à la hauteur des attentes en maîtrisant sa demi-finale face au Kazakh Darkhan Assadilov et sa finale face au Turc Eray Samdan.

En mars, dans son fief lorrain, Steven Da Costa entamait la dernière ligne droite de sa préparation olympique. Entouré de ses deux frères – Jessy et Logan, également membres de l’équipe de France de karaté – et de son père, Michel, l’entraîneur de la famille, il n’affichait aucun stress face à cette situation particulière : « Ça ne change rien pour moi, ni motivation, ni pression en plus. Je vais aller à Tokyo pour gagner. Si je réussis, c’est magnifique. Si je ne gagne pas, c’est que je ne devais pas gagner. Que cela soit les seuls JO de l’histoire de mon sport ou pas. »

Leïla Heurtault est l’une des deux seules coéquipières du nouveau champion olympique présentes lors de ces JO. A 26 ans, elle était engagée vendredi dans la catégorie – 61 kg en kumite [l’appellation du karaté de combat par opposition au kata], comme Da Costa. Elle a constaté les bienfaits d’une participation olympique pour son sport. Par exemple l’arrivée à cette occasion de partenaires supplémentaires pour son club du Samouraï 2000 au Mans.

« On avait beaucoup de mal à réaliser. Les Jeux étaient une terre inconnue. Lorsqu’on nous disait que c’était l’apothéose d’une carrière, on avait du mal à le réaliser, racontait-elle au Monde avant les Jeux. Juste sur la préparation et sur la publicité que ça fait à notre sport, c’est complètement une autre dimension. Ça change toute une carrière. » Comme Steven Da Costa, elle était prête à ce drôle de « quitte ou double. »

Au Japon, le karaté a bénéficié du poids de la tradition pour figurer parmi les sports additionnels au programme olympique. En 1988, le taekwondo avait profité des Jeux de Séoul pour intégrer la grand-messe, bien aidé à l’époque par la double casquette de Un Yong Kim : ex-président de la fédération internationale et également ex-vice-président du CIO.

Pour conserver sa place à Paris, la bataille était trop rude. « Le président de la fédération japonaise de karaté est un ancien député assez puissant. Leur COJO (comité d’organisation des Jeux olympiques) avait plaidé pour notre sport et pour le baseball, explique Francis Didier, président de la Fédération française de karaté. Pour 2024, nous n’avons pas eu assez de poids politique. Au CIO, il n’y a qu’un pape, c’est Thomas Bach. Il a choisi de nous retirer de la liste pour mettre la breakdance à la place. Il a été emballé par la discipline aux JO de la jeunesse. »

Forte de 240 000 licenciés, la Fédération française de karaté espère quand même profiter d’un élan olympique. Le titre de Steven Da Costa tombe à pic. « J’espère que ce succès va booster le nombre de gens qui vont vouloir se mettre au karaté après avoir regardé les Jeux à la télévision, a déclaré Olivier Beaudry, coach de l’équipe de France. J’espère que cela va nous aider dans notre quête olympique. Les téléspectateurs ont vu un très bon spectacle. Le karaté a toute sa place aux Jeux. »

Réaliste, même si pas encore entièrement résigné, Francis Didier voulait, lui, tourner pour un temps la page olympique : « Un dirigeant doit rester factuel. On a vécu sans les Jeux, on n’a pas arrêté de grandir pour autant. Si vous ne tournez pas la page, vous ne pouvez pas vous préparer à l’avenir. Ce qui ne veut pas dire abandonner le combat pour les Jeux, simplement le mettre un peu de côté. » Avec Steven Da Costa, la discipline a un ambassadeur de choix.

Par Le Monde avec Anthony Hernandez (envoyé spécial à Tokyo)