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Le stockage de produits pétroliers : une stratégie gagnante en période de pénurie

juillet 30, 2022

Avec la guerre en Ukraine, de nombreux pays africains sont exposés à des risques de pénurie de produits pétroliers. Le continent ne disposant pas d’infrastructures de stockage suffisantes pour répondre à la demande en temps normal, qui peut dire ce qu’il en serait en cas de disette générale ?

Des personnes font la queue pour du carburant dans une station-service à Yaoundé, le 19 juillet 2022. Depuis près de deux semaines, l’essence et le diesel font défaut dans les principales villes du Cameroun. © DANIEL BELOUMOU OLOMO/AFP

Nous l’avions déjà indiqué dans une précédente tribune sur ce même site : la crise énergétique que traverse le monde – à plus ou moins grande échelle –, depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, a ouvert les débats sur la sécurité des approvisionnements en gaz naturel dans plusieurs pays d’Europe fortement dépendants des importations de gaz russe pour leurs industries et le chauffage domestique.

Désormais, si l’Amérique du Nord – gros producteur et détenteur de capacités de stockage stratégique d’envergure  – et le Moyen-Orient, important producteur et faible consommateur, semblent relativement épargnés,  les pays d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique subissent eux aussi les conséquences de cette crise mondiale à degrés différents.

Pour les pays importateurs de gaz naturel – les plus affectés –, l’un des effets de cette pénurie a été la recherche de sources alternatives d’approvisionnement. Et cela n’est pas aisé car ce sont des projets qui exigent de lourds investissements en infrastructures, qu’il s’agisse de gazoducs ou d’usines de liquéfaction, de navires méthaniers et  de terminaux de regazéification pour la chaîne GNL. De plus, les volumes exportés sont compromis sur des contrats de livraison à long terme, laissant peu de marge pour des opérations spot… quoique celles-ci soient de plus en plus courantes dans le cas du GNL.

Pression sur les prix

Ainsi, le choix de substitution du gaz en Europe s’est donc porté sur les produits pétroliers, la remise en service de centrales au charbon et même le nucléaire. Cela a eu pour effet de reporter les objectifs européens de politique environnementale d’émissions zéro de CO2. À court terme, il est clair que les produits pétroliers offrent une solution plus immédiate et plus souple car leur utilisation est technologiquement dominée. Cependant, cela a créé aussi une pression sur les prix internationaux du brut et des produits pétroliers, qui ont fini par affecter tous les pays importateurs. C’est le cas notamment de nombreux pays d’Afrique, qui se voient subitement entrainés dans une crise qui leur semblait lointaine au départ. Ainsi, en plus de la difficulté de se procurer des produits pétroliers de plus en plus chers – essence, gazole, GPL en particulier –, si la plupart des pays africains ne disposent déjà pas d’infrastructures de stockage suffisantes pour répondre à la demande en temps normal, qui peut dire ce qu’il en sera en temps de pénurie?

Les conséquences d’un risque de rationnement ou de manque de produits pétroliers peuvent non seulement ralentir, voire paralyser, certaines activités économiques et faire flamber les prix – avec les conséquences sociales que l’on imagine –, mais peuvent également créer un climat d’insatisfaction politique généralisée avec l’inflation qui en résultera. Dans le secteur domestique, cela peut signifier un retour à la consommation de bois pour la cuisson et un retrait dans les objectifs de pénétration du GPL à plus grande échelle.

Sortir des sentiers battus

Une politique d’augmentation de la capacité de stockage stratégique des produits pétroliers semble donc une option à étudier sérieusement dès maintenant. Toutefois, les délais de fabrication et de construction de ces réservoirs de grande capacité sont relativement longs, et il convient de regarder les rares opportunités qui se présentent sur le marché.

Par exemple, nous pouvons citer le cas du projet de construction d’un grand complexe pétrochimique au Brésil, qui a été annulé il y a quelques années. Nous savons que deux réservoirs de GPL de 4 000m³ de capacité chacun – qui n’ont pas été montés et dont le fabricant assure toujours la garantie – sont disponibles pour livraison immédiate à un prix très inférieur au prix d’un réservoir commandé maintenant, pour livraison dans huit à dix mois dans le meilleur des cas. Ainsi, en plus de bénéficier d’un prix très avantageux, l’achat de ces réservoirs permettrait à l’acquéreur de mettre en service un projet de stockage de GPL dans un délai moitié moins long que pour un projet greenfield.

En  général, c’est dans les périodes de crise qu’il faut sortir des sentiers battus, développer la créativité et se risquer à des solutions innovantes.

Patrick H. Drummond

Avec Jeune Afrique par Patrick H. Drummond

Ingénieur, directeur général de ICTx Consulting, spécialisé dans le développement de projets gaziers au Brésil et en Afrique.

Chine : 330 millions d’euros attendus pour le cacao ivoirien

juin 25, 2020

Cacao en Côte d'Ivoire.

Cacao en Côte d’Ivoire. © Fernando Llano/AP/SIPA

 

La Côte d’Ivoire veut développer des unités de transformation et de stockage, afin notamment d’influencer la valorisation du cacao ivoirien.

Le régulateur de la filière ivoirienne du café-cacao va-t-il enfin réaliser son ambition de remonter la chaîne de valeur de l’industrie cacaoyère ? L’État ivoirien, via le ministère de l’Économie et des Finances, a validé en pleine période du Covid-19 les projets de deux usines de broyage de cacao et de construction d’une dizaine d’entrepôts de stockage dans le pays.

Le Conseil café-cacao (CCC) envisage d’emprunter environ 330 millions d’euros auprès d’acteurs chinois pour financer ces projets, sur garantie souveraine de l’État ivoirien, pour financer ces installations.

Des banques chinoises fortement actives en Côte d’Ivoire

L’octroi du crédit sera facilité par le partenaire asiatique de CCC : China Light Industry Design Co Ltd (CNDC).

Peu connu sur le continent, CNDC est une entreprise publique chinoise active dans les projets d’ingénierie, de passation de marchés, de construction et de mise en service dans l’industrie légère, l’agro-industrie ou encore la médecine. Sa maison mère est le conglomérat d’État China Haisum Engineering Co., coté à la Bourse de Shenzhen, où sa valorisation frôle 3 milliards de dollars.

Les fonds obtenus par CCC seront remboursés sur les revenus de cet acteur incontournable tant dans la fiscalité du secteur du cacao en Côte d’Ivoire, que dans la mise en relation entre exportateurs et négociants, d’une part, et les producteurs locaux de l’or brun.

Si l’identité des futurs bailleurs de fonds chinois n’est pas encore connue, il faut noter que la Banque chinoise d’import-export, China Exim Bank, a déjà financé plusieurs projets majeurs en Côte d’Ivoire, comme l’extension du port d’Abidjan durant la décennie passée. China Exim Bank connaît également l’industrie du cacao ouest-africain, pour avoir financé déjà les opération du Cocobod, régulateur de ce secteur au Ghana. Industrial and Commercial Bank of China ainsi que China Development Bank sont également très actives dans le financement de projets en Côte d’Ivoire.

Objectif : réduire la dépendance aux pressions du marché

Le projet, évoqué dès la fin 2019, est décliné en la construction d’unités industrielles de transformation de cacao à Abidjan et à San Pedro, d’une capacité de 50 000 tonnes, censé permettre une revalorisation du cacao ivoirien encore trop souvent exporté à l’état brut. Le CCC entend aussi construire deux entrepôts pouvant stocker 150 000 tonnes chacun, qui devraient permettre de contrôler la mise sur le marché du cacao et, par là, influencer l’offre et les cours de cette matière première.

« C’est la vision du président Alassane Ouattara que nous exécutons, pour permettre aux paysans d’avoir un prix décent. Ce plan ne nous mettra plus sous la pression du marché international » a confié à Jeune Afrique, Yves Koné, le directeur général du CCC. Une école de formation de formation aux métiers du chocolat est prévue. Le site d’Abidjan sera bâti dans la nouvelle zone industrielle du PK 24 d’Akoupé-Zeudji, au nord de la capitale économique.

Depuis deux ans, la Côte d’Ivoire et le Ghana oeuvrent à la création d’une « Opep du cacao » pour influencer les cours mondiaux. Les deux États qui représentent plus de 60% de l’offre mondiale ont instauré à partir de la campagne de commercialisation de la récolte 2020-2021, un mécanisme de différentiel de revenu décent (DRD) de 400 dollars la tonne sur tous les contrats conclus avec les négociants et exportateurs.

Avec Jeune Afrique par Baudelaire Mieu à Abidjan