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Iran et Chine signent un « pacte de coopération stratégique de 25 ans »

mars 27, 2021

Iran et Chine signent un "pacte de cooperation strategique de 25 ans"
Iran et Chine signent un « pacte de coopération stratégique de 25 ans »© AFP/-

L’Iran a conclu samedi avec la Chine, pays « ami des temps d’épreuves », un accord de coopération stratégique et commerciale sur 25 ans aux contours mystérieux après plusieurs années de discussions.

Ce « pacte de coopération stratégique de 25 ans » a été signé par le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, et son homologue chinois, Wang Yi, en visite à Téhéran, a constaté un journaliste de l’AFP.

Les grandes lignes et les détails de l’accord doivent encore être dévoilés. Tout ce que l’on sait du document signé par les deux ministres, c’est qu’il s’agit, selon Téhéran, d’une « feuille de route complète », comportant des « clauses politiques, stratégiques et économiques » pour « 25 ans de coopération ».

La signature de ce pacte illustre la priorité donnée aux relations avec « l’Est » (c’est-à-dire pour l’Iran des Etats comme la Chine, les deux Corées, l’Inde, le Japon ou la Russie) conformément à l’inflexion donnée par le guide suprême iranien Ali Khamenei en 2018 en rupture avec l’un des slogans les plus populaires de la révolution iranienne de 1979 : « Ni Ouest, ni Est, République islamique. »

Pour Pékin, l’accord s’inscrit dans son vaste projet d’infrastructures dit des Nouvelles routes de la soie lancé avec plus de 130 pays.

La Chine est le premier partenaire commercial de la République islamique d’Iran même si, selon des chiffres iraniens, le volume des échanges entre les deux pays a chuté avec le rétablissement, en 2018, de sanctions américaines contre Téhéran, dans la foulée de la dénonciation par Washington de l’accord international sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015.

« Actions appréciables »

Cité vendredi par l’agence Ilna, le chef de la chambre de commerce sino-iranienne à Téhéran, Majid-Réza Hariri, a indiqué que le volume des échanges entre Pékin et Téhéran était tombé à environ « 16 milliards de dollars » en 2020, contre « 51,8 milliards de dollars » en 2014.

La Chine, qui était l’un des principaux acheteurs du pétrole iranien avant ces sanctions a fortement réduit, officiellement, ses achats de brut en provenance de la République islamique.

Selon des informations de presse, les importations chinoises de pétrole iranien ne se sont cependant jamais taries et elles auraient même augmenté récemment.

Selon un communiqué de son ministère, « M. Zarif a qualifié la Chine d’ami des temps d’épreuves » et a déclaré à M. Wang : « Nous remercions la Chine pour ses positions et actions appréciables en ces temps de sanctions cruelles contre l’Iran. »

En recevant le ministre chinois, le président Hassan Rohani, a dit souhaiter que Pékin « continue d’être un partenaire commercial majeur avec l’Iran » et vouloir « plus de coopération dans le domaine des coentreprises », selon un communiqué de la présidence.

« Pays fiables »

M. Rohani a aussi salué l’opposition de la Chine « à l’extravagance américaine et aux sanctions unilatérales » de Washington.

La visite en Iran de M. Wang, qui a reçu il y a quelques jours son homologue russe Sergueï Lavrov en Chine, survient dans un climat de défiance renforcée de la République islamique vis-à-vis de l’Occident et dans une période de tensions persistantes entre Moscou, Pékin et Téhéran d’un côté et les Etats-Unis de l’autre depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche en janvier.

La dénonciation unilatérale par Washington en 2018 de l’accord international sur le nucléaire iranien et l’incapacité des Européens à aider la République islamique à contourner les sanctions américaines rétablies cette année-là, ou encore à relancer l’accord, ont achevé de convaincre les autorités iraniennes que l’Occident n’est pas un partenaire « digne de confiance », selon l’expression de M. Khamenei.

La genèse du pacte irano-chinois remonte à la visite du président chinois Xi Jinping à Téhéran en janvier 2016.

Téhéran et Pékin s’étaient alors engagées dans un communiqué commun « à mener des négociations pour la signature d’un accord de coopération élargie sur 25 ans » et « de coopérer et avoir des investissements réciproques dans les différents domaines, notamment les transports, les ports, l’énergie, l’industrie et les services ».

L’ayatollah Khamenei avait alors jugé « tout a fat correct et sage » ce projet, affirmant que l’Iran cherchait « à élargir ses relations avec des pays indépendants et fiables tels que la Chine ».

Avec AFP

Côte d’Ivoire: à Abidjan, une opposition unie contre ADO mais à la stratégie incertaine

octobre 11, 2020
Henri Konan Bédié, lors du meeting de l'opposition, le 10 octobre à Abidjan.

L’opposition ivoirienne a organisé samedi un grand meeting pour afficher son unité contre la candidature contestée d’Alassane Ouattara à un troisième mandat le 31 octobre.

C’est la fin de journée et le soleil descend doucement sur la lagune Ebrié. Davy quitte le quartier du Plateau à Abidjan où il a assisté au meeting organisé par l’ensemble de l’opposition ivoirienne. La trentaine, militant du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) depuis les années 2000, il porte un t-shirt vert en l’honneur de sa formation et de son chef, Henri Konan Bédié.

Il se dit pourtant un peu déçu : « C’était important d’être là pour dire que nous sommes opposés au 3e mandat d’Alassane Ouattara. Mais j’attendais un mot d’ordre clair. Nous sommes prêts. Mais on doit savoir exactement ce qu’on attend de nous. Nos leaders ne peuvent plus se cacher. Il faut assumer. »

Ces derniers jours, les proches et communicants de Bédié ne se cachaient pas pour l’annoncer, montrant volontiers les muscles : ce meeting allait marquer le grand début de la désobéissance civile. Après avoir lancé ce mot d’ordre le 20 septembre, Henri Konan Bédié allait enfin en préciser le contenu.

Pas de grosse annonce

Prenant la parole pour clôturer l’évènement, le chef de file de l’opposition, en sa qualité de doyen et d’ancien chef de l’État, Bédié n’a pourtant fait aucune grosse annonce. Tout juste a-t-il assuré que « la dictature du RHDP (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix) unifié sera vaincue dans quelques jours ou quelques semaines » et appelé le « secrétaire général de l’ONU, António Guterres, à se saisir du dossier ivoirien pour la mise en place d’un organe électoral indépendant crédible avant l’élection présidentielle ».

Faut-il en déduire qu’il espère finalement y participer ? Ces derniers jours, le Sphinx de Daoukro avait laissé entendre en privé que son combat contre Alassane Ouattara passait désormais avant la question de sa candidature.

« Bédié a envie d’être candidat, mais il est coincé par la pression mise par Guillaume Soro et Laurent Gbagbo. S’il n’a pas su galvaniser les militants ce samedi, quand aura-t-il l’occasion de le faire ? Le pouvoir ne nous laissera plus nous réunir de cette manière », estime un de ses proches. L’élection est toujours prévue le 31 octobre, et la campagne doit se dérouler du 15 au 29.

Des partisans de l'opposition, réunis le 10 octobre 2020 à Abidjan.

Véhémence

Avant lui, les autres personnalités de l’opposition réunies au stade Félix Houphouët-Boigny s’étaient montrées bien plus offensives. Pascal Affi N’Guessan, dont la candidature a aussi été retenue, a appelé à une transition politique pour la renaissance de la Côte d’Ivoire ». « Demain et après demain, soyons en action sur le terrain pour le départ d’Alassane Ouattara », a poursuivi l’ancien Premier ministre, présent au côté d’Assoa Adou, représentant de la branche rivale du Front populaire ivoirien (FPI).

SELON LES INTERVENANTS, LES ATTAQUES CONTRE ALASSANE OUATTARA ONT PARFOIS EU DES RELENTS XÉNOPHOBES.

Albert Mabri Toikeusse et Marcel Amon Tanoh, dont les candidatures ont été rejetées par le Conseil constitutionnel, se sont montrés particulièrement véhéments à l’encontre du chef de l’État ivoirien, dont ils étaient les alliés il y a encore quelques mois. « Aujourd’hui, nous devons nous lever dans les villes et les villages pour barrer la route à Ouattara », a lancé l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, évoquant « une patrie menacée par des gens sans foi ni loi », « une équipe mafieuse ».

Compagnon de route d’ADO pendant plus de trente ans, Amon Tanoh s’est adressé à celui dont il fut le directeur de cabinet et le ministre des Affaires étrangères : « Dites-lui de libérer notre pays. Nous sommes prêts à mourir pour notre pays ».

Relents xénophobes

Selon les intervenants, les attaques contre Alassane Ouattara ont parfois eu des relents xénophobes. « Nous allons le chasser de notre pays. Il va reconnaître d’« où il vient », a lancé Apollinaire N’Guessan de la plateforme Agir, à l’encontre de celui qu’il a appelé « le mosi », en référence à ses origines burkinabè. En tribune officielle, ces propos ont jeté un froid, plusieurs personnalités demandant à ce que l’intervention cesse.

S’ils n’ont pas totalement rempli le stade, les militants de l’opposition ont tout de même répondu présent. Les accès au Plateau bouclés, beaucoup ont dû marcher de longues minutes pour s’y rendre. Toute la matinée, des centaines de personnes ont ainsi défilé le long du boulevard lagunaire. Comme Ange, venu de Yopougon, tous racontaient la même histoire : « Nos véhicules sont bloqués par la police, qui veut nous faire croire que le stade est déjà plein. » Militant du FPI, Jean-Marie explique de son côté que son véhicule a été attaqué alors qu’il venait de la commune proche de Koumassi. Les organisateurs ont de leur côté annoncé que plusieurs cars de militants avaient été bloqués à Aboisso, Grand-Bassam ou Bonoua, d’autres attaqués à Yopougon ou Port-Bouët.

En cours de meeting, un jeune accusé d’être un « microbe » –  nom générique donné aux enfants en conflit avec la loi – a été lynché par une foule importante. Il ne doit sa vie qu’à l’intervention du service d’ordre.

Par Vincent Duhem – à Abidjan

La Suède reconnaît les failles de sa stratégie contre le coronavirus

juin 3, 2020

 

Pour la première fois depuis le début de la pandémie du nouveau coronavirus, la Suède a reconnu que ses mesures contre le virus auraient pu être meilleures.

© News Agency/Henrik Montgomery via REUTERS
En Europe, la Suède a fait figure d’exception en choisissant de ne pas confiner sa population contre le COVID-19. Le confinement strict comme la France a connu par exemple n’a pas été appliqué. Les écoles primaires, cafés, bars, restaurants et magasins sont restés ouverts car le pays comptait sur l’immunité collective pour contrer le virus, c’est-à-dire que la propagation du virus s’enraye d’elle-même lorsqu’un seuil de contamination – et donc de personnes immunisées – est atteint. Alors que cette méthode a été vivement critiquée dans le pays et à l’international, l’épidémiologiste de l’Agence de santé publique suédoise Anders Tegnell a reconnu pour la première fois les failles de l’approche suédoise face à une mortalité «vraiment» trop élevée. «Si nous devions rencontrer la même maladie avec tout ce que nous savons aujourd’hui sur elle, je pense que nous finirions par faire quelque chose entre ce que la Suède et le reste du monde ont fait», a-t-il déclaré mercredi sur les ondes de Sveriges Radio.

Une commission d’enquête pour dresser le bilan du « modèle » suédois

Mercredi 3 juin, 38 589 cas de coronavirus avaient été détectés en Suède depuis le début de la crise sanitaire, et 4 468 personnes sont décédées des suites de la maladie, selon les autorités sanitaires. Par comparaison, les voisins scandinaves Danemark et Norvège -qui se sont confinés et qui comptent moitié moins d’habitants que la Suède- déplorent respectivement 580 et 237 morts du coronavirus. «Il est clair qu’il y a un potentiel d’amélioration dans ce que nous avons fait en Suède [contre le virus]. Il serait bien de savoir plus précisément ce que l’on doit stopper pour mieux prévenir la propagation de l’infection», a ajouté Anders Tegnell. Pour protéger sa population, le gouvernement suédois en avait appelé à la «responsabilité» de chacun, au respect des gestes barrière et avait encouragé le télétravail. Parmi les mesures restrictives prises, l’interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes, la suspension des visites dans les maisons de retraite et la fermeture des lycées et universités. Face à la pression de l’opposition, le gouvernement suédois a fait savoir lundi qu’il confierait avant l’été à une commission d’enquête la tâche d’analyser la stratégie du pays pour lutter contre la pandémie.

Avec Parismatch

Côte d’ivoire: La stratégie de Henri Konan Bédié, le sphinx de Daoukro, pour la présidentielle de 2020

septembre 20, 2019

Henri Konan Bédié, à Pais le 10 septembre 2019. © Vincent Fournier pour Jeune Afrique

Henri Konan Bédié, qui vient d’officialiser son alliance politique avec Laurent Gbagbo, a accordé un entretien à Jeune Afrique. À un an de la présidentielle, il assume ses changements d’alliance, affiche ses ambitions et détaille sa stratégie politique.

«  Il n’y a pas d’âge limite en politique. » À 85 ans, le sphinx de Daoukro affiche ses ambitions dans la perspective de la présidentielle de 2020, se posant désormais en opposant farouche à son ancien allié Alassane Ouattara.

Dans l’entretien qu’il a accordé le 10 septembre à Jeune Afrique, à paraître dans notre édition du 22 septembre, le patron du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) détaille notamment sa stratégie d’alliance avec le Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo – dont le retour prochain à Abidjan a été hypothéqué par la décision de la procureure de la Cour pénale internationale de faire appel de l’acquittement prononcé en faveur de l’ancien président ivoirien.

La présidentielle en ligne de mire

Et peu importe que les deux partis, qui « travaillent désormais ensemble au sein d’une même plateforme politique », soient aux antipodes en terme idéologique, l’un étant  socialiste, l’autre libéral. « C’est une entente pour travailler ensemble à des objectifs précis en vue l’élection présidentielle de 2020 », assure Henri Konan Bédié. Quant à la présidentielle, « chaque parti aura son candidat. Mais au second tour, le mieux placé recevra le soutien de l’autre », affirme-t-il.

Le président du PDCI, qui n’oublie pas de porter quelques coups de griffes à ceux des cadres qui ont rejoint le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) – « une trahison » -, revient également sur ses relations avec Guillaume Soro, l’ancien président de l’Assemblée nationale passé à l’opposition.

Avec le président ivoirien, son ancien allié, il affirme qu’« il n’y a plus de dialogue ». « Contrairement à moi, [Alassane Ouattara] n’a pas le droit de se présenter », assène Henri Konan Bédié, qui met également en garde contre un éventuel « tripatouillage » de la Constitution qui permettrait au chef de l’État d’instaurer une limite d’âge pour les candidats à la présidentielle.

Par Jeune Afrique

RD Congo : l’opposant Étienne Tshisekedi affine sa stratégie

octobre 11, 2016

Etienne Tshisekedi, à l’aéroport de Kinshasa le 27 juillet 2016. © John Bompengo/AP/SIPA

On le croyait fatigué, malade, mais Étienne Tshisekedi, opposant historique, demeure incontournable au sein de l’Union pour la démocratie et le progrès social. Rentré fin juillet à Kinshasa, il a entamé une refonte du parti.

Commune de Limete, 11e Rue. Devant le siège de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), un groupe d’hommes, fervents supporters d’Étienne Tshisekedi, palabre à l’ombre des manguiers. Depuis que le « Líder máximo » a fait un retour triomphal à Kinshasa, fin juillet, des jeunes viennent ici en nombre, chaque matin, pour parler politique en petit comité. Ils se font appeler « les parlementaires debouts » (surnom dont ils s’affublaient déjà sous Mobutu).

Mais, ce jour-là, les nerfs sont à vif. Personne ne sait encore ce qu’a prévu Étienne Tshisekedi pour le 19 décembre : un sit-in ou une manifestation ? Tous attendent le mot d’ordre de l’opposant historique, qui, en dépit de ses 83 ans, demeure incontournable dans le jeu politique congolais.

Le Rassemblement se renouvelle

À l’intérieur du siège de l’UDPS, des cadres du Rassemblement (la principale plateforme de l’opposition) affinent leur stratégie de protestation contre le « glissement » du calendrier électoral. Parmi eux : Jean-Marc Kabund-A-Kabund, bombardé secrétaire général du parti un mois plus tôt. À 35 ans, cet homme originaire du Katanga a été choisi par le Vieux pour lui servir de porte-voix.

Dans cette formation peuplée de caciques en tous genres, la décision de Tshisekedi a pris tout le monde au dépourvu. « L’entourage du chef a été très surpris, confirme Raph Kabengele, l’un de ses proches collaborateurs. Personne n’a été consulté en amont. Il y a quelques mois encore, Tshisekedi était perçu comme un homme très fatigué, malade, manipulé par sa famille et par ses conseillers. Mais il a démontré que c’est lui qui tient encore la baraque ! » Exit donc le doyen Bruno Mavungu, soupçonné en interne de connivence avec le camp du président Kabila, et place à de nouvelles têtes pour redy­namiser un parti qui a parfois l’air d’un club de vieux et indéboulonnables barons.

Tout est allé très vite. Mavungu lui-même n’a pas vu venir son éviction. Mais Tshisekedi préparait son coup depuis quelques jours. Début août, il avait discrètement reçu Kabund dans sa résidence, avenue des Pétunias. « Le président m’a expliqué qu’il avait une mission à me confier, sans me donner plus de détails », se souvient l’intéressé.

Le 11 août, il est propulsé au poste de numéro deux de l’UDPS. Pour l’instant, il partage un bureau avec Félix Tshisekedi, mais, selon certaines indiscrétions à la présidence du parti, le fils du vieil opposant devrait bientôt être nommé secrétaire général adjoint chargé des questions politiques.

Depuis, Tshisekedi a engagé une refonte des structures du parti et chargé Kabund de lui proposer une liste de nouveaux dirigeants. « Depuis son retour à Kinshasa, Tshisekedi veut doter l’UDPS d’une équipe de combat, plus adaptée au contexte politique actuel », résume Tharcisse Loseke, un de ses conseillers.

Un climat politique précaire

Plus l’échéance du second et dernier mandat constitutionnel de Kabila approche, plus le climat politique se crispe, et les confrontations entre majorité et opposition se multiplient dans les rues de la capitale et des autres grandes villes du pays. « C’est dans cette optique qu’il a fait appel à Kabund, un jeune très engagé », renchérit Loseke. « Kabund incarne le Tshisekedi d’il y a trente ans, poursuit Kabengele. Il porte un discours antisystème, avec lequel nos militants sont en phase. »

De fait, Kabund défend mordicus la ligne radicale de Tshisekedi et fait montre de la même intransigeance que son mentor. « Pas question d’accorder ne serait-ce qu’une seconde de plus à Kabila après le 19 décembre [date de la fin de son second mandat constitutionnel] », martèle-t‑il, coiffé de ce béret popularisé par Tshisekedi et qui est aujourd’hui perçu en RD Congo comme un signe de ralliement. Combien sont-ils à le suivre ? Il est difficile d’avancer un chiffre. Une certitude : Tshisekedi n’a pas perdu sa capacité de mobilisation d’antan.

Depuis les manifestations des 19 et 20 septembre, qui ont dégénéré en affrontements entre les militants de l’UDPS et les forces de l’ordre, le vieil opposant se replace même au cœur du dénouement de la crise politique en cours. Le sphinx prend des allures de phénix qui renaît de ses cendres. Évêques et diplomates occidentaux et africains en poste à Kinshasa défilent à Limete pour le rencontrer et tenter de le persuader de rejoindre la table des négociations.

Impassible, Tshisekedi s’en tient aux préalables qu’il a posés : respect de la Constitution et de la résolution 2277 du Conseil de sécurité [laquelle recommande notamment un dialogue inclusif, nldr], libération des prisonniers politiques, cessation des poursuites contre les opposants, transformation du Groupe international de soutien au facilitateur en un panel de facilitation.

Et si la présidentielle ne se tient pas dans les délais ? 

En son absence, le dialogue politique qui s’est officiellement ouvert le 1er septembre s’enlise à la Cité de l’OUA, sur les hauteurs de la capitale. Interpellée par « le sang qui a coulé à Kinshasa pour réclamer le respect de la Constitution », l’Église catholique a suspendu sa participation. Ce qui apporte davantage d’eau au moulin de Tshisekedi et de ses alliés de Genval (du nom de la commune belge où le Rassemblement a vu le jour), qui s’apprêtent à organiser, de leur côté, un conclave.

Au menu des échanges, une question : si la présidentielle ne se tient pas dans les délais – hypothèse la plus probable –, que va-t‑il se passer à l’issue du mandat du chef de l’État sortant ? « Il faut réfléchir à un mécanisme qui garantirait l’alternance dans une situation de non-organisation de la présidentielle », répond Kabund.

Le Rassemblement concocte le scénario d’une transition sans Kabila.

Autrement dit, le Rassemblement concocte le scénario d’une transition sans Kabila. Avec Tshisekedi dans le rôle-titre, celui d’un président de la République chargé de conduire le pays vers des élections apaisées. « Ce serait une belle fin de carrière politique pour un homme qui a consacré sa vie à la lutte pour l’avènement d’un État de droit en RD Congo », se permettait de rêver, le 18 septembre, Moïse Moni Della, cadre du Rassemblement. Le lendemain, il était arrêté pour avoir pris part à la grande manifestation de l’opposition.


Kabund pas à pas

Il n’a que 35 ans mais milite depuis deux décennies déjà au sein de l’UDPS. Originaire du Haut-Lomani, province née du démantèlement du Katanga, dans le sud-est du pays, Jean-Marc Kabund-A-Kabund a gravi un à un les échelons du parti : à Kananga d’abord (dans l’ancien Kasaï-Occidental) puis à Kamina (ex-Katanga), où il a dirigé la fédération provinciale du parti pendant huit ans et jusqu’à sa promotion au poste de secrétaire général de l’UDPS.

L’implanter dans l’un des fiefs ethniques de Kabila, lui qui était étiqueté « parti des Kasaïens », ne fut pas chose facile. Kabund a été plusieurs fois arrêté. Début 2015, il a passé un mois en prison pour avoir appelé à des protestations contre le projet de loi électorale. À Kinshasa, Bruno Mavungu, son prédécesseur, n’avait pas bronché, estimant que le parti n’était « pas concerné » par cette réforme tendant pourtant à conditionner la tenue de la présidentielle à l’organisation d’un recensement…

Jeuneafrique.com par Trésor Kibangula

Hollande : l’échec de l’hypercommunication

novembre 2, 2015

 François Hollande au Mont-Saint-Michel, le 31 octobre. Crédits photo : Liewig Christian/Liewig Christian/ABACA


François Hollande au Mont-Saint-Michel, le 31 octobre. Crédits photo : Liewig Christian/Liewig Christian/ABACA

La stratégie du président qui ne produit pas encore de résultats commence à agacer au sein de la majorité.

Il a la bougeotte. À cinq semaines des régionales, et à plus d’un an de la présidentielle, François Hollande est partout. Depuis la rentrée, le chef de l’État a sillonné le territoire, à raison d’une vingtaine de déplacements. Celui de jeudi, en Lorraine, est emblématique de cette boulimie: en un seul après-midi, le président s’est rendu dans trois villes différentes et abordé autant de sujets: le service militaire volontaire, à Montigny-lès-Metz ; la rénovation urbaine, dans la banlieue de Nancy ; le logement, enfin, à l’occasion d’un discours fleuve à Nancy.

L’an dernier, à la même époque, le chef de l’État n’avait effectué que deux ou trois déplacements seulement. «L’opposition de la Manif pour tous et l’impopularité rendaient les déplacements moins faciles», reconnaît un conseiller qui veut croire que cette page est tournée. Fin août, Hollande a demandé à ses équipes de lui ficeler un agenda de reconquête. Le président savait que le temps était compté, alors que novembre et décembre seront consacrés à la conférence sur le climat, au régalien (un conseil de défense est prévu jeudi) et à l’international (Chine et Corée, Malte, Turquie).

Parallèlement, Hollande enchaîne les interventions médiatiques: Le Dauphiné libéré, Arte, RTL, Le Chasseur français… Le chef de l’État sera sur Europe 1 mardi. Il devrait également accorder un entretien à L’Express à la fin du mois sur les enjeux climatiques. Pour l’Élysée, le paysage médiatique est aujourd’hui tellement éclaté qu’il faut «varier les supports». «Il faut faire à la fois Society et Le Chasseur français», argue un conseiller. Mais d’autres proches du président s’interrogent sur «cette manière d’appréhender la société comme des segments d’un marché». «Cette stratégie est-elle payante?», s’interroge l’un d’eux.

C’est la question. Alors que Hollande ne décolle pas dans les sondages, cette communication tous azimuts suscite de plus en plus d’interrogations au sein de la majorité. «Il saute sur tout ce qui bouge, soupire le député PS Christophe Caresche. Ce suractivisme communicationnel a des effets pervers: mettre en scène son impopularité (les sifflets à La Courneuve, NDLR) et banaliser sa parole.» Sévère, un ministre ne dit pas autre chose: «Cette frénésie de déplacements est surréaliste et rend illisible son action. En période de crise, plus vous vous agitez, plus vous faites peur. Il faut au contraire faire preuve de maîtrise, rester présidentiel.»

À l’Élysée, on défend la nécessité d’aller à la rencontre des Français. «Cela correspond à l’ADN du président, explique un conseiller. Il pense que c’est la meilleure façon de faire de la politique: voir les gens…» «Hollande fait ce qu’il sait faire, ajoute un dirigeant PS. Quand il était à 3 % dans les sondages, il a fait toutes les Fêtes de la rose, tous les comices agricoles… Tout le monde disait qu’il était dingo! À la fin, il est président de la République!»

La communication présidentielle monte également en puissance sur les réseaux sociaux, Twitter et Facebook. Les stratèges du chef de l’État, qui surveillent ce qui se pratique outre-Atlantique, ont noté que les candidats aux primaires utilisaient massivement le réseau de photos Instagram. Ils ont donc lancé un compte en octobre. L’Élysée pourrait créer aussi un compte Snapchat, autre réseau d’échanges de photos, en novembre. «La plupart des dirigeants politiques américains en ont un maintenant», relève un conseiller, qui précise qu’Instagram et Snapchat permettent de «toucher les jeunes».

L’Élysée se convertit au «story telling»

Depuis 2012, Hollande a également fait le choix d’ouvrir grand les portes de l’Élysée. Journalistes, dessinateurs, réalisateurs ont eu accès à la vie quotidienne du palais, côté coulisses… Cette stratégie de la transparence est parfaitement assumée par un président qui répète qu’il n’a «rien à cacher». Pour ses proches, c’est aussi un moyen, espère-t-on, de rendre ce président impopulaire «accessible» et «proche des Français». Tout en restaurant une image très dégradée. Hollande n’échappe pas non plus à cette règle: plus le pouvoir s’échappe, plus est grande la tentation de le mettre en scène.

Mais la machine s’est grippée: le documentaire du réalisateur Yves Jeuland, qui a passé six mois dans les coulisses du palais, a été jugé par beaucoup, à gauche, comme contre-productif pour le chef de l’État, qui apparaît dépassé par des événements sur lesquels il semble avoir peu prise. La place accordée dans ce film à la communication et au jeune conseiller du président, Gaspard Gantzer, a également été jugée excessive par de nombreux ministres ou députés PS. Le communicant du président, qui s’est attiré des jalousies à mesure qu’il devenait incontournable au palais, assume: «Il peut exister une incompréhension des concitoyens qui ne savent pas ce qui se passe de l’autre côté. D’où l’importance d’une certaine transparence, même s’il n’est pas possible de tout montrer.»

Mais dans les rangs socialistes, on regrette que Hollande fasse «du Sarkozy». Depuis l’arrivée de Gantzer, en avril 2014, les stratèges du président s’inspirent en effet, en partie, de leurs prédécesseurs. Comme l’était Franck Louvrier, l’ex-communicant de l’Élysée (2007-2012), Gaspard Gantzer reste accessible et réactif, ce qui est précieux pour la presse. Il s’est également converti au story telling, un procédé de communication consistant à découper l’action en «séquences», afin de pouvoir raconter une histoire et donner du sens, tout en gardant la main sur l’agenda médiatique. Un procédé que les socialistes critiquaient sous le quinquennat précédent. «Une communication politique se juge à l’aune des résultats électoraux, philosophe un proche du président. Attendons de voir.»

Lefigaro.fr par Solenn de Royer