Posts Tagged ‘Tabaski’

Tabaski : le mouton plus cher que jamais à la veille de l’Aïd

juillet 5, 2022

Dans de nombreux pays, alors que l’inflation fait rage, le prix des caprinés s’envole à mesure qu’approche le sacrifice de l’Aïd-el-Kébir.

© Damien Glez

Si les voies du Seigneur restent impénétrables, les voies du saigneur de mouton sont très limpides, en période de préparatifs des saintes festivités. Pendant le jeûne du ramadan qui invite à la solidarité, de nombreux acteurs du marché alimentaire pratiquent déjà la spéculation sans vergogne. Et voici venue la bombance de l’Aïd-el-Kébir… Célébrée chaque année par les musulmans du monde entier, la Tabaski devrait voir sa date fixée par le bon vouloir de la lune, le 9 ou le 10 juillet. Mais c’est déjà un casse-tête pour de nombreux ménages musulmans.

Pression sociale

La tradition de la fête implique l’abattage de moutons, en mémoire du sacrifice que Dieu demanda à Abraham pour éprouver sa foi. Si le Coran n’impose pas, à chacun, l’égorgement d’un ruminent, il en est tout autre de la pression sociale, la réputation d’une famille se mesurant parfois à la grosseur du bélier de Tabaski. Et le marché en a conscience…

Ainsi, le prix de l’ongulé tant désiré s’envole dans de nombreux pays particulièrement concernés par les festivités musulmanes : de 50 000 à 100 000 dinars (entre 300 et 700 euros) pour un animal en Algérie ; près de 3 000 dirhams au Maroc ou 1 000 dinars en Tunisie (300 euros) ; entre 350 et 450 euros en France, 150 euros pour bon nombre de mouton d’Afrique de l’Ouest…

Inflation exceptionnelle

L’évocation d’une flambée des prix inédite pourrait avoir l’air d’une rengaine, tant elle s’entend chaque année. Mais le contexte inflationniste est bien exceptionnel en 2022. Certes, l’ovin sacrifié n’aura vraisemblablement aucune origine ukrainienne. Mais, par effet papillon, le pouvoir d’achat de nombreux musulmans est effectivement mis à rude épreuve, depuis le début du conflit en Europe de l’Est, le fidèle devant orchestrer des arbitrages cornéliens entre les différents éléments de son budget, alimentaires ou non. Et le coût des aliments pour bétail a presque doublé, par rapport à l’année dernière, notamment au Maghreb. Et la sécheresse subie par une partie de la façade méditerranéenne africaine ne simplifie pas l’équation.

Le fervent carnivore est censé être aidé, dans certains pays, par une subvention concernant les aliments de bétail, comme au Sénégal où l’effet sur l’accessibilité des moutons de Tabaski n’est pourtant pas sensible. Conscients qu’ils devront affronter le regard de la famille et le jugement du quartier, certains se recentreront tout de même sur les préceptes des textes saints qui ne font guère de différence entre une chèvre maigrelette, un bouc modeste et un mouton de compétition. D’autres opteront pour un partage d’ovin. Le principe restera conforme à l’impératif de sociabilité des fêtes religieuses, tout autant qu’il permettra l’exhibition d’un bel animal, avant son sacrifice. En garde alternée

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Sénégal : record de contaminations au Covid-19 à la veille de la Tabaski

juillet 14, 2021
Des passagers d’un bus à la gare routière de Colobane, à Dakar, au Sénégal, le 24 mars 2020.

Les autorités restent silencieuses sur d’éventuelles nouvelles restrictions sanitaires alors que les Sénégalais s’apprêtent à voyager en masse pour célébrer la Tabaski la semaine prochaine.

Le Sénégal a annoncé mercredi avoir enregistré un nombre record de contaminations au Covid-19, mais les autorités restent silencieuses sur d’éventuelles nouvelles restrictions sanitaires alors que les Sénégalais s’apprêtent à voyager en masse pour célébrer Tabaski la semaine prochaine. Dans son bulletin quotidien, le ministère de la Santé a indiqué que sur 2 854 test réalisés, 733 étaient positifs, soit un taux de positivité de plus de 25 %.

Il y a tout juste une semaine, le pays n’avait enregistré que 127 nouveaux cas. Avec la moitié des nouvelles contaminations, la région de Dakar est la plus touchée de ce pays de 16 millions d’habitants. Au cours de la dernière semaine, 3 160 cas ont été enregistrés au Sénégal, faisant passer le nombre total de contaminations de 44 436 à 47 596. Cette augmentation rapide s’inscrit dans un rebond général en Afrique, qui « vient de vivre la semaine la plus désastreuse de l’histoire des pandémies sur le continent », selon le Dr Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique.

La plupart des restrictions levées

Elle a ajouté que « le pire reste à venir » sur un continent où le taux de vaccination est très faible. Au Sénégal, le rythme des décès dus au Covid-19 n’a jusqu’à présent pas suivi la même courbe que celle des contaminations. Deux nouveaux décès ont été annoncés mercredi, pour un total de 1 203 depuis mars 2020. La plupart des restrictions sanitaires, comme le couvre-feu et les interdictions de rassemblement, qui pesaient sur une population déjà majoritairement pauvre, ont été levées par le président Macky Sall après des émeutes socio-politiques en mars.

Alors que ni Macky Sall, ni le ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr, ne se sont récemment exprimés sur la pandémie, le syndicat national des médecins (Sames) a appelé mardi le gouvernement à « interdire tous les rassemblements religieux, culturels et politiques ». « Les services sont au bord de l’implosion, surtout à Dakar, et bientôt ce sera quasi impossible de trouver une place pour les malades graves qui sont de plus en plus jeunes », a également averti le syndicat médical.

D’éventuelles nouvelles restrictions risquent d’être particulièrement impopulaires à quelques jours de la Tabaski. Nom donné en Afrique de l’Ouest à la Fête du Sacrifice, l’Aïd al-Adha, cet événement est pour de très nombreux Sénégalais l’occasion de rentrer dans leur région d’origine en empruntant généralement des bus et taxis collectifs bondés.

Par Jeune Afrique avec AFP